Idées Avortées
Scorpius & Rose
« My Desert Island »
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Rose ne dormit pas de la nuit. Elle se tourna et se retourna dans son lit comme un Strangulot dans son bocal, incapable de fermer l'œil.
Elle s'était enfermée dans son dortoir peu après le départ de Scorpius et avait rejoué leur dispute encore et encore, sans trouver le sommeil. Elle avait entendu ses amies entrer et se coucher, mais s'était résolument isolée derrière ses rideaux à baldaquins.
Elle ne savait plus quoi penser. Depuis qu'elle connaissait Scorpius, ils s'étaient constamment battus. Pour l'amitié d'Albus, pour l'admiration de leurs professeurs, pour la meilleur note… Ils ne s'étaient jamais laissé de répit. Ils n'avaient jamais été rien d'autre que les héritiers d'une querelle familiale.
Et puis tout à coup, Scorpius changeait les règles en lui balançant ses sentiments au visage.
Elle voulait être furieuse contre lui, comme elle l'était toujours, et lui faire ravaler sa confession, mais elle n'y arrivait pas. Pas complètement.
Lorsqu'elle vit le jour se glisser par la fenêtre de son dortoir, elle se hissa hors du lit le plus silencieusement possible. Elle quitta la chambre sur la pointe des pieds et descendit les escaliers pour retrouver la chaleur de la Salle Commune. Elle se dirigea machinalement vers le fauteuil le plus près du feu et s'y laissa tomber en se recroquevillant.
Elle sursauta lorsqu'elle entendit le portrait de la Grosse Dame glisser et se retourna pour voir l'objet de ses insomnies entrer dans la pièce. Il se figea en la voyant, mais ne détourna pas les yeux.
Ils s'affrontèrent du regard un long moment, cherchant des réponses qu'aucun d'eux ne trouva.
- Qu'est… Qu'est-ce que tu fais là ? S'étrangla-t-elle d'une petite voix, lorsqu'elle prit finalement la parole, après de longues minutes de silence.
Surpris qu'elle s'adresse à lui, il haussa les épaules, les mains enfouies profondément dans les poches de son pantalon.
- 'Pouvais pas dormir, dit-il calmement.
Rose hocha la tête, sans savoir quoi dire. Elle le vit ouvrir la bouche pour dire quelque chose, puis renoncer et secouer la tête en crispant la mâchoire. Il fit quelques pas, en direction du dortoir des garçons avant de faire volte face et de regarder Rose dans les yeux, avec sévérité.
- Je suis désolé pour hier soir. Je n'aurais pas dû… ça n'aurait pas dû arriver, finit-il d'une voix basse.
- Mais c'est arrivé, dit Rose en faisant appel à son courage pour ne pas fuir la conversation qu'ils s'apprêtaient à avoir.
Scorpius s'avança vers elle, puis se laissa tomber dans le fauteuil près du sien.
- Tu n'en avais pas la moindre idée, n'est-ce pas ? Tu ne t'en es jamais doutée une seule seconde ? Demanda-t-il avec un sourire triste.
Rose se sentit rougir, mais secoua lentement la tête.
- Alors j'imagine que je suis encore meilleur comédien que je le croyais.
- Je n'ai jamais eu l'impression que tu jouais la comédie.
Il haussa les épaules et détourna les yeux. Il fixait désormais les flammes avec gravité, comme s'il les trouvait fascinantes.
- Au début, ce n'était pas le cas, avoua-t-il.
Rose hocha la tête. La situation lui paraissait irréelle.
- Quand est-ce que ça a changé ? Osa-t-elle d'une petite voix, sans risquer de le regarder.
- Je ne sais pas. J'imagine que c'est arrivé petit à petit. Je ne sais même pas pourquoi je t'ai…
Il s'interrompit en poussant un long soupir.
- C'est comme ça, c'est tout, reprit-il d'une voix plus assuré. Mais tu ne retourneras jamais ces sentiments, n'est-ce pas ? Demanda-t-il avec un rire sans joie.
- Je ne sais pas, Scorpius, admit-elle tristement. Tout ce que je t'ai toujours ressenti pour toi venait de tes sentiments pour moi, de ton comportement envers moi. On a toujours été des rivaux, on ne s'est jamais entendus sur rien. On se connaît depuis sept ans, et je me rends compte que je ne sais rien de toi. Rien du tout…
Il tourna la tête vers elle, un faible sourire graciant ses lèvres.
- Mais… est-ce que tu serais prête à…
Il sembla hésiter, et Rose lui sourit avec douceur, malgré l'embarras qui l'enveloppait et l'absurdité de la situation.
- À apprendre à te connaître ? Proposa-t-elle.
Il hocha la tête, avec un sourire contrit – un sourire qui n'avait rien de l'arrogance qui graciait d'habitude ses lèvres fines – et Rose ne pût s'empêcher de sourire à son tour.
- Oui, j'aimerais beaucoup, dit-elle enfin.
