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Idées Avortée 42.
Scorpius & Rose
« Le Jour et La Nuit »
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Le soleil déclinait sur le parc de Poudlard, recouvert d'une épaisse couche de neige, et la plupart des élèves était déjà rentrée depuis longtemps, mais Rose Weasley ne semblait toujours pas être pressée. Depuis son poste d'observation, Scorpius Malefoy l'avait observée tout l'après-midi avec un mélange de fascination et d'admiration au lieu d'avancer le devoir de Métamorphose que leur avait donné le professeur Headspin la veille. Installé près d'une fenêtre dans un espace peu fréquenté de la bibliothèque, il n'avait pu s'empêcher de regarder la jeune fille se livrer à ce qui semblait être une bataille de boules de neige particulièrement épique avec ses amis et sa famille. Non pas qu'il soit un expert en la matière, puisqu'il n'avait jamais participé à la moindre bataille de boules de neige de toute sa vie. Pas plus qu'il n'avait fait partie du moindre groupe, de la moindre bande. Mais ça avait l'air amusant. Du moins, à en juger par le rire de Rose Weasley, qui avait résonné tant de fois dans les murs du château, qu'il lui suffisait désormais de fermer les yeux pour pouvoir l'entendre.
Un à un, ses amis et ses cousins avaient fini par rentrer, mais Rose avait refusé de les suivre. La nuit tombait lentement sur le lac, mais cela ne semblait pas la déranger le moins du monde. Rien ne semblait jamais déranger Rose. Elle semblait perpétuellement heureuse, sereine. Elle avait un sourire pour tout le monde, tout le temps. Elle riait plus qu'elle ne pleurait, et lorsqu'elle pleurait, c'était bien souvent de rire. Elle était chaleureuse, bruyante, resplendissante, courageuse, …et tant de choses encore. Elle était aussi lumineuse que Scorpius était sombre. Aussi pleine de vie que Scorpius était terne. Aussi exubérante que Scorpius était effacé.
Rose était fascinante, pleine de vie et d'innocence. Scorpius était tout le contraire. Il aimait l'ombre dans laquelle il était né, la solitude dans laquelle il avait grandi. Lorsqu'il était arrivé à Poudlard, les élèves s'étaient montrés curieux, mais Scorpius, de nature timide et introvertie, s'était retranché davantage encore derrière un mur de silence. Lorsque ses camarades avaient compris à quel point Scorpius était ennuyeux, ils s'étaient mis à l'ignorer, non pas par méchanceté —Scorpius n'en avait jamais souffert une seule fois depuis qu'il était arrivé à Poudlard, malgré les inquiétudes qu'avaient partagées son père avec lui avant qu'il ne monte à bord du Poudlard Express pour la première fois—, mais par simple désintérêt.
Non, Scorpius était tout le contraire de Rose Weasley. Ils étaient comme le jour et la nuit, et si Rose était aussi éblouissante que la lumière du jour, belle et chaleureuse, Scorpius était aussi triste que la nuit, froid et distant.
Un soupir se fit entendre dans son dos et Scorpius sursauta en croisant le regard d'Albus Potter, l'un de ses camarades de classe, à qui il n'avait probablement pas adressé plus d'une dizaine de mots depuis qu'ils étaient à Poudlard. Le jeune Gryffondor l'observait avec un mélange d'exaspération et de sympathie, un livre sur les Créatures Magiques coincé sous le bras, des flocons de neige encore accrochés aux mèches indisciplinées de sa tignasse.
— Quand est-ce que tu te décideras à aller parler à ma cousine, Malefoy ? Soupira Albus Potter en secouant la tête.
Le cœur de Scorpius sursauta dans poitrine et il sentit son visage s'empourprer, embarrassé d'être pris sur le fait. Par le cousin et meilleur amie de l'objet de ses rêveries, qui plus est.
— Qu-quoi ? Balbutia-t-il en clignant des yeux, une main ébouriffant machinalement ses cheveux impeccablement coiffés.
Le jeune Potter leva les yeux au ciel ;
— Navré de te l'apprendre, mais tu n'es pas aussi discret que tu le crois. Et si je dois passer un Noël de plus à entendre Rose se lamenter parce que tu ne l'as toujours pas invitée à sortir avec toi, je vais devenir dingue. Alors fais-moi une faveur et vas lui parler, Merlin ! C'est quand même pas si compliqué.
Albus Potter tourna les talons avant même que Scorpius ait le temps de répondre quoi que soit, et le temps qu'il retrouve ses esprits, le jeune homme était déjà parti. Les joues en feu, le cœur battant à tout rompre, Scorpius s'était rarement senti aussi humilié. Si c'était une blague, elle n'était pas drôle. Il n'y avait pas la moindre chance que Rose Weasley —la pétillante Rose Weasley— s'intéresse à lui.
Il tourna le visage vers la fenêtre et son regard glissa sur la jeune fille, assise près du lac avec un sourire tranquille, l'air rêveur.
Non, il n'y avait pas la moindre chance.
Si ?
