Symphonie en si
Ma vie est faites de si.
Si j'avais écouté ma mère.
Si j'avais accepté mon père.
Si j'avais cru mon oncle, et refusé la facilité de l'extrême.
Tous ces si définissent qui je suis aujourd'hui, ce que je suis devenu. J'ai menti. J'ai tué. J'ai torturé. Au-delà de ça, j'ai aimé.
J'ai aimé la face imposante de ma mère, son charisme dévastateur qui rassemblait les foules derrière elle.
J'ai aimé la liberté de mon père, son approche aventureuse, cynique et violente de la vie.
J'ai aimé les étoiles, leur froide élégance, les défis qu'elles me lançaient quand j'étais l'enfant rêveur suivant le tracé de ses parents.
Je t'ai aimé toi.
A chaque seconde depuis que je t'ai vu, tu m'as hanté; ton courage farouche m'a heurté, ton obstination m'a rendu furieux, frustré. L'homme que j'avais enterré sous la statue effrayante du monstre a fait voler en éclat mon masque, reprenant possession de ce corps dont il était à l'origine le propriétaire.
Je sentais ta présence dans chacune de mes actions, chacun de mes mouvements. Tu étais partout, tu étais dans mes pensés, dans mon âme. La voix de Bogan se faisait de plus en plus petite, occulté par la clarté de la tienne. / Ces accents volontaires qui te caractérisent si bien, et me tirait vers l'autre côté de la ligne. Je ne voyais plus la haine suinter de cet univers immense, juste le flux changeant de la Force, rivière profonde et intemporelle, dont le courant me ramenait sans cesse à toi. Ton visage se dessinait parmi les galaxies, les courbes de ton corps dans les montagnes des planètes visités, la couleur de tes yeux était celle des océans. Je ne sentais plus la douleur, la souffrance, prendre le pas sur chaque partie de mon existence, seulement la douceur amer du pardon, et de l'acceptation. Chaque respiration devenait ton expiration, chaque volute de vapeur produite par la chambre glacé de mon vaisseau, une brume partagée.
Au final nous ne faisions qu'un.
Un pour deux, deux pour un.
J'aurais aimé t'offrir ce que tu m'as donnée, te retourner ton don de courage, de foi, d'altruisme. J'aurais voulu que la balance qui caractérise notre lien s'enrichisse toujours et encore de nos échanges mutuels, qu'elle devienne le réceptacle du trésor le plus éclatant qu'on ai jamais vu dans l'histoire de l'univers.
Si j'avais été plus courageux.
Si j'avais été plus fort.
Si j'avais couru plus vite.
Tu ne serais pas morte, et moi non plus.
Si nous avions pu vivre tous les deux, je t'aurais sortie de ce temple effondré, vestiges d'un passé que nous aurions enterré, que nous avons enterré ensemble.
Si ce jour là, c'était la main de Ben que j'avais tendue, vers un avenir meilleur, maman aurait pu te raconter mes aventures d'enfants devant mes yeux levés au ciel.
Si je n'avais pas tué papa, si j'avais entrevu ce qu'aujourd'hui je vois en toi de manière plus qu'éclatante, je l'aurais suivie lui, pour te suivre toi, jusqu'au bout du monde.
Si j'avais pu entendre le pas graciles de nos enfants, courant dans l'herbe et le sable, vers nous, vers le soleil et la lune liées enfin à l'infinie.
Si j'avais pu voir ton sourire devant l'ouverture de notre temple commun, équilibre après l'extrême.
Si j'avais pu ressentir l'hilarité devant les simagrées de mon père pour amuser maman, à leur 50eme anniversaire de mariage.
Si j'avais compris les erreurs de mon grand-père, celles de ma grand-mère.
Ma vie, était faite de si. La tienne sera, est son antithèse.
J'ai balayé les si qui pouvait pousser sur ton chemin, comme autant de mauvaises herbes, pour dégager une vie.
Il n'y aura pas de si tu avais vécu.
Simplement, un
Elle a vécu
Petit ficelet du soir, sur Ben Solo, auquel je voue une affection assez mélancolique. J'espère que ça aura plu x)
