Chapitre 10 : Super Insaisissable

Un jeune adulte était assis en tailleur sur le haut d'une falaise. Il semblait détendu et souriant, ses yeux bleus brillants de gaieté portés vers l'horizon. Son habillement était simple : pantalon ample et blouse beiges, sa taille était maintenue par une ceinture de tissu brun. Il semblait prendre une pause pendant un long voyage au vu de l'état d'usure de ses vêtements et de ses chaussures. Le vent soufflait lentement dans ses longs cheveux noirs épais, une série de mèches étaient enserrées par des anneaux apparemment métalliques. L'atmosphère était orangée alors qu'un soleil bleuté brillait à l'horizon. Et puis l'image s'estompa pour ne laisser place qu'au noir complet et à la sensation qu'une énergie puissante mais contrôlée était en activité à quelques mètres.

« Il est levé. » pensa Bardock en ouvrant les yeux à son tour sur le plafond clair de la chambre d'amis. Il se demanda alors comment il était possible qu'il ait pensé que Son Gohan venait de se lever alors qu'il avait eu la sensation de le voir un instant avant. Il conclut donc que le jeune homme du songe n'était pas son petit-fils. C'était d'ailleurs ridicule d'avoir imaginé ça en repensant à l'apparence étrange de la personne rêvée. Il réalisa alors qu'il était possible qu'il eut eu une nouvelle vision. Elles étaient beaucoup plus rares et moins violentes qu'avant mais il en avait toujours et celle-ci était tout à fait inédite. Bien décidé à passer à autre chose, il s'assit sur son lit et se saisit du petit tube contenant son médicament.

Il se levait plutôt tôt. Particulièrement depuis qu'il y avait plus longtemps du monde dans la maison, c'est-à-dire depuis que deux des membres de la famille avaient cessé leurs activités temporairement pour se consacrer à ce qu'ils appelaient un entrainement. Il préférait quitter la maison aux aurores par la fenêtre de la chambre qu'il occupait, principalement par manque d'envie de croiser ses hôtes qui étaient particulièrement effervescents ces temps-ci. Il ne savait si c'était parce que ses perceptions s'aiguisaient mais il avait l'impression que leur agitation s'intensifiait de jour en jour. Il lui était une nouvelle fois arrivé d'aller dans la petite maison d'à côté mais il avait aussitôt fait demi-tour, en l'absence de la « petite vieille », il trouvait que se retrouver dans cet endroit silencieux tout seul était totalement déconcertant et inconfortable.

Ce matin-là, il analysa les forces présentes dans la maison depuis le palier tout en se vêtant de son armure. Tout d'abord, il identifia une faible présence dans la salle de bain de l'étage et une dans le salon en bas, respectivement Videl et Miiky, actions habituelles à ce moment de la matinée. Ensuite, il sentit à nouveau nettement les ondes de Gohan fluctuer à quelques pas de lui. Il se dit que c'était moins ordinaire mais il ne désira pas s'y attarder plus longtemps. Après, il chercha l'énergie de Pan, l'autre présence bourdonnante des autres jours elle n'était pas très éloignée non plus mais très faible et sereine. Indisposé par ce fait inaccoutumé depuis qu'il s'affairait à étudier les activités ambiantes, il décida de suivre la sensation la plus familière quoi que pas la plus apaisante : le gamin dans le salon.

« Coucou, AGP ! » s'exclama le petit en lui jetant un rapide coup d'œil avant de reporter attention à sa partie de jeu vidéo. « Désolé mais là, ça devient super dur et j'ai plus beaucoup de temps ! Maman m'a dit que j'y avais droit que le temps qu'elle se prépare avant de partir. Et il faut absolument que je rattrape mon retard, Zarina m'a dépassé dans tous les niveaux, ça me met très en colère. » le saiyen soupira en s'installant directement la tête en bas dans le fauteuil d'à côté, se faisant la réflexion que les grandes colères de Miiky n'étaient pas très impressionnantes.

« La petite chieuse rousse ? »

Son arrière-petit-fils ne répondit pas immédiatement. Il était totalement concentré sur la phase finale de son attaque. Quelques secondes plus tard, le héros du petit garçon acheva ses derniers opposants dans une musique glorieuse. Il se leva du divan et sautilla de joie. « Gagnééééééééé ! Je suis trop content ! T'as vu, dans le jeu, il raconte toute la suite de l'histoire maintenant ! Tu veux bien lire ? ça va beaucoup trop vite pour moi… »

« 'Ferme-là petit gamin fatiguant ou je te crève en commençant par t'arracher la langue'… » grogna Bardock, commençant à regretter son choix matinal de venir dans la même pièce que l'enfant.

« Ah oui ? Je ne vois pas le rapport avec le scénario du jeu… »

« Crétin, je ne sais pas lire ! »

Le petit se rassit brusquement. « Ah, oui, c'est vrai ! J'avais oublié… Tant pis ! » il sauvegarda sa partie et éteint la télévision. Il se leva tout en répondant à la première question de son AGP. « Mais tu sais, Zarina elle est pas rousse ! » il n'eut aucune réponse. Il crut que le saiyen n'avait pas entendu parce qu'il avait fermé les yeux alors il insista. « Sa maman elle est pas rousse et son papa non plus… Alors Zarina, elle est pas rousse ! Elle a beaucoup de cheveux et donc ça fait des reflets roux mais elle est pas rousse… Elle va se fâcher si tu lui dis qu'elle est rousse. Et elle est pas de super bonne humeur en ce moment alors faut éviter de lui dire qu'elle est rousse… Tiens, d'ailleurs faudra pas lui dire non plus que j'ai déjà battu son record sinon ça va barder pour moi ! »

« Quelle vie angoissante… » il garda les yeux clos, espérant que le gamin allait se taire. Il se demanda si il ne parlait pas également un peu de lui-même en sentant son rythme cardiaque s'intensifier.

À son insu, Videl vint à son secours en interrompant Miiky qui allait recommencer à parler, elle pénétra dans le salon tout en commençant sa propre tirade. « Temps écoulé, Son Miiky ! File voir ton père pour qu'il t'amène près de tonton, il n'a lui-même probablement pas vu le temps passer… » Bardock rouvrit les yeux et se remit soudainement dans le bon sens dans son siège, les yeux exorbités.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé avec tes cheveux ? » s'exclama-t-il.

« Ils sont tombés pendant la nuit. » ironisa la mère. Miiky éclata de rire. « J'ai été chez le coiffeur qui me les a coupés… » Bardock semblait en arrêt sur image… La femme de Gohan s'abstint de signaler qu'il avait exactement le même air profondément perplexe que sa descendance. « … Allô ? »

« Pourquoi faites-vous ça ? »

Elle se passa la main dans les cheveux à présents courts et effilés, à cheval entre la vexation et le désappointement. Elle décida de rationaliser, il n'y avait aucune raison qu'il lui fasse une critique purement esthétique. Sa question devait être rhétorique, prétexte à la réflexion sur ses nouveaux hôtes à la fois semblable et différent de lui. « Pour que nous puissions te satisfaire en répondant à tes questions, il faudrait faire encore un effort en les choisissant afin de trouver un juste milieu entre le métaphysique et sérieux 'Qu'est-ce que je fais là ?' et le totalement absurde et inutile 'Pourquoi vos cheveux poussent ?', tu comprends ? »

Le saiyen, en appui les coudes sur les genoux se contenta de répondre par un grondement sourd, passablement contrarié.

« On se coupe les cheveux parce que sinon ils pousseraient à l'iiiiinfini et ça serait pas très pratique… Enfin… Les miens ils poussent pas, alors je suis pas certain que ce soit pas très pratique, en fait ! » il se mesura la taille des cheveux en pointe avec la main comme pour imaginer ce que ça donnerait si il étaient plus long. Personne ne répondit à son annonce, le saiyen dévisageait Videl.

« Et donc, pourquoi mon propre fils dont les parents ont les cheveux qui poussent a les siens qui ne poussent pas, ça t'interpelle moins que les cheveux d'une banale terrienne ? »

« J'ai trouvé un juste milieu qui va te parler. » répondit-il en lui faisant en doigt d'honneur.

« Bien. » elle était vexée mais était bien décidée à ne pas le montrer. « Ne regarde pas trop la télé, ça n'apprend pas que les bonnes manières terriennes visiblement. Bonne journée. » au bord de l'énervement, elle invita son fils à la suivre en sortant du salon. Miiky dit également au revoir au saiyen en quittant la pièce.

Bardock entendit et entrevit alors Gohan descendre à la hâte, déclarant comme pressenti par Videl qu'il n'avait pas vu l'heure passer et que leur fils allait être en retard. Il salua son épouse et emporta sa progéniture en déplacement instantané. Après le départ de la terrienne, le saiyen resta alors seul dans le salon dans le silence. Il restait cependant tendu. Quelques minutes plus tard, il leva lentement le regard vers la porte restée entrouverte. Ce n'est que quelques secondes après qu'il entendit du mouvement à l'étage, il entendit bâiller, des portes claquer et quelqu'un descendant lourdement les escaliers. Après un détour par la cuisine qui parut interminable, Pan fit alors son entrée dans le salon en pyjama pantalon-débardeur jaune, s'exclamant d'un grand salut joyeux.

Elle déchanta très vite en constatant la mine sombre des mauvais jours de son arrière-grand-père, celui-ci aurait probablement pu la transpercer du regard si il en avait eu le pouvoir. « C'est à cette heure-ci que tu arrives, Gamine croupissante ? Tu te lèves tous les jours en même temps que ton père et le seul jour où je prends sur moi de capter votre environnement grésillant, tu pionces ? Tu te fous vraiment de ma gueule ? »

Pan ne savait pas quoi dire, elle était debout au milieu du salon, les mains jointes, comme une petite fille prise en faute.

« Je ne pensais pas que tu m'attendrais vraiment… Désolée que tu aies changé tes habitudes… »

« Mes habitudes ? Parce que tu crois que j'en ai ? Je fais n'importe quoi depuis des semaines sur cette planète qui me rend malade avec tous ces éléments bourdonnant dans ma tête ! »

« Tu as encore des visions ? »

« C'est quoi le rapport ? Je parle de vous et de vos énergies fluctuantes qui me bouffent le cerveau ! Et je ne parle même pas de vos moments où vous allez exploser bien loin comme des demeurés ! » il commençait à monter le ton petit à petit. « Je prends mon mal en patience en attendant que vous vous décidiez à me laisser me barrer et en attendant je dois subir cette pression mentale en permanence ! Même quand vous dormez, ça vibre ! J'ai cru que j'avais une vision quand j'ai senti que le p'tit a eu une poussée d'énergie subite au milieu de la nuit ! Ajoute à ça l'aura de ton père qui fait des hauts et des bas à longueur de temps et toi, là, il y a deux minutes ta force était plus que palpable et là maintenant tu me regarde comme si j'allais te tuer alors que ta force est plus basse que ce que je sens du dino qui fait des tours de votre terrain depuis vingt minutes ! Arrête ça tout de suite, d'ailleurs ! »

Sans vraiment comprendre pourquoi, elle fit monter sensiblement son énergie, ce qui eut l'étrange effet de faire taire le saiyen.

« Tu peux sentir le dino… ? Il sent quoi ? » les pupilles du guerrier s'agrandirent tant il était agacé. Elle réfléchit à toute vitesse, désirant l'empêcher de s'énerver davantage. « Ne me dis pas que tu le sens comme tu nous sens nous ? »

« Tu crois vraiment que j'ai été foutre mon nez dans son cul ? »

« Heu… Je crois qu'il faut que tu… déconnectes. C'est pas normal de se sentir oppressé par nos attitudes quotidiennes… Et puis, sentir le ki des animaux, c'est… Waw… » elle ne trouvait pas ses mots tant elle était époustouflée et totalement désorientée, elle se faisait hurler dessus de bon matin par le saiyen qui était au bord de la crise de nerfs. Il s'était d'ailleurs enfin tût, réfléchissant au sac qu'il venait de déverser. Il lui était inconcevable de demander comment il était possible de 'déconnecter' car il pensait que trop être en analogie avec son environnement valait beaucoup mieux que de ne pas l'être du tout… Cependant, la gêne occasionnée par le trop plein d'informations était également un grand problème. Une question de la jeune fille le fit sortir de ses réflexions. « Tu as ça depuis longtemps ? »

« Question à la con suivante ? » elle baissa la tête en grimaçant, confuse. Comme son père quand il n'avait pas la réaction attendue, pensa-t-il. « Laisse tomber… J'ai la dalle… D'habitude à cette heure-ci j'ai bouffé depuis longtemps… »

« Oui, c'est sûrement ça. Désolée. » répondit-elle tout bas, n'ayant aucune idée de l'attitude à avoir avec lui en ce moment, il semblait la porter responsable de sa sorte de crise et là, elle commençait à avoir juste envie qu'il se calme. Elle n'aimait pas le sentir si mal à l'aise, elle ne pouvait pas s'empêcher de tout faire pour qu'il se sente mieux, même si c'était pour au final ne pas passer de temps avec lui. « Encore désolée pour ce matin… Je te souhaite une bonne journée, quand même… » elle sortit du salon et entama la montée des marches vers l'étage, se disant que s'éclipser était la meilleure attitude à avoir pour apaiser son arrière-grand-père.

« Où tu vas, encore ? » elle allait bredouiller quelque chose mais il ne lui en laissa pas le temps. « J'ai besoin d'air ! Je vais aller bouffer près du lac, je reste pas enfermé ici ! Alors on y va, maintenant ! »

Elle papillonna d'ébahissement. Elle avait bien entendu ? Oui, il avait bien employé un « on », c'est donc qu'il désirait encore qu'elle passe du temps en sa compagnie malgré la mauvaise matinée. « Je dois aller me changer. Je suis encore en pyjama. C'est un habit de nuit. » lui dit-elle en empêchant un sourire de se manifester en voyant les épaules du saiyen s'affaisser d'incompréhension.

« Je suppose que c'est une question idiote aussi de demander comme c'est possible que vous changiez de vêtements pour la nuit ? »

« Bien vu. »

Il ne fit pas de commentaire supplémentaire mais sursauta quand Son Gohan apparut sur sa gauche en les saluant.

« Vous tombez bien, je venais vous voir tous les deux. » il ne fit pas attention au 'super' empli de froideur de son grand-père. « Bardock, je dois aller voir Bulma demain, si tu veux venir, tu es le bienvenu ! J'ai pensé à quelques pistes intéressantes… » il eut un haussement d'épaules comme réponse. « Je suis assez pressé alors je prends ça pour un 'oui' ! Pan, tu peux également venir à Capsule Corporation ! »

« Génial ! Je suis contente d'assister à une de vos réunions, merci ! »

« Ah non… Je pensais plutôt que tu pourrais passer un peu de temps avec Bra en attendant qu'on discute. »

« Han… Pourquoi ? » se plaignit-elle en s'appuyant sur la rampe.

« Parce que c'est ton amie, Pan. Vous êtes fâchées pour des broutilles ! » Sa fille répondit d'un haussement d'épaules également. « Je prends ça pour un 'oui' aussi ! Sur ce, j'ai du travail ! à plus tard ! On commence l'entrainement à 13h15 pétante ! » elle acquiesça et suivit son père du regard qui la dépassa dans les escaliers afin de gagner son bureau. Elle était vautrée sur la rampe d'escalier, dépitée d'avance à l'idée de passer du temps avec Bra… Elle imaginait déjà le fiasco de cette rencontre, si seulement la fille de Végéta la laissait l'atteindre parce qu'elle ne devait pas avoir très envie de la voir non plus… Elle avait ignoré le dernier appel de Pan. Cependant, elle tâchait d'oublier que c'était parce que elle-même avait boycotté deux de leurs rendez-vous hebdomadaire de suite sans s'en excuser.

« J'ai toujours faim, Gamine. » lui rappela Bardock. Chassant ses prévisions déprimantes, elle fonça se vêtir pour la journée, plus que ravie de passer du temps avec son arrière-grand-père, d'aussi mauvaise humeur qu'il pouvait être.

Vingt-quatre heures plus tard, Son Gohan apparut avec Bardock et Pan près de Bulma. Celle-ci les attendait dans un de ses laboratoires attenant à la salle qui conservait du matériel et les témoignages saiyens de la Capsule Corp.

« Je ne vous attendais pas si tôt ! » s'exclama-t-elle en se levant du bureau où elle travaillait sur des plans. Elle salua la jeune fille. « Bra est dans le grand hangar au sous-sol. J'espère que tu arriveras à capter son attention, elle est souvent très absorbée par ses travaux quand elle est là-bas. »

« C'est sûrement parce qu'elle n'a pas envie de me voir qu'elle est allée s'y enfermer… » maugréa Pan en réponse. Elle était bien décidée à faire comprendre à tout le monde qu'elle n'était pas là de son plein gré.

« Bon, alors vous ferez du boudin ensemble, c'est parfait ! » elle ne releva pas le 'pfff' de la jeune fille, elle salua Son Gohan puis s'adressa plus précisément au saiyen en regardant au-dessus de ses lunettes de vue. « Et toi, comment ça va aujourd'hui ? Super ? »

« Super… » grommela-t-il sans changer d'air.

« Et que nous vaut cette humeur maussade ? » ironisa-t-elle en enfonçant les mains dans son tablier. Elle n'eut droit en réponse qu'à un profond regard sinistre.

« Il sent super fort les kis de tout le monde et c'est assez pénible apparemment. Même ceux des animaux ! C'est ça, hein ?» le saiyen avait sursauté à l'intervention soudaine de l'adolescente. Elle était beaucoup plus audible que la seconde d'avant.

« La vieille t'a demandé de te casser alors casse-toi, maintenant ! » les épaules de Pan s'affaissèrent, totalement éberluée de la réaction brusque de son arrière-grand-père.

Un silence pesant s'abattit. La scientifique émit un son rauque signifiant sa gêne, Son Gohan pris alors les devants, il dirigea doucement sa fille vers la sortie en l'accompagnant d'une étreinte rassurante.

« Ce n'est pas contre toi… Nous commençons à avoir nos petits rituels, Pan… Tu as quand même remarqué qu'il reproduisait des schémas routiniers très rapidement… Va voir Bra et on vient te rechercher en partant, d'accord ? » elle lui lança un regard humide.

« J'ai pas envie de la voir… Je sais déjà que cette journée est pourrie… » elle jeta un œil vers son arrière-grand-père. Celui-ci croisa son regard un millième de seconde avant de détourner son visage en serrant les dents à l'insu de tous. Il ressentit alors le besoin de se détendre un instant les muscles des épaules, comme si il l'ignorait totalement. Les épaules encore plus basses, elle reprit attention à ce que lui racontait son père.

« Ne sois pas défaitiste. Ça ne sera peut-être pas très facile au début mais vous finirez bien par vous réconcilier toutes les deux ! » elle hocha la tête, bien qu'elle ne fut pas convaincue. Renonçant à préciser sa deuxième déception du jour, se faire rabrouer par son AGP et sans plus un regard pour personne, elle sortit du laboratoire en trainant les pieds.

« Eh ben ! T'es toujours hargneux avec tout le monde, il me semble ! Tu sais qu'elle est la seule à ne jamais avoir eu un seul mot désobligent à ton égard ? » reprochait Bulma à Bardock quand Gohan revenait vers eux.

« Rien à foutre ! Elle m'étouffe avec toute son énergie, là ! Et depuis ce matin c'est encore pire ! »

Son Gohan fronça les sourcils, il n'avait pas remarqué que Pan tenait son ki particulièrement élevé en se levant… C'était même peu probable, il savait justement que quand sa fille était stressée elle avait tendance à baisser toute tension énergétique…

« Faisons un test ! » s'exclama soudain Bulma, prenant en considération les paroles de Pan et les réactions contradictoires de ses acolytes. Les saiyens lui lancèrent un regard étonné. « Dis-moi toutes les sources d'énergie vitale présentes dans les environs ! »

« Y'en a des sources à des kilomètres à la ronde. C'est quoi la limite ? » demanda Bardock. Gohan fronça à nouveau les sourcils. Il n'avait pas l'air de bluffer, arrivait-il à ressentir les kis si éloignés ?

« Juste dans la partie de la maison que tu connais. Le grand dôme, tous les étages, ni plus ni moins. »

Bardock réfléchit deux secondes et entama sa liste. « Il y a sa gamine, ta descendance putride, vous deux, quatre présences de l'autre côté du bâtiment et Végéta qui vient de rentrer… Puis de sortir… Enfin je crois… Et là il vient de… Disparaitre… » il fixait un pied de table métallique, se concentrant sur ses sensations. Son Gohan voulut intervenir mais Bulma lui intima de se taire d'un geste.

« Et quoi d'autre ? »

« Des animaux. » il se demandait à quoi rimait ce 'jeu'.

« Combien ? De quel type ? »

« Un chat, quatre oiseaux… Ah non, ce sont des cochons les quatre… il y a… soixante-sept oiseaux. Douze singes, dix-huit poissons, dix animaux de trois espèces différentes dont je connais pas le nom… Beaucoup de bestioles rampantes et volantes… Je dois les détailler ? »

« Non, ça ira. Continue. »

« Super… Ben les bestioles, cinq serpents, un petit dinosaure et vingt-quatre rats et souris. »

« Et quelques mouches en moins que Gohan vient de gober. » ironisa la scientifique en constatant la mâchoire de plus en plus pendante de son collègue de recherches.

« Ne me dis pas qu'il a dit juste ? » bredouilla ce dernier.

« Ça frôle la perfection. Nous n'avons plus grand-chose comme espèces différentes et homogènes… C'était mon père le grand amateur de faune… Mais il y e une erreur : nous n'avons pas de rats ni de souris. » elle continua vers Bardock. « Tu as sans doute balisé trop loin. Les rongeurs doivent être dans les égouts un peu plus loin dans le quartier. »

« Non, je sais très bien les identifier ! Ils sont juste en-dessous de nous. »

Cette annonce fit comme un électrochoc pour la scientifique. « Quoi ?! Comment ça on a des rats ? mais je vais appeler le dératiseur illico ! »

« Pleure pas, la vieille, j'irai les chercher en partant si t'en veux pas ! On ne gaspille pas la nourriture ! »

« C'est pas croyable… »

« Je ne le fais pas dire, Gohan que c'est pas croyable qu'on soit envahi par des rongeurs nuisibles ! » Bulma avait fondu sur l'ordinateur le plus proche en relevant totalement ses lunettes sur ses cheveux gris-mauve relevés pour trouver les vidéos infrarouges de la maison afin de repérer les envahisseurs.

« Non, je ne parlais pas de ça ! C'est incroyable qu'il puisse repérer des énergies aussi petites ! »

Bardock grogna. « Tu croyais qu'un naze comme moi ne saurait pas faire comme vous ? »

« Mais non ! Nous ne faisons pas ça, tout court ! Jamais ! Nous focaliser sur des énergies aussi minimes est très difficile et toi tu le fais sans osciller d'un pouce comme si c'était inné ! Même si ça ne sert à rien, c'est époustouflant ! » il était tellement surpris et dans l'incompréhension qu'il en paraissait en colère.

« Je te donne ce 'pouvoir' avec plaisir, ça me gonfle, moi ! Je suis pas une seconde tranquille ! La nuit, j'arrive seulement à roupiller quand il y a plus rien de significativement alarmant dans les alentours ! Jusqu'à ce que tu te lèves et que tu ailles faire du yoyo à côté de là où je dors ! »

« Mais pourquoi tu me l'as pas dit ? Je sais contrôler mon énergie, moi ! J'aurais pu faire un effort dans une certaine mesure pour te soulager… »

« De ce que vous savez faire exactement ou non, qu'est-ce que j'en sais, moi ?! Vous me dites rien depuis que je suis là !... »

Gohan faisait les cent pas en se tenant les cheveux, totalement subjugué par le talent du saiyen. Il réalisa qu'il avait un peu raison, dans le fond, il n'avait partagé que peu de choses avec son grand-père… Sans doute parce qu'il ne réalisait pas exactement l'écart de vision du monde avec lui, particulièrement concernant les niveaux et les capacités mais aussi parce qu'il se méfiait toujours un peu… Mais savoir qu'il était capable d'apprentissages aussi précis, rapide et en autodidacte ne l'aidait pas à baisser totalement la garde… Et en même temps, il avait ressenti une certaine vague de fierté de le savoir si talentueux.

« On ne peut pas dire que tu sois un puits d'informations jusque là, non plus… » remarqua Bulma. Elle avait suivi leur échange avec dérision et avait la sensation que cette découverte pourrait débloquer quelque chose chez Bardock et que peut-être enfin ils arriveraient à quelque chose… Sa remarque fit réaliser au saiyen de pure race qu'il avait effectivement été plus volubile que d'habitude, mais que c'était un des seuls moyens qu'il avait pour rendre ses sensations plus supportables, se focaliser sur autre chose. Ici, à savoir parler, écouter et répondre. « Tu peux peut-être nous expliquer pourquoi tu as développé ce talent ? » demanda-t-elle, se disant que cette faculté apparemment inutile avait probablement été accrue pour une raison précise.

« Mais c'est vrai, ça ! Pourquoi t'as cultivé, ça ? » à l'attitude tendue qu'avait subitement repris le saiyen, Son Gohan fit l'effort de réduire encore son ki qui s'était progressivement enflammé durant sa réflexion.

Le questionné les fixa à tour de rôle. Il ne savait pas quoi répondre, réfléchir sur lui-même lui avait toujours été difficile. Dans son ancienne vie, il n'en avait pas besoin, il suivait les ordres, profitait des moments prospères, et surtout, il n'était pas inquiet de ce qui l'entoure puisqu'il n'avait qu'à suivre les données fournies par son détecteur et quand il y avait un sujet plus délicat à aborder, il ne le faisait jamais seul comme maintenant… Il vit que la terrienne allait recommencer à parler, sans doute agacée de son mutisme.

« Je l'ai pas fait exprès ! » s'exclama-t-il pour garder la parole. « Mes visions… Elles occupaient mon attention quasiment en permanence… Mais quand je n'en ai plus eu, je me suis senti bizarre… Incapable d'anticiper quoi que ce soit, ça me rendait nerveux… Alors j'ai cherché à m'occuper, surtout pour combler mes … »

« …Tes angoisses liées à l'isolement. » posa Bulma, voyant qu'il cherchait ses mots. Elle se leva et se dirigea vers un coin de la pièce où se trouvait une grande armoire métallique tout en écoutant le saiyen parler.

« …Mouais… J'ai toujours eu l'habitude de rester sur mes gardes en permanence, mon détecteur ne me quittait jamais, avant… » il fit une pause, imperceptiblement nostalgique. « … Avant, à la moindre menace, il s'enclenchait donc j'avais tout le loisir de me détendre quand il ne se passait rien… Et là, j'ai plus rien ! plus de détecteur et plus de visions pour m'occuper… Et j'ai vite compris que vous étiez capable de repérer les gens sans rien alors j'ai essayé, moi aussi… Je voulais récupérer la tranquillité et la présence apportées par le fait d'être prévenu quand quelqu'un approche ! Mais bon, j'ai commencé à capter de plus en plus de choses sans pouvoir me mettre en veilleuse comme je pouvais éteindre un détecteur… Et voilà où j'en suis, donc… »

« Dès cet après-midi tu viens t'entrainer avec Pan et moi pour contrôler ça ! Et c'est pas une question ! Je déteste ce genre de disfonctionnement ! » imposa Gohan. Puis il soupira profondément, se disant qu'il se rajoutait encore du boulot, comme si il n'en avait pas encore assez.

« Super ! Y'a deux minutes c'était un talent et maintenant, c'est un disfonctionnement ! »

Ils portèrent attention à la terrienne qui revenait avec un objet en main. Bardock fut le premier à l'identifier, il plongea vers Bulma et lui arracha le détecteur des mains.

« Mais quelle impatience ! » se vexa-t-elle lorsqu'elle fut bousculée. « Je l'apportais pour toi, pas la peine de me le prendre comme ça. »

Le saiyen ne l'écoutait plus, il s'était équipé illico du scouter et l'avait activé en même temps, un rictus un peu fou sur le visage. Gohan remarqua rapidement qu'il s'était très vite apaisé au contact du petit appareil, il explorait les options avec les deux mains, comme si sa vie en dépendait. Il eut soudainement l'impression de voir son arrière-grand-père comme un étranger… Ou plutôt comme un ennemi, totalement semblable aux trois envahisseurs saiyens arrivés sur Terre il y avait plus de trente ans. Il se souvint à quel point ces appareils pouvaient donner des informations car, en plus de repérer les énergies organiques puissantes, il servait également de dossier d'informations et de moyen de communication.

Bardock frissonna et fronça soudainement les sourcils, il avait à présent la main posée sur son oreille et ne voyait plus à travers l'écran. Son Gohan avait rapidement récupéré le petit appareil pour le rendre à Bulma.

« Maintenant, je suis déviant et dangereux ? » demanda le saiyen en appuyant sur la conjonction.

« Par mesure de sécurité, vérifie qu'il n'aura pas accès aux données transmises par papa, s'il te plait, Bulma ? »

« Tu ne sais pas le faire toi-même ? » railla le guerrier afin de cacher sa déception de déjà être défait de son appareil rassurant.

« Non, je repère et soigne les comportements déviants des humains, elle des machines, chacun sa spécialité mais ne te réjouis pas trop vite je suis quelqu'un qui apprend très vite aussi et qui sait agir en cas de besoin ! »

« Houu… Des menaces maintenant… Dis donc, ça te fait vraiment flipper que je sache reconnaitre six gougeolles… Ah, voilà ! Gougeolle ! Une des trois espèces que je cherchais… »

« Tu me prends pour une débutante, Gohan ? Ce dossier est verrouillé depuis toujours et le mot de passe est changé à chaque fois qu'il y a mise à jour. Et d'abord, c'est quoi des gougeolles ? … Tu veux parler des grenouilles ? »

Bardock ignora la considération liée au vocabulaire. « Et de toutes façons, je sais pas lire votre langue de blaireaux ! » il tendait à présent la main vers Bulma, signifiant qu'il était pressé de récupérer le scouter.

« … La deuxième espèce que tu n'as pas su identifier. » précisa Bulma, encore très amusée par cette scène tendue entre grand-père et petit-fils. Elle agissait rarement sans réfléchir et rendre un scouter au guerrier ne pourrait faire aucun mal, elle en était persuadée.

« Il y a quelques jours, tu ne te plaignais pas non plus du poids des nombreuses sources d'énergies sur Terre… Et vu le temps que tu passes devant la télé et la propension de mes enfants à te faire partager leur vie… Je suis presque sûr que tu sais lire, même sans que tu ne le saches toi-même. »

« Ce que je peux être malin. »

La scientifique nota qu'il maîtrisait par contre très bien le sarcasme et l'autodérision. Elle coupa court au débat, souhaitant avancer sur l'objectif de leurs réunions. « Effectivement, il est probable qu'il sache lire bientôt si ce n'est déjà fait… Par contre, je ne pense pas que ça soit un réel obstacle pour l'avenir, non plus… Même si il est un ennemi, ça ne… »

« Je suis probablement le sous-fifre d'un sous-fifre du sous-fifre alors pas d'inquiétude... » coupa le guerrier, encore demandeur d'ironie et surtout prêt à tout pour récupérer son précieux.

« Arrête de m'interrompre ! »

« Alors donne-moi ce détecteur ! » elle obtempéra, Gohan secouait la tête, pas persuadé que c'était la meilleure solution.

Il alla alors s'asseoir sur la table d'opération en ramenant la cheville gauche sous son genou droit, sans lâcher son appareil. Il passa une minute de silence entière où le saiyen savourait le plaisir d'une sensation très familière et très sécurisante. Alors seulement après, d'un air beaucoup plus flegmatique, il croisa les bras et demanda à son petit-fils. « Alors, c'est quoi tes idées pour justifier ma présence ? Plus vite on sait, plus vite j'me barre. »

Son Gohan interrogea Bulma du regard. Elle savait ce qu'il avait comme idée, ils s'étaient appelés la veille pour en discuter. Ils essayaient d'aller progressivement dans les révélations concernant leur histoire, toujours dans l'idée de ne pas donner d'informations cruciales à un potentiel ennemi. Ici, les hypothèses partaient du principe que le saiyen n'était pas là dans le but de les nuire, bien au contraire : ils envisageaient que Bardock était là pour changer son histoire. La terrienne avait trouvé l'idée intéressante mais fort risquée. Il n'était pas encore sûr que rendre au saiyen ce qu'il voulait valait autant de modifications spatio-temporelles.

« Tu veux que j'aborde le sujet ? » demanda Bulma en voyant que l'air anxieux de Son Gohan ne disparaissait pas. Elle se tourna vers le guerrier. « Bien… Je te préviens, c'est assez incroyable et ça demandera du boulot. »

« Super Docteur Bâtard, au besoin tu m'injecteras une potion magique pour que j'oublie tout, non ? Tout est possible est avec vous ! »

Gohan secoua la tête, cachant un demi-sourire. Son grand-père avait de nouveau pris ce ton qu'il trouvait étrangement sympathique. Il était touché de sa manière à le ramener sous de bons auspices sans le vouloir lui-même, c'était décidément un autre de ses dons.

« Je vais commencer. Tu veux bien, Bulma ? »

Elle acquiesça en se rasseyant. Gohan s'appuya sur un meuble à proximité et chercha ses mots pour entamer son récit en exposant un point de vue qu'il jugeait plausible mais risqué.

« Alors voilà… Pour te remettre dans le contexte, je vais te raconter ce qui nous est arrivé et qui m'a donné l'idée que tu aurais peut-être un destin similaire… Mais je te préviens, il y a encore des points noirs à éclaircir et… »

Soudain, il fut coupé dans son élan par une paume de main dressée devant lui. « Attends, attends… » lui disait Bardock. Ne comprenant pas pourquoi il était interrompu, le demi-sang recommença à parler, ce qui mit le saiyen au bord de l'agacement « Mais ta gueule, enfin ! »

Bulma soupira d'exaspération, se demandant quelle mouche piquait encore le saiyen. Son Gohan fit un geste d'impuissance et d'incompréhension « Faudrait savoir… Je dois la fermer ou parler ? »

« ça recommence. » Bardock était à nouveau crispé. « Je recommence à sentir très fort les forces alentours… » il baissa son bras raide et regarda méchamment Bulma. « Il ne marche pas ce détecteur ! »

« Bien sûr que si ! Mais que croyais-tu ? Si tu es effectivement si sensible aux énergies, lui non… Il ne va détecter que les forces élevées aux alentours donc pas les animaux… Et il faut peut-être un peu le reconfigurer pour élargir la zone d'alerte… Je te l'ai donné pour lâcher prise de temps en temps ! Si une menace approche de trop près, il te préviendra. Il ne te dispense pas d'apprendre à te contrôler. »

« C'est pas un animal qui m'oppresse là… ! »

Son Gohan réfléchit à qui pouvait soudainement perturber son grand-père. Ce dernier savait repérer Végéta et de toutes façons celui-ci n'avait pas bougé de la salle de gravité, d'où sa force était indétectable. Il identifia finalement Trunks qui quittait de chez lui.

« Il arrive par ici ! » grommela le saiyen entre ses dents, de plus en plus tendu. Il décoinça sa cheville de sous son genou, reprenant une position plus stable. Enfin, le détecteur s'activa. « Ah, quand même ! … 'Tunk' ? ça veut dire quoi, ça, 'Tunk' ? »

« Et … Qu'est-ce que j'avais dit ? Il sait lire ! »

« Détail… » soupira Bulma à l'exclamation dépitée de Gohan. « C'est Trunks. C'est mon fils. On en a déjà parlé… Et si il se dirige par ici c'est qu'il vient me voir, rien d'alarmant. » Bardock avait les dents serrées et les mains accrochées à la table métallique sur laquelle il était toujours assis. Il était très raide, cherchant le moyen de se libérer de ce poids dans la tête que constituait l'énergie du fils de Végéta. Il entendit la scientifique lui dire de se calmer et lui donner des arguments afin d'aller dans ce sens, du genre qu'il ne resterait pas longtemps, que son existence ne l'intéressait pas plus que ça sans que ça en soit du mépris, qu'il n'avait objectivement rien contre lui… Il les écoutait à moitié, totalement prostré et accaparé par la douleur. Enfin, comme si il allait recevoir un coup fatal, il ferma les yeux en soufflant longuement lorsque la porte du fonds du laboratoire coulissa.

Trunks, vêtu d'une salopette de travail grise dont la partie supérieure était nouée à la taille, découvrant un débardeur blanc imprimé aux couleurs de la corp. fit alors son apparition dans la pièce. Une main prise par quelques morceaux de métal et quelques capsules, Il s'arrêta à quelques mètres de la porte, attendant qu'un petit robot tenant un écran hissé sur sa tête et circulant sur roulettes entre péniblement dans le laboratoire à son tour. La porte se referma puis il porta attention aux premiers occupants.

« Ohhh, regarde Goten, tes frères sont là ! » s'exclama-t-il.

« Trunks ?... T'es où ? Je vois le mur là… » raisonna la voix de l'interpellé qui semblait venir de loin.

« Rhan… T4, ici ! »

Le petit robot sursauta, reconnaissant la voix de son créateur. Il fit demi-tour, s'éloignant du mur vers lequel il s'était dirigé pour une raison inconnue. Le visage de Goten apparut alors sur l'écran du téléphone porté par la machine roulante.

« Salut frérot, salut pépé ! Ah ben bravo… Vu la tronche qu'il tire, tu l'as vexé à coup sûr ! »

« Mais non… Je suis sûr qu'il a de l'humour ! Bonjour ! » le dernier demi-sang que Bardock n'avait jamais vu tendit sa main vers le saiyen qui regarda successivement sa main et son visage comme si il se demandait ce que c'était, tentant de masquer ses contractures. Une minute passa sans que le saiyen ne daigne décrocher ses mains de la table, le fils de Bulma en perdit alors son sourire. Son Goten éclata de rire au 'vent' que venait de se prendre son ami. « J'me demande pourquoi j'ai essayé, tiens… »

« 'Le prend pas mal, il est très lunatique ! Reviens plus tard, ça sera différent ! » assura le jeune fils de Son Goku.

« Ou bien je le paralyse parce que je suis le fils de Végéta. » Un 'ouuuhh' de l'interlocuteur téléphonique vint amoindrir l'effet impressionnant de la déclaration.

« ça, j'en ai présentement absolument rien à foutre, Bâtard Royal de mes deux… » grinça le saiyen entre ses dents sans bouger d'un iota.

« Je rappelle que c'est aussi mon bâtard… » pointa Bulma, encore une fois vexée qu'on l'oublie dans son rôle de créatrice.

« C'est une colo ? Je savais pas qu'il avait des cheveux gris à la base, Trunks ! » plaisanta Goten. Le pauvre robot T4 se fit éjecter par la scientifique d'un coup de pied avec le cri de surprise du frère de Gohan de voir la pièce tourbillonner soudainement sur l'écran de son propre téléphone.

« Maman… Après tu vas encore dire que T4 est nul… Mais c'est toi qui le casse en fait ! » Trunks avait eu un sourire en coin à la blague de son ami mais donnait l'impression de ne même pas avoir entendu l'insulte du saiyen de pure souche, se disant que de ne pas s'en préoccuper était une bonne décision.

« Absolument pas, ton robot est mauvais dans tous les cas ! » précisa sa mère.

« Blasphème. » il déposa les morceaux de métal qu'il avait en mains sur la table où était accoudée sa mère puis alla rechercher son robot meurtri.

Soudain Bulma sursauta, Bardock venait de déformer la table sur laquelle il était assis avec ses mains. Il n'avait pas changé d'expression ni de position malgré le fait que la tension dans ses membres s'était encore accrue, augmentant parallèlement sa force.

« Qui casse paye ! Et pas en monnaie de singe… » depuis le petit robot, Goten félicita Trunks pour son trait d'esprit.

« Trunks, c'est de ta faute. » intervint Son Gohan. Voyant que le fils de Végéta le regardait sans comprendre, il précisa « Ton énergie est trop élevée, ça l'angoisse, il y est très sensible ! ça raisonne très fort en lui. Tu la tiens toujours aussi haut ? »

« Non… Enfin, je sais pas ! J'ai rien changé par rapport à d'habitude ! »

« Prétentieux ! » taquina son meilleur ami. Trunks lui jeta un regard complice.

« Peut-être mais quoi qu'il en soit, c'est trop fort pour lui. » insista Gohan, craignant que Bardock n'explose autre chose que la table si le fils de Végéta ne baissait pas le niveau de son ki.

« Et lui, on lui dit rien sur son énergie qui flambe ? »

« Il ne sait pas encore la contrôler… En attendant, baisse la tienne, ça l'apaisera. »

Le fils de Végéta obéit, une moue perplexe sur le visage. L'abaissement fut lent. Ce n'était pas quelque chose de naturel pour lui et il avait du mal à comprendre ce genre de complaisance.

Enfin, Bardock décrispa ses mains de la table à présent bosselée. Gohan remercia Trunks qui s'empressa de dire qu'il se sentait léger et vulnérable dans cet état.

« Ainsi, tu écraseras moins les capsules, peut-être… » insinua Bulma en détaillant ce qu'avait déposé son fils sur le bureau : une capsule éventrée, des morceaux de métal distendus ainsi que plusieurs fils et circuits arrachés.

« Mais ce sont des tests, ça ! Et puis si tu faisais ce que je te demande depuis des jours, j'aurais pas à le faire moi-même ! »

« Pitié, épargne-moi les excuses foireuses, tu as quatre de tes meilleurs techniciens et créateurs de projet qui sont payés à travailler dans le labo de l'autre côté du bâtiment et tu me demandes à moi de corriger quelques petites anomalies insignifiantes ? »

« Demander à Roni D, ce crétin congénital ? à part faire des remarques scabreuses sur notre manière de fonctionner, il est capable de rien… Je ne le vire pas par respect pour toi ! »

« Trunks, c'était il y a six ans… Il s'en est excusé des milliers de fois… Et son humour limite ne change rien à ses qualités de technicien ! » soupira de désespoir sa mère.

« Il a joué, il a perdu ! » commenta Son Goten, parfaitement au courant de l'épisode évoqué. Le petit robot qui portait le petit écran avec son visage suivait l'échange comme lors d'un match de tennis. Sans tourner le regard d'un millimètre vers lui, Trunks éleva sa main vers le robot, attendant un retour de sa part… Qui ne vint pas.

« Allez, T4 ! Tends ton bras vers moi pour que je te tape dans la main ! Je suis devant le capteur ! » le robot clignota mais ne s'exécuta pas. « Tout ce que je crée se rebelle ! » il faisait référence à sa fille.

« Ce ne sera jamais ton point fort le technique, reconnais-le… » Trunks dévisagea sa mère la bouche ouverte, outré. « Tu es très doué de tes poings, tu as des idées fantastiques et novatrices, tes plans sont parfaits, tu es également un très bon dirigeant… Mais tu n'es pas un très bon mécanicien, reconnais-le… »

La mère et le fils se donnaient en spectacle devant Son Gohan et Bardock, qui étaient silencieux et en retrait. « Je crois qu'ils nous ont oublié… Si tu veux, on peut s'en aller, leurs conversations vont peut-être durer… » dit le père de Pan tout bas au saiyen.

« Non, ça m'occupe l'esprit maintenant. Le fils de Végéta fait un travail de tsufuls aussi ? C'est eux qui construisaient des trucs, chez nous… » il eut un rictus moqueur à l'idée d'imaginer un prince bricoleur.

« Il est ingénieur. » il reconnut le grognement d'incompréhension de son grand-père. « Disons qu'il voudrait bien tout faire et être parfait en tout et que ce n'est pas possible… Mais il excelle dans son rôle de patron et dans la conception de projets. » il reçut un nouvel espèce de grognement différent du premier comme réponse. « Il veut faire le boulot des tsufuls mieux qu'eux et leur donner des ordres tout en restant à sa place de saiyen dominant, pour résumer. Mais il a une grande pression parentale en plus, ça n'aide pas… »

Bardock essayait de se concentrer sur les conversations, se disant que décidément les considérations familiales et les activités terriennes étaient étranges et prenaient beaucoup de place. Encore une fois, il subit plusieurs vagues de nausées par intermittence et de légers élancements dans la tête. Il ne le fit pas remarquer, désirant essayer de gérer la situation seul, craignant empirer les choses si il en parlait de trop.

« Va t'occuper de serrer des mains et de concevoir des plans, d'accord ? » conseillait Bulma à son fils. Trunks en papillonna de stupéfaction, la bouche entrouverte, sa mère venait littéralement de l'envoyer paître.

« Quand tu es né, c'est ton père qui te méprisait, aujourd'hui c'est ta mère. Triste vie. »

« Triste vie. » le fils de Végéta avait le visage fermé malgré la réponse ironique. Encore une fois, il tenta vainement que le robot lui tape dans la main comme prévu quand il passait devant le capteur. La machine à la finition moyenne n'obtempéra pas mieux que plus tôt.

« En plus, tu n'es pas sensé t'occuper de ta fille, aujourd'hui ? » rappela Bulma.

En réponse, Trunks se dirigea vers l'interphone le plus proche, y inscrit un code d'accès à une des caméras de surveillance dans son bâtiment, le son qui en ressortit fit grimacer tous les occupants du laboratoire. Zarina hurlait littéralement sans discontinuer assise en tailleur à même le sol.

« Je ne lui obéis pas. Alors elle est comme ça depuis ce matin dans le couloir principal de ma section. Là où tout raisonne. Elle ne veut rien entendre. Elle n'écoute rien. Elle ne dit même plus rien. Je vais exploser. Et pas que des capsules. Mais je ne cèderai pas. » expliqua Trunks en éteignant l'interphone.

« On peut t'aider ? » demanda Gohan, compatissant. Aucun de ses enfants n'avait jamais eu un comportement aussi… insupportable.

« Envoyez-la sur une planète pourrie et lointaine… c'est efficace dans la plupart des cas… » raisonna la voix caverneuse de Bardock en se couchant sur la table abîmée les mains sur les yeux, meurtri par les cris aigus de la petite fille dans son esprit embrumé et tourbillonnant. Son Goten éclata d'un grand rire nerveux qui s'entendit nettement dans le silence de la pièce.

« Je suis plutôt du genre avant-gardiste. J'aime pas ce qui est surfait. » posa Trunks, irrévérencieux. Il déclina poliment la question de Son Gohan avant de pousser son robot hors de la pièce en lui emboitant le pas, saluant vaguement l'assemblée.

Bulma soupira longuement. « Il lui interdit d'aller se calmer les nerfs dans la salle de gravité, c'est son seul moyen de communication ! Tu m'étonnes qu'elle pète une durite, la pauvre… Il aurait fait pareil à son âge si j'avais agi comme ça. » elle reporta son attention sur un de ses interlocuteurs. « Tu ne penses pas qu'il est trop dur avec elle ? »

« Je dois être honnête ? » demanda Gohan, surpris que Bulma lui demande son avis en matière d'éducation. Elle acquiesça. « Je vous ai toujours trouvé toi et Végéta trop dur avec lui… Alors je suppose que c'est normal qu'il reproduise de drôles de schémas du genre avec Zarina… » la scientifique allait répondre mais une sonnerie de téléphone les interrompit. Le silence s'installa, laissant sonner l'appareil mobile. Soudain, Gohan se rendit compte que c'était lui qu'on essayait de joindre. Il prit son téléphone en main puis s'éloigna alors en s'excusant, précisant qu'il devait répondre.

« Il a du culot de dire que je suis trop sévère vu la mère qu'il a… » maugréa alors Bulma dans le silence ambiant.

Toujours couché, le saiyen luttait contre son écœurement, totalement indifférent aux états d'âme de la scientifique. Il repensa tout de même que toutes ces considérations familiales le dépassait, il ne comprenait pas comment tous ces gens pouvaient prendre ça autant au sérieux… Il avait la tête prête à exploser, comme si il avait un énorme marteau qui lui écrasait la tempe à intervalle régulier, de plus en plus fort à chaque coup.

« ça ne marche pas, ça me fait chier ! » il se redressa et retira brusquement le détecteur de son œil. Nerveux, il le lança à Bulma qui l'attrapa difficilement au vol, lui criant de faire attention de ne pas l'abîmer. « On en a fini pour aujourd'hui ! » il descendit de la table, vacilla un instant, prenant quelques secondes pour retrouver ses esprits. Sentant que ça ne se calmait que moyennement, il réfléchit encore à qui pouvait l'assommer de la sorte… Et un nom lui vint alors en tête. Sans rien ajouter, il quitta le laboratoire, bien décidé à régler le problème.

Bulma secoua la tête en le voyant partir. Elle ne le retint pas, intimement soulagée que cette séance mouvementée ait pris fin. Elle devait malgré tout attendre Son Gohan, ils avaient encore des choses à traiter.

Pan était depuis de nombreuses minutes devant la porte du laboratoire où Bra travaillait. Elle avait les bras croisés et dansait sur ses talons plats. Elle n'avait pas annoncé sa présence, redoutant encore la rencontre avec son amie. Plus les minutes passaient, plus elle se sentait nerveuse à force d'imaginer des scénarios rocambolesques. Ce qui l'agaçait surtout, c'était que Bra savait très certainement qu'elle était devant la porte grâce aux robots omniprésents dans l'établissement, et qu'elle ne venait pas lui ouvrir. Elle en eut soudainement assez de poireauter et pris son courage à deux mains en appuyant sur la sonnette du laboratoire. Personne ne répondit. Elle souffla d'exaspération et sonna une nouvelle fois en insistant plus longtemps. Elle patienta encore deux minutes très longues puis se mit à frapper à la porte en parlant fort.

« Allez, Bra… ! Je sais que t'es là ! Ouvre-moi ! » nouveau silence interminable. Ça commençait à énerver la fille de Videl. « Je suis pas là de mon plein gré ! Fais un effort quoi ! C'est mon père et ta mère qui m'obligent à venir te parler maintenant ! Faisons-leur plaisir… »

Elle cligna des yeux lorsque la porte s'ouvrit à sa grande surprise. La fille de Végéta n'était pas derrière la porte mais le labo dans lequel elle travaillait était un des seuls à faire office de hangar. Précoce et talentueuse, Bra travaillait sur son premier gros projet personnel depuis bientôt un an. Soupirant de l'effet théâtral scénarisé, Pan entra dans la pièce, bien décidée à ne plus crier après la jeune fille à qui elle rendait visite. Elle avança dans le hangar, remarquant que le travail avait beaucoup avancé depuis qu'elle ne venait plus régulièrement. Elle se souvint que son amie lui faisait régulièrement le reproche de ne pas progresser à la vitesse voulue vu qu'elles devaient se voir.

« Qu'est-ce que tu veux ? » demanda Bra sur le ton de la conversation.

Pan regarda partout autour d'elle, elle n'identifia finalement qu'une paire de jambes grises dépassant d'une énorme structure métallique. Elle ne sut que dire, un peu prise au dépourvu de ne pas passer par la case des banalités.

« Je vois que tu avances bien… » elle détailla la structure métallique de forme arrondie sous laquelle travaillait Bra. Depuis ses dix ans, elle lui parlait de son projet de construire un vaisseau spatial entièrement de ses mains. Elle avait mis les plans au point avec son frère et sa mère l'avait conseillé dans bien des domaines techniques. Ce bâtiment devait avoir toutes les caractéristiques technologiques les plus innovantes tout en restant beau, confortable et ergonomique. « Tu t'es décidée sur son utilité une fois qu'il sera fini ? » elle essayait de faire la conversation à propos de quelque chose qui plaisait à Bra, Pan ne savait pas faire la tête bien longtemps et elle n'en voulait pas vraiment profondément à la fille de Bulma…

En voyant le bâtiment prendre forme, ça lui rappela qu'elles avaient un jour discuté du fait que ce vaisseau pourrait leur servir à voyager toutes les deux entre amies. Voyant que les projets de vie de Bra prenaient forme dans le même sens qu'avant, ça lui donna envie de partager à nouveau la sienne avec elle. « Je ne vais plus à l'école ces jours-ci ! Mes parents ont accepté de me laisser libre de m'entrainer sérieusement jusqu'au tournoi ! » seul le bruit métallique de la jeune mécanicienne au travail lui répondit. Elle s'accroupit, souhaitant renforcer un sentiment de complicité. « Je ne donne plus non plus mes leçons au dojo Satan, pour le moment. Mon oncle Goten me remplace. Il remplace Danuki en même temps ! Ce copieur a tout arrêté aussi pour s'entrainer avec Mr. Boo ! Il lui faudra bien ça pour me vaincre ! Tu ne crois pas ? »

« Ou bien il a tout arrêté pour retourner se droguer dans les bas-fonds de Satan city. Après tout, tu l'as jeté comme une merde et tu es tout ce qui le sortait de sa vie pourrie de gamin orphelin… »

Pan encaissa, habituée au ton direct et cynique de Bra. « Dan n'est pas un faible idiot… Et c'est mon grand-père maternel qui l'a sorti de ses problèmes en lui permettant de s'épanouir dans le sport, pas moi. Notre rupture ne va pas le faire replonger ! Il s'entraine vraiment parce que le tournoi est important pour lui. Et je crois qu'il a eu raison de me provoquer… ça renforce mon intérêt et ma propre passion, dans un certain sens… C'est ce que j'aimais le mieux chez lui, son côté fougueux et entier… Enfin tu vois, quoi. »

La fille de Végéta sortit de sous l'appareil. « Non, je ne vois pas. Je me rends compte que je m'en fou en fait ! » elle s'essuya les mains et entreprit de sortir du hangar. Pan se redressa de sa position accroupie, soupirant du ton méprisant de Bra. Se convainquant qu'elle l'avait cherché en la snobant ces dernières semaines et que son amie ne voulait que l'embêter avant de repartir sur de bonnes bases, elle la suivit.

Les deux jeunes filles arrivèrent dans une petite cuisine, celle servant de lieu de pause aux personnes travaillant dans le hangar. La fille de Gohan resta debout près de l'entrée, ne sachant pas si Bra en avait pour longtemps. Celle-ci ouvrit le frigo, en sortit une bouteille d'eau et se désaltéra en dévisageant Pan. « Tu n'avais que ça à me dire ? »

« Je sais pas, je n'avais rien de prévu… » elle croisa les bras, mal à l'aise du comportement distant de Bra.

« Tu n'es là que parce que ton père et ma mère discutent avec votre phénomène de foire. » Pan prit sur elle une nouvelle fois. « Je ne t'oblige pas à discuter. Je ne me force pas, moi. » elle fut alors étonnée du nouveau ton calme et contrôlé de son amie.

« Que veux-tu dire ? »

« Nous n'avons rien à nous dire alors arrêtons les frais. Mon avis sur ton monde t'agace et tout ce que tu vis est inintéressant à mes yeux. »

« Tu ne crois pas que t'exagère ? » elle était estomaquée, sa vengeance sous forme de mépris commençait à trop durer.

« Absolument pas. Je me sens plus légère depuis quelques temps, je n'ai plus à me forcer à t'écouter… Je me sens plus sereine. » Pan fut touchée par ces paroles blessantes. « Ne fais pas cette tête-là… Toi aussi tu t'en rends compte. Tu viens de dire que tu ne sais plus quoi me dire et que tu n'es là qu'à cause de nos parents… »

La fille de Gohan croisa les bras, cherchant à réfréner sa contrariété croissante. « Eh ben… Moi qui pensais finalement qu'on allait se réconcilier, je vois que tu n'es pas prête… »

Bra émit un petit rire moqueur. « Tu te fais encore des films. Nous n'avons rien à réconcilier. Nous ne sommes même pas amies. Dans le fond, nous ne l'avons jamais été. » Pan reçut cette annonce comme un coup de poing. « C'est évident, encore une fois ce sont nos parents qui nous ont réunies… Ils trouvaient le duo Trunks-Goten tellement adorable qu'ils voulaient qu'on soit pareil… Mais ils finiront bien par se rendre à l'évidence eux aussi : nous ne sommes pas des amies, nous… On a rien à voir ensemble. Je n'ai jamais apprécié ce que tu fais, Pan. » la nommée leva le visage vers le plafond, feignant l'indifférence mais elle cherchait surtout à empêcher des larmes de couler hors de ses yeux humides. Bra ne s'arrêta pas là. « je crois même que nos famille ont essayé de réaliser leurs souhaits pour nous… Ton père espérait que tu te désintéresserais du combat en me côtoyant comme lui ça ne l'intéresse pas plus que ça… »

« Ne parle pas de mon père ! » imposa Pan, soudainement piquée au vif, croyant devenir incontrôlable si Bra osait être insultante envers sa famille.

« Oh mais je ne le critique pas… De mon côté c'est mon père qui trouvait un intérêt à ce que je te fréquente, il espérait que je commence à aimer les arts martiaux comme toi… J'ai dû lui avouer que ça ne marchera jamais tellement ta puissance est misérable et peu envieuse… Même pour moi pour qui suis profondément ennuyée par toute forme de combat physique. » elle sentit les poings de son interlocutrice se serrer. « Tu n'as rien à dire ? Evidemment… Toi, tu n'avais sans doute rien remarqué… Tu es tellement naïve… Ne sois pas triste, avant qu'on ne t'oblige à venir me parler aujourd'hui, tu ne portais de l'intérêt qu'à des marginaux sordides et ennuyeux, comme tu as toujours fait. Va les retrouver, ça vaut mieux. Ça ne changera pas de ce que tu fais ces jours-ci… »

« Tu me hais à ce point-là ? » elle vibrait de colère tout en étant plus que subjuguée par les paroles contrôlées et cruelles de Bra. Cette sensation s'accrut et sa colère se mêla à de la tristesse et du dégoût quand elle entendit la réponse.

« Je ne te hais pas… C'est plutôt de l'insensibilité. J'ai vraiment essayé de t'apprécier, je te le jure… »

Pan regardait douloureusement Bra qui était, elle, droite, détendue, le visage lisse, ses yeux bleus la fixant intensément comme si ce qu'elle venait de lui dire ne la touchait effectivement pas. Elle voulut se persuader que ces paroles n'étaient que du vent et que Bra allait faire un geste vers elle, la rassurer en lui disant que tout cela n'était qu'une blague, qu'une mesquine vengeance pour lui avoir posé un lapin deux fois et qu'elle n'avait pas intérêt à recommencer… Mais la fille de Végéta ne changea pas sa mine calme et posée. Pan tremblait, elle avait l'estomac noué, le cœur au bord des lèvres et la gorge si sèche qu'il lui était impossible de prononcer un mot. Elle chercha à se convaincre que ce n'était pas grave, que Bra n'était effectivement pas importante mais ce n'était pas vrai…

Dans sa douleur, elle entendit à peine la porte de la cuisine s'ouvrir. Elle vit Bra se tendre légèrement et son regard glacé se voiler de haine.

Ignorant Bra, Bardock porta immédiatement son attention sur Pan qui se trouvait à présent à quelques pas de lui. « Tu vas arrêter ça, immédiatement ! » lui cracha-t-il dessus sans ménagement. Pan sursauta à peine et tourna lentement le regard vers lui, complètement hagarde. « Je ne sais pas ce que tu es en train de faire mais je t'ordonne d'arrêter ! »

« Je… Je ne fais rien… » il répéta son injonction, vibrant de colère. Elle répéta à son tour qu'elle ne faisait rien de particulier, ce qui le fit grogner en serrant si fort les dents qu'il en ressentit de la douleur. Il dévisagea Pan une minute supplémentaire, elle était encore tellement sonnée par la 'conversation' qu'elle avait eu avec Bra qu'elle ne ressentit que peu d'inquiétude à voir son arrière-grand-père surgir et lui aboyer dessus.

Il ferma alors les yeux une seconde, tentant de retrouver le contrôle. Il se tourna alors vers Bra qui ne bougeait pas d'un iota, aux aguets. « Alors c'est elle… » gronda-t-il en avançant à grandes enjambées vers la jeune fille de la maison qui réprima un mouvement de recul. Il s'appuya sur le meuble derrière elle, captant ses yeux. Elle fixa son regard dans le sien, bien décidée à ne pas sourciller ni à se laisser impressionner. Pan les observait, encore interdite de la scène qui s'était jouée quelques instants avant.

À la grande surprise de tout le monde, le saiyen déclara, beaucoup plus calme et sûr, dans un rictus méprisant. « Ce que tu peux être vide… C'est insensé comme tu es plus proche d'un trou noir que du plus insignifiant insecte… » Bra ne bougea pas. Bardock réprima soudainement une nouvelle migraine. S'apprêtant à recommencer à hurler à qui voulait l'entendre que 'tout ça devait s'arrêter', Pan se précipita sur eux en posant la main sur l'avant-bras en appui de son arrière-grand-père.

« Ne fais rien que tu pourrais regretter. Tu peux contrôler ça. » lui dit-elle simplement, sans s'énerver. Il posa son regard sur elle, elle continua. « Nous allons sortir, ça ira mieux dehors. »

Au bout d'une minute où il chercha à baisser sa tension, il baissa le bras et quitta la cuisine sans aucun regard pour Bra. Celle-ci resta prostrée en le regardant partir. Pan entreprit de suivre le saiyen.

« Tu es une idiote finie si tu le suis… Il ne sait pas se contrôler, c'est un animal… Tu lui es complètement soumise et tu finiras par le payer cher ! »

« Je me sens mieux idiote et soumise que froide et sans âme. Au revoir, Bra. »

Son Gohan sortit finalement de la Capsule Corp. Il rejoignit sa fille qui était dans une des allées, probablement à l'attendre. Elle avait le nez en l'air, en suivant son regard, son père réalisa qu'elle regardait son arrière-grand-père qui flottait.

« Comment ça s'est passé avec Bra ? » Pan se tourna vers lui et elle n'eut besoin de rien dire, Gohan comprit que ça ne s'était pas passé comme prévu. « Elle est têtue et fière… La prochaine fois, ça se passera mieux. »

« Il n'y aura pas de prochaine fois. Ne m'oblige plus à la voir. » les épaules de Gohan s'affaissèrent à cause du ton à la fois triste et catégorique de la sa fille. « Et Bardock est complètement à cran… Qu'est-ce que vous lui avez fait ? »

« Nous n'avons rien fait, Pan. Il réagit différemment de nous… Mais il y a surtout d'autres choses dont on doit se préoccuper en priorité. » il enchaina avec un air plus doux, constatant que le regard d'adolescente offusquée de Pan ne changerait pas. « Je vais passer voir Gyumao avant de rentrer à la maison. Tu viens avec moi ? »

Elle hésita avant de répondre. Elle ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil au saiyen un peu plus loin : il avait les mains crispées tout en jouant avec une petite bille d'énergie qu'il faisait danser entre ses doigts, le regard dur perdu vers la ville.

« Je ne sais pas, papa… Bardock n'est pas en grand forme et il a besoin de compagnie pour se changer les idées. J'irai voir Papy Gyû un autre jour. »

Gohan soupira et capta le regard de sa fille. « Il faut qu'on redescende un peu sur Terre, Pan. Je suis content de lâcher prise par rapport à mon travail et je ne regrette pas de t'avoir autorisé à en faire de même jusqu'au tournoi mais on ne peut pas se permettre de bouleverser nos vies comme ça trop longtemps, non plus. »

« Mais il fait partie intégrante de notre vie, lui aussi. »

Il lui posa les mains sur les épaules, se rappelant qu'il parlait à une adolescente, il pesa ses mots. « Je sais… Mais garde à l'esprit que nous n'avons sans doute pas la même valeur dans la sienne que lui dans la nôtre. »

Elle mit longtemps avant de répondre. Elle se dit qu'elle n'avait pas non plus la même valeur qu'espérée dans la vie de Bra non plus. De plus, elle se rappela que le saiyen espérait bientôt partir et que donc elle ne le verrait plus prochainement, elle allait encore perdre quelqu'un. « ça m'est égal. Je persiste et reste avec Bardock. J'irai voir Gyumao plus tard. Embrasse-le pour moi. »

Se disant qu'il avait peut-être eu tort de la forcer à aller voir Bra, il n'insista pas cette fois-ci. Pan avait une lueur d'amertume dans le regard qu'il détestait voir. Cependant, il était déçu qu'elle ne le suive pas, ça lui aurait fait du bien à lui d'avoir sa fille à ses côtés. Au téléphone, c'était sa mère qui l'avait appelé et elle était très anxieuse, il y avait eu du changement dans l'état de convalescence de Gyumao, il devait venir changer son traitement et il n'avait pas l'intention de les faire attendre plus longtemps.

« Tu ne m'entraineras pas aujourd'hui, je suppose. » repris sa fille.

« Tu supposes bien. » elle entendit le ton contrarié de Son Gohan, il était sidéré qu'elle pense à ça alors que ce qu'il avait à faire à la place était bien plus grave. Mettant de côté son sentiment d'être trop laxiste, il déclara avant de se téléporter. « Ne sois pas en retard, ce soir. Respecte au moins ça, aujourd'hui. »

Une fois qu'il eut disparu, elle s'éleva vers le saiyen qui n'avait pas bougé. « Le trou noir putride n'a pas donné l'alerte ? »

« Certainement pas. Elle est trop fière pour ça… Et les autres ils s'en foutent de ce que tu peux faire… Qu'est-ce qui t'a pris tout à l'heure ? »

Il tourna la tête vers elle. « Votre petite planète dégoutante m'envahit la tête ! Alors tu ferais mieux d'imiter les autres et de m'ignorer ! J'en peux plus d'être écrasé ! Je ne comprends rien à vos organisations de merde ! Tout me dépasse et m'écœure, ici ! Alors peut-être qu'effectivement je commence à devenir déviant … »

« Tu devrais arrêter ton cinéma, toi aussi. » Pan ne criait ni ne bredouillait sans pour autant perdre une certaine netteté que le saiyen n'avait pas l'habitude d'entendre chez elle. « Tu crois que tu es le seul à ne rien comprendre à ce qui t'arrive ? à faire des choses qui sont plus fortes que toi ? à chercher à tout contrôler pour espérer te sentir mieux et retrouver tes repères ? Eh bien, non ! Figure-toi que moi aussi je suis paumée ! Je fais aussi des choses que je ne contrôle pas ! Je déçois des personnes importantes pour moi mais je ne sais pas faire autrement ! Tous les choix que je fais se révèlent être les mauvais en ce moment ! Alors par pitié, n'en rajoute pas ! »

« Alors quoi ? Suicide collectif ? »

« Très drôle. J'ai besoin de me calmer les nerfs et vu cette boule d'énergie dansante dans ta main, toi aussi ! »

« On commence par quel bâtiment ? »

« Autant que le suicide collectif ne fait surement pas partie de ta philosophie de vie, le génocide ne fait pas partie de la mienne. Nous irons dans le désert ! ça aura également l'avantage d'être une zone avec moins de formes de vie, ça t'aidera à te calmer. Allez, on a de la route ! »

« Philosophie de vie ? » marmonna le saiyen.

« On arrête de penser et de discuter pour aujourd'hui ! Allez, bouge ! » elle démarra en trombe, pressée de se défouler. Le saiyen la suivit.

L'après-midi se passa sans nouvel imprévu. Pan avait emmené son arrière-grand-père dans un désert rocheux. C'était une zone très éloignée de toutes formes d'habitation dans le Nord-Est du grand continent. Les guerriers hors normes y venaient de temps à autre pour se défouler un peu sans risquer de faire peur aux terriens ou risquer de blesser quelqu'un.

Bardock et Pan étaient assis en tailleur côté à côté derrière leur cratère respectif.

« C'est mieux. » dit le saiyen après avoir constaté que les élancements dans sa tête avaient presque entièrement cessé.

« Oui, je pense aussi. J'me sens bien maintenant. »

« J'te posais pas de question. T'as dit qu'on arrêtait de parler pour aujourd'hui. »

« C'était il y a quelques heures quand j'étais pressée d'arriver ici. Maintenant, ça ne compte plus. »

« On nous écoute, je ne répondrai à aucune question dont vous pourriez vous servir contre moi, bande de bâtards ! »

Pan sourit, contente d'écouter une de ses ironies. « C'est Piccolo qui nous surveille. C'est certainement mon père qui l'envoie pour éviter de devoir s'inquiéter de trop. »

« Qui me surveille, moi, tu veux dire… Comme si je risquais de te confondre avec un rocher. »

« Vu comme on est recouvert de poussière, c'était pas impossible. Son ki est supportable ? »

« Disons qu'il sait être discret le détecteur de ton père. »

Pan garda son sourire mais soupira de lassitude en voyant le soleil déclinant. « Il va falloir que je rentre… Enfin… Une journée où on termine plein de poussière ne peut être qu'une bonne journée, finalement ! » sur cette déclaration optimisme, elle se redressa en s'époussetant. « Tu rentres avec moi ? »

« Pas tout de suite… Vos … 'problèmes' me sont difficilement compréhensibles… Y'avait un de ces bordel tout à l'heure… La vieille a perdu les pédales quand sa progéniture est arrivée. » il n'avait pas parlé de manière agressive, Pan le prit comme une sincère constatation. Heureuse qu'il lui parle honnêtement sans colère ni cynisme, elle le laissa finir même si elle aurait voulu qu'il détaille sa rencontre avec le fils de Bulma et Végéta. « Heureusement qu'il a un coéquipier, un allié solide. Je pense que sans eux j'aurais perdu patience plus vite, noyé dans toutes vos considérations irrationnelles… »

« Là, c'est moi qui ne te suis plus trop. »

« Chacun sa merde. À demain. »

Elle soupira, déçue de ne pas avoir d'explications concernant les dernières déclarations de son aïeul. Elle commençait à connaître assez Bardock pour savoir qu'elle ne tirerait plus rien de lui à cet instant. Elle s'envola en le saluant et en saluant dans la direction où devait se trouver Piccolo.

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