Bonjour à toutes et à tous... Je suis comblée par vos retours et vos mises en favoris... Merci à PlumedeSorbier, Zeugma412, Petite-Licorne-Arc-en-Ciel, Fantomette34, LinetteD, KikaInLove1, DGBA et CutieSunshine... Je rappelle que rien n'est à moi, bonne lecture et à la semaine prochaine.

Chapitre 3

Quand la pendulette laissa échapper sa sonnerie stridente, Hermione était déjà sous la douche. Pour la première fois depuis longtemps, elle s'était levée fraîche et dispose, sans l'aide de son réveil. Enfin, fraîche et dispose… C'était surtout l'angoisse qui l'avait fait sortir du sommeil. À la lumière du jour, l'idée géniale de trouver un compagnon pour Severus Snape n'apparaissait plus aussi fantastique…

La grande dizaine d'années passée ne lui avaient pas fait oublier le caractère irascible et ombrageux de son professeur. Elle avait souvent été en butte avec ses réflexions plus ou moins mesquines, méchantes. Sans compter le surnom qu'il lui avait donné… « Miss-Je-Sais-Tout ». Comment allait-il réagir lorsqu'elle lui proposerait de l'aider à être moins seul ? à s'ouvrir à une relation stable et enrichissante, tant du point de vue intellectuel que sentimental ?

Dolly, un sourcil levé, la regarda entrer dans l'hôpital d'un bon pas.

— Pincez-moi, je rêve… Hermione Granger en avance ! Tu es tombée de ton lit ?

L'interpellée haussa les yeux au ciel.

— Quand même, je ne suis pas en retard tous les jours ! Si ?

Sa collègue eut une mimique entendue et lui tendit son mug.

— Comme tu es déjà là et qu'aucune urgence ne t'attend, je veux bien un café. Et au fait, Maître Snape a déposé les potions que tu lui as demandées.

— Déjà ? Mince ! J'avais espéré le voir… J'ai quelque chose à lui demander.

— Ah ça ! Il aurait fallu que tu te lèves voilà deux heures parce qu'il est là depuis six heures ce matin… C'est un lève-tôt, lui…

—Oh, ça va ! Tu sais à quelle heure il quitte le laboratoire ? Parce que si j'y vais là, il va m'envoyer paître…

— Non Georgette, je ne sais pas…

— Arrête de m'appeler Georgette ! s'exclama Hermione. Tu sais que je déteste ma grand-tante française !

— Oui oui, s'amusa Dolly, je sais…

Hermione lui tira la langue et se dirigea vers la machine à café. Elle remplit le mug de Dolly puis le sien qu'elle avait sorti de son sac. Elle retourna s'installer vers son amie et, comme tout était calme, elles sirotèrent leurs boissons.

— Alors ? Qu'est-ce que tu voulais lui demander à Snape ?

Hermione hésita une fraction de seconde puis se confia à son amie. Après tout, elles se connaissaient depuis longtemps et elle avait une confiance absolue en elle. Autant qu'en Harry.

— J'ai eu une discussion hier soir avec Harry…

— Vous avez reformé le Trio d'Or, à ce que je vois… Et Ronald Weasley ? Il était là ? Tu le revois aussi ?

— Non il n'était pas là ! Nous nous envoyons un hibou de temps en temps. Il travaille en Hongrie, avec son frère Bill… Il est marié mais je ne connais pas son épouse.

— Bon, et Snape ?

— Voilà. Au cours de notre échange, pendant lequel je ne me suis pas privée de dire à Harry ce que je pensais de son silence à propos de notre ancien professeur, nous sommes arrivés à la conclusion que le maître des potions serait peut-être bien gay…

Dolly roula des yeux comme des soucoupes.

— Lui ? Gay ? Je n'y crois pas une seconde !

— Qu'est-ce qui te permet de dire ça ?

— Je ne sais pas… Et toi ? Comment en es-tu arrivée à cette idée ?

Hermione se mit à énumérer sur ses doigts.

— D'abord, il ne sort que très rarement avec des femmes. Quand il le fait, ce n'est jamais avec la même. Harry m'a dit qu'il le voyait souvent dans un pub avec des hommes. Il a toujours été solitaire, même à Poudlard.

Dolly eut une moue septique.

—Ouais… Ça ne veut rien dire tout ça. Il sort avec des amis hommes pour des discussions de mecs. Il n'invite jamais la même femme parce qu'il n'a pas trouvé celle qui lui convient et préfère sans doute sa propre compagnie à celle d'une pipelette sans cervelle.

Mais Hermione n'en démordait pas.

— Non, non ! Je suis sûre qu'il est gay et j'ai l'intention de l'aider à trouver un compagnon ! J'aurais voulu le voir pour l'inviter à boire un verre dans un bar pour tâter un peu le terrain. Discrètement…

La rouquine éclata de rire.

— Discrètement ? Toi, Hermione ? Autant qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine… !

La moquée eut un sourire. Son amie la connaissait bien…

— Je ne vais pas entrer dans le vif du sujet tout de suite ! Je vais essayer d'amener la conversation sur les relations que j'ai eues pour tenter de le faire parler de lui. « Je n'ai pas envie de me marier avant trente-cinq ans. Et vous, Severus, vous avez une épouse ? »… Tu vois bien, un truc de ce genre…

Dolly était renversée sur son fauteuil de bureau et riait aux éclats.

— Il faudra déjà qu'il accepte d'aller boire un verre avec toi et ensuite, qu'il consente à te répondre. À mon avis, tu n'auras ni l'un, ni l'autre.

— Ne me casse pas le moral ! Je dois réussir !

— Et qu'est-ce que ça t'apportera ?

Hermione réfléchit quelques secondes.

— Je suppose que je veux compenser le fait que je ne me suis pas occupée de lui alors qu'il avait tant fait pour nous… C'est une façon de me racheter, de l'aider. Quelle satisfaction j'aurais d'être à l'origine d'un couple heureux qu'il formerait avec un compagnon !

Sa collègue était pensive. Dolly se résolut néanmoins à dire à son amie le fond de sa pensée.

— Je doute qu'il te laisse l'approcher comme ça, avec des bonnes intentions plein ton panier. À mon avis, il va te renvoyer dans les cordes d'un coup de baguette et peut-être aussi un sort bien cuisant. Pour ma part, je reste persuadée qu'il est complètement hétéro et que tu vas faire une monumentale erreur.

— Si c'est ça, je n'aurai qu'à lui trouver celle qui lui convient comme tu dis.

La rousse pouffa.

— Parce que tu crois qu'il n'en est pas capable seul ? Qu'il n'attend que toi ?

— Et bien peut-être ! La preuve : il est toujours seul !

— Qui te dis qu'il n'a pas une liaison cachée ? Avec une femme mariée… Ou un homme marié, puisque tu tiens tant à ce qu'il soit homo ?

Hermione secoua énergiquement la tête.

— Harry m'a assuré qu'il vivait comme un ascète. Il le côtoie pas mal et…

— Granger !

La voix grave et forte fit sursauter Hermione. Instantanément, elle bondit sur ses pieds et souffla :

— Oui professeur…

Elle entendit Dolly étouffer un rire alors qu'elle se tournait vivement vers celui qui venait de l'interpeller. Elle vit le maître des potions, les bras croisés sur son torse, un air de stupéfaction affligée sur le visage. Il secoua lentement la tête.

— Vous êtes pathétique, Granger ! Vous n'avez pas grandi depuis vos onze ans.

Hermione se mordait les lèvres et se tordait les mains.

— Dé… désolée, balbutia-t-elle. Vous vouliez me voir ?

— Votre cerveau s'est-il ramolli à ce point ? Si je vous interpelle c'est que je veux vous voir ! Je vous attends pendant votre pause de midi dans mon bureau !

— Oui pro… Severus.

— Maître Snape !

Hermione n'eut pas le temps de rétorquer, le docteur Jillianson venait de faire irruption dans le bureau des admissions.

— Miss Granger, veuillez préparer les dossiers pour ma visite des malades, je vous prie. Je vous retrouve au deuxième. Oh, bonjour Severus ! Comment allez-vous mon ami ?

Les deux hommes se serrèrent la main et s'éloignèrent en discutant.

Au bord de la syncope, la jeune infirmière se laissa retomber sur sa chaise alors que Dolly laissait échapper le fou rire qu'elle retenait.

— Par Merlin ! Si tu avais vu ta réaction ! Tu t'es crue encore à l'école ou quoi ?

Hermione souffla pour faire retomber la pression, puis afficha un air horrifié.

— J'espère qu'il n'a pas entendu…

— Tu penses peut-être qu'il est sourd ? Evidemment qu'il a entendu, c'est sans doute pour ça qu'il veut te voir… fit la rouquine avec un sourire taquin.

Hermione soupira.

— Laisse-moi rêver… Bon aller, je vais au deuxième… À plus tard Dolly.

Celle-ci lui répondit d'un petit geste de la main avec un clin d'œil.

— Si je ne te revoie pas ce soir, j'enverrai la sécurité au labo de Snape. Des fois qu'il t'ait trucidée…

La jeune infirmière pouffa, gagna son bureau pour prendre ses dossiers et se rendit à la convocation du Docteur Jillianson…

La matinée fut bien remplie pour Hermione. Les urgences se succédèrent après la tournée des hospitalisés. Il était près de deux heures de l'après-midi quand elle put se rendre au laboratoire. Mettant son appréhension dans sa poche, elle frappa fermement à la porte. Elle ne put retenir un sursaut quand celle-ci s'ouvrit brusquement. La silhouette de son ancien professeur se dressa devant elle. Elle se fit la réflexion qu'il était bien plus grand qu'elle, sans pour cela se sentir menacée, comme ça lui était déjà arrivé avec certains hommes. Au contraire, peut-être était-ce parce qu'elle le connaissait et qu'il avait représenté un adulte protecteur dans son enfance, toujours est-il que la haute stature du maître des potions la rassurait. Elle se sentait en sécurité, protégée.

— Entrez Granger.

— Vous vouliez me voir… commença-t-elle nerveusement.

Hermione frémit au bruit sec de la porte qui se refermait derrière elle. Elle suivit des yeux son ancien professeur alors qu'il allait s'asseoir au bureau dans un coin du laboratoire. Il lui fit un geste péremptoire et elle s'empressa de s'installer sur une chaise en face de lui.

— Il nous faut nous mettre d'accord sur la fréquence de renouvellement du stock des potions, comme je l'avais fait avec votre prédécesseur. Avez-vous jeté un œil au planning ?

La jeune infirmière ouvrit des yeux ronds.

—Je n'ai rien trouvé de tel dans le bureau de Madame Jenkins, ni planning, ni note à ce sujet.

Profitant de cette excuse qu'il lui offrait sur un plateau, elle lança :

— Justement, j'avais l'intention de discuter avec vous de ce problème. Fabriquer des potions au jour le jour n'est pas tenable. Malheureusement, je n'ai pas le temps pour l'heure, je dois reprendre mon poste…

— Evidement… Que suggérez-vous ?

Elle hésita quelques secondes, faisant mine de réfléchir.

— Peut-être pourrions-nous nous retrouver ce soir à six heures au pub Wilkinson, au coin de la rue… ? À moins que votre épouse vous attende…

Un sourcil s'éleva au-dessus d'un œil noir.

— Grâce à Merlin, je ne suis pas affublé d'une épouse ! Hors de question qu'une femelle caquetant à longueur de journée me pourrisse la vie ! Je préfère de loin la compagnie de mes congénères.

À ces mots, Hermione retint un petit sourire. Elle avait raison…

— Et bien… un… ami peut s'inquiéter…

Cette fois, les deux sourcils se haussèrent. Il susurra d'un ton mielleux :

— Avouez donc que vous voulez savoir si je vis avec quelqu'un… Vous êtes navrante, Miss Je-Sais-Tout… Pour assouvir votre curiosité, sachez que personne ne partage ma vie, je suis très bien seul.

Après un temps, il continua alors qu'Hermione était dans ses petits souliers :

— Que pourrais-je encore vous révéler pour nourrir votre appétit des potins ?

À ces mots, la jeune femme se redressa.

— je n'ai aucune intention de me répandre en commérages, Severus ! Ce n'est pas mon genre ! Simplement, je m'en voudrais de perturber votre emploi du temps et inquiéter vos proches par votre absence.

— Puisque ce n'est que cela Hermione, murmura-t-il en plissant les yeux, rassurez-vous, je ne manquerai à personne. Donc, rendez-vous à six heures au Wilkinson.

L'infirmière se leva, soulagée qu'il ne se soit pas fâché de son ingérence et troublée par la façon dont il avait prononcé son prénom. Finalement, pensa-t-elle en regagnant son bureau, l'entrevue s'était bien passée et elle avait réussi à l'inviter au pub. C'est avec un grand sourire qu'elle leva les deux pouces en direction de Dolly avant de se ruer vers les secouristes qui arrivaient en courant, poussant un brancard. Elle fut alors accaparée par son travail.

Il était finalement près de sept heures quand elle put quitter son poste et rejoindre le pub. Elle n'en menait pas large, se souvenant que Severus Snape, professeur de potions de Poudlard, avait une sainte horreur du retard. Pourvu qu'il l'ait attendue… Effectivement, il était encore là, installé à une table au fond de la salle, un verre de whisky devant lui.

Hermione s'assit en face de lui après avoir commandé un verre de vin blanc au bar. Elle scruta les traits de son vis-à-vis, rassurée de ne lire aucune colère au fond des yeux noirs. Elle s'excusa néanmoins.

— Je suis désolée, une urgence m'a retenue…

— Les impondérables du métier… j'en suis conscient. Ce n'est pas grave, j'étais en bonne compagnie, ironisa-t-il en désignant son verre vide.

Aussitôt, l'infirmière fit un geste au barman pour qu'il resserve le Maître des Potions. Un instant perturbée par la réaction positive de Snape, elle le fixa, se demandant s'il était sérieux ou s'il allait exploser dans les secondes suivantes. Depuis quand était-il si compréhensif ?

— Evitez de penser si fort, Granger… après deux whiskys, vous me donnez presque mal à la tête !

Avec un sourire au coin des lèvres, ou plutôt ce rictus qu'elle reconnaissait, il expliqua :

— La médecine n'obéit pas aux même règles que l'enseignement, où les horaires sont à respecter. J'ai appris à m'y faire… Et pour votre gouverne, je suis toujours legilimens…

Oups… elle avait oublié ça ! Elle allait devoir rester sur ses gardes si elle ne voulait pas qu'il découvre trop tôt son projet. Ils passèrent près d'une heure à dresser une liste de potions, selon certaines priorités. L'essence de Dictame, la potion de régénération sanguine, la potion du Sommeil Sans Rêve, et celle contre la douleur constituaient les principaux remèdes. Venaient ensuite la Poussoss, la pâte pour les brûlures, le Philtre de Paix pour les patients agités, la Pimentine et la potion Tue-Loup, spécialité du Maître des Potions.

Quand ils se furent mis d'accord sur le planning, Severus se leva et s'apprêta à saluer la jeune femme. Celle-ci sauta sur ses pieds, cherchant une excuse pour prolonger la soirée. Elle n'avait pas encore eu le temps d'amorcer son plan… !

— Vous… vous ne voulez pas manger un truc ? Moi je meurs de faim…

— Rien ne vous empêche de diner ! Pour ma part, je suis à mon laboratoire à six heures du matin, aussi, si cela ne vous dérange pas, je rentre chez moi, termina-t-il, caustique.

Un signe de tête et il était parti… Hermione se rassit et, déçue, leva la main pour commander un énième verre de vin…