Tout d'abord, je voudrais vous souhaiter une belle année 2020. Qu'elle vous garde en bonne santé et vous apporte l'inspiration pour nous écrire de belles histoires. Beaucoup de joies et de bonheur pour vous. Merci pour tous vos commentaires qui me comblent de plaisir. J'essaye de vous répondre personnellement. Fantomette34, Zeugma412, DGBA, LinetteD, Silverbutterfly209.
KikaInLove1, tu penches du bon côté ;)
Bonne lecture à toutes et tous, je vous embrasse.

Chapitre 5

Il était plus de neuf heures du soir. Hermione et Severus finissaient leur énième verre de Whisky. La jeune femme, encore sous le coup des paroles osées de l'homme, peinait à reprendre contenance. Elle ne savait comment réagir et que répondre. Elle se doutait qu'il avait voulu la provoquer ; ses questions n'étaient pas, malgré tout, sans fondement.

Bien évidemment qu'elle n'avait jamais pensé à son professeur dans un domaine si privé que les relations sexuelles ! Mais elle devait bien s'avouer que depuis qu'elle l'avait retrouvé, elle s'interrogeait sur son intimité. Comment était-il ? tendre ? brutal ? Sans aucun doute passionné…

Elle gigota sur son siège pour essayer de taire son désir, sauf que la moiteur qui envahissait petit à petit le creux de ses cuisses était bien réelle et inconvenante, à son avis. « Reprends-toi ma veille, s'admonesta-t-elle. Il n'apprécie pas les femmes, donc tu n'as aucune chance… ».

Elle tenta de reprendre le cours de la conversation, de la remettre sur des rails moins licencieux.

— Je suis comme vous, relança-t-elle, j'apprécierais un partenaire plutôt discret, intelligent, aimant aussi la lecture… et surtout le sexe.

Elle n'avait pu s'en empêcher, elle ne savait pas pourquoi. Elle voulait qu'il sache qu'elle n'était pas qu'une infirmière, et surtout pas une oie blanche. Elle avait envie qu'il la voit comme une femme libérée, à l'aise avec sa sexualité. Un brin provocatrice… Pour ce qui était d'être moins licencieuse… Ils se valaient, tous les deux !

Un rictus moqueur s'installa sur les lèvres de Severus. Visiblement, il n'était pas dupe. Hermione soupira intérieurement. En provocations et sarcasmes, il avait des années lumières d'avance.

La jeune femme leva le bras pour appeler le serveur à qui elle demanda la carte. Elle avait faim. L'alcool ingurgité lui obscurcissait légèrement les idées.

Severus, parfaitement maître de lui-même, parcourut le menu et choisit un Saint-Pierre en aiguillette avec son risotto. Hermione jeta son dévolu sur un double carpaccio de bœuf avec salade et portion de frites.

En attendant leurs plats, la sorcière entreprit de démontrer à son vis-à-vis les avantages de la vie à deux. Il la laissa palabrer durant quelques longues minutes avant de l'assassiner d'une seule question.

— Puisque la vie à deux est si géniale, pourquoi êtes-vous encore seule à vingt-huit ans ?

Elle resta bouche bée durant une bonne minute, triturant son cerveau pour trouver la bonne réponse. Celle qui sortit de sa bouche d'un ton pathétique fut navrante.

— Parce que je n'ai pas encore rencontré la bonne personne…

Le reniflement de mépris ne la surprit même pas.

— Qu'en est-il de Weasley numéro six… ? Laissez-moi deviner… Il n'aimait pas assez lire ?

Hermione ne s'offusqua pas du ton moqueur.

— Vous avez tout compris ! Ron et les livres n'ont jamais eu d'atomes crochus.

— C'est le moins qu'on puisse dire, railla le maître des potions. Qu'avez-vous donc bien pu lui trouver ?

Elle se redressa et le regarda droit dans les yeux.

— Ronald est un homme gentil, courageux, fort. Il m'aimait… Mais moi… murmura-t-elle si bas qu'il dut tendre l'oreille. Moi, continua-t-elle, je me suis très vite rendu-compte que ce qui nous liait était ce que nous avions partagé à Poudlard. Quand tout a été fini, nous avons apprécié de nous retrouver tous les deux, sans plus aucune pression de guerre, sans plus d'école…

Elle reprit son souffle pour poursuivre. Severus se taisait, attendant la suite.

— Mais au bout de quelques semaines, reprit-elle, je savais que notre histoire ne durerait pas. D'autant plus qu'il avait refusé de m'accompagner en Australie, prétextant que l'équipe de Quidditch d'Angleterre souhaitait l'embaucher comme gardien. Il a tenté de me persuader de rester avec lui, que sa carrière de sportif professionnel suffirait à entretenir une famille.

Un sanglot sortit de la gorge serrée de l'infirmière.

— Je ne voulais pas de ça ! Je voulais retrouver mes parents, m'épanouir dans le métier qui me plaisait ! dit-elle en essuyant les larmes qui perlaient à ses paupières. Et il n'a pas compris… Cela a sonné le glas de notre relation.

— C'est à ce moment qu'il est parti en Hongrie…

— Oui, et moi en Australie.

— Finalement, vous avez retrouvé vos parents ?

— Oui. Nous avons eu de longues heures de discussion. Ils voulaient savoir ce que j'avais vécu, le pourquoi de mon geste… Ça a pris du temps mais nous y sommes arrivé. Sans Ron.

— Vous m'avez cru mort. De mon côté, je ne sais rien de votre parcours après vos aspics.

Il se pencha très légèrement en avant puis, dans une attitude d'écoute, il croisa ses mains sous son menton qu'il cala dessus et murmura :

— Racontez-moi…

— Quand je suis arrivée à Sidney, j'avais déjà peaufiné le contre-sort. Il me restait juste à trouver mes parents. Je suis allée dans un cyber-café et j'ai cherché sur internet pendant des heures un dentiste du nom de Granger. J'ai mis quelques jours avant de tomber sur un John Granger, dentiste dans une petite ville pas très loin de Melbourne. Je me suis rendue dans cette petite bourgade. À la fin de la journée j'ai suivi mon père alors qu'il sortait de son cabinet, pour revenir chez lui. Là, j'ai sonné, ma mère est venue ouvrir la porte… Imaginez mon émotion…

Severus garda le silence. Il lui semblait que c'était la première fois qu'elle racontait cette histoire. D'un signe de tête, il l'invita à poursuivre. Elle eut un petit sourire.

— J'ai vu une lueur dans le regard de ma mère. Avant même de lui avoir lancé le sort d'annulation, elle m'avait reconnue… Ça a été plus long avec mon père. Il avait été le premier à avoir été «oublièté». Probablement que le sort s'était amoindri pour maman…

— Le contre-sort a fonctionné pour votre père, en définitive ?

— Oui, au bout d'une heure. Je me suis ensuite inscrite dans un cursus médical pour être infirmière.

Connaissant son ancien professeur sur le bout des doigts, elle prit un peu de recul pour lui murmurer :

— Je… n'avais pu vous sauver alors… murmura-t-elle.

— Alors vous avez essayé de sauver d'autres personnes, devina-t-il sans aucun mépris dans la voix.

— C'est ça, fit-elle soulagée qu'il ne se soit pas moqué d'elle. Puis je me suis découvert une passion pour ce métier. Soigner les gens, contribuer à leur bien-être, à leur guérison. Quel bonheur !

— Je comprends, affirma-t-il dans une forme d'empathie. On ressent la même chose lorsque l'on concocte la bonne potion.

Hermione hocha la tête, consciente qu'ils étaient sur la même longueur d'ondes à cet instant.

— Severus… souffla Hermione, ne voulant pas paraître trop intrusive.

— Oui ? interrogea-t-il, intéressé.

— Je… je voudrais vous aider à être moins seul… , commença-t-elle maladroitement. Trouver un partenaire… un homme qui vous aimera et que vous aimerez en retour car vous le méritez.

Après ce déballage de bons sentiments, Hermione se recroquevilla sur sa chaise. En lui faisant cette proposition, elle savait parfaitement à quoi s'attendre : une explosion de colère. Sauf que cela n'arriva pas. Juste un bref éclat de rire grave. Elle ouvrit de grand yeux pour découvrir son air narquois.

— Ce n'est pas comme ça que vous y arriverez, jeune fille ! railla-t-il.

— Comment ça, pas comme ça ? Que voulez-vous dire ? s'enquit-elle intéressée.

Le diable d'homme renifla de mépris.

— Vous n'avez pas changé ! Comme du temps de votre scolarité, vous ne vous en tenez qu'aux apparences, aux évidences que votre cerveau a bien voulu comprendre ! Vous ne cherchez pas à fouiller plus profondément. Votre esprit est comme un livre ! Vous y lisez ce qui y est inscrit, sans vous poser de questions. Mais la vérité est peut-être entre les lignes… Allez savoir…

L'air hagard d'Hermione sembla l'égayer au plus haut point. Elle ne comprenait pas ce qu'il tentait de lui dire. Cela ne le surprenait pas, elle n'avait jamais compris ! Il ne suffisait pas de réciter bêtement les pages d'un bouquin. Il fallait aussi voir au-delà, ce qu'elle ne savait toujours pas faire… d'où sa méprise concernant son orientation sexuelle. Mais quel amusement pour lui !

Ils furent interrompus dans leur échange par l'arrivée de leurs plats. Severus entama son Saint-Pierre, tandis qu'Hermione se jetait avec voracité sur son carpaccio. Ils restèrent silencieux. De temps en temps, Severus jetait un coup d'œil vers Hermione. Elle avait l'air pensif, semblant réfléchir à ses paroles. Son front était plissé, les yeux fixés sur son assiette.

Le sorcier leur servit un verre de vin blanc qu'il avait commandé. Hermione le remercia d'un sourire absent, but une gorgée puis inspira.

— Quand vous dites que je ne m'en tiens qu'aux apparences… Que voulez-vous dire ?

— Quand vous avez une idée, vous ne pouvez imaginer faire fausse route. Il est inconcevable pour vous qu'un si brillant cerveau puisse se tromper, susurra-t-il d'un ton moqueur. Vous êtes tellement prévisible que c'est un plaisir de vous asticoter.

— À quel sujet estimez-vous que je fais fausse route, comme vous dites ? se rebiffa-t-elle, piquée au vif en se redressant, l'incitant, lui, à poser ses couverts.

— Mais à tous les sujets ! s'exaspéra-t-il en croisant les bras sur son torse avec une certaine raideur. Que ce soit dans vos études à Poudlard, dans vos relations avec les autres, principalement les hommes. Certainement aussi dans votre travail. Bien que dans ce domaine vous soyez brillante, étonnamment. Heureusement, car il y a peu de place pour les erreurs…

La jeune infirmière resta figée n'en croyant pas ses oreilles. Dans une seule petite phrase de neuf mots, il avait réussi l'exploit de mettre une insulte et un compliment. « Bien que dans ce domaine vous soyez brillante… étonnamment. »… Elle ne savait si elle allait en rire ou se fâcher. C'est alors qu'il lâcha :

— Fermez la bouche Granger, vous ressemblez à une carpe hors de l'eau.

Un éclat de rire tonitruant le fit sursauter. Hermione était pliée sur la table, en proie à un fou-rire incoercible. Severus lui laissa le temps de se calmer, un sourcil levé, un rictus narquois au coin des lèvres. Quand elle cessa de rire, les yeux humides de larmes joyeuses, il reprit la parole.

— Alors, dites-moi, qu'avez-vous l'intention de faire pour moi ? Qu'avez-vous prévu pour trouver la personne idéale, capable de supporter mon sale caractère ?

Hermione pensa avoir mal entendu. Implicitement il lui demandait son secours ? Il fallait qu'elle en ait le cœur net.

— Vous acceptez que je vous aide ? C'est bien cela ?

— Pourquoi pas ? Je suis curieux de voir comment vous allez vous y prendre. Je suppose que vous avez établi un plan.

— Évidemment ! Tracez-moi les grandes lignes du portrait de l'homme idéal selon vous.

Severus s'empêcha à temps de lever les yeux au ciel. Elle ne démordait pas de son idée. Soit ! La chute n'en sera que plus spectaculaire… Il s'en réjouissait d'avance.

— Et bien, commença-t-il, Il faudrait avant toute chose que la personne soit très sobre du point de vue de l'apparence et du comportement. Pas une espèce d'olibrius olé-olé haut en couleurs faisant sa « folle » à tout bout de champ…

La jeune femme retint un autre éclat de rire. Le sorcier poursuivit.

— Un diplôme pour un diplôme m'ennuie. Je préfère quelqu'un d'intelligent, d'intuitif comme les autodidactes. Ils sont plus intéressants, leurs connaissances sont plus diversifiées et ils ne nous assomment pas avec.

Là-dessus, il lui jeta un regard appuyé.

— Bien, fit Hermione sans relever la critique à peine voilée. Une couleur de cheveux ? Les yeux ?

— Les cheveux bruns, c'est moins voyant. Évitons le blond peroxydé et le roux s'il vous plait ! Pour les yeux peu importe. La taille de la personne n'est pas importante non plus, tout comme son poids. La beauté n'est pas nécessaire. Je serais mal placé…

Hermione ne put s'empêcher de poser sa main sur son avant-bras.

— Vous n'êtes pas beau mais vous avez du charme, Severus, intervint la sorcière d'une voix douce. Autre chose ?

Sans relever, l'homme haussa un sourcil railleur. Il se pencha vers elle en susurrant sur le ton de la confidence :

— L'oiseau rare devra m'apprécier assez pour que nous passions des nuits torrides… Tout ce que je demande, c'est qu'il me trouve assez charmant pour accepter mes… petites déviances sexuelles.

Hermione avala difficilement sa salive. Ainsi cet homme aurait des failles ? Des problèmes comportementaux concernant le sexe ? Voyant l'air effaré de celle qui lui faisait face, Severus faillit pouffer de rire. Elle était vraiment rafraîchissante. Il ne se souvenait pas s'être autant amusé en discutant avec une femme. Il eut néanmoins pitié d'elle.

— Quand je dis déviance, je veux parler de mon obsession à donner du plaisir avant de prendre le mien. Tellement de personnes négligent leurs partenaires qu'il n'est pas rare de voir des hommes et des femmes renoncer au sexe car ils sont tombés sur un ou une égoïste.

Severus eut un rictus amusé en voyant la jeune femme se détendre et respirer. Il fut enchanté par la rougeur qui se diffusa sur les joues féminines à mesure que ses paroles atteignaient son cerveau. Il discerna dans son regard troublé l'instant où elle l'imagina en train de s'occuper d'elle. Le sombre sorcier s'insinua quelques secondes dans son esprit et fut confirmé dans ses expectatives.

—Bon, tout cela me semble très clair, soupira Hermione. Tout d'abord je vais appeler mon ami Paul, lui sait où sortir pour rencontrer des hommes biens.

— Paul est homosexuel ?

— Tout à fait, mais très discret. Je ne doute pas qu'il acceptera de nous aider. Il est seul en ce moment, ça lui changera les idées. Sa dernière liaison ne s'est pas très bien terminée. Il était très amoureux, ce qui n'était visiblement pas le cas de son compagnon puisqu'il l'a quitté pour suivre un bellâtre italien à Venise…

Severus retint une grimace. Pourvu que ce garçon ne soit pas dépressif et ne reporte pas sa frustration sur lui… Il pressentait qu'il allait au-devant de difficultés. Le jeu en valait-il réellement la chandelle ? Il s'apprêtait à faire cesser cette partie d'échecs quand il vit Hermione pianoter sur son téléphone portable moldu. Quelques secondes plus tard celui-ci se mit à vibrer. Elle le porta à son oreille avec un sourire.

— Paul ! Comment vas-tu mon chéri ?

Severus entendit une voix enjouée s'exclamer. Puis le silence pendant qu'Hermione expliquait à son ami les raisons de son appel. Le sombre sorcier s'abima dans la contemplation de la jeune femme. Elle avait le visage souriant, les gestes volubiles, semblant heureuse de mettre en œuvre son projet.

Et il n'eut plus qu'une idée en tête… lui faire plaisir en la laissant faire !

Quand Hermione raccrocha, elle eut un grand sourire pour Severus.

— Paul nous rejoint dans quelques minutes. Il veut vous rencontrer pour discuter avec vous.

— Votre ami n'est pas de sortie un vendredi soir ?

— Je vous ai dit qu'il venait de rompre ! Il n'a pas le cœur à faire la fête tout seul. Par contre, il se fait une joie de vous aider. Ça va lui changer les idées.

Le sorcier soupira. Bien ! S'il fallait en passer par là pour conquérir Hermione Granger… Il se sentait prêt à tout, même à côtoyer la communauté gay pour laquelle il n'avait d'ailleurs aucune aversion. Il respectait ses congénères, quelque soit leur orientation sexuelle. Le problème était qu'il ne supporterait pas d'hommes trop entreprenants. Bon sang ! Comment allait-il gérer d'éventuelles propositions de la part d'individus qu'il était censé apprécier en vue d'une hypothétique relation ? Connaissant la jeune femme qui lui faisait face, nul doute qu'elle voudrait le suivre dans ses pérégrinations… et y mettre son grain de sel.