Un grand merci pour vos retours, j'essaye de répondre à chacun-chacune en PM… Fantomette34, MrsElisabeth Darcy31, Zeugma412; DGBA, Petite-Licorne-Arc-En-Ciel, KikainLove1, LinetteD, Cicidy, Silverbutterfly209, Tralapapa, hpemilia… En cette semaine de commémoration de la disparition de celui que nous aimons toutes, notre cher Alan Rickman, une pensée pour lui et ses proches…
La suite pour vous, je vous souhaite bonne lecture et je vous embrasse. Je rappelle que rien n'est à moi !

Chapitre 7

Hermione ne revit pas Severus pendant les deux semaines suivantes. Tous les matins, les potions qu'elle lui avait commandées la veille l'attendaient à son bureau. Pas de message, pas le moindre petit mot les accompagnait. Oh, elle le connaissait. Elle savait qu'elle n'avait pas à s'attendre à quelque gentillesse de sa part. Mais elle aurait bien aimé trouver parfois un parchemin avec simplement écrit dessus : « bonne journée ». Elle se serait même contentée d'un « Granger »… C'est dire si elle était pathétique ! Elle avait hâte que la soirée au XXL se produise…

Le vendredi soir tant attendu se profila. Elle fila sous la douche en rentrant de l'hôpital et s'habilla à toute vitesse. Heureusement qu'elle avait pensé à sa tenue le matin ! Fin prête, elle transplana au pub habituel où ses deux partenaires pour la soirée devaient l'attendre. Effectivement, Paul et Severus étaient attablés devant un verre lorsqu'elle le retrouva. Elle s'assit avec eux.

— Ma Mimie ! Que veux-tu boire ?

— Un mojito s'il te plait. Bonsoir Severus, dit-elle en regardant le potionniste.

Celui-ci lui fit un signe de tête, son regard noir notant le pantalon de cuir moulant les hanches rondes et le chemisier blanc près du corps de la jeune femme. Un perfecto noir en cuir lui aussi complétait l'ensemble.

Les trois amis sirotèrent leurs boissons, Hermione commanda une tournée supplémentaire tout en devisant avec le jeune tahitien. Le sombre professeur ne disait rien, se contentant d'observer la jeune infirmière qui commençait à avoir chaud.

Paul termina son verre et donna le signal du départ. Ils se levèrent, avec tout de même moins d'enthousiasme en ce qui concernait Severus. « Dans quoi me suis-je fourré ? », pensa-t-il. Il n'eut pas le temps de s'inquiéter plus. À peine au dehors, Paul les entraîna vers un lieu de transplanage et les emporta dans un tourbillon. Ils atterrirent dans une ruelle aboutissant sur Invicta Place, adresse à laquelle se situait l'un des plus célèbres bars gays de Londres.

Le colosse de l'entrée salua chaleureusement Paul. Celui-ci avait ses habitudes dans cette discothèque. À peine la porte passée, les sorciers furent happés par l'ambiance joyeuse qui régnait dans l'établissement. Outre le rose fluo des néons du bar, les murs étaient recouverts de glaces qui reflétaient à l'infini cette couleur gaie. Severus se demanda un instant s'il n'allait pas être malade tellement ce ton criard lui brûlait les yeux. Une foule bigarrée et fringante se démenait sur la piste au son d'un air pop des années quatre-vingt.

Le Maître en Potions allait tourner les talons quand Hermione l'attrapa par le bras, anticipant sa fuite. Elle l'entraîna vers une table entourée de banquettes où Paul venait de s'installer en leur faisant de grands signes. Il haussa la voix pour se faire entendre d'eux par-dessus la musique.

— Qu'est-ce que vous voulez boire ?

— Comme tout à l'heure pour moi, choisit Hermione, je préfère ne pas faire de mélanges…

— Un double whisky ! Irlandais, précisa Severus.

Une bonne dose d'alcool l'aiderait sûrement à apprécier le moment… ou pas. Il n'eut soudain plus envie de partir. Miss Granger s'était glissée contre lui pour laisser la place à trois jeunes femmes qui venaient d'arriver et lorgnaient les places libres avec envie.

La jeune infirmière, un peu éméchée, posa une main sur la cuisse ferme de son voisin pour se rapprocher de lui. Le sentant tressaillir elle lui dit à l'oreille :

— Poussez-vous un peu professeur, laissons ces dames s'installer. Il y a bien de la place pour six…

Une des nouvelles arrivées s'installa près d'Hermione, une lueur intéressée au fond des yeux. Cette fille déplut instantanément à Severus qui entoura les épaules de l'infirmière pour l'attirer vers lui.

— Cette jeune femme n'est là que pour accompagner des amis… pas par intérêt. intima-t-il à l'effrontée, un éclat dangereux dans le regard.

L'interpellée se le tint pour dit et s'éloigna quelque peu, non sans regarder Severus d'un air suspicieux. Aussitôt celui-ci ôta son bras. Il avait manqué se trahir ! Il allait devoir se surveiller s'il ne voulait pas que Granger devine ce qu'il lui cachait.

La sorcière commençait à le détailler d'un œil interrogateur. Il haussa un sourcil condescendant. Hermione se demandait bien quelle mouche l'avait piqué, à jouer ainsi au preux chevalier. Puis elle pensa qu'il avait voulu la protéger, sachant que ses congénères ne l'attiraient pas. Curieuse réaction tout de même de la part de cet homme si froid. Cela n'avait somme toute rien de bizarre, sachant toute la protection qu'il avait offerte aux élèves durant les années de guerre…

Mais tout de même, pour un homo, il n'avait pas hésité à la toucher et à la serrer contre lui. Il avait même frémi lorsqu'elle s'était appuyée de la main sur sa cuisse. À moins que ce ne fut de dégoût…

La jeune infirmière l'épia du coin de l'œil. Il était assis au fond de la banquette, les bras croisés sur son torse, dans son attitude habituelle, les yeux braqués sur la piste de danse. Il regardait d'un air renfrogné les silhouettes qui s'agitaient en tous sens. La lumière saccadées des spots suivant le rythme de la musique provoquait des flashs sur son visage fermé. Il semblait ravi d'être en cet endroit !

À ce moment, il tourna la tête et son regard se ficha dans le sien. Elle frémit en y voyant la lueur familière, celle qu'elle y discernait depuis leur deuxième rendez-vous. Elle était incapable de bouger. Son cœur se mit à battre plus vite, sa respiration s'accéléra alors qu'elle pensait reconnaitre le désir dans les yeux noirs. Les deux billes obsidiennes lui envoyait un tel message sensuel qu'elle se sentit prise de vertiges. Ses mains se firent moites, tandis qu'elle sentait sourdre au creux de sa féminité une humidité révélatrice.

Le contact visuel fut rompu par le retour de Paul avec les consommations. Hermione se jeta avec soulagement sur son cocktail, en avala une grande gorgée et appuya son verre sur chacune de ses joues dans l'espoir de faire baisser sa température. Son geste provoqua un rictus moqueur chez Severus qui semblait tout à fait serein.

Sauf que le maître en potions savait masquer son jeu. Il était beaucoup moins impassible que ce qu'il paraissait. Son calme olympien n'était qu'apparent. Intérieurement, il était en ébullition et priait pour ne pas avoir à se lever. L'état d'excitation dans lequel il se trouvait serait alors visible et il ne voulait pas que la sorcière s'en aperçoive. Il avait un rôle à jouer, rôle qui lui pesait au regard de la fièvre qui envahissait la jeune femme. Il savait qu'elle était troublée et au moins aussi excitée que lui.

Au bout d'un moment à taper du pied en mesure, Paul se leva et saisit Hermione par le bras. Il la fit littéralement enjamber Severus pour l'entraîner sur la piste. Là, ils se mirent à se déhancher face à face, en riant comme des gamins. L'ancien professeur leva les yeux au ciel, déplorant une fois de plus la comédie qu'il avait initiée.

Il n'allait pas rester là pendant des heures, assis sur ce siège inconfortable à regarder des olibrius se secouer dans tous les sens ! Il n'avait jamais compris ce que les gens trouvaient de réjouissant à suivre ces rythmes syncopés. Encore une valse, un tango… à la limite un slow. Mais ça ! C'était bon pour les sauvages ! Au moins, les danses de salon permettaient d'enlacer sa cavalière, de l'emporter dans ses bras. Du corps à corps, voilà ce qui lui plaisait. Tout au moins avec les femmes et plus particulièrement Hermione Granger.

Au bout d'une demi-heure, les deux amis revinrent s'effondrer à ses côtés, haletants, en sueur. Ils le remercièrent d'un pouce levé, s'empressant de vider les verres que Severus avait commandés.

— Vous ne dansez pas Severus ? s'enquit Hermione quand elle eut repris son souffle.

Il haussa un sourcil agacé.

— Vous appelez ça de la danse ? fit-il en montrant la piste.

La sorcière éclata d'un rire cristallin. Paul leva soudain un doigt en s'écriant :

— Je sais où je vais vous emmener Severus ! Mais oui, pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt ?

L'air réjoui du jeune homme ne disait rien qui vaille au sombre sorcier. Allons bon, où allait-il encore se retrouver ?

— Le Rétro Bar ! Si vous aimez la valse et toutes ces danses anciennes, c'est LE lieu où il faut aller !

Ah ! Eh bien voilà ! Peut-être arriverait-il à avoir Granger dans ses bras… Il ne fallait pas désespérer !

— Cette discothèque rétro est ouverte les après-midi de quatre à huit heures… Ça vous tente, Severus ? minauda Paul. Ce bar est fréquenté par des gens de tous horizons et de toutes tendances. Mais tous très bien.

L'homme retint un reniflement agacé. Il se méfiait comme la peste des « gens très bien ». Il prit sur lui pour présenter au garçon ce qui ressemblait le plus à un sourire.

Le coin de ses lèvres se releva et Hermione, qui le connaissait bien, ne fut pas dupe. Pourquoi diable semblait-il si peu tenté par cette sortie ? Bien évidemment, elle savait qu'il n'aimait pas les mondanités. Mais aussi, il ne trouverait pas un compagnon en restant cloitré dans son laboratoire ou dans son appartement qu'elle devinait sombre et spartiate. La vie austère qu'il devait mener ne favorisait pas les rencontres.

Désireuse de le pousser à sortir, elle s'exclama :

— Oui ! Quelle bonne idée ! J'y suis allée la semaine dernière avec Dolly et son mari. Nous y avons passé un moment très agréable. Demain samedi vous ne travaillez pas Severus. On pourrait s'y retrouver tous les trois.

Le concerné retint une grimace. Visiblement elle avait l'intention de lui coller aux basques. Mais il la vit brusquement blêmir.

— Oh non ! fit-elle dépitée. J'ai promis à Dolly de travailler à sa place ce week-end…

Severus leva les yeux au ciel. Merci Merlin, un peu de répit. Il lui faudrait déjà un peu de temps pour se remettre de la présente soirée. Alors enchaîner sur quatre heures de danse le lendemain était au-dessus de ses forces. Il y avait tout de même des limites à ce dont il était capable de supporter, même pour Granger.

Il posa son regard sur elle. Elle se mordillait la lèvre inférieure, triturant ses doigts, déçue.

— Ce n'est pas grave Hermione, pour la première fois je vais y aller seul avec Severus, intervint Paul. Tu viendras avec nous une prochaine semaine.

Il fit un discret clin d'œil au sorcier qui inclina brièvement la tête. Ouf ! Il savait que Paul ne le trahirait pas en avouant à son amie qu'ils ne se rendraient pas au Rétro Bar ce week-end. Car il n'avait bien sûr aucune intention d'y aller sans elle…

L'attachant jeune sorcier avait compris la démarche de Severus. Le plus vieux avait l'intention de courtiser son amie. Mais puisque celle-ci le croyait gay et ne démordait pas de son idée, il allait entrer dans son jeu et la laisser s'attacher à lui. Paul n'était pas convaincu de la justesse du plan de Severus. Il veillerait personnellement à ce qu'Hermione ne souffre pas de la situation ni d'un manque de sentiment de son prétendant.

Il vit alors sa jeune amie bailler et se frotter les yeux. Visiblement elle était fatiguée. Aussi il se leva, donnant le signal du départ. Il sourit en voyant l'air soulagé de Severus, sourire qui s'effaça lorsqu'il se retrouva nez à nez avec son ex, Garett. Les deux hommes se défièrent du regard. La tension était palpable. L'infidèle se redressa de toute sa hauteur, qui devait bien culminer en tout et pour tout à un mètre soixante-dix et toisa son ancien petit ami.

— Je vois que tu n'as pas traîné pour me remplacer ! Il éclata d'un rire aigre. Je ne donne pas deux mois à ton nouveau mec pour se rendre compte de ta nullité et…

Il n'eut pas le temps d'en dire plus. Severus s'était jeté sur lui et le tenait fermement par le col. Les yeux noirs glacés plantés dans les siens, l'inconstant passa par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Paul resta figé, choqué par la rapidité de l'attaque du sorcier. Hermione n'était pas surprise par la réaction du maître en potions, ni par sa vivacité. Néanmoins, connaissant son caractère et se souvenant de sa capacité à être sans pitié, elle s'interposa en s'accrochant à son bras.

— Severus, laissez-le. Il ne mérite pas que vous soyez arrêté par la police. La bêtise ne se soigne pas par la violence.

Le sombre sorcier était immobile, l'étau autour du cou de Garett nullement desserré. La main d'Hermione se fit plus douce, caressant l'avant-bras dur comme de l'acier. Il relâcha enfin les doigts, les décontractant devant le visage de l'apeuré. Celui-ci fixait les longues phalanges qui avaient failli l'étrangler. Il déglutit en se redressant.

— Ne vous approchez plus jamais de Paul… susurra Severus d'une voix métallique.

L'autre ne demanda pas son reste et fila au fond de la salle. Hermione laissa glisser sa main pour prendre celle de son ancien professeur. Elle ne fut consciente de son geste que quand il serra ses doigts, les entrelaçant aux siens. Il tira sur son bras pour qu'elle le suive tout en poussant Paul vers la sortie.

Dehors, Paul sembla reprendre ses esprits. Il posa la main sur l'épaule du laborantin, remarquant au passage les doigts joints.

— Merci Severus. J'ai été tellement surpris par l'apparition de Garett ! Je ne savais pas qu'il était revenu d'Italie. Apparemment ça n'a pas marché avec son Vénitien…

— Je me suis peut-être interposé trop vite, je suis désolé. Vous auriez sans doute voulu discuter avec lui…

— Non, non, s'empressa de le rassurer le jeune homme. Nous ne nous sommes pas quittés en très bon terme. Il a eu des mots très durs envers moi à ce moment-là et visiblement il s'apprêtait à être encore désagréable. Vous m'avez sauvé d'une humiliation publique, encore merci.

Severus inclina la tête. Il lâcha la main d'Hermione qui se sentit alors un peu perdue. Le contact lui manquait et elle restait dans l'expectative quant au geste du sorcier. Les trois compères échangèrent leurs adresses et les deux hommes convinrent d'un rendez-vous chez Paul le lendemain vers deux heures de l'après-midi. Pour mettre au point leur sortie au Rétro Bar, pensa la jeune femme…

Ils gagnèrent une petite ruelle et transplanèrent chacun de leur côté.

Le lendemain soir, Hermione retrouva Ginny et Harry à leur pub favori. Le couple avait réquisitionné Molly pour garder les enfants et profiter d'une soirée avec leur amie. Après les salutations et embrassades d'usage, la conversation ne tarda pas à s'orienter sur le sujet du maître des potions.

— Alors Hermione, attaqua Harry, où en es-tu de tes projets d'aide à Severus ?

La jeune femme soupira et fronça les sourcils. — Tu ne vas pas me laisser en paix tant que tu ne sauras pas, n'est-ce-pas ?

— Exact ! Alors ?

— Alors je lui ai fait rencontrer Paul. Tu sais, mon ami tahitien.

— Oui, bien sûr, Paul, je m'en souviens. C'est une bonne idée, lui doit savoir où rencontrer quelqu'un qui pourrait convenir.

— Hermione, intervint Ginny, je pense que tu fais fausse route avec Severus. Je ne crois pas une seule seconde qu'il puisse être gay !

— Et bien moi, j'en suis persuadée, rétorqua la brune. La preuve, il nous a accompagné sans rechigner au XXL et dans quelques temps, nous irons au Rétro Bar.

La rouquine eut une moue dubitative. Le sujet fut clos et les trois amis savourèrent de leur soirée.