Vivre dans le Passé :

Résumé : Xehanort n'est plus. Cependant, les porteurs de Keyblades ont toujours pour objectif de protéger la Lumière des Ténèbres. Et pour cela, ils suivent tous un entraînement intensif à la Contrée du Départ. Entre deux leçons, Roxas va faire la découverte d'un livre étrange qui va le transporter lui, ainsi que deux de ses amis, dans un autre monde dont il ne sera pas facile d'en sortir ... /!\ L'histoire se passe après Kingdom Hearts III /!\

Raiting : K+

Note 1 : Cela faisait longtemps que j'avais l'idée. Donc si les idées vous paraissent un peu gamines, c'est normal ^^'

Note 2 : Euh... Il est enfin là, c'est le principal, non ? ^^' Mais... Âmes sensibles, vous allez me détester ! XD

Note 3 : Bonne lecture :D


Chapitre 25 :

Sauvés ?

Cachés sous un large manteau pourpre, les Rebelles dirigés par Kairi se dirigeaient furtivement vers les entrées des domestiques. Les seuls qui n'étaient pas gardées et ouvertes à tout public. Grave erreur de la part de Xion. Seul Roxas trouvait l'absence de gardes inquiétante. Cela ne semblait aucunement déranger ses deux compagnons. Le jeune garçon ne fit donc pas part de ses doutes, se disant qu'il devait sans aucun doute se faire du souci pour pas grand-chose.

Kairi fut la première à ôter son capuchon une fois qu'ils furent entrés. Ils se trouvaient actuellement dans une immense cuisine. Les fourneaux étaient pratiquement tous allumés, faisant chauffer de larges casseroles, dont s'échappaient d'épaisses fumées de vapeur. La pièce empestait le sucre. Sur une immense table en bois trônaient plusieurs étages d'une pièce montée. Sans doute un gâteau pour la souveraine. Cependant, un détail frappant sauta au visage de la jeune fille : où étaient passé tous les cuisiniers ?

‑ Bon, qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda Ventus en enlevant à son tour sa capuche.

‑ On sort de là pour commencer, ordonna Kairi. Ça pue le sucre, je déteste ça.

L'auburn s'approcha du gâteau tandis que Roxas retirait son capuchon à son tour.

‑ Ça me rappelle de mauvais souvenirs…, murmura-t-elle en fixant les sucreries d'un œil mauvais.

Roxas n'avait même pas besoin de lui demander de quels genres de souvenir elle parlait. Il connaissait désormais son passé de princesse. Peut-être que sa sœur et elle dégustaient souvent ce genre de gâteau lorsqu'elles n'étaient encore que des petites filles innocentes. Loin des armes. Loin de la guerre. Quand la vie était belle et rose et que les seuls soucis qu'elles pouvaient rencontrer était la nature de leur prochaine activité : cache-cache géant dans le château ou simple lecture d'un conte de fée ? Une vie simple et sans prise de tête.

Kairi essuya ses yeux d'un revers de bras rapide et sec.

‑ Une poussière dans l'œil, expliqua-t-elle froidement.

Elle se tourna vers ses deux acolytes, les mains sur les hanches. Elle ouvrit la bouche pour exprimer la suite de l'opération, lorsqu'une voix bien plus forte et grave la surpassa :

‑ Ah, vous êtes enfin là !

Ils virent apparaître à l'encadrement de la porte en bois au fond de la salle la silhouette d'une femme d'âge mur. Cette dernière portait un large tablier blanc par-dessus une robe noire et rouge qui la boudinait affreusement, bien qu'elle fût déjà assez rondelette. Sur son tablier devait être à l'origine dessiné un cœur rouge. Mais le temps l'avait presque effacé, recouvert en plus de cela de farine. Sans doute celle utilisée pour préparer les gâteaux.

Roxas cru qu'il allait s'étouffer en reconnaissant l'odieux personnage. Souveraine tyrannique dans son monde, la voici ici réduite au rang de simple cuisinière. La Reine de Cœur du Pays des Merveilles en personne. Alors, dans le livre n'existaient pas seulement les sosies de son entourage, mais aussi ceux des mondes qu'il avait jadis visités ? Et de toutes les personnes possibles et imaginables, il avait forcément fallu que cela tombe sur cette folle amoureuse de têtes coupées ? Roxas n'avait pas réellement un très bon vécu avec cette vieille chouette. Leur seule et unique rencontre l'avait laissé quelque peu… traumatisé. Elle avait tout de même failli le guillotiner à cause d'un chat ! Comment cette affreuse souveraine avait-elle pu se laisser réduire à une simple cuisinière ?

Sans oser ouvrir la bouche, les Rebelles la regardèrent s'approcher vers eux, une lueur de folie dans le fond de ses pupilles ténébreuses. Elle prit sauvagement plusieurs petits plats sur la table, et les tendit tous à Roxas, qui les accepta sans broncher. Pas question de risquer de la contrarier. Si elle possédait les mêmes folies meurtrières, il pourrait ne pas sortir indemne d'un face-à-face contre elle. La Reine de Cœur donna ensuite deux autres plats à Ventus et Kairi, qui se lancèrent un regard incompréhensible.

‑ Parfait, dit la grosse dame. Maintenant, montez-moi ça au buffet.

Voyant que ses serviteurs ne bougeaient pas, elle fronça les sourcils et haussa le ton :

‑ Et plus vite que ça ! Allez, j'ai pas toute la soirée à m'occuper de ringards dans votre genre !

Craignant les remontrances de la Reine de Cœur, Roxas fut le premier à se diriger vers la porte, bien qu'il ne sût pas réellement où est-ce qu'il se rendait, sa préoccupation première étant d'être le plus possible éloigné de son champ de vision. Sans rien dire, il fut rapidement imité par Kairi et Ventus.

‑ Une seconde ! rappela-t-elle une dernière fois.

Roxas sursauta ; il failli en faire tomber les plats ! Le ton de sa voix était tellement sec ! Le jeune garçon se stoppa net, mais n'osa par se retourner pour affronter son regard. Il lui faisait bien trop peur.

‑ Les deux jumeaux, revenez me voir après avoir déposé les plats. Je vous réserve une tâche quelque peu… disons spéciale.

L'affreuse détourna enfin les talons pour se reconcentrer sur ses fourneaux. Roxas profita de l'occasion pour accélérer le pas et fuir le plus vite possible de cette salle. Au plus vite il sera parti, au mieux il se sentira.

‑ Une mission spéciale ? fit Ven qui marchait tout aussi vite que son camarade. Tu parles. Pas pour nous.

‑ Elle veut sans doute nous couper la tête, déclara le Maître du Destin, mal à l'aise.

Ils entendirent Kairi pouffer d'un rire amer derrière eux. Ils se retournèrent d'un commun accord pour lui lancer un regard noir mais surtout pour comprendre la nature de ce rire mauvais.

‑ Quoi ? demanda-t-elle au bout d'un certain temps, gênée que l'on puisse la regarder avec autant d'insistance.

‑ Pourquoi tu rigoles ? questionna Ventus, sérieux.

L'auburn se stoppa, stupéfaite. Elle arqua un sourcil.

‑ Attendez, vous ne savez vraiment pas pourquoi je rigole ?

‑ Non, pas du tout. Tu nous expliques ou bien on s'y prend par la force ? proposa Ventus.

‑ Pas besoin d'être violent pour si peu, intervint Roxas pour calmer les ardeurs de son sosie.

‑ Donc vous n'avez jamais… entendu parler de Laulau la Mante ?

Les deux garçons froncèrent en même temps les sourcils, incertains de comprendre là où leur cheffe voulait en venir. Cette dernière ouvrit de grands yeux étonnés, comme surprise.

‑ Tu peux être plus précise ? ordonna presque Ven.

Roxas ne savait pas réellement pourquoi il pensait ça, mais il n'était pas certain de vouloir vraiment en savoir plus sur cette Laulau la Mante.

‑ Si vous insistez…

Kairi leur expliqua alors que la grosse cuisinière du château était réputée pour posséder une double vie. La journée, elle menait la vie dure à ses collègues de travailles dans les cuisines. Véritable tyrannique qui savait donner des ordres et se faire écouter sous peine de subir son courroux. Torture psychologique ou physique. Tout y passait. Mais une fois le soir venant, elle révélait sa vraie nature. L'affreuse dame se transformait en Laulau la Mante. On racontait qu'elle aimer errer inlassablement dans les ruelles du Domaine Enchanté de la tombée de la nuit jusqu'à l'aurore. Si vous aviez le malheur de croiser son chemin, vous ne ressortiriez jamais indemne de ce terrible affrontement. Les jeunes femmes mourraient dans d'atroces souffrances, bien souvent noyées dans le fleuve coulant tout autour de la forteresse. Mais les plus à plaindre devaient sans doute être les jeunes hommes. Beaux ou laids, Laulau ne faisait aucune différence. Elle aimait surtout ne pas avoir leur consentement. La cuisinière s'amusait beaucoup avec eux, puis les jetait eux aussi à l'eau. Mais dans la mer cette fois-ci.

Un frisson de dégoût et d'horreur parcourut le corps entier de Roxas, qui manqua de peu de faire tomber son plateau. Quelle femme sordide ! Pire que dans son monde !

‑ Comment tu peux être sûre de ça ? demanda sérieusement Ventus qui ne semblait pas inquiet sur ce que Laulau avait l'intention de lui faire subir.

‑ Des légendes, dit simplement l'auburn en haussant les épaules.

Le Simili de Sora lança un regard derrière lui. Peut-être était-ce à cause de ces histoires stupides, mais il lui avait semblé entendre un rire gras provenant des cuisines. Sans doute que Laulau la Mante réfléchissait à la manière dont elle allait les dévorer. Dans tous les sens du terme.

Il reprit bien rapidement sa marche vers la salle du trône, désireux de fuir le plus loin possible de cette vieille folle. Plus vite il aura déposé ces affreux gâteau sur le buffet, au mieux il se portera ! De plus, les Rebelles avait une mission de sauvetage à accomplir, bien plus importante que de jouer aux serviteurs d'une cuisinière tyrannique.


Les trois jeunes gens ne s'attardèrent pas bien longtemps dans la salle de bal. Ils débouchèrent dans l'immense pièce dont les murs avaient été recouvert de draps de velours rouges grâce à une porte dérobée derrière l'un de ces rideaux justement.

Étant à la tête provisoirement du groupe, ce fut Roxas qui les dirigea vers l'immense buffet. Leur accoutrement, semblable à celui des voleurs, leur attira des regards méfiants de la part de quelques gardes, dont des soldats noirs qui le jeune garçon reconnu. Parmi eux se trouvaient notamment Lexaeus et Zexion, des anciens camarades de Roxas. Cependant, il ignorait s'ils étaient sous leur forme humaine ou de Simili dans ce monde. L'adolescent connaissait que trop peu Aeleus et Ienzo pour pouvoir affirmer avec certitude qu'il s'agissait bien de ses anciens camarades.

Ravalant sa salive, Roxas déposa délicatement les plats sucrés sur l'immense table, priant intérieurement de ne pas attirer l'attention sur lui. Ce serait bien trop dommage de se faire repérer maintenant, alors qu'ils étaient si près de Naminé !

Une douce musique retentissait dans toute la salle, jouée par des violons si le jeune garçon ne se trompait pas. Levant les yeux vers la foule, le blondinet remarqua enfin le nombre incroyable d'invité. Il devait bien y avoir plus d'une centaine de personne sur la piste de danse, sans parler de tous ceux qui étaient regroupés près du buffet ou autour des danseurs. Cependant, en y regardant bien, Roxas releva l'absence de Xion. Elle n'était pas présente parmi la foule, ni assise sur son trône. Où pouvait-elle bien se trouver ? En en pensant bien, il préférait ne pas le savoir.

Puis, alors qu'il regardait la nuée de danseurs, deux d'entre eux attirèrent son attention. Notamment le jeune homme qu'il connaissait bien. Riku. Riku dansait ! Roxas peinait à en croire ses propres yeux ! Néanmoins, il ne reconnut pas le charmant visage de sa cavalière. Qui était-elle, et pourquoi l'argenté la regardait aussi intensément, un sourire béat plaqué sur le visage ?

‑ Roxas, qu'est-ce que tu fiches ? commença à s'énerver Kairi tout en le rejoignant, les bras croisés sur la poitrine.

Une expression mi-sévère mi-inquiète tirait les traits de son visage. Puis, posant à son tour les yeux sur les danseurs, elle remarqua à son tour Riku et sa sublime partenaire. Ses iris s'écarquillèrent légèrement, puis ses paupières se plissèrent, comme si elle venait de voir quelque chose qui ne lui plaisait pas. L'auburn serait-elle jalouse de cette jeune fille ? Ou bien était-ce autre chose ?

‑ Je vois. Alors comme ça, même les Prophètes ont décidé de s'en mêler, marmonna Kairi dans sa barbe.

‑ Quoi ? tenta Roxas, commençant à être perdu.

‑ Le Loup est ici, mais aucune trace du Serpent, poursuivit la cheffe des rebelles sans prêter aucune attention particulière à son compagnon. Pourtant, ils sont toujours ensemble.

L'ancienne princesse secoua doucement la tête, comme pour chasser d'affreuses pensées.

‑ La mission d'abord, se reprit-elle. Roxas, on y va.

Kairi détourna les talons, rejoignant Ventus qui commençait déjà à s'avancer en direction d'un large couloir situé à proximité du trône.

Roxas fronça les sourcils. Un loup ? Un serpent ? Mais qu'est-ce que tout cela pouvait bien signifier à la fin ?!

Une fois dans le long couloir, leur premier obstacle leur barrait déjà la route. En effet, un garde noir s'amusait à faire des allers-retours entre les deux extrémités du large corridor. Une lance collée contre son épaule et l'épée accrochée à sa ceinture, celui-ci effectuait de larges pas de géant, comme pour parcourir plus rapidement le couloir. Celui lui donnait surtout une allure ridicule.

Les Rebelles avaient de nouveau rabattu leurs capuches, pour dissimuler leurs visages. Hors de question qu'ils se fassent identifier, les conséquences pourraient en être désastreuses.

Sans rien dire, Kairi leva la paume de sa main, intimant l'ordre de ne pas bouger le moindre petit orteil. Puis elle leva trois doigts, entamant un décompte silencieux. Trois. Deux. Un. Puis l'auburn s'élança à travers le couloir, toujours en ordonnant à ses deux acolytes de ne pas bouger. Là, la jeune fille se déplaça à pas de loup en direction du garde qui lui tournait le dos. Ce dernier ne semblait même pas l'avoir entendue. Kairi ferait une voleuse ou tueur à gage d'exception ! Peut-être était-ce Aerith qui lui avait tout appris ? Puis l'adolescente porta la main à sa ceinture, en sortant quelque demies-secondes plus tard un poignard. Elle le leva en dessus de la nuque du soldat, prêt à le lui planter dans la peau.

Réagissant immédiatement, Roxas effectua un pas pour lui rappeler qu'elle lui avait promis de ne tuer personne ce soir, mais Ven le stoppa en levant le bras. Les deux garçons échangèrent un regard. Ventus secoua la tête, comme puis lui dire qu'il n'avait pas à s'en faire.

Puis leur attention revint sur Kairi. Cette dernière, grâce à la garde de son arme blanche, réussi à assommer son ennemi d'un simple coup dans la nuque. Le garde tomba aussitôt, sans doute sonné par la violence avec laquelle la Rebelle venait de le frapper.

‑ Pff, même pas drôle, soupira l'auburn. Il aurait pu au moins engager le combat.

La jeune fille fut rejointe par les deux garçons.

‑ Tu vois ? Je respecte mes promesses, dit Kairi à l'attention de Roxas.

Ce dernier baissa les yeux sur le soldat inerte au sol. Son visage lui était inconnu, cette fois-ci.

‑ S'il t'avais résisté, tu l'aurais tué ? questionna-t-il sans même prendre la peine de la regarder.

‑ Possible.

Sans un mot de plus, l'ancienne princesse se dirigea vers l'autre bout du couloir, ayant pour objectif de rejoindre Naminé le plus rapidement possible. Sans aucune raison, Roxas continuait à fixer le corps du garde étalé au sol. Puis tout à coup, Kairi se tourna vers les garçons, une expression sérieuse sur le visage.

‑ Au fait les gars, vous feriez mieux de le cacher, ordonna-t-elle.

‑ Le cacher ? répéta Roxas en sortant enfin de sa rêverie.

‑ Si quelqu'un le découvre, là, inerte, sans aucune raison valable, les autres gardes seront de suite alertée, et notre mission pourrait tomber à l'eau, expliqua la jeune fille d'une voix autoritaire.

‑ Tu comptes me regarder faire ?! s'exclama soudainement la voix de Ventus.

Baissant les yeux vers son compagnon d'arme, le meilleur ami de Xion et Lea le vit empoigner les poignets de l'homme. Réagissant quasi-instantanément, Roxas s'empresse de prendre ses chevilles à son tour. Ven compta jusqu'à trois et tous deux soulevèrent le corps inanimé d'un commun accord. Le Simili usa de toute la force de ses bras pour le maintenir élevé. Ce soldat devait peser plus d'une tonne ! Pour sûr : l'affreuse Laulau devait bien nourrir les gardes à la cantine !

Les deux sosies réussirent après un lourd effort à dissimuler le corps dans un des nombreux placards à balais qui eux-mêmes étaient cachés par une grande toile. Penchant légèrement la tête sur le côté, Roxas ne put s'empêcher de la trouver très étrange, par ailleurs. Celle-ci représentait trois petites filles, toutes assises devant une cheminée. Elles se tenaient la main, un sourire heureux sur leurs petites lèvres. Toutes trois avaient une petite couronne sur leur chevelure de couleur très différente. L'une avait des cheveux aussi rouges que le feu, la seconde aussi blond que l'or, et la dernière aussi noire que du charbon. Mais malgré cette différence évidente, ces petites princesses possédaient tout de même un léger quelque chose en commun : leurs grands yeux bleus.

‑ Est-ce que ce pourraient être…, débuta Roxas, les sourcils dramatiquement froncés, prêt à déceler une part importante de la vérité.

‑ Tu nous fait attendre, l'appela Kairi à l'autre bout du corridor.

Le jeune garçon secoua la tête, comme pour sortir de ses pensées. Puis il remarqua la cheffe des rebelles, à quelques centimètres de lui, les bras croisés sur la poitrine. Elle regardait à son tour l'immense toile, les yeux perdus dans la contemplation de ce chef-d'œuvre.

‑ Est-ce que c'est toi ? Avec Naminé et…

‑ Ca n'a aucune importance, décida la jeune fille en levant une main, lui ordonnant de se taire. On a une mission à accomplir je te rappelle.

Sans un mot de plus, Kairi détourna les talons, rabaissant un peu plus sa capuche vermeille sur son visage. Elle alla rejoindre Ventus qui les attendait un peu plus loin, Roxas sur ses talons.

Le jeune garçon en était persuadé désormais : Kairi cachait une dernière part sombre sur son passé. La troisième fillette sur cette toile, c'était Xion. Il la reconnaissait entre mille. Sa présence sur cette toile, avec ce diadème sur la tête, cela ne pouvait signifier qu'une seule chose : la noiraude n'était pas une amie de Kairi et Naminé comme on le lui avait expliqué. Non, leur lien semblait bien plus évident que cela. Mais Roxas devait encore réussir à prouver que son hypothèse était la bonne.


Aqua et Terra entamaient déjà leur cinquième danse de la soirée. La jeune femme se plaignait souvent d'un mal de pied atroce à cause de ses chaussures à talons qu'elle n'avait pas pour habitude de porter, mais son cavalier ne semblait pas enclin à lui laisser une seule seconde de répit.

La Maître de la Keyblade lança un regard de détresse à Riku près du buffet. Ce dernier se contenta de lui adresser un signe de la main, en guise de réconfort. Il ne lui serait d'aucun secours. Puis la bleue remarqua une jeune fille en robe rouge s'approcher de son ami. Un rictus amusé se fixa sur ses lèvres. Le jeune Maître en attirait plus d'une, ce soir !

Tout à coup, Terra la serra un peu trop fort contre son torse à son goût. Aqua tenta de se défaire de son emprise, mais le brun avait une véritable poigne de fer. Le jeune homme rapprochait de plus en plus son visage du sien, ce qui la mit très fortement mal à l'aise. Il essayait désespérément de l'embrasser, alors qu'elle le repoussait sans cesse depuis son arrivée dans ce monde. Comme quelqu'un pouvait-il autre aussi insistant et buté à la fois ?

‑ A quoi tu joues ? demanda froidement la jeune femme en stoppant ses pas de danse.

‑ Je le vois, Aqua. Arrête de jouer avec mon cœur. Je t'ai attendue depuis des années. Que tu me reviennes. Tu étais partie depuis tellement longtemps. Maintenant que nous sommes de nouveau réunis, il est temps pour nous de reconstruire ce que nous avions autrefois créés, tous les deux.

‑ Quoi ? Est-ce que tu aurais perdu la tête ? Je ne suis pas la femme que tu aimes.

Terra posa un doigt sur ses lèvres rosées, lui demandant courtoisement de se taire. Il lui serra tout à coup le poignet, puis la traîna à sa suite, l'emmenant de force à sa suite. Aqua tenta de se libérer de son emprise, mais sa poigne était d'une telle force brute qu'il lui était impossible de s'en défaire.

‑ Où est-ce que tu m'emmènes ?! s'écria-t-elle à voix-basse pour ne pas trop inquiéter les autres invités autour d'eux.

La jeune magicienne lança un regard apeuré derrière elle, priant pour rencontrer celui de Riku. Mais elle perdit espoir en le voyant danser en compagnie de la jeune fille avec qui il discutait un peu plus tôt. Ils se mouvaient tous deux à l'unisson, en rythme avec les violons, leurs iris se perdant mutuellement dans les yeux de l'autre. Ils semblaient amoureux.

Puis les deux jeunes gens disparurent de son champ de vision lorsqu'elle fut violemment poussée dans ce qui ressemblait fortement à un immense couloir. Ne tenant plus sur ses pieds à cause de ses talons qui la faisaient affreusement souffrir, Aqua tomba sur le carrelage scintillant, sans doute récuré quelques heures plus tôt dans la journée.

‑ Je peux savoir ce qu'il te prend ?!

La bleue sentait de plus en plus monter sa colère. D'abord il la traitait comme si elle était une perle rare, sa princesse, sa déesse, et désormais, il s'amusait à la jeter comme si elle n'était qu'une vulgaire poupée de chiffon ? Mais que se passait-il dans la tête de cet homme ?

Sans oser ouvrir la bouche, Terra entrouvrit légèrement sa chemise pour en sortir une lame aiguisée semblable à une épée. Il braqua ensuite la pointe de son arme contre la gorge d'Aqua, prêt à la tuer à la moindre occasion qui pourrait se présenter.

La Maître de la Keyblade ouvrit de grands yeux étonnés.

‑ Terra, Aerith ne nous a pas donné d'épée. Pourquoi diable en as-tu une et pourquoi la pointes-tu sur moi ?

Tentant de maîtriser ses émotions, Aqua parvint à le redresser légèrement sans toucher à la pointe aiguisée qui manquait de percer la gorge.

Le brun ne répondait toujours pas. La bleue cru percevoir dans son regard une once de folie mais aussi de perversité. Elle n'arrivait cependant pas à mettre au jour ses intentions. Une petite voix tout au fond d'elle lui indiquait qu'elles étaient forcément mauvaises.

‑ Elle savait que nous allions venir, dit-il enfin.

‑ Qui ?

Terra rabaissa son arme, mais il fixait toujours sa proie avec ce même regard déstabilisant.

‑ J'ignore pourquoi elle ne m'en a pas parlé plus tôt, mais c'est fini, reprit le brun.

Sur ses gardes, Aqua préféra quitter ses chaussures, au cas où un combat contre celui qui ressemblait à son meilleur ami devrait s'engager. Même si Kairi le lui avait interdit, elle ne se sentait pas de se battre contre Terra avec deux simples poignards. Elle n'avait pas d'autres choix. Sa seule chance face à lui serait d'utiliser son arme de prédilection : sa Keyblade.

‑ Notre rôle s'achève ici, Aqua, annonça le jeune homme en écartant les bras. Fini de jouer sur les deux tableaux ! Laissons tout tomber, et retrouvons notre ancienne vie.

Le brun lui tendit une main pour l'inciter à le suivre. La bleue la regarda quelques instants, incertaine. Devait-elle accepter, ou bien décliner ? Elle pouvait facilement faire les deux.

Ayant une idée en tête, la jeune femme accepta sa poigne et se remit sur ses deux pieds. Elle brisa cependant rapidement le contact, et invoqua par la même occasion Larme de Pluie. Elle vit Terra écarquiller gravement les yeux, avant de froncer les sourcils.

‑ Qu'est-ce que tu fais ? s'exclama-t-il à voix basse. Tu sais bien qu'elles sont interdites !

Aqua ne répondit pas, préférant serrer un peu plus le pommeau de sa Keyblade. Sentir son contact la rassurait d'une certaine manière, elle se pensait plus forte, en sécurité. Elle mourait d'envie de se battre de nouveau avec, elle lui avait manqué.

‑ Tu risques la mort ! continuait à prévenir Terra.

‑ Que tu crois !

La jeune femme effectua un saut périlleux arrière, déchirant par la même occasion sa somptueuse robe de bal. Elle avait besoin de plus d'espace pour l'attaque qu'elle se préparait à lancer.

Aqua engagea le combat la première. Elle s'élança sur Terra à une vitesse folle. D'un geste sec, elle tenta d'assener un coup de Keyblade à son adversaire pour le déstabiliser, mais celui-ci para facilement le coup grâce à sa propre lame. Les deux jeunes gens échangèrent plusieurs coups, avec plus ou moins de force. La bleue tentait de temps à autre de percer ses défenses en changeant d'angle d'attaque, mais son ancien camarade arrivait à parer tous ses assauts avec une facilité déconcertante.

Changeant de tactique, la jeune femme donna un coup de Larme de Pluie un peu au hasard. Les deux lames vinrent se rencontrer, mais ne se décollèrent pas immédiatement. Tous deux appuyèrent de toutes leurs forces pour essayer de déstabiliser l'adversaire. Ayant une puissance quasi-surhumaine, Terra gagnait petit à petit du terrain. La Maître de la Keyblade serra la mâchoire, ne souhaitant pas se faire battre aussi facilement. Cependant, elle laissa son ennemi gagnait petit à petit du terrain pour mettre sa tactique en place. Le brun affichait un sourire satisfait sur le visage, sûrement persuadé qu'il avait le dessus sur elle. Seulement, contre toute attente, Aqua plaqua sa main sur son visage, puis ferma les yeux pour se concentrer.

‑ Brasier X ! hurla-t-elle, sa voix résonnant à travers tout le couloir.

Une chaleur intense embrasa sa paume. Elle n'était cependant pas désagréable. Bien au contraire. Pour Aqua, cette chaleur était l'une des plus réconfortante du monde. Mais elle ne pouvait pas en dire autant du jeune homme en face d'elle.

Ce dernier, sans doute à cause de la douleur que lui prodiguait le brasier, lâcha son arme, qui tomba lourdement en sol dans un cliquetis métallique. Terra lâcha un long et strident hurlement de douleur, les deux mains plaquées sur son visage sans doute gravement brûlé. A travers l'embrasure de ses doigts, Aqua parvint à capter le regard fou qui lui lançait le brun. Il avait arrêté de hurler, mais il la fixait désormais avec une démence meurtrière dans le fond de ses iris cristallins.

‑ TOI, rugit-il.

La jeune magicienne ravala sa salive. Terra semblait encore plus énervé qu'auparavant.

Serrant un peu plus le pommeau de Larme de Pluie, Aqua se prépara à lui lancer une nouvelle salve de magie si l'occasion venait à se présenter.

Seulement, une silhouette se dessina juste derrière son ennemi. Éclairée grâce aux faibles bougies d'un chandelier, la jeune femme perçut tout de même qu'il s'agissait d'un corps d'homme à la chevelure hirsute. Les flammèches des bougies reflétaient l'éclat de ses plaques en aciers, faisant par la même occasion ressortir son armure aussi noire que les Ténèbres.

L'homme sous son armure claque dans ses mains en guise d'applaudissement, tout en s'approchant lentement vers la lumière. Plus il avançait, plus son visage se dessinait distinctement. La jeune magicienne retint un battement en reconnaissant cette silhouette. Axel. Meilleur ami de Roxas.

‑ Bravo lieutenant, je dois dire que je suis impressionné, dit-il en se plaçant aux côtés de Terra.

‑ Lieutenant ? répéta Aqua en haussant les sourcils.

De qui parlait-il ? De Terra ? Ou bien d'elle-même ?

Sans prendre en compte sa question, Axel – la jeune magicienne savait qu'il s'agissait d'Axel à cause de ses deux tatouages violets en forme de triangle sous ses yeux – posa une main sur l'épaule du brun.

‑ Oh là, t'as pas l'air dans ton assiette, dis-moi ! Me dis pas que tu t'es fait salement battre par le lieutenant ?

Visiblement offensé, Terra recula vivement pour se défaire de l'emprise du rouquin. Il ramassa ensuite son épée au sol qu'il pointa de nouveau vers Aqua. Il dévoila ainsi enfin les dégâts qu'avait subi son visage. Ce dernier était totalement recouvert des paupières jusqu'au menton d'une marque rouge qui commençait à virer dangereusement sur du marron. Ses deux pupilles bleues étaient injectées de sang et fixaient la jeune femme avec démence.

‑ Tu vas me le payer, rugit-il, sans doute encore plus irrité par les remarques d'Axel.

‑ Tu sais bien qu'on a pas le droit de la tuer, fit soudainement une voix lunatique à l'arrière.

La bleue sursauta avant de se retourner lentement. Derrière elle avançait, les bras croisés et les paupières fermées, un autre homme en armure noire. Ses longs cheveux bleu ciel étaient retenus en une queue de cheval haute. Une cicatrice en forme de croix barrait une large partie de son visage, sans doute une vieille séquelle d'un ancien affrontement.

Aqua ravala sa salive. Seule face à trois hommes, dont deux étaient des subalternes de Xion, elle n'arriverait sans doute pas à la maîtriser en même temps. Se battre contre des nuées de Sans-Coeurs ne la dérangeait pas. Bien au contraire, cela relevait d'une extrême facilité après une décennie dans les Ténèbres. Mais se trouver aux prises de trois êtres humains… Ce n'était pas dans son naturel de combattre contre des Hommes. Mais elle ne pouvait pas non plus se rendre. Que faire ? Cette situation l'embarrassait.

‑ Ah, Saïx ! Tu tombes bien ! se réjouit faussement Axel. Je ne me sentais pas réellement de taille face à un Porteur.

Porteur ? Sans doute devait-il mentionner sa Keyblade.

‑ Trois contre un. On devrait pouvoir la maîtriser facilement, annonça l'homme aux cheveux bleus en tirant son épée de son fourreau.

Il pointa la lame en direction de la magicienne. Son regard vert semblait dénué de toute émotion.

‑ Ne le prend pas personnellement, lui dit-il, mais nous avons pour ordre d'arrêter les gêneurs.

Suite à cela, il fondit tel un éclair sur la jeune femme.


Il ne restait qu'un obstacle pour atteindre la tour de Naminé : passer les deux gardes qui surveillaient l'entrée. Le dos bien droit, le regard fixé devant eux, Roxas comprit instantanément que les passer ne serait pas une mince affaire.

‑ Inutile que nous passions tous, informa Kairi. Pendant que deux s'occupent de les distraire, l'un d'entre nous se faufilera dans la chambre de Naminé.

Les deux jeunes garçons se regardèrent un instant, avant d'acquiescer d'un simple hochement de tête.

‑ Je me porte volontaire pour y entrer, s'imposa tout à coup le Simili de Sora.

Kairi fit les yeux ronds, ne s'attendant pas à une telle initiative.

‑ Mais pourquoi toi ? questionna-t-elle à voix basse pour ne pas se faire attendre des deux sentinelles un peu plus loin.

Le blond s'était attendu à ce genre de question. Aussi s'était-il maintes et maintes fois répété la même réponse inlassablement dans son esprit.

‑ Parce qu'elle me fait confiance. Elle a déjà risqué sa vie une fois dans l'unique but de me rencontrer. Alors il me semble légitime que je risque à mon tour la mienne pour aller à sa rencontre.

La cheffe des Rebelles baissa les yeux, semblant analyser un par un les mots qu'elle venait d'entendre. De son côté, Roxas sentait son cœur battre à tout rompre. Il espérait grandement que ces simples paroles suffiraient pour convaincre l'auburn.

‑ A une seule condition, dans ce cas, proposa l'adolescente.

‑ Tout ce que tu veux !

Roxas était réellement prêt à tout pour venir en aide à Naminé. Parce qu'il sentait une sorte de connexion entre elle et lui qu'il ne parvenait pas à expliquer. Un lien bien plus fort qu'avec la Simili de son monde.

‑ Que tu arrêtes de poser des questions sur notre passé.

Si ce n'était que ça, alors le Porteur de Keyblade était prêt à se soumettre à cette simple condition.

‑ C'est bien beau tout ça, intervint Ventus, mais comment est-ce que tu comptes passer les deux gardes ?

‑ Euh… Je n'y ai pas réellement réfléchi…

Ven croisa alors ses bras sur sa poitrine et, fermant les paupières, lâcha un léger rire machiavélique. Qu'est-ce qui lui prenait tout à coup ? Est-ce qu'il se moquait ouvertement de lui ?!

Je crois qu'il est temps de vous montrer l'un de mes talents cachés, annonça-t-il avec un léger sourire en coin aux commissures de ses lèvres.

Le jeune garçon retira sa capuche vert émeraude, puis s'avança d'un pas décidé en direction des deux gardes. Roxas, inquiet quant à la survie de son ami s'il allait seul là-bas, tenta d'effectuer un pas pour le rattraper, mais Kairi lui agrippa le bras, de sorte à pouvoir le retenir.

‑ Arrête de t'inquiéter pour rien, dit-elle, et regarde-le à l'œuvre.

Le Simili de Sora n'avait détourné le regard que quelques secondes que le comportement de leur compagnon venait de changer du tout au tout ! Ventus ne marchait plus vraiment droit, effectuant de nombreux zigzags, mais en se dirigeant toujours vers les deux sentinelles. Il rigolait également tout seul, comme s'il s'était raconté une blague à lui-même et qu'il se vantait de son propre humour. De temps en temps, ses rires étaient accompagnés par des petits hoquets, et des semblants de régurgitation.

‑ On dirait qu'il est…, débuta Roxas, les yeux exorbités.

‑ Complètement saoul ! rigola Kairi, une main sur la bouche pour ne pas se faire repérer. Comme quoi, boire comme un trou lui réussit bien : il en tire des leçons et s'en sert pour une noble cause.

Sur le moment, le blondinet se demanda si les quelques bières offertes par Aerith en début de soirée faisaient partie du plan des Rebelles depuis le début. Celui lui parut presque tiré par les cheveux, mais il était possible que Ven se soit alcoolisé exprès pour ce petit numéro de théâtre !

Arrivé devant l'un des deux soldats, Ventus posa un coude sur l'épaule de son ennemi. Puis ils entamèrent une longue discussion. Malheureusement, les deux autres Rebelles étaient bien trop éloignés pour entendre ce qu'ils se racontaient. Enfin, ils parvenaient cependant à capter les éclats de rire surjoués de leur ami, qui, pour le coup, ressemblaient fortement à ceux d'un jeune garçon alcoolique.

Puis, tout à coup, les deux adolescents virent Ventus s'emparer à la vitesse de l'éclair de la lance qui tenait pourtant fermement le garde, puis s'enfuir à toutes jambes dans un couloir opposé. L'homme, prit au dépourvu, lui hurla toutes sortes d'insultes en lui ordonnant de s'arrêter. Voyant qu'il ne reviendrait pas lui rendre son bien, il se décida à lui courir après à son tour.

‑ Raaah ! s'énerva l'auburn. Ce n'est pas suffisant. Il en reste encore un !

‑ Tu veux que j'aille m'en…

‑ Non ! le coupa immédiatement la cheffe des Rebelles. N'oublie ton rôle : toi, tu te charges de Naminé.

La jeune fille commença à mordiller nerveusement le petit bout de peau entre son ongle et son pouce. Elle faisait les sens pas, marmonnant quelque chose dans sa barbe inaudible pour Roxas. L'adolescente semblait en pleine réflexion intense.

‑ Je n'ai pas le choix, déclara-t-elle enfin en regardant en direction de la sentinelle restante.

Puis elle darda son regard de glace sur le blondinet, qui ravala sa salive. Quoi ? Qu'est-ce qu'elle avait prévu de lui faire faire encore ?!

‑ Un seul mot de tout cela à qui que ce soit, et je te jure de te réserver un châtiment bien pire que celui de Laulau le Mante, le prévint immédiatement Kairi.

Pire que Laulau la Mante ? Pour sûr qu'il resterait aussi muet qu'une tombe !

‑ Mais qu'est-ce que je n'aurai pas le droit de… dire…

Roxas vit alors l'auburn retirer sa capuche, comme Ventus un peu plus tôt. Puis elle défit les nombreux fils qui retenait une bonne partie de son décolleté, faisait apparaître une plaisante partie de sa poitrine largement généreuse. Gêné par cette drôle de situation, le meilleur ami de Lea et Xion détourna immédiatement le regard, ne souhaitant pas en voir davantage. Kairi ne l'intéressait pas de toute façon, et si Sora apprenait qu'il avait reluqué d'un peu trop près sa copine, il risquait de lui en vouloir jusqu'à la fin de sa vie !

‑ Mais pourquoi tu fais ça ?! s'étrangla-t-il, les joues aussi rouges que des tomates fraîches.

‑ C'est un homme, expliqua de but en blanc Kairi. Tous les hommes sont obsédés par les femmes.

Elle se tourna en direction du garde, relâchant un long et profond soupire. Elle aurait largement préféré se pendre plutôt que de se servir ainsi de ses atouts féminins.

‑ Ne fais rien d'imbécile, s'inquiéta Roxas.

L'auburn lui offrit un regard surpris.

‑ Tu t'inquiètes pour moi, maintenant ? C'est nouveau. Mais j'apprécie l'attention.

Sur ces mots, elle se dirigea à son tour en direction de la sentinelle restante. Resté en retrait, le jeune garçon espérait que son plan allait fonctionner. Il la vit s'avancer d'un pas fluide, avec une allure féminine mais surtout féline. Puis une fois devant lui, elle joua avec la petite plume noire sur la tête du garde, tout en parlant. Le regard de celui-ci restait impassible, fixait toujours droit devant lui. Roxas sentait son corps battra la chamade. Ce n'était certes pas lui qui se trouvait face à cet homme, mais il ne pouvait s'empêcher de penser que ce devait être une terrible épreuve pour elle. La Kairi de son monde n'aurait jamais accepté de se dévoiler comme elle le faisait devant un parfait inconnu. La cheffe ne manquait pas de courage, ça, il pouvait l'affirmer.

L'auburn commença doucement à caresser les parties du visage de l'homme. D'abord les sourcils, puis le nez, descendant au niveau des joues. Et enfin ses doigts rencontrèrent ses lèvres, ainsi que sa grosse moustache noire. Il détourna enfin le regard, regardant plus intensément Kairi. Un sourire pervers naquit sur ses lèvres. Puis il enfonça sa tête dans le cou sans défense de la jeune fille. Cette dernière ferma férocement les paupières, se retenant sans doute au plus profond d'elle-même pour ne pas lui coller son point dans la figure puis lui envoyer un coup de genou là où il fallait.

Détournant rapidement le regard au niveau de Roxas, la jeune fille lui adressa un pouce levé, signe qu'il était désormais temps pour lui de jouer.

D'un pas de loup, le jeune garçon s'avança en direction de la tourelle, adressant un dernier regard plein de compassion à Kairi, puis monta les escaliers.


Roxas grimpa pendant longtemps les longs escaliers de pierre en colimaçon avant d'enfin atteindre la seule pièce de la tourelle. La reine avait mis un grand drap rouge sur le mur, dans l'espoir de dissimuler la porte en bois du passage. Mais cette mascarade ne trompa pas le blondinet. D'un coup sec, il déchira le long tissu vermeil qui déboucha directement sur la porte. Roxas tourna la poignée, mais celle-ci ne s'ouvrit pas. Il porta alors sa main à son épée. Elle ne lui servait à rien dans ce cas-là. Il allait devoir utiliser sa Keyblade, même si Kairi le lui avait fortement interdit. Roxas la fit donc apparaître dans sa main, uniquement le temps de déverrouiller la porte. Personne ne le verrait avec de toute façon, donc il n'avait pas à avoir peur d'être découvert. Il pointa Chaîne Royale en direction du verrou. Un long faisceau de lumière s'insinua dans la serrure, puis un « clic » se fit entendre. Une fois la porte ouverte, il dématérialisa son arme, jugeant qu'elle ne lui serrait plus utile pour le moment.

L'adolescent ouvrit doucement la lourde porte de bois et passa sa tête à l'intérieur de la pièce. En face de lui se trouvait, contre le mur, un lit en baldaquin avec des draps soyeux. Un tapis rouge avec des motifs à fleurs de Lys ornait également le centre de la petite salle.

Le blond remarqua alors la présence d'une divine jeune fille. Elle était accoudée contre l'unique fenêtre et regardait le paysage avec une mine attristée. Ses cheveux blonds étaient coiffés en une tresse rabattue sur son épaule droite. Ses yeux bleu océan semblables à ceux de Kairi reflétaient toute la peine qu'elle avait dû endurer toutes ces années. Pas de doute, il s'agissait bien là de Naminé. Roxas l'avait facilement reconnue, même sans son capuchon blanc. Elle portait cette fois-ci une longue robe blanche aux larges manches, qui semblaient ne jamais en finir et dont l'extrémité, au niveau de ses épaules, dénudées, formaient un motif de couronne semblable à celui de Sora.

Le jeune garçon entra alors complètement dans la pièce et s'arrêta à quelques mètres de la jeune fille.

‑ Naminé ? l'appela-t-il.

La blonde eut un léger sursaut et se retourna vers son invité surprise. Ses yeux s'écarquillèrent de surprise.

‑ Roxas ? Mais… comment tu… Que fais-tu ici ? demanda-t-elle d'une petite voix.

Roxas lui attrapa gentiment les mains et la rassura sur sa présence ici.

‑ Nous sommes venu te chercher, annonça-t-il. Moi, mais aussi les Rebelles. Ta sœur est là, Kairi est là !

Des larmes commencèrent à se former aux coins de ses sublimes yeux océans.

‑ Vous allez… me sortir d'ici… ? Vraiment… ?

Au ton que prenait sa voix, Roxas comprit qu'elle peinait à y croire.

‑ N'espère pas trop, sœurette, annonça soudainement la voix d'une fille que Roxas connaissait bien.

Le jeune Porteur de Keyblade se figea sur place. Alors, cette fois-ci, c'était le moment, n'est-ce pas ? Il allait enfin affronter son regard dans ce monde-ci. Xion.

L'adolescent fit immédiatement volte-face et se plaça devant Naminé, de sorte à pouvoir la protéger face au danger. La méchante reine entra dans la chambre, accompagnée de deux chevaliers les plus fidèles, les chevaliers noirs Axel et Saix. Seulement, ils n'étaient pas seuls. Le rouquin tenait fermement Aqua par les poignets, de sorte à ce qu'elle ne puisse pas s'enfuir, une épée sous la gorge. Roxas ignorait ce qu'il avait bien pu se passer durant le bal, mais la robe de la jeune femme était totalement en lambeaux.

‑ Roxas ! Quoi qu'elle te dise, n'écoute pas Xion ! Elle va chercher à te manipuler en se faisant passer pour ce qu'elle n'est pas ! prévint la bleue.

L'homme aux cheveux bleus lui donna alors un coup de poing au ventre, de sorte à la faire taire.

‑ Aqua ! s'écria le jeune garçon, désemparé.

Actuellement, il ne pouvait rien faire pour lui venir en aide. Il était seul. Seul face à trois ennemis. Seul pour protéger Naminé. Mais, comment avaient-ils fait pour monter les escaliers sans être vu par Kairi ? Où se trouvait-elle désormais ?!

‑ Tu ne voudrais pas faire de mal à ton amie, non ? questionna la noiraude.

Elle sortit alors sa main de derrière son dos et y découvrit un miroir. Que comptait-elle faire avec ?

Le blond serra les poings et grinça des dents. Il ne pouvait ni utiliser son épée, ni montrer qu'il possédait une Keyblade devait cette affreuse copie de Xion.

‑ Maintenant, Naminé, vas-tu enfin accepter de mettre tes pouvoirs à mon service ?

Le regard de la blonde se fit plus dur. Elle fronça les sourcils.

‑ Il n'en est pas question. Jamais je n'utiliserai ce don pour rependre le mal autour de moi.

Un rictus mauvais apparu sur les lèvres de Xion.

‑ Soit. Je vais donc devoir te laisser encore du temps pour y réfléchir. Mais pas ici.

La reine brandit alors le miroir devant elle et une lumière aveuglante en jaillit.

‑ Naminé !

Comme pour la protéger, Roxas entoura ses bras autour des épaules de la princesse. Mais cela ne servit à rien, et ils firent tous les deux aspirés à l'intérieur du miroir. La noiraude rigola grossièrement, fière de son œuvre, puis se tourna vers ses chevaliers. Elle sourit ensuite de toutes ses dents puis pris le visage d'Aqua entre son pouce et l'index.

‑ Maintenant, très chère, tu vas profiter de ta dernière nuit. Tu seras exécutée demain en place publique pour trahison.

Xion ordonna ensuite à Axel et Saix de l'enfermer dans le cachot le plus humide et froid qu'ils pourraient trouver, en attendant l'heure de son jugement.