Résumé : Remus est père depuis 8 ans déjà. Comment peut-il annoncer à sa fille comment elle est née, sans qu'elle ne le déteste ? Harry se retrouve célibataire avec un fils de 4 ans, détesté par sa mère. Peut-il sauver son fils de la noirceur qui semble l'avaler ? L'amour peut-il sauver ces deux enfants ?

Rating : T pour certains passages difficiles

Disclaimer : Les personnages sont de JKR, sauf Rose, l'histoire est à moi


Remus avait un bon instinct de survie, de par sa condition de loup-garou. Il se targuait d'éviter les coups fourrés presque systématiquement. Évidemment, c'était plus facile de les éviter quand on s'y attendait, et surtout quand ils arrivaient accompagnés de Severus, de Sirius et d'une bouteille d'alcool. La plupart du temps, ça se traduisait par une sortie forcée dans un bar quelconque, avec, si c'était Sirius qui l'accompagnait, l'obligation de parler à au moins 5 femmes dans la soirée, et si c'était Severus, celle de boire un verre et de se faire oublier, pour que Sirius lui fiche la paix le lendemain, lors du compte rendu. L'absent étant de babysitting pour la soirée. Et ce soir là, c'était une très bonne bouteille qu'il y avait sur la table. Cependant, les lourdes révélations faites à sa fille assuraient à Remus la tranquillité pour ce soir, aucun des deux hommes ne lui auraient, en théorie, pris la tête pour l'obliger à sortir. Aussi profitait-il de ce répit en serrant Rose contre lui, craignant toujours qu'elle ne lui en veuille, ou qu'elle ne s'enfuie.

-Papa-chou ?

-Oui puce ?

-Sirius dit toujours que pour se remonter le moral, il n'y a rien de mieux que le parfum d'une femme et un joli sourire... Et ce soir, tu as vraiment besoin de te remonter le moral, non ?

Et c'était dans ces moments-là que Severus maintenait sa future appartenance à serpentard, et que son super pouvoir de loup-garou était totalement inutile. Parce que non, il ne l'avait pas vu venir, celle-là. Mais oui, elle avait bien fait mal.

Sirius venait d'avaler de travers et tentait de reprendre son souffle entre deux toussotements, en vain. Des larmes perlaient au bord de ses yeux gris, et il s'obstinait à regarder la table pour ne pas s'écrouler au sol en pleurant de rire. Severus souriait comme un bienheureux, ce qui le rendait presque effrayant avec ses yeux pétillants d'une joie malsaine. Il plongea d'ailleurs la main dans sa poche, et en sortit un galion.

-Pile, j'accompagne Remus, face, tu t'y colles Black.

-J'aime être à la colle Sevi-chou ! Rigola Sirius, tout sérieux définitivement perdu après avoir levé la tête.

Remus était désespéré, sa fille le regardait en souriant gentiment, et il était convaincu qu'elle n'avait pas compris ce qu'elle avait dit. Du moins il l'espérait, sinon il devrait étriper Sirius, ou le vénérer pour avoir eu LA discussion avec sa fille, ce qui lui éviterait d'avoir à le faire plus tard. Et il pria pour que ce soit pile. Il ferma les yeux et le souhaita très fort, y mettant toute la foi qu'il n'avait pas. Il entendit Severus lancer la pièce, la rattraper, la poser sur sa main, et son cœur battait en rythme dans ses oreilles.

-Oui ! S'exclama Sirius, en sautant de sa chaise et en se trémoussant sur une musique imaginaire, faisant glousser Rose.

-Patmol, je te jure, je ne me sens pas très bien. Vas-y avec Severus, je vais rester et aller me coucher, je crois. En plus, après tout ça, je préfère rester avec Rose, je n'ai pas envie de la laisser toute seule pendant qu'elle assimile ça, gémit Remus, les yeux toujours fermés et la tête dans le cou de sa fille.

-Lunard, tu dis toujours que ta fille est brillante, qu'elle a toujours des idées très intelligentes et qu'elle est d'une gentillesse à toute épreuve. Tu ne voudrais pas la décevoir, n'est-ce pas ?

-Et moi qui croyais que les Gryffondor étaient toujours courageux... murmura Severus.

-Allé papa-chou, je te promets que je serai sage avec Severus ! En plus, comme ça je pourrai lui poser mes questions sur le livre d'astronomie, ça t'évitera d'y répondre ! Et puis, si tu ne rentres pas ce soir, comme Sirius fait toujours, je vous verrai demain au petit déjeuner.

-Patmol, je te jure que je déteste la maturité qu'a ma fille à ton contact, grogna Remus.

Rose descendit de ses genoux en sautillant, et Remus se leva, se dirigeant vers sa chambre pour se changer, avec l'entrain d'un condamné à mort, grommelant qu'il se vengerait et qu'ils n'étaient que des ingrats.

-Mets ta chemise beige papa-chou ! Elle fait ressortir tes yeux ! Et toi Patty, tu prends bien soin de lui hein ?

-Promis Rosie-chou, je veille au grain ! Répondit Sirius en s'éclipsant à son tour, avec un éclat de rire.

Severus débarrassa la table d'un sort, et fit venir l'échiquier à lui en souriant. Rose s'installa face à lui, l'air déterminée, prête à essayer, une fois de plus, de le battre. Severus aimait beaucoup ces moments volés, et cette paternité un peu bizarre qu'ils partageaient tous les trois. Trois hommes et deux femmes pour s'occuper d'une fillette beaucoup trop intelligente pour son âge, ça fonctionnait plutôt bien. Sans qu'ils ne se soient jamais vraiment concertés, cette situation s'était imposée au fil des mois après le sauvetage de Remus et Rose. Chacun avait trouvé sa place, apportant sa spécialité particulière à la jeune fille, et celle-ci le leur rendant au centuple. Jamais il n'aurait imaginé qu'un enfant dans sa vie l'obligerait à s'ouvrir aux autres, et à profiter de la vie. La sagesse et la curiosité de la petite lui donnait envie de répondre à ses questions, de partager ses connaissances avec elle. Il avait souvent l'impression d'être une sorte de bibliothèque dans laquelle elle piochait les réponses à ses questions, et il s'étonnait régulièrement de les avoir. Ces instants le rendaient incroyablement fier, de lui mais aussi de tout ce qu'il avait pu accumuler en savoir dans sa vie, inutile jusqu'à maintenant. C'était d'autant plus surprenant que Rose savait parfaitement à qui s'adresser pour obtenir ce qu'elle voulait. Quand elle cherchait de l'amusement, ou un soutien pour son père, elle s'adressait à Sirius. Pour la tendresse, faire de la cuisine ou juste parler, c'était plutôt Andromeda, qui prenait son rôle de mamie-gâteau très au sérieux. L'éducation d'une jeune femme, les séances de thé, les connaissances liées à la bienséance – dont Rose était friande – étaient dispensées par Narcissa, et bien que la jeune fille ne soit pas une sang pure, elle avait déjà noué des relations avec de nombreuses femmes de grandes familles, et s'était attirée leur sympathie sans grande difficulté. Cette enfant était une bouffée d'air frais dans ce monde vieillot. Mais son ancre, c'était définitivement Remus, et l'un complétait l'autre avec une perfection telle qu'ils partageaient sûrement une âme pour deux, du moins c'était ce que Narcissa disait en souriant quand elle les voyait interagir. Severus même pourrait qualifier cette symbiose de mignonne, si le mot ne lui donnait pas la migraine.

Les deux hommes redescendirent, Remus habillé d'une chemise beige et d'un jean bleu, Sirius d'un t-shirt noir moulant et d'un jean gris et large tombant sur ses hanches. Severus regarda le second en ricanant.

-Black, ils n'avaient plus de vêtements à ta taille en magasin ? Ou tu t'es trompé quand tu les as lavé ?

-Jaloux sévi-chou ? Je me suis dit que tu apprécierais la vue ! Répondit Sirius avec un clin d'oeil.

Rose quitta le jeu d'échec pour serrer son père dans les bras, puis tira sur le bras de Sirius pour l'embrasser sur la joue, après qu'il se soit penché, et retourna perdre face à Severus.

-Bon, on y va, tu connais la chanson Severus, je ne rentrerai pas tard de toute façon. Fais comme chez toi, il reste du rôti et des légumes si vous avez faim. Puce, ne m'attends pas pour dormir, je compte sur toi pour être aussi sage que d'habitude. Et pour ranger ta chambre. J'ai réparé tes draps en passant et refait ton lit.

-Merci papa-chou, à demain, dit Rose, les yeux sur le plateau d'échec et la main s'agitant vaguement dans leur direction, sous les yeux rieurs de Sirius et de Severus, et désemparés de Remus.

-On sera au Belvédère, si tu nous cherches sévi-chou !

Ils disparurent d'un pop, et se retrouvèrent devant un bar sur le chemin de traverse. La devanture était blanche, parsemée de hublots bleu marine sur les 3 niveaux du bâtiment. Le toit noir et la cheminée ronde qui en sortait complétaient la façade, donnant l'impression qu'un bateau avait atterri entre deux maisons rouges. Ils passèrent la porte noire du bar, et s'arrêtèrent un instant pour contempler la salle, comme à chaque fois. L'intérieur était sombre, en bois noir. Le bar, faiblement éclairé par des lampes à huile anciennes, se trouvait le long du mur à leur gauche. A droite, des tables en bois, et des petits tonneaux en guise de tabourets, apportaient l'ambiance maritime à la pièce. Le mur du fond avait subi un puissant sortilège pour représenter la mer, une nuit d'orage, et les vagues semblaient s'écraser sur les tables les plus proches. Des lampes à huile étaient posées sur les tables, seules lumières éclairant la salle. Presque toutes les tables étaient occupées au rez-de-chaussée, et la population était surtout masculine. Quelques habitués saluèrent Sirius d'un hochement de tête, auxquels il répondit en faisant de même, avant de s'installer au bar avec Remus, qui mit quelques secondes à comprendre qu'ils ne monteraient pas à l'étage comme d'habitude.

-Je t'épargne les filles pour ce soir Lunard, sois pas aussi surpris, je ne suis pas sans cœur ! Mais si tu préfères, on peut monter ...

-Non, c'est parfait comme ça ! Je ne suis pas d'humeur à supporter la prairie verte, les papillons et les gloussements des femmes. Je dois reconnaître que juste un verre, c'est pile ce qu'il me fallait et juste ce que je peux supporter de plus ce soir. C'était vraiment une journée de chien !

-Hey ! J'ai pas aimé non plus je te ferais remarquer ! Si Severus n'était pas arrivé, je crois que j'aurais fini par étriper cette garce. J'aime Harry comme un fils, mais à chaque fois qu'on voit sa femme, c'est de pire en pire.

-Hum. Je m'inquiète pour lui. Tu devrais peut-être essayer de le voir en dehors de la famille, juste toi et lui. Il a l'air...

-épuisé ? Au bout du rouleau ? Je lui enverrai un hibou demain, voir ce que je peux faire. Je regrette qu'il ne me parle plus autant qu'avant, et que le peu qu'on se parle soit par courrier interposé. Mais j'ai toujours peur de finir par tomber sur Hermione. Avoir sa fille chez nous sans qu'elle ne puisse le savoir... Merlin Lunard, ça me brise le cœur d'y penser.

-Je sais Patmol, et d'avoir repensé à tout ce qu'il s'est passé pour l'expliquer à Rose... si elle n'avait pas survécu à tous ces fichus sorts, je me serais oubliété moi-même pour ne pas revivre ça quand je ferme les yeux. Si vous n'aviez pas été là toi et Severus... Je sais pas ce que j'aurais fait. Merci Patmol. Cornedru serait fier de toi, Lily aussi je crois...

Ils fixèrent le fond de leur verre, la gorge nouée, et restèrent côte à côte sans parler pendant quelques temps, profitant du bruit de la mer, du bourdonnement de la salle, et de l'alcool roulant sur leur langue. C'était définitivement une journée désagréable. Et parce que la journée était loin d'être finie, la porte s'ouvrit sur un jeune homme roux dégingandé, suivi d'une jeune femme aux cheveux bruns et aux yeux chocolat. Non, décidément, ils auraient mieux fait de se cacher sous les draps troués de Rose ce matin. Les deux hommes se regardèrent en soupirant, et Remus cogna sa tête contre le marbre noir du bar, à peu de choses de pleurer. La prochaine fois, il insisterait pour rester chez lui, quoiqu'en pensent Merlin, Godric et les autres fondateurs. Le dimanche, c'était une journée à rester sous la couette, à manger du popcorn avec sa fille, et à laisser les volets fermés pour oublier que le monde existe.