Résumé : Remus est père depuis 8 ans déjà. Comment peut-il annoncer à sa fille comment elle est née, sans qu'elle ne le déteste ? Harry se retrouve célibataire avec un fils de 4 ans, détesté par sa mère. Peut-il sauver son fils de la noirceur qui semble l'avaler ? L'amour peut-il sauver ces deux enfants ?
Rating : T pour certains passages difficiles.
/!\ si vous êtes sensibles, arrêtez-vous après qu'Harry soit sorti du Ministère. Vous voilà prévenus:)
Disclaimer : Les personnages sont de JKR, sauf Rose, l'histoire est à moi
RAR : Saeh, je ne pensais pas inclure Hermione véritablement dans l'histoire, mais après tout pourquoi pas le faire plus tard, quand les chapitres s'alterneront plus facilement entre un point de vue et l'autre, ou développer une histoire en parallèle sur les relations Hermione/Remus avant la torture de Bellatrix. Pour ce qui est de la relation Harry/James, la voilà ! J'espère que ça te plaira, je voulais poser davantage de bases pour James, son personnage étant un des plus complexes que j'ai prévu, il me semblait important de montrer son environnement en détail, et notamment sa relation avec sa mère. Je n'ai pas répondu à ta question sur le loup de Remus, mais je n'ai pas encore réfléchi à la question, donc tu auras la réponse prochainement lors d'un flash back, ou lors d'une histoire parallèle xD En tout cas, au moment des faits, seuls le dégoût de soi, le sentiment de l'avoir trahi et le remord lient Remus à Hermione, qui elle, est totalement amnésique pour tout ce qui se rapporte à la naissance de sa fille, conception comprise.
Harry rentra dans l'ascenseur du ministère, bondé comme d'habitude de gens endormis, maussades de reprendre le travail le lundi. L'air était saturé de parfum bon marché au lilas, l'odeur entêtante lui collerait probablement à la peau toute la journée. Il grimaça. Il était anxieux, sautillant d'un pied sur l'autre dans sa robe noire d'auror, et manqua de tomber quand l'ascenseur s'arrêta au département de la coopération magique internationale. Les grilles s'ouvrirent, le va-et-vient des travailleurs le stressa davantage. Un oiseau de parchemin le percuta avant de rejoindre les autres au dessus de leur tête. Saleté de notes volantes, à croire qu'elles aussi, elles avaient besoin de lunettes ! Prochain arrêt, bureaux des aurors. Il descendit, remonta le long couloir gris et s'arrêta devant la porte du bout du couloir. Sur le bois foncé de la porte, une plaque dorée gravée était collée: K. Shacklebolt, Chef de brigade des aurors. Il déglutit, réarrangea ses robes, et frappa à la porte. Ses coups semblèrent résonner contre les murs. La voix grave et profonde de son supérieur l'invita à entrer. Après tout, il était attendu. Il se rassurerait bien en se disant que Kingsley n'avait jamais tué personne, mais il l'avait vu combattre, et ça lui retourna encore plus l'estomac. Son chef allait le tuer. Ou être déçu. Les deux l'effrayaient en fait. Des dizaines de scénarii défilèrent dans sa tête, dans lesquels il finissait supplicié, agonisant, ou sur un lit d'hôpital à Sainte Mangouste. Harry Potter avait la trouille.
-Ah Harry, assieds-toi, je t'en prie.
Sa gorge se noua, il regarda nerveusement la pièce spacieuse, dégagée et claire. De grandes baies vitrées magiques donnaient vue sur la Tamise, par un magnifique temps bleu. Le seul moment où Kings' devait voir le soleil à Londres, ça devait bien être dans son bureau. Le chef était assis dans un grand siège noir en cuir, derrière un bureau en verre. Ça paraissait confortable, moelleux, et à sa place, il se serait sûrement endormi. Mais il ne serait jamais à sa place maintenant.
Il recommença en danser d'un pied sur l'autre, inconfortable, et s'avança vers les deux sièges noirs en bois face au bureau. Les étagères le long des murs menaçaient de crouler sous le poids des dossiers parfaitement alignés, et une glace à ennemis était accrochée sur la porte, permettant à Shacklebolt de garder un œil sur ses visiteurs. C'était plutôt futé, il fallait bien l'admettre.
Il s'assit face à son chef, pâlissant encore plus malgré le grand sourire de l'homme face à lui.
-Vous vouliez me voir patron ? Hésita Harry.
-Je sais que les rumeurs ont fait le tour du Ministère comme quoi j'avais été nommé comme prochain Ministre de la magie. Je ne vais pas y aller par quatre chemins, je prendrai mes nouvelles fonctions dans 2 mois, ce qui laissera mon poste vacant. Si je t'ai fait venir ici, c'est pour te le proposer. On savait tous les deux que tu le récupérerais tôt ou tard, de toute façon. Tu commencerais autour de la quinzaine d'octobre, la date exacte n'est pas encore arrêtée.
-Eu justement... à ce propos... ça ne va pas être possible Kingsley.
L'homme à la robe de soie violette se figea, la bouche entrouverte, l'incompréhension se peignant sur son visage. Il avait toujours été prévu qu'Harry récupère son siège au prochain changement de Ministre, et personne d'autre n'avait été envisagé tant ça semblait logique. Il menait ses hommes sur le terrain sans aucun soucis, et était plus respecté par ses collègues que Shacklebolt lui-même !
-Je ne comprends pas Harry... On en parlait encore la semaine dernière toi et moi... Tu m'expliques ?
-Oui, mais la semaine dernière j'étais encore avec Ginny, Kings'. Je l'ai mise à la porte hier soir, j'ai laissé James chez Molly... Mais il a besoin de moi. J'aurai été plus que ravi de prendre ce poste, mais mon fils passe avant. Je ne veux pas que les Potter ait la réputation d'abandonner leurs enfants à leur triste sort, ricana tristement le Survivant.
Cette décision lui fendait le cœur, mais il n'était plus à ça près. C'était la seule chose bien à faire, il n'avait que trop tardé à démissionner, espérant que Ginny se remettrait, voulant croire que son absence n'affecterait pas son fils. Mais il était autant coupable qu'elle, et il ne pouvait que croiser les doigts pour qu'il ne soit pas déjà trop tard pour James.
-Je suis désolé d'apprendre ça Harry...
-Moi aussi, mais on n'y peut rien malheureusement. Tu devrais laisser le bureau à Malefoy. C'est un connard, mais il veut grimper et se faire bien voir. Il fera les choses bien. Et les autres le respectent, il nous a tous sauvé au moins deux ou trois fois les fesses depuis qu'il est là. Et pour tout ce qui est paperasse et des batailles pour obtenir des financements, il est suffisamment roublard pour t'extorquer le double de moyens quand tu auras pris tes fonctions, rit franchement le jeune homme en passant la main dans ses cheveux.
Si on lui avait dit un jour qu'il recommanderait La Fouine pour le poste de chef des aurors... Mais c'était la bonne chose à faire. Il était même en deçà de la vérité en disant qu'il ne les avait tiré que deux ou trois fois de mauvais pas sur les 7 années de présence. C'était plutôt deux ou trois fois par mois ! Ses connaissances en magie noire dépassaient largement celles de tous les membres du bureau réunies. Il arrivait à débloquer les situations explosives systématiquement, limitant les dégâts chez les civils de façon significative. Ce serpentard avait un don pour savoir quels mots dire et quel comportement adopter pour parvenir à ses fins. Il serait dans son élément à jouer avec la politique depuis ce bureau.
-Que comptes-tu faire, au juste, Harry ? Reprit Shacklebolt, lui aussi ayant réfléchi à cette proposition plus que pertinente.
-Je démissionne Kingsley. J'ai plus d'argent qu'il n'en faut pour vivre, et mon fils a besoin de soins et de ses parents. Pour Ginny, c'est fichu, mais moi, je peux faire quelque chose pour y remédier. J'ai eu ma dose de mangemorts, il est temps que je prenne mon rôle de père au sérieux. Et pour être tout à fait honnête... Il est possible que je te demande, d'ici 7 ou 8 ans, d'assigner quelqu'un à la surveillance de James.
-Si tu as peur pour lui, je peux t'envoyer quelqu'un dès maintenant Harry, après tous les services rendus, on te doit bien ça !
-C'est pour les autres que j'ai peur, Kings', pas pour lui. Il est... Jedusor était pareil, petit. Je préfère éviter un autre drame. J'espère juste me planter, je ne sais pas si j'arriverais à arrêter mon propre fils.
-Je vais suivre ça de près. Je te laisse la journée pour arranger tes affaires, tu me remettras ton insigne magique en partant. Et si tu croises Malefoy, envoie-le moi que je teste sa motivation.
~#~#~#~#~#~#~#~#~#~#~#~#~#~#~#~#~#~#~#~#~#~#~#~#
La journée avait été longue à classer ses dossiers, mettre en ordre ceux qui n'étaient pas bouclés, et vider son bureau. Il avait dit au revoir à ses collègues, qu'il côtoyait depuis 7 ans, depuis la fin de la guerre, où il avait été promu auror après 2 semaines de formation accélérée. Il avait cru pendant un temps que son parrain le rejoindrait, une fois officiellement réhabilité, mais celui-ci était resté auprès de Remus et de la petite Rose. Au lieu de ça, il s'était retrouvé avec La Fouine comme coéquipier, lui aussi ayant eu une formation accélérée, pour participer à l'arrestation des derniers mangemorts en cavale. Et contre toute attente, ils ne s'étaient pas entre-tués en 7 ans de travail en duo, pas d'accident de baguette, de sort jeté malencontreusement sur le balais de l'autre. Il fallait croire que la guerre les avait calmé.
Dans l'après-midi, il avait reçu un hibou de Ginny, l'informant qu'elle avait quitté les lieux et qu'ils pouvaient revenir à la maison sans se préoccuper de la croiser, qu'elle resterait chez les jumeaux quelques temps. Harry s'était demandé depuis combien de temps elle attendait ça, pour déménager aussi vite, elle qui était encore apathique hier soir. Il avait chassé ses idées noires rapidement, et s'était consolé en proposant à Ron et à Hermione de passer chez lui le soir-même, annulant par la même occasion son squat chez son ami. Il avait bien l'intention de profiter de sa liberté retrouvée pour les voir, et pour passer du temps avec son jeune garçon. Le monde magique pouvait bien tourner sans lui quelques années, non ?
Vers 17h, il rendit son insigne à son supérieur, lui remit les affaires non classées, et quitta le Ministère pour le Terrier par cheminette, pour récupérer son fils, et rentrer chez eux. Molly lui avait préparé des tonnes de plats qu'il n'aurait qu'à réchauffer, et l'avait assuré qu'ils resteraient les bienvenus quoi qu'en dise sa fille. Elle s'inquiétait de ne pas avoir entendu James parler de la journée, et effectivement, il le trouva bien calme par rapport à d'habitude.
Habituellement, quand il rentrait après le bureau, au moment où Ginny le douchait avant de le mettre au lit, il entendait crier, sursautait au bruit d'objets jetés dans tous les sens, et prenait le relais de sa femme pour finir de le laver et ensuite le coucher. Il avait le droit au récit de la journée, en plusieurs exemplaires avec le bégaiement, et pourtant, il ne coïncidait jamais avec la version de sa femme. Mais ce soir, le garçon était calme, silencieux, et il ne comprenait pas pourquoi. Que pouvait-il se passer de différent entre la journée avec Ginny et celle avec Molly ? Des interrogations de plus qui lui glaçaient le sang, et il maudissait les séries moldues qui lui avaient donné des connaissances en psychologie. James agissait comme un enfant battu, ou abusé. Mais Ginny n'aurait jamais fait ça, n'est-ce pas ?
Il porta son fils pour transplaner, les plats dans une poche et les affaires dans l'autre, et le déposa sur le plan de travail fissuré de l'îlot central, dans la cuisine, pendant qu'il rangeait les plats dans un placard. D'un sort, il envoya leurs affaires dans les chambres, et répara la fissure traversant le meuble sous James. Il s'approcha ensuite de son fils, et le regarda dans les yeux en caressant ses cheveux roux.
-Jamesy, je ne sais pas si Molly t'a expliqué ce qu'il se passait, mais ta maman et moi on se sépare. Elle ne va plus habiter avec nous. Est-ce que tu comprends ça ?
Le petit hocha timidement la tête, triturant son t-shirt spiderman avec ses petites mains. Le rouge du maillot était accordé au bleu de son short, et à ses baskets noires. Harry préférait l'habiller en moldu, trouvant ça plus pratique au quotidien, et Ginny n'avait jamais contredit ses choix. Elle n'avait, d'ailleurs, jamais rien proposé pour lui, maintenant qu'il y pensait. Une fois de plus, il repoussa ses idées noires pour revenir au présent. Le garçon n'avait pas bougé, il semblait attendre quelque chose.
-James, où est-ce que tu vas dans la journée avec Ginny, d'habitude ? Tu joues dans ta chambre, ou dans le salon ?
L'enfant secoua la tête, ne parlant toujours pas. Le cœur d'Harry battait de plus en plus vite, et il entendait des bourdonnements dans ses oreilles. Il s'assit sur un tabouret en bois, face au petit, et poursuivit son interrogatoire – parce que c'en était devenu un, maintenant, il en était sûr, son instinct d'auror avait reprit le dessus.
-Poussin, tu me montres où tu vas quand je ne suis pas là ?
Le rouquin tendit le bras vers une porte, entre deux meubles bas en bois brut et clair, comme tout ceux de la pièce, entourée par des murs carrelés de blanc. Une porte peinte en bleu ciel, avec une poignée ronde en métal cuivré et tressée, ajourée entre chaque branche formant l'arrondi. Une porte en bois derrière laquelle se trouvait un escalier en pierre, sombre et moite, sentant la tourbe après la pluie malgré le sol sec. Et au bout de cet escalier, une pièce au plafond bas, aux murs en pierre brute et au sol pavé de dalles grossières, rendues noires par le temps. Une pièce aux dimensions modestes, à peine 12m², éclairée d'une petite lucarne donnant sur le jardin, derrière chez eux.
Il fit descendre son fils du plan de travail, et l'envoya jouer dans le salon, tout en restant face à la porte, incapable de bouger, incapable de penser. Son univers entier ne semblait plus avoir de sens. Il fallait qu'il vérifie, qu'il descende pour savoir. Il fit un pas, puis un deuxième, et finalement posa sa main sur la poignée froide, resserrant ses doigts moites autour du métal. Il tourna le pommeau, frissonna en l'entendant grincer alors que la porte s'ouvrait. Il entendit vaguement James aller dans le salon en traînant des pieds, du moins c'est ce qu'il lui sembla, mais il ne vérifia pas. Il descendit les marches, s'éclairant de sa baguette. Le pied sur la dernière marche, il se figea. Son sang se glaça d'effroi, et la bile monta dans sa gorge. En haut des marches, dans son dos, le petit garçon souriait.
