4/ One day, I slept alone

Tony Stark était loin d'être un lâche.

Tout sa vie il s'était démené et avait lutté de tout son être, dès son plus jeune âge pour prouver sa valeur à son père, en tant que jeune adulte pour se faire accepter dans les plus hautes sphères de la société, puis pour son entreprise, et plus récemment pour le monde en tant qu'Iron Man, et ce n'était bien évidemment qu'une liste non-exhaustive tant le nombre d'épreuves qu'il avait eu à affronter était élevé.

Et aucune ne l'avait laissé entier.

Lorsque les dix anneaux l'avaient capturés, il avait refusé de construire le Jericho, lorsque New York allait être détruit par une foutue bombe nucléaire et des aliens sortis d'un univers que l'on ne pensait jusque là que de science-fiction il n'avait pas reculé, il avait pris son courage à deux mains, avait pensé une dernière fois à tous ceux qui comptaient pour lui et plongé dans la l'obscur inconnu que représentait le grand trou de verre pour se retrouver projeté dans la solitude de cet infini espace -dieu que cette époque lui semblait lointaine, comme un souvenir qui nous reviens en un flash alors que l'on aurait voulu l'enterrer à tout jamais et comme il aurait voulu pouvoir le faire. Les bannir à tout jamais de sa mémoire et ainsi de ses cauchemars.

Tout ça c'était à une époque où il n'aimait pas Steve, une époque où c'était tout le contraire.

Aimer ainsi d'un amour non réciproque avait été le coup de grâce, si jusque là il était avec difficulté parvenu à garder la tête hors de l'eau l'aimer lui l'avait plongé aux tréfonds de l'océan.

Mais il ne le regretterait pas, jamais.

Car ça lui paraissait complètement inimaginable…

Ne pas aimer Steve ?

--

Tony Stark ne se défilait pas.

Quand il était jeté à terre il se relevait, qu'importe si ce n'était que de la fanfaronnade et que quelques secondes à peine plus tard il sentait à nouveau le sol sous la paume de ses mains. Il se redressait toujours, avec ce même sourire arrogant qui le caractérisait si bien, et à son adversaire il lançait une œillade où l'on voyait brûler toute la détermination du monde, une détermination toujours accompagnée de ce petit brin de moquerie "Croyais-tu vraiment pouvoir m'avoir, moi ? Amusant. Tu es tellement insignifiant".

Néanmoins, Tony n'était pas invincible, parfois, il échouait.

Et ça c'était le pire, car ses échecs avaient tous laissés une trace en lui, laissés un éternel goût âpre en bouche qui revenait lorsqu'il y songeait: il avait échoué à se faire aimer par son père, à être ce que l'on attendait de lui, échoué à diriger son entreprise, échoué à être Iron Man, échoué à cesser d'aimer Steve, échoué à être une personne potable, échoué à vaincre ses démons, la plus grande bataille qu'il ait jamais mené tout au long de sa vie.

N'étaient ici listés qu'une infime partie de ces échecs, les plus importants, ceux l'ayant le plus marqués.

Il avait échoué tellement de fois que ça le rendait malade car, comme tout le monde s'amusait à le pointer du doigt, sa vie n'était-elle pas composée d'une succession d'échecs accompagnée d'innombrables occasions de fragiles bonheurs avortés ?

Il aurait voulu changer tellement de choses tout au long de sa vie que ça en devenait risible.

Tony Stark avait déjà abandonné, comme avec le palladium qui avait pendant de longs mois empoisonné son sang. Ou comme sa soit-disant mort, orchestrée pour disparaître dans la nature et faire le point sur lui-même, pour se reconstruire et éviter l'incoercible autodestruction qui aurait suivi s'il ne l'avait fait.

Tony Stark n'était pas un lâche.

Pourtant, parfois, ce n'était pas l'envie qui lui en manquait.

Un lourd bruit de métal suivit l'atterrissage sans la moindre douceur d'une armure.

Celle-ci, d'un vert forêt mêlé d'argenté, s'ouvrit pour laisser place à son occupant, un homme dans le milieu de la trentaine dont une bourrasque vint dégager les mèches brunes dissimulant les deux billes de jade au centre de son visage, des yeux dont le pétillement rivalisait avec celui d'un enfant à la veille de noël.

-Wahouh, Tony ! Pourquoi est-ce que tu ne m'avais jamais dit que tu m'avais construite une armure ? Elle est géniale ! Je veux rester dedans pour toujours ! Je vais tout faire avec cette armure tu vas voir, je me lèverai -faudra que tu me construise un lit diablement solide pour supporter son poids- déjeunerai -il y a une autre façon d'ouvrir le masque que de l'enlever en entier ?- irai au travail -tout le monde se retournera sur mon passage, tu verras !- et tout ira tellement plus vite ! Le trajet sera réduit de teeeellement de temps ! Et aussi je pourrais changer mon portable avec les batteries de l'armure et…

L'homme auquel il s'adressait et auprès du quel il venait de se poser arborait un grand sourire amusé. Son ami ne changerait jamais. Et tant mieux, cette ineffable joie de vivre enfantine était ce qui caractérisait Sam.

Décidant tout de même de l'interrompre avant qu'il ne parte dans un de ses monologue qui pouvait durer des heures sans interruption extérieure, l'ingénieur le ramena à l'ordre d'un ton mêlé d'amusement et de tendresse.

-Sam..

Se rendant lui aussi compte qu'il était reparti dans un de ses discours sans queue ni tête se dernier rougit légèrement et afficha un sourire lumineux.

-Excuse-moi mais… Waaah ! On est à la tour Avengers -enfin, seulement sur le toit mais bon- ! C'est tellement cool ! Je suis là où vivent des héros -même si j'ai vécu avec toi trois ans ça ne compte pas vraiment, tu vois- j'ai tellement hâte de les rencontrer ! Je me demande si Hulk sortira si je lui parle comme ça, sûrement que oui… il faudra que tu me présentes Steve -plutôt Captain America, mais c'est de ta faute, tu l'appelles tout le temps comme ça !- tu crois qu'il me laissera toucher son bouclier ?

Se plongeant dans ses réflexion, Sam rata le regard empli de tristesse de son meilleur ami.

Après un petit temps de silence, iplongé au cœur de proches souvenirs pour l'un et composé d'amusantes réflexions sur les Avengers pour l'autre, il fut brisé par le plus âgé qui offrit un petit sourire à son ami avant de se diriger vers l'entrée menant à l'intérieur de l'immeuble.

-Allez viens Sam, il y a un peu trop de vent par ici, tu vas attraper froid.

Sans un regard pour l'armure qu'il laissait derrière lui Sam emboîta la pas du génie avec un vif entrain, impatient d'enfin rencontrer les Avengers dont il avait tant entendu parler.

Tony, tout en parcourant d'un pas ferme les couloirs de ce lieux qui recelait de tant de souvenirs, ne pouvait cesser de repasser en boucle la même scène dans son esprit, entendant encore et encore les paroles que lui avait adressées le Capscicle un peu plus d'une heure auparavant. Elles avaient été blessantes mais pourtant indubitablement vraies: il n'avait fait que fuir ses responsabilités en tant que héros et du même temps les autres Avengers en espérant que tout se passerait bien, autant pour eux que pour lui, il s'était laissé aller à se complaire dans vie une ô combien plus facile que celle passée et qui pourtant ne lui avait au final rien apporté de plus, il était resté vide sans eux et n'en prenait conscience que maintenant, ces brefs premiers instants, quand il était entré et les avait vu agir avec une telle amitié spontanée les uns avec les autres le lui avait prouvé, il s'était senti revivre à les voir ainsi, et même si ce n'était que pour quelques courts instants il aurait presque pu croire à un retour au passé sans l'azuré regard orageux qu'il avait croisé à travers la pièce et qui avait réduit ses illusions en lambeaux.

Tournant brusquement la tête entendant un tonitruant bruit de brisure il trouva Sam avec à ses pieds ce qui restait d'une lampe initialement placée au dessus d'eux.

-Hum… Désolé ?

Le sourire un poil mutin de l'adulte qui ressemblait tant à cet instant à un enfant pris en faute lui fit reprendre totalement pied avec la réalité, malgré tout ce qu'il pouvait dire il bénissait ces années pour lui avoir apportées tant d'éclats de rire et de sourire complice avec cet homme en face de lui qu'il considérait comme un membre de sa famille, rien que pour lui il revivrait ce genre de moments des dizaines de fois, ça en vaudrait toujours la peine.

Inconscient du léger sourire qui était revenu sur ses lèvres il roula des yeux au ciel et manqua le sourire victorieux qu'eût le plasturgiste.

-Je devrais me demander comment est-ce que tu as réussi l'exploit de casser cette lampe mais je pense que je vais me contenter de soupirer et me dire que tu es Samuel Lake, avec toi, l'impossible devient possible.

Son sourire démentissait néanmoins ses paroles caustiques, Sam parviendrait toujours à lui remonter le moral lorsque quelque chose n'irait pas pour lui, il serait toujours à ses côtés autant qu'il puisse le faire, et rien que pour ça Tony lui en serait toujours infiniment reconnaissant.

Malgré toute la bonne volonté d'une distraction nommée Samuel Lake, Tony n'avait pu s'empêcher de replonger dans ses pensées et parcourait les couloirs avec une certaine angoisse logée au fond de la poitrine. Et s'il croisait un membre de l'équipe ? Il ne voulait pas croiser Natasha, il ne voulait pas croiser Clint, et plus que tout il ne souhaitait en aucun cas croiser Steve.

Il laissa s'échapper un soupir alors qu'il pénétrait dans ce qui fut sa chambre il y a des années de cela et resta figé, telle une statue de marbre, pendant quelques longues secondes dans l'entrée.

Rien n'avait changé.

C'était comme si rien n'avait jamais été dérangé dans la pièce, seule une très fine couche de poussière couvrait le tout, comme si l'on venait souvent l'ôter et que cela ne faisait qu'un court temps depuis la dernière fois que l'on ne l'avait été fait.

Il avait l'étrange impression que seulement quelques heures s'étaient écoulées depuis qu'il n'était pas revenu, alors qu'en vérité cela faisait déjà cinq ans.

Cinq années depuis le jour où ses pieds avaient foulés le sol de béton de la bâtisse qu'il avait lui même construite.

Cinq foutues années depuis le jour où il avait vu les Avengers et plus que tout avait obtenu leur attention, sortant du statut d'ombre qu'il était devenu à leurs yeux, émergeant d'un passé révolu, d'outre-tombe.

Revenu d'entre les morts.

De longues meurtrissures noires et brûlées tapissaient les murs, dévoraient les meubles et formaient quelques tas de cendre çà et là.. seules les baies vitrées avaient été refaites, laissant à leur vue l'accès à l'impressionnante New York, grouillante de vie en cette heure active de la journée.

Tony tourna son regard vers Sam, qui l'observait avec un je ne sais quoi de triste dans le regard.

-Je suis persuadé qu'il doit bien avoir un endroit où l'on pourrait s'installer dans cette grande tour, Tony.. il n'y a sûrement que l'embarras du choix car après tout avec toi tout n'est que démesure !

Le génie laissa échapper un petit rire étouffé de la barrière de ses lèvres, Sam avait raison, comme souvent, il en avait fini de s'apitoyer avec ses souvenirs, il était plus que temps de bouger, de faire un pas en avant vers le futur qui s'annonçait sous un profil des plus incertain.

Plus que tout..

Il était temps d'être.

Après avoir refermé avec précaution la boîte de Pandore qu'avait été son ancien laboratoire Sam et lui reprirent leur déambulation dans les couloirs de la tour. C'était douloureux, de revoir ainsi des fragments d'une vie passée qui à chaque nouveau couloir vous renvoyait un souvenir comme un boomerang. Néanmoins, la présence de Sam à ses côtés permettait de briser l'illusion, il était une uchronie vivante et babillante.

Ils finirent, enfin, par arriver jusqu'à une des chambres doubles qu'il existait, quelques étages plus haut du salon commun des Avengers.

Tony entendit le soupir de Sam et rentrant, et curieux comme il l'était passa sa tête juste au dessus de l'épaule de son ami, se hissant sur la pointe des pieds pour se faire.

Qu'il détestait sa taille parfois.

Le lieu était au contraire du précédent empli de poussière, personne ne devait être venu ici depuis un sacré bout de temps et ça n'étonnait même pas Tony, après tout il avait, comme Sam l'avait si bien souligné, joué la carte de la démesure, ce qui incluait des chambres à n'en plus finir.

Heureusement pour lui, cette fois-ci.

Sam sortit de la réflexion inhabituelle dans laquelle il s'était plongé pour se retourner et le pousser hors de la chambre dans laquelle il avait commencé à entrer, lui fermant la porte au nez alors qu'il s'exclamait avec un geste et un ton théâtral qu'il ne pouvait qu'avoir volé à sa personne:

-Tut tut Monsieur Stark, tu vas rester en dehors de ça jusqu'à ce que ce que tout ce que je vois ici brille comme un sou neuf, et connaissant malheureusement plus que bien tes compétences ménagères je vais m'appliquer à la tâche pendant que tu vas essayer de renouer avec tes camarades combattant médaillés d'affrontement contre aliens, tu seras mignon.

Avec un dernier sourire adorablement faux qui ne lui seyait guère Tony se retrouva la bouche à moitié ouverte dans l'espoir d'avancer un argument devant une porte fermée.

Sam le connaissait si bien que c'en était flippant.

Soupirant à nouveau, l'ingénieur entreprit de descendre à nouveau les étages, marmonnant dans son bouc des idées farfelues à mettre en place envers Sam.

Lorsqu'il entra dans la salle un silence pesant s'instaura, tous ses anciens camarades le fixant d'un regard fermé et glacial.

Pour la deuxième fois en peu de temps, Tony entrouvrit la bouche dans l'espoir que quelque paroles de sa part ne parviennent à réchauffer l'atmosphère avant de la clore et de se laisser tomber dans un des petit siège du salon, non sans avoir chipé au passage un peu du nectar sacré qu'était le café.

Il sentait sur sa nuque le regard brûlant (pour la plupart de ressentiment) de ses anciens coéquipiers.

Et bien, ils étaient bien partis.

Tony avala d'un air tendu une gorgée de café, sa déglutition retentissant avec clarté dans le silence à couper au couteau.

Qu'est-ce qu'il n'aurait pas donné pour n'être jamais allé à la Stark Expo ce jour là.

Le vent était frais contre sa peau, fouettant avec irrégularité celle étant restée à découvert.

Tony souffla doucement dans le cocon de ses mains, tentant vainement de les réchauffer de par ce biais. (Inutile, il le savait pertinemment.)

Il ne savait depuis combien de temps il était là, comme la statue de glace qu'il ne tarderait pas à devenir si il s'attardait encore trop longtemps.

Peut être une poignée de minutes. Peut être une heure.

Tony tourna la tête lorsqu'il entendit la lourde porte de métal cliqueter en s'ouvrant et grinçant en entamant le chemin inverse. Une masse de cheveux roux ne tarda pas à l'informer sur l'identité de la personne inconnue.

Natasha.

La fameuse espionne russe.

Une bouffée de jalousie qu'il savait totalement imméritée et enfantine lui vint et il tourna à nouveau ses yeux vers la ligne d'horizon, dissimulée au loin par les buildings alentours et les nuages à perte de vue. Il sentit plus qu'il ne vit l'espionne venir prendre place à ses côtés.

Le silence plana pendant quelque temps encore, et la tension qui avait envahi Tony à l'arrivée de la seule femme de l'équipe finit par se dissiper, ne laissant qu'un silence paisible et contemplatif, qui finit cependant par être brisé par la veuve noire.

-Tu sais que l'on t'en veut.

Ce n'était pas une question mais une affirmation.

Tony hocha la tête.

-Tu sais qu'on a toute les raisons valables du monde pour le faire.

Nouveau hochement de tête de la part de l'ingénieur.

-Tu nous a fait croire à ta mort. Que tu avais disparu avec l'explosion qui à détruit ton laboratoire. Tu nous l'as fait croire jusqu'à ce qu'un nouvel ennemi sorti d'on ne sais où encore nous prouve le contraire en te faisant sortir du trou dans lequel tu te terrais.

Mais ce n'est pas là où c'est douloureux Tony, oh non, ce serait bien trop simple de t'en vouloir pour ça.

Tony écarquilla les yeux à cette remarque, d'une car elle admettait pleinement les sentiments qui l'habitaient et de deux car qu'est-ce qui pourrait être pire que ça pour eux..?

-Ce qui blesse, tu sais, c'est de savoir que si tu n'avais pas été forcé je suis certaine que tu ne te serais pas révélé, que tu serais resté dans l'ombre, et que peut être jamais nous n'aurions eu conscience que tu vivais encore quelque part.

C'est précisément ça qui fait mal. Combien de temps encore serions nous resté dans l'ignorance que ton cœur battait encore ?

Des jours... Des mois peut être ? Ou encore mieux, des années ?

Tu sais, je crois qu'il aurait mieux valu que tu restes terré comme tu l'as fait, ça aurait empêché ce sentiment de trahison dans nos poitrines à tous en te voyant en chair et en os, vivant, au travers de cet écran.

Pourtant, il y a cette part de moi qui ne peut s'empêcher de se réjouir en te voyant, consistant et ô combien réel.

Il y a cette part de moi qui ne peut s'empêcher de remercier une divinité auquel je ne crois pas de t'avoir à nouveau amené à croiser nos chemins.

C'est ça qui est réellement douloureux, car au contraire de Steve je ne t'en veux pas autant, je crois que je peux comprendre ne serait-ce qu'un quart de ce qui as pu te pousser à partir, et dans ce lot là notre si célèbre soldat au drapeau américain.

Je ne t'en veut pas sur ce point là, Tony, ce pourquoi je suis véritablement en colère est pour le fait que tu n'as jamais vraiment planifié de nous le dire, pas vrai ?

Le scientifique hocha avec reluctance la tête après quelques secondes d'un silence lourd de signification.

-Et malgré tout je n'ai pu m'empêcher de me réjouir lorsque je t'ai vu arriver, avant que la colère ne prenne place, quelque part je m'en réjouis réellement.

Alors va te faire foutre, Tony, je suis heureuse de te revoir.

Un sourire vint effleurer les lèvres de ce dernier alors qu'il tendait sa main pour la poser sur celle de Natasha au sol, d'une manière absolument platonique qui avait tout pour rassurer.

Ça faisait du bien d'être près d'elle, le sentiment empoisonné qui avait prit emprise de son cœur ayant disparu, fondu plus vite que neige au soleil. Elle ne le méritait pas le moins du monde après tout, il le savait pertinemment.

-Merci, il murmura.

Car c'était ça qu'il avait besoin d'entendre, pas les reproches glaciaux de Steve, ni l'acceptation et la joie sincère de le revoir de retour de Bruce, un mélange mitigé, reflétant ces propres sentiments à cet instant, démontrant qu'il n'était pas le seul à se retrouver absolument démuni dans toute cette affaire.

Et si ça devait être de la bouche d'une ex-agent du KGB envers laquelle une jalousie latente sommeillait derrière une couche de soulagement et d'affection alors soit, qui avait dit que les veuves noires n'avaient pas de cœur ?

La rencontre avec la deuxième rousse de la journée débuta cette fois-ci avec bien moins de douceur.

Dès qu'elle l'aperçut, Pepper sembla perdre toute contenance, son calme apparent se fragmentant pour s'effondrer en lambeaux alors qu'elle entrouvrait les lèvres d'une manière assez comique, plaçant une main devant celles-ci.

Ses yeux, néanmoins, après avoir trahi un choc incrédule se hâtèrent de virer à l'orage, signe de la tempête qui couvait pour son être imprudent.

Elle avança d'un pas rapide vers lui, les yeux désormais plissés et les lèvres pincées.

Ça ne lui allait pas du tout, pensa-t-il brièvement alors que le cliquetis des talons aiguilles sur le sol retentissait comme une dernière mélopée funeste envers son être dénué de sens.

Une superbe mélodie, certes, mais tout de même un requiem.

Il ne pouvait dire que la baffe qu'il reçut ne s'était pas profilée à l'horizon depuis qu'elle l'avait aperçu, mais malgré cela il ne put empêcher la légère grimace de déformer son visage, ni sa main de se porter à sa joue maltraitée.

-Aouch ! Je sais que je ne l'ai pas volée mais tout de même, madame la CEO, un peu de tenue devant vos employés !, il blagua, avec l'espoir de dissiper l'atmosphère tendue qui -ô surprise- semblait ne pas le quitter d'un pas où qu'il aille ces derniers temps.

La rousse balaya du regard toutes les personnes autour d'eux, son regard de foudre digne du dieu du tonnerre qu'était Thor les fusillant tous un à un alors qu'elle semblait remarquer que, non, ils n'était pas seuls, et que trouver un endroit plus privé pour discuter de pareille affaire ne serait pas une mauvaise idée.

Au contraire, même.

Rapidement il se retrouva à la suivre dans les couloirs de l'entreprise, croisant de temps en temps quelques employés surpris et interrogateurs.

Quand ils furent dans la grande salle de réunion que Pepper avait désignée comme idéale pour la discussion houleuse qui n'allait pas tarder à éclater Tony se tourna vers son ancienne secrétaire.

- Pepper..? Il murmura son nom d'un ton hésitant en la voyant lui tourner si délibérément le dos.

Le soleil de fin d'après midi illuminait ses cheveux de feu, les gratifiant d'une teinte passionnelle alors qu'elle se tournait finalement pour lui faire face, les larmes brillant dans son regard bleu azur.

Elle renifla de manière peu élégante, se tenant droite et fière dans ses vêtements de haute couture.

-J'espère que tu as une bonne excuse pour tout ça, Tony, autrement je crains que tu n'aies pas eu assez du premier extrait de ma colère. Et encore, de qui est-ce que je me moque en désignant par « ça » le fait que tu aies disparu durant plus de cinq ans.. durant lesquels on t'as cru mort.

Alors, Tony ? Quelles sont tes raisons ? Tu en avais assez de sauver le monde et voulais revenir à la création d'arme ? Signer les autographes de tes fans devenait ennuyeux ? Tu voulais faire le plus grand coup de pub que tu puisses jamais effectuer ?

Et bien j'espère que vous êtes fier de vous, Monsieur Stark, vous avez pleinement réussi à faire pleurer et culpabiliser toutes les personnes qui ont un jour tenues à vous.

Pepper tenait comme un bouclier devant sa poitrine les documents desquels elle s'occupait afin de partir en coup de vent pour mener cette discussion.

Tony garda le silence, encaissant les mots de son ancienne petite amie, il y a longtemps de cela.

Il avait cette impression amère que c'était tout ce qu'il faisait dernièrement, contempler et écouter dans un silence religieux les accusations et mots durs qu'il méritait, affreusement.

Pepper finit par reprendre son souffle et rougit très légèrement suite à sa tirade, prenant une longue respiration avant de se décider à reprendre:

-Comment as-tu pu faire ça, Anthony Edward Stark, comment as-tu pu me, et à tous, nous faire ça ?, elle souffla d'une voix douce, une larme solitaire coulant le long de sa joue alors que ses yeux ne se départaient en aucun cas de la flamme les illuminant.

Tony finit par réagir, s'avançant dans la pièce et près de la vitre où se trouvait Pepper, fixant ses yeux dans les siens alors qu'il esquissait un sourire fatigué.

Peut être qu'il était temps de tout lui raconter, de laisser les mots s'échapper de sa bouche comme le flot d'une cascade.

Peut être qu'il était temps d'ouvrir son cœur. Car c'était ce qu'on attendait de lui, n'est-ce pas ? Le pourquoi derrière le comment si piètrement dissimulé.

Pepper méritait de savoir, elle qu'il avait laissé, abandonné derrière soi dans sa douleur.

Laissée là, sans explication, sans rien d'autres que ses larmes et un regard porté vers l'avenir.

Comme tous ceux qu'il avait fui.

Égoïstement. Comme toujours.

Rien ne changeait jamais vraiment, eh ?

Il passa une main sur son visage, puis la laissa retomber avec lenteur.

Avançant un des sièges de la salle vers Pepper et prenant lui-même place dans un l'ingénieur égara son regard sur la femme en face de lui.

Peut être que ça lui ferait également du bien de raconter tout cela à quelqu'un, quelqu'un d'autre que Sam.

Peut être que ça ferait cesser la boule de culpabilité enfoncée dans sa poitrine et bloquant sa gorge.

Peut être.

Il inspira profondément, une fois, puis prit la parole d'une voix éraillée en plongeant profondément ses yeux dans ceux de celle en qui il avait eu confiance plus que tout et qui quelque part la possédait toujours autant.

Il commença, la voix éraillée. Et finit son récit, la voix tout aussi craquelée, le visage sillonné de larmes. Le récit qui poussa l'homme de fer à voir son cœur fondre, le récit qui conta la douleur qui reposait derrière son masque de métal.

Il conta et observa, la compréhension, la compassion naître dans ces yeux bleus ciel.

La douleur s'y cachait toujours, sous des couches de rancoeur et d'une confiance bafouée.

Mais après tout, il avait appris à être patient, n'est-ce pas ?

Tout ce qui avait été brisé ne pouvait être réparé. Mais il pouvait au moins essayer de faire quelque chose des morceaux brisés qu'il leur restait.