Disclaimer: Aucun des persos de Tolkien n'est à moi :,(... *reniflement tristounet*, mais je les emprunte joyeusement pour cette nouvelle fic ^___^

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LA COMMUNAUTÉ DES ELFES
Chapitre trois - Cold as Stone

Le soleil était désormais complètement levé, bien que encore légèrement rosé de par sa proximité avec l'horizon. Aucun bruit ne se faisait entendre dans cette froide matinée. Seul l'oreille attentive aurait pu entendre le chant de la neige dont les cristaux fondaient ou se reformaient. Ce "chant" était somme tout reposant pour Aragorn, dont c'était le tour de garde. Il lui permettait de ne pas se sentir sourd et de garder son attention ouverte, mais également il amplifierait le moindre autre son qui parviendrait à eux.

Il se retourna de l'entrée de la caverne où ils avaient trouvé refuge pour la journée. Ce n'était pas à proprement parlé une caverne, mais plutôt un creux dans la parois de la montagne d'une profondeur d'un ou deux mètres, leur offrant un abris de fortune. Ils allaient devoir pendant un certain temps encore circuler en pleine nuit et se cacher pendant la journée, pour éviter les oiseaux-espions envoyés par Saruman. Le jour était leur ennemi pour le moment. Mais se déplacer dans la montagne enneigée ne posait pas trop de problème, car la lueur de la lune sur la neige leur permettait de distinguer bon nombres de détails. Cela faisait trois jours qu'ils avaient quitté la vallée et se déplaçaient de nuit dans la montagne de Caradhras.

La pensée que l'absence de soleil pouvait être pénible à l'un d'eux, ramena l'attention d'Aragorn sur la forme recroquevillée de Legolas, allongé à même le sol non loin de Boromir. Aragorn fronça les sourcils et s'approcha doucement de Legolas pour l'observer. Lors de l'arrêt, les hobbits s'étaient écroulés de fatigue, en ouvrant à peine leur sac pour y prendre un peu de nourriture. Ils avaient juste grignoté un bout de pain, et s'étaient rassemblés les uns contre les autres pour s'endormir dans un semblant de chaleur. Gimli les avait rapidement imité dans son coin. Boromir s'était aussi assis dans un coin sans dire un mot, l'air pensif, et de nombreuses minutes s'étaient écoulées avant qu'il ne s'allonge sur le sol, utilisant son bouclier comme appuie-tête de fortune et se recouvrant de sa cape pour s'abriter du froid. Gandalf s'était assis près de l'entrée et avait fumé un peu d'herbe de hobbit avant de laisser le sommeil le gagner.

Mais Aragorn se souvenait maintenant. Quand ils s'étaient arrêtés à cet endroit. Legolas avait fait un tour de ronde pour s'assurer qu'aucun danger ne les attendaient. Puis après quelques minutes, il avait rejoint le groupe, avait signifié d'une signe de tête à Aragorn que tout allait bien alors que ce dernier prenait le premier tour de garde; ensuite l'elfe, sans dire un mot de plus, s'était allongé sur son côté gauche sur le sol dur et froid et était tombé endormi d'un coup, sans même prendre le temps de se recouvrir d'une protection contre le froid. Sans même essayer de trouver un endroit moins soumis à la brise froide de ce matin.

Aragorn s'accroupit près de Legolas, et l'observa. Dans son sommeil, il ressemblait à s'y méprendre à Boromir, endormi non loin de lui. Pas tant physiquement, que dans leur manière de dormir. Et c'était là qu'était le problème. Aragorn sentit l'inquiétude le gagner et serra les mâchoires. Car Legolas ne dormait actuellement pas du sommeil léger des elfes, mais d'un sommeil comateux si semblable à celui des mortels. En temps normal, il se serait réveillé de part la seul approche du ranger. Et en voyant les yeux fermés de Legolas, Aragorn eut la confirmation de ce qu'il soupçonnait depuis plusieurs jours...

Quelque chose clochait avec l'elfe... Car les elfes dormaient généralement les yeux ouverts. Les seules fois où l'on pouvait voir un elfe dormir avec les yeux fermés était si cet elfe était blessé, malade, ou psychologiquement abattu. Aragorn savait très bien que les blessures ou maladies étaient quelque chose dont les elfes se sortaient rapidement. Mais une atteinte morale, pouvait être mortelle pour ces créatures. Les atteintes morales pouvaient être de nature diverses, mais Aragorn en connaissait une particulièrement fatale pour les elfes: un coeur brisé. L'expression si fleurie que les humains avaient créé dans leur langage, trouvait bizarrement toute sa signification pour les elfes. Un elfe dont le coeur était brisé par un chagrin d'amour ou le deuil d'un être aimé, se laissait rapidement mourir.

Aragorn fronça les sourcils. Il connaissait Legolas depuis longtemps et n'avait pas eu vent d'une quelconque romance le concernant. Peut-être le mal qui le rongeait était-il d'un autre ordre...

Maintenant qu'il avait confirmation que Legolas n'allait peut-être pas bien, le ranger n'allait pas en rester là. S'il ignorait la nature du mal, il fallait en tout cas qu'il en découvre la gravité. Il avança la main et toucha la joue de l'elfe. Il fut surpris par le froid de sa peau. Les elfes avaient de nature la température de leur corps inférieure à celle des humains. Mais à ce point? On aurait dit que dans ce sommeil, Legolas ne pouvait plus réguler sa température automatiquement. Aragorn estima rapidement qu'il pourrait tenir son tour de garde sans sa cape. Ce ne serait pas la première fois qu'il se retrouverait dans le froid. Mais si Legolas était affaiblit, il valait mieux lui éviter une hypothermie qui n'aurait rien arrangé pour lui. Et qui plus est, Aragorn voulait tester une expérience.

Il retira sa cape et la plaça sur le sol entre Legolas et Boromir. Ensuite, se positionnant de l'autre côté, il passa ses bras sous l'elfe, un sous ses épaules et l'autre sous ses genoux, afin de le soulever et de le déposer sur la couverture de fortune. C'est alors qu'il remarqua un autre détail dérangeant: Legolas ne réagissait absolument pas à la manipulation dont il était l'objet. Il se laissait complètement aller dans les bras d'Aragorn comme une poupée de chiffon, sa tête renversée en arrière et ses bras tombant sur la pierre froide. Aragorn, en le soulevant du sol, réalisa qu'il pesait plus lourd que son poids habituel. Alarmé, car reconnaissant les symptômes de quelqu'un dont la vie avait quitté le corps, Aragorn reposa à moitié le corps de Legolas sur le sol, la main qui était sous ses genoux monta rapidement à sa gorge pour y chercher fébrilement un pouls.

Pendant un instant, tenant toujours Legolas contre lui, Aragorn ne décela aucun signe de battement cardiaque. Même ses doigts placés sous le nez de l'elfe ne détectèrent aucune respiration. Depuis combien de temps Legolas avait-il cessé de respirer? Depuis combien de temps son coeur avait-il cessé de battre? Aragorn sentit la panique le gagner et se força à prendre une profonde respiration pour se calmer. Il replaça sa paume à plat sur la gorge de l'elfe et ferma les yeux, essayant d'annihiler toute panique afin de concentrer toute son attention dans les sensations enregistrées par sa main.

Il s'en voulait... Il aurait du en parler plus tôt. Cela faisait plusieurs jours qu'il avait remarqué que Legolas dormait les yeux fermés. Il aurait du lui poser des questions plus tôt, voire même en parler à Gandalf. Il était peut-être trop tard pour ça maintenant... Trop tard pour beaucoup de choses, en fait...

Et il le décela... Un pouls très faible, si faible qu'il cru d'abord que c'était son propre pouls en écho qu'il avait détecté. Mais après qu'il eut écouté ses propres pulsations cardiaques, il réalisa que leurs rythmes étaient différents. Il se concentra sur Legolas et réalisa que son pouls était peut-être faible, mais régulier. Il laissa s'échapper en un sifflement soulagé l'air qu'il avait retenu dans ses poumons sans s'en rendre compte.

Le pire n'avait pas été atteint. Mais cela ne résolvait pas le problème que Legolas n'était pas en bon état. Aragorn remonta sa main depuis la gorge de l'elfe jusqu'à ses yeux et délicatement, il souleva une des paupières.

Les yeux de Legolas n'étaient pas révulsés comme il avait craint, mais fixaient droit devant lui. Seulement sa pupille ne réagit pas à l'apport soudain de lumière, et de nouveau Aragorn sentit l'inquiétude le gagner. Il avait déjà vu cette réaction chez certains humains. Mêmes s'ils respiraient encore, ils ne réagissaient plus aux bruits, ni aux manipulations physiques et leurs yeux semblaient morts. La mort avait d'ailleurs toujours suivit peu de temps après.

Aragorn sentit la panique le gagner. Le fait d'ignorer ce qui avait causé cet état chez Legolas aggravait encore la situation. Il souleva Legolas et le secoua légèrement. "Legolas... Legolas, réveille-toi! Réveille-toi, bon sang!!"

Gandalf fut tiré de son sommeil par la voix d'Aragorn, et la panique qu'il y décela lui fit ouvrir les yeux instantanément. Il vit le ranger à genoux près de Legolas allongé sur le sol, et serrant l'elfe contre lui d'un bras, le secouant ou frappant légèrement son visage, tout en répétant sans cesse son nom. Sa voix n'était pas trop fort, pas encore, sinon tout le monde aurait été réveillé sur le champ, mais Boromir se trouvant à moins d'un mètre d'eux, ouvrit également les yeux, et se redressa. Étant plus près que Gandalf, il remarqua aussitôt le manque de réaction de l'elfe, bien qu'ignorant le problème des yeux fermés lors du sommeil elfique. Tout ce qu'il voyait, c'était que Legolas ne réagissait pas aux appel de l'héritier d'Isildur; et bien qu'étant loin de connaître les elfes aussi bien que le ranger, le fils du Gondor sentit qu'il y avait là un problème... Un problème peut-être très grave.

La première question qui vint à l'esprit de Boromir fut que s'était-il passé pendant son sommeil et depuis quand dormait-il? Un coup d'oeil rapide à la lueur extérieur lui apprit que très peu de temps s'était écoulé depuis qu'il s'était endormi, et en voyant Legolas sans réaction, il ne parvenait pas à comprendre...

Aragorn non plus ne pouvait comprendre. Legolas était rentré de son inspection, l'avait salué d'un léger sourire pour lui signifier qu'il n'y avait pas de danger, à ce moment là il n'y avait aucune trace de fatigue ni de malaise chez l'elfe. Puis, il s'était allongé sur le sol, et le temps que Aragorn prenne son épée et sa cape, il était déjà endormi...

Et maintenant, il avait tout du mourant dans ses bras. Gandalf s'approcha rapidement de lui et se plaça face à Aragorn, le corps inerte de Legolas se trouvant entre eux deux. L'ystari fonça les sourcils. Avec un pareil traitement, l'elfe aurait déjà du se réveiller depuis longtemps. "LEGOLAS, RÉVEILLES-TOI, BON SANG!!!"

L'elfe fut le seul qui ne se réveilla pas.

Il était de nouveau sur la colline verdoyante face à la grande Cité humaine des Hauts Arbres. Son rêve avait à nouveau cette implacable familiarité qui ne le quittait plus depuis plus de deux mois. Sans exactement comprendre la véritable nature de la menace qui semblait peser, Legolas sentit son coeur s'accélérer sous l'effet d'une peur panique qui se logeait en lui. Pourtant que pouvait-il craindre au milieu des enfants jouant sur ce terrain de jeu, et dont les rires semblaient emplir l'atmosphère? Le soleil s'était levé et la journée s'annonçait radieuse... Et parents comme enfants semblaient profiter avec joie de ce jour serein.

Legolas se tourna vers la droite et vit la petite fille aux cheveux roux, assise à l'écart sur une de ces constructions aux couleurs si vives et au matériaux si étrange, et qui fixait le ciel de ses yeux clairs et si adultes. Il sentit qu'il devait lui parler, essayer de la détourner de ce mouvement automatique qu'elle effectuait chaque nuit dans son rêve: montrer le ciel.

Gandalf examinait les yeux de Legolas, mesurait son pouls et ses réactions, ou plutôt son manque de réaction. Tous étaient désormais réveillés et alarmés par la vue de Legolas. Demandant chacun à son voisin s'il savait ce qu'il s'était passé. Même Gimli, qui n'avait jamais caché son animosité pour l'elfe, semblait inquiet. Aucun des hobbits n'avait non plus vu Aragorn dans cet état par le passé. Apparemment il s'était produit quelque chose pendant leur sommeil que lui-même ne pouvait comprendre, car ils avaient entendu les vagues explications que le ranger avait donné à Gandalf. Le magicien avait allongé Legolas sur la cape d'Aragorn et avait placé la paume de sa main sur le visage de l'elfe, les doigts écartés, murmurant quelque chose qui ressemblait à une incantation, les yeux fermés.

Frodon sentit la culpabilité s'insinuer dans son coeur. Il ignorait exactement ce qui avait provoqué cet état chez Legolas, mais sentait que d'une manière ou d'une autre, l'anneau qu'il portait devait en être le responsable, direct ou indirect. Il fixait Aragorn de ses grands yeux bleus. Sur les traits du ranger, il était clair que Legolas était pour lui un ami de longue date et qu'il redoutait le pire. Frodon lui même ne connaissait pas très bien Legolas, mais il n'aurait jamais souhaité du mal à cette créature. Et pour la première fois, Frodon voyait Aragorn sur le point de perdre pied. Il comprenait en partie ce que le ranger pouvait ressentir: en plein combat, on sait que le risque que l'un de vos proches meurt existe; mais ici, la mort de Legolas serait brutale et n'aurait aucune explication... Car Legolas n'avait apparemment aucune blessure physique.

Aragorn regardait Gandalf d'un air anxieux, essayant de deviner ce que l'ystari découvrait de l'esprit de l'elfe. Après un moment, Gandalf ouvrit les yeux et fronça les sourcils, reposant Legolas sur le sol. Aragorn avait les yeux qui lui mangeaient le visage à force de fixer le magicien. Gandalf souleva une dernière fois les paupières de Legolas avant de les refermer et se redresser légèrement.

"C'est étrange", commença-t-il d'une voix pensive, les autres membres de la Communauté étaient littéralement pendus à ses lèvres. Aragorn avait lancé une main sur le front froid de Legolas et levé les yeux vers le magicien. "Qu'est-ce qu'il a?". Il essayait de demeurer calme, mais Frodon le soupçonnait d'être sur le point d'exploser.

"On dirait....", Gandalf s'interrompit, l'air pensif, avant de poursuivre."On dirait qu'il est en transe...".

Legolas avait du mal à bouger. Il lui semblait que maintenant qu'il voulait faire une action différente que celle de simple spectateur comme il avait fait lors de ses rêves précédents, que du plomb avait été coulé dans ses muscles. Au prix d'un effort gigantesque, il parvint à à effectuer un pas... Un seul, vers cette petite fille étrange...

Et la petite fille leva la main vers le ciel, une expression d'immense tristesse et de fatalité dans ses yeux. La peur s'empara de Legolas et il se sentit emporté comme par une coulée de lave hurlante. Il sut d'instinct qu'il allait assister au spectacle le plus effrayant du monde. Il se retourna vers la ville...

"Qu'il est en transe?", demanda Aragorn d'une voix peut assurée. Il ignorait si ce que le vieux magicien avait dit était positif ou négatif pour Legolas. Vu l'état dans lequel l'elfe était, ça ne devait guère être une expérience profitable. Gandalf leva les yeux vers le Ranger, et ce qu'il dit accentua le sentiment de culpabilité qui voyageait déjà en Aragorn depuis un moment.

"A-t-il eut un comportement étrange ces derniers temps?", demanda le vieux magicien d'un ton que le Ranger trouva étrangement calme. Pouvait-on rester calme alors que l'un de vos amis était probablement en train de s'éteindre sous vos yeux?

Aragorn secoua la tête, se souvenant du détail qu'il avait remarqué bien plus tôt, et dont il avait toujours repoussé la discussion. Pourquoi? Avec le recul il ne pouvait pas trouver de réponse possible...

"Il dormait avec ses yeux fermés... Depuis un bon moment...". Il prit une respiration profonde, tentant de rassembler quelque détail qui serait en train de lui échapper. "A son réveil, il se comportait bizarrement..."

"Bizarrement, comment?", cette fois la voix de Gandalf se faisait plus pressante. Il avait probablement hâte de déterminer la cause de cette 'transe' chez l'elfe. Aragorn regarda le visage sans expression de Legolas et ses yeux si étrangement fermés. "Il avait juste l'air préoccupé...". Il se souvenait que l'elfe, d'ordinaire si jovial au réveil - ainsi que le premier à s'extirper du sommeil à peine l'aube pointait-elle son nez - était devenu la lanterne rouge du réveil, et était surtout très silencieux. Bon sang! Tout le monde aurait du remarquer ce détail et se poser des questions! Il s'en voulait de ne pas avoir réagit plus vite. Le fait de surveiller les hobbits et de protéger Frodon ne devait pas être une excuse.

Devinant probablement le genre de tourments internes auquel Aragorn se livrait, Gandalf se contenta d'émettre un grognement en hochant de la tête. "Il est peut-être possible qu'il se soit retrouvé dans ce genre d'état déjà par le passé sans qu'on s'en rende compte...". Il essayait d'alléger le sentiment de culpabilité qu'il sentait en Aragorn. Lui-même aurait du voir que quelque chose n'allait pas chez l'elfe.

Malgré l'interdiction d'allumer un feu pour ne pas indiquer leur position aux oiseaux-espions de Saruman, du moins pas tant qu'ils seraient sur ce versant-ci de la montagne, Gandalf s'avança vers la cargaison portée par Bill le poney - habilement dissimulé derrière quelques rochers à l'entrée de la caverne - et saisit une brassée de brindilles qu'il disposa sur le sol, non loin de Legolas. Son affiliation aux élémentaux du feu fit rapidement jaillir une flamme rougeâtre qui se mit à lécher avidement les fines branches sèches.

"Sous l'effet de transe, il peut très bien être en train d'avoir une vision", commença Gandalf. "Peut-être même un vision qui se répète de nuit en nuit. Ou une révélation sur quelque chose se passant sur les Terres du Milieu..." A ces mots, Boromir eut une crispation involontaire des muscles de son visage et posa sur l'elfe inconscient un regard scrutateur. L'elfe pouvait-il être en contact avec un de ces pouvoirs occultes et révéler leur position - peut-être même sans le vouloir - à leurs ennemis, nuit après nuit? Inconsciemment, Boromir repassait en mémoire son animosité contre l'elfe après "l'incident" du Conseil de Rivendell.

"Quoi qu'il en soit", reprit Gandalf, "s'il est réellement en transe, il se retrouve sans défense face au monde extérieur. Et dans un environnement tel que celui dans lequel nous sommes", il désigna du regard la neige et la bise au dehors de la caverne, "le froid pourrait avoir des conséquences fâcheuses sur lui."

Les flammes montaient plus haut, diffusant une vague clarté dans la lumière de cette matinée. Le colonne de chaleur montant du feu altérait la vision que l'on avait des objets au-delà. Gandalf souleva le corps inerte de Legolas et le plaça plus près du feu, toujours sur la cape d'Aragorn. "Allez dormir, vous autres", dit-il à l'intention des hobbits, de Boromir et de Gimli. "Nous ne pouvons faire qu'attendre son réveil maintenant".

Le vieux magicien se tourna vers Aragorn qui regardait le visage sans vie de Legolas avec un certain malaise. "Il faut à tout prix éviter que la température de son corps ne s'abaisse encore", lui dit-il à mi-voix, "Il est déjà descendu relativement bas", ajouta-t-il en regardant un instant l'elfe sur le sol, puis se retournant vers Aragorn, "Garde le près du feu, et reste auprès de lui pour que la chaleur se conserve. Parle-lui également... Il faut qu'il se réveille... C'est peut-être un elfe... mais s'il s'attarde trop dans cette transe, et malgré la maigre chaleur que tu peux lui procurer, ce froid peut lui être fatal...". Autour d'eux, les autres membres de la Communauté avaient rejoint leur emplacement de départ, mais tous jetaient des regards inquiets vers l'elfe.

Aragorn abaissa les yeux vers Legolas qui gisait inconscient sur son côté gauche, sur sa cape près du minuscule feu de bois, et comprit ce que le vieux magicien avait expliqué. Les vêtements de l'elfe étaient peut-être en cuir retourné, le froid extérieur devait l'atteindre comme tout autre, et le feu seul ne pourrait lui fournir assez de chaleur. Soudain, cette situation eut un arrière goût de déjà-vu pour le Ranger. Il sourit faiblement à la mémoire qui refaisait surface en lui. Doucement, il s'allongea sur sa cape juste derrière Legolas, son corps faisant écran à la bise qui s'insinuait dans la caverne. Avec précaution, comme s'il craignait de le réveiller bien que ce fut sans doute la meilleure chose qui puisse arriver à l'elfe, Aragorn passa son bras droit sous le bras de Legolas, enserrant sa taille, et l'autre, sous le corps léger de l'elfe, sa main remontant en travers de sa poitrine. Il resserra son étreinte jusqu'à ce que le corps de Legolas repose confortablement tout contre le sien.

Pendant un moment, Aragorn eut la désagréable impression de manipuler un cadavre, tant le complet laisser aller de Legolas avait ce côté morbide, et il se prit à nouveau à se demander ce qu'il ferait si son ami mourrait maintenant dans ses bras. Il tenta de chasser cette pensée de son esprit et plaça sa tête sur le côté de la gorge de l'elfe, de manière à pouvoir souffler de l'air chaud dans ce point entre l'oreille et la mâchoire. Il savait d'expérience que ce point était particulièrement efficace pour des réchauffements. C'est Legolas lui-même qui le lui avait appris, il y avait près de 40 ans.

Aragorn ferma les yeux, alors qu'une image traversait son esprit. Il se vit l'espace d'un éclair, enfant de 5 ans, allongé sur son côté gauche tout près d'un petit feu, les cheveux encore trempés de sa récente chute dans la rivière. Derrière lui, les bras passés autour de sa taille pour le maintenir contre lui, se trouvait Legolas, à l'apparence inchangée d'un éternel adolescent. Son visage aux traits fins était posée contre la côté de sa tête, son nez enfoui derrière son oreille et ses lèvres soufflant doucement un air chaud entre son oreille et sa mâchoire.

C'était la première fois qu'Aragorn rencontrait Legolas de Mirkwood...

Et maintenant, près de quarante ans après, dans cette situation étrangement similaire, c'était à Aragorn de protéger Legolas. Si l'elfe n'avait pas changé durant toutes ces années conservant son allure frêle qui cachait une force et une rapidité hors du commun, Aragorn avait gagné en stature, en force et en puissance. Il n'était plus cet enfant de cinq ans qui avait faillit mourir noyé après être tombé dans un rivière de Rivendell. Il avait gagné en assurance, mais perdu l'insouciance de l'enfance.

Aragorn regrettait assez souvent, ces derniers temps, l'époque où ses préoccupations les plus sérieuses étaient d'échapper la surveillance des elfes aux alentours s'il voulait mener à bien l'un de ses farces. Il voulait parfois retourner à cette époque, et ne plus la quitter.

"Legolas... Réveille-toi...", murmura-t-il doucement à son oreille, serrant l'elfe plus fort contre lui, comme s'il voulait retenir cette vie qui partait, "Ouvre tes yeux... Reviens moi, Legolas...". Soudain il se rendit compte que s'il n'avait pas eu cet accident quand il était enfant, il n'aurait jamais appris de Legolas la technique qui peut-être le sauverait aujourd'hui...

Parfois, le destin était d'humeur jouette...

Legolas regarda le ciel. Il voulu ouvrir la bouche pour protester, hurler. Il n'avait jamais été aussi loin dans ce rêve, soudain il voulut en sortir à tout prix. Mais aucun son ne sortit de sa gorge. Il était trop tard.

Le ciel devint d'un blanc blafard alors qu'un deuxième soleil se levait à l'horizon, magnifique et terrifiant. Puis tout explosa, sous l'effet d'une onde de choc qui balayait tout sur son passage, et dont la chaleur intense desséchait tout autour d'elle. Legolas vit une vague de feu rouler depuis l'horizon, noircir tout sur son passage, réduisant arbres, maisons, tours et routes en un tas de scories fumantes. Puis la vague arriva jusqu'au terrain de jeux...

Legolas ouvrit les yeux brusquement et ne vit d'abord que les flammes si proches de lui. Sa respiration s'accéléra sous la panique. Les mains d'Aragorn, placées sur son torse et son ventre, sentirent aussitôt l'agitation de l'elfe, et Aragorn ouvrit les yeux, réalisant qu'il avait faillit s'endormir. Jugeant la luminosité à l'intérieur de la caverne, il estima qu'il s'était écoulé près de deux heures depuis qu'il s'était allongé près de Legolas pour essayer de le réchauffer et de le sortir de sa transe.

Deux heures à se battre contre la mort...

Il releva la tête pour voir si Legolas était réellement réveillé, ou si cette respiration saccadée qu'il sentait sous ses mains n'étaient pas une crise annonciatrice de plus grand malheurs. Les humains qu'il avait vu dans le coma avaient perdu la capacité de respirer normalement peu de temps avant de mourir. Sans qu'il en détermine l'origine, une sombre pensée vint alors frapper l'esprit du Ranger comme une froide et oppressante certitude: Legolas mourrait bientôt... Inconsciemment, dans un geste de protection ou comme s'il voulait arrêter le temps, Aragorn resserra son étreinte.

Mais il fut soulagé l'instant d'après, car les yeux de Legolas étaient grand ouverts; mais ils fixaient les flammes avec effroi, ou même terreur. Puis soudain, Legolas hurla et se propulsa brusquement en arrière, comme pour s'éloigner du feu, entraînant Aragorn dans son mouvement. Surpris par ce soudain déploiement de force après l'apathie de ces dernières heures, Aragorn eut le réflexe de resserrer sa prise sur l'elfe pour essayer de le calmer. "Tout va bien Legolas! C'est fini! C'est fini!!". L'elfe était incroyablement fort, tel une boule de nerfs sous des muscles fins. Aragorn sentit qu'il aurait du mal à le contenir si la crise de panique se poursuivait.

C'est à ce moment-là que Legolas réalisa qu'il n'était plus sur le terrain de jeu de son rêve, mais qu'il était allongé sur le sol, et que quelqu'un se trouvait derrière lui, les bras passés autour de lui. Il se contorsionna pour se retourner à demi et vit le ranger qui le regardait avec inquiétude et la même compassion dans le regard qu'un parent essayant d'expliquer à un jeune elfe terrorisé qu'il n'y a pas d'araignée géante cachée sous son lit.

"Aragorn?", fut le premier mot qu'il prononça. Il lui semblait que sa voix était rauque tant sa gorge était sèche. Le ranger, ayant confirmation que Legolas était à nouveau maître de lui-même, relâcha son étreinte. Legolas en profita pour se redresser à demi et regarda autour de lui.

Pendant un instant, il sembla désorienté, regardant la caverne dans laquelle il se trouvait, les membres de la Communauté qui venaient de s'éveiller en sursaut avec son cri, et le feu qui brûlait non loin de lui. C'est sur ce feu que son regard s'arrêta pendant un long moment, le rendant complètement inattentif aux exclamations de hobbits: "Hé, Legolas est réveillé! Regarde!"

Son attention fut détournée du feu par la sensation d'une main sur le côté de son visage. Il se tourna et vit Aragorn qui le regardait l'air anxieux, les sourcils froncés, le regard perçant. L'elfe fronça les sourcils, ses yeux posant une question silencieuse au Ranger. Aragorn retira lentement sa main du visage de Legolas. "Tu es brûlant...". Aragorn ne trouvait pas ça être un bon signe, surtout après le froid qui l'avait envahit il y avait peu. Même pour les standards humains, cette température équivalait à de la fièvre. Alors pour un elfe... Aragorn réalisa que Legolas n'était sorti de sa transe glacée que pour bientôt faire face aux hallucinations que sa fièvre allait provoquer.

Legolas cligna des yeux. Il ne comprenait pas l'attitude d'Aragorn, ni pourquoi il s'était réveillé avec le Ranger si proche de lui. Ni non plus pourquoi les autres le regardaient comme s'il était un miraculé.

[à suivre ;-) ]

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Voilà, maintenant l'élément que Aragorn avait décelé au sujet de Legolas était qu'il dormait avec les yeux fermés, ce qui est généralement un mauvais signe pour un elfe.

Désolée d'avoir été si longue dans la description des réactions d'Aragorn face au mal de Legolas. Vous aurez probablement compris aussi que le temps dans le rêve de Legolas s'est écoulé de manière beaucoup plus lente que dans la réalité.
(et puis aussi la scène de la caverne n'était pas censée se passer exactement de cette manière-là, mais je l'ai réécrite après avoir rêvé de cette scène ;-) )

Petit à petit, on en apprend un peu plus sur le rêve de Legolas.

Mais le pire reste à venir ;-)

Reviews, puleeeeeeese? *_______*

:-)