Disclaimer: Aucun des persos de Tolkien n'est à moi :,(... *reniflement tristounet*, mais je les emprunte joyeusement pour cette nouvelle fic ^___^
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LA COMMUNAUTÉ DES ELFES
Chapitre neuf – Le Regard des Autres
Le jour s'était levé depuis près de deux heures et ils n'avaient toujours pas fait halte; aucun abri capable de les protéger de la tempête que Gandalf sentait venir, ne s'était présenté. Ils courraient désormais le risque d'être repérés par les crébains du pays de Dun. Ou par n'importe quel autre oiseau de Saruman. Malgré la promesse du soleil, la température avait encore décru. Et au froid, s'ajoutant à la fatigue, commençait à endolorir les muscles des marcheurs.
Legolas marchait aux côtés de Gandalf, légèrement en avant, sur la rude pente de neige. La lumière pâle du soleil, se reflétant sur l'immaculée blancheur de la neige, semblait alléger un peu ses esprits. Pas de flammes ici, rien que la blancheur. Il en oubliait presque ses tourments. Presque.
Gandalf s'appuyait un peu lourdement sur son bâton. Quelle que soit sa puissance magique, il commençait parfois à ressentir les effets de l'âge. Mais ses traits anxieux n'étaient pas du à l'effort. Gimli était non loin d'eux soufflait et pestait contre le temps, rappelant à qui voulait entendre qu'il était ridicule de se geler à escalader la montagne, alors que dans les sous-sols de la montagne, les caves regorgeaient de bières, de bons feus, et de nains très amicaux.
Gandalf lui avait dit plus tôt que pour rien au monde il ne passerait par les mines de la Moria, sans s'expliquer d'avantages, bien que son visage s'assombrisse à de tels moments. Le nain n'avait pas jugé bon de laisser tomber, et finalement, Gandalf avait lui-même décidé de ne plus perdre son temps à lui rappeler sa décision.
Les hobbits Merry et Pippin suivaient de près, silencieux depuis que le froid leur avait collé les lèvres. Un peu plus loin derrière eux, Boromir peinait sur la pente, son grand bouclier le gênant dans ses mouvements, et le faisant parfois perdre l'équilibre sur une plaque glissante ou une autre.
Juste derrière Boromir, silencieux et maussade, Frodon marchait dans les traces de ce dernier. Trop de choses commençaient à lui peser sur les épaules. Trop de tensions externes ou internes. La responsabilité de l'anneau lui faisait ouvrir les yeux: peut-être que ces nouveaux amis n'étaient pas là pour lui… Mais plutôt pour protéger le Porteur de l'Anneau. Ce qui voulait dire que si c'était quelqu'un d'autre qui avait eu l'anneau, ces charmantes personnes ne lui auraient sans doute même pas adressé la parole. Frodon fronça les sourcils. Aragorn l'avait protégé depuis longtemps… Mais il l'avait rencontré dans le cadre de l'anneau, quand Frodon avait par accident passé l'anneau autour de son doigt dans l'auberge du Poney Fringant. Sans l'anneau, Aragorn aurait peut-être regardé les hobbits à la manière hautaine des autres humains.
'Non', se corrigea mentalement Frodon, manquant de déraper dans la neige. 'Aragorn est respectueux de toute vie'.
Respectueux oui… Mais amical?
'Oui il l'est', répondit mentalement Frodon à sa voix intérieure. 'Je peux ressentir la chaleur dans son regard ou son sourire. Ce n'est pas une simple politesse!'
Ah tu peux reconnaître de l'amitié dans le regard d'Aragorn? Regarde-le avec l'elfe… CA, c'est de la vraie amitié! C'est différent d'avec toi, hein?
Frodon serra les dents. Il aurait voulu hurler à cette voix si pertinente de se taire, mais il avait peur que les sons ne se limitent pas à sa pensée seule, mais effrayent huit autres personnes ainsi qu'un poney.
Sam derrière Frodon, n'avait d'yeux que pour son maître. Il voyait bien que Frodon était perdu dans ses pensées à la manière dont il avançait comme un somnambule, trébuchant de temps à autre, manquant la plupart du temps de s'étaler dans la neige. Jusqu'à présent il avait toujours su rattraper son équilibre à temps, mais Sam avait la certitude que son ami et maître n'allait pas tarder à s'étaler de tout son long. Seulement il comprit mal le tourment de Frodon et attribua son état à son manque de sommeil. Sam quitta un instant Frodon des yeux pour chercher l'elfe du regard, et quand il l'eut aperçut, ses yeux lancèrent des dagues.
Aragorn formait l'arrière de file. Ses yeux fixaient droit devant lui, surveillant la blancheur mouchetée seulement par quelques rochers sombres et tranchants. Il observait l'état de la neige, cherchant à deviner à l'avance les risques possibles d'avalanche, et scrutait également le ciel à la recherche de points noirs éventuels révélant la présence d'espions de Saruman. Il n'aimait pas trop voyager de jour, mais il savaient qu'ils n'avaient pas le choix: il fallait qu'ils atteignent un abri sur avant que la tempête ne tombe sur eux. De temps à autres il portait son regard sur les membres de la Communauté, essayant de sentir leur niveau de fatigue. Puis invariablement, son regard retombait sur Legolas sur lequel il s'attardait quelques secondes avant de détourner les yeux, rageur.
Il aurait donné n'importe quoi pour se retrouver face à Thranduil en ce moment! Sauf que l'assassinat d'un elfe pouvait le faire bannir de Rivendell à vie. Il se prenait à souhaiter pouvoir aller dans le passé de Legolas et l'arracher à l'enfer qu'avait été sa famille et les siens. Puis il secouait la tête avec un petit sourire amer. On ne pouvait changer ce qui avait déjà été, mais on pouvait modifier l'avenir et en faire ce que l'on décidait… Avec un peu d'acharnement…
Il ne pouvait altérer le passé le Legolas. Mais il pouvait à partir d'aujourd'hui l'aider à se construire une meilleure opinion de la vie. Il savait qu'il lui faudrait du temps. Et de la patience… Que trois milles ans d'enfer ne pouvaient être oubliés en quelques jours, quelques semaines, ou même quelques mois. Il fallait que Legolas se sente en confiance et réalise que ce qu'il avait vécu durant sa vie à Mirkwood, n'était pas du à une punition quelconque, mais au fait que son père était un fou furieux!
Quelques détails des événements du Conseil d'Elrond lui revinrent en mémoire. Quand Frodon avait déposé l'anneau unique sur le socle de pierre, l'expression de Legolas avait été un mélange de curiosité et d'horreur. Mais aussi de culpabilité et de résignation. Comme s'il savait qu'il aurait du s'attendre à faire face un jour à une catastrophe pareille. C'était comme s'il pensait que c'était le fait d'exister, qui avait provoqué une suite de désastres menant à la réapparition de l'anneau. Les deux autres elfes de Mirkwood, qui accompagnaient Legolas, avaient eu une toute autre expression. Passée la surprise, c'était le mépris rageur qui avait peint leur trait. Et quand Boromir avait faillit prendre l'anneau, tous les hommes présents s'étaient retrouvés couverts de ce regard dédaigneux. Ces elfes associaient sans doute la présence de l'anneau au conseil, avec la faiblesse d'Isildur, et regrettaient sans doute qu'à l'époque, le Seigneur Elrond n'ait pas poussé l'humain dans la lave du Mont Maudit avec l'anneau!
Et quand Legolas avait révélé à Boromir que le descendant de cet humain jugé si faible se trouvait parmi eux, le regard des deux autre elfes s'était braqué sur Aragorn, et le ranger s'était senti transpercé par la haine dans ces regards.
Quel enseignement anti-humain donnait-on donc à Mirkwood?!
Quand Legolas s'était porté volontaire pour rejoindre la communauté, les deux autres elfes n'avaient eu qu'un soulèvement de sourcil dédaigneux, puis s'étaient échangé un sourire suffisant. Comme s'il fallait s'y attendre de ce genre de comportement de la part du fils du Roi. Puis ils étaient reparti à Mirkwood, sans adresser la parole à Legolas, ni même lui faire un geste ou un sourire d'encouragement.
Legolas n'avait pas parut s'en formaliser, ce qui poussait Aragorn à penser que ceci était les relations types qu'il avait jamais eues avec les elfes de son clan.
La Communauté de l'Anneau. Ce serait peut-être un havre de paix pour l'elfe. Un endroit où il découvrirait ce que pouvaient être des relations normales avec des gens.
Oui, partir avec eux était peut-être la meilleure chose qui put arriver à Legolas…! Il gagnerait en confiance en lui, en confiance dans le monde. Il deviendrait plus fort. Et un jour il pourrait faire face à son père et ses frères sans crainte. Bien que Aragorn doutât que ceci arrive avant quelques milliers d'années.
Il faudrait qu'il fasse découvrir à Legolas une autre vie que celle marquée par la haine et la froideur… Et il l'aiderait. Mais il ne fallait pas qu'il rende l'elfe dépendant de lui. Legolas devait découvrir que toute personne pouvait être amicale et aidante. Pas seulement lui, Aragorn!
Car un jour viendrait où le ranger mourrait. Très prochainement même, selon des standards elfiques. Et il faudrait que Legolas puisse continuer sans lui…
Mais Aragorn préféra ne pas trop s'aventurer dans le futur, plutôt se concentrer sur les étapes qu'il ferait franchir à l'elfe. Tout d'abord: qu'il cesse de se sentir responsable de la mort de sa mère…
Legolas continuait à marcher sur la neige, s'y enfonçant si légèrement qu'il était presque impossible de voir ses traces de pas après son passage…
Afin de ne pas laisser les mauvais souvenirs ou la petite voix venir le hanter, l'elfe repassait inlassablement en mémoire le bref moment qu'il avait passé avec Aragorn, quand le ranger lui avait dit qu'ils monteraient la garde tous les deux à la prochaine halte. Legolas ne voulait plus rester seul. Pour la première fois, il avait goûté à la tendresse que pouvait être l'amitié. Lui qui n'avait jamais connu que la haine, la douleur, le mépris, la solitude, la tristesse… Etonnant qu'il ne fut pas déjà mort de lui-même!
Car les elfes survivaient rarement à un traitement pareil. Ils étaient des êtres faits de lumière, d'amour et d'art. Ils n'étaient pas faits pour la tristesse. Abandonnés ou isolés, privés de la lumière des leurs, le poids de la désolation finissait par les affaiblir et ils en mourraient peu de temps après.
Legolas eut un petit sourire amer. Oui, mais qu'en était-il pour un elfe n'ayant jamais connu la lumière des siens? Un elfe qui aurait côtoyé les siens sans en connaître la félicité? Un elfe qui ignorerait ce que amour et amitié voulait réellement dire? Alors un tel elfe ne pourrait mourir du manque de ce qu'il ne connaissait pas!
Legolas ressentit de la pitié pour lui-même et tenta de chasser ce sentiment. Nul besoin de s'apitoyer sur son sors parce que personne d'autre ne le ferait... Il avait passé près de trois milles ans seul, isolé de l'amour des siens bien que les côtoyant sans cesse. Et il avait survécu! Au moins il avait ce mérite, sans en éprouver de la vanité.
Il savait que la mélancolie allait assiéger son cœur, aussi se concentra-t-il sur Aragorn.
Aragorn, le seul être qui lui ait jamais manifesté ce qui ressemblait à une véritable amitié… Et il fallu qu'il soit humain! Une raison de plus pour Thranduil de détester son fils, pensa amèrement Legolas. Il connaissait la haine de son père pour les Hommes. Les rares fois où Thranduil avait adressé la parole à son fils en une phrase de plus de cinq mots, étaient la plupart du temps pour lui expliquer à quel point les humains étaient vils, et détestables. Mais ces paroles n'était pas prononcées comme un discours ou un conseil. Elles étaient dites avec une telle haine, une telle volonté d'enraciner cette pensée dans la tête du jeune elfe, que Legolas avait parfois l'impression bizarre que les défauts des humains, ça aussi son père le lui reprochait!
Les sermons de Thranduil, c'était un peu comme s'il avait dit à Legolas: "Tu as vu comment les humains sont faibles, abjects, vils? Tu es fier de toi?!". Legolas se souvenait même de certaines fois où son père avait levé la main sur lui à la fin de ces propos.
A l'époque, le jeune elfe s'était sentit maudit. Si quelque chose de mal se produisait ensuite dans Mirkwood, même s'il avait été loin de l'endroit, il se sentait responsable. Et une grande tristesse l'envahissait s'il entendait parler de morts lors de combat des elfes plus vieux contre des orcs, où si un vent violent avait arraché une branche d'un jeune arbre.
Il était Legolas Greenleaf, l'enfant maudit qui avait tué sa mère en venant au monde! Il avait fini par accepter ce fait. Et quand Gollum s'était échappé de Mirkwood, aidé par des orcs… Action qui avait coûté la vie d'une dizaine d'elfes, ceux-là même que Legolas avait appointé à la garde du prisonnier… Legolas s'était à nouveau sentit responsable, et son père n'avait pas hésité à bien le lui faire sentir. Ses frères l'avaient couvert de leur mépris devant tous, et quand Legolas avait proposé de racheter ses fautes en se rendant chez Elrond pour l'aviser du devenir de Gollum, Thandruil avait eu un rire dédaigneux.
"C'est la moindre des choses, tu ne crois pas?! A moins que là aussi tu échoues! Mais ne penses pas que cela rachètera la mort de ces dix elfes! C'étaient des elfes dignes, forts et méritants! Que leurs noms soient remémorés à jamais!"
Legolas avait comprit le message. Il était dommage d'avoir perdu ces elfes respectables, des elfes qui n'avaient pas mérité cela, et que tout le monde adorait et se souviendrait avec affection. Dommage que eux soient morts et que lui, si indigne, si damné, soit vivant. Le seul fait qu'il respirât encore l'air vif de Mirkwood était une insulte à ces dix héros.
Legolas s'était retiré en silence sous les propos insultants de son père, et avait préparé son cheval pour se rendre au domaine d'Elrond. Thranduil avait chargé deux gardes elfes d'accompagner son fils pendant le trajet. Oh, ils n'étaient pas là tant pour assurer sa protection que pour s'assurer que le Porteur du Message et de la Culpabilité arrive à bon port.
Le Porteur…
Legolas marqua une pause dans la neige et jeta un coup d'œil par dessus son épaule vers Frodon. Le jeune hobbit regardait droit devant lui, ses traits tirés et son regard sombre devaient certainement être un miroir renvoyant à Legolas sa propre expression lors du trajet reliant Mirkwood à Rivendell. L'elfe sentit une bouffée de solidarité envers le semi-homme. Lui non plus n'avait pas demandé à être là, et des gens qui l'entouraient, certains étaient ses amis, mais les autres n'avaient comme but premier que la protection du Porteur de l'Anneau.
L'elfe se dit que Frodon devait ressentir cette nuance. Ne pas être considéré comme un individu, mais comme un objet qui devait arriver intact à bon port. Et cela devait certainement lui peser sur le cœur. L'elfe hésita encore un instant; puis, si Aragorn avait pu aller vers lui pour l'aider dans sa détresse, lui aussi pouvait faire pareil pour quelqu'un. Il pourrait proposer à Frodon de le porter pour qu'il puisse se reposer un peu et ne se gèle pas dans la neige dans laquelle il s'enfonçait. Peut-être cela serait-il le premier pas vers une amitié avec le jeune hobbit. Peut-être cesserait-il de le voir comme le Porteur, mais comme l'individu qu'il était… Peut-être y trouverait-il sa propre guérison.
Et cela aurait pu…! Legolas aurait pu offrir une main aidante à Frodon, créer un lien de camaraderie avec le jeune hobbit. Lien qui se serait développé en amitié par la suite. Legolas se serait ainsi ouvert au monde… Mais au moment même où l'elfe entamait son mouvement vers Frodon, ce dernier, épuisé, culbuta dans la neige et dévala la pente en arrière, passant devant Sam, avant de terminer sa course dans les jambes d'Aragorn.
Frodon secoua la tête pour en chasser la neige et clarifier ses esprits. Aragorn était penché au-dessus de lui. "Est-ce que ça va, Frodon?". Frodon eut un faible sourire, qui disparut brusquement quand, époussetant ses vêtements, il réalisa l'absence de la bosse que formait l'anneau sous sa chemise. Il écarta les pans de sa chemise et tâta frénétiquement son cou et son torse, à la recherche de la chaîne au bout de laquelle pendait habituellement l'anneau unique.
Ni chaîne ni anneau. Il sentit la panique le gagner. Quand l'avait-il perdu? Il fouilla rapidement la neige du regard, puis l'aperçut, scintillant dans la blancheur, au moment même où Boromir se penchait pour le ramasser.
Frodon se sentait comme paralysé en regardant le grand homme tenir la chaîne d'une main et approcher l'anneau de ses yeux, l'observant à souhait.
"C'est chose si étrange…", démarra Boromir d'une voix si douce qu'elle en était pratiquement inaudible. Son visage était presque serein, l'expression de ses yeux ne trahissait que de la douceur et de la curiosité. Rien qui aurait pu alarmer qui que ce soit. Et pourtant l'instinct de Frodon hurlait.
"Si étrange…", continua Boromir, "que nous devions endurer tant de doutes et de peine… Pour une site petite chose…", ajouta-t-il en tendant lentement la main vers l'anneau. Il ne voyait plus que l'anneau. Il lui semblait que de doux murmures en émanait, promesses de gloire et de victoires, promesses de puissance et de paix, promesses de plénitude, …
Frodon ne parvenait pas à articuler le moindre mot ou cri. Il était complètement paralysé. Il avait peur… Mais plus que tout, l'idée que quelqu'un d'autre ne détienne l'anneau - son anneau - lui semblait insupportable. Et la main de Boromir était presque en contact avec l'anneau. Frodon eut soudain l'impression que le visage de Boromir changeait. Ce n'étaient plus des yeux calmes, mais avides. Sa bouche semblait déformée en une expression retorse. Etait-ce des ongles ou des griffes au bout de ses doigts?
"BOROMIR !!"
La voix d'Aragorn, grave et forte, claqua comme un coup de tonnerre. Frodon fut autant surpris par la voix que par la proximité du ranger. Il regarda à nouveau Boromir et le vit tel qu'il était, humain, et désormais portant une expression de surprise sur son visage, les yeux embués comme s'il sortait brusquement d'un profond sommeil. Le guerrier blond fixait Aragorn avec des yeux incrédules, l'air perdu.
"Rendez l'anneau à Frodon".
Aragorn semblait calme, mais sa voix était chargée d'une menace non dite. Frodon fut là témoin de toute la puissance et l'horreur de la force humaine. Tournant le dos au ranger, il ne vit bien sur pas la main que ce dernier avait posé sur le manche de son épée.
Boromir avança lentement vers Frodon, titubant presque parfois dans la neige, et lui tendit la chaîne au bout de laquelle pendait l'anneau de Sauron. Frodon s'empressa de lui arracher la chaîne des mains, faisant prestement disparaître l'anneau dans la poche de sa veste. Boromir parvint à former un sourire sur son visage. "Cela m'est égal", dit-il avec une voix dont la chaleur était forcée, "je n'en ai cure. Gardez-le".
Il ébouriffa les cheveux de Frodon en un geste qui aurait pu être amical… Mais Frodon eut l'impression d'avoir été touché par un serpent. Et même quand Boromir fut éloigné d'une dizaine de mètres, il demeura immobile, comme effrayé que le serpent venimeux ne fasse demi-tour et ne le morde.
"Tâchez de ne plus le perdre, Frodon", dit doucement Aragorn. Un conseil où était dissimulé un reproche, se dit le jeune hobbit. Mais Aragorn posa une main sur son épaule et se pencha vers lui. "Je sais que vous êtes fatigué. Mais tenez bon, nous trouverons bientôt un abri contre la tempête où vous pourrez vous reposer et reprendre des forces…"
Frodon leva des yeux brillants vers Aragorn et sourit. La fait que le ranger s'inquiétât pour lui faisait s'envoler ses soucis comme la brise emporte les brumes matinales… Jusqu'à ce que la petite voix au fond de lui ne lui murmure si c'était lui qu'Aragorn encourageait, ou le porteur de l'anneau. Frodon serra les mâchoires et reprit sa progression dans la neige. Mais Aragorn avait vu son regard s'assombrir juste avant… Seulement les raisons pour lesquelles Frodon pouvait être maussades étaient légions, et il ne se sentait pas d'attaque à aider maintenant Frodon à extirper ses démons internes.
Sam avait écouté la conversation de loin, et alors que Frodon arrivait à sa hauteur, le hobbit rondelet s'adressa à Aragorn en haussant la voix. "Où il pourra se reposer… Si on lui en laisse la possibilité !!". Involontairement il jeta un bref regard dans la direction de Legolas. Aragorn prit une profonde respiration et ferma les yeux un instant… La gaffe…! Le genre de parole malheureuse qui pouvait faire basculer le fragile équilibre de l'elfe.
Il ouvrit les yeux.
Car l'elfe avait entendu la remarque de Sam, il n'y avait aucun doute. Bien que nulle expression ne transparaisse sur son visage ou dans ses yeux.
Aragorn serra les dents et avança d'un pas rapide vers Sam. Ce dernier fut d'abord surprit par le regard choqué et mal à l'aise que lui jetait Frodon, avant de lever les yeux vers le ranger et de croiser son regard gris acier. "Ca, jeune hobbit, ce n'était pas très approprié! Apprenez donc que le tact fait aussi partie des bonnes relations… dans une communauté".
Il avait voulu dire "entre amis", mais il craignait de la part de Sam une phrase du genre "Oui mais lui, ce n'est pas mon ami!"; ce qui aurait littéralement achevé Legolas. Il leva les yeux vers l'elfe, loin devant lui, et vit qu'il lui avait tourné le dos, avançant à nouveau. Mais au moins ce n'était pas vers la falaise qu'il se dirigeait… Mais sur la route prévue…
"Allez-y, avancez maintenant !", dit le ranger en poussant légèrement les deux hobbits devant lui, les yeux toujours fixés sur Legolas. Frodon lui, était partagé entre la honte de ce qu'avait dit Sam, qui avait provoqué à nouveau l'inquiétude d'Aragorn pour l'elfe, et son éloignement du porteur… et une joie malsaine que l'elfe fut blessé.
Il réalisa ensuite que ses pensées prenaient une tournure qui lui auraient été totalement étrangères un an plus tôt. Mais un an plus tôt, il était tranquillement dans la Comté, à siroter des bières avec ses amis hobbits, insouciants du danger rodant dans le monde extérieur…
Et un an plus tôt, il ne portait pas constamment l'anneau sur lui…
Précédant les autres sur la pente de neige fouettée par le vent, Legolas avançait droit devant lui sans réellement voir. Aragorn s'était trompé. Les membres de cette communauté n'étaient pas ses amis… Et ils lui en voulaient pour leur manque de sommeil du à ses crises. Ils ne s'inquiétaient pas réellement pour lui. Pas du tout, en fait dans la mesure où ce qui lui arrivait n'avait aucune conséquence sur eux. Ils pensaient à eux d'abord, acceptant la présence et l'aide de l'elfe… Mais si le dit elfe tombait, ils continueraient sans lui. Legolas serra les dents et sentit comme un nœud dans sa gorge. S'il devait lui arriver quelque chose de fatal, combien d'entre eux porteraient son deuil, ou seraient tout simplement attristés? Mis à part peut-être Aragorn, les autres continueraient leur chemin sans se retourner, discutant entre eux librement de sujets divers, se souriant et se félicitant de leur patience et compassion à supporter la présence de ce pauvre elfe comment-qu'il-s'appelait-déjà.
Legolas sentit quelque chose opprimer sa poitrine, rendant sa respiration difficile et douloureuse. Il sentit que des larmes étaient sur le point de venir à ses yeux, et les refoula, rageur. Pourquoi écouter les belles paroles d'Aragorn? Pourquoi avoir espéré que les choses puissent être différentes ici qu'à Mirkwood? Espérer cela n'avait fait que rendre les choses encore plus difficile maintenant.
Il était Legolas, l'enfant maudit. Et il fallait qu'il ne l'oublie jamais.
Au même moment, il passait entre les rochers sombres du sommet de la pente et en comparaison, la blancheur du plateau face à lui l'éblouit presque.
Ne les écoute pas, Legolas. Tu n'es pas maudit…
Il s'arrêta, regardant devant lui sans voir... La voix qui avait prononcé ces paroles dans sa tête n'était pas la voix habituelle qui venait sans cesse le torturer. Elle était différente, et pourtant, d'une certaine manière, familière.
Je t'aime tellement, Legolas… J'aurais tant voulu t'emmener avec moi loin de cet enfer…
Et à fixer la blancheur de la neige, il se trouva soudain transporté à une époque lointaine, ou la blancheur avait aussi été aveuglante. Un événement qu'il avait vécu mais ne pouvait plus localiser. La blancheur… Une mélodie familière qui essayait de se frayer un chemin dans son esprit… Une mélodie qu'il était le seul à connaître…
Une silhouette qui se tenait debout dans la lumière blanche. De longs cheveux rouges… Le visage d'une femme… Ses traits étaient vagues dans ses souvenirs… La lumière semblait les estomper à sa vue et sa mémoire… Mais il se souvenait de son sourire tendre…
La première fois que quelqu'un avait montré de la bonté envers lui…
Promet moi d'être heureux…
Et la mémoire lui revint totalement.
Gandalf qui avait remarqué que Legolas s'était arrêté en arrivant au sommet de la pente, le rejoignit rapidement, sur ses gardes. "Que se passe-t-il Legolas? Qu'il y a-t-il de l'autre --". La phrase mourut dans sa gorge quand il vit le visage de l'elfe. Ce dernier fixait droit devant lui, les yeux grands ouverts, remplis à la fois d'une tristesse infinie et d'un immense apaisement… A l'expression de son visage, on aurait dit qu'il avait vu un fantôme…
Gandalf se tourna brusquement vers le plateau qu'ils allaient tous devoir parcourir rapidement. Mais il n'y avait que le blanc… Nulle âme qui vive… Il se retourna à nouveau vers Legolas…
Et vit les larmes qui coulaient lentement sur les joues de l'elfe...
[ A suivre]
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Voilà -)
Un peu plus d'action cette fois hein ? :) Bon, c'est pas la grosse baston comme dans « Entraînement », mais du calme… Ca commence à venir )
J'aurais du poster ce chapitre en début de week-end, mais j'étais à un jeu de rôle grandeur nature, AVATAR, où le groupe NAHEULBEUK (du fameux donjon ) ) se produisait… Bref, un énorme amusement qu'a été ce week-end (entre les moments de bastons entre elfes, orcs, humains, etc… ) )
Concernant ce chapitre, maintenant…
Je sais que j'ai du avoir l'air du vieux disque rayé quant aux souvenirs de Legolas vis-à-vis des siens, mais il fallait que je les rappelle avec plus de détails. Ce n'est pas comme si les brimades de son père n'avaient été qu'un cap de sa vie : c'est toute sa vie… !
J'ai un peu modifié la fin par rapport à ce que j'avais prévu à la base… Les souvenirs de Legolas, et la « promesse » qui lui a été demandée… La fin de ce chapitre est plus soft, pour une fois… Une petite note de bonheur dans un océan d'amertume pour notre pauvre elfe… (quoique p ) Bon, si vous voulez être dans la même humeur que moi quand j'ai écrit la fin, relisez la fin de ce chapitre en écoutant la musique de « Evanescence – Anywhere ». (et en plus comme ça vous comprendrez mieux le chapitre suivant et également quelque chose qui s'est passé entre Legolas et Aragorn il y a longtemps… Dont j'ai parlé dans un chapitre précédent… Et qui sera rappelé bientôt )
Je pense que je peux vous laisser une petite semaine digérer toutes les informations contenues dans ce chapitre avant de poster le prochain )
Juste avant de répondre aux questions reçues dans les reviews, je voudrais répondre à des questions survenues pour ma fic « Only One Light »… Elle continue ! :D Courant du mois d'août (mais rappelez le moi :p ) le chapitre 3 sortira et peu de temps après, le chapitre 4 (sinon vous serez perdu… le chapitre 3 est un peu différent des deux premiers, fo s'accrocher quelques paragraphes avant de retrouver des points communs ) )
Alana
Chantelune : Je suis étudiante en réalisation cinéma à l'IAD à Louvain la Neuve en Belgique,
mais ai déjà réalisé des films par le passé, dont des parodies du seigneur des
anneaux, et la video du Donjon de Naheulbeuk
qui est en cours ) Tu étais au
Japan Expo ? :) Alors tu n'as pas du me louper : j'étais
Legolas ) (et quelques fois à côté
de moi, y avait un Saruman ) )
Quant à la psychologie de Thranduil vis-à-vis de Bilbon… il faut encore que je
lise Simarillion en entier ) (hé
oui, sacrilège ) )
Trunks a été mon grand chouchou pendant longtemps aussi :D J'adore son apparition dans la série, car le
scénar à été pompé de Terminator 2 dont j'étais fan (mais je boycotte
Terminator 3 ceci dit ! ) )
Merci mille fois pour tes gentils commentaires *essuie une larme* :,-)….
Gaelle : rrrroooonnn, coupine =^___^= J'ai mélangé les temps de
conjuguaison ? OO Possible… Fodra que je me relise un de ces
quatre )
Par contre, le nom de Sarah dans Terminator, ce n'est pas
« O'connor » (ça C la chanteuse), mais tout simplement
« Connor » )
Aurialie et Ladindequichante : et voilà la suite que vous réclamiez à grands cris…. ;) Happy ? :D
Mylennia : bah oui, Boromir a jamais eu l'air de
raffoler des masses de Legolas dans le film… Surtout avec cette fameuse
histoire au conseil d'Elrond :p
Meme si apres ça C amélioré un peu )
Contente de la performance de Frodon dans ce chapitre ? )
Gwendolen : pour ta demande… Recontacte moi en privé, C plus simple )
Si vous avez des commentaires/suggestions/questions n'hésitez pas à les poser dans vos reviews, j'y répondrai en fin de chapitre suivant )
Mais
moi j'ai une question pour vous : Pensez-vous qu'il soit judicieux ou
justifié de lapider Sam sur place publique ? Ou quel autre traitement lui feriez vous
subir ? )
(les réponses les plus funs ou spéciales, seront publiées en fin de chapitre
10 :P )
A pluche :* (smack !)
::Roselyne ::
(en dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme… Parce qu'en
dedans il fait trop noir pour lire)
