Disclaimer: Aucun des persos de Tolkien n'est à moi ,(... reniflement tristounet, mais je les emprunte joyeusement pour cette nouvelle fic
LA COMMUNAUTÉ DES ELFES
Chapitre Douze - La Caravane
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Legolas racontait ses souvenirs à Aragorn au fur et à mesure qu'ils lui revenaient en mémoire. Sa première rencontre avec des humains… Il s'en souvenait parfaitement. Il n'aurait jamais pu oublier cela… Quoiqu'il puisse faire pour effacer cet épisode de sa mémoire.
Son père, Thranduil, était dans son immense salle du conseil, profondément enfouie au cœur même de la forêt noire de Mirkwood. Le trône, sculpté dans une riche roche brune couleur de terre fertile, avait la forme d'un tronc d'arbre, et les ramifications imitant des branches étaient terminées par des feuilles sculptées dans l'or le plus pur. Des motifs dorés et argentés s'entrecroisaient également le long du trône. Les mains de Thranduil étaient posées sur les accoudoirs sombres et son regard brillait, semblant percer les distances et les corps.
Au pied du dais, Skehb, le chef de la caravane, suait sous ses vêtements épais ; son regard évitait soigneusement de se poser sur le Roi. Il était accablé par le poids des constructions elfiques tout autour de lui, dont cette lumineuse salle nacrée était le cœur et le centre nerveux. Rien que de s'y trouver était incroyable et accablant. Skehb et les siens avaient déjà rencontré des elfes par le passé, mais cela s'était toujours fait hors du domaine des Premiers Nés, et jamais en présence d'aussi hauts personnages que ceux qui se trouvaient ici. Skehb avait compris que sa présence et celle de la caravane en ces lieux n'était pas particulièrement la bienvenue, et il avait peur. Arriverait-il à persuader le Roi de les laisser trouver refuge sur ces terres quelques jours, le temps que la menace des orcs s'éloigne ? S'ils étaient renvoyés hors des terres de Mirkwood, ils ne tiendraient pas longtemps face à leurs agresseurs. Ils avaient déjà perdu une dizaine d'homme, et désormais le nombre de guerriers composant la caravane n'était plus que de trois.
Trois guerriers pour une quinzaine de femmes et enfants…
Une quarantaine d'elfes s'étaient rassemblés dans la salle du conseil, étonnés de ces humains qui osaient braver l'interdit du roi, et curieux également de voir comment Thranduil allait gérer la situation. Parmi eux, Legolas, tout jeune elfe de 9 ans, observait avec attention ces créatures que son père avait tant décriées.
Il s'était attendu à des créatures hideuses dans le style orcs. Ce genre d'histoires racontées par son père lui avait fait faire des cauchemars quand il était beaucoup plus jeune. Il rêvait d'humains le poursuivant au dédale des arbres de la forêt, essayant de l'agripper pour le déchirer de leurs mains nues. Il avait imaginé une peau sale, des yeux rougeoyants, des griffes…
Et il fut surprit de constater qu'il y avait peu de différences entre ces créatures et les elfes eux-mêmes. Selon les normes elfiques, leurs visages étaient subtilement déformés : nez plus épatés, mâchoires plus proéminentes, yeux trop étroits et trop brillants à la lueur des torches qui brûlaient sur les murs latéraux. Leur comportement ne semblaient guère différer des leurs: les enfants se serraient contre leurs mères, effrayés, les deux guerriers demeurant se tenaient de part et d'autre de leur groupe, inclinés devant Thranduil, mais en une attitude à la fois humble et défensive.
Mais que pourraient-ils faire si tous les elfes se déchaînaient contre eux, se demanda Legolas, avant que son attention ne soit attirée par un tout jeune enfant se serrant contre les jambes de sa mère, cette dernière ayant refermé ses bras autour de lui en une attitude aimante et protectrice. Ses cheveux bruns retombaient en cascade sur elle et son fils.
Etait-ce là les monstres de son père ?
Legolas eut soudain une profonde nostalgie. Une mère aimante et protectrice… Il n'avait jamais pu faire d'autre qu'imaginer à quoi cela pouvait ressembler. Et en voyant cette mère protéger son enfant, il se sentit une bouffée de sympathie et de tristesse à leur égard…
Mais Thranduil n'avait eu aucun égard vis-à-vis de ces humains. Pendant tout le discours de Skehb, Legolas aurait juré que son père se retenait d'exploser sur place, laissant la colère l'emplir totalement avant de tout relâcher d'un coup. Legolas jeta un coup d'œil à ses frères. Ils souriaient. Mais pas de la façon douces et amicales d'hôtes désireux de tendre la main à un plus faible. On aurait dit qu'ils attendaient quelque chose de très plaisant. Comme des rapaces attendent le signal de la curée, fut l'impression qu'il en déduisit plus tard.
" Vous avez violé l'interdit ", furent les premières paroles du roi après que Skehb eut finit. " Les humains ne peuvent pénétrer dans cette forêt sous peine de mort ", ajouta-t-il, dégageant une impression de force cachée et mortelle depuis son trône. Skehb comprit alors que la menace ne venait peut-être pas nécessairement des orcs, mais de l'intérieur même de la maison royale. Il prit peur. Il leva un genou du sol.
" Nous ignorions cet édit, majesté ", commença-t-il, essayant de ne pas bredouiller. " Nous sommes venus ici car nous ne pouvions plus contenir les orcs qui nous attaquaient sur vos frontières. Nous avons perdu beaucoup d'hommes lors de ce combat… "
Thranduil se leva lentement et les toisa de toute sa hauteur. Son visage, encadré de longs cheveux noirs et lisses, était vide d'expression, seuls ses yeux clairs brillaient d'une fureur mal contenue. Il s'avança lentement et posément, descendant les marches qui le menaient vers le groupe d'humain et saisissant sa grande épée qu'un de ses gardes lui tendait, un genou en terre. " Nous avons perdu beaucoup des nôtres la dernière fois que nous avons laissé des humains s'aventurer dans notre domaine ". Il avait brièvement posé les yeux sur Legolas (qui s'était crispé par réflexe), avant de reporter son attention sur le groupe d'humain. Comprenant la menace, Skehb se relevait complètement.
" Nous sommes venu en paix, sire… "
" Votre notion de paix, race impure et mesquine, ne correspond pas avec notre propre notion".
" Alors, laissez-nous repartir, et tenter notre chance face aux orcs… ", reprit Skehb que la peur commençait à submerger. " Nous n'avons commis aucune action négative en votre demeure, et ne pouvons être jugés pour des actions commises par d'autre de notre race en quelque temps éloigné … "
" SILENCE ", rugit Thranduil. Et à ce moment-là, ce ne fut pas le cri qui effraya Skehb. Il venait de se rendre compte que Thranduil avait peur. Et un homme/ou elfe effrayé était aussi imprévisible et dangereux qu'un animal sauvage. Thranduil serrait le manche de son épée, sa main tremblait de rage. " Votre race a commis des monstruosités innommables par le passé. Votre faiblesse nous a plongé dans une ère de chaos. Et ce n'est rien en comparaison aux atrocités à venir "
Dans ses yeux clairs semblaient défiler des images d'une douleur et d'une précision sans fin. Thranduil passa un instant sa main devant ses yeux, comme pour cacher l'immense tristesse qui l'habitait. Legolas, en cet instant unique, prit pitié de son père et voulu aller auprès de lui pour l'entourer de ses petits bras, le soutenir et alléger ses souffrances.
Mais cet élan de tendresse coupa court quand il assista à ce qui suivit. Ce fut tellement rapide qu'il ne comprit qu'en voyant les deux moitiés de Skehb toucher le sol. Thranduil tenait son épée sur le côté, dégoulinante de sang. Les femmes humaines mirent également une seconde à réagir avant qu'un hurlement strident ne parte de leur groupe. Les deux autres guerriers humains, d'abord pétrifiés, dégainèrent leurs épées, plus pour se protéger du roi elfe que pour réellement attaquer. Mais deux gardes elfes derrière eux eurent tôt fait de les mettre hors d'état de nuire.
" Vous pensiez que vous pourriez être aussi rapides que des elfes, petits humains? ", dit l'un des gardes avec un ton méprisant à l'un des guerriers agonisant à ses pieds.
Thranduil cessa de fixer l'humain qui gisait au bas des escaliers et se redressa vers le groupe des femmes et des enfants. Legolas pu ainsi bien voir les yeux de son père, et fut traversé par un brusque frisson de terreur totale. Jamais il n'avait vu son père dans un tel état. Il tourna les yeux vers le groupe d'humains survivants et vit que la femme qu'il avait vue plus tôt avait abrité son enfant derrière elle, l'entourant de ses bras, mettant son corps comme bouclier entre cet elfe meurtrier et son petit. Elle était en première ligne. Les autres se rassemblaient derrières elles, criant et implorant.
Sans même réfléchir à deux reprises, Legolas s'élança de l'endroit d'où il observait.
" Père, ATTENDEZ "
Thranduil détourna son regard perçant vers son fils. Legolas vint se placer avec bravoure entre son père et ces humains, les bras en croix, en une attitude de défense qui ne prêtait nullement à confusion. Pendant un instant, il eut l'impression que son père avait peur. Ou plutôt - avec le recul - qu'un mélange complexe d'émotions était passées dans les yeux de Thranduil : de la haine, de la tristesse, de la terreur… et cette lueur de meurtre toujours présente.
Il se demande s'il ne va pas me tuer avec les autres…, se dit le petit elfe dans un moment de panique. Son premier réflexe fut de reculer, mais il tint bon. Quelque chose lui disait que s'il battait en retraite maintenant, son père allait lui tomber dessus comme un loup enragé, toutes griffes et tous crocs dehors. Au lieu de cela il prit la parole.
" Père ! Ils n'ont rien fait de mal sur ces terres ", sa petite voix claire semblait si déplacée dans un endroit et une situation pareilles. " Ce ne sont que des femmes et des enfants, ils sont innocents ". Il avait l'obscure impression de se défendre lui-même. Ces enfants que son père s'apprêtait à massacrer, auraient pu être lui-même. Après tout, ce n'était pas comme si Thranduil avait eu plus de tendresse envers lui en d'autres moments. Et il était persuadé que le souhait de voir son fils mort avait déjà traversé l'esprit du Roi plus d'une fois…
Mais ce fut Odùrin qui prit la parole. Le frère aîné s'avança de quelques pas et toisa Legolas d'un air méprisant, une main sur sa hanche.
" Quelle spontanéité ! Mais c'est vrai, qui d'autre que toi pourrait être mieux placé pour défendre les humains, quand on sait ce qu'il --"
" ODÙRIN !"
La voix de Thranduil avait claqué comme un coup de fouet. Odùrin parut un instant prit de court, offusqué ; puis sous le poids du regard de son père, il comprit peut-être le danger car il regarda subitement ailleurs… avant de ramener un regard haineux vers Legolas. Mais Legolas ne lui accorda que peu d'intérêt, car il sentit l'ombre de son père tomber sur lui alors que Thranduil s'avançait vers lui, imposant et le regard sombre. Le dominant de quatre fois sa taille.
" Les humains sont une nuisance. Ils sont telle la peste. Ils détruisent tout ce qu'ils touchent. Ils ont une vie tellement courte qu'ils n'arrivent pas à penser pas à longs termes et ne se soucient pas des dégâts qu'ils laissent autour d'eux. Ils apporteront la ruine de notre race "
" Je vous en prie ", dit la mère du jeune humain, sa voix tremblait… de peur, et de rage. " Laissez nous partir d'ici. Nous n'avons jamais voulu faire le moindre mal à quiconque ici ".
" Tuez tous les humains", dit calmement Thranduil sans lui prêter attention, en regardant légèrement de côté vers ses gardes. Ceux-ci semblaient répugner à cet acte de barbarie inutile, mais ils l'osaient en même temps désobéir à leur Roi. Leur Roi qui les avait toujours guidés avec sagesse jusqu'ici.
" NON! PÈRE !", cria Legolas, et pour la première fois, les autres elfes qui le côtoyaient depuis sa naissance, décelèrent une once de force dans sa voix.
" Mais pour qui il se prend…? ", fut le murmure faussement étonné et méprisant, à peine dissimulé, d'Odùrin.
Thranduil leva son épée et en posa la pointe contre la gorge de son fils. " On dirait qu'on ne peut pas lutter contre le destin, hein ". Il avait dit cela de manière presque inaudible, comme s'il se parlait à lui-même. Legolas aurait pu être surpris, s'il n'avait pas été totalement terrorisé à l'instant même. Son père allait le tuer. Il en était certain maintenant… " Les humains ont apporté le chaos dans cette demeure… Mais en réalité c'est toi qui les a attirés ici… "
Legolas fronça les sourcils. " Comment aurais-je pu les attirer… Je ne les connais pas, et ne savait même pas que les orcs rôdaient à nos frontières ". Il essayait d'avoir l'air sur de lui, mais sa voix tremblante le trahissait. Il sentit la pointe de l'épée de son père percer douloureusement la peau tendre de son cou, et sentit un fin filet de sang perler, puis descendre lentement le long de son cou, et s'infiltrer dans sa tunique tel un serpent brûlant.
" Malgré tout ce que je t'avais expliqué … Tu persistes à défendre ces humains ", murmura à nouveau Thranduil. " Ainsi donc tu commettras notre perte plus tard… ". Les yeux de Legolas s'écarquillèrent en sentant la pointe appuyer plus fort contre sa gorge, et percer d'autres tissus sous sa peau. Il avait toujours les bras en croix pour protéger les humains, mais c'était uniquement parce qu'il était paralysé par la peur. Les yeux de son père étaient comme de la glace qui se forme sur l'eau. Il voulait tuer son fils… Mais quelque chose, un doute, semblait encore retenir sa main.
" Majesté ! La reine voulait qu'il vive ! ".
Cette voix qui éclata dans le presque-silence écrasant qui s'était installé dans la salle du trône, sembla sortir Thranduil et Legolas de leurs torpeurs. L'un comme l'autre se tournèrent vers la source de ces paroles.
Lynassirielle, une des plus vieilles conseillères, et également sage-femme, celle qui avait aidé la reine à mettre son dernier fils au monde, se tenait dans la salle, haletante, et tentant involontairement de remettre de l'ordre dans ses cheveux tellement clairs qu'ils en paraissaient presque blancs, comme les vieilles humaines. Elle semblait à la fois terrorisée et en colère à la vue de la scène qui s'offrait à elle. Pour Legolas, c'était la première fois qu'un elfe prenait sa défense. Mais il reporta rapidement son attention sur son père qui le fixait à nouveau de ses yeux froids et calculateurs. La salle entière semblait plongée dans un silence profond.
" Très bien… ", finit par murmurer rageusement le Roi. " Respectons le souhait de la reine… ". Il retira la pointe de son épée de la gorge de son fils, mais en la maintenant à proximité. "Tu t'opposes à mon jugement et à mon ordre. Tu défends des bannis, allant à l'encontre de la survie de ta propre race. "
Il se redressa, son ombre tombant sur le frêle enfant elfe devant lui. " Tu vas choisir ton propre destin ! Ces humains vont mourir. Vas-tu rester à les défendre stupidement et les accompagner dans la mort ? Ou les abandonneras-tu lâchement pour assurer ta propre sauvegarde "
Legolas cligna des yeux, n'ayant pas encore très bien comprit l'enjeu de ce choix. Thranduil eut un petit sourire mauvais à l'adresse de Lynassirielle. "Si Legolas meurt aujourd'hui, ce sera de son propre choix. Pas du mien ". Il se retourna vers son fils, son regard le transperçant presque, essayant de lire la bataille interne qui devait faire rage à l'intérieur de l'esprit du jeune elfe. "Alors, Legolas"
Legolas finit par comprendre l'étendue du choix qu'il devait faire. Il ne souhaitait pas mourir, et ces humains il ne les connaissait pas. Mais il les avait défendus, il était devenu leur seul espoir, il en était dès lors responsable… S'il les abandonnait maintenant, il serait encore pire que son père. Il ne connaissait pas ces humains, mais il avait entraperçut les choses merveilleuses qui pouvaient résider en eux. Mais s'il restait auprès des humains, il ne pourrait empêcher leur mort.
Son père avait raison, le choix résidait entre accompagner de parfaits inconnus dans la mort, ou leur retirer leur seule lueur d'espoir en sauvant sa peau. Mais quel espoir un enfant elfe pouvait signifier ? La logique le poussait à abandonner les humains. Mais son cœur le poussait à rester. Sa vie elfique était un véritable enfer. Pourrait-il goûter à quelques secondes de bonheur en mourrant aux côtés des humains ? Les humains l'accepteraient-ils parmi eux pour ces moments ultimes ?
A ce moment, il vit les yeux de son père se détacher de lui et fixer avec dureté quelque chose derrière lui. Quelques instants après, il sentit une main douce se poser sur son épaule. Il sursauta. Dans ce conflit avec son père, il en avait presque oublié la présence de la mère et de son fils juste derrière lui. Il tourna la tête, abaissant légèrement ses bras.
La femme tenait toujours son petit garçon contre elle, et regardait Legolas avec un mélange de tristesse, de pitié et de tendresse. Legolas, qui n'avait jamais été regardé de la sorte, mis du temps à comprendre.
" Prince Legolas… ". Legolas fut surpris. C'était la première fois qu'il entendait son nom accompagné de son titre royal ; ironie du sors, c'était un humain qui lui avait donné son titre honorifique. Il sentit son père se crisper dans son dos. " Merci d'avoir essayé… ".
Des larmes coulaient sur les joues de la femme. Elle se savait condamnée, elle et son enfant, ainsi que toutes les femmes et enfants derrière elle. Ses yeux clairs brillaient, et leur expression était presque douce. Elle s'était résignée à la mort. Mais elle était mère, et savait que la vie d'un enfant était précieuse. Elle semblait avoir comprit en un coup d'œil la situation de Legolas vis-à-vis des siens, et l'enfer que devait être sa vie. Cet enfant elfe n'était pas le sien, ni de sa race… Mais en cet instant, elle se sentait très proche de lui, et eut la même tendresse pour lui que s'il s'était agit de son propre fils. " Mais tu dois vivre… ", continua-t-elle en le repoussant doucement de la main.
Legolas la fixait avec des yeux ronds. Quand il comprit ce qu'elle voulait dire, ses yeux s'écarquillèrent et il secoua la tête avec force. " Non… "
La femme sourit, ses yeux signifiant déjà un adieu. " Merci pour tout… Toi au moins tu comprends… Merci ", reprit-elle avant de repousser Legolas sur le côté, loin des humains, mais aussi loin de son père.
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Legolas demeura un instant silencieux. Face à lui, Aragorn ne disait mot, l'œil rond, attendant la suite du récit, bien que la devinant, connaissant Thranduil… Les secondes s'égrenèrent sans que Legolas ne parle à nouveau, mais Aragorn remarqua que les yeux de l'elfe s'étaient écarquillés et que les larmes n'étaient pas loin.
" Legolas? ", dit-il doucement pour le faire sortir de sa torpeur. Au deuxième appel, Legolas sursauta légèrement et cligna des yeux, tournant vers Aragorn un regard un peu ahuri. Sa respiration était rapide, comme s'il venait de courir un cent mètres. Il comprit ce qu'Aragorn attendait, et baissa les yeux, fixant à nouveau le feu.
" La femme a demandé pitié pour son enfant ", reprit-il. " Mon père semblait particulièrement la haïr, parce qu'elle m'avait parlé je pense… Mais il a accepté de ne pas tuer son fils… ". Les yeux de Legolas s'agrandirent sous l'effet de l'horreur à laquelle son esprit faisait à nouveau face. " Ils ont… ", reprit-il d'une voix tremblante" ils ont éliminés tous les humains… Et moi je n'ai rien pu faire ! J'ai du rester là à les voir se faire massacrer alors que j'avais dit que je les sauverais ", sa voix gagnait en volume et en hauteur, frôlant l'hystérie.
Frodon fut alors tiré de son sommeil, suivit peu après par Boromir. Mais seul Frodon se redressa à demi pour essayer de comprendre ce qu'il se passait.
Près de l'entrée, Legolas fit une brève pause dans son récit, et sembla se calmer ; mais Aragorn eut le sentiment que ce n'était que le calme avant la tempête. " Tous, sauf l'enfant… ". Et à ce moment-là, les yeux de Legolas se fixèrent sur Aragorn, et le ranger y vit un gouffre insondable de désespoir et de culpabilité, infiniment plus grand que ce qu'il n'avait jamais vu dans les yeux de l'elfe. Même quand l'elfe s'accusait d'avoir tué sa mère en naissant, cela ne reflétait pas autant de souffrance que le regard qu'il arborait maintenant. Les lèvres de l'elfe tremblaient. " Mon père a jeté une dague dans ma direction… ", et cette fois les yeux d'Aragorn s'écarquillèrent presque autant que ceux de l'elfe.
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"A toi maintenant ". La voix de Thranduil se répercuta sur les murs. Le silence était presque total, seulement interrompu par les pleurs de l'enfant qui serrait le corps sans vie de sa mère contre lui. Legolas, à moitié assis moitié couché par terre, là où il était tombé, regardait tour à tour la dague qui avait glissé entre ses pieds, et son père, les yeux larges, incapable de comprendre… Ou ne voulant pas comprendre. " Prends cette dague et lève-toi ", rugit Thranduil. Il semblait lui aussi au bord de perdre le contrôle de lui-même, comme si une partie de lui-même voulait pleurer de rage.
" Prends cette dague et LEVE TOI ", répéta Thranduil et sa voix sembla claquer comme un coup de tonnerre. Legolas perdit pied avec la réalité pendant un moment et obéit à l'aveuglette. Il ramassa la dague et se mit sur ses pieds. Des murmures interrogatifs ou vaguement désapprobateurs s'élevaient des elfes assemblés là. Pendant ce temps, Thranduil s'était penché sur le jeune orphelin et le souleva sans effort ni ménagement, ignorant les cris de ce dernier qui se débattait pour ne pas être séparé de sa mère.
Le Roi déposa le jeune humain en face de Legolas comme s'il s'était agit d'un vulgaire paquet. Legolas fit un mouvement de recul, mais Thranduil le saisit de son autre main avec une poigne d'acier, le forçant à faire face à l'humain. " Comment t'appelles-tu " demanda-t-il à l'adresse de l'humain. L'enfant cligna des yeux plusieurs fois, reniflant et ne parvenant pas à chasser les larmes qui venaient en abondance dans ses yeux clairs. Il avait les mêmes cheveux bruns que sa mère, mais ses yeux au lieu d'être verts, étaient d'un bleu profond. " Comment t'appelles-tu ", répéta Thranduil d'une voix presque douce, comme s'il essayait de rassurer un enfant effrayé par un orage. Le pire, se dit Legolas avec le recul, c'est que c'était réellement ce que Thranduil essayait de faire : rassurer l'enfant et le calmer.
L'enfant cligna encore des yeux, et dit d'une voix désespérée et apeurée" Alek… ". Ses yeux passaient tour à tour de Legolas à Thranduil, comme s'il essayait de faire ami-ami avec eux. Puis ils s'arrêtèrent sur Legolas, qui pleurait face à lui, et ses propres pleurs redoublèrent.
Thranduil avait toujours chacune de ses mains posée sur le dos des enfants, et était penché vers eux dans une attitude tendre et paternelle, comme s'il présentait l'un à l'autre deux enfants qui allaient participer ensemble à un jeu très amusant. C'était plus ou moins ce qu'il était en train de faire. " Alek, voici Legolas, mon fils… Legolas, voici Alek… ".
Les deux enfants se faisaient face, pleurant toujours. Legolas redoutait ce que son père allait annoncer, et priait silencieusement pour que la phrase fatidique ne tombe pas. Alek, face à lui, commençait à comprendre aussi ce qui allait se passer, et ses pleurs ne se tarirent pas. Ils étaient deux fétus de pailles emportés dans le tourbillon de la cruauté des adultes.
" Legolas, maintenant, tu vas utiliser la dague que je t'ai donnée… Et tu vas tuer ton ami Alek. "
De cette manière Thranduil respectait la promesse qu'il avait faite à la mère d'Alek. Lui, il ne tuerait pas l'enfant. Il laisserait le 'sauveur des humains' s'en charger.
Legolas ferma les yeux avec force et gémit au travers de ses larmes. " Je ne peux pas… ". Thranduil ne se départit pas de son sourire paternel, mais saisit juste son épée et en leva le manche au dessus de son fils, la pointe appuyant douloureusement sur le dos du jeune elfe. Alek vit la scène et comprit. Ses sanglots s'amplifièrent. " Ils viennent dans ce monde et le quittent tellement vite, Legolas… ", continua Thranduil d'une voix douce" Même si tu ne le tue pas, il va mourir bientôt… ".
Legolas secoua la tête, les yeux fermés, parfaitement conscient de la pointe douloureuse dans le bas de sa nuque. Thranduil continua sur le même ton. " Alek vient de voir sa mère mourir devant lui. Veux-tu qu'il vive avec ce souvenir ".
La pointe de l'épée s'appuya avec plus de force et une fois de plus, Legolas sentit quelque chose de brûlant glisser le long de son dos. " La souffrance d'Alek, tu peux l'en libérer, Legolas… ", reprit Thranduil. Legolas ouvrit les yeux et vit le regard désespéré de l'enfant face à lui. Si jeune… Si innocent et si jeune…
"Mais moi…", parvint à dire Alek entre deux sanglots"je ne veux pas mourir… ". Thranduil fronça les sourcils et cela se traduisit pour Legolas en une douleur plus forte dans son dos. Le jeune elfe ferma les yeux et serra les dents en gémissant.
La douleur n'était pas tant physique, que morale. L'impression, comme plus tôt, quand Thranduil lui avait dit d'abandonner les humains, d'être en équilibre sur un fil, avec d'un côté des flammes avides, et de l'autre côté, des pointes de métal étincelant. Quel que soit son choix, il rencontrerait la souffrance…
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Legolas interrompit son récit et regarda Aragorn. Le ranger avait l'air à la fois effrayé, et en colère. De nouveau, un feu bouillait dans ses veines, mais il restait pendu aux lèvres de l'elfe, attendant la suite du récit.
Non, il n'attend pas la suite… Il espère que je lui mente une fin heureuse…
Depuis l'autre côté de leur abri, Frodon avait rampé à quatre pattes, le plus silencieusement possible afin de ne pas se faire remarquer, et voyait le ranger et l'elfe autour du feu. Sa première impulsion jalouse tomba légèrement quand, depuis son endroit d'observation, il vit les yeux de l'elfe, remplis de larmes.
Les larmes tombèrent des yeux de Legolas alors qu'un sourire amer apparut sur ses lèvres. " Je l'ai tué, Aragorn… J'ai tué l'enfant… "
Et au moment où il prononçait ces paroles, il ressentit à la fois un énorme soulagement et une tristesse infinie. Il ferma les yeux et les larmes qui coulèrent le long de ses joues lui rappelèrent la sensation de son propre sang que son père avait fait couler lors de ses menaces. Il abaissa la tête vers ses mains ouvertes et tremblantes devant lui.
" Ces mains si fines… ont fait couler le sang d'un innocent… ", sa voix s'étrangla" un innocent que j'étais censé protéger… "
Frodon eut une respiration courte qu'il parvint à garder presque silencieuse. Aragorn l'entendit néanmoins, mais décida de ne pas y porter attention, ni alerter Legolas de la présence d'un espion. Il règlerait ça plus tard.
" Tu vois Aragorn… ", reprit Legolas avec un sourire triste, les flammes du feu se reflétant sur son visage baigné de larmes. " Je n'aurais jamais du être accepté avec vous… "
Il se redressa et posa ses mains à côté de lui, cherchant ses dagues à l'aveuglette sans éveiller les soupçons du ranger, essayant de garder l'attention de l'humain fixée sur ses yeux.
" Je ne suis qu'un assassin, tueur d'enfants, … ", il ramena un genou vers lui, Aragorn comprit - trop tard - qu'il se ramassait sur lui-même. " … et je ne mérite que les tourments de l'enfer… ".
Avant qu'Aragorn ne puisse faire un geste, Legolas bondit au dehors dans la nuit. Aragorn qui bondit à sa suite eut le temps d'apercevoir le reflet métallique de la lame d'une des dagues.
" NON ! LEGOLAS ", hurla-t-il en se jetant également hors de l'abris. Frodon sentit la terreur le gagner. Il n'avait pas tout comprit, mais la notion de danger n'avait jamais autant hurlé à ses oreilles, il jaillit de sa cachette et courut vers la sortie de leur abri.
Quand Aragorn arriva dehors, il eut le temps d'apercevoir la fin du mouvement de Legolas, l'instant d'après, il vit la dague briller à sa main, recouverte de quelque chose de sombre. Le ranger bondit sans hésitation sur l'elfe et le plaqua au sol. Legolas se tordit comme une anguille sous lui, essayant de s'échapper.
" Non ! Laisse-moi mourir ! Aragorn ! LAISSE MOI MOURIR ! "
Frodon arriva hors de l'abri pile à cet instant, et vit Aragorn et Legolas en pleine mêlée au sol, Aragorn essayant de maîtriser Legolas, et essayant d'une main de lui faire lâcher la dague qu'il tenait toujours d'une poigne d'acier. Le jeune hobbit se demanda s'il avait bien comprit ce que Legolas venait de dire, mais les marques sombres dans la neige autour des deux combattants lui permirent d'écarter tout doute.
Ce n'était plus de la comédie. Quelque chose d'horrible était en train de se produire.
" GANDAAALF ! ", hurla Frodon en se tournant vers l'intérieur de l'abri. Quand il vit que le vieil Ystari était effectivement réveillé, il sortit complètement de l'abri. Son idée initiale était d'aider Aragorn à désarmer Legolas avait qu'il ne soit un danger pour les autres, après avoir été un danger pour lui-même. Mais il y renonça, voyant la rapidité et la souplesse de mouvements du combat au sol entre l'elfe et le ranger. Il ne fallait pas qu'il s'en mèle. Il risquait de gêner Aragorn, ou pire, de se faire blesser. Il était également paralysé par la peur, ses jambes paraissaient de plomb.
En essayant de désarmer Legolas, Aragorn fut à plusieurs reprises blessé aux mains, mais il essaya d'ignorer la douleur, il devait se concentrer sur Legolas et l'empêcher de se blesser plus avant. Mais le sang qui s'écoulait rapidement de la plaie béante de l'elfe rendait sa prise difficile et glissante. Il comprit qu'il n'aurait pas le choix.
Lâchant
un instant les bras de Legolas, il leva le poing et frappa de toute
ses forces le visage de l'elfe, près de la tempe. Legolas partit en
arrière,
légèrement sonné, suffisamment pour desserrer sa prise sur la dague.
Aragorn ne
perdit pas une seconde et donna un coup de pied dans la main de l'elfe,
faisait
voler la dague dans la direction de Frodon. Ensuite
le ranger retourna Legolas face contre neige, utilisant son propre
poids pour
l'empêcher de se dégager. Il devait être rapide - le froid de la neige
allait
faire revenir ses esprit à Legolas - et arracha rapidement une lanière
à sa
tunique, la passant autour du bras de Legolas et serrant de toute ses
forces
avant que l'elfe ne se rende compte de ce qu'il faisait. Le ranger ne
savait pas
si cela suffirait, mais il ne pouvait laisser Legolas mourir sans rien
tenter. Frodon, voyant la dague non loin de lui, eut le réflexe de
la saisir et de la tenir contre lui, hors de portée
(Je ne suis qu'un assassin, un tueur d'enfants)
de l'elfe qui recommençait à se débattre, bien que plus faiblement qu'avant.
C'est à ce moment que Gandalf sortit hors de l'abri
et vit la situation en un éclair.
Aragorn était au sol, tenant Legolas contre lui, et serrant son bras gauche qui semblait bizarrement sombre et luisant. Legolas avait cessé de se débattre, mais pleurait et suppliait Aragorn de le laisser mourir. Frodon tenait contre lui une des dagues de Legolas, sans réaliser que le sang qui en dégouttait tachait ses vêtements. Les yeux du jeune hobbit étaient grand ouverts, emplis de terreur, mais également de culpabilité.
Et partout autour d'eux, la neige était battue et teintée de sang.
Et Legolas, dans les bras d'Aragorn, son dos calé contre le torse de l'humain, sentait sa tête lui tourner et pleurait doucement maintenant, des sanglots qui s'affaiblissaient…
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L'elfe pouvait se souvenir des paroles de son père alors qu'il avait laissé tomber sa dague sur le sol, regardant le corps sans vie d'Alek, baignant dans son sang, les yeux remplis de larmes. Thranduil était venu derrière son fils, avait posé ses deux mains sur les épaules frêles et s'était penché pour lui murmurer à l'oreille.
" Tu vois, fils… ", les paroles de Thranduil étaient douces et paternelles (Legolas craindrait désormais le pire quand son père agirait comme un père vis-à-vis de lui), mais également emplies de venin. " Tu as tué un enfant humain… Un enfant innocent et sans défense… ". Il resserra doucement ses doigts autour des épaules de son fils. Legolas sentait le souffle de son père dans son oreille. " Les humains ne te pardonneront jamais ce crime… ", sa voix avait désormais cette pointe moqueuse.
" N'espère jamais trouver refuge parmi eux… ".
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A suivre...
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Voilà... Maintenant vous comprenez probablement mieux la fin du chapitre 11. ;
Je sais que le chapitre précédent était particulièrement court. En fait, je ne m'étais pas rendue compte à quel point il était court avant de voir le résultat sous ; C'est pour ça que j'ai publié le 12 moins de 12 heures après :) Comme j'ai vu que parmi vous certain(e)s aimaient le côté torture mentale, j'espère que ce chapitre vous aura plu ;
Pour vous donner une idée de l'état d'esprit où j'étais plongée pendant
l'écriture du volume 12, relisez-le en écoutant la musique "Evanescence - Where Will You
Go"
(ceux/celles qui voudraient écouter ce que ça donne mais qui ne pourraient
l'avoir par eux-même, contactez moi sur MSN à ;) ). C
pas tellement les paroles ici, mais l'air de la musique :)
Pour le lien de Japan Expo qui a
foiré, je vais tricher un peu... Je vais vous donner l'adresse avec des espaces
qu'il faudra supprimer ;)
adresse: http:kyapiko.free.fr/ cosplay/
japanexpo2003/
Ladindequichante : Brûler de l'eau... C'était pas de la vodka par hasard? ;) Spaghetti démoniaque... Il était piquant à ce point? ;)
Aurialie: une 50aine de chapitre... minimum! ;) (je devrais peut-être laisser le synopsis et le découpage scène par scène de cette fic quelque part... Au cas où il m'arriverait quelque chose avant d'avoir écrit la fin OO; ). Pour ce qui est des conventions, tu en as plus près de chez toi aux USA, mais si un jour du viens en europe, préviens moi, qu'on se rencontre :)
Alana Chantelune:
Merci tout plein de tous ces compliments
"tu arrive à construire des atmosphère très forte, très noires, palpitantes,
quelque soit le sujet qu etu choisi." Même dans
"face cachée du Seigeur des Anneaux"? OO;
:p
Pour ce qui est de Terminator 3,
c'est clair qu'il faut presque voir ça comme une parodie de T2 (et de prédator), parce que ça casse pas mal l'histoire. Y a que
la fin qui rejoint le 1 (que T2 avait détruit). Mais bon, Nick Stahl pour
remplacer Edward Furlong... Ils auraient pu trouver
mieux ;) Orlando Bloom par exemple ('oh!' surpris ;) ),
ou même Di Caprio (ce qui aurait alors donné
l'impression d'un RomeoJuliet cyber
:p ). Pirates of the carribeans...
Ai po encore vu ;; snif
devait y aller hier, mais j'ai bossé sur ce chapitre à la place ;;
Elysabeth: Merci pour les gentils commentaires :) Je te rassure tout de suite"Communauté des Elfes" ne va pas devenir comme "Entraînement", un beau retour à la réalité :p Entraînement n'était pas un foutage de gueule, mais un style particulier que je n'utiliserai plus dans d'autre fic (C un style qui ne fonctionne qu'une fois ;) )
(quoique... vient d'avoir une idée de fic qui vient de flasher dans l'esprit -) )
Voilà, C tout pour cette fois :)
Le chapitre 13 ets déjà écrit, mais uniquement les grandes lignes. Je vais le paufiner, et quand j'estimerai qu'il est crédible et dans la lignée de ce chapitre ci, je le publierai :) (3 chapitres écrits d'un coup hier soir... motivée que j'étais )
A pluche tout le monde :
:Roselyne
