DisclaimerAucun des persos de Tolkien n'est à moi ,(... reniflement tristounet, mais je les emprunte joyeusement pour cette nouvelle fic

Warning: Vous vous apprêtez à présent à lire le chapitre maudit de "La Communauté des Elfes".

la bande son s'intensifie.

Il s'agit du chapitre au chiffre TREIZE.

hurlement résonne.

Des scènes sombres peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes.
Frodon- Aie! Ma sensibilité-heu!
Roselyne- Désolée, je t'avais pas vu... ;
Frodon- ouais ça va... On me l'a jamais fait, tiens... -

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LA COMMUNAUTÉ DES ELFES
Chapitre Treize – Le Monde de Cendres


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« Il ne faut plus qu'il remette les pieds à Mirkwood, Gandalf ! », Aragorn hurlait presque, des flammes semblant sortir de ses yeux. « Regarde ce qu'ils ont fait de lui ! »

Legolas reposait désormais sur son côté, les yeux fermés et cerclés de noirs, les lèvres bleuies, les traits tirés. Une cape avait été étendue sous lui et sa tunique humide d'eau et de sang avait été enlevée.

Il avait sombré dans l'inconscience peu après que Gandalf les ai rejoints, ce qui avait fait paniquer Aragorn, mais avait facilité l'apport de soins d'urgence. Le garrot que Aragorn avait apposé au bras gauche de l'elfe était peut-être la seule chose qui avait permis de le sauver à ce moment là.

Le magicien avait rapidement nettoyé la plaie avec de la neige pour voir l'étendue de la blessure et tous avaient poussés un cri d'effroi et de rage. Legolas avait réuni tout son courage après sa confession et s'était entaillé profondément l'avant-bras sur toute sa longueur, provoquant la rupture de certaines veines clés. Ce n'était plus un appel à l'aide sous le coup du désespoir. Il voulait réellement en finir.

Gandalf avait placé rapidement un onguent grisâtre sur la plaie, expliquant entre ses dents que cette crème avait la capacité de coaguler le sang rapidement et de refermer les plaies graves. Puis il avait passé un bandage de fortune autour du bras de l'elfe, en serrant autant que possible pour limiter l'hémorragie. Pendant tout ce temps, Aragorn était demeuré presque prostré, laissant à Gandalf le soin de s'occuper de Legolas. Le ranger tenait toujours l'elfe contre lui, caressant le côté de sa tête, lui parlant doucement pour essayer de le rassurer son esprit torturé, en admettant qu'il puisse encore l'entendre.

Une fois le pansement apposé, Gandalf avait signifié qu'il fallait le ramener à l'intérieur et le maintenir près du feu. Ironie du sors, le traitement devait être le même que lorsqu'il était tombé en transe au début de leur ascension de la montagne de Carad-has. Merry et Pippin avaient voulu leur prêter main forte, mais à la vue de tout ce sang, Pippin s'était évanoui et Frodon avait du prêter main forte à Merry pour le ramener à l'intérieur de l'abri. Ils avaient croisé Sam à l'entrée qui avait paniqué en voyant le couteau elfique que Frodon tenait, et surtout en voyant le sang qui maculait sa chemise. La première pensée qui traversa son esprit fut que Legolas avait essayé de tuer Frodon pour s'emparer de l'anneau.

Mais quand il vit Aragorn porter l'elfe inerte dans ses bras, et lui-même couvert de sang, il comprit sa méprise. Néanmoins il ne put s'empêcher de porter à Legolas un regard noir alors que Aragorn entrait avec lui dans l'abri et l'installait – sur direction de Gandalf – au fond de l'abri, près du feu. Gandalf allait chercher dans la faible réserve de bois que Bill portait encore, afin de raviver le feu. Il savait qu'il mettait leur propre survie en péril en faisait fit du rationnement, mais s'il restait une seule chance, aussi minime soit-elle, de sauver Legolas, elle devait être tentée. Quoiqu'il ait pu se passer, Gandalf avait la certitude que l'elfe était innocent, et payait pour quelqu'un d'autre. Et il n'aurait jamais voulu laisser un des Premier Nés mourir dans la culpabilité, surtout si son âme était pure…

« Il faudra que tu refasses comme la dernière fois », commença Gandalf à l'adresse d'Aragorn, « il ne faut pas que la température de son corps descende trop bas. Il a perdu énormément de sang… »

Il n'acheva pas sa phrase et Aragorn sentit son cœur se serrer. Gandalf essaya de faire un faible sourire en tapotant l'épaule du ranger de manière encourageante. « Parle-lui, il est possible qu'il puisse encore t'entendre… ». Il abaissa les yeux vers la forme inerte de l'elfe. « Nous avons fait tout ce qu'on pouvait. Maintenant tout repose sur lui et sur sa volonté de survivre. »

Gandalf s'éloigna rapidement, refusant de rencontrer le regard de quiconque. Il croisa néanmoins celui de Boromir, et fut surprit par ce qu'il y découvrit. Un mélange de froide satisfaction et de culpabilité. La pensée que le fils du Gondor avait à un moment ou un autre souhaité la mort de Legolas le frappa. Mais il ne pourrait en discuter aujourd'hui… Et cela ne changerait plus rien hélas.

Aragorn attendit que Gandalf fut éloigné. Il avait bien comprit pourquoi Gandalf ne l'avait pas regardé en partant. Tout dépendait de Legolas maintenant. Mais que pouvait-on espérer de ce côté-là ? Legolas avait volontairement tenté de mettre fin à ses jours. Il avait formulé le souhait de mourir. Jamais il ne combattrait pour demeurer dans un monde où la souffrance et la culpabilité avaient jalonné sa route.

Et, retirant sa veste et s'allongeant derrière Legolas, le feu brûlant devant eux, Aragorn passa ses bras autour de l'elfe et l'attira contre lui. Il posa sa tête contre la peau si froide du cou de l'elfe afin de souffler de l'air chaud derrière son oreille, et il perçut contre sa joue le pouls de Legolas. Très faible… Trop faible…

Et pour la première fois depuis longtemps, Aragorn pleura.

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Legolas gisait sur le sol, dans une pièce grise dont les murs étaient faits de grosses pierres. Pendant un moment, il ne fit que regarder les pierres, sans réellement chercher à savoir ce qu'il faisait là, ni d'où venait la lumière.

Puis lentement il roula sur le dos, et vit qu'au-dessus de lui, se trouvait également de la pierre. Il fronça les sourcils et observa la pièce où il était avec plus d'attention.

Je vous en prie, Valars, faites que ce ne soit pas ce que je crois ! Je ne veux pas retourner dans cet endroit, non, je vous en prie !

Il se redressa brusquement, mouvement qui provoqua un lancement dans son bras gauche. Partout autour de lui, c'était de la pierre. Il n'y avait aucune source de lumière, et pourtant il pouvait y voir. Pas aussi clair qu'en plein jour, mais suffisamment pour lui montrer qu'il n'existait aucune issue.

Voici ta punition, fils, pour avoir osé me défier !

La voix de Thranduil résonnait sinistrement dans sa tête. Sauf que cette fois il avait fait encore plus fort que lors de la précédente punition de ce style. Cette fois Legolas n'était pas enfermé dans une cellule…

Il était emmuré vivant !

La panique le submergea et il se mit à frapper frénétiquement du plat de la main, du poing, ou du pied, sur les pierres qui ne bougèrent nullement. Il n'entendait même pas de variations de sonorité qui lui aurait indiqué un passage derrière l'un des pans de murs. Il devait y avoir des mètres et des mètres de pierres de tous les côtés !

Personne ne t'entendra crier ici…

Il secoua la tête pour chasser la voix de son père, mais ne parvint pas à se calmer, lancé dans une ronde frénétique pour sortir de cet enfer.

Puis soudain, il se calma en regardant ces mains qui martelaient le mur. Ce n'était pas des mains d'enfants, mais des mains d'adulte. A son bras gauche, la source de sa douleur, il vit qu'un bandage y était serré. Une tache rouge s'agrandissait lentement sur le tissu blanc. Legolas remarqua également que ses vêtements étaient différents. Il portait un pantalon de cuir brun clair, et une chemise claire ouverte sur le devant et serrée par une lanière de cuir sombre. A la manière dont ses cheveux retombaient sur son visage, il réalisa qu'ils n'étaient pas attachés.

Etait-ce réellement lui ?

Il se calma. Oui, il se souvenait de la blessure de son bras. Il se l'était lui-même imposée. Ses souvenirs revenaient maintenant par bribes. Il était un adulte maintenant. Il avait quitté Mirkwood. Il était parti en mission avec des non-elfes… Il y avait un humain avec eux…

Aragorn

Ses souvenirs se déversèrent avec plus de rapidité, comme l'eau s'infiltrant doucement par un barrage, le force petit à petit à céder ; et le filet d'eau devient ruisseau.

Il avait parlé à Aragorn de ses tourments. De ses rêves (cauchemars, se corrigea-t-il), et de ses souvenirs. Il lui avait parlé… de la caravane humaine de son enfance…

Le ruisseau devint fleuve.

Il s'était confié à lui, puis il s'était ouvert les veines, pour en finir. Il ne pouvait plus vivre avec la culpabilité.

Il regarda à nouveau son bras pansé. Etait-il mort ? Auquel cas cet endroit n'était pas le paradis attendu (quel elfe maudit pourrait espérer avoir accès à Mandos ? Et par un suicide en plus !). Sous la pierre, c'était le domaine des nains. L'enfer pour un elfe.

Mais tu n'es pas un elfe, tu l'as dis toi-même. Tu devrais pouvoir supporter ça.

Legolas secoua la tête pour chasser cette voix remplie de cynisme. S'il était mort, devrait-il demeurer dans cet endroit pour l'éternité ? Il se sentit sur le point de hurler. Mais il s'y abstint, car il pouvait toujours y avoir une seconde – moins grave – situation possible. Peut-être que tout cela n'était qu'un rêve de plus. Peut-être rêvait-il de cela en suite logique à ce qu'il avait raconté à Aragorn… Mais comment en être sur ?

Est-ce que son souvenir d'avoir parlé à Aragorn et de s'être ouvert le bras était réel ? Ou n'était-ce qu'un cauchemar de plus ?

Ou encore, peut-être n'était-il jamais sorti du cachot de son père, et que tout ce qu'il avait cru être sa vie, n'avait jamais été qu'un rêve…

Alors qu'il examinait la paroi de sa cellule, espérant trouver un mécanisme caché dans les pierres, il entendit le bruit d'une lourde porte qui s'ouvrait en raclant le sol. Il se retourna et dans l'embrasure d'une porte apparue de nulle part, se tenait Alek.

Il était planté sur le seuil avec une plaie béante sur son torse. Sur son visage, le sang séché avait formé de longues traînées violacées qui évoquaient des peintures de guerres de clans humains tribaux. Il souriait.

« Viens, Legolas, on va faire un petit tour ».

Legolas demeura un instant immobile, assimilant ce qu'il était en train de voir. 'Je vois des gens morts … Les morts ne ressuscitent pas… Voilà, c'est donc moi qui suis mort...' Bizarrement il se sentit soulagé. Maintenant qu'il était mort, plus rien ne pouvait lui arriver de pire.

N'est-ce pas ?

Il s'approcha lentement d'Alek. Ce dernier lui tendit la main, levant un petit sourire timide vers lui, et lui demandant « ami ? ». Legolas marqua une pause, puis sourit tristement, et prit la main d'Alek.

« Oui… ami… »

Et ensemble ils quittèrent la cellule, et entrèrent dans les ténèbres.

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Legolas se laissait guider comme un aveugle dans l'obscurité écrasante, essayant d'habituer ses yeux au manque de lumière. La poigne d'Alek était remarquablement forte pour quelqu'un de si jeune. Forte, mais douce. Legolas ne pouvait voir son visage, mais sentait que l'enfant ne lui voulait pas de mal et se laissa guider vers une porte sous laquelle de la lumière semblait filtrer.

« J'ai quelque chose à te montrer, Legolas », dit Alek d'une voix joyeuse ; il ouvrit grand la porte et la lumière envahit le couloir. L'elfe et l'enfant sortirent ensemble. Dehors le matin était beau et ensoleillé.

Legolas s'arrêta net. Il venait de reconnaître l'endroit. C'était le terrain de jeu où son rêve le conduisait nuit après nuit. Les enfants jouaient devant lui sur les constructions aux couleurs vives. Sauf que cette fois-ci, les enfants avaient le visage des enfants de la caravane.

Au loin, les tours imposantes de la ville se dressant menaçantes vers le ciel. Aux pieds de ces tours, des dizaines de routes et de ponts regorgeaient de carrioles sans chevaux qui rugissaient tels des orcs enragés.

L'air qu'il respirait le faisait presque suffoquer. Il se souvint des paroles de Boromir quant au Mordor.
(L'air qu'on y respire n'est que poison)
Si c'était ça le Mordor… Où était le Mont Maudit ?

Puis il mis un frein à ses pensées avant qu'elles n'aillent plus en avant. Trop tard ! Ses pensées l'avaient devancé et couraient maintenant, libres. L'œil de Sauron, flottant au dessus de la tour noire… Ce pouvait très bien être la boule de lumière et de flammes qu'il savait arriver de manière imminente.

Les enfants ralentirent leur jeu et un à un tournèrent leurs visages inexpressifs dans la direction de l'elfe.

« Tu ne dois pas nous abandonner, Legolas », dit Alek en abaissant son regard sur Legolas – car entre temps ce dernier était tombé à genoux.

Le visage de l'enfant avait une expression étrange, que Legolas prit d'abord pour de la pitié. Mais non, ce regard là ne trahissait pas le moindre soupçon de compassion ; seulement une espèce d'horrible patience. Alek tendit le doigt vers la petite fille aux cheveux rouges qui regardait le ciel. Le seul élément inchangé de son rêve.

« Tu dois lui parler, Legolas. Il le faut. »

Legolas se sentait paralysé. Il essayait de bouger, mais ne semblait plus maître de son corps. Il regarda tour à tour la petite fille, Alek, et les autres enfants. Ces derniers fixaient Legolas de leurs yeux si horriblement vides d'expression.

« Tu ne dois plus traîner Legolas. Le temps presse. Bientôt il sera trop tard… ». A nouveau Legolas essaya de bouger. A nouveau, ce fut en vain.

« Je viens en ami », reprit Alek.

Mais avait-il réellement prononcé le mot ami ? Non, on aurait dit qu'Alek s'exprimait dans une langue autre, que Legolas comprenait par quelque effet magique ; et le terme « ami » était ce que l'esprit épuisé de Legolas pouvait produire de mieux pour restituer le sens du mot employé par Alek.

« La destruction du monde tel que tu le connais est proche, Legolas ».

Alek était si près de lui maintenant, que Legolas pouvait sentir les relents de mort qui s'échappaient de lui.

Du coin de l'œil, Legolas vit la petite fille tendre la main vers le ciel. L'instant d'après, le bleu azure fit place au blanc aveuglant. Les tours furent pulvérisées et la vagues de flamme se déversa depuis la ville jusqu'au terrain de jeu, engouffrant les enfants qui jamais un instant ne cessèrent de fixer Legolas du regard.

« Tu ne dois pas nous abandonner Legolas », répétaient-ils alors que le feu dévorait leur chair sans qu'ils ne manifestent la moindre douleur. « Tu ne dois pas nous abandonner. »

Legolas sentit les flammes le gagner et se recroquevilla sur le sol alors que la douleur de la brûlure se faisait trop intense. Le visage d'Alek consumé par le feu, se penchait inexorablement vers lui.

« Legolas, n'oublie pas… ! »

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Legolas sursauta légèrement et ouvrit les yeux. Face à lui il y avait des flammes qui brûlaient. Son premier réflexe fut de bondir en arrière, mais il se retint au dernier moment. Non seulement ses muscles étaient lourds, mais de plus il avait une curieuse sensation de déjà-vu. Il se força au calme et se retourna légèrement.

Il réalisa qu'il était dans les bras d'Aragorn et que ce dernier avait probablement soufflé de l'air chaud dans le creux de son oreille pour le réchauffer. Il comprit d'où lui venait la sensation de déjà vu et il sourit doucement. Ils étaient allongés à même une pelisse sur le sol et un petit feu brûlait face à eux. Aragorn s'était endormi, et Legolas sentait la chaleur du corps de l'humain dans son dos. L'elfe se demanda depuis combien de temps ils étaient là et quels étaient les événements qui avaient amené à ça. Il regarda rapidement les autres membres de la communauté. Tous étaient à proximité, mais dormaient profondément.

N'y avait-il personne qui montait la garde, bon sang ?

Soudainement Legolas se rendit compte qu'il avait trop chaud. Beaucoup trop chaud. Il s'extirpa lentement des bras d'Aragorn. Lentement du à son état de faiblesse intense, mais surtout pour ne pas réveiller le ranger. Il lui vint à l'esprit que la raison pour laquelle tous étaient si profondément endormis était intrinsèquement liée à lui : Ils avaient de nombreuses heures de sommeil à récupérer.

Legolas se sentait coupable de leur état. Mais puisqu'il avait trop chaud et souhaitait prendre l'air, autant jeter un œil à l'extérieur pour s'assurer que nul ennemi ne s'approchait. Il se dirigea à pas lents et précautionneux vers l'ouverture de leur abri, essayant au possible d'éviter de marcher sur les dormeurs. Il regarda au passage le visage de Frodon endormi. Le hobbit avait vraiment l'air d'un ange…

Legolas sourit. Le sommeil des enfants pouvait être si étonnant, parfois. Toutes les tensions de la journée s'évanouissaient en monstres maîtrisables et en aventures amusantes. Jamais encore il n'avait souhaité pouvoir dormir avec autant d'abandon.

Encore eut-il fallu que les rêves qu'il traversa ne ressemblent pas autant à des cauchemars insensés !

Pendant les périodes de marches des nombreux jours précédents, Legolas avait essayé de se persuader que l'arrivée de ces rêves si étranges, ne pouvait pas signifier une action dans le futur ou dans le passé. Il n'était pas un chaman elfe, ses parents ne l'étaient pas, et aucun de ses frères ne l'était non plus. Personne n'avait jamais semblé avoir eu le don dans sa famille. Il n'avait jamais fait de rêves dit prémonitoires, ou très peu. Trop peu pour qu'il puisse avec certitude dire qu'il ne s'agissait pas d'une coïncidence. Dans ces moments de réflexions, il se disait que son organisme s'ajustait peut-être à son nouvel environnement et réagissait d'une façon parfaitement normale à un certain nombre de bouleversements profonds intervenus dans sa vie récemment, son départ de Mirkwood et la quête de l'anneau étant les deux plus importants.

S'il faisait le point sur son existence jusqu'à présent, le terme solitude était le plus approprié. Plus approprié qu'un autre mot commençant par D. Un mot qu'il repoussait dans les oubliettes de son subconscient à chaque fois qu'il menaçait de se glisser dans ses pensées. La solitude pour un elfe, c'était acceptable. La dépression, certainement pas !

(La destruction du monde tel que tu le connais est proche, Legolas !)

La voix d'Alek résonnait encore dans sa tête. Son sourire s'effaça, mais il secoua la tête pour chasser cette pensée.

(Legolas, n'oublie pas… !)

Il se raidit, et s'éloigna de Frodon, poursuivant son chemin vers la sortie de l'abri.

Le froid le saisit avec brusquerie, lui faisant perdre tout souvenir d'un quelconque trop plein de chaleur. Pendant un moment, il ne souhaitât qu'une seule chose : rentrer dans la chaleur de l'abri. Mais tant qu'il était là, autant jeter un coup d'œil.

La tempête avait apparemment cessé. Bon signe. Le ciel était toujours noir, et la neige tombait très lentement. Et quand elle touchait les bras nus de Legolas, il n'en sentait pas le froid. Il sourit presque. Face à lui, à une dizaine de mètres, se trouvait le rebord du précipice. Legolas y avança afin de jeter un coup d'œil global sur leur entourage immédiat. Il regarda vers le bas.

Et dans son esprit une sonnette d'alarme retentit !

Il y aurait du y avoir les pans de montagnes et au loin la plaine qu'ils avaient quittés pour entreprendre l'ascension. Or, il n'y avait rien de cela.

Il n'y avait que des ruines. Des ruines de grandes demeures et de tours qui jonchaient le sol, pulvérisées comme si elles avaient été de cristal. Legolas plissa les yeux pour discerner ce qu'il voyait. Des restes de carrioles dont la charpente métallique était tordue ou rongée par la corrosion. Des ponts brisés. D'autres restes d'habitation réduites à l'état de mélange de métal et de bois noircis.

Et partout, des ossements.

Legolas tenta de se rassurer. Ce n'étaient pas de véritables os. N'est-ce pas ? Cela ressemblait trop à des sculptures dans de la pierre ou de l'argile cuit. Il s'attendait presque à ce que ces crânes se brisent avec un bruit cristallin si un poids trop grand avait été exercé dessus. Mais quel esprit malade avait pu concevoir une telle idée d'art ?

Legolas sentit un grand froid l'envahir. Il n'y avait pas de vie ici. Pas d'écho de vies non plus. Il n'y avait que le silence presque omniprésent que seul le souffle du vent interrompait de manière lugubre. Qu'il regarde à gauche ou à droite, il ne percevait absolument rien. Ou plutôt, il percevait bien quelque chose. Quelque chose qui n'était pas réellement vivant, mais qui avait une froide détermination. Il avait l'impression que sa présence vivante était une insulte en cet endroit mort, et que tôt ou tard quelque chose allait venir rectifier cela.

Legolas eut l'attention attirée par un élément sur sa droite. Et quand il le vit pleinement, il eut l'impression que son sang gelait dans ses veines. C'était un terrain de jeu. Les objets sur lesquels les enfants auraient du s'amuser étaient à moitié fondus et noircis. Leurs couleurs vives étaient parties depuis longtemps. A côté des constructions, des petits corps calcinés commençaient à être recouverts de neige.

C'était son terrain de jeu…

Legolas huma alors l'air. Il y avait une odeur bizarre qui y flottait. Il tendit une main vers un des flocons qui tombait lentement devant lui, et examina ce qu'il récolta dans sa paume et le frottant entre ses doigts.

Ce n'était pas de la neige…

C'était de la cendre… !

Ce monde qu'il ne faisait que découvrir était ce qui résultait de son premier cauchemar.

Oh Valars, est-ce que je suis arrivé trop tard ? C'est ça ce que Alek me disait ?

Ce monde était un monde de silence où seul le vent soufflait et transportait sur cette désolation les lamentations funestes de milliers d'âmes mortes dans d'horribles souffrances. Legolas étouffa un hurlement qui montait dans sa gorge. Est-ce que c'est toujours un rêve ? ou la réalité ?

Il se tourna à nouveau vers le terrain de jeu, et avança lentement, trébuchant de temps à autre dans la neige, tel un mortel maladroit ; essayant d'éviter de s'érafler sur les bouts de métal tordus qui se trouvaient sur son chemin.

C'est arrivé, il y a longtemps, pensa-t-il. Ce monde n'est pas mort hier. Quoi que ce soit qui ait pu se produire
(regarde le soleil dans le ciel)
cela date déjà…

Il finit par atteindre le terrain de jeu, avec une étrange impression. Etre venu ici si souvent en rêve et voir enfin le même endroit dans la réalité, lui donnait un frisson lugubre.

Il regarda autour de lui, superposant la réalité de l'instant avec les souvenirs de son rêve. Cela correspondait parfaitement. Là, il y avait deux enfants faisant un château de sable avec leur mère, là il y avait d'autres criant de joie sur des balançoires… Il se tourna avec un certain effroi vers l'endroit d'où la petite fille montrait le ciel, s'attendant presque à la voir toujours là, avec son étrange regard d'adulte…

Mais il n'y avait plus personne à cet endroit non plus. Et bizarrement, Legolas se sentit abandonné. Alors qu'avant la vue de cette enfant humaine (et de ce qu'elle annonçait) suffisait à l'emplir d'effroi, maintenant il avait l'impression qu'elle lui manquait. On finissait toujours par aimer son bourreau, il était dit.

Il avança lentement vers l'endroit où dans son rêve, elle était assise. Il fut surpris de la légèreté de son pas. Alors que dans ses rêves, il semblait faire du sur-place, ou que du plomb était coulé dans ses membres, ici il pouvait se mouvoir librement. Presque.

Il atteignit la construction de jeu sur laquelle elle avait si souvent été assise dans son rêve. Ici aussi la couleur était partie et le matériel était à moitié fondu, recouvert désormais de poussière fine et légère. Il contourna l'objet, et se pétrifia.

(Tu dois lui parler, Legolas. Il le faut. )

La petite fille aux cheveux rouges était toujours là, miraculeusement intacte dans ce monde calciné. Mais cette fois-ci, au lieu d'être assise, pensive, sur la construction aux couleurs vives, elle était assise par terre, dans les cendres. Ses jambes étaient étendues et sa tête était penchée vers l'avant, ses cheveux retombant légèrement cachant ses yeux. Elle arborait ici une attitude de désespoir et d'abandon.

'Pas étonnant', se dit Legolas en faisant les deux derniers pas qui le séparait de la petite humaine, 'qui ne serait pas désespéré dans un monde pareil… ?'

Une minute, jeune écervelé. Comment a-t-elle pu survivre dans un endroit pareil ?

La voix avait l'âpre timbre de son frère aîné, Odùrin. La réponse vint tout naturellement à Legolas, sans qu'il ait à y réfléchir.

Parce qu'elle ne fait pas plus partie de ce monde que moi…
Pourtant elle correspond plus aux autres enfants de ce monde étrange, qu'aux enfants que tu connais de ton monde
Mais les enfants ne la voient pas non plus.
Qu'en sais-tu ? A-t-elle essayé de leur parler ? L'ont-ils ignoré ? Tout ce que tu sais d'elle, c'est qu'elle se tient à l'écart d'eux et ne cherche pas à communiquer avec eux. Et eux sont tellement occupés à jouer pour penser à parler à quelqu'un qui ne souhaite pas tant que ça leur présence!
Elle sait que les flammes vont venir.
Elle a juste vu ce qui a provoqué cela.
Je n'ai rien vu à part la lumière.
Toi tu ne le vois pas parce que tu ne sais pas quoi regarder.
Alors elle sait quoi regarder car elle sait ce qui va arriver, maintenant la ferme !

Legolas serra les dents. Il en avait assez de ces constantes querelles avec les voix dans son esprit. Surtout que ces voix avaient immanquablement le timbre de personnes qu'il haïssait profondément. Il s'accroupit face à l'humaine et avança une main vers son épaule pour la réveiller ou s'annoncer à elle.

Parfait, et que vas-tu lui dire ? « Bonjour, je ne sais pas qui tu es, mais je n'arrête pas de rêver de toi depuis des mois, et le fantôme d'un enfant que j'ai tué il y a longtemps est venu dans un de mes rêves me dire qu'il était temps que je me décide à te parler. Oh ne t'inquiète pas, je ne suis pas ici pour te tuer ! L'autre enfant, je l'ai assassiné il y a plus de deux milles ans. Il y a prescription, je pense, non ? »

La ferme !

Mais la voix avait raison sur un point. Qu'allait-il bien pouvoir lui dire ? A ce moment, sa main entra en contact avec l'épaule de la petite fille.

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Aragorn ouvrit les yeux. Le soleil s'était levé. Il le sentait, à défaut de pouvoir le voir. La tempête faisait toujours rage au dehors. Il abaissa les yeux vers Legolas et pendant un moment, il ressentit une profonde tristesse qui fit venir à ses yeux des larmes qu'il pensait avoir écoulées depuis longtemps. Pendant un moment, Aragorn eut la certitude que Legolas était mort. Qu'il était mort alors que l'humain s'était endormi au lieu de veiller sur lui.

Legolas n'avait pas bougé depuis le début. Il n'y avait aucune amélioration. Aragorn eut l'impression d'être renvoyé plus tôt dans leur parcours. Quand Legolas avait eu sa première crise et avait eu l'air d'un cadavre dans ses bras. A ce moment-là, ils pensaient avoir atteint le pire. Et pourtant, s'ils s'y étaient prit à temps à ce moment là, ils auraient pu sauver Legolas, au lieu d'attendre qu'il ait passé le point de non retour comme hier.

Legolas lui avait dit qu'à Rivendell, à la rivière, Aragorn lui avait sauvé la vie. Ce qui voulait dire que Aragorn était responsable de la vie de Legolas désormais.

Et pourtant, il se sentait impuissant face à la force du destin.

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A suivre

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Voilà :)

Désolée du temps que ça a prit, mais bon, ce chapitre était plus long que les autres hein ? ;) Puis je devais être certaine de pas tout révéler d'un coup… Il y a encore pleins d'autres chapitres qui vont arriver ;)

Si certain(e)s de vous m'ont écrit en privé, je n'aurai vos mails que ce soir quand je rentre chez moi ;)

Aurialie : un lancer de PC par la fenêtre :) (oui, je précise PC, car MAC C bien mieux ;) moi aussi je haïssais MAC avant, comme beaucoup, puis après avoir bossé 1 semaine sur un, je suis convertie :) )
« Immortal » : j'ai écouté… Fodra que je réécoute à nouveau, ça paraît calme quand même ;)

Elysabeth : une tournure plus gaie dans l'histoire ? Disons que quelques pauses de temps à autre mais bon… ;) (j'essaye quand même de mettre un peu d'humour dans les chapitres… sauf que C bien planqué je sais ;) ) Quand aux elfes mesquins… Là G surtout décrit ce qui se passait à Mirkwood, et encore quand Thranduil a ordonné à Legolas de tuer Alek, il y a eut quelques murmures désapprobateurs chez les autres elfes, ce qui veut dire qu'ils n'avaient pas tous la même vision des choses. Mais bon, Thranduil a quand même l'air d'avoir une bonne raison de haïr les humains aussi ;)

(ou alors CT pas clair dans le chapitre précédent -( )

Gwendolen : merci beaucoup :))))) Hé oui, ça commence à bouger, j'admets qu'il n'y avait pas eu beaucoup de choses hormis les rêves de Legolas et ses prises de tête… Ca va venir ;) Combien de chapitres ? j'ai dit 50 … 100…. En fait j'en sais rien, mais beaucoup, ça C certain ;)

Alana Chantelune : intéressante ta remarque sur l'age de Legolas. En fait, comme j'ai entendu cinquante milles versions différentes de l'âge des elfes et de la manière dont ils vieillissaient, pour cette fic, j'ai décidé de faire simple : Puisque Legolas a l'air d'avoir entre 25 et 30 ans pour 2931 ans… Règle de 3 : un facteur de - 120. Donc à 700 ans, Legolas a l'apparence d'un enfant de six ans ;) Quant à Thranduil, merci pour les infos (ai très peu d'infos sur lui hormis les fic que je lis, hé oui, ai pas encore lu 'Simarillion' ni 'Bilbo the Hobbit'). Dans cette fic, plus tard, je révèle pourquoi Thranduil haït autant les humains (bien que le chapitre précédent aurait du déjà commencer à donner des indications….. ouin, personne n'a comprit apparemment ; ; Je me suis encore plantée TT )

Nefra : merci du soutien :) Peut-être que je devrais mettre en ligne des poupées vaudou Thranduil… ;) Au moins une chose qui rendrait Legolas content :p (je devrais peut-être arrêter d'écrire autant de conneries en fin de chapitre… Ca casse l'ambiance, non ? ;) )

Orianne : lol, le Naheulbeuk :D GT justement en train de l'écouter à ce moment là :D Meuh non ça sera pas en 2010 la fin de « Communauté des Elfes ». J'espère finir fin 2004 ;)

Voilà, C tout pour cette fois :) Si ça peut vous rassurer, le chapitre 14 est à moitié fini ;)

A pluche tout le monde et faites pleeeiiins de folies (et effrayez les gens dans la rue, C marrant ;) ). Moi mon défi de cette semaine : me balader en plein Bruxelles en heure d'affluence, avec des oreilles d'elfe et compter le nombre de personne qui vont réagir ;)

Bises ;

:Psycho-Roselyne :D