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LA COMMUNAUTÉ
DES ELFES
Chapitre Dix-sept – Hurlement
Le vent soufflait lugubrement et semblait parcourir de ses doigts glacés chaque centimètre de peau non protégé par des peaux ou lourdes capes. Les hobbits commençaient réellement à regretter de ne jamais avoir prit la peine de se confectionner des chaussures. Leurs pieds étaient bleuis par le froid et ils ne sentaient plus leurs orteils. Ils avançaient silencieusement en file indienne, suivant Boromir et Gimli, Gandalf ouvrant la marche. Sam était le dernier hobbit, tirant Bill le poney le long de l'étroit passage qu'ils empruntaient à l'instant.
Aragorn soupira. Peut-être qu'il devrait suggérer que les hobbits montent sur le poney pour au moins se protéger du froid, mais la pauvre bête portait déjà tellement de matériel Et puis il y avait toujours la peur tacite que l'animal ne perde contrôle de lui-même et se lance dans une galopade mortelle, entraînant les hobbits avec lui.
Le ranger fermait la marche, portant Legolas emmitouflé dans une couverture sombre. L'elfe pouvait avoir l'air frêle, et être capable de marcher sur la neige sans s'y enfoncer Inconscient, il avait son poids Mais là non plus, Aragorn n'aurait pas voulu le placer sur le poney. La vision du poney se jetant dans le vide avec quatre hobbits sur son dos avait été remplacée par la vision du poney faisant le grand saut avec un elfe inconscient sur le dos, qui n'aurait jamais su comment il était mort.
Et le ranger ne voulait pas non plus confier la mission de porter Legolas à quelqu'un d'autre. Gandalf était trop vieux, Gimli trop petit – et les nains n'étaient guère friands d'aider des elfes – et Boromir Autant tout de suite placer Legolas sur le poney et donner à l'animal une grande claque pour qu'il s'élance vers le précipice !
Aragorn jeta un bref coup d'il au ciel, espérant apercevoir une accalmie prochaine dans ce qu'il soupçonnait être une tempête de neige imminente. Mais au jour morne et sale, succédait la nuit morne et sale. Il reporta son attention au visage de Legolas, frissonnant à nouveau en voyant ces yeux fermés. L'elfe était plus pâle que dans l'abri, mais la température était plus basse aussi.
Le ranger fronça un instant les sourcils. Etait-ce une illusion du à la lumière ou au vent qui lui irritait les yeux ? Ou est-ce que l'expression de Legolas n'était plus paisible, mais semblait légèrement tendue ? Etait-il de nouveau passé du mode sommeil au mode transe ?
Aragorn chassa ces pensées. Il ne servait à rien de s'inquiéter ici. Il ne pourrait de toute façon rien faire pour lui dans un tel endroit. Il fallait trouver rapidement un abri pour tous. Là seulement il pourrait s'occuper plus correctement de l'elfe. Il leva les yeux et vit que ses pensées l'avaient inconsciemment fait ralentir. Il accéléra le pas, ignorant le tiraillement de ses bras, et rejoignit la file.
Legolas avait toujours les yeux fermés, luttant contre les voix qui se pressaient dans son esprit. Oublié le bien être qu'il avait ressentit quand il était rentré dans la lumière avec l'aide de cette femme aux cheveux rouges. Il était de plus certain que ce n'était pas la première fois qu'il rêvait d'elle.
Et là, il eut un comme un déclic au fond de son esprit.
Un rêve ! Tout cela n'est qu'un rêve ! Aragorn m'a dit que j'entrais en transe parfois Si c'est un rêve, je n'ai rien à craindre
Cette pensée le ramena au ranger, et il se souvint de la voix d'Aragorn qu'il avait entendue alors qu'il était blessé et sous l'eau sombre. Cette voix était-elle une voix parmi d'autre dans sa tête ? Ou était-ce une voix en provenance de la réalité ? De l'endroit où tous les autres se trouvaient, éveillés ?
Il m'a
appelé C'est peut-être sa voix qui m'a permis d'avoir
assez de force pour sortir de l'eau.
Que comptes-tu faire alors, pauvre fou ?
Il faut que je sorte d'ici. Il faut que je trouve le moyen de sortir d'ici.
Tu aimes tant que ça le monde extérieur ? Un monde où tous
te haïssent et voudraient te voir mort ?
Pas Aragorn ! C'est--
C'est quoi ? Un « ami » ? C'est ça que tu voulais
dire ? Et toi ? Quelle amitié lui as-tu offert ?
Tu t'es confié à lui. En gros tu t'es débarrassé
d'un poids gênant pour lui mettre sur ses épaules à
lui, et ensuite tu t'es ouvert les veines sans lui laisser une chance d'intervenir!
Comment crois-tu qu'il doit se sentir, lui maintenant ? Ah, elle est belle,
ton amitié !
Cette réalisation frappa Legolas comme un coup de poing et il ouvrit les yeux en inspirant profondément. La blancheur rassurante et tiède dans laquelle il était entré avait disparu. Ou plutôt, elle avait été modifiée sensiblement. Il se trouvait allongé dans de la neige. Il pouvait même en sentir le picotement sur ses mains et sur la pointe de ses oreilles. Il essaya de se relever mais son corps lui parut lourd comme du plomb. Il retomba et regarda le ciel au dessus de lui, au travers des arbres morts et décharnés. Le ciel avait une étrange teinte blafarde, tirant vers un vert malade. Et tout semblait tourner autour de lui.
Je dois me réveiller ! Rien de ceci n'est réel, je dois me réveiller !', se répétait-il, comme un mantra.
Tu vas peut-être te réveiller, reprit la petite voix amère au fond de lui, mais n'espère pas qu'Aragorn sera là pour t'accueillir les bras grands ouverts. Pas après ce que tu lui as fait !
Legolas sentit la culpabilité lui ronger le cur, mais continua de réciter son mantra, espérant que cela puisse fonctionner. Il ressentait une autre peur, maintenant. Il ressentait une menace qui commençait à se profiler. Ce n'était pas quelque chose de visuel C'était quelque chose qui se rapprochait lentement, mais sûrement.
Tu as fait l'imbécile, et tu as perdu le seul ami que tu avais ! Tu es un poids pour la Communauté et le seul allié que tu avais, doit maintenant te haïr. Tu es vraiment sur de vouloir remonter ?
Legolas ferma les yeux, autant pour se donner la force que pour combattre la nausée qui le prenait dans un endroit pareil. Il sentit alors la forêt, l'étrange odeur qu'elle portait. L'odeur douce et suave habituelle était presque entièrement masquée par une odeur de décomposition et une odeur vaguement métallique. Il sentit la peur le gagner.
Je dois partir d'ici ! Il va se produire quelque chose ! Il faut que je sois loin quand cela va se produire, sinon
Sinon quoi ?, reprit la voix au fond de son esprit. Que veux-tu faire à part mourir ? N'aurais-tu pas épargné bien des souffrances autour de toi si tu t'étais ouvert les veines bien plus tôt ?
--ARAGORN ! --
N'aurais-tu pas épargné la vie de ta mère, si tu t'étais décidé à ne jamais venir au monde ?
--ARAGORN !! --
Legolas hurla ce nom mentalement du plus fort qu'il pu. Il ne pouvait compter que sur Aragorn dans le monde extérieur. Seul le ranger pouvait le ramener. Encore eut-il fallut qu'il veuille l'aider. Legolas se promit de se battre, une fois à l'extérieur, pour regagner la confiance d'Aragorn, même s'il devait passer le restant de ses jours à s'excuser pour ce qu'il avait fait.
Car si maintenant le ranger l'abandonnait, il ne pensait pas qu'il pourrait y survivre.
--- ARAGORN !!! ---
Il fallait qu'il trouve le moyen de communiquer vers Aragorn. Il sentait la chose se rapprocher.
« ARAGORN !!! ». Il hurla ce nom dans son rêve même, espérant faire éclater le mur le séparant de la réalité comme du fin cristal. Il fallait que le ranger l'entende. La peur de ce qui se rapprochait commençait à le saisir à la gorge. Il avait besoin de sentir la présence rassurante d'Aragorn près de lui, de sentir ses bras qui l'empêcheraient de tomber ; d'entendre sa voix qui lui dirait qu'il était là et que tout était fini
Mais ici, il était seul. Personne n'était là pour l'aider, et il avait l'impression, allongé dans cette neige, sous ce ciel étrange, qu'il sombrait au plus profond de lui-même. La chose qu'il sentait approcher, lui paraissait étrangement familière, et il craignait que la vérité qu'elle transportait ne le fasse sombrer dans la folie.
Tu sais que
tu peux stopper cette peur à jamais si tu le souhaites
Tais-toi !! Je n'attenterai plus à mes jours ! Pas tant qu'Aragorn
peut avoir besoin de moi !
Ses autres rêves lui revinrent rapidement en mémoire sous formes de flash très rapides. Les enfants jouant dans la plaine de jeu, près de la ville aux hautes tours ; la petite fille aux cheveux rouges montrant le ciel où la boule de feu éclate. Alek qui lui dit de ne pas les abandonner, qu'il doit parler à cette fille. Le monde de cendre résultant de la vague de feu ; la petite fille dévorée par les insectes ; la wyverne recouverte de métal qui essaye de le tuer ; la femme aux cheveux rouges qui lui sauve la vie, enfant, et qui se comporte de manière douce avec lui ; la douce mélodie
Les yeux de Legolas s'écarquillèrent quand il comprit.
La mélodie que cette femme chantait La même mélodie que lui-même avait chanté lors de sa première rencontre avec Aragorn.
Qu'est-ce que ça veut dire ? J'ai appris cette mélodie dans un rêve ?
Puis il se rendit compte qu'il l'avait toujours su A ce moment-là, la pression de la peur fut la plus forte ; il sentit son cur cogner dans sa poitrine, comme s'il voulait s'en extraire. Il entendit des pas dans la neige, se rapprochant de lui.
J'ai peur de découvrir ce qui fait ce bruit Car je sais qu'il y a des implications bien plus grandes que l'apparence première que cela aura
Legolas se sentait paralysé par la peur, et sentait des larmes de terreur monter à ses yeux et l'aveugler.
Tu sais que tu peux stopper cette peur à jamais si tu le souhaites, répéta la voix au fond de lui. Tu peux arrêter tout maintenant et ne pas regarder
Il se redressa à demi au prix d'un grand effort, et vit la personne qui s'était arrêtée et se trouvait désormais près de lui
C'était un humain. Vêtu d'une tenue semblables aux rangers, avec un long manteau de cuir brun et usé par endroit, et il tenait dans sa main droite quelque chose à quoi Legolas ne prêta pas beaucoup d'attention. L'elfe remonta les yeux vers le visage de l'homme, sentant la peur l'étrangler.
Ce rêve... Je l'ai déjà fait...
Aragorn avançait toujours contre le vent à la suite des hobbits quand il sentit Legolas se raidir. Au début il cru qu'il avait tout imaginé, mais en portant son attention sur le visage de l'elfe, il se rendit compte qu'il était impossible de nier l'expression tendue sur les traits de Legolas. Il ralentit le pas.
« Legolas ? »
Legolas avait les yeux fixés sur le visage de l'humain. Les traits étaient presque fins, comme coupés aux ciseaux. Probablement un beau visage, selon les normes humaines. Des cheveux blond foncés mi-longs, rattachés en une queue de cheval, des yeux clairs et étranges
J'ai déjà vu cet homme, réalisa Legolas alors que son propre corps devenait douloureux sous la terreur. Mais ce n'était qu'un rêve... N'est-ce pas?!
A ce moment, l'humain eut un sourire qui aurait presque été rassurant s'il n'avait pas eut l'air si fabriqué.
« Legolas Greenleaf ? »
Cette fois, Legolas laissa l'air contenu dans ses poumons s'échapper sous la forme d'un hurlement.
Aragorn sursauta quand Legolas poussa un hurlement en se crispant dans ses bras, et il faillit le laisser tomber dans la neige. Tous se retournèrent à ce moment là et virent le ranger qui posaient rapidement l'elfe sur le sol blanc alors que ce dernier hurlait et se débattait.
« KYRIEH,
RO SAA ELLER ! RO AMIN UTUE ! RO SAA ELLER!!! TUA AMIN, KYRIEH!!!»
(Kyrieh, il est là ! Il m'a trouvé ! Il est là!!!
Aide-moi, Kyrieh!!!)
Aragorn fronça les sourcils à ce nom inconnu - notant juste que ce n'était pas un nom elfique - mais ne perdit pas de temps à demander à Legolas qui était ce "il". Il le serra contre lui, emprisonnant ses bras entre leurs deux poitrines. Les hurlements de terreur de Legolas n'en continuèrent pas moins. Refermant ses mains dans le dos de l'elfe, le ranger le serra de toutes ses forces, comme s'il voulait lui communiquer sa paix et sa chaleur. Il jeta un coup d'il circulaire pour trouver l'éventuelle menace dont Legolas parlait. Mais il était clair à ses yeux que l'elfe était en plein délire. Pourtant lui aussi sentit les cheveux sur sa nuque se hérisser légèrement.
Etait-ce la terreur de Legolas qui se communiquait à lui, ou lui aussi ressentait-il une présence invisible ? Cela pourrait-il être ce que Gandalf s'efforçait de lui cacher ?
Il continua à épier les alentours comme une bête traquée. Le crépuscule commençait à s'avancer sérieusement, et la neige commençait à tomber, malmenée par le vent. Au loin, vers ce qui devait être la plaine qu'ils avaient quittée, il lui sembla voir quelques éclairs trouer l'obscurité.
C'est ce foutu orage !', se dit Aragorn. L'atmosphère est chargée La tempête que nous redoutions approche Et elle sera bientôt sur nous. Il nous faut trouver un abri au plus vite !!!'
Il se redressa. Legolas avait peu à peu cessé de se débattre et s'était cramponné à lui comme un homme qui a peur de se noyer. Son visage était enfoui contre sa veste de manière que Aragorn ne savait pas s'il était toujours conscient ou non.
« Qu'est-ce qu'il a encore ? », la voix de Sam lui parvenait par intermittence, coupée par le vent qui s'était brusquement levé. Au regard de meurtre qu'Aragorn lui jeta, Sam regretta ses paroles qui étaient plus dures que ce qu'il avait initialement voulu exprimer.
« Rien qui retardera votre septième petit déjeuner, Sam Gamgee ! », répondit le ranger sur un ton dur et sec. « Nous continuons !! ». Aragorn se mit debout complètement, serrant son bien précieux contre lui. Le fait que Legolas puisse à nouveau communiquer – même dans le cadre d'un délire - lui rendait espoir et force. Il accéléra le pas, passant devant un Sam qui se mordait la lèvre inférieur, guère à l'aise. Il fallait rapidement trouver un abri.
Mais il fallait également rapidement partir de cet endroit.
Legolas pouvait sentir la présence du ranger, et le froid mordant de l'endroit. A plusieurs reprises, il fut tenté de sombrer dans l'inconscience où le froid ne pouvait l'atteindre, mais il s'y retint de justesse à chaque fois.
Je ne veux
pas me cacher dans ces ténèbres.
Je ne veux plus fermer les yeux
Seul le Valar sait ce qui se cache derrière eux
Ne pas dormir Ne pas mourir
Et pourtant, les ténèbres l'emportèrent à nouveau sans qu'il s'en rende compte
[A suivre]
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Moui Je sais. J'ai pas pu attendre un peu avant de poster la suite de ce matin ;) Que voulez vous, quand vous avez l'inspiration (aidée parfois par une bonne musique ;) )
Donc vous avez eu deux chapitres pour le prix d'un :D
Avant d'aller faire mon « défi-elfe » du jour, je vais déjà répondre aux deux reviews que j'ai reçues pour le chapitre 16, celles qui viendront par la suite, seront répondues lors du chapitre 18 ;)
Elysabeth : oops Peut-être que c'était une erreur (le cas oui-ja), mais tu t'es exprimée de la même manière que la personne avec qui j'avais discuté de ça sur MSN, où j'avais dit que j'aimais bien cette expression, mais que oui-ja était un terme trop récent (moins de 200 ans) pour être adapté. Comme tu as fait allusion à ce paradoxe, j'ai cru que CT toi ^^;;;;
Aurialie : hee he, la reine de la poupée vaudoux :D Il faudra que je te fasse un dessin de Thranduil tel que je le vois dans la fic, pour que tu en crée un poupée vaudoux ;-)
Pour les oreilles d'elfes, essaye l'adresse que je t'ai filée sur MSN. Y a moyen d'en commander là. Elle sont même mieux que celles que j'ai actuellement. D'ailleurs, je vais aussi en commander là, et les porter TOUS LES JOURS :D
A pluche tout le monde :)
*beezoooooooh :* *
::Roselyne::
