Disclaimer: Aucun des persos de Tolkien n'est à moi ,(... reniflement tristounet, mais je les emprunte joyeusement pour cette nouvelle fic
Warning: Ce chapitre est le plus long de toute la série jusqu'à présent. Vu aussi qu'il a fallu plus d'un an pour qu'il paraisse, je vous conseille de relire les précédents chapitres pour vous remettre les choses en mémoire ;-)
LA
COMMUNAUTÉ DES ELFES
Chapitre Vingt et un – Il sera ton ami…
°
°
'Au mordor... Dans les flammes de Mount Doom, nous avons du le jeter.'
Legolas ouvrit les yeux sur le pan rocheux face à lui. Une lueur orangée semblait s'élever depuis le bas et éclairer les parois de pierres qui se refermaient au-dessus de lui en une fausse arcade. Il réalisa à ce moment qu'il faisait chaud, horriblement chaud, comparé à la froideur de la grotte où ils avaient tous trouvé refuge un peu plus tôt. L'air était suffocant et semblait trembler sous l'effet de la chaleur. Legolas abaissa les yeux.
En bas, il n'y avait plus rien. Rien que de la lave bouillonnante. Il se trouvait sur une corniche et réalisa qu'il savait où il était.
"Au mordor... Dans les flammes de Mount Doom-..."
Il s'interrompit en entendant le timbre enfantin de son murmure. N'était-il point censé être un adulte ?
Sa respiration s'accéléra. 'Est-ce encore un autre rêve ?', il fronça les sourcils : sa voix avait le timbre d'un enfant, c'est vrai… Mais elle avait une certaine dureté qui annonçait déjà l'adulte qu'il serait plus tard, quand il partirait en expédition pour le Mordor.
Son esprit se figea lentement, comme une toile d'araignée géante qui aurait été tirée à son maximum de traction et qui essayerait maintenant de reprendre sa forme initiale.
(Attends une minute… Je suis actuellement au Mordor. Pourquoi je-)
Il se concentra. Il était un peu plus tôt avec des gens. Plusieurs personnes… Il lui semblait avoir été le seul elfe du groupe…
(Et nous nous rendions au Mordor pour-)
Et à ce moment, il y eut comme un nuage sombre et compact dans son esprit, occultant le reste de ses pensées. Un petit nuage sombre qui commençait à se répandre doucement, pour la plus grande panique du jeune elfe. Ca, et le fait qu'il réalisait qu'il devait lui manquer énormément de temps en mémoire. Ils étaient un groupe et devaient aller au Mordor… Et ils y étaient maintenant ?
Que s'est-il passé? Comment et quand est-on arrivé là? Pourquoi je ne me souviens de rien?
Derrière lui, il entendit des pas qui se rapprochaient en claudiquant. Il se retourna lentement, s'attendant à voir un homme de grande taille vêtu de sombre, et aux cheveux bruns... Mais la personne vers qui il leva les yeux – ce qui lui en apprit beaucoup sur la taille et donc l'âge qu'il devait avoir – si elle avait les mêmes yeux gris clairs, était une femme aux longs cheveux rouges.
Kyrieh? Mais qu'est-ce que...?
Il nota rapidement les détails avec une curieuse impression de déjà-vu. Elle tenait son bras violacé contre elle et regardait vers le bas. Les traits de son visage étaient tirés et une fine couche de sueur, mêlée de sang et de poussière recouvrait sa figure. Ses cheveux rouges collaient à sa peau, et une longue balafre partait de son front et créait un sillon rougeâtre le long de sa joue gauche. L'humaine lui faisait penser à une corde d'arc sur le point de se briser. Mais, malgré son image déformée par l'air chaud et miroitant de l'endroit, il la trouva belle. Comme on pouvait trouver une épée belle, ou une flèche belle… Durant un instant, elle lui rappela un autre humain. Un humain avec des cheveux plus courts, plus foncés…
Et de nouveau, la zone sombre. Il était presque certain de pouvoir situer ce visage. Comme Kyrieh, cet homme avait des yeux profonds et clairs… Et pourtant, dès qu'il essayait de fixer son œil interne sur ce visage, ce dernier disparaissait dans la brume sombre… Legolas sentit des larmes de rage et de désespoir mêlés perler au coin de ses yeux.
'Je suis en train de rêver… J'espère… Car quelqu'un était avec moi en route pour le Mordor… Quelqu'un qui voulait me protéger…'
Une fois encore, il eut l'impression que ce visage humain allait sortir complètement de la brume noire, et qu'il entendrait ce nom qu'il ne pouvait plus situer. Il l'entendrait comme un doux bruissement dans les feuilles d'arbre le matin, et il saurait que ce serait celui qu'il cherchait.
Puis il croisa le regard tendu de Kyrieh, en train d'inspecter la lave vers le bas, toujours sur ses gardes, prête à bondir à la moindre alerte et à se placer entre le danger et lui-même.
'Idiot', dit une voix au fond de lui. 'Tu cherches quelqu'un qui t'as protégé jusqu'au Mordor ? Regarde face à toi et cesse de te creuser inutilement la tête !'
Legolas réalisa que c'était vrai. Depuis le moment où Kyrieh l'avait sauvé des griffes du tueur dans la forêt de Mirkwood, elle ne l'avait jamais abandonné, avait toujours été là pour le protéger et le rassurer. Et il savait très bien qu'elle n'hésiterait pas à mourir pour lui.
Ses yeux revinrent invariablement vers la lave qui bouillait sous la corniche où ils se trouvaient tout le deux. Des souvenirs lui revinrent, précis. En bas, il y avait eu quelque chose qui hurlait avant de s'éteindre à tout jamais. Quelque chose qui voulait sa mort…
« C'est fini…», s'entendit-il dire, la voix encore légèrement tremblante. Sa jeune voix cachait mal le tremblement qui l'habitait. Pouvaient-ils enfin espérer que leur calvaire soit terminé ? Avaient-il vraiment vaincu leur ennemi, ou ce dernier allait-il revenir pour une dernière frayeur ? Il entendit sur sa gauche la respiration étrange de Kyrieh et se retourna. Le regard de la femme humaine semblait s'être vidé. On aurait pu attribuer ça à l'épuisement qu'elle devait ressentir depuis les mois que durait cette expédition. Mais Legolas se souvint avoir déjà vu ce type de regard chez des elfes. Des elfes qui avaient perdu toute envie de vivre, toute motivation à continuer. Kyrieh ne semblait pas goûter à cette victoire qui venait de s'offrir à eux. On aurait même dit que cette victoire venait de lui ôter un but.
« Pour l'instant… », répondit Kyrieh d'une voix neutre, après un instant de réflexion. Le regard de Legolas voyagea entre l'humaine à ses côtés et la lave rougeoyante en bas. La conclusion s'imposa à son esprit. Ce n'était pas une victoire en fait. Simplement un répit. Et la prochaine fois, qui sait le visage que l'ennemi revêtirait…
« D'autres viendront, c'est ça ? »
Kyrieh tourna son regard vers l'enfant elfe, et pendant un instant, Legolas eut l'impression qu'elle ne le regardait pas lui, mais quelqu'un d'autre derrière lui… Celui qu'il deviendrait un jour. Il sentit un frisson parcourir son échine alors qu'un sourire s'esquissa sur les lèvres de Kyrieh. C'était un faible sourire, mais il y avait une fierté mélangée de tristesse en ce sourire.
« Oui… »
C'était un murmure, mais Legolas put lire sur ses lèvres, et cela l'effraya. Non pas que d'autres tueurs puissent être envoyé à ses trousses, mais plutôt la sensation de n'être qu'un pion dans un gigantesque plan, et que chacune de ses paroles l'emprisonnaient petit à petit dans la toile du destin.
Il eut la sensation qu'il avait été prévu qu'il dise un jour ces paroles, et il sentit ses genoux se dérober sous lui. Il parvint à rester debout au prix d'une grande concentration et prit conscience de la chaleur étouffante autour d'eux. Il regarda une dernière fois vers la lave, belle, et dangereuse… A la fois alliée et mortelle ennemie.
Il passa une main sur son front, sentant la sueur qui y perlait. « Nous devrions partir d'ici. J'ai du mal à respirer Kyrieh… »
Kyrieh lui sourit doucement, puis une ombre passa devant ses yeux et elle tourna la tête vers l'extérieur. Legolas y déchiffra une étincelle de peur, elle semblait redouter quelque chose venant de l'extérieur de la corniche.
'Elle va mourir… Tu peux sentir ça, non ?'
Legolas secoua violemment sa tête pour chasser ces pensées et leva les yeux vers Kyrieh. Elle avait prit sa réaction pour une tentative de sortir de sa torpeur. Mais le petit elfe la fixait de ses yeux écarquillés.
'Il faut que je me souvienne…. Je suis déjà venu ici… et j'ai déjà vécu cette situation… Il va se produire une catastrophe et je dois l'en empêcher !'
Kyrieh s'approcha lentement de lui. « Tu as raison, nous ne pouvons nous attarder ici… ». Sa voix semblait calme, mais Legolas décelait une tension, tout au fond. L'humaine s'agenouilla devant lui, et lui posa les mains sur les épaules. Pendant un long moment, elle plongea son regard dans celui de l'enfant, et une fois de plus, Legolas eut la sensation que le temps s'accélérait, qu'il était sur la pente glissante du destin et que s'il ne faisait rien, il allait tomber dans des abysses mortelles. Mais la panique le gagnait doucement et il avait de plus en plus de mal à visualiser à quelle racine il pourrait se raccrocher pour changer ce destin.
« Legolas… ». Cette fois, le tremblement dans sa voix ne pouvait être nié. " Legolas, j'aurais tant voulu t'emmener avec moi, loin de cette enfer… ". Elle l'attira contre lui, entourant de ses bras ses frêles épaules. « Promets moi d'être heureux… Quoiqu'il arrive… »
Legolas était un enfant, mais un enfant elfe ! Et il comprit le sens caché de ces paroles. Il crispa ses poings sur la tunique de l'humaine et redressa la tête, les yeux brûlants. « Tu ne peux pas mourir ! Non ! Tu ne peux pas mourir ! »
Kyrieh jeta un rapide coup d'œil – probablement involontaire – vers l'extérieur, puis ramena son regard vers l'enfant, posant une main douce – en comparaison avec son apparence guerrière – sur sa joue. « La première fois, j'aurais pu refuser… Mais je me suis portée volontaire pour te protéger… Cette fois-ci, on m'a faite dans ce but… ». Elle sourit tristement : « Mais si j'avais pu encore choisir, j'aurais prit la même voie…». Son regard était brûlant.
Legolas avait des larmes perlant aux yeux. Il ne comprenait pas de quoi elle parlait, mais il savait une chose, ils allaient être séparés très prochainement… Très prochainement, elle allait mourir… Et il sentait qu'elle avait peur… Il sentait la terreur totale qui se cachait derrière son sourire triste.
« Ne meurt pas… », coassa-t-il. « Ne me laisse pas… »
Il se jeta contre elle, le front posé contre son coup, les mains crispées contre sa tunique. Kyrieh ferma les yeux, posant une main à l'arrière de la tête de Legolas. « Tu ne seras pas seul… Un jour… », elle s'interrompit, prit une profonde respiration, puis reprit, « Un jour, tu rencontrera un homme… Un roi des hommes… Il sera ton ami… Et il te protégera… »
Legolas sentit un frisson glacé parcourir son dos. Pendant un instant, il lui avait semblé savoir de qui elle parlait, il lui avait presque semblé voir un visage dans son esprit, puis la sensation s'était évanouie dans les ténèbres qui se rassemblaient autour de lui. Il voulu relever la tête, mais celle-ci lui sembla peser une tonne sur son frêle cou. Il crispa encore plus ses poings sur la tunique de l'humaine. Il aurait voulu hurler, mas un nœud s'était formé dans sa gorge et l'étouffait.
« Ne… », coassa-t-il, bien que sa voix semblât presque assourdissante à ses oreilles, « meurs…».
L'obscurité s'était faite autour de lui. Il ouvrit les yeux en respirant brusquement et sentit le froid glacé de l'air emplir ses poumons. Il se redressa, en sueur, et vit les étoiles au-dessus de lui. L'instant d'après, Kyrieh les masquaient en partie, une lueur d'inquiétude dans les yeux.
« Legolas ! Est-ce que ça va ? ».
L'enfant fut un instant paralysé, puis il se jeta dans les bras de l'humaine, enfouissant son visage au creux de son cou.
« Maman ! »
Il avait dit ce mot sans réfléchir. Un mot qu'il n'avait jamais prononcé de sa vie. Mais inconsciemment, il avait réalisé, que cette femme étrange et un peu brutale, était la chose la plus proche d'une mère qu'il n'avait jamais eue. Elle ne le battrait jamais, ne le ferait pas souffrir, serait toujours là pour lui… et mourrait pour le protéger. Et malgré ce que son père avait pu dire de ces créatures, cette femme, cette humaine, était plus proche de lui qu'aucun elfe ne l'avait jamais été.
Kyrieh se crispa un instant, retenant sa respiration. Après un instant, elle reprit parole. « Legolas, que se passe-t-il ? »
Il leva les yeux vers elle, et la gravité dans ceux-ci parut l'effrayer. Elle semblait déconcertée, comme en territoire inconnu. Elle ne paraissait pas comprendre sa peur. Et c'est à cet instant que Legolas remarqua qu'aucune balafre ne barrait son visage.
Ils n'étaient pas encore arrivés aux Mont Doom !
Mais il devait la prévenir…
Avant d'oublier ce qu'il avait vu…
Il crispa ses poings sur sa tunique. « Si tu vas au Mount Doom… » Il marqua une pause, revivant l'horreur de ce qu'il avait ressentit plus tôt. « … tu mourras ».
Kyrieh eut un sourire surpris. « Pourquoi j'irais au Mont Doom ? »
Legolas se calma légèrement, mais lui donna l'explication sans réfléchir aux conséquences. Le danger était clair dans son esprit, et ainsi, peut-être à cause de son jeune âge, il crut qu'il en serait de même pour elle. Aussi ne comprit-il pas l'importance de lui cacher la raison. Il aurait mainte fois l'occasion de le regretter plus tard. Il releva la tête vers elle, ses yeux semblables à ceux de quelqu'un en transe.
« A cause de la lave… Parce que ça pourrait le détruire ».
Pendant un instant, rien ne changea en Kyrieh, puis il y eut comme un éclair au fond de ses yeux alors qu'ils s'écarquillaient. Sa bouche était légèrement entrouverte, comme sous le choc.
« La lave… », murmura-t-elle, pour elle-même. « Mais bien sur… »
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Le soleil s'était levé, et avec lui, une nouvelle journée de fuite à travers les terres du milieu. Par chance, la neige était tombée durant la nuit, masquant les traces de leur cheval, mais de temps à autres, Kyrieh faisait halte et semblait écouter le vent, vérifiant si leur ennemi n'était pas à leur suite. Au fond de lui-même, Legolas savait qu'il finirait par les retrouver…Kyrieh n'avait pas dormi le restant de la nuit, plongée dans de sombres préoccupations. Au petit matin, elle avait changé le pansement sur le bras gauche de Legolas, commentant sur la guérison qui résorbait petit à petit la brûlure qui barrait sa chaire en autant de fines striures. Mais désormais, c'était Legolas qui était perdu dans ses pensées. Il se sentait épuisé moralement, et ne prêtait pas attention à leur allure. Il avait rêvé cette nuit. Un rêve très vivace. Mais il lui semblait qu'il y avait quelque chose d'autre derrière cela. Il avait l'impression qu'ils auraient du être plus nombreux…
De nouveau, l'image fugace d'un homme brun et souriant. Mais elle s'évanouit aussi rapidement qu'elle était venue. L'elfe fronça les sourcils. Pourquoi avait-il l'impression que c'était très important ? Qu'il était vital qu'il s'en souvienne ? Etait-ce le souvenir d'un des hommes de la caravane d'Alek, ou était-ce quelque chose de plus important que cela ? Pris par ses pensées, il ne réalisa pas que la direction que Kyrieh avait prise, était différente de la veille…
Ils longeaient autant que possible le découvert du bois, sans pour autant se lancer dans la neige, et ce, jusqu'au moment où leur sortie ne pourrait plus être reportée. Autant éviter au maximum de laisser des traces trop visibles pour leur poursuivant. Tant qu'ils restèrent à couvert du bois, Kyrieh maintint leur monture à un trot léger. Quand face à eux se fit une grande plaine, avec à leur droite, une chaîne de montagne noyée dans la brume d'un bas nuage, Kyrieh fit marquer une pause au cheval - autant pour le laisser souffler un moment que pour mesurer le danger à être exposé ainsi. Legolas savait qu'ils ne pouvaient demeurer en cet endroit, mais il découvrit quelque chose de nouveau. De la tension qui émanait de Kyrieh semblait venir un certain effroi. Et il prit peur. Si le seul rempart entre lui et cet humain assassin vacillait, qui pourrait le protéger ?
Une fois encore, l'image d'un homme brun passa fugitivement dans son esprit, et il serra les poings, comme pour retenir cette image. Une fois de plus, elle lui fila entre les doigts.
'Il y a quelque chose de pas normal…, se dit Legolas. 'Ai-je rêvé de ce visage ? Et si c'est le cas, pourquoi je n'arrive pas à m'en souvenir? Pourquoi ai-je le sentiment que c'est TRES important, qu'il FAUT que je m'en souvienne?'. Puis, le cours de ses pensées prit un étrange chemin. Il fallait qu'il se souvienne de ce rêve, car… car il avait probablement un message à transmettre… Et une fois de plus, il eut l'impression que ce n'était pas la première fois que de telles pensées l'habitaient, et il sentit son estomac se nouer sous l'effet d'une légère nausée.
Le froid autour de lui, la présence de Kyrieh dans son dos, la dureté de la selle sous lui, l'odeur âpre du cheval… tout cela semblait si réel… et pourtant, il ne se sentait pas à sa place ici.
'Vais-je me réveiller dans le cachot de mon père ?' pensa-t-il pendant un horrible instant, 'Est-ce que tout ceci n'est qu'un rêve ? Une illusion ? Suis-je finalement devenu fou ?'
Ses pensées auraient pu empirer s'ils n'avaient pas bougé de leur position, mais Kyrieh choisit ce moment là pour donner un coup de talon à leur cheval, qui s'élança d'un galop lourd le long de la lisière de la forêt, puis loin, afin de trouver un endroit sûr pour traverser.
« Noro Lim, Arlam. Noro Lim ! »
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Durant toute la journée, le cheval parut avaler les miles inlassablement. Legolas pouvait de temps à autre apercevoir la plaine immaculée de neige par delà les arbres de la forêt où ils se mouvaient. Les pensées de l'elfe se perdaient dans le vague, le ramenant parfois sur les rivages de la conscience pour l'emmener ensuite vers un état semi comateux. L'enfant avait perdu tout point de repère. Il accueillait ces moments d'insouciance avec une certaine joie. Ils lui faisaient oublier le sentiment d'une trame gigantesque qui planait au-dessus de lui tel un gigantesque oiseau de proie dont il ne pouvait échapper à l'œil perçant.De temps à autre, Kyrieh faisait ralentir la monture, presque à l'arrêt, et se retournait, écoutant à nouveau dans le vent quelque chose que Legolas n'entendait pas… ou à quoi il ne prêtait pas attention. Et si son esprit s'évadait dans la douce inconscience qui lui faisait perdre la notion du temps et de l'espace, ces fréquents arrêts le ramenaient brusquement dans la froide réalité.
Un peu après midi, La forêt semblait faire un coude sur la droite. Kyrieh mena le cheval jusqu'à la lisière. Legolas comprit qu'ils allaient bientôt traverser la plaine lumineuse. La perspective de quitter ces bois sombres le réjouissait, mais il semblait que la femme était loin d'apprécier cette voie. Pourtant, tôt ou tard, il faudrait qu'ils sortent à découvert. Cette forêt basse allait bien finir à un moment où à un autre. Ils avaient suivit un canyon sinueux, et pouvaient espérer être désormais masqués à quiconque aurait suivit leurs traces avec deux journées de retard. C'était tout ce que Legolas pouvait espérer… Que leur ennemi, à pied et amoindri par la crue, ait accumulé ce retard. L'elfe soupçonnait que cet homme ne dormait jamais. Mais il lui faudrait une monture, et elle, aurait besoin de repos.
Kyrieh sauta de cheval, puis fit une geste rassurant vers Legolas (à moins que cela n'ait été envers le cheval ? Lui enjoignant de protéger l'enfant tandis qu'elle partait en exploration ?), et revint lentement sur ses pas. L'elfe comprit qu'elle allait s'assurer que rien ne trahissait leur chemin, ou qu'ils n'avaient pas été suivit de trop près. Legolas la vit disparaître derrière une hauteur qu'on ne pouvait cataloguer comme colline boisée, mais qui n'en était pas loin. Il savait qu'elle était proche, au cas où un danger surviendrait. Il pouvait encore l'entendre s'il prêtait l'oreille. Laissé seul un moment, il sentit une étrange mélancolie le traverser lentement. Il comprit trop rapidement qu'il avait toujours souhaité du plus profond de son être quitter Mirkwood, mais que maintenant, placé devant le fait accompli, et accompagné de cette femme dont il ne connaissait rien, il se sentait seul. A Mirkwood, il était méprisé ou hais, mais il connaissait ces gens. Il n'avait jamais réalisé ce que cela voulait dire de se retrouver loin de tout ce qu'il connaissait. Il avait personnifié Mirkwood comme l'antre du mal, il haïssait cet endroit avec du feu dans les veines… Mais il réalisait aussi que la liberté n'était pas simple, et avait un prix. La voix de Lyrandael, le capitaine de la garde de son père, lui revint : « Etre séparé des siens, c'est ça la tristesse. Mais un endroit n'est jamais qu'un endroit. »
Ainsi l'enfant elfe savait à l'avance qu'il allait s'éloigner de plus en plus de l'endroit qui l'avait vu naître. Que chaque mile qu'ils mettraient entre eux et la forêt noire scellerait leur destin, au lieu de leur permettre de s'en échapper. Une fois encore, Legolas eut le sentiment d'avoir déjà vu cela, d'avoir déjà vécu cette situation. Il leva brièvement les yeux vers l'endroit où sa protectrice aux cheveux rouges avait disparut quelques secondes plus tôt. Etait-ce son esprit fatigué qui lui jouait des tours ?
Il reporta son attention vers la forêt devant lui, et la plaine blanche sur sa gauche. Sous lui, le cheval avait allongé son cou vers le sol et broutait ci et là quelques pousses tendres. L'elfe ne pouvait pas encore avoir une idée précise de ce qui allait se produire, mais il ne pouvait non plus se débarrasser de l'idée que cela se terminerait mal, que Kyrieh allait mourir, et qu'il se retrouverait dans une situation encore pire que dans les cachots de son père… L'elfe secoua rapidement la tête, fixant la blancheur aveuglante de la plaine, pour tenter de chasser les ténèbres dans son esprit.
Ne pas penser à cela. Pas maintenant. Plus jamais.
L'esprit de Legolas s'était remis à voyager, cette fois, avec plus d'acharnement qu'avant. Il sentait qu'il devait à tout prix trouver une solution pour que sa crainte ne se révèle pas fondée. Il rassembla le peu qu'il connaissait des peuples qui occupaient les terres du milieu, compara avec l'endroit où il pouvait deviner qu'ils étaient, ajouta ce qu'il devinait de cet homme blond, et y greffa le souvenir étrange et oppressant que son rêve lui avait laissé.
Il eut l'impression qu'une multitude de routes s'étalaient face à lui. Et sans la rassurante tiédeur du rêve elfique, il élança son esprit à l'exploration rapide de l'horizon qui semblait se dessiner au bout de chacune de ces routes. Il essayait de deviner tous les futurs possibles, les testant chacun, du haut de ses 10 ans… Eliminant certains, retenant d'autres… Laissant une bonne part de mystère comme élément comblant les trous qui manquaient à sa déduction. Il sautait rapidement sur une nouvelle route, dès qu'un élément lui semblait fondé ou passablement crédible. Au bout d'un moment, il lui sembla qu'il flottait dans une sphère lumineuse d'où irradiaient une multitude de routes de la même blancheur de brume. Ce fut du moins comme ça qu'il traduisit la sensation qui se mouvait en lui.
Il se souvint un jour d'avoir vu une écharpe de soie être emportée par le vent, et maintenant, il devinait – et craignait – le futur, comme si ces chemins étaient tordus sur une surface aussi ondulante et variante que ce morceau de soie.
Il vit des gens.
Plusieurs, et de races différentes.
Il ressentit à
la fois le froid glacial et la chaleur insoutenable des possibilités
diverses.
Il devina presque des
noms de personnes et d'endroit, sans pouvoir les citer réellement
dans son esprit.
Il ressentit de
l'exaltation mais aussi beaucoup de peur.
Il devina plusieurs
fois sa propre mort sur certains de ces chemins. Il vit de nouvelles
terres, de nouvelles villes.
Et des gens.
Des gens de toutes
origines.
Une multitude.
Il ne pouvait les
lister.
Sauf certains d'entre
eux. Des gens qu'il avait déjà rencontrés.
Et il pensa : Les caravaniers. Ils pourraient nous aider. S'ils ont eu vent (léger, pas total) des événements s'étant passé au palais de Mirkwood, ils accueilleront tout fugitif du palais comme un allié potentiel.
C'était une conclusion assez enfantine… Mais Legolas la trouva logique. Il se rendit compte qu'il ne craignait pas que le tueur blond : il commençait tout autant à redouter que les autres elfes le retrouvent. Peut-être même plus. Il tenta de se rassurer légèrement. A sa connaissance, il n'existait aucune trace, aucune preuve que cet homme soit encore en vie après la crue que Kyrieh et son arme étrange avaient provoquée afin qu'il ait la vie sauve.
S'il prenait la voie de ces humains, saurait-il empêcher ce qu'il avait rêvé plus tôt ? Le roi des hommes dont Kyrieh avait parlé dans son rêve sur la corniche du Mount Doom, serait-il parmi les humains avec qui ils allaient d'associer ?
Une fois de plus, une image furtive de cet homme brun flasha dans son esprit avant de disparaître dans l'ombre. Aussi soudainement qu'elle était venue à lui, la sensation de vue des divers futurs s'estompa, et il réalisa que l'expérience toute entière n'avait pas duré plus de trois battements de cœur.
Néanmoins sa conscience avait été éveillée, et il se promettait qu'il regarderait tout, écouterait tout, afin de pouvoir prévoir lorsque lui et Kyrieh se trouveraient dans la situation qu'il avait vue la nuit dans ce rêve étrange. Il se sentait conscient de tout ce qui l'entourait, depuis la légère hausse d'humidité dans l'air, la chute d'une fraction de degré, et même le bourdonnement d'un gros moustique qui avait du trouver un abris dans le creux d'un arbre et qui sortait maintenant, attiré par la nouvelle lumière, afin de se faire un petit casse croûte avant de retourner dormir.
Il réalisa alors qu'il avait été si prit par ses pensées, qu'il avait omis de voir la beauté de l'endroit. Combien si teinte par la peur, il n'avait pas réalisé que la nature était ce qu'elle était, et que pour la première fois de sa vie, il pouvait voir au loin, les nuages dans le ciel froid qui touchaient par endroit la crête de montagne, la forêt au pied de cette dernière, même la petite rivière sinueuse qui semblait la longer et la taquiner par endroit. Il se sentit prit d'un léger vertige et du agripper la selle du cheval pour se rassurer. Son éducation de Mirkwoodien se rebellait contre l'idée d'un espace si ouvert, mais sa nature d'elfe ne pouvait qu'admirer sa beauté.
Il chassa de son cœur toute mélancolie de la forêt sombre de son enfance. S'il pouvait s'élancer dans cette étendue ouverte et lumineuse, alors il pourrait se considérer libre de cet endroit maudit. Cette plaine, si menaçante aux yeux de Kyrieh, semblait pleine de promesse de légèreté pour lui ; il voulait se noyer dans sa lumière. Oublier un instant qui il était, et ce qu'il était censé devenir. Il sentit un vent léger caresser son visage et ses cheveux et huma l'odeur d'écorce et de neige qu'il apportait, les yeux mi-clos.
S'il pouvait s'envoler, tel un oiseau, ouvrir ses ailes, par delà la plaine, au-dessus des montagnes lointaines, droit dans le ciel bleu.
Oublier qui il était.
Devenir quelqu'un d'autre.
Laisser derrière lui la tristesse, la haine et la douleur…
Ne jamais revenir…
Il ouvrit les yeux et un mouvement sur la plaine capta son attention. Quelque chose de sombre qui se déplaçait par bonds furtifs, alternant avec de brèves pauses, sur la blancheur de neige.
'Une souris', se dit-il avec un amusement léger.
Pop-hop-et-hop, elle poursuivit son chemin, jusqu'à un petit buisson sombre et sec, recouvert à moitié de neige. Pendant un instant, la plaine reprit sa beauté calme et lumineuse. Puis une ombre passa par delà l'épaule de Legolas et fonça vers le buisson. Il y eut un mouvement d'ailes, un cri aigu, et un oiseau noir remonta vers le ciel, tenant quelque chose de sombre entre ses serres.
'J'avais besoin de ce rappel…', pensa Legolas amèrement.
« Nous allons nous reposer un peu. Nous avons apparemment assez d'avance pour nous le permettre », dit Kyrieh tout près de lui. Il sursauta car il ne l'avait pas entendue arriver. Avait-il été prit dans un rêve éveillé ? « Nous traverserons la plaine à la nuit tombée », continua l'humaine. Il se sentait coupable d'avoir baissé sa garde et abaissa vers Kyrieh le regard fautif d'un enfant surpris à faire une grosse bêtise. Mais la femme ne le regardait pas. Elle soulageait leur monture du poids de leur pack de voyage, qu'elle posa ensuite sur le sol, le coinçant entre deux grosses racines d'un arbre mort et renversé. Legolas l'observa comme si c'était la première fois qu'il la voyait, et comprit – tout sentiment de culpabilité disparaissant, pour faire face à de la fascination : elle n'avait émis que des sons de la nature. Rien qui eut pu paraître étranger en cet endroit. Rien qui aurait pu trahir leur présence à leurs poursuivants.
Une pense traversa son esprit. 'Toi qui a tant entendu de mal sur les humains, constate face à toi la présence d'une humaine élevée à la manière des elfes…'
Les deux pouvaient donc être compatibles, quoi que sa majesté son père ait pu lui répéter inlassablement depuis sa naissance.
Legolas secoua mentalement les épaules à la voix qui s'était insinuée en lui.
'Et alors ? Ce n'est pas la première fois que je vois un humain élevé par des elfes.'
'Ah oui ?'
'Bien sur ! Il y a aussi-'
Et à nouveau, le trou noir, l'impression d'une pression sur sa nuque, et une sensation de froid dans tout son être. L'elfe serra les dents d'impuissance, tellement la rage bouillonnait en lui de ne pouvoir deviner ce que son esprit lui refusait.
'Tu as du rencontrer cet homme dans un rêve', lui redit la voix, il se sentit frustré. Il avait l'impression que c'était plus que des rêves. Le manque d'action ces derniers moments ici, contrastaient avec ce qu'il avait vu dans ces étranges visions.
C'était comme le calme avant la tempête…
Legolas porta une dernière fois le regard vers la plaine lumineuse et désormais à nouveau silencieuse, avant de descendre à son tour du cheval, repassant inconsciemment en tête la simple phrase de la femme avait dite en dernier jusqu'à ce que la voix se transformât lentement en autre chose, un autre timbre, plus profond, disant :
"Nous devrons voyager de nuit également le temps d'attendre les montagnes, afin de ne pas être vus! Et nous ne pourront pas utiliser de feu."
Legolas eut un nouveau vertige et une légère nausée, mais son mouvement pour agripper la selle du cheval passa inaperçu aux yeux de la femme. Qui avait dit ces mots ? D'où lui venaient-ils ?
Il descendit et posa le pied sur le sol d'épines sèches.
Etait-ce des mots venus d'un autre rêve ? Qui avait dit ces paroles ? De nouveau cette rage qui montait en lui. De nouveau, le besoin de hurler pour briser les murs qu'il pouvait presque deviner autour de lui.
'Peut-être que je suis dans un rêve… Peut-être que je dois me réveiller pour découvrir-'
'Découvrir QUOI ?', reprit la voix au fond de lui. 'Découvrir que tout ceci n'a jamais existé ? Comme Lyrandael te l'a un jour dit ? Découvrir que tu es toujours dans les cachots de ton père ? Découvrir que de l'autre côté de ce rêve – si c'est un rêve – seules les ténèbres totales t'accueilleront ? Découvrir qu'il t'a finalement brisé ? Que tu es devenu fou ?'
Il tourna la tête vers la femme qui préparait un petit feu afin de préparer les quelques victuailles dont ils auraient besoin pour se préparer à la traversée. Elle veillait à garder le feu bas, afin d'éviter qu'une fumée puisse trahir leur position. Mais Legolas en sentit néanmoins l'odeur piquante et doucereuse.
'Tout cela a l'air bien réel…', se dit-il pour se rassurer. L'alternative ne lui donnait soudainement pas envie de se réveiller.
Vraiment… pas du tout…
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Durant toute la nuit qui suivit, le cheval sembla avaler inlassablement les miles, sans que le décor parut changer. Au début, Legolas avait ouvert de grands yeux, observant la grande plaine dont il n'avait fait qu'entendre parler au fil des ans, alors qu'il s'éloignait de plus en plus de la foret sombre qui l'avait vu naître. Cette étendue de neige éclatante sous la lueur froide de la lune, entrecoupée ci et là de touffes d'herbes folles qui se frayaient un chemin vers l'air, ainsi que d'assemblements de buissons asséchés, lui paraissait hypnotique. Il pouvait laisser son esprit vagabonder dans les rêveries elfiques, jetant de temps à autre des regards derrière lui pour s'assurer qu'ils n'étaient pas suivit. Ni par des loups, ni par l'homme blond. Juste des ombres peu rassurantes qui s'entrecroisaient. Au loin devant lui, il pouvait voir un massif montagneux se rapprocher sensiblement.Il fit rapidement le point, essayant de rassembler les événements divers qui venaient à sa mémoire. Il se rappelait avoir fugué du palais, avoir croisé cet humain étrange aux cheveux blonds qui avaient essayé de le tuer… Avoir été sauvé par cette femme aux cheveux rouges. Qu'avait-elle dit ? Qu'elle devait le protéger. Qu'il était important qu'il demeure vivant. Mais elle avait refusé de lui dire pourquoi.
Ou l'avait-elle dit, et l'avait-il oublié ?
Il sentit comme la pointe brûlante d'une aiguille piquer son front.
'Pourquoi voulait-il te tuer, tu l'as appris?'
Sa respiration se ralentit fortement alors qu'il fronçait les sourcils. Qui avait posé cette question ? Cette voix avait résonné du fond de son esprit, mais à qui appartenait-elle ? Elle semblait si familière, et pourtant, dès qu'il essaya de la repasser en mémoire, elle s'évanouit et ne fut plus que l'écho d'un écho d'une voix désincarnée.
Legolas leva les yeux vers l'étendue aveuglante de cette plaine d'hiver. Hormis le martèlement des sabots du cheval et les renâclements ponctuels de l'animal, tout semblait plongé dans un silence de mort. Le jeune elfe se demanda quelle vie pouvait subsister en cet endroit désert, et il leva les yeux vers la chaîne de montagne qui se rapprochait. A quelle distance étaient-ils de Mirkwood ? Depuis combien de temps s'étaient-il enfuis ? Son père avait-il déjà lancé l'alerte ? Avait-il déjà envoyé des elfes pour le rattraper ?
Et, question ultime : cet homme blond était-il vraiment en dehors des plans de son père ?
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Le reste du trajet vers la chaîne de montagne se déroula sans qu'aucun autre mot ne fût échangé entre l'humaine et l'enfant elfe. Et alors que les premières lueurs de l'aube semblaient poindre à l'Est, leur monture commença à montrer des signes de fatigue. Kyrieh ne s'arrêta pas pour autant, ayant l'air de craindre sans cesse que leur ennemi ne surgisse juste derrière eux. Elle marqua un ralentissement à un certain moment, alors que les premiers rayons du soleil commençaient à chatouiller l'horizon, et que les ombres se condensaient. Legolas sortit de sa rêverie et constata que la plaine n'était plus aussi immaculée qu'avant. De petits bosquets d'arbres et des rochers acérés commençaient à apparaître, ci et là. Il soupira intérieurement. Il sentait que la monture ne pourrait bientôt plus aller très loin, et haïssait l'idée de dormir ainsi, à découvert.Il remarqua, alors que le jour se faisait de moins en moins timide, d'autres traces qui maculaient le sol. Il ignorait si le fait qu'il ne les avait pas remarqué venait de l'obscurité de leur traversée, et qu'elles auraient toujours été là, ou les diverses pistes avaient conservé pile en cet endroit où ils se trouvaient. Il y prêta plus d'attention, et reconnu d'autres marques de chevaux. Il frémit intérieurement. Où l'humaine l'emmenait-elle ? Ces marques étaient-elles faites par des montures elfiques ? Ou avaient-elles une origines de clans humains ? Au travers de son inquiétude naissante, il réalisa que la femme se faisait plus prudente, observant également ces marques, faisant passer leur monture du galop modéré au trot léger.
Il sembla à Legolas, dans les premières lueurs du jour, que la piste qu'ils suivaient étaient plus empruntées, les traces des chevaux formant presque un chemin net dans la neige et les pierres. Kyrieh dut sentir son malaise, car elle posa une main ferme mais rassurante sur son épaule. « Au moins, nos traces seront masquées parmi les autres. »
Elle fit arrêter leur monture. Celle-ci renâcla, et commença à soulever une patte meurtrie, puis une autre, alors que l'humaine sautait au sol. Legolas sentit de la pitié pour ce cheval qui semblait avoir atteint un degré de souffrance telle qu'il ne pourrait aller bien loin. Il tapota affectueusement l'encolure de l'animal pour lui transmettre sa sympathie, et tenter de le rassurer. Levant les yeux, il vit Kyrieh se faufiler parmi les ombres et les rochers, et avancer seule vers l'avant, l'échine courbée, la démarche oblique.
'Comme un loup', fut la pensée étrange qui traversa l'esprit de l'elfe à ce moment là, mais il l'oublia rapidement. Il venait de comprendre qu'elle était partie en reconnaissance, probablement afin de déterminer si les gens à qui appartenaient ces marques, étaient amicaux ou hostiles. Soudain, Legolas haït le fait d'être laissé en arrière.
Il jetait de fréquents coups d'œil nerveux derrière lui, et sentit la panique le recouvrir de son long manteau. La lumière qui croissait, augmentait en contre partie l'intensité des ombres et des ténèbres, qui pouvaient masquer à peu près n'importe quoi ; la neige de la plaine l'aveuglait et rendait ces coins d'ombres plus profonds, plus terrifiants… En quelque sorte, ils lui rappelaient Mirkwood…
Plus tard, il aurait du mal à penser que tout ce temps à rester seul sur la monture n'avait pas duré plus de 10 minutes. Même quand Kyrieh le lui certifia. Il lui avait semblé plutôt qu'une heure, voire deux, s'étaient écoulées. Alors que le temps passa, il fut de plus en plus certain qu'il n'était pas seul dans cette partie de la plaine. Oh, il y avait sans doute les cavaliers qui avaient fait ces marques sur le sol, mais pour Legolas, il y avait une différence entre des êtes de chairs et de sang, qui pouvaient mourir de violence ou par l'action du temps… et ce qu'il ressentait là, maintenant. Il devint de plus en plus certain de qui il s'agissait.
C'était l'homme blond. L'homme qui était venu pour prendre sa vie. L'homme qui ne mourait pas. Quelque part… au détour d'un bosquet d'arbre tordus, ou peut-être juste derrière lui, cet homme l'observait. Et attendait. Et au moment le plus opportun, il tendrait le bras et le toucherait, tuant son esprit avec la terreur instaurée aussi sûrement qu'il pourrait tuer son corps avec son arme étrange.
Legolas était sur que cet homme pouvait sans cesse le voir, même s'il se retranchait dans le coin d'ombre le plus sombre. Le jeune elfe était certain qu'il avait la capacité de voir dans la nuit, comme ces chauves souris, ou ces grands loups que les anciens appelaient des 'wargs'. L'enfant avait la certitude que les couleurs que cet homme blond voyait avec ses étranges yeux bleus glacés, étaient différentes des couleurs habituelles. Probablement dans des teintes rougeâtres ; comme si le monde avait été plongé dans un bain de sang.
Au début, Legolas fut capable de séparer la réalité de son imagination. Puis, comme le temps passait, il lui fut de plus en plus certain que ce qu'il pensait être le fruit de son imagination était la réalité. Il imagina même qu'il pouvait sentir le souffle de l'homme blond sur sa nuque.
Il était sur le point de talonner sa monture – épuisée ou pas – et de la lancer au galop, à l'aveuglette, en direction des montagnes, quel que soit le danger que les cavaliers puissent représenter pour lui, quand Kyrieh surgit devant lui.
Legolas aurait du se sentir rassuré, sauf que ce n'était pas lui qu'elle regardait. Elle courait, son attention portée sur quelque chose derrière lui, la main posée sur son arme étrange. Legolas se retourna, sachant déjà ce qu'il allait découvrir.
L'homme blond était là, debout sur un groupe de rochers non loin, qu'ils avaient franchis un peu plus tôt. Sa silhouette se détachait sur le ciel arborant les couleurs rouges de l'aube, mais Legolas vit suffisamment pour distinguer l'arme de son ennemi.
Une arme déjà pointée sur lui.
Il sentit les battements de son cœur ralentir, et sa respiration faire écho autour de lui. Le temps semblait s'être également ralentit. Il entendit un feulement rauque sur sa droite et sentit une onde d'énergie qui commençait à le dépasser. Mais au même moment, il vit jaillir un éclair de feu de l'arme de l'homme blond. Il essaya de s'arracher à la torpeur qui le paralysait, mais il était encore sous la surprise de ces « retrouvailles »…
Il sentit la douleur le transpercer de part en part, au niveau de la poitrine. Sous le choc, il lâcha les rennes du cheval et tomba en arrière, sa vision tournoyant rapidement.
Il heurta le sol, et fut surpris de sentir cette douleur là. L'instant d'après, Kyrieh était auprès de lui.
« Legolas ! Est-ce que ça va ? »
L'enfant ouvrit les yeux et les leva vers l'humaine. Son regard était inquiet, mais pas affolé, ce qui le surprit un peu. Instinctivement, il porta les mains à sa poitrine, où le coup de l'ennemi l'avait atteint, mais nulle blessure n'y figurait. Il réalisa de la sorte qu'il ne ressentait pas réellement de douleur. Il avait le souffle court et son cœur martelait dans sa poitrine, mais nulle plaie ne figurait sur son torse.
Il porta rapidement le regard vers le monticule boisé, mais il n'y avait personne là-bas. Il toussa pour reprendre son souffle, toujours effrayé et le front moite.
« Qu'est-ce qui se passe ? », la voix de l'humaine, désormais grave et forçant au calme. Puis, « Un autre cauchemar ? »
Legolas cligna des yeux et se tourna vers Kyrieh. Il déglutit, toujours désorienté, puis comprit qu'il avait du s'endormir sur la selle même du cheval. A force de craindre son ennemi, son esprit fatigué l'avait matérialisé en rêve. Il se sentit honteux, et entreprit de se relever seul, pour sauver ce qui restait de sa dignité. Son silence fut une réponse pour l'humaine.
Elle sourit doucement, et posa à nouveau deux mains sur les épaules du jeune elfe. Son geste se voulait rassurant et son rire n'était point moqueur, bien qu'empli de compassion, et peut-être de pitié.
« Tu en as beaucoup… », son regard se perdit un moment, « Ils te paraissent très réels, mais ils ne sont qu'illusion, et ne peuvent te blesser qu'en esprit… ».
« Mais s'ils montrent quelque chose qui va se produire… », commença l'elfe, se souvenant de bribes de rêve dans un lieu appelé Mordor. Le regard de Kyrieh revient brièvement vers le sien, avant de se perdre à nouveau, et elle demeura un instant immobile, comme soupesant les paroles de l'enfant, les comparant avec tout ce qu'elle connaissait.
« C'est dangereux… », commença-t-elle après un moment, « Penser que l'on connaît le futur, peut nous inciter à croire qu'on a le pouvoir de le modifier… Mais il est des choses que l'ont ne peut modifier. Des choses qui doivent arriver ». Elle avait fini sa phrase en regardant à nouveau Legolas, et il fut presque effrayé par la profondeur de son regard. L'impression qu'elle ne s'adressait pas vraiment à lui. Ou plutôt, l'impression qu'elle lui disait ça, pour qu'il le comprenne bien plus tard…
Devinant peut-être les tourments de l'elfe, la femme humaine se releva avec un léger sourire. « Mais concernant tes cauchemars… Quand tu veux t'en sortir et que tu as l'impression d'en être prisonnier… Ferme les yeux et compte jusque cinq. »
Legolas ouvrit de grands yeux, comme si elle venait de lui confier le secret des silmarils. Le sourire de Kyrieh s'élargit un instant, « Quelque fois, ça marche… ».
Legolas la suivit des yeux alors qu'elle prenait doucement les rennes de leur monture. «Il y a des traces d'un petit village relais non loin de la montagne", dit-elle à voix basse, "Nous pourrons camper cette nuit dans un renfoncement de la plaine avant de l'atteindre demain".
« Et si je compte jusqu'à cinq ici ? », demanda l'enfant avec une pointe de défiance dans la voix, comme s'il n'avait rien écouté de ce qu'elle venait de dire au sujet du relais. Kyrieh arrêta sa marche et tourna la tête dans sa direction, le regardant par-dessus son épaule.
« Ceci… c'est un rêve, où si tu meurs, tout s'arrête »
Legolas eut alors un frémissement de déjà-vu, et les mots qu'il prononça ne lui semblèrent pas les siens. C'était plutôt comme si quelqu'un parlait depuis une grande distance, et utilisait sa bouche pour que les sons passent.
« Qu'est-ce qui s'arrête ? »
« Tout ce qui a de l'importance », répondit Kyrieh d'une voix plate. Legolas ne ressentit aucune réelle surprise par sa réponse. Il était plutôt surpris par le fait que cela ne le surprenait pas. « Si tu meurs ici, c'est la fin », continua-t-elle.
Elle reprit sa marche, tirant doucement la monture derrière elle. Legolas eut l'impression qu'elle avait dit d'autres mots…
« ... et pas seulement ta fin».
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
La lune jetait des lueurs froides sur la plaine enneigée. Le bosquet d'arbres tordus offrait un maigre abri contre son regard bleuté. Legolas était allongé sur un tapis de brindilles, la tête posée contre l'épaule de l'humaine. Ils n'avaient allumé aucun feu, pour ne donner leur position ni aux cavaliers, ni à l'homme blond ; et dans le silence relatif de l'endroit, chacun pouvait laisser ses pensées vagabonder. Le cheval, non loin d'eux, broutait sans conviction les maigres racines qu'il pouvait déterrer avec ses sabots, ou la mousse qui s'acharnait à résister au froid de l'hiver sur le côté sud des troncs d'arbre.Legolas regarda la monture un moment. La pauvre bête avait atteint ses limites. Ils devraient bientôt s'en séparer, la rendre à l'état sauvage, ou la voir périr à leurs pieds. Mais alors, ils se retrouveraient sans défense face à leur ennemi.
En dehors des bruits émis par l'animal et leurs propres respirations, le silence total régnait. Et Legolas ne trouvait pas ça normal. Il passa à nouveau ses mains sur le sol et pu sentir sur sa peau chacune des brindilles qui le jonchait. Tout cela avait l'air vraiment réel.
De la respiration de Kyrieh, il savait que l'humaine ne dormait pas. Elle devait certainement veiller, guettant l'approche de leur ennemi. Legolas fronça les sourcils. Avait-elle pu réellement deviner, le matin même, où il pouvait se trouver par rapport à eux?
Et toujours la même question : si cet homme n'était pas là pour lui faire payer pour Alek… alors pourquoi ?
Et tandis que ses pensées se tournaient vers son passé douloureux, il se demanda si un jour, quelqu'un serait enfin honnête avec lui.
Sans qu'il s'en rende compte, et alors qu'il pensait ne jamais pouvoir s'endormir après la frayeur de ce début de soirée, ses paupières se fermèrent lentement.
Il ouvrit lentement les yeux sur le plafond d'une grotte éclairée par un faible feu, s'il en jugeait la lueur. Au dessus de lui, quelqu'un était penché et le regardait avec une pointe d'inquiétude dans ses yeux gris. Un visage aux traits durs mais justes, encadrés par des cheveux mi-longs en bataille, ondulés et bruns.
Legolas sourit.
'Bien sur… Toi tu es là…'
Il ne sut jamais s'il n'avait fait que penser, ou s'il avait prononcé tout haut ces paroles ; mais l'homme aux cheveux bruns sourit doucement à son tour et lui prit la main. Legolas la serra brièvement avec ce qui lui restait d'énergie. Parler semblait au-delà de la limite de sa force. Il soutint le regard de l'homme brun aussi longtemps qu'il put et la chaleur qu'il distingua dans ce regard le rassura alors qu'il sombrait à nouveau avec une unique pensée.
'Je voudrais tant emporter son nom… Là-bas…'
Et il ouvrit les yeux sur le ciel fait de branchages tordus, entre lesquels des étoiles froides pouvaient être distinguées. Legolas les regardait sans réellement les voir. Il savait où il était. Et des larmes coulèrent lentement le long de ses joues.
Il aurait tant voulu être auprès de cet homme.
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Ils avaient emprunté un chemin rocailleux entre deux passes de montagne. Kyrieh n'aimait pas trop cet endroit, mais elle n'avait pas eu fort le choix. Elle maintenait leur monture à un pas lent alors qu'elle scrutait avec attention les hauteurs au-dessus d'eux. Pour Legolas, le paysage était désolant, et les forêts lui manquaient. Kyrieh avait dit qu'ils auraient peut-être de l'aide des montagnards, mais à y resonger, elle n'avait pas eu l'air très sure. L'elfe se demanda quel était le moindre des maux entre un clan entier d'humains potentiellement dangereux, et ce tueur immortel lancé à ses trousses.Ils arrivèrent à un endroit où le couloir s'élargissait pour former presque une place. L'elfe inhala lentement et sentit l'odeur poussiéreuse et métallique de l'endroit. Hormis le bruit sec des pierres, rien ne semblait vivre en cet endroit.
« Es-tu sure que nous sommes sur la bonne voie ? », souffla-t-il à l'humaine. « On ne dirait pas que nous puissions trouver des montagnards en cet endroit… »
« La plupart des étrangers regrettent de rencontrer les montagnards ! »
C'était une voix mâle et posée qui avait prononcé des mots qui résonnaient dans la passe où ils se trouvaient. Kyrieh se crispa, la main automatiquement portée sur l'arme à son poignet. Legolas se pétrifia, telle une statue, ignorant l'attitude à adopter, et cédant à un réflexe de sauter de cheval pour trouver un abri.
« Nul besoin de chercher un abri », dit la voix avant qu'il ait pu terminer son geste – car il n'est nul endroit que nous ne connaissions ici ».
« Prends leurs armes et leurs possessions, Halk », dit une autre voix, « et partons vite d'ici ! ».
Kyrieh était alerte, et tentait de localiser ces nouveaux ennemis, tout en ne perdant point Legolas de vue. Elle réalisait qu'ils se déplaçaient rapidement, en n'émettant que des sons naturels, voilà pourquoi elle n'avait pas prêté attention à leur présence avant. Pour elle, c'était une faute, et désormais, la main sur son arme, elle se préparait à faire un massacre en cet endroit.
Legolas, moins conditionné à réagir au quart de tour, se sentait coupable d'avoir cherché à fuir, d'avoir amoindri ses capacités par un moment de panique. Et même si ses cauchemars le harcelaient et l'empêchaient d'avoir une vraie nuit de repos, il aurait du rester plus maître de lui.
Néanmoins, il se sentait paralysé par la peur, et reconnut sa source. Ceci était un Point Aveugle. Jamais il n'avait rêvé d'une situation semblable. Il ne savait donc rien des actions à mener, et savait que chaque faux pas pouvait entraîner sa mort et/ou celle de Kyrieh.
Les
paroles de Kyrieh lui revirent en mémoire en un
instant,
(Penser que l'on connaît le
futur, peut nous inciter à croire qu'on a le pouvoir de le
modifier… Mais il est des choses que l'ont ne peut modifier. Des
choses qui doivent arriver)
et il eut peur…
Kyrieh quant à elle, essayait de repérer les mouvements des hommes qui avaient parlé. D'après leur voix, elle pouvait deviner qu'ils étaient deux, un à leur gauche, et un à leur droite.
Mais le soleil, jaillissant des nuages lui permit rapidement de distinguer d'autres formes, toutes de grises vêtues.
Une troupe entière !
Legolas risqua un regard en arrière vers Kyrieh, et vit que son regard était sur la défensive, bien que quelque chose de calculateur semblait flotter au fond de ses pupilles. L'enfant elfe se relâcha légèrement, tout en continuant à surveiller leurs agresseurs. L'humaine avait l'air d'avoir entrevu une possibilité. Elle avait toujours trouvé une solution à leurs problèmes. Legolas ne voyait pas pourquoi cette fois encore il ne lui ferait pas confiance…
« Qui êtes-vous ? », la même voix qui les avait accueillit un peu plus tôt. Legolas vit qu'il s'agissait d'un homme à forte stature, aux épaules larges, aux cheveux noirs et bouclés et à la barbe moyenne. Ce détail sembla fasciner l'elfe un moment.
Kyrieh posa un bras sur l'épaule de l'elfe. « Je suis la mère de cet enfant ! »
Legolas jeta un bref regard vers elle, surpris, mais regretta son geste qui aurait pu trahir ce mensonge. Heureusement que le capuchon de sa tunique était rabattu sur ta tête, cachant les oreilles pointues qui auraient pu le dénoncer. Et tandis qu'il refixait droit devant lui, il repassait les dernières paroles de l'humaine.
Une mère ?
S'il jouait le jeu… S'il reniait Mirkwood… Il aurait le droit d'avoir enfin une mère ?
Il sentit les battements de son cœur s'accélérer, mais ce ne fut pas à cause de la peur… Même si les montagnards commençaient à descendre vers eux, armés de lances, de haches ou d'épées ! Legolas pouvait entendre le crissement des graviers sous leur pas.
« Avec si peu de bagages », commença celui qui avait l'air du chef du groupe, « vous devez être en fuite… »
« Tu connais la loi, ami Halk », dit une voix parmi les rochers, la même voix qui avait suggéré plus tôt de prendre leurs possessions, « s'ils ne peuvent survivre dans les montagnes, ils sont un danger pour la tribu! »
« Silence, Jonas ! », dit simplement Halk, « je connais où réside mon devoir envers notre clan ».
Il avança vers Kyrieh et Legolas, toujours sur leur cheval, et aussi tendus qu'une corde d'arc. « Comprenez que cela n'a rien de personnel ». Sa voix était calme, mais elle cachait l'acier d'une lame empoisonnée. « Nous ne pouvons laisser personne traverser ces montagnes et nous trahir… Ou donner notre protection à ceux qui ne pourraient camoufler leurs - ».
Kyrieh eut l'air un moment de perdre l'équilibre depuis la selle du cheval, l'attitude qu'on pourrait attendre de quelqu'un sous le choc d'une mort imminente. Halk relâcha une fraction de seconde son attention.
Ce fut ce que Kyrieh mit à profit pour bondir de la selle. Un mouvement tournant, le balayage d'un coup de pied, le jaillissement d'un bras, le mouvement souple de capes, et Kyrieh se tenait dos à un pan de rocher, Halk maintenu devant elle comme un bouclier, une main tenant fermement sa gorge et l'autre serrant un point particulièrement douloureux entre le cou et l'épaule.
Ceux qui avaient voulu se saisir du cheval et de l'enfant, marquèrent une hésitation, avant de reporter leur attention vers leur chef et cette femme qui le menaçait. Tout avait été trop vite pour eux.
« N'approchez pas, bandes d'idiots, ou elle me cassera le cou ! », Halk essaya de rugir à ses alliés. Legolas en profita pour prendre le contrôle du cheval, près à le lancer au galop dès qu'une ouverture serait possible. Certains des montagnards ramenèrent leur attention à l'enfant.
Kyrieh vit cela et serra un peu plus sa prise sur Halk. « Dis leur de ne rien tenter contre mon fils ! »
Ces mots 'mon fils' envoyèrent des frissons agréables en Legolas, mais il fit son possible pour ne rien en montrer.
« Ils ne feront rien », Halk serra les dents, « Par les Valars, femme, pourquoi ne nous as-tu pas dit que tu étais une guerrière ? »
« Dis à tes hommes de descendre dans la place. Et tu peux être sur que je sais combien ils sont ! »
Legolas revêtit un masque sans expression. C'était un moment délicat. Ces hommes – si semblables à ceux de la caravane – pouvaient déceler le mensonge qui leur était présenté… Mais s'ils obtempéraient, ils avaient peut-être tous deux une chance…
« Et si je refuse ? Aah-aaah ! Très bien ! J'accepte ! », il se relâcha un peu, « Femme, si tu peux me vaincre aussi facilement, tu vaux autant que les hommes de la tribu ! »
« Très bien », reprit Kyrieh les dents serrées, « maintenant, dis à ton homme là haut de cesser de viser mon fils avec son arc, ou je prends ta vie, et la sienne ensuite ! »
« Toi, là haut », hurla Halk, « descend de là ! »
« Mais Halk, je peux l'avoir ! »
« Espèce de stupide vermisseau, bâtard de troll, pourceau immonde ! » rugit à nouveau Halk, « Obéis, ou je l'aiderai à te démembrer ! Ne peux-tu point reconnaître la valeur d'un combattant ? »
L'homme derrière le rocher sur la pente se raidit un instant, puis relâcha la tension dans son arc.
« Il a obéi », dit Halk. Kyrieh maintint sa prise : « Maintenant, je veux que tu mettes les choses au point avec tous. Pas question qu'une tête brûlée ne fasse un excès de zèle, on se comprend ? »
Halk parut avoir du mal à comprendre les mots, mais en saisit apparemment le sens.
« Si tu nous enseignes ta méthode de combat », dit Halk, d'une voix pour que tous puissent l'entendre, « toi et ton fils trouverez place et protection parmi notre tribu ».
A nouveau, Legolas vit la lueur de calcul apparaître au fond des yeux de Kyrieh, mélangée à une étincelle de victoire.
« Je vous enseignerai mes techniques », dit Kyrieh, après un moment, d'une voix calme et posée. Legolas eut l'impression qu'il s'agissait presque d'un rituel…
« Vas-tu me encore me maintenir immobilisé ? Je t'ai donné mon mot d'honneur», Halk paraissait désormais plus calme. Kyrieh maintint encore la pression quelques secondes – pour la forme - avant de le relâcher. Halk s'écarta d'elle en se frottant la gorge. Le regard de l'humaine croisa brièvement celui de l'enfant elfe, et Legolas en comprit le sens. C'était l'instant du test. A tout moment, l'un des montagnards pouvait se décider à attaquer, et Legolas devrait prendre la décision de fuir seul. A nouveau son cœur s'accéléra.
Mais nul incident ne se produisit.
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Legolas revint s'asseoir près de Kyrieh, emmitouflé d'une peau de bête, et d'une tunique plus appropriée au clan où ils se trouvaient. Hormis ses oreilles pointues, et ses traits un peu plus fins, rien n'aurait pu le différencier des enfants de son âge qui jouaient non loin de lui.Trois jours qu'ils avaient passés dans les montagnes en compagnie de ces guerriers hirsutes. Kyrieh tenait parole et les formait à un mode de combat nouveau. Legolas avait voulu la questionner sur la raison de cet accord, puis la réponse lui était venue naturellement, sous la forme d'une petite voix calme et froide au fond de lui.
Elle prépare
une armée.
Une armée
pour quoi ?
Pour te protéger,
et tuer l'homme blond
Legolas parcourut un instant l'endroit où ils avaient trouvé refuge, et où ils commençaient à reprendre des forces. Sa plaie était en bonne voie de guérison. Il se sentait un peu mieux que lors de leur fuite de Mirkwood. Il se maîtrisait un peu mieux. Il avait la conviction que Kyrieh savait ce qu'il fallait faire, et ça le rassurait, lui permettait de relâcher un peu sa garde. Autour de lui, il y avait des humains, beaucoup d'humains, mais aucun ne semblait le regarder avec la haine et le mépris que les elfes de Mirkwood avaient eu si souvent à son égard. Il y avait bien de la curiosité, quand ils avaient vu ces oreilles, mais ils étaient peut-être arrivés à la conclusion qu'il était un demi elfe, par quelque père sylvain. Ils respectaient la vie d'autrui et questionnaient peu, sauf quand il s'agissait de stratégie ou de chasse. Leur vie était rude, mais emplie de fraternité et d'entraide que Legolas avait peu vu jusqu'à présent dans sa courte vie.
Et c'était ça, les monstres de son père ! se dit-il avec un sourire amer.
D'autres paroles de
Kyrieh lui revinrent en mémoire,
(un
jour, tu rencontrera un homme… Un roi des hommes… Il sera ton
ami… Et il te protégera… )
bien qu'il fut
incapable de savoir quand elle avait dit ses mots, ou si elle les
avait réellement prononcés.
Cet homme était-il parmi les montagnards ?
Kyrieh était-elle en train de s'assurer que si elle mourait, d'autre pourraient le protéger ?
Et la question la plus importante : pourquoi ?
Legolas la regardait entraîner un groupe d'une demi-douzaine de montagnards. Ceux-là entraîneraient les autres.
Son attention fut attirée vers des enfants en train de jouer non loin de lui avec un étrange loup maigrichon et de petite taille, guère beau à vrai dire, et qui jappait sans cesse en bondissant autour d'eux. Kyrieh lui avait appris que cet animal étrange était appelé un « chien », mais qu'il était bon d'en avoir un à proximité. Eux aussi pourraient les prévenir si leur ennemi s'approcherait. Legolas était arrivé à deux conclusions: cet homme, ce tueur, n'était peut-être pas humain, il n'en avait pas moins l'air, et les autres humains pouvaient être bernés par son apparence. Peut-être même les elfes, réalisa Legolas, car il n'avait pas ressentit de chose particulière en présence de cet homme pour le peu de temps qu'il l'avait côtoyé.
La deuxième conclusion, découlant de la première : les animaux pouvaient, eux, faire la différence. Quelle qu'elle soit, elle les mettait mal à l'aise, et les rendait agressifs. Kyrieh avait dit que les animaux sauvages étaient les plus sensibles à cette différence, mais que les animaux domestiques pouvaient ressentir occasionnellement un malaise en présence de cet homme.
L'attention de Legolas se reporta vers le chien, que les enfants molestaient et câlinaient en même temps. Une des mères sortit d'un des abris, un tout petit dans les bras. Legolas arrêta son regard sur eux, une vague de mélancolie le submergeant.
Ici, il y avait de la chaleur…
L'équilibre qu'il avait recherché inconsciemment toute sa courte vie, était ici, dans ce camp retranché de guerriers montagnards. Il y régnait une unité, de l'amour, de la bienveillance … Tout ce dont l'enfant elfe avait manqué depuis sa naissance. Il aurait voulu aller vers eux, se mêler à eux… Mais il n'y croyait pas… Il gardait encore ses réflexes d' 'elfe maudit', et ne pensait pas qu'il pouvait mériter une telle attention et un tel partage…
La mère lança son petit en l'air, le faisant tournoyer comme s'il s'était agit d'un oiseau, avant de le récupérer dans ses bras. L'enfant émit un gazouillis aigu de plaisir et son rire sembla traverser l'air froid comme une flèche. Legolas sourit doucement, sans même s'en rendre compte.
Il ferma les yeux, respirant doucement et savourant le moment présent.
'Si seulement je pouvais être humain… être quelqu'un d'autre…', fut la seule pensée qui flotta dans son esprit à ce moment …
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Legolas était allongé sur la peau de bête dans l'abri qu'il partageait avec Kyrieh. Puisqu'il était censé être son fils, il était normal pour les autres qu'ils vivent ensemble. Il fixait le 'toit' de peaux et de bois mélangés, perdu dans ses pensées. Dehors, sa «mère» finissait l'entraînement des humains. L'enfant elfe se demanda s'ils avaient la moindre idée de la raison pour laquelle ils étaient formés. Cela faisait presque une semaine que lui et l'humaine avaient trouvé refuge parmi les montagnards. Pour Legolas, chaque jour apportait son lot de découverte, mais était sensiblement le même que la veille : trouver de la nourriture, s'occuper des peaux, veiller à la sécurité des plus jeunes, jouer, s'entraîner au combat, … chacun avait ses priorités, mais globalement, Legolas voyait les mêmes actions se répéter.Les humains vivaient ils trop peu de temps ? Leur vision de la vie était-elle donc réduite au point de ne plus voir plus loin que quelques jours à l'avance ? Pour l'elfe, cet endroit était un endroit de répit. Mais il avait la sensation que cela ne durerait pas…
Que c'était le calme avant la tempête.
Il le sentait presque dans l'air, comme les picotements qui peuvent parcourir la peau lors des nuits où l'orage se prépare. Il resongea à la discussion qu'il avait eu en milieu de journée avec Kyrieh, alors qu'ils observaient les alentours depuis une corniche de pierre. Il avait émis des doutes quant au temps qu'ils seraient en sécurité en cet endroit. Kyrieh lui avait confirmé que rien n'était certain, mais lui avait annoncé qu'il leur restait une solution pour vaincre l'ennemi. Une solution ultime. Et Legolas avait faillit hurler quand elle lui avait dit qu'au cas où ce groupe ne pourrait détruire leur ennemi, ils partiraient au Mount Doom du Mordor. Elle lui avait avoué que l'idée lui était venue quand il lui avait parlé de son rêve, et Legolas avait faillit s'évanouir. Puis il avait résisté, avait essayé de lui faire comprendre qu'il ne fallait PAS qu'ils s'y rendent, que cela apporterait malheur… qu'il l'avait rêvé !
Kyrieh avait écarté d'un geste de la main ce funeste présage. Elle lui avait dit qu'en un autre temps, un de ces hommes avait été détruit d'une manière semblable.
Elle avait accepté le fait qu'il ait rêvé de la lave du Mordor, pensant que c'était la logique qui avait dicté cette solution dans l'inconscience de l'enfant elfe, au travers d'un rêve, et non une quelconque prémonition.Elle était restée sourde aux supplications de l'enfant, et avait même presque instauré le doute en lui. Avait-il vraiment rêvé de cela ? Et même si c'était le cas, devait-il vraiment voir cela comme la réalité ?
Aucun membre de sa famille n'avait de don de prescience. Dès lors, peut-être que la femme avait raison, que ce rêve n'avait été qu'un rassemblement d'informations et de peurs diverses.Cela valait mieux, que de se dire que c'était parce qu'il avait parlé du rêve, que ce rêve allait se produire… Car si c'était le cas, sa responsabilité là-dedans serait immense !
Il ne pouvait néanmoins enlever l'impression de fatalité et de panique qui empoignait son cœur.
Et en cette nuit sans lune, il pensait ne jamais pouvoir trouver le repos. Mais peu de temps après, toujours perdu dans ses pensées, il sombra dans une sorte de demi-sommeil.
Il se vit sortant de la tente et marchant au milieu de gens qui paraissaient ne pas le voir. Le soleil était levé et il regarda vers le ciel. Il se sentit de plus en plus léger, et leva les bras, imitant un oiseau…
Et il s'éleva dans l'air, doucement, sans sentir le souffle contre sa peau. Il plana un instant autour du camp, amusé et émerveillé – oubliant un instant les tourments qui le persécutaient - avant que son vol ne l'entraîna soudain vers le bas de la montagne, suivant à distance le chemin qui y serpentait, rejoignant l'endroit où Kyrieh et lui avaient fait connaissance avec Halk et sa troupe de montagnards.
Il pouvait voir à une grande distance, et dans la fine vallée rocailleuse, il pu voir un cavalier avancer lentement sur un cheval brun. Il sentit son cœur se serrer. Il savait déjà de qui il s'agissait. Involontairement - comme s'il ne contrôllait rien - il fut attiré vers le creux dans la vallée où se tenaient une troupe d'une demi-douzaine de montagnards, Halk parmi eux. Il voulut leur crier de faire attention, que quelque chose de mauvais et très résistant s'approchait d'eux, mais aucun son ne sortit de sa gorge. Il fit de grands gestes pour être repéré, mais aucun des humains ne parut le voir.
Legolas sentit la panique le gagner, puis, toujours flottant dans l'air, il vit le cavalier déboucher en vue des montagnards… Et il sentit son cœur se serrer dans sa poitrine…
L'homme blond, celui de ses cauchemars, se tenait sur un cheval à la robe brune, et avançait presque paisiblement vers le renfoncement où les humains commençaient à se montrer. Son attitude était calme face aux guerriers qui se rapprochaient de lui. Son sourire aurait pu être amical, s'il n'avait été aussi contraint. Un des jeunes garçons se détourna, instinctivement mal à l'aise.
« Halte, étranger », dit Halk, avançant au devant de l'homme blond, une épée courte et recourbée en main, l'autre main levée à plat vers le nouveau venu. L'homme blond serra un peu les rennes de sa monture et s'arrêta à moins de deux mètres de Halk. Il regardait les humains sans aucune peur.
« Qui es-tu ? Quel est ton but en franchissant cette passe ? », demanda Halk d'une voix posée. Derrière lui, les montagnards demeuraient impassibles, mais à la façon dont leurs mains tenaient les armes, on pouvait sentir qu'ils étaient près à passer à l'attaque à tout moment. L'homme blond face à eux ne parut pas impressionné, et se pencha vers Halk, souriant doucement, parlant avec une voix douce, agréable, destinée à réduire la résistance subconsciente de celui qui l'entendait. "Je suis un envoyé du royaume sylvain de Mirkwood. Je suis à la recherche d'une fugitive qui a enlevé le fils du roi elfe Thranduil".
Il marqua une pause, semblant observer les réactions des humains face à lui. Legolas put voir que les montagnards s'étaient automatiquement fermés à toute expression. Kyrieh les avaient peut-être préparé à cette rencontre. Il aurait du se sentir rassuré, mais il se prit à avoir peur pour ces humains. Il pensait qu'ils n'étaient pas assez nombreux…
L'humain blond poursuivit. "il a moins d'une dizaine d'année. C'est un jeune enfant blond, et il se nomme Legolas Greenleaf."
Legolas vit que certains des montagnards s'échangeaient des coups d'œil nerveux révélateurs ; au loin, un chien aboyait, trahissant la position du campement. Legolas vit le tueur lever les yeux dans la direction du son. Il vit aussi que Halk avait repéré ce mouvement et serrait son épée un peu plus fort.
« Nous n'acceptons aucun fugitifs parmi nous », Halk parla d'une voix qui se voulait posée et calme, mais un imperceptible tremblement semblait trahir le mensonge. L'homme blond le regardait avec un doux sourire, seuls les yeux ne manifestaient aucune émotion. Après un moment, comme s'il avait parcouru en tête toutes les réponses possibles, il reprit, d'une voix toujours douce, mais forte: "Portez ainsi le message à ceux que vous connaissez : Cet enfant court un grand danger. La femme qui l'a kidnappé est d'assez grande taille, et a des cheveux rouges. Le roi de Mirkwood – le père de Legolas - serait assez contrarié si par négligence, il arrivait quelque chose de fatal à son fils."
Il fit une pause, durant laquelle Legolas se prit à douter légèrement. L'homme paraissait sincère, seuls les souvenirs de sa vie à Mirkwood pouvaient lui permettre de décider que c'était finalement un mensonge. Et s'il doutait un peu, la douleur à son bras droit était encore suffisamment présente pour effacer toute hésitation. Mais qu'en serait-il des humains ? Legolas pouvait déjà lire en eux leurs pensées, comme si elles étaient de fins tissus de soie, flottants dans la brise.
Ils allaient douter, se demander s'ils ne protégeaient pas les mauvaises personnes. Ils allaient réfléchir au danger d'une guerre ouverte avec les elfes du royaume sylvain. Déjà, ils devaient être en train de se demander si l'enseignement de Kyrieh valait un tel conflit… Ils devaient être en train d'imaginer leurs pertes futures…
Il vit Halk se retourner vers un des plus jeunes et lui faire un signe de tête, lui signifiant de repartir vers le camp. Puis il se tourna vers l'homme blond, et lui expliqua d'une voix qui se voulait calme, qu'un éclaireur allait partir questionner un de leurs camps et lui rapporter la réponse dans peu de temps. L'homme blond suivit du regard le jeune guerrier qui remontait le long du chemin. Il parut comprendre que l'endroit vers où le jeune se dirigeait correspondait avec l'endroit d'où provenaient les aboiements. Mais il n'exprima rien. Ni ennui, ni victoire. Rien.
Pas même quand il dégaina son étrange bâton de métal et le pointa vers un Halk surprit. Legolas voulut hurler, mais une fois encore, personne ne l'entendit.
L'éclair de feu partit.
Et Legolas se réveilla, trempé de sueur dans l'abri. Se redressant rapidement, il vit que Kyrieh était allongée, en chien de fusil à côté de lui et lui tournait le dos. Il réalisa alors que les aboiements de son rêve n'avait pas cessés, et sentit son cœur s'accélérer dans sa poitrine.
« Kyrieh ! Kyrieh réveille-toi ! Il est là ! », il hurla presque, secouant l'épaule de l'humaine de toute ses forces. L'humaine ouvrit les yeux puis bondit presque sur ses pieds.
« Legolas, mais qu'est-ce que-". Et elle aussi, réalisa que le chien aboyait. Il y eut un moment de silence, pendant que l'humaine rassemblait toutes les tactiques possibles dans son esprit.
« Kyrieh », Legolas rompit le silence relatif de l'abri. Kyrieh détecta un changement dans sa voix, une froideur plate, et elle se tourna vers lui, une expression proche de la crainte dans ses yeux. Jamais elle n'avait entendu un tel contrôle, un tel détachement dans la voix de l'enfant.
« Halk est mort ».
Cette simple phrase, impliquait énormément pour leur sécurité, et la sécurité des autres montagnards. Mais l'esprit de Kyrieh se heurtait toujours à une question : comment le savait-il ?
Legolas pouvait lire cette question comme si elle avait été écrite sur son front. Il répondit simplement : «Je l'ai vu dans un rêve.»
Kyrieh voulut riposter, essayer de faire comprendre à l'enfant l'absurdité de ces rêves, si réels pussent-ils sembler, quand un doute passa dans son regard. Cette fois, les aboiements soutenaient la version de l'enfant, mais peut-être avait il juste rêvé de ce thème en entendant inconsciemment les aboiements dans son sommeil.
Dans le doute, elle prit rapidement son sac – toujours prêt pour un départ précipité – et jaillit de l'abri, en passant son arme étrange au poignet. Legolas la suivit peu après.
Au dehors, c'était le chaos. Les enfants et les mères hurlaient, courant dans tous les sens, certains à la recherche d'un abri, d'autres vers les armes qu'ils pouvaient trouver. Il y avait de temps à autre un bruit assourdissant, comme un coup de tonnerre. Un jeune garçon blond, à peine plus vieux que Legolas, vêtu de peaux usées et courant vers une quelconque cachette, reçut un projectile semblable à un trait de feu en plein cœur. Sa poitrine se pulvérisa en gouttes de cristal dans l'air glacé. Legolas eut l'impression d'avoir déjà vu cette scène en rêve. Le corps de l'enfant s'écroula au sol parmi les pierres. De loin, on aurait pu croire qu'il s'agissait de l'enfant elfe que le tueur recherchait.
Legolas fut paralysé et hurla, en se tenant les mains devant le visage. Mais le vacarme global couvrit son cri. Il sentit que Kyrieh s'éloignait de lui et se tourna vers elle. Il la vit qui courait, épaules rentrées, vers leur ennemi commun, occupé à se débarrasser des jeunes guerriers qui l'entouraient. L'elfe sut une chose : aucun d'entre eux n'était prêt. Peut-être s'ils avaient disposé d'une semaine supplémentaire ou de deux…
Il entendit un cri déchirant derrière lui. C'était un hurlement de désespoir et non de peur ou de douleur. Il se retourna et vit une mère qui tenait le garçon blond dans ses bras, et le berçait en pleurant et hurlant. Puis elle le fixa droit dans les yeux, son regard brûlant comme la braise.
« Tout ça, c'est de ta faute ! », hurla-t-elle par delà le vacarme. « C'est toi qui a apporté ce fléau ici ! Pourquoi Halk a-t-il accepté un elfe maudit parmi nous ! Pourquoi a-t-il mis en danger son propre clan ! ». Sa voix sonnait comme une malédiction, et Legolas ne pouvait détourner ses yeux d'elle. Il voulut crier que non, il n'était pas maudit, pas responsable. Mais il réalisa la vérité dans ses paroles : ces gens étaient heureux avant son arrivée. Il avait pu apercevoir leur bonheur, et maintenant, par sa présence, tout cela était détruit.
« Maudit sois-tu, elfe de malheur ! », continua à vociférer la mère, « Tu es maudit, maudit, maudit ! Et tu apporteras la destruction où que tu ailles ! »
Legolas s'accroupit contre un pan de mur de la montagne, se boucha les oreilles et ferma les yeux avec force, pour échapper à cette vision. Il se rappela alors les paroles que Kyrieh avait autrefois prononcés au sujet de ses cauchemars : 'Quand tu veux t'en sortir et que tu as l'impression d'en être prisonnier… Ferme les yeux et compte jusque cinq… Quelque fois, ça marche…'
« UN ! ».
Legolas voulait y croire fermement. Que tout cela ne fut qu'un autre rêve ! Après tout, il ne pouvait pas donner de crédit plus à un rêve qu'un autre. Quelques minutes auparavant il s'était vu en train de flotter dans l'air comme s'il n'avait pas de corps et voler doucement par delà les distances… Peut-être que ceci n'était que la suite de son rêve précédent.
Il devait y croire !
« DEUX ! »
Il réalisa alors que malgré qu'il avait occulté sa vision et son ouïe, il lui était possible de tout distinguer. Il pouvait, au travers d'un voile sombre, distinguer tous les mouvements, voir les expressions de visages, les éclairs, les flammes… Il avait presque l'impression de flotter à nouveau.Et le voile sombre s'étiolait de plus en plus, lui révélant une vision de plus en plus nette du carnage en place.
Il vit Javid, un des jeunes guerriers que Kyrieh formait au combat, jaillir de sa cachette derrière un rocher, une panse de brebis gonflée d'huile à la main, et une torche dans l'autre main – une arme que Kyrieh leur avait fait découvrir. Il poussa un cri glutural en enflammant la corde enserrant la vessie, puis en la lançant vers leur ennemi blond. L'huile prit feu lorsque la panse toucha le sol en s'éclatant. Des flammes avides saisir les vêtements du tueur, mais touchèrent également les humains autour. Dans sa hâte et sa panique, Javid n'avait plus songé à cette éventualité.
Pourtant, le fait que les flammes semblaient le dévorer ne paraissait pas gêner le tueur. Il continuait, sans sourciller, à casser des bras, briser des nuques, arracher des organes vitaux de ses adversaires.
Désormais, à la vision étrange de Legolas, il ressemblait à quelque Balrog dont Lyrandael lui avait parlé plus tôt. Son odorat fin lui apportait même les odeurs de sang et de chaire grillée.
« TROIS ! »
L'homme blond se débarrassa de ses adversaires montagnards et fit face à Kyrieh qui utilisa son arme vocale contre lui. Il fut projeté en arrière, mais continua à revenir, tout en brisant des échines, tranchant des membres… Kyrieh lui tira à nouveau dessus, mais il encaissa facilement le choc, saisissant par la même occasion un enfant qui dans sa panique, courait non loin de lui.
Legolas entendit le 'crunch' que fit son crâne quand il fit écrasé comme une coquille d'œuf sous la poigne de l'ennemi, et il eut envie de vomir.
« QUATRE ! »
Legolas vit l'arme étrange, qui n'avait jamais quitté Kyrieh depuis que Legolas la connaissait, tournoyer en l'air après un coup de l'ennemi. L'homme blond saisit Kyrieh par la gorge et la souleva de sol en serrant de plus en plus. La femme humaine se débattit et asséna quelques coups de pieds ou de poings bien placés, mais qui ne parurent pas faire effet. L'humain blond pencha un peu la tête de côté, comme s'il considérait avec curiosité ce qu'il tenait dans sa main, puis fit un mouvement brusque du poignet. Legolas put entendre le 'croc' de la nuque qui se brisait. L'instant d'après, l'homme blond le repérait, et se ruait vers lui à toute vitesse.
Legolas recroquevilla sur lui même et ferma sa vision onirique autant qu'il l'avait fait avec sa véritable vision.
Il était sur le point de l'atteindre…
« CINQ ! »
Tout sembla s'assombrir autour de lui.
Après un moment, il fut surprit de pouvoir encore respirer, et il ouvrit lentement les yeux.
Il était sur une colline ensoleillée. Au loin se dressaient les tours d'une ville humaine. Très proche de lui, et lui faisant face pour la première fois, se tenait la petite fille aux cheveux rouges. Son regard était à la fois empli de fatalité et de curieuse pitié. Et pour la première fois, elle lui parla.
« Qu'est-ce qui se passe si tu atteint six ? »
Et derrière elle, la ville s'embrasa.
Legolas ouvrit les yeux en aspirant l'air brusquement, et hurla. Il tenta de se redresser, mais des mains le saisirent et le forcèrent à s'allonger à nouveau. Il était moite de sueur et sa vision était trouble. Il voulut se débattre, se dégager de la personne qui tentait de l'immobiliser, quand il distingua au travers du voile de sa vue, un visage familier, encadré de cheveux bruns mi-longs, et aux yeux gris exprimant de l'inquiétude.« Reste calme, Legolas », dit l'homme, et l'elfe reconnut cette voix, « tout va bien, ce n'était qu'un cauchemar ! »
Respirant par à-coups, Legolas jeta un rapide coup d'œil circulaire, et vit qu'il était allongé dans une grotte, un feu brûlant non loin, et des personnes de diverses races qui l'observaient à la dérobée. Des humains, un nain… des créatures ressemblant à des enfants… Un vieil homme à la longue barbe grise.
Il se sentait épuisé, et surtout, il avait peur. Si c'était encore un autre rêve, quelles catastrophes allaient-elles encore lui arriver ?
Il ralentit sa respiration et essaya de se calmer. Déjà, l'homme brun se penchait vers lui, une coupe en bois, emplie d'un liquide chaud à la main, et lui portait le liquide aux lèvres. Par réflexe, Legolas tenta de boire, mais eut rapidement un haut le cœur et rendit sur le côté le peu de liquide qu'il avait absorbé. Il sentit qu'il perdait à nouveau connaissance, qu'il était trop épuisé pour demeurer éveillé plus longtemps – si jamais cet endroit était le véritable endroit d'éveil et non un nouveau rêve.
L'homme brun écarta la coupe de bois et la posa sur le côté, tout en écartant doucement des mèches blondes de son front humide. Legolas sentit le poids du regard des autres personnes présentes, mais se sentit rassuré par le contact avec l'homme brun.
Il leva les yeux vers lui, et les paroles de Kyrieh prirent leur sens.
'Un jour, tu rencontrera un homme… Un roi des hommes… Il sera ton ami… Et il te protégera…'
Et il se souvint du nom de cet homme brun. Celui qui était venu si souvent hanter ses autres rêves.
Il murmura son nom alors qu'il sombrait à nouveau dans les ténèbres.
« Aragorn… »
Puis ce fut l'obscurité complète. Il se sentit serein.
Jusqu'à ce que le souvenir fugace de l'homme blond, souriant sur son cheval, et son bâton à la main, paraisse à son esprit. Les ténèbres retombèrent, mais l'elfe put entendre la voix de la petite fille.
« Il est venu pour toi… »
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
A suivre
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Et voilààààààààààààà :DAprès un an d'absence (un poil plus ;) ), cette fic reprends ;-)
Contrairement à la croyance commune, elle n'était pas morte (et moi non plus ;-) ). J'ai juste eu énormément de boulot côté études et tournages, et ce chapitre a eu énormément de réécriture aussi ;
Bon, je suis persuadée qu'il y aurait encore moyen de l'améliorer, mais bon. Je vais pas vous faire patienter 5 ans non plus hein ? ;)
Encore un GRAND MERCI à toutes celles et ceux qui m'ont écrit pendant cette année, et qui m'ont apporté leur soutiens, leur remarques, leur interrogations, leur petit éclat de bonheur, dans les réviews que vous me laissiez après votre passage dans le délire psychologique que cette fic arbore parfois ;-)
Je répondrai à chacun de vous dans un « chapitre » à part, parce que sinon, cette fic ne sortira pas aujourd'hui mais… bien plus tard ;)
Il est possible qu'il y ait des erreurs d'orthographes et de tournures, mais là, je gave ;) Ce chapitre m'a prit beaucoup de temps à pouvoir coucher sur le papier. Pour moi, c'était le chapitre « blocage ». Je devais révéler des trucs, sans TROP en révéler, et maintenir l'attention tout le temps… Ce dernier point, je ne sais pas si j'y suis arrivée ;) A vous de me dire ;)
Mais bon, j'ai essayé de vous apporter quelque chose de lisible, de pas trop ch(…) et de révélateur ;) Les prochains chapitres devraient désormais prendre moins de temps :) Mais vu le retard pour celui-ci, je vous ai fais un cadeau : sa longueur ;) (entre 4 à 5 fois plus long que la moyenne). Contents:)
Bon, je vous laisse, en espérant que ne soit pas planté et accepte bien l'update ici présent ;)
A bientôt tout le monde et encore merci pour vos reviews ;)
Poutoux :x
:Roselyne:
