Disclaimer: Aucun des persos de Tolkien n'est à moi ,(... reniflement tristounet, mais je les emprunte joyeusement pour cette nouvelle fic

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LA COMMUNAUTÉ DES ELFES


Chapitre Vingt huit – Crépuscule sur la vallée

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Le soleil se couchait sur leur quatrième « journée » de descente. « Journée », car elle ne démarrait réellement pour eux qu'à la nuit tombée, quand il étaient alors à l'abri des regards espions de Saruman. Bien qu'il fasse toujours froid durant l'obscurité, le temps avait tendance à se radoucir lentement, améliorant l'humeur de certains, mettant une pointe de regret dans le cœur d'autres pour la malchance qui les avait bloqué tout là haut, et semant le doute dans le cœur des derniers quant à l'impression d'un piège dans lequel ils étaient en train de tous se jeter.

Cela faisait maintenant quatre jours que Legolas ne dormait pas, et il se préparait à réveiller les autres pour cette nouvelle étape de leur voyage.

Le journal était toujours désespérément vide, non que les pensées de Legolas aient cessé de le tourmenter. Il n'avait juste pas trouvé le moyen de démarrer la déposition de ses souvenirs.

Il avait pourtant l'impression qu'un gouffre était tendu devant lui, et que chaque rêve, transe ou vision, ne faisaient que l'en rapprocher de plus en plus. Tôt ou tard, il finirait par glisser dedans et se perdre dans les ténèbres. Il avait prié mainte fois les Valars pour que telle chose ne se produise pas. Pour qu'il puisse toujours s'arrêter avant que les choses n'aillent trop loin… Qu'il ne dépasse jamais le point de non-retour. Qu'il puisse fuir ces ténèbres qui l'appelaient avec des voix douces, amères et tentatrices. Ironiquement, cela semblait être un sors qui seyait parfaitement pour un elfe catalogué comme 'maudit'. Qui d'autre que lui aurait pu endosser un tel fardeau ? Et pourtant, il souhaitait de tout son cœur et de toute son âme, de pouvoir trouver le repos, de pouvoir s'échapper de cette situation qui semblait empirer… Qu'il puisse s'arrêter à temps avant de tomber dans ce gouffre.

Par ailleurs, il avait du mal à garder une cohésion dans ses pensées. Bien sur il ne se leurrait pas : ne pas dormir, mais ne pas être non plus capable de se reposer mentalement, devait faire cet effet sur tout elfe qui se respectait. Il se souvint vaguement de l'altercation récente qu'il avait eue avec le fils du Gondor. L'humain l'avait cherché, c'était clair comme de l'eau de roche, mais lui-même s'était découvert une répartie inattendue, et… il ne voulait pas se voiler la face, une haine, un sadisme, une volonté de blesser. Quoi qu'ait pu dire Pippin lors de son intervention, l'elfe supposa que son manque de sommeil y était pour beaucoup, avivant sa colère et rendant son jugement flou, mais cela ne changeait pas grand-chose pour lui. D'une certaine façon, la colère était un soulagement. C'était mieux, certainement, que d'avancer dans un monde de tristesse, de culpabilité, où toutes les couleurs s'évanouissaient dans des gris ternes et sales.

Il se leva. Inutile de laisser de telles pensées tourner en rond, une longue nuit de marche les attendait. Il ne voulait pas montrer aux autres une tête d'enterrement et des yeux hagards, aussi se contenta-t-il de réveiller doucement Aragorn de quelques secousses sur l'épaule. Le ranger sursauta, comme s'il craignait une attaque, puis son regard rencontra celui, fatigué mais calme, de l'elfe, et il se relâcha.

« La nuit va tomber », dit l'archer. « Pourrais-tu réveiller les autres, Aragorn ? Je vais faire une dernière ronde d'inspection ».

Aragorn acquiesça en silence, essayant de mesurer l'état d'épuisement sur les traits de son frère d'arme, mais l'elfe ne lui en laissa pas le temps. Il se détourna rapidement et gagna la sortie de leur abri. Sa silhouette se découpa un moment, sombre dans les teintes vaguement orangées du ciel nuageux au dehors. L'elfe sentait qu'une petite ronde de vérification au dehors lui ferait du bien. Il aspirait plus que tout à être à l'air libre, et alors que le soleil disparaissait à l'horizon, n'étant plus qu'une petite pointe lumineuse et rouge, il s'avança de quelques pas dans la neige, vers le rebord qui surplombait le précipice noyé dans la brume crépusculaire.

Legolas inspira profondément en fermant les yeux, goûtant à la fraîcheur de l'air, espérant se réveiller un peu, sortir de cette torpeur nauséeuse qui commençait à le submerger. Bien sur, ce geste avait d'autres raisons : dans un milieu presque désert de vie comme cette montagne hivernale, l'odorat pouvait l'avertir tout aussi bien que les yeux, sinon mieux, de la présence de quelque chose autre qu'un membre de la communauté. Un ennemi embusqué derrière un rocher, et invisible au regard, pouvait laisser une trace olfactive. Legolas inspira une deuxième fois, et détecta quelque chose dans l'air, comme une vague odeur de poussière, de brûlé et de métal.

Il ouvrit les yeux.

Il fut tout d'abord parcouru par un frisson, et ensuite, gagné par une véritable chaire de poule quand il vit le paysage qui s'offrait à ses yeux.

Car au bas de la falaise, s'étendait une toundra de crâne, d'os noircis, de ruines et de métal fondu et tordu. Il sentit une poussière de cendres envahir ses narines et ne put s'empêcher d'éternuer.

'Non… non, non ! Pas ici, pas le monde des cendres !'

Il fixait bouchée née et yeux écarquillés le ciel noir d'encre, comme si le soleil s'était couché depuis longtemps. L'elfe eut alors la pensée que l'astre avait disparu… il y avait effectivement longtemps… Très longtemps…

Plus que la plaine de jeu sous la vague de flammes, ce monde le terrorisait. Car il avait l'impression que tant que la vague de feu n'avait pas frappé, il y avait toujours un espoir d'empêcher cela, même si pour le moment, il ne comprenait toujours pas la cause de ce désastre. Qu'avait dit la petite fille ? Que la vague de feu appartenait au passé ? Ici, on était après, et il était trop tard pour changer quoi que ce soit. Comme ce que Alek lui avait annoncé.

Mais quand est-ce que c'est devenu trop tard ? se demanda l'elfe, en balayant l'horizon du regard. Avant ce n'était qu'une plaine vide, ici… Et maintenant--

Il sentit alors son cœur se geler dans ses veines. Car ce n'était pas une péhemm qu'il pouvait voir à l'horizon, mais trois ou quatre qui semblaient quadriller les ruines loin en bas, à la recherche de la moindre proie qui aurait pu s'y cacher. De temps à autre, une d'elle devait avoir déniché quelque être malheureux qui s'y dissimulait, car un trait de feu sortait de sa gueule pour frapper le sol. Un instant détournée de ses sœurs, elle rentrait bien vite dans la ronde. Leur danse rendait une impression de malignité et de résolution. Oui, on eut dit que chercher après des survivants dans ces décombres faisait partie de leur unique but dans la vie. On pouvait dire qu'elles étaient le dessein personnifié.

Cet endroit sentait la mort. Ou plutôt, la volonté d'absence de vie. La vie qui semblait être une insulte pour les Péhemms. Combien de temps passaient-elles là, à explorer le moindre bout de terrain, et à abattre toute trace d'existence? Combien de créatures étaient tombées sous leurs assauts ?

Qui avait envoyé ces créatures, pour commencer… Sauron ?

Oui, se dit l'elfe, Sauron avait ce pouvoir, et cela pouvait ressembler à ses méthodes, lui qui était contre tout peuple libre… Mais cela n'expliquait pas ce qu'il voyait face à lui maintenant… ! Combien de jours étaient-ils restés dans la montagne, loin de tout ? Ou plutôt, combien de temps s'était écoulé là, en bas… Se pouvait-il que par une quelconque magie, le temps se soit comporté de manières différentes ? Qu'alors qu'ils marchaient au travers de la tempête de neige, une civilisation entière voyait le jour, vivait et mourrait dans les flammes ? Avait-il non pas rêvé d'un lointain passé ou d'un lointain avenir, mais de ce qui se passait réellement pendant leur traversée ?

Le petit animal nommé panique, furetait timidement du nez depuis l'entrée de sa tanière, dans l'esprit de Legolas.

A moins que tout cela ne fut qu'un nouveau rêve… Il avait le souvenir d'avoir fini sa garde de nuit, et d'avoir réveillé Aragorn pour qu'il réveille les autres, puis d'être sorti… Mais peut-être qu'il croyait avoir fait cela alors qu'il s'était assoupi à sa garde…

'Ou peut-être que tu n'as jamais fais de garde, car tu es toujours dans le cacho de--'

LA FERME ! hurla l'elfe mentalement, sentant son cœur accélérer dans sa poitrine. Il se essayait de se convaincre que s'il se retournait, bizarrement l'abri aurait disparut, et qu'il faudrait dès lors se lancer à la recherche de la petite fille, ou d'Alek, ou de quiconque dans ce satané rêve qui connut une quelconque réponse. Oui, ce serait probablement la meilleur des situations. Il se ferait huer si les autres remarquaient qu'il s'était assoupi, mais c'était mieux que les deux autres alternatives…

Il se retourna, persuadé de voir derrière lui le même spectacle chaotique que face à lui.

Et dans son esprit, le petit animal se décida alors à sortir de sa tanière. Sauf qu'il était beaucoup plus gros que ce que Legolas s'était attendu aux premiers abords. Et plus incontrôlable également.

Derrière lui, il y avait l'abri où ses compagnons de route se levaient lentement de leur journée de sommeil. Aragorn allait encore vers les derniers pour les réveiller. Aucun ne semblait avoir remarqué ou sentit le danger et le changement. L'archer se retourna brusquement vers la plaine grise et sombre, où les chasseurs ailés continuaient à traquer toute vie au sol, dans les ruines de la ville, au milieu des tours pulvérisées. L'elfe pouvait même entendre les rugissements que les péhemms faisaient, ainsi que les cris stridents quand elles crachaient le feu rouge sur leurs proies.

Il ressentait le froid de l'endroit, bien plus glacé que la neige qui les avait accompagnés pendant une grande partie de leur voyage, car il frappait jusqu'à la moelle des os. Rien de ce qu'il avait connu depuis son enfance, depuis la menace des araignées et des wargs, jusqu'aux armées de Sauron, ne l'avait préparé à cela. Avant, il lui semblait qu'il y avait toujours tellement de différence avec la réalité, ne fut-ce que les lieux et les gens, qu'il pouvait se rassurer un peu, se dire inconsciemment que c'était un cauchemar et qu'il ne risquait rien… Mais ici, la perspective qu'Aragorn et les autres allaient se retrouver plongés dans le cauchemar qui l'avait hanté depuis des semaines, faisait naître en lui un mélange d'horreur et de rage.

Un bref souvenir, une enfant aux cheveux rouge qui lui dit de courir vers l'abri, pour se cacher des péhemms. Il se retourna et ouvrit la bouche pour avertir les autres de rester cachés. Un instant, il se dit que si bien sur, tout n'était qu'un cauchemar éveillé et qu'il les avertissait… Et bien, si Aragorn nourrissait encore des doutes sur l'état de sa santé mentale, ce dernier petit spectacle suffirait sans aucun doute à les balayer. Zzou !

Mais allait-il courir le risque de rester silencieux pour ne pas perdre sa dignité, au cas où ?

Allait-il mettre leur vies en danger tout simplement parce qu'il aurait peur de leur regard ? Si jamais tout était réel…

Les mots ne parvinrent pas à sortir de sa gorge, ils étaient comme étranglés. L'elfe se secoua pour sortir de sa torpeur et fit un geste rapide de la main, pour leur signifier de rester cachés, de reculer le plus possible dans l'abri.

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Aragorn terminait de vérifier que tous étaient bien éveillés, et qu'aucun d'entre eux n'allait essayer de se rendormir discrètement, quand un mouvement au coin de l'œil attira son attention. Il releva la tête vers la sortie de leur abri et vit Legolas, en train de leur faire un signe qui était clair : restez à l'intérieur, cachez vous ! Au regard de terreur dans les yeux de l'elfe, Aragorn comprit que ce n'était pas simplement un groupe d'oiseau qui s'approchait. Mais quelque chose de beaucoup plus dangereux et costaud pour effrayer à ce point l'archer. Il transmis l'ordre de Legolas d'un murmure rauque, puis bondit vers l'avant, attrapant son épée à côté de ses couvertures, au moment même où Legolas se retournait, et saisissait une flèche dans son carquois.

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Legolas entendit un bruit distinct derrière lui, comme un feulement qui s'amplifiait et était sur le point d'exploser. Il se retourna rapidement, et vit alors surgir, masquée par le rebord de la falaise, une quatrième péhemm. Elle se découpait, brillante, sur le ciel noir, trois de ses congénères continuant leur danse au-dessus des ruines de la ville des tours. Elle posa sur l'elfe son regard aveuglant, et son grondement parut s'amplifier. Legolas, baigné dans sa lumière froide et aveuglante, ouvrit la bouche pour hurler, mais aucun cri ne pu quitter sa gorge. Il ne se souvenait pas avoir ressenti une telle terreur de toute sa vie. Car la wyverne était à moins de trois mètres de lui, et il réalisait avec horreur qu'elle était gigantesque. Probablement plus d'une dizaine de mètres d'envergure, recouverte d'une armure de métal – son poids devait approcher les deux ou trois tonnes, et pourtant sans aucun mouvement des ailes, elle se maintenait dans l'air et soulevait des tourbillons de neige et de cendre, malmenant ses cheveux, le forçant à plisser les yeux.

Elle m'a trouvé.

Elle nous a tous trouvé !

Il poussa un hurlement silencieux, couvert par le mugissement de la bête, alors qu'il tendait le bras pour chercher une flèche dans son carquois et armer son arc. Quitte à mourir, ce serait en combattant et en respectant le vœu de protection qu'il avait fait vis-à-vis d'Aragorn et des autres.

'Et tu as mon arc'. Un instant, le souvenir de ce qu'il avait promis à Frodon au conseil revint dans son esprit alors que toute l'action sembla ralentir. Etait-ce réellement à Frodon qu'il avait fait cette promesse ? N'était-ce point plutôt dirigé vers le ranger qui se tenait à ses côtés ?

Avait-il signé son arrêt de mort en liant son sort à celui du hobbit ? Peut-être qu'aucune de ces cauchemars et de ses visions ne seraient arrivé s'il était reparti en Mirkwood, ou resté à Rivendell.

Et alors qu'il armait son arc, une étrange pensée se fit en lui. 'Je n'aurais jamais du venir. Cette quête n'est pas mon problème ! Le seul que ça concerne, c'est celui qui m'a comparé au mouton à cinq jambes !'

Et il lâcha la corde de son arc avec un grondement à la fois de rage et de terreur, vers la wyverne devant lui. La flèche traversa l'air d'un seul trait et heurta de plein fouet la créature volante, rebondissant hélas sur son armure et se perdant ensuite dans le précipice plus bas. Legolas réalisa avec horreur qu'elle ne semblait pas affectée par le coup qu'il venait de porter. Elle n'avait même pas dévié de son vol. Mais maintenant, elle se penchait légèrement vers lui, et Legolas vit la lumière rouge qui jaillissait dans sa direction.

Il se rejeta en arrière, l'éclair meurtrier frappant le sol devant ses pieds dans un fracas assourdissant. Il sentit la chaleur de la soudaine lumière sur la peau de ses mains et de son visage, et plissa les yeux pour éviter les projections de poussières et de gravats. Il sentit une vague douleur dans son bras droit où un morceau de muscle venait d'être arraché, mais il décida qu'il s'en occuperait plus tard. S'il échappait à l'ennemi ici, il aurait tout le temps de souffrir de ses blessures par après.

La péhemm se pencha vers lui et il vit comme au ralentit que l'éclair rouge se reformait. Il voulut faire un nouveau bon en arrière, mais sentit une main s'abattre sur son épaule et le tirer vers l'arrière. Il se retourna brusquement et vit Aragorn, qui le fixait, l'air anxieux et méfiant. Legolas fronça les sourcils. Pourquoi le ranger avait-il passé outre ses injonction et s'était avancé en pleine lumière, directement dans la gueule de l'ennemi ? Ne voyait-il pas ? Dans un instant, la péhemm allait cracher l'éclair à nouveau et obtenir non pas une âme, mais deux de plus à son tableau de chasse. Il ne pensait pas que le ranger eut été si stupide.

« Legolas, qu'est-ce qu'il se passe ? »

Rectification, pensa l'archer, l'humain était réellement idiot. Les mots du ranger avaient pourtant semblé percer le vacarme que la créature volante faisait. L'elfe ouvrit la bouche pour lui expliquer, puis jugea qu'une image vaudrait mieux que mille mots, et tendit la main vers la Péhemm, se retournant vers la bête par la même occasion.

Et ce qu'il vit alors le pétrifia sur place.

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Aragorn avait jaillit de l'abri au moment où Legolas décocha la flèche qu'il avait armée. La flèche se perdit dans le lointain sans que le ranger, d'où il était, ait pu voir l'ennemi visé. Il accéléra l'allure quand il vit Legolas esquiver une attaque. Il n'avait vu aucun projectile, ni sentit aucun danger dirigé contre l'elfe, mais celui-ci semblait avoir perçu quelque chose qui justifiait cette danse étrange d'esquive qu'il avait commencé. Il vit l'elfe se rammasser sur lui-même comme s'il allait se rejeter en arrière, alors que lui, descendant d'Isildur, ne voyait toujours pas d'ennemi. Face à eux, se trouvait le vide du précipice, et aucun adversaire, terrestre ou aérien n'y figurait. Mais peut-être que l'archer blond avait vu quelque chose qu'il ne pouvait pas encore voir. Un doute cependant jaillit dans son cœur. Il bondit en avant, posa sa main sur l'épaule de l'elfe et le tira légèrement en arrière.

Au moment où sa main entra en contact avec l'épaule de Legolas, Aragorn sentit une désagréable chaleur qui montait au travers des tissus de la chemise et de la tunique de l'elfe. L'impression d'avoir mis la main dans des braises ardentes, et lorsque l'elfe se retourna vers lui, le ranger eut l'impression (brève mais inoubliable) que c'était exactement ce qu'il avait sous les yeux. Jamais il n'avait rencontré un regard aussi fiévreux, aussi intense, aussi terrorisé et colérique.

La première réaction d'Aragorn fut de reculer, mais il tint bon. Son instinct lui disait que s'il faisait ne fut-ce que d'un seul pas en arrière, l'elfe pourrait bien soit se retourner contre lui, soit foncer vers la falaise pour faire un grand plongeon. Au lieu de battre en retraite, il affermit sa prise sur son épaule (tellement brûlante et dégageant comme des bouffées de chaleur) et se pencha vers lui.

« Legolas, qu'est-ce qu'il se passe ? ». Il se demanda si seulement l'elfe le voyait ou l'entendait.

Le regard de l'elfe demeura fixé au sien, abasourdi. Aragorn ne prit pas cela comme une bonne nouvelle. L'elfe ouvrit la bouche pour parler, les yeux emplis de terreur, mais également avec une pointe étrange dans le regard, comme si c'est lui, Aragorn, qui était le fou dans l'histoire.

Il ne parut pas trouver ses mots, et leva le bras dans la direction du précipice, en ce retournant vers le soleil couchant et en portant le regard vers le ciel. Le ranger suivit son doigt du regard, cherchant tout ennemi volant qu'il aurait peut-être manqué de voir lors de sa course pour rejoindre l'elfe. Après tout, ce dernier était censé voir à des miles et des miles.

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Legolas regardait l'horizon face à lui, se sentant en train de vivre comme une expérience hors de son corps. La plaine, les nuages, le ciel… L'endroit paraissait calme, et même beau, alors que les derniers rayons du soleil balayaient cette brume dans le fond, et léchait d'une lueur rougeâtre les pans de neige accrochés aux divers flancs de la chaîne de montagne.

Il n'y avait plus de ville en ruine. Il n'y avait plus de wyvernes chasseresses, l'air ne sentait plus la mort et la cendre, et la bête n'était plus face à lui, prête à emporter son âme dans un éclair rouge. Il cligna des yeux plusieurs fois pour s'assurer de ce qu'il voyait. Il sentait toujours la pression de la main d'Aragorn sur son épaule.

Il avait l'impression que le danger était toujours présent. Qu'il ne pouvait le voir, mais qu'il était là, et que ce monde paisible qu'il voyait pour l'instant, n'était que l'illusion qui lui masquait la réalité : que la péhemm était sur le point de le tuer.

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Aragorn sentit la tension se relâcher légèrement en l'elfe en même temps qu'il vit l'expression de Legolas passer de la terreur presque animale, à de la stupeur et de la tristesse. Comme le regard d'un enfant perdu qui se réveille d'un long cauchemar et ne reconnaît pas sa maison. 'Oui', se dit-il. 'C'est peut-être ça, une autre vision.'

'Sauf que cette fois-ci, ce n'est pas venu dans un rêve', enchaîna une autre petite voix, amère et froide, au fond de son esprit. 'Cette fois-ci, il a eu sa vision tout en étant éveillé. Combien de temps à ton avis avant qu'il ne tombe dans un délire permanent ? Combien de temps uniquement pour que les membres de la communauté de l'anneau ne le considèrent comme trop instable et dangereux, et refusent de le laisser continuer avec eux ?'

Aragorn serra les dents. Il avait tout fait pour ne pas avoir ces pensées. Pour ne pas en arriver là. Il avait prié les Valars pour que l'état de l'elfe s'améliore alors qu'ils amorçaient la descente, que les autres de la communauté voient en lui quelqu'un non pas hystérique, un boulet qui ralentissait leur progression, mais un membre utile et efficace à leur groupe. Legolas avait paru se calmer ces derniers jours. Il n'y avait plus eu de crises.

'Bien sur', reprit la petite voix, 'il ne dormait plus non plus'.

'Il se privait de sommeil pour ne pas rêver'

Aragorn eut alors la révélation. Il avait cru aux boniments de l'elfe, prétendant monter la garde pour que tous puissent dormir, insistant sur le fait qu'à partir de la Moria, il ne serait plus des leurs. Seul Merry avait peut-être perçu la réalité, en lui proposant des herbes du vieux Brandyboucq. Non, Legolas ne voulait juste pas veiller pour leur permettre de tous récupérer. Il avait une trouille bleue de s'endormir. Quand l'elfe avait expliqué, à lui et Gandalf, ce que ces rêves étaient devenus, si le ranger avait eu la pensée qu'ils étaient devenu trop effrayants pour lui et que c'était pour cela qu'il insistait pour veiller, la pensée n'avait pas fait long feu dans son esprit. Elle revenait en force désormais, et il s'en voulait de ne pas y avoir accordé plus d'importance.

'Il s'est forcé à rester éveillé car il avait trop peur de rêver…', réalisa-t-il en observant l'air hagard de l'elfe, notant les ombres bleues sous ses yeux. 'Mais les rêves ont fini par le rattraper…'

Legolas ferma les yeux, et se massa légèrement le bras droit, comme s'il voulait estomper une douleur récente. Quand il les rouvrit, Aragorn y vit briller ce qu'il sembla être des larmes. Il regardait le ciel, d'un air apeuré et désespéré, la main se tendant à nouveau vers le ciel. Il lui sembla que ce geste aurait du lui rappeler quelque chose. A ce moment là, il était loin de se souvenir de la petite fille des cauchemars de son frère d'arme.

« Je les ai vues… elles étaient là… ». Sa voix était presque inaudible, mais parvint quand même aux oreilles du ranger. « Elles tuaient toutes vies… et elles m'ont trouvé… Elle nous ont trouvé ». L'expression dans les yeux et sur le visage de l'elfe oscillait désormais entre le soulagement, la tristesse, et la peur.

« C'était un rêve, Legolas », lui dit simplement Aragorn, sur un ton calme et posé, afin d'éviter toute resurrection d'hystérie. « Un simple rêve éveillé », reprit-il. « Tu es en sécurité maintenant ». Cette phrase sentait horriblement faux dans sa bouche. Non, avec un tel comportement, Legolas serait encore moins en sécurité dans la communauté qu'avant. Il se dit qu'il pourrait bien inventer quelque mensonge à jeter en pâture à la curiosité des autres, afin de protéger la réputation de l'elfe… Mais, en avait-il vraiment envie ? Croyait-il toujours que l'elfe était sain d'esprit ? Au fond de lui, une voix qui s'était fait silencieuse, lui rappela que peut-être il ne défendait pas la bonne personne. Que peut-être que l'elfe était trop gravement atteint pour pouvoir être ramené sur la bonne voie. Que peut-être que la meilleure solution pour lui fut de retourner auprès des siens, ou du moins, sous la protection de Dame Galadrielle à la Lothlórien. Peut-être y avait-il trop de danger à ce qu'il reste dans la communauté. Pour les autres, comme pour lui-même.

Il serra les poings, comme pour faire taire cette voix insidieuse. Derrière lui, il pouvait commencer à entendre les autres quitter l'abri, par petits groupes, et avec précaution. Ils avaient du sentir que le danger, quel qu'il soit, était passé, et maintenant, ils allaient vouloir savoir quelle était l'étrange l'alerte que l'archer avait lancée.

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Le monde était redevenu ce qu'il connaissait. Derrière lui, Legolas entendait les autres membres de la communauté qui s'interpellaient, ou appelaient Aragorn pour connaître l'étendue du risque. Il ne regarda pas vers eux, sentant un certain embarras. Il se laissa lentement tomber dans la neige sur ses genoux, fixant toujours l'horizon, et laissant s'échapper un profond soupire longtemps retenu, s'attendant à être soulevé par une vague de soulagement. Le soulagement vint bien, mais pas sous la forme océanique à laquelle il s'était attendu. Nulle impression d'avoir été sous le point de sombrer dans la folie et d'en avoir échappé in-extremis. Nulle impression non plus d'avoir été en train de perdre la raison à un moment où à un autre.

Aragorn avait parlé d'un nouveau rêve. Un rêve apparemment éveillé cette fois… Et alors qu'il regardait le soleil darder le ciel de ses ultimes rayons, il comprit parfaitement qu'il n'allait pas pouvoir vivre bien longtemps dans cet état second entre rêve et réveil sans mettre sa santé mentale en sérieux danger. Peut-être que les grands poètes, bardes ou autres artistes vivaient ce genre d'expériences couramment, mais elles n'étaient pas pour lui. S'il continuait à ce rythme, il allait très certainement péter une corde d'arc en un rien de temps, et quand les porteurs de filets à papillons viendraient s'occuper de lui pour l'emmener, il serait probablement très content de les suivre.

'Et pourtant', se dit-il, 'Je les ai vu… Je les ai entendu et sentit. Je suis sur que la wyverne était là, qu'elle a essayé de me tuer. Je sens encore la douleur dans mon bras…'

'Evidemment que tu en es sur, répondit la voix de son frère Odúrin. 'Les fous sont toujours surs des choses folles qu'ils voient ou entendent. C'est ça qui en fait des fous, pas les hallucinations elles-mêmes.'

Legolas secoua la tête, la rage se mêlait maintenant au désespoir. Et avec la rage, vint la haine. La haine contre ses frères et son père, la haine de ce qu'ils avaient fait de lui, la haine contre ces visions qu'il ne comprenait pas, la haine contre qui que ce soit, chez les valars qui avait décidé que sa vie n'était pas assez pourrie comme ça, mais qu'il fallait qu'il vit des choses atroces dans ses rêves ; et quand bien même il essayerait d'y échapper en s'empêchant de dormir, les visions le rattraperaient dans la vie éveillée. Il tapa son poing dans la neige. Aragorn à ses côtés demeura impassible, ne montrant rien des sentiments mitigés qui se bousculaient en lui.

Il entendit des pas dans la neige derrière lui, et se crispa involontairement. Il sentit plus qu'il ne vit, Aragorn faire un geste apaisant envers la personne qui les avait rejoint. Il y eut un moment de silence, puis la voix grave et douce du fils du Gondor se fit entendre.

« Un rêve éveillé, hein ? ».

Legolas serra les poings. N'importe qui aurait pu être là, et il n'aurait pas sentit cette bulle d'acidité dans l'estomac, ni les battements de son cœur s'accélérer. Il avait fallu que ce soit lui, le guerrier du Gondor, son adversaire depuis le conseil d'Elrond, qui vint en premier aux nouvelles de la dernière action d'éclat de l'elfe ! Il fallu aussi qu'il comprit d'une seule traite le problème qui se déroulait en lui. Voici donc une faiblesse de plus que Boromir pouvait utiliser à son avantage, lors des prochaines railleries qui ne manqueraient pas de tomber. La tristesse et le désespoir commencèrent à refluer en Legolas, et alors qu'il regardait ce paisible crépuscule qui se levait, il sentit à nouveau des sentiments sombres tournoyer paresseusement en lui.

'Je l'ai vu', ses pensées prenaient un ton glacial. 'J'ai vu quelque chose de réel. Je le sais. Alek m'a dit que ça allait arriver! Ce monde va être détruit, tôt ou tard. Et personne ne me croit ! En temps voulu, ils verront ! '

« Il te faut du repos, Legolas. Et vite ! ». La voix de Boromir fut comme une réponse à ses propres pensées. Legolas tressaillit intérieurement à l'idée que l'humain ait pu lire dans son esprit. « Sinon, tu vas complètement perdre l'esprit. », continua ce dernier.

Legolas ne put s'empêcher de déceler comme une note de délectation étrange et morbide dans la voix du fils du Gondor. L'inquiétude sous laquelle cela se dissimulait était peut-être authentique, mais au vu de leur dernier accrochage mémorable, elle lui faisait plutôt l'impression d'un glaçage sucré sur un gâteau amer.

Il serra les dents et se redressa, rompant le contact rassurant d'Aragorn. « Ce dont j'ai besoin », siffla-t-il entre ses dents, « c'est de marcher et prendre l'air ! De ça et de rien d'autre ! ». Les battements de son cœur se répercutaient maintenant à ses tempes comme autant de coups de maillets et il craignit un moment de faire un malaise, et de s'étaler là, dans la neige. Piteux représentant des premiers nés !

Il entendit Boromir faire quelques pas derrière lui.

'Ne me touche pas, Boromir. Ne pose même pas une main sur mon épaule. Sans quoi je risque de me retourner et de t'en aligner une en pleine figure.'

En s'éloignant, il passa non loin de Gimli qui échangeait quelques mots à voix basse avec Merry et Pippin. Le nain se tourna vers l'elfe alors que ce dernier arrivait à sa hauteur.

« Vous avez presque l'air d'un cinglé, maître elfe »

« Je suis peut-être cinglé », répondit-il sèchement. Et il dut y avoir quelque chose de convainquant dans le ton de sa voix ou dans son regard, car Gimli changea de sujet de conversation.

Legolas se rendit alors compte tout en continuant à marcher, que ses espoirs avaient été vains. On l'avait finalement poussé dans le gouffre, et l'obscurité régnait partout autour de lui.

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A suivre...

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Et voilà, un nouveau chapitre :)

Avec une journée de retard sur la limite prévue ;( Problèmes techniques de PC obligent… ;(

Pour me faire pardonner, alors que j'avais dis que Novembre serait achtement plus calme pour la Communauté, je publierai le chapitre 29 cette semaine-ci aussi ;)

D'ailleurs, j'ai plutôt intérêt à m'y mettre dès maintenant :D

Je mettrai d'ailleurs les réponses aux reviews dans le prochain chapitre (ça fera plus de reviews auxquelles répondre ;) Car j'ai eu l'impression que le chapitre précédent (journal) ne vous avait pas autant plut que les autres TT (surtout quand une review laissée concerne une autre fic que « communauté des elfes », sans aucun commentaire sur la fic qui vient d'être lue ;)

Bon, allez, encore un rêve que Legolas vient de faire… Vivement qu'il apprenne à se servir du Journal hein :p

A TRES bientôt tout le monde, et mirciiiiiiiii tout plein à ceux/celles qui ont eu le courage de braver la peur de la fenêtre blanche et de me laisser un tit kikou pour me dire ce qu'ils/elles pensaient de l'histoire :)

J'vous adore ;D

Bizz ;

:Roselyne: