Héro

Son pays, en pleine guerre civile à l'époque, recruta bon nombre d'hommes. L'armée commençait à manquer cruellement de main d'œuvre car beaucoup de soldats étaient en mission. Pour pallier au manque d'effectif les hommes du pays furent appelés à combattre. Ou plutôt, l'armée enrôla de force de pauvres civils qui ne faisaient pas partie des manifestants. C'est ainsi qu'à tout juste 18 ans, Fyodor se vit contraint de prendre part à la guerre civile qui ravageait son pays depuis plusieurs mois déjà.

Il fallu près de deux ans pour mettre un terme à la guerre. Il eu beaucoup de morts, des civils pour la plupart. De pauvres hommes sans expérience qui avaient été obligés de se battre, laissant derrière eux femmes et enfants. Avec un bilan aussi lourd, Fyodor s'était demandé comment il avait bien pu réussir à s'en sortir vivant. Lui, simple civil, lui le gosse tout juste sorti de l'orphelinat et surtout lui, le type qui n'était pas franchement connu pour avoir de la chance.

Maintenant ce qu'il voulait c'était laisser tout ça derrière lui et être tranquille, vivre normalement. Mais plus facile à dire qu'à faire, surtout pour trouver du travail. Il n'avait aucun diplôme ni aucun talent particulier dans quelque domaine que ce soit. En somme sa vie en tant qu'adulte libre commençait assez mal. Et lorsqu'un jour il fut cerné en pleine rue par des militaires il s'était dit que là, il avait vraiment touché le fond.

L'armée voulait le recruter, de manière officielle. Bien évidemment il refusa net mais les hauts gradés savaient frapper là où ça faisait mal, arguant que dans sa situation il ne pourrait pas vivre comme un simple civil et encore moins trouver du travail. C'était difficile à admettre mais ils avaient raison et Fyodor se maudit pour la bêtise qu'il s'apprêtait à faire. Soupirant, il se résigna et accepta leur proposition.

Ses premiers pas en tant que militaire se passèrent étonnamment bien. Au départ on ne lui avait confié que des tâches de base afin qu'il prenne le rythme, s'habituant petit à petit. Les missions devenaient de plus en plus importante au fil du temps. Beaucoup de soldats périssaient et ce, à pratiquement toutes les batailles. Dans ces moments là, Fyodor s'était vaguement demandé combien de temps il tiendrait le coup.

Les combats s'enchaînaient, tout comme les années. Le novice qu'il était autrefois avait disparu sans qu'il ne s'en rende vraiment compte. Il avait gravi les échelons, se faisant doucement une place dans la hiérarchie. Il s'était même découvert un talent pour le tir, il en fut d'ailleurs le premier surpris. Mais malgré cela il se sentait vide. Lui qui avait haï l'armée pour l'avoir enrôlé de force avait fini par construire sa vie autour d'elle. Au final il n'avait rien si ce n'est un grade et une certaine réputation. Ce n'était pas ce qu'il avait voulu, malheureusement il s'en était rendu compte un peu trop tard. Il en avait pris conscience au cours d'une mission où il avait vu la mort de près, de trop près.

Son groupe avait été pris par surprise, l'ennemi les avaient piégés. Fyodor aurait dû s'éloigner mais en constatant que l'un de ses hommes était en mauvaise posture il fit rapidement demi-tour. Il n'eu aucun mort de leur côté, seulement un Fyodor blessé puisqu'il avait pris le coup à la place d'un autre. L'attaque l'avait touché de face et l'avait privé d'un œil par la même occasion.

Le soldat dont il avait sauvé la vie n'avait pas cessé de s'excuser après ça, excédé, il avait donné à son subordonné le sermon du siècle. Ce dernier avait une famille, des amis et un bel avenir devant lui, tout ce que Fyodor n'aurait probablement jamais. Un gâchis qu'il ne supportait pas. Toutefois il fut surpris lorsque deux jours plus tard, le jeune soldat posa un genou à terre en lui remettant sa démission.

Etrangement c'est ce moment qui lui revint à l'esprit dans ses derniers instants. Il sourit faiblement, se disant qu'il avait au moins fait quelque chose de bien dans sa vie. Fyodor n'avait pas vraiment de regrets, il n'avait personne qui l'attendait à la maison. A vrai dire il n'avait pas de maison tout court puisqu'il passait son temps en mission. Et il savait parfaitement qu'il ne vivrait pas longtemps. Oui, il savait qu'il mourrait sur le champ de bataille. Son dernier combat avait été rude et son unité avait été pratiquement décimée, seul trois de ses hommes avaient réussi à s'échapper. Trois c'était déjà pas si mal, c'était toujours mieux que rien. C'est ce qui le consola lorsque son seul œil valide se ferma.

\\\

Le spectre lui fit traverser le fleuve, s'étonnant qu'il ne soit pas encore réveillé mais surtout du fait qu'il soit si amoché. Fyodor émergea lentement de son sommeil sans comprendre ce qui se passait. Sans savoir qu'à la surface, trois homme pleuraient la mort de leur commandant.

Et ce n'est pas trois mais quatre personnes qui posèrent genou à terre devant le cercueil. Trois militaires ainsi qu'un ancien soldat. Ce dernier pleurait la disparition de son héro, l'homme qui n'avait pas hésité à risquer sa vie pour sauver la sienne. Une foule de gens en uniforme présentèrent leurs respect. L'armée lui rendit hommage et le décora, il le méritait amplement. Après tout cet homme était un héro, un héro qui s'était juste ignoré.