Malédiction
Tout avait commencé avec quelques fleurs, c'était parti d'une bonne intention. L'enfant qu'il était alors avait entrepris de s'occuper des plantes de la maison mais curieusement, plus il s'évertuait à en prendre soin et plus elles dépérissaient. Dépité, il s'en détourna pensant qu'il n'était tout simplement pas doué pour ça. Plus tard en se promenant il trouva un petit oiseau blessé et décida de l'aider. La petite tête blonde le ramena donc chez lui pour le soigner et quelques heures après, l'oiseau gazouillait de nouveau comme un bienheureux.
Mais le petit volatile avait beau chanter et bouger comme tout autre de son espèce, son apparence elle, ne pouvait plus en dire autant. Ses plumes tombèrent les unes après les autres puis sa peau se détacha, pourrissant rapidement jusqu'à l'os. L'oiseau était mort depuis un moment et pourtant il était encore capable de se mouvoir, presque mécaniquement, tel un zombie. Pour l'enfant c'était incompréhensible, pour son père s'était l'incident de trop. Ce dernier, ne sachant quoi faire, se tourna vers l'Église afin d'obtenir de l'aide. Ce jour là fut le premier d'une longue série, marquant ainsi le début du cauchemar.
C'est avec un mélange de peur et d'horreur non dissimulé que l'Église, après avoir entendu le récit de l'homme, affirma que c'était là l'œuvre du malin. Le prêtre tenta l'exorcisme mais n'ayant aucun résultat, décida de prendre des mesures drastiques. C'est donc au sous-sol de l'Église que l'on enferma l'enfant, derrière les barreaux d'une cellule. C'était une prison, sa prison personnelle. Tous les murs y étaient recouverts des saintes écritures pour « affaiblir le démon » et les nonnes y venaient régulièrement prier.
Cela dura longtemps, très longtemps. Les jours devinrent des semaines, des mois puis des années. Le temps passa, emportant avec lui l'innocence du prisonnier. L'incompréhension et la tristesse de l'enfant disparurent, noyés par l'amertume et la haine de l'adulte. Il avait grandi, tout comme ses capacités dont le village avait finalement entendu parler et qui le craignait de plus en plus. Et malgré de nombreuses recherches, le problème n'avait toujours aucune solution. Il était plus facile de maîtriser un enfant apeuré, mais maintenant qu'il était adulte c'était trop dangereux de le laisser en vie. Pour l'Église, il n'y avait plus qu'une seule option d'envisageable. C'est ainsi que quelques jours plus tard, sur la place du village, fut dressé un bûcher.
Lorsque tout fut prêt, des membres de l'Église vinrent chercher le prisonnier. Une fois maîtrisé et solidement attaché, ils débutèrent la cérémonie. Les nonnes se mirent en cercle autour du bûcher et prièrent tandis que le prêtre psalmodia avec ferveur. Puis la mère supérieure s'avança. C'était une femme âgée vêtue d'une robe richement décorée, bien trop pour une religieuse. Tenant son chapelet d'une main, elle se servit de l'autre pour lancer de l'eau bénite sur le « maudit » tout en continuant à prier.
Au loin on pouvait voir la lumière émanant du brasier qui venait d'être créé. Les flammes grandirent de plus en plus, sous les yeux des villageois qui s'étaient tous réunis pour l'événement.
Je vous maudis…
Il rassembla ses forces, faisant briller doucement ce qui restait de son corps dans ce piège enflammé. Ouvrant une dernière fois les yeux, il vit tous ces gens contempler sa fin, se réjouissant de sa mort.
Je vous maudis tous…
Se concentrant, il pensa à tous les habitants du village, à chacun d'entre eux. Il tomberont les uns après les autres. Génération après génération et ce, jusqu'au dernier de leur descendance. Personne ne sera épargné. Ils périront tous, encore et encore ils souffriront, telle sera sa malédiction.
Vous subirez ma haine même après ma mort…
Il disparut, emporté par les flammes. Ne resta de lui que quelques cendres qui furent enterrées sous le bûcher, lequel fit ensuite office de totem au centre du village.
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Après tout ce qu'il avait subi de son vivant, se réveiller en Enfer le laissa de marbre. On lui expliqua règles, l'histoire des Enfers et de leur Dieu qu'il n'écouta qu'à moitié et dont il se fichait royalement. Une fois terminé avec tout cet inutile et ridiculement ennuyeux baratin, il s'empressa de retourner à la surface.
Les villageois furent réveillés en pleine nuit, le bûcher venait d'être allumé. Croyant à une mauvaise blague des jeunes du village, les adultes éteignirent le feu avant de retourner se coucher sans se poser de questions. Sans apercevoir la silhouette en armure sur le toit d'un bâtiment, tenant dans sa main la tête de ce qui fut autrefois son géniteur.
Quelques jours plus tard, tous les habitants s'étaient rendus compte de la disparition de l'un d'entre eux. Lorsqu'ils allèrent chez lui, ils ne virent rien d'autre que du rouge. Des projections sur les murs et une énorme flaque au sol qui menait droit au corps sans tête qui semblait se décomposer depuis plusieurs jours déjà. La panique prit place au sein du village. Personne ne savait quoi faire si ce n'est attendre dans l'angoisse de voir un autre malheur s'abattre sur eux. Au bout d'une semaine de calme tous furent soulagés, pensant que finalement rien n'arriverait. Le lendemain on découvrit avec horreur le cadavre ensanglanté de la mère supérieure, son chapelet enfoncé dans la gorge. Et sur le mur on pouvait lire en lettre de sang : « This is the curse of the cursed ».
