Bonjour,

Titre : Once Upon A Time - tome 2...

Auteur : Typone Lady

Disclaimer : L'univers de One Piece ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas : ils sont à Eiichiro Oda. Je les emprunte le temps d'une histoire.

Rated: M

Genre : Romance, Hurt/Comfort, Song-fic

Résumé : « Raconte-moi une histoire…une merveilleuse histoire comme on en voit si souvent dans les contes de fées. Laisse-moi imaginer encore un peu que nous aussi, nous avons le droit d'être heureux. » Peu importe à quel point ils le désirent, il y a des choses sur lesquelles ils n'ont aucun contrôle. Impuissant, ils observent les ruines de cette vie sans voir cette lueur d'espoir tapis dans l'obscurité.

Bêta correctrice : pommedapi

Note : Merci à ma bêta pommedapi pour ses précieux conseils et aussi pour avoir corrigé ce chapitre ;).

* Merci à Ilya668 et Chochocolat pour leurs commentaires. *

Réponse au commentaire :

Chochocolat : Hey !

Je comprends ta déprime, je me sers principalement d'internet pour lire des histoires sur wattpad ou et même si je peux m'occuper en lisant les romans et les mangas qui remplissent mes étagères, c'est assez chiant quand même ! Je compatis, faut pas que ça dure trop longtemps ce genre de truc. ^^

Petit à petit Ace baisse les armes et s'ouvre un peu plus à son père, leur relation en devient quelque peu attendrissante.

Ace à des tocs et même si ça va beaucoup mieux depuis qu'il voit César et qu'il a prit conscience de certaine chose, il en reste néanmoins malade.

Bah pour Hancock en vrai la seule différence qu'il y a entre celle de mon histoire et celui du manga c'est sa position vis-à-vis de l'homosexualité et encore dans le manga je crois pas qu'elle s'exprime dessus, enfin bref. Le fait qu'elle déteste Ace vient du fait que ce soit un homme – bon rien de surprenant à ça – et puis voilà, c'est le fils de Roger et de Rouge. C'est pas forcément facile pour elle.

Du coup j'y suis pour rien dans l'appréciation de ce personnage. Je plaide non coupable !

X-Drake est parti et c'est Dellinger qui « prend » sa place dans le club, c'est sûr que c'est plutôt étrange et un peu malaisant pour certain d'accueillir le gars qui les a battu. Il a tout de même mit fin au rêve de X-Drake et à tout les autres membres du club. Après, ils vont peut-être pouvoir passer à autre chose.

Roger qui aime encore Rouge, c'est normal pour moi. Je me sentirais horrible de dire autre chose, dans le manga ils ont tellement une relation particulière et leur amour à l'air tellement fort. ^^

Merci pour ton commentaire !

Le Japon ça va être merveilleux, j'espère revenir avec des étoiles dans les yeux et de la motivation et de l'inspiration à ne plus savoir quoi en faire.

Bonne lecture à tous !


Once Upon a Time n'est pas une fiction à l'eau de rose.

C'est juste une histoire.

Leur histoire.

Parce que la vie n'est pas un conte de fées...

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Chapitre 4

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«Suis ton bonheur et l'univers t'ouvrira des portes où il n'y a que des murs. »

Joseph Campbell

Sabo


Mercredi 04 Octobre 2017

Le tic-tac irrégulier de l'horloge m'indique que celle-ci aurait grandement besoin d'un petit réglage: je comprends à présent pourquoi elle indique toujours quelques minutes de retard. L'horloge murale du dojo est assez vieille. Lorsqu'enfants, Sanji et moi prenions nos cours, elle était déjà là. Tout comme notre professeur qui nous observe, mon ami et moi, nous faire face. Malgré nos absences et nos irrégularités dans nos entrainements, celui-ci nous accueille toujours avec bonheur dans son établissement. Petits, il nous disait souvent que nous étions ses meilleurs élèves et relevait presque avec émotion nos progrès. Malheureusement, Sanji et moi ne souhaitions pas faire du karaté autre chose qu'un sport de loisir.

Alors quand Sanji lui a demandé les clés pour qu'on puisse s'entrainer, il a sauté sur l'occasion pour venir nous voir nous affronter. Habituellement, il est toujours occupé et depuis qu'il a pris un deuxième emploi, il n'a plus une minute à lui. Sa femme a accouché il y a quelques mois d'un magnifique petit garçon dont il est complètement gaga et qui, assurément, mérite tous les sacrifices que ce père merveilleux fait pour lui. Sanji et moi sommes donc très heureux de le compter parmi nous pendant un de nos rares moments ici. Il pourra faire l'arbitre et si j'en crois son sourire ravi, l'idée lui plait bien à lui aussi.

Le combat qui m'oppose à mon ami a commencé depuis peu mais la tension est si forte qu'on a l'impression qu'il s'est écoulé des heures depuis le « hajime » donné par notre ancien professeur de karaté. A deux bons mètres du blond, j'attends patiemment qu'il me porte le premier coup tout en observant avec minutie le moindre de ses mouvements. Sanji est rapide et précis, et même si je sais qu'il n'attaquera pas de toutes ses forces, je me méfie de ses coups. C'est un combat amical et nous blesser est la dernière chose que nous désirons. J'ai un match dans un peu moins de deux semaines et je tiens à pouvoir y participer. Sans parler de Sanji qui a un service du soir à assurer au Baratie. Il y travaille en effet toujours régulièrement malgré la désapprobation de son paternel.

-Tu es plus fonceur que ça habituellement, dis-je pour le taquiner.

-Tu aimerais bien que je me jette dans la gueule du loup, hein ?

J'esquisse un sourire.

-Mais ne compte pas sur moi pour faire une bêtise pareille alors que je ne vois aucune ouverture chez toi, ajoute-t-il avec détermination.

Moi qui espérais que Sanji soit celui qui porte le premier coup - du moins essaye- je suis un peu déçu. Il me connait bien et sait à quel point je suis vif et méticuleux. Heureusement, je m'adapte très vite et décide alors de changer de tactique : je fonce sur lui tellement vite qu'il en est surpris. Il se laisse déborder et ne doit qu'à ses réflexes le fait de ne pas finir par terre. Il a resserré sa garde et encaisse tant bien que mal le coup que je viens de lui porter.

Pour ne pas perdre mon avantage, j'enchaine et ne lui laisse pas le temps de récupérer. Je repose mon pied droit par terre et tout en me retournant, lui donne un coup de pied circulaire avec ma jambe gauche. Malheureusement, ce coup ne porte pas car Sanji a bondi en arrière et pratique la même technique que moi, cette fois au sol. Je tombe mais après une roulade en arrière, me relève aussitôt.

On se fixe pendant quelques secondes avant d'à nouveau attaquer.

Je suis tellement concentré que j'en oublie presque le tic-tac irrégulier de l'horloge et le considère comme un simple bruit de fond. Le propriétaire du dojo se fait discret et se crispe presque lorsque les coups se font plus dangereux et que le rythme du combat s'accélère.

Le sourire aux lèvres, je me livre corps et âme dans ce combat.

xXx

Allongé par terre, j'essaie tant bien que mal de récupérer ma respiration tandis que Sanji, assis un peu plus loin, discute avec notre ancien professeur. Quelques instants après, le propriétaire du dojo quitte les lieux en nous rappelant de laisser l'endroit propre et de fermer derrière nous : il est pratiquement 19h et sa petite famille l'attend.

-Je sais pas si j'aurais un jour l'énergie de me relever... Je suis tellement bien.

Je souffle bruyamment, ce qui fait rire mon ami.

-C'est toi qui cours tous les jours sur le terrain de basket et c'est moi qui suis le moins essoufflé de nous deux!

-Ça ne veut strictement rien dire ! dis-je avec mauvaise fois, ce qui le fait rire. Tu as toujours géré ta respiration mieux que moi, c'est pour ça que tu es si bon en apnée !

-C'est une manière de voir les choses.

J'acquiesce et après avoir pris une grande inspiration, je décide enfin de me lever.

-Ce n'est pas tout ça mais faut que je me dépêche. J'ai le cadeau d'anniversaire de Law à acheter.

Je grimace, sentant que je vais d'ores et déjà passer des heures dans les rayons des magasins parce que je ne saurai pas quoi prendre. Law est si impénétrable, c'est dur de lire dans son esprit... Le fait qu'il soit peu bavard n'aide vraiment pas à mieux le connaitre mais il est impossible pour moi d'aller à une fête d'anniversaire sans cadeau. Ce serait tellement impoli! Et puis, j'apprécie l'étudiant en médecine et lui offrir un beau présent serait une occasion de le lui dire. Je sais que j'ai été invité uniquement parce qu'Ace ne peut pas se passer de moi. A la base, cette fête était surtout un moyen de permettre aux amis proches de Law de se retrouver et de souhaiter au futur médecin un joyeux anniversaire tout en lui rappelant qu'ils tiennent à lui. En effet, l'année n'est pas encore finie mais elle a déjà été plutôt éprouvante pour le brun qui sera certainement très heureux de pouvoir se détendre l'espace d'une soirée au moins.

De ce que j'ai compris, en plus d'Ace et Zoro, il y aura trois autres amis de l'étudiant. Malheureusement, Ace ne m'en a pas dit grand-chose. Cela fait peu de personnes mais au final, ça sera amplement suffisant : Law sera entouré de ceux qu'il aime et c'est ce qui compte. Zoro m'a confié que de toute façon, leur ami n'appréciait pas être le centre de l'attention et encore moins se retrouver entouré de trop de monde. Pour cause, il se verrait dans l'obligation de leur adresser la parole : du Law tout craché ! Et puis, il ne faut pas oublier que la fête se déroulera chez le kendoka et l'espace se trouve donc assez limité.

-Ouais, t'as raison.

Il se lève et s'étire.

-J'ai un service à assurer ce soir en plus.

-Tu travailles beaucoup en ce moment. Ce n'est pas trop fatiguant avec les cours ?

Sanji fronce légèrement les sourcils et pour bien connaitre mon ami, je vois qu'il n'est pas à l'aise et cherche ses mots. Mes sourcils se froncent également et je me demande soudain pourquoi il travaille autant. Je n'avais pas l'impression qu'il faisait beaucoup d'heures l'année dernière mais c'est vrai qu'à bien y faire attention, il enchaine les services depuis la rentrée et n'a pas l'air de vraiment se ménager. De petits cernes sont apparents sous ses yeux : c'est discret, ils se voient à peine. Ce n'est d'ailleurs pas forcément inquiétant mais comme c'est mon ami, je me pose immédiatement des questions. Mon esprit commence à fureter et je me dis que s'il travaille autant, c'est peut-être pour fuir le foyer familial. Son visage quelque peu crispé ne me dit rien qui vaille non plus.

En un instant, je m'imagine les pires choses.

-J'aurai 18 ans le 2 mars, répond-il finalement, les yeux baissés. Je ne me sens pas vraiment comme un membre à part entière de ma famille et d'ailleurs, elle ne l'est pas réellement. Ma véritable famille, je l'ai choisie… Et si je travaille beaucoup en ce moment, c'est pour pouvoir être indépendant à ma majorité. Je mets de côté en attendant de pouvoir quitter cette prison dans laquelle Jajji m'a mis pour enfin vivre librement.

Le visage grave, Sanji avance silencieusement jusqu'aux douches. Sa révélation ne devrait pas me surprendre autant, elle est logique, mais je mets tout de même un certain temps à le suivre. Quand j'arrive, il est déjà dans la cabine mais n'a pas encore activé le jet d'eau. Je présume que lui aussi réfléchi. Il doit se questionner sur la justesse de ses choix et les difficultés qu'il va devoir affronter les mois qui suivront son départ de la demeure familiale.

Je suis passé par là moi aussi et je ne regrette pas ma décision. Aujourd'hui, je suis plus heureux et léger mais je reconnais aussi ne pas forcément avoir bien fait les choses. Je n'aurais jamais imaginé que mon départ marquerait également la fin de tous liens avec mon petit frère. J'ai surtout réfléchi à ce dont j'avais besoin sur le moment parce que respirer était devenu impossible pour moi dans cette grande tour d'ivoire. J'ai hésité longuement. La peur a également été une fidèle compagne au début. Je ne voulais pas me retrouver livré à moi-même mais j'étais tout de même prêt à l'accepter si jamais ça devait arriver. Même si c'était une décision mûrement réfléchie, je l'ai malgré tout prise à la hâte, pressé que j'étais de partir. Je n'ai pas cherché d'appartement et j'ai simplement compté sur l'amabilité de Shanks. Tout ce que je voulais, c'était partir, peu importait où en réalité. La seule chose à laquelle je pensais, c'était la façon dont je pouvais échapper à mon père.

Partir alors que je n'étais pas encore majeur s'apparentait à une fugue et donc à des recherches de la police. Tout ce que je ne voulais pas. Malheureusement, je ne voyais pas d'autre alternative mais là aussi, j'ai compté sur l'ego de mon père. Fier comme il est, j'étais certain qu'il refuserait que son nom soit entaché.

Son fils, faire une fugue ? Mais pourquoi ?

Les gens se seraient posés des questions et l'auraient observé avec curiosité. Et lui souhaite juste se fondre dans la masse pour mieux comploter dans l'ombre.

Je me souviens que ça a été un réel soulagement quand Shanks a accepté de me louer une chambre. J'ai ensuite très vite pu constater qu'Outlook suivait bien le cheminement de pensée que j'avais imaginé avant de fuguer. Pour moi, tout allait bien mais la réalité m'a rattrapé peu après : me trouver de nouveaux repères n'a pas été simple, j'ai même inquiété mes amis avec cette histoire. Faire avec l'administration du lycée a été un véritable calvaire, je ne voulais pas que ce soit un moyen pour ma famille d'avoir ma nouvelle adresse. L'argent aussi s'est avéré être un problème même si ce fut dans une moindre mesure finalement : mon père a toujours entretenu mon compte en banque et j'avais toujours travaillé quand je le pouvais mais je n'avais jamais payé de loyer et celui que je paye au roux a beau être raisonnable, il représente tout de même beaucoup pour un lycéen. Je ne suis pas encore rendu au point de me priver car je gère très bien mon compte mais mes achats sont plus réfléchis. La pire chose qui pourrait m'arriver serait de devoir retourner chez mon père par manque d'argent et j'ai décidé depuis longtemps que je préférais me laisser dépérir plutôt que ça n'arrive.

Je ne peux plus donner de cours à Luffy en période scolaire cette année, je suis bien trop occupé avec les révisions et mes activités de club, sans parler de mes fonctions de président des élèves… Mon temps libre s'est considérablement réduit. J'ai voulu souffler un peu et Roger l'a très bien compris. Je me tiens toutefois disponible au besoin pendant les vacances. J'ai aussi pu travailler pendant les vacances d'été : deux semaines dans un café en plein centre-ville et presque un mois dans le cabinet d'avocat où travaille Shanks. Je compte bien recommencer pendant les vacances de fin d'année si l'occasion se présente d'ailleurs.

Ca n'est donc pas simple et je sais que c'est ce qui attend Sanji s'il décide d'aller au bout de son projet mais je sais aussi que c'est possible : moi, je me suis accroché parce que je voulais garder mes amis, mon mode de vie, mes idées et mon environnement. Je voulais vivre ma vie. Être simplement libre, délesté de tout ce poison… S'il est suffisamment motivé, Sanji y parviendra lui aussi.

Je jette un coup d'oeil à mon ami. Je ne sais pas s'il m'en parle parce qu'il espère avoir mon soutien et mon aide ou tout simplement parce qu'il sait que je ne le jugerai pas.

Je récupère mes affaires de toilette sur le banc, là où je les avais laissées quand je me suis changé. J'enlève rapidement mon kimono – qui appartient en réalité à Sanji - et attends d'être dans la cabine pour enlever mon dernier vêtement. Aussitôt la porte fermée, je me sens étrange et je devine alors que c'est à cause du silence pesant qui s'est installé depuis longtemps maintenant.

-Est-ce que ça a été dur pour toi de partir ?

Je suis surpris par la question de Sanji. Après s'être tu autant de temps, c'est presque soudain. Je mets d'ailleurs quelques instants à comprendre le sens de sa question. Pensant que je ne l'ai pas comprise, mon ami décide de préciser sa pensée.

-Je veux dire…quitter ta famille et le confort matériel pour sauter dans l'inconnu… Vivre enfin pour toi...

-Oui mais j'en étais arrivé à un stade où je ne pouvais tout simplement plus faire semblant d'être quelqu'un d'autre dans l'endroit où j'étais supposé me sentir bien et en sécurité. Cet endroit que je ne pouvais même pas appeler "chez moi". J'avais envie de vivre pour moi et si je suis parti, c'est parce que je savais que je serais soutenu. Et je serai aussi là pour toi. Tu es mon meilleur ami et je serai toujours là. Mais sincèrement, Sanji, ça n'a pas été facile. J'avais beau ne pas me sentir chez moi dans cette grande maison, elle a tout de même été mon foyer pendant de nombreuses années. J'y avais beaucoup de souvenir et certains d'entre eux étaient heureux malgré tout.

Sanji soupire.

-Je ne sais pas si j'y arriverais... J'en ai tellement envie mais je ne sais pas s'il me laissera faire. Il me considère comme un moins que rien et pourtant, il s'évertue à me garder près de lui et à tenter de faire de moi un homme sans âme comme mes frères et ma sœur. Je ne pense pas qu'il me laisse partir si facilement… Il prévoit de se servir de moi d'une façon ou d'une autre...

-Comment ça ? je demande, tendu.

-Ce qu'il a essayé de faire avec Niji, il va le faire avec moi.

-Un mariage…? je murmure, la voix blanche.

Je me souviens que Sanji m'a déjà fait part de cette possibilité et je fixe, complètement incrédule, le côté de la paroi où je sais que se trouve mon ami. Je ne rencontre cependant que le mur blanc de la douche. Je me fais alors la réflexion que c'est complètement stupide d'avoir ce genre de discussion sans même pouvoir se voir.

Je prends alors ma serviette et m'apprête à ouvrir la porte mais finalement, je n'en fais rien. Sanji n'a jamais été du genre à s'épancher sur ses problèmes et s'il le fait aujourd'hui, c'est sans doute parce qu'ici, il dispose d'une certaine intimité. Cette distance que lui offre ce mince bouclier, ces parois de douche font à ce jour toute la différence. Je ne le vois pas mais il sait que je l'écoute et ça lui suffit. La compassion que je ressens, il n'a pas besoin de la voir et peut-être qu'il ne la souhaite même pas. Jajji Vinsmoke lui a toujours dit qu'il était faible et inconsciemment, Sanji a assimilé cette maxime et fait de son mieux pour toujours avoir l'air sans faille.

Je reste donc immobile et redépose ma serviette pour actionner le pommeau de la douche. En un instant, l'eau tiède s'abat sur moi. J'entends ensuite Sanji faire de même, toujours silencieux. J'attends patiemment qu'il reprenne son récit, qu'il se confie à moi.

-Ouais, reprend-il. Une très jolie fille qui appartient à une riche et influente famille du « Nouveau Monde ». Elle est douce et chaleureuse, sa timidité la rend mignonne et sa beauté pourrait en envoûter plus d'un. Elle est parfaite et ses défauts ne font que la perfectionner un peu plus. C'est une fille dont je pourrais certainement tomber amoureux... Elle a vraiment l'air de me correspondre, Sabo.

-Tu as déjà l'air accro, dis-je, surpris.

A l'entendre parler, on dirait qu'il a oublié Nami et que cette fille l'a frappé en plein cœur. J'ai du mal à analyser le silence de mon ami.

Sanji a toujours été un grand romantique et un cœur d'artichaut. Il ne lui en faut pas beaucoup pour tomber sous le charme d'une fille. Il ne lui en faut malheureusement pas énormément non plus pour s'imaginer une idylle à partir d'un simple sourire. Il est tombé amoureux la première fois à l'âge de 4 ans et il a été le plus heureux des petits garçons quand la petite fille qu'il aimait a répondu favorablement à sa "demande en mariage". Mais ils n'étaient que des enfants et ce qui devait arriver arriva. Deux semaines après, ils ont "divorcé" et même à cet âge, Sanji a été inconsolable pendant presque une semaine.

Nami est sa relation la plus longue et honnêtement, ce n'était pas gagné au départ. La jolie rousse l'appréciait beaucoup dès le début mais c'est triste à dire, c'était surtout parce qu'il était facile à manipuler. Ça n'a pas tant changé que ça d'ailleurs. A l'époque, Sanji avait l'air si mordu qu'il ne semblait même pas voir qu'il n'avait aucune chance et malgré les refus de Nami, il a continué à tout faire pour qu'elle tombe sous son charme. Et… ça a marché. A ma plus grande surprise, je dois dire. Nami n'était pas forcément amoureuse de lui mais elle s'est tout de même laissée tenter, je ne sais pas vraiment pourquoi. Sans vouloir dénigrer mon amie, je trouve que Sanji s'est continuellement plus investi dans cette relation qu'elle. Inconsciemment, j'ai toujours eu peur que Nami fasse du mal à Sanji, pas forcément intentionnellement, mais parfois l'amour du blond est si profond qu'il peut en être étouffant.

Mais je ne sais pas… qu'il me dise qu'il pourrait s'investir auprès de cette fille me perturbe.

-Tu es amoureux d'elle ? je lui demande devant son silence.

-J'aime Nami.

Il vient d'éviter de répondre à la question et je ne suis pas sûr que ce soit bon signe.

-Tu m'as dit qu'elle a l'air de te correspondre complètement, je lui fais remarquer.

-Quelque chose comme ça, soupire-t-il. Je pense que Jajji a choisi cette fille en espérant que j'en tombe amoureux, il me connait. C'est pour que j'avale la pilule plus facilement.

-Va-t-il réussir ?

Il y a un nouveau silence et je me demande si je ne viens pas de vexer mon ami.

-Nami et moi sommes différents mais je suis amoureux d'elle, reprend-il alors. C'est la femme de ma vie, je le sais. Peut-être que cette autre femme me correspond parfaitement et il est aussi possible qu'elle me trouble déjà mais j'aime Nami et donc, les choses s'arrêtent là.

Je souris, reconnaissant mieux son aplomb habituel.

-Qu'est-ce qu'il espère en faisant ça ? Les mariages arrangés sont interdits et en tant que membre du gouvernement, il doit le savoir plus que quiconque ! dis-je alors que je sens la colère monter.

-Des choses auxquelles je ne veux pas penser. Je ferai ce qu'il faut pour m'en sortir.

Je m'apprête à ajouter quelque chose mais le bruit de l'eau résonne désormais plus fort du côté de Sanji. Je comprends alors qu'il ne souhaite plus en parler. Pour le moment du moins.

Jeudi 05 Octobre 2017

Assis sur le haut des fesses de mon petit-ami, j'observe avec beaucoup d'intérêt et d'émerveillement son immense tatouage. Allongé sur le ventre, la tête dans mes oreillers, Ace semble somnoler, oscillant entre rêve et réalité.

Quand on est arrivé il y a une heure dans l'appartement de Shanks et de Cavendish, Ace m'a tout de suite dit qu'il était courbaturé et fatigué. J'ai cependant vite compris que ce n'était pas vrai et qu'il voulait simplement que je m'occupe de lui. Je n'étais pas du tout contre l'idée. On est donc très vite monté dans ma chambre : mes deux colocataires n'étant pas là, on ne s'est pas attardé en bas. Je lui ai ensuite gentiment proposé un massage, me vantant d'être assez doué. Bien entendu, Ace a accepté.

-Est-ce que c'est agréable ? je lui demande à l'oreille alors que mon torse touche presque son dos.

-Est-ce que c'est une vraie question ? rigole-t-il en tournant légèrement la tête vers moi. Je commence à durcir...

-Je croyais que tu dormais...

Même si je rougis légèrement, je ne suis pas gêné par les propos d'Ace. C'est juste que ses mots me donnent un peu plus chaud encore…

-Je continue alors ?

-Ne t'arrête surtout pas.

Je souris et me redresse pour pouvoir le masser. Je reprends un peu de crème et en mets sur mes mains avant de les frotter entre elles pour les réchauffer. Je m'applique ensuite à masser le bas du dos d'Ace. J'effectue de grands cercles avec mes paumes, allant même jusqu'à toucher de mes doigts ses hanches. Ses soupirs d'aise me plaisent et je continue mon œuvre, déterminé à lui procurer encore plus de bien. Mes gestes changent petit à petit et la zone que je travaille également.

Je remonte sur ses omoplates et effectue des points de pression avec mes pouces. Je finis ensuite par tracer en un effleurement aérien, touchant à peine l'épiderme, des courbes censées représenter les grandes lignes de son tatouage. Un sourire se dessine finalement sur mes lèvres et je dépose un baiser sur sa nuque avant de venir m'allonger à ses côtés.

Aussitôt, Ace vient se coller à moi et je passe un bras autour de sa taille alors que ses jambes s'emmêlent aux miennes et que sa tête se niche au creux de mon cou. Il dépose de petits baisers sur mon cou avant de remonter sur ma mâchoire. Sa main s'infiltre doucement sous mon tee-shirt pour aller caresser avec lenteur mon ventre. Je rigole, amusé par son emportement, et un sourire un peu provoquant prend place sur mes lèvres quand il se met califourchon sur moi et que je sens effectivement son érection.

Il se penche sur moi et fait mine de m'embrasser. Je grogne pour protester et comme il n'a pas l'air décidé à coopérer, je me redresse pour récupérer mon dû mais il me repousse et mon dos retrouve avec surprise le matelas.

-Embrasse-moi, je finis alors par demander.

-Il va falloir le mériter, mon cœur...

Je hausse un sourcil et me retiens difficilement de rire. Ace essaie aussi de garder son sérieux et il se penche à nouveau vers moi.

-Tu me fais l'amour aujourd'hui, mon cœur ?

Ces quelques mots à mon oreille suffisent à complètement me refroidir et je me crispe. Mon cœur s'affole et je me mets à paniquer. Ace s'en rend compte.

-Bon, je présume qu'aujourd'hui encore, c'est non.

Il soupire et se lève, visiblement agacé.

-Où tu vas ?! je lui demande, affolé.

-Je vais prendre une douche froide.

Quelques instants plus tard, il disparait de ma chambre et il ne me faut pas attendre deux minutes pour entendre l'eau couler dans la salle de bain de l'étage. Je remonte sur le lit et m'assieds plus confortablement en prenant appui sur la tête de lit. Je triture mes doigts et avale difficilement ma salive. Seul le bruit de l'eau perturbe le silence de la pièce.

Il m'en veut.

Ce n'est pas la première fois qu'Ace propose d'échanger les rôles – à vrai dire, c'est la troisième fois –et à chaque fois, je refuse. Je ne peux pas et je… Même s'il ne dit rien, je vois bien que ça l'énerve. Je me sens à chaque fois très mal.

Ça me donne l'impression de ne pas arriver à le satisfaire.

Ace m'a dit lors de notre première fois qu'il se fichait bien d'être celui qui recevait ou non et j'ai donc supposé que les choses lui allaient très bien comme ça. Mais je me suis trompé. Il a envie d'essayer autrement et il en a le droit, c'est juste moi qui ne suis pas capable de lui donner ce qu'il veut. Ce n'est pas faute d'avoir envie, je le veux aussi de cette manière et je crois qu'il l'a bien compris mais je n'arrive pas à sauter le pas. Et c'est ça qu'il ne comprend pas. J'ai peur. De mal faire, de ne pas être à la hauteur, de me rendre compte que ce n'est pas aussi bien que ça mais surtout, j'ai peur de lui prendre sa première fois. J'aurais l'impression de le trahir.

Je lui cache énormément de choses malgré moi et je me sentirais vraiment comme la pire des ordures s'il m'accordait un tel honneur alors que je suis si peu honnête.

Pour moi, il ne fait aucun doute qu'Ace ne serait en rien d'accord avec tout ce que je fais pour l'Armée Révolutionnaire. Mettre ma vie en danger lui ferait certainement péter un câble. Et pourtant, je le fais.

Mes raisons sont sans doute stupides mais je le ressens simplement ainsi. Je ne suis pas prêt et pas assez apaisé pour me lâcher de cette manière. Malheureusement, je n'ose pas lui en parler et mon silence joue contre moi : ça l'énerve de plus en plus. Il ne comprend pas et je ne fais rien pour l'aider.

La porte claque doucement et je remarque avec étonnement qu'Ace est sorti de la douche. Il a fait vite et j'aurais aimé qu'il prenne son temps. Je suis mal à l'aise et ne sais pas quoi lui dire.

Sans prononcer un mot, il vient s'asseoir à côté de moi et me prend dans ses bras. Il a remis les mêmes habits que tout à l'heure, n'ayant que ça sur lui, et ses cheveux sont encore humides. Cette douche froide a calmé son excitation. J'espère qu'elle aura également eu un effet sur sa frustration et sa colère.

-Tu n'as pas envie de moi comme ça ?

-Si ! je m'empresse de le rassurer. C'est juste que je ne me sens pas encore prêt...

Je sens une boule se former au fond de ma gorge. Je me trouve vraiment minable.

-Okay.

Il ne dit rien de plus et se blottit un peu plus contre moi. Il ferme les yeux et je le contemple, profitant de sa beauté.

On reste ainsi quelques minutes sans rien faire de plus, profitant simplement de l'instant présent.

Si Ace a les yeux fermés, les miens sont grands ouverts et observent ce que je peux voir dans cette position. Je me souviens. Cela va bientôt faire un an que je connais Ace et en février, ça fera même un an que nous sommes ensemble.

-Je t'aime, dis-je soudain.

-Moi aussi, me répond Ace sans même ouvrir les yeux.

Je souris alors rassuré pour une raison que j'ignore. Cette chaleur habituelle que je ressens depuis plusieurs mois dès que je suis à ses côtés - dès qu'il me dit ces mots là – se diffuse dans tout mon être. Ace m'a apporté beaucoup de bonheur et m'en apporte toujours autant. Je me sens si bien avec lui. Il s'est toujours obstiné à me dire que la personne que je suis devenue aujourd'hui, je ne la devais qu'à moi-même. Aux nombreux efforts que j'ai fournis et aux combats qui n'ont pas toujours été évidents à mener. Que j'ai tout construit de moi-même.

Que je suis fort.

C'est ce qu'il me dit mais je sais que c'est faux. Ace ne s'en rend pas compte mais c'est lui qui a changé ma vie. Il a fait de moi ce que je suis maintenant et je ne le remercierai jamais assez pour ça. Il m'a donné la force d'être moi et de vivre, tout simplement. Je l'aime et je sais que nous deux, ça durera toujours. Et rien que de penser à toutes ces années qu'il me reste encore à passer à ses côtés, mon cœur s'emplit de joie.

-Tu es heureux ? je lui demande en caressant distraitement ses mèches brunes.

-Oui.

Il ouvre les yeux et s'éloigne un peu pour pouvoir m'observer.

-Et toi ?

Sa voix est un peu rauque et je devine qu'il était à deux doigts de tomber dans les limbes du sommeil.

-Avec toi, toujours.

Et comme si cette réponse lui suffisait, il dépose un tendre baiser sur mes lèvres.

Il m'apporte tellement et la dernière chose que je veux, c'est lui faire du mal. J'ai tellement peur de ne pas être à la hauteur de son amour...

xXx

-Je suis sûr qu'il est venu pour détruire le Glee Club ! lance Ace qui a retrouvé toute son énergie et qui s'emploie à présent à manger toutes les gougères que vient de faire Cavendish.

-C'est vachement bon! ajoute-t-il.

Il est presque 19h et une fois de plus, Ace semble bien parti pour manger avec nous. Ça arrive assez régulièrement ces derniers temps. Avant, c'était simplement le week-end mais maintenant, ça arrive aussi la semaine. Il m'a également dit qu'il lui arrivait de dormir chez Zoro de temps en temps. J'ai été assez surpris de voir que Roger le laissait sortir aussi souvent mais bien entendu, je me suis gardé de partager cette pensée avec Ace. Depuis toujours, il est assez indépendant et fait peu cas de l'avis de Roger, sauf si celui-ci est nécessaire. Pourtant, il semble que leur relation se soit un peu apaisée et je pensais que le peu de temps que Roger passait ici, il apprécierait de voir son fils.

Malgré ma petite interrogation sur le sujet, je n'ai pas forcément cherché à en savoir plus, ne voyant pas en cette situation quelque chose de dramatique. Ace a toujours eu des rapports compliqués avec son père même si ça s'est fortement arrangé récemment. Il peut aussi tout simplement vouloir passer plus de temps avec moi ou son meilleur ami qu'il a très peu vu depuis qu'il vit à Dawn.

-C'est vrai que c'est très bon, approuve Shanks qui enfourne goulument une gougère à son tour.

-Tu en doutais ? jette presque dédaigneusement Cavendish en prenant place à côté de moi.

-Bien sûr que non, j'ai toujours su que tu étais bon à marier !

-Ne parle pas de malheur, tu sais bien que toutes mes admiratrices seraient horriblement tristes si ça arrivait !

Ace et moi éclatons de rire devant l'aplomb du mannequin.

Un gratin de courgettes est doucement en train de cuire au four alors que les paupiettes de veau attendent patiemment au chaud d'être dégustées. En attendant de pouvoir passer à table, on parle tout en grignotant devant la télé. On peut très bien manger dans la cuisine sur les chaises hautes autour du comptoir mais bizarrement, on préfère largement passer notre temps ici, sur ces éternels fauteuils et cette table basse.

-Non, plus sérieusement, reprend Ace, bien décidé à s'épancher sur ce qui arrive en ce moment au Glee Club. Je sais qu'il est là pour casser notre club!

-Tu lui prêtes certainement des intentions qu'il n'a pas, dis-je pour le calmer.

-Qu'est-ce qui te fait si peur ? lui demande Shanks en enfournant un autre petit four salé.

Cavendish quant à lui s'en va vérifier la cuisson de son fameux gratin.

-Il était avec Doflamingo aux Nationales ! Je suis sûr que c'est lui qui l'a envoyé à Marie-Joa intégrer notre Glee Club juste pour nous mettre des bâtons dans les roues !

-C'est vrai qu'avec Doflamingo, on n'est jamais à l'abri d'un mauvais coup, admet le roux. Bon, je vais voir si Cavendish a besoin d'aide.

Shanks se lève, s'étire comme s'il n'avait pas bougé depuis des heures, et s'approche de Cavendish qui est justement en train de gouter son plat. Aussitôt que le propriétaire des lieux arrive aux côtés de son ami, il ne se met pas à l'aider comme il le disait mais bien à le taquiner. J'échange alors un regard amusé avec Ace puis, après un sourire, je viens m'installer près de lui. Toujours sans rien dire, il passe son bras droit autour de ma taille et glisse une gougère dans ma bouche. Son doigt reste plus longtemps que nécessaire dans ma bouche et je le suce alors un peu avant qu'il ne l'enlève. Il me lance un regard aguicheur et je fais semblant de ne pas le voir en savourant ce qu'a préparé le mannequin.

A agir de cette manière, comme si tout allait bien, je serais presque tenté d'oublier que tout est loin d'être parfait. On n'a pas reparlé de ce qu'il s'est passé plus tôt mais c'est uniquement pour ne pas se disputer. Malheureusement, cette histoire va rester dans nos têtes jusqu'à ce qu'elle ressorte une fois de plus et qu'on soit finalement obligé d'y faire face, je le sais.

En attendant, je profite un peu honteusement du changement de sujet que m'offre Ace : le Glee Club.

Je sais que cette histoire le tracasse beaucoup: il a l'impression que celui-ci est devenu plus vulnérable depuis le départ de X-Drake. Il ne veut simplement pas que le club s'affaiblisse davantage alors que les membres encore présents font de leur mieux pour le maintenir debout. Il ne fait aucun doute pour lui que ce potentiel adhérent n'est là que pour détruire le club et qu'il est sans aucun doute sous les ordres de Doflamingo.

Un quart d'heure plus tard alors que nous passons à table, je vois qu'Ace a toujours l'esprit autant tourmenté par cette histoire. Malheureusement, même si ça ne lui plait pas, il sait qu'il sera obligé d'accepter l'adhésion de Dellinger. A la fin du repas, il retrouve cependant un peu le sourire quand je lui parle de la fin de semaine et de l'anniversaire surprise de Law. Shanks quant à lui le perd lorsque Cavendish quitte la table après avoir seulement mangé de la salade et une petite portion de son gratin de courgette. Mais il ne dit rien. Ils ont eu cette conversation un nombre incalculable de fois et il sait que c'est inutile d'y revenir. Et même si je le montre moins, le régime de Cavendish m'inquiète un peu moi aussi.

Vendredi 06 Octobre 2017

Je fixe les diverses bières, le rosé, le punch, la vodka et d'autres alcool alignés sur la table basse de Zoro. Pour l'occasion, on a poussé tous les meubles de la pièce et ainsi dégagé, le petit salon a l'air beaucoup plus grand et accueillant. Il est 21h passé et Law devrait arriver d'une minute à l'autre. Il vient avec trois amis de sa fac de médecine et pour l'instant, la mèche n'a pas encore été vendue. Ace et Zoro sont fiers d'eux et sont prêts à se saouler et s'amuser une bonne partie de la nuit…

-Vous ne pensez pas que c'est un peu trop, dis-je en m'asseyant sur un des coussins.

-Bien sûr que non, me rassure Ace en se laissant tomber derrière moi.

-On est des gros buveurs de toute façon, affirme Zoro en s'ouvrant une bière.

Bien entendu, tout ça n'est pas pour me rassurer. Mon regard s'égare une fois de plus sur la table basse et sur ce qu'elle contient. Ace, sentant sûrement que je ne suis pas à l'aise avec l'idée d'un enivrement sans nom ce soir, me serre dans ses bras et dépose quelques baisers dans mon cou. Je souris avant de regarder l'heure sur mon portable : 21h17. L'invité d'honneur ne va pas tarder.

-Comment vous avez fait pour acheter tout ça ? je demande alors, curieux. Puisque vous n'êtes pas majeur, vo-

-Ne fais pas ton rabat-joie, Sabo, me coupe mon petit-ami.

Le regard que s'échange les deux amis ne me dit rien de bon et je décide qu'il est en effet préférable pour moi d'ignorer certaines choses. Surtout quand elles flirtent autant avec l'illégalité.

-Très bien, je ne dirai plus rien. Mais ne comptez pas sur moi pour finir ivre mort...

-Ça, y a peu de chance que ça arrive ! Au deuxième verre, tu seras déjà complètement pompette !

Je rougis d'embarras au commentaire d'Ace et lui donne un petit coup de coude. Il fait semblant d'avoir mal et je secoue la tête, amusé.

-Je tiendrai au moins jusqu'au troisième, je réplique, plein de mordant.

En réalité, je ne suis pas sûr d'y arriver. Si je finis sans trop grimacer le premier verre, ce sera déjà un miracle : je n'aime vraiment pas beaucoup le goût de l'alcool. Mais j'ai déjà eu cette discussion avec Ace il y a presque un an. C'était notre premier véritable échange d'ailleurs si je ne me trompe pas.

C'était après un de mes matchs de basket. Juste avant que les premières tensions au club n'apparaissent. Ace me parlait de l'alcool et de la sensation qu'il pouvait provoquer, de la possibilité de ressentir d'autres sentiments, d'autres émotions pour oublier celles plus brûlantes et dévastatrices qui nous habitaient à cet instant. Bien entendu, je sais bien que ce soir est différent mais je dois dire qu'à cause de ce qu'il m'a dit ce soir-là, je n'aime pas trop le voir boire. Zoro quant à lui est un vrai amateur de boisson : il sait l'apprécier à sa juste valeur et je me demande comment il fait.

-C'est plus sympa que ce que je pensais chez toi, je lui lance alors en observant plus sérieusement les lieux.

C'est la première fois que je viens chez Zoro, n'ayant pas spécialement eu l'occasion avant. C'est un studio assez vieux mais plutôt bien aménagé. La décoration est simple mais ça n'a rien d'étonnant : je vois mal Zoro être porté sur la décoration intérieure. Pourtant, malgré ce manque de personnalité, le studio ne fait pas du tout austère ou lugubre. Il est loin d'être très cosy mais il est plein de vie et ça le rend assez chaleureux. Le quartier est animé et la voisine d'en face très sympathique : elle nous a donné des gâteaux orientaux tout à l'heure. A mon avis, c'est un très bon endroit pour un premier logement seul. Pour ma part, j'ai de la chance d'avoir pu compter sur Shanks et Cavendish car contrairement à Zoro, je ne suis pas émancipé et je n'aurais certainement pas pu m'installer seul. Et je dois dire que c'est sans doute très bien comme ça car en plus de me permettre d'habiter dans un splendide loft pour un loyer tout à fait honorable, je partage avec eux de véritables moments d'amitié que je chéris énormément.

-Ça passe, me répond Zoro en soupirant. De toute façon, je suis pas trop difficile.

J'acquiesce, comprenant très bien ce qu'il veut dire par là.

-Du coup, vous vous y êtes pris comment pour le faire venir ?

-Je t'avais dit qu'on allait utiliser une excuse bidon comme quoi j'avais besoin de lui, me rappelle Ace avant de soupirer. Eh bien en fait, Shachi s'est foutu de nous et nous a dit qu'il allait s'en occuper. D'après lui, notre plan avait trop de failles dont celle d'expliquer leur présence ici.

-Sans parler des provisions de nourriture qu'ils allaient ramener, ajoute Zoro.

-C'était évident, je confirme alors.

Ace et Zoro me lancent un regard noir.

-Il lui a sorti l'excuse de passer le week-end à Dawn pour pouvoir chercher des stages dans les filières qui leur correspondent. C'est réaliste parce que leurs enseignants leur recommandent de changer si possible de ville pour expérimenter différentes méthodes d'approche et de travail.

-Et c'est là qu'avec Ace, on a sorti l'argument de « si t'es à Dawn, tu peux au moins passer nous voir », complète Zoro.

Les deux amis échangent alors un regard avant d'hocher la tête.

-Vous avez assuré sur la fin, dis-je, me moquant gentiment d'eux.

Au même moment, on sonne à la porte et, excité, Ace se lève pour aller ouvrir alors que Zoro en profite pour s'abreuver.

-Nous voilà !

Plusieurs cris de joie retentissent à l'entrée : les amis de Law ont l'air très content d'être arrivés à destination. Quelque chose me dit que le risque de lâcher la moindre information pendant les deux heures de trajet y est pour beaucoup. Je n'ignore pas que l'étudiant en médecine est très fort pour mettre la pression et que ces petites heures en voiture qui séparent Baterilla de Dawn leur ont certainement semblé durer une éternité.

Law entre avec précaution dans l'appartement de son ami et comme moi un peu plus tôt, observe avec intérêt les diverses bouteilles qui peuplent la table basse.

-Qu'est-ce que…? commence-t-il en se figeant à ma vue. Sabo ?

-Bonsoir et joyeux anniversaire !

Law met plusieurs secondes à comprendre ce qui se passe et même après que tous ses amis lui aient crié un « joyeux anniversaire » en chœur, il ne semble toujours pas saisir.

-On est déjà le 6 ?

Il fronce les sourcils, cherchant sans doute à se rappeler la date. Je me fais alors la réflexion que Law doit vraiment être surchargé de travail et très fatigué pour avoir oublié son propre anniversaire...

-Qu'est-ce que je te disais, Zoro ! s'amuse Ace. Y a que Law pour oublier son propre anniversaire!

-En même temps, qui voudrait se rappeler qu'il se rapproche de plus en plus de la tombe?

Je grimace légèrement à ses mots, me disant que Law a une manière bien à lui de voir les choses.

-Vois simplement ça comme une manière de décompresser et de faire la fête, lui lance Zoro en terminant sa bière.

Law soupire et enlève avec lenteur son manteau ainsi que ses chaussures. Il s'avance ensuite avec la même énergie jusqu'à la table basse avant de s'y asseoir. Ses trois amis qui ont fait la route avec lui entrent bruyamment dans l'appartement et semblent alors le remplir par leur simple présence. Je les observe, curieux de découvrir ces étranges personnages, et j'ai l'impression rien qu'en les voyant de découvrir une petite partie de la vie de Law.

Si je suis curieux à leur sujet, il en est de même pour eux : bientôt, ils m'observent entre surprise et joie. Le spectacle est d'ailleurs assez drôle. On se regarde ainsi plusieurs secondes sans rien dire en se souriant un peu niaisement.

-Oh, un petit nouveau ! Tu as enfin d'autres amis, Law ?! le taquine celui qui a des cheveux bruns et qui porte une étrange casquette.

-La ferme. Sers-moi à boire, Bepo.

La montagne qui est à côté de lui s'exécute aussitôt et a l'air tout fier quand Law le remercie. Je pouffe, franchement amusé par le spectacle que ces deux-là m'offrent.

-Mais non, Shachi ! Je suis sûr que c'est le copain de Zoro !

-Hum… Maintenant que t'en parles, c'est vrai qu'il a l'air gay, approuve-t-il après m'avoir minutieusement observé.

Je me retrouve bêtement à ne pas savoir quoi dire et reste à les regarder, stupéfait. Ça n'a pas l'air d'être dit méchamment mais cette réflexion me vexe parce qu'elle me rappelle les propos discriminants et humiliants que Vergo me jetaient à la figure l'année passée. Je sais que certaines personnes balancent ce genre de propos comme ils lanceraient une blague tout à fait normale sans jamais prendre en compte à quel point le choix des mots est important. Je suis d'ailleurs surpris de ne pas entendre les autres répliquer quoi que ce soit. Je n'avais pas l'impression jusqu'à maintenant qu'ils cautionnaient cette façon de se conduire.

J'hésite à agir, ne voulant pas avoir l'air de m'énerver pour rien et encore moins de gâcher la fête d'anniversaire de Law.

-Vraiment ? C'est la première fois qu'on me dit que j'ai l'air gay, je finis par dire, toujours aussi troublé.

Je regarde Ace et si en apparence il a l'air calme, ses poings serrés m'inquiètent.

-Les écoute pas, Sabo, me rassure alors Law qui boit précautionneusement ce que vient de lui servir son ami. Ils savent très bien que t'es en couple avec l'autre impulsif à côté. Ils te taquinent, c'est tout.

-Impulsif, t'y vas un peu fort, se rembrunit Ace qui se calme cependant aussitôt.

Je souris ,à la fois rassuré que ce ne soit qu'une blague pour taquiner Ace et non une véritable démonstration d'homophobie ordinaire. Je suis également amusé de voir à quel point Ace est susceptible. Law, après avoir échangé deux trois mots avec Zoro pour se moquer également de mon petit-ami, se décide enfin à faire les présentations.

Je fais donc tout d'abord la rencontre de Shachi. C'est un homme de taille moyenne avec des cheveux bruns qui lui arrivent aux épaules. Il a un physique plutôt banal mais se démarque par son style atypique. Son étrange couvre-chef est là pour le prouver. J'ai également cru apercevoir un tatouage sur son avant-bras gauche.

Il y a aussi Penguin qui en plus d'être très ami avec le premier – ce sont des amis d'enfance – lui ressemble assez. De taille moyenne, il a un physique plutôt basique et lui aussi possède un couvre-chef assez particulier où son nom est inscrit. Je me fais d'ailleurs la réflexion qu'il est fort probable qu'il l'ait acheté au même endroit que son ami. Des magasins qui vendent de tels produits, ça ne court pas les rues!

Et puis, il y a Bepo. Law me le présente rapidement en me le décrivant comme un gros nounours un peu bizarre. Et c'est vrai qu'il est plutôt immense et assez drôle. Il passe son temps à s'excuser et se tasse sur lui-même comme pour ne pas faire dépasser sa carcasse de la pièce qui a l'air encore plus petite avec une personne aussi grande à l'intérieur.

-Et donc, vous êtes tous dans la même fac ? Vous étudiez la médecine, c'est ça ? je demande à Bepo que j'adore voir bredouiller à cause de sa timidité.

-Eh ben oui, on peut dire ça comme ça. Tu sais, je suis plus vieux que toi, me dit-il, la voix basse.

-Euh oui, c'est ce qu'un rapide calcul et la logique m'indiquaient, je réponds, ne voyant pas où il veut en venir.

-Ah. D'accord, fait-il.

-Comment ça "on peut dire ça comme ça ?"? C'est quoi cette réponse, s'amuse Penguin. Dis oui, tout simplement! C'est plus clair!

-Désolé.

-Tu sais, Bepo, t'es beaucoup trop timide, soupire Law.

-C'est pour ça que t'as pas de copine, enchaine Shachi.

-Désolé.

Je ne devrais sans doute pas mais je ne peux m'empêcher de rire devant cet échange plutôt original. Le pauvre Bepo n'a sans doute pas fini de s'excuser vu comme c'est parti!

-Je ne pense pas que la timidité ait avoir avec ça, dis-je alors. Zoro est loin d'être timide et pourtant, il est toujours célibataire.

-Merci de ne pas me mêler à ça, réplique le concerné qui grogne de mécontentement avant d'aligner des verres pour qu'on puisse commencer à boire.

J'étouffe un petit rire en attrapant des chips au fromage dans le saladier juste devant moi.

-En même temps, faut pouvoir le supporter. Et puis, il a le temps. C'est dur de trouver des gens potables à défaut de bien, le défend Ace.

-Écoutez-le parler. Tu sais que c'est en partie de ta faute s'il est toujours sans expérience? lâche Law. Une vraie mère poule. J'ai même l'impression que ça a empiré quand t'as su qu'il préférait les hommes.

-C'est clair, je me rappelle…

Zoro fronce les sourcils, comme plongé dans une intense réflexion. A côté, Ace a perdu de sa superbe et essaye vainement de démentir. Je me penche alors un peu en avant et pose mes coudes sur la table. Je suis plus qu'impatient d'entendre des anecdotes sur Ace : ça me permet d'en apprendre plus sur lui.

-Une fois, je crois que c'était un peu avant la rentrée en seconde, Ace et moi on trainait au centre…

-Comme d'hab. Quelle bande de glandeurs, l'interrompt Penguin.

-Et dire que pendant ce temps-là, y en a qui suent sang et eau pour réussir leur année, continue Shachi.

-La ferme, soupire Zoro. Donc je disais qu'on glandait et à un moment, un mec est passé devant nous. Il devait avoir le même âge que Law et genre, je l'ai observé quelques secondes à peine. Ace m'a regardé comme s'il avait vu un fantôme. Il était là : « Sérieux, tu viens de mater ce mec ! Mais pourquoi, il n'est même pas beau et il n'a pas de fesses! Tu vaux mieux que ça, Zoro ! »

On éclate tous de rire et Ace, exaspéré, essaye de nous arrêter. Mais on est beaucoup trop nombreux et comme je suis le plus proche, il décide de concentrer toute son énergie sur moi.

-Quel possessif ! lance Law. Je te plains, Sabo.

Les autres acquiescent, toujours hilares. Il n'y a pas à dire, ils sont tous très doués pour embêter Ace. Mais puisque celui-ci me fait déjà assez de peine comme ça, je décide de ne pas l'accabler.

-Ace est parfait pour moi. Contrairement à ce que vous pouvez penser, je n'ai pas du tout à me plaindre.

Ace semble soulagé d'avoir au moins une personne de son côté et il passe son bras autour de ma taille pour déposer un rapide baiser sur mon cou, satisfait. Et même si le geste est tout à fait innocent, j'en suis quand même tout content. Ce n'est sans doute pas voulu, juste instinctif, mais la plupart du temps, Ace et moi avons peu de gestes affectifs quand nous ne sommes pas seuls. C'est bizarre mais on n'en ressent pas forcément le besoin. Et j'avoue aussi qu'on serait un peu gêné d'avoir des gestes tendres devant nos amis, surtout que ceux-ci ne manqueraient pas de nous taquiner à ce sujet. Je n'ose imaginer si un jour on a l'imprudence de s'embrasser une seule fois devant Perona…

La soirée continue ainsi dans cette ambiance de détente et de rigolade. La musique apparaît une heure plus tard même si le son est aussitôt baissé à cause des plaintes de la voisine d'en bas.

Au départ, j'avais peur d'être de trop. Après tout, Law et moi nous sommes connus par l'intermédiaire d'Ace et si pour Zoro j'ai pu au fil du temps nouer une réelle amitié avec lui, ce n'est pas encore le cas avec le brun. Malheureusement, j'ai très peu eu l'occasion de le voir ou de le fréquenter depuis notre première rencontre. Malgré ça, je voulais à tout prix venir et c'est pour ça que j'ai répondu favorablement à l'invitation d'Ace.J'avoue néanmoins être rassuré de voir que l'intégration se fait plutôt naturellement. Au final, on dirait simplement une bande de potes qui se retrouve depuis longtemps et qui constate avec joie que rien n'a changé entre eux.

Je suis même tout heureux quelques minutes plus tard quand j'amène le cadeau que j'ai choisi avec beaucoup d'application pour le roi de la soirée. Je me moque des autres quand ils protestent et grognent parce qu'eux n'ont pas de cadeau. Apparemment, toutes leurs économies sont passées dans la nourriture et dans la boisson. C'est vrai qu'il me semble que l'alcool coûte assez cher.

-Et puis de toute façon, on est fauché, soupire Bepo.

-C'est clair, y a qu'à voir ta caisse pourrie pour s'en rendre compte ! balance Shachi.

-Ah, pardon.

Law les ignore et prend la boite que je lui tends. Il me remercie avant même de l'ouvrir et je me sens gêné.

-Tu devrais peut-être attendre. Peut-être que tu ne vas pas aimer...

-C'est le geste qui compte et étant donné que tu es le seul à m'offrir quelque chose, il compte d'autant plus.

Les autres marmonnent devant la pique mais n'en prennent pas ombrage. Ils savent très bien que leur ami ne leur en veut pas du tout.

Law observe avec précaution l'emballage cadeau noir et le ruban doré qui surmonte la boîte. Ses sourcils se froncent et je devine qu'il est en pleine réflexion. Délicatement, comme pour ne pas l'abimer, il tire sur le ruban qui se défait facilement. Il y va par contre plus franchement au moment d'enlever le papier cadeau. Il découvre alors un petit album photo qui, tout comme l'emballage qui le recouvrait, est noir et doré : il a beau être très simple, il est néanmoins très chic, très épuré.

Bepo, Shachi, Penguin, Zoro et Ace se déplacent derrière Law pour voir le contenu de l'album photo en même temps que lui. De mon côté, je regrette doucement mon choix : ce cadeau m'avait semblé être une bonne idée sur le coup car j'avais trouvé dommage quand Ace me l'avait dit qu'il ait peu de photo de lui, de ses amis et de ses meilleurs amis. Mais à présent, je me dis que c'est sans doute un cadeau un peu trop personnel et que ce n'était pas à moi de le faire.

-Merci, c'est très beau.

-C'est donc pour ça que tu voulais que je te passe les photos que j'avais sur mon portable! comprend Ace.

-T'aurais dû nous dire, on aurait participé. On a l'air con maintenant, me dit Zoro en montrant une photo à Bepo.

-Eh bien, j'ai fait ça il y a deux jours et je pensais que vous aviez déjà acheté vos cadeaux...

Ace et Zoro rougissent d'embarras et changent vite de sujet.

-Dire qu'avec Ace, on avait prévu d'acheter un aspirateur pour l'anniversaire de Zoro, soupire Law.

-J'en n'aurais pas voulu!

A cet instant, le regard que Law lance à Zoro vaut bien tout l'or du monde. Quelque chose me dit que cet aspirateur, il l'aura quand même et ce n'est pas plus mal : son petit appartement en a grandement besoin !

xXx

La nuit est fraiche, signe que les beaux jours ne sont plus tout à fait là. Nous sommes déjà en octobre et bientôt, bien avant qu'on ne s'en rende compte, l'hiver sera là. L'année dernière, nous n'avions pas eu droit à la neige alors que du côté de North Blue, il en était tombé jusqu'à plus de 25 centimètres. J'aimerais pouvoir avoir un Noël blanc cette année…

Le vent me fait resserrer les pans de ma veste alors que mes cheveux malmenés m'empêchent de voir clairement mon portable.

Stelly m'a appelé tout à l'heure.

Malheureusement, je n'ai pas pu répondre, ayant laissé mon portable sur vibreur dans la petite cuisine de Zoro. Je me suis aperçu de cet appel manqué en allant recharger les bols vides de victuailles. Je suis alors sorti en disant aux autres que je devais appeler quelqu'un mais à vrai dire, j'hésite. Stelly souffle le chaud et le froid avec moi. Au lycée, il m'ignore avec beaucoup d'application quand il ne me lance pas des regards venimeux à longueur de journée. J'ai peur que la raison de cet appel soit simplement une mise en scène de plus de mon père qui se sert continuellement de lui pour m'atteindre. J'avoue ne lui avoir toujours pas pardonné ce qu'il s'est passé lors de ma dernière visite dans la maison où j'ai grandi. J'avais vraiment cru pouvoir m'expliquer avec mon petit frère. Quelle déception ça a été de voir que tout ce qui l'intéressait était en réalité de récolter des informations pour notre père.

Mais en même temps, j'ai toujours dit à Stelly que je serai là pour lui.

Après une dernière hésitation, je finis donc par appuyer sur le bouton vert et attends avec un peu d'appréhension la suite. Il est tard et il est plus que certain que Stelly dort déjà. Sans doute ne répondra-t-il pas.

Je m'en veux de le penser mais je le souhaiterais presque.

Pourtant, quelques secondes plus tard…

-Sabo ?

Je sens de l'espoir dans sa voix mais aussi beaucoup de douleur et je me demande bien ce qui a pu arriver. Aujourd'hui à Marie-Joa, il avait pourtant l'air d'aller bien. Se serait-il passé quelque chose avec Outlook ? Je me mordille la lèvre inférieure, ne sachant pas si je peux aborder ce sujet avec lui sans qu'il ne se braque. Je déteste devoir prendre des pincettes alors que c'est lui qui m'a appelé le premier et qui a le plus à se reprocher dans l'histoire. J'essaie pourtant de me calmer et de me dire que penser ainsi ne me mènera nulle part.

-Je suis content que tu aies répondu. A vrai dire, je pensais que tu dormais déjà, dis-je, ne sachant pas si je le pense réellement.

-Non… Je… n'arrivais pas à dormir.

Stelly n'ajoute rien de plus et je ne sais pas quoi lui dire non plus. Si avant, nos rapports étaient déjà délicats, aujourd'hui c'est pire. C'est triste de se rendre compte qu'on n'a plus rien à dire à son propre frère. Pourtant, il y a des choses que j'aimerais savoir ou lui demander mais je n'en fais rien car je ne suis pas sûr de pouvoir accepter ses réponses. Peut-être que si par le passé Stelly et moi avions été plus proches, si nous avions eu une véritable relation fraternelle, peut-être qu'on n'en serait pas là aujourd'hui. Renouer avec lui ne serait sans doute pas si difficile. Sans doute même ne serais-je pas là à me demander si je désire ou non cette réconciliation...

Commençant à trouver le silence inconfortable, je décide d'aller droit au but sans pour autant être trop direct.

-J'ai vu que tu avais essayé de m'appeler, est-ce que ça va ?

Je fais quelques pas et viens m'appuyer contre le muret juste en face de l'immeuble où habite Zoro.

-Papa… Ca y est, il l'a fait.

-Quoi ? Qu'est-ce qu'il a fait ? je lui demande, perdu.

Il y a tellement de choses que cet homme aurait pu faire...

-Il a définitivement remplacé maman… Il a de nouveau quelqu'un et elle s'est installée à la maison aujourd'hui même !

J'ai un petit moment de flottement. A vrai dire, j'attends d'avoir mal, de ressentir de la trahison ou du dégoût pour mon père, comme Stelly à cet instant, mais rien. Absolument rien. Cette absence d'émotion me perturbe. Je n'arrive pas à savoir si je m'en fiche, si ça m'importe peu ou alors si je considère tout simplement que tout ceci ne me regarde plus et donc que je n'ai pas mon mot à dire là-dedans. Je pense en fait que contrairement à mon petit frère, j'ai compris depuis bien longtemps que notre famille n'existe plus et qu'elle a volée en éclat bien avant que notre mère ne parte en institut spécialisé.

Notre famille a été détruite le jour même où Amy est morte. Elle a essayé de passer au-dessus, de s'en relever, mais ça n'a pas marché. Notre père l'a enterrée lui-même le jour où il a décidé que ce n'était pas si grave si ma propre mère avait essayé de me tuer. Stelly a été tenu à l'écart de cet aspect des choses. Il a pu faire comme si ça n'avait jamais existé, il lui avait simplement suffi de fermer les yeux. Ça avait été si tentant, et je le comprends. Si un tel drame s'était réellement produit, Outlook ne serait pas en train de le féliciter pour ses merveilleuses notes. Ce père qu'il aimait tant ne discuterait pas du cours de la bourse au téléphone avec ses actionnaires de South Blue, n'est-ce pas ? Qui ferait ça à peine quatre jours après l'hospitalisation de son fils ainé ?

Personne.

N'est-ce pas ?

-Tu te rends compte, Sabo ! Il trompe maman et il n'en a même pas honte !

Stelly vient juste d'ouvrir les yeux. Ou plutôt, on les lui a ouverts de force et la lumière lui brûle les yeux malgré le fait que son intensité soit moindre. C'est ça quand on garde les yeux fermés trop longtemps. La réalité est trop difficile à accepter mais malheureusement, on ne peut plus les fermer et nous voilà obliger d'affronter la vérité en face.

-Ça fait longtemps qu'il la trompe, Stelly, j'assène, la voix dure.

-Qu-quoi…

Sa voix n'est qu'une plainte à peine audible.

-Je ne sais pas depuis combien de temps exactement mais sans doute au moins un an avant le départ de maman.

Le silence. Le silence et les larmes douloureuses de mon petit frère qui fait de son mieux pour me les cacher. J'entends sa respiration laborieuse même à travers le téléphone et je me passe une main tremblante dans les cheveux, triste pour lui.

-Tu mens ! s'obstine-t-il soudain mais je sens qu'au fond de lui-même, il sait que je dis la vérité.

-Pourquoi m'as-tu appelé si pour finir tu n'es pas prêt à écouter ce que je te dis ?

-Parce que je n'ai que toi !

Sa réponse pourtant si honnête me laisse sous le choc. Il a l'air en pleine détresse et je vois bien en ces quelques mots une supplique muette. Il me rappelle de cette manière la promesse que je lui ai faite.

-Tu es parti et maintenant, moi je suis seul ! me reproche-t-il violemment.

-Tu t'es mis tout seul dans cette situation, Stelly. Je ne t'ai jamais fermé la porte au nez et je n'ai encore jamais refusé de te parler. C'est toi qui as décidé du jour au lendemain que je n'étais plus digne de pouvoir échanger avec toi. Les choses n'ont pas changé pour moi, Stelly. Je suis là pour toi mais appeler à l'aide quand tu en as besoin et m'ignorer le reste du temps ne va pas être possible. Je ne demande que ça de renouer avec toi, et je serais très content si de ton côté tu te décides aussi à faire un pas vers moi. Mais sache si tu le fais que je ne suis toujours pas décidé à revenir vivre à la maison, que je suis toujours en couple avec un homme et que je l'aime profondément. Si tu veux continuer cette conversation, ce sera donc en face à face. A toi de choisir.

Quelques secondes plus tard, la tonalité de la ligne résonne.

xXx

-J'ai jamais…, réfléchit Pengouin

-Je sens que ça va encore être pour ma pomme, soupire Zoro en buvant avant même que Penguin ait fini sa phrase.

Malgré le fait que je n'apprécie pas vraiment les jeux d'alcool, je me livre cependant avec plaisir à celui-ci. Je ne sais pas si c'est parce que, comme Ace l'avait mentionné, je suis déjà un peu imbibé ou alors si je suis simplement impatient et ravi d'en apprendre plus sur les autres. Néanmoins, comme le soupir de Zoro l'a si bien décrit tout à l'heure, les questions ne sont pas toutes forcément plaisantes !

En ce moment, les questions sont assez portées sur le sexe et ce n'est pas vraiment pour plaire à Zoro.

Mais il semble que son calvaire va bientôt prendre fin : il est plus de 3h du matin et comme beaucoup, je commence à fatiguer. Et puis, il se plaint beaucoup mais au fond, boire ne le gêne pas plus que ça. D'autant qu'il a commencé à attaquer une petite bouteille de saké qu'il a l'air de tout particulièrement aimer. Je pense que ce qui lui déplait surtout, c'est le fait que ses amis s'en donnent à cœur joie pour se moquer de lui ! Zoro est le plus jeune et son manque d'expérience en beaucoup de choses lui vaut toutes ces attentions plus ou moins attendrissantes. Heureusement, tout ça reste bon enfant et il est loin de prendre la mouche.

Quand je suis remonté de mon coup de fil raté à Stelly, ils avaient déjà commencé à jouer depuis un petit quart d'heure. Ils ne m'ont posé aucune question à mon retour même si j'ai senti sur moi pendant de longues secondes le regard interrogateur d'Ace. J'ai essayé de l'ignorer et j'ai fui un peu lâchement de peur qu'il lise dans mes yeux que la conversation m'a plus ébranlée que ce que je ne voulais. J'ai écouté avec beaucoup d'intérêt Zoro m'expliquer les règles du jeu et les durs traitements que j'allais forcément devoir subir.

Je m'y suis plié et j'ai bu chaque fois que nécessaire, presque heureux de pouvoir oublier la déception que ma famille venait une fois de plus de m'infliger malgré ce que je pense du discours que Ace m'avait tenu à ce sujet l'année dernière.

-J'ai jamais regardé de porno gay.

Comme s'il était extrêmement fier de lui, Penguin fixe Zoro, attendant qu'il exécute la sentence mais celui-ci n'en fait rien. Un sourire aux lèvres, il fixe son ainé et l'étudiant en médecine comprend que sur ce coup-là, il n'aura pas réussi à obtenir une autre plainte du kendoka.

-C'était nul, à mon tour maintenant ! se gausse Ace. J'ai jamais… fantasmé sur quelqu'un de beaucoup plus vieux que moi!

-Qu'est-ce que tu entends par beaucoup plus vieux ? l'interroge Law.

-J'entends par là que si tu demandes, c'est que tu devrais certainement boire un coup, répond-il en servant un verre à son ami, ravi.

Quant à moi, j'hésite… J'ai bien quelque chose en tête mais je ne pense pas qu'on puisse considérer ça comme du fantasme. Après tout, j'ai juste été comme aimanté pendant quelques secondes par les yeux clairs du père de X-Drake. Je me rappelle aussi avoir été troublé par la gentillesse d'un de mes professeurs de collège auquel je souriais souvent bêtement quand je le voyais. Je pense que sa manière d'enseigner y est pour beaucoup dans ma soif de connaissance. Mais je ne pense pas qu'on puisse appeler ça de l'attirance non plus. Avant Ace, je n'étais pas attiré par grand monde en réalité...

Après ce court raisonnement, je décide finalement de ne pas toucher à mon verre et espère que mon hésitation ne s'est pas vue. A mes côtés, j'entends Ace se féliciter d'avoir réussir à faire boire presque tout le monde. Je rigole un peu et me masse discrètement les tempes. Réfléchir si intensément quand on a trop bu n'est vraiment pas recommandé...

La soirée continue et le jeu aussi. Étonnement, il a beaucoup de succès auprès de Law qui a le don de poser des questions assez embarrassantes. Cela dit, tout le monde en profite pour découvrir les secrets honteux de chacun.

-Je n'ai jamais…

Je soupire, réfléchissant à la suite de ma phrase. L'objectif est de faire boire le plus de monde possible tout en mettant à nu certains de leurs secrets. Malheureusement, il est déjà bien tard et la fatigue se fait de plus en plus sentir chez moi si bien que la suite est longue à venir.

-Je passe mon tour, je suis fatigué..., je finis par soupirer en me calant contre Ace.

-Tu laisses passer ta chance, affirme Law qui prend alors mon tour. Je n'ai jamais rien caché de grave à mes amis ou à la personne que j'aime.

-C'est quoi ça ? Une soirée confidence ? marmonne Penguin. Bepo n'a pas assez bu, tu n'aurais pas pu trouver un truc pour le faire picoler un peu ?

-Je suis désolé, je pensais être plus amusant que ça.

-Ne t'inquiète pas, on te trouve très drôle, le rassure Ace qui boit avec nonchalance son verre.

Zoro ajoute quelque chose mais je n'y fait pas attention. Je reste là, appuyé contre Ace en me demandant ce qu'il peut bien me cacher. Peut-être a-t-il pensé tromper son monde en procédant ainsi, en buvant l'air de rien, mais j'ai vu clair dans son jeu. Ace cache quelque chose de grave. Quoi ?Je ne sais pas. J'ai du mal à croire qu'il me cache quelque chose de plus grave encore que le viol auquel il a assisté lorsqu'il fréquentait Makino. J'aimerais savoir mais je ne dis rien car je lui cache tellement de choses moi aussi que j'ai l'impression de ne pas pouvoir lui demander des comptes. Comment exiger de son petit-ami de l'honnêteté si on ne l'est pas soi-même ?

Fébrilement, je vide mon verre avant de reprendre ma place. Ace aussi ne me demande rien mais je sais bien, je le sens à son regard, qu'on en reparlera un jour.

Un peu avant 4h du matin, on décide de tous aller se coucher. On est beaucoup trop fatigués pour continuer à faire quoi que ce soit. On range brièvement le petit séjour, juste assez pour pouvoir placer les sacs de couchage et les matelas gonflables. Dans un souci de place, la table basse a atterri dans la chambre de Zoro.

Law, en tant que roi de la soirée, a obtenu le droit de dormir dans la chambre de son ami. Enfin, c'est ce qu'on se dit mais la vérité est que l'étudiant en médecine s'est octroyé seul le droit de dormir dans un bon lit pour pouvoir l'espère-t-il, profiter d'une bonne nuit de sommeil. Law a l'air si constamment fatigué qu'on a tous pensé que si pour une fois il pouvait bien dormir, ce ne serait pas si mal !Bepo quant à lui s'est effondré sur le canapé beaucoup trop petit pour lui pour s'endormir aussitôt. Il ne fait aucun doute qu'il aura des courbatures à son réveil.

Je fais peu cas de ma couchette et ne cherche même pas à savoir à côté de qui je vais dormir ce soir. Quand je ferme les yeux, il y a encore de l'agitation autour de moi. Malgré leur état de fatigue, certains semblent tout de même avoir encore un minimum d'énergie. Assez en tout cas pour parler de choses que malheureusement, mon esprit ensommeillé ne comprend pas. Je m'endors bercé par la musique que personne n'a pensé à éteindre.

I feelglorious, glorious
Je me sensglorieux, glorieux
Got a chance to start again
J'ai la chance d'un nouveau départ
I wasborn for this, born for this
Je suis né pour ça, né pour ça
It'swho I am, how could I forget?
C'est qui je suis, comment pourrais-je oublier?
I made itthrough the darkest part of the night
J'ai traversé la partie la plus sombre de la nuit
And now I see the sunrise
Et maintenant je vois le lever du soleil
Now I feelglorious, glorious
Maintenant je me sens glorieux, glorieux
I feelglorious, glorious
Je me sens glorieux, glorieux

xXx

-Je pense qu'il me cache quelque chose.

-Quelque chose. Quoi ?

-Je ne sais pas...

Je me tourne une fois, puis une autre fois avant de bailler et d'ouvrir lentement un œil. Mon regard plonge dans l'obscurité et je me dis qu'il est alors décidément bien trop tôt pour que je me réveille totalement. Fatigué, je ferme de nouveau les yeux et serre mon duvet contre moi avant d'enfouir au maximum mon nez dans mon oreiller.

-Qu'est-ce qui te dis que tu te fais pas des idées ?

-Rien.

J'entends un petit rire amer qui me fait de nouveau papillonner des yeux avant de me tourner dans l'autre sens.

-Mais je le sens, je le connais. Et il y a des signes qui ne trompent pas.

-Tu m'en diras tant.

Un soupir et puis le silence.

J'ouvre de nouveau les yeux mais cette fois-ci, je suis un peu plus éveillé. Je me redresse en me faisant la réflexion que je viens d'entendre des voix, donc que des gens sont réveillés. Surpris et pas complètement opérationnel, je regarde autour de moi pour essayer de déterminer qui il manque mais dans la pénombre, c'est compliqué. Plus tôt dans la nuit, je me suis endormi tellement vite que je n'ai pas pris connaissance de la répartition des places. Je sais simplement en observant rapidement la masse sur le canapé que Bepo est toujours en plein pays des rêves. C'est en tournant la tête vers la chambre de Zoro, là où Law est parti dormir, que je me rends compte qu'un léger filet de lumière s'en échappe. Intrigué, je me rapproche lentement.

-Il ne veut pas me faire l'amour.

Je me fige instantanément en reconnaissant la voix d'Ace. Je reste immobile alors que je ressasse ses mots.

De quoi sont-ils en train de parler exactement ?

J'ai entendu leurs voix sans vraiment écouter ce qui fait qu'au final, il me manque un bout de la conversation. Par contre, ce que je comprends, c'est qu'ils sont en train de parler de moi et que les interrompre n'est pas une bonne idée.

-T'es sérieux, Ace ? réplique la voix blasée de Law.

-Très sérieux.

Sa voix n'est qu'un murmure et je sens mon cœur se serrer d'appréhension.

-Je pensais pas que c'était à moi de t'apprendre ça mais il y a des gens qui préfèrent tout simplement être de l'autre côté et qui ne se sentent pas forcément le besoin de tester… Enfin, t'as compris ce que je veux dire...

-Ouais, marmonne-t-il. Mais ce n'est pas ça. Je le vois dans ses yeux qu'il a envie de moi comme ça mais à chaque fois que je lui propose, il est gêné et dit non ou trouve une excuse pour ne pas avoir à le faire.

-Et où est le problème? Il n'est peut-être tout simplement pas encore prêt.

-C'est ce qu'il m'a dit aussi mais...

J'avale ma salive difficilement et fixe la porte en espérant…qu'il se passe quelque. Tout ou n'importe quoi. Je pense qu'à cet instant, ça m'importe peu en réalité.

-Je pense qu'il ne s'en sent pas digne pour une raison que j'ignore et que faire ça pour lui, ce serait comme se trahir. Ou me trahir... A ce stade, j'en sais fichtrement rien...

-Tu vas drôlement loin quand même.

-Je ne sais pas, ses yeux… Parfois, ils me demandent pardon quand je le prends dans mes bras et que je le pén-

-S'il te plait, épargne-moi les détails, le coupe Law, visiblement las.

-Désolé...

-Franchement, Ace, je pense que tu te fais juste des idées. Ne va pas tout gâcher alors que tout va bien juste parce que tu as des impressions qui refusent de te quitter. Mais si jamais ça persiste, tu pourras toujours lui en parler.

-Il a bu tout à l'heure.

Il y a un silence et alors que je mets du temps à comprendre ce qu'il veut dire, Law lui répond calmement.

-Toi aussi tu as bu, Ace.

Ses paroles manquent de m'achever.

Honteux, je m'éloigne doucement et le plus silencieusement possible de la porte avant de retourner me coucher. Je ferme les yeux et me mords la lèvre inférieure en me disant que je suis vraiment le pire.

Je savais que cette histoire travaillait Ace mais j'ignorais que c'était à ce point-là. Mais s'il en est à se confier à ses amis, c'est qu'il le prend moins bien qu'il ne le laisse paraitre. Il ne m'en parle pas, certainement pour ne pas me brusquer ou même passer pour un rustre. Ace, aussi tempétueux qu'il est, fait toujours attention à la façon dont je me sens, à mes sentiments. Je me rends compte que jeudi, quand il m'a demandé si j'avais envie de lui de cette manière, il n'attendait pas forcément une affirmation de ma part. Il voulait juste des réponses. Et moi, j'ai évité le sujet et je me suis senti presque soulagé en voyant qu'il allait dans mon sens, qu'il n'insistait pas. J'étais serein tout en sachant que ce n'était pas la chose à faire, que cette discussion reviendrait forcément sur le tapis à un moment ou à un autre.

Ce n'est plus qu'une question de temps maintenant. J'ai si souvent évité la conversation avec lui à ce sujet. Je lui mens tellement qu'il est presque comique de voir que c'est finalement mon honnêteté qui me perd. C'est vrai, je pourrais simplement passer au-dessus du sentiment de malaise que je ressens et me forcer un peu pour le rassurer. Après tout, ce ne serait pas complètement un mensonge car j'en ai envie. Tellement envie… Mais je ne peux pas. Ce n'est pas moi et j'aime trop Ace. Je ne peux pas lui mentir sur ce sujet, pas sur notre amour et sur ce que je ressens.

Je ne sais plus quoi faire. Lui parler? Me débarrasser de ce poids m'obligerait à évoquer les sujets relatifs à l'Armée Révolutionnaire et à ce baiser forcé que m'a donné Doflamingo.

J'ai peur de lui parler.

J'ai peur de l'après…


Et voilà en espérant que ce chapitre vous ai plu !

Je posterais le prochain chapitre le jeudi 30 Aout et après normalement je devrais reprendre mon rythme normal, c'est à dire mercredi 12 septembre.

Du coup bonne vacances à ceux qui ont la chance de partir et tacher quand même de profiter pour les autres. ^^