Bonjour,
Titre : Once Upon A Time - tome 2...
Auteur : Typone Lady
Disclaimer : L'univers de One Piece ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas : ils sont à Eiichiro Oda. Je les emprunte le temps d'une histoire.
Rated: M
Genre : Romance, Hurt/Comfort, Song-fic
Résumé : « Raconte-moi une histoire…une merveilleuse histoire comme on en voit si souvent dans les contes de fées. Laisse-moi imaginer encore un peu que nous aussi, nous avons le droit d'être heureux. » Peu importe à quel point ils le désirent, il y a des choses sur lesquelles ils n'ont aucun contrôle. Impuissant, ils observent les ruines de cette vie sans voir cette lueur d'espoir tapis dans l'obscurité.
Bêta correctrice : pommedapi
Note : Merci à ma bêta pommedapi pour ses précieux conseils et aussi pour avoir corrigé ce chapitre ;).
Bonne lecture à tous !
Once Upon a Time n'est pas une fiction à l'eau de rose.
C'est juste une histoire.
Leur histoire.
Parce que la vie n'est pas un conte de fées...
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Chapitre 05
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« La plus grande découverte de ma génération est que les êtres humains peuvent changer leur vie en modifiant leurs attitudes d'esprit. »
William James
Ace
Samedi 07 Octobre 2017
Je ne saurais pas dire si Roger est énervé. A vrai dire, je l'ai si souvent peu vu dans un état pouvant s'apparenter de près ou de loin à de la colère que je ne saurais certainement pas la reconnaître si un jour il se présentait devant moi furieux. Ma fugue et ma tentative de suicide ne comptent pas, j'étais à moitié dans le coaltar et il était facile de deviner que mon père était proche de l'implosion.
Assis derrière son grand bureau en bois de chêne, il me fixe. Sa main gauche repose mollement sur le bureau alors que la droite soutient plus fermement son menton. La scène a quelque chose d'assez grotesque, lui assis derrière son bureau et moi devant lui. Et puis, ce silence pesant. Comme si quelque chose de grave allait bientôt arriver.
Ouais. Ridicule.
Je sais très bien pourquoi il m'a convoqué et même si Roger ne dit rien, j'ai compris ce qu'il attend de moi. Comme je sais tout aussi bien que je n'ai rien à me reprocher. C'est fou comme dernièrement, mon géniteur a pris son rôle de père au sérieux. Il essaie de renouer une relation plus proche avec moi en oubliant malheureusement qu'on ne peut pas tout faire avec simplement de la bonne volonté. Si à présent je comprends que lui mettre tous les problèmes que ma mère et moi avons eus sur le dos était une erreur et que cultiver ma colère contre lui n'était pas une bonne idée, je ne pense pas encore être prêt pour l'appeler papa. J'ai toujours du mal avec cette notion-là. Un trop grand fossé nous sépare et je ne peux pas faire comme si toutes ces années n'avaient pas existé.
Mais il fait des efforts et moi aussi. Je crois. Pourtant, étant donné que je pense ne rien lui devoir, c'est parfois difficile pour moi. D'ailleurs, j'ai accepté d'aller pêcher avec lui…
-Est-ce qu'on va rester comme ça encore longtemps ? dis-je, soudain blasé et encore un peu fatigué par ma courte nuit.
-Non, bien sûr que non. Assis-toi.
Je fixe la chaise, hésitant sur la marche à suivre, et décide finalement de rester debout. Il vaut mieux garder une distance de sécurité, je pourrais ainsi partir plus aisément si la conversation glisse vers un sujet plus fâcheux que celui que j'ai imaginé.
-Ace, je n'ai pas envie de jouer au père fouettard avec toi ni au père moralisateur.
-Et pourtant, je sens que cette conversation va me plaire, j'ironise.
Il soupire de plus belle et je me passe la main gauche dans les cheveux en me demandant bien combien de temps cela va durer. Quand ma mère m'appelait pour me passer un savon ou pour me faire la morale, ça ne durait jamais bien longtemps. Elle utilisait très peu de mots à vrai dire : tout passait par le regard. L'une de mes plus grandes peurs a toujours été que ma mère arrête de m'aimer. J'ai craint un nombre incalculable de fois de le voir dans ses yeux : la lassitude, le manque d'amour et le regret. L'amertume et la tristesse de devoir une fois de plus réparer les pots cassés. Je me sentais à chaque si mal que je préférais m'isoler dans ma chambre et finalement, je regrettais tellement que ça valait bien toutes les punitions du monde.
Pour Roger, c'est différent. Je n'appréhende pas ce qu'il va dire ni ce qu'il pourrait par la suite penser de moi. De toute façon, j'ai ma conscience pour moi, je sais que je n'ai rien fait et donc que je n'ai rien à me reprocher. La seule chose qu'il pourrait me faire et qui m'atteindrait à coup sûr, c'est me renvoyer à Baterilla et me priver ainsi des relations que j'ai construites ici. Je sais bien qu'un jour ou l'autre je devrais partir, ça arrivera même certainement après le bac. Mais pour l'instant, je ne veux pas y penser. Pas encore.
-Hancock m'a touché quelques mots à ton sujet.
-Oh, c'est pas vrai, je râle fortement avant de lever les yeux au ciel.
La mâchoire de Roger est crispée et je me dis sans grand entrain que finalement, je ferai mieux de m'asseoir. Je crois que je vais avoir besoin de beaucoup d'énergie pour affronter cette discussion.
-Pourquoi elle ne vient pas m'en toucher directement deux mots au lieu de passer par toi?
-Je pense que tu sais très bien pourquoi elle fait ça. Pour une raison que j'ignore, le dialogue a du mal à s'établir entre vous.
-Pour une raison que tu ignores ? je répète, à la fois complètement sidéré et moqueur. Parce qu'elle me déteste, tout simplement!
Je vois les sourcils de Roger se froncer. Ses yeux me fixent sans réellement me voir et son tourment a l'air si intense que je peux presque le voir réfléchir.
-Qu'est-ce que tu racontes ? Hancock ne te déteste pas !
-Si, elle me déteste mais tu refuses de le voir. Dans ses meilleurs jours, elle se contente de ne pas m'apprécier. Mais je m'en fous, j'ajoute quand je le vois prêt à répliquer. Je pense autant de bien d'elle qu'elle en pense de moi.
-Est-ce que c'est pour ça que vous n'arrivez pas à vous entendre ?
Je vois qu'il est chamboulé et qu'il n'avait clairement pas prévu que la conversation glisserait là-dessus. Il parait même avoir oublié tout ce qu'il voulait me dire précédemment.
-On ne s'entend pas parce que je déteste sa façon d'agir : elle prend tout le monde de haut et elle m'exaspère. Sa façon de se conduire, de penser que tout lui est acquis. Sans parler de sa manière de se comporter avec Luffy ! je balance, étrangement soulagé de déverser du venin sur cette femme.
-Luffy ?
Je ne sais pas comment je me sens face à la réaction de mon père. Dans tout ce que je viens de dire, c'est la seule chose qui semble avoir retenu son attention. Peut-être que c'est ce qui l'inquiète le plus, à moins que ce ne soit tout simplement car il est déjà plus qu'au courant de tous les défauts que possède sa pimbêche de femme.
Mais peu importe. Au fond, ça ne change pas grand-chose pour moi et puisqu'il me tend une perche, c'est avec plaisir et délectation que je la saisis.
Alors je lui parle. Je lui raconte ce que j'ai vu, ce que je sais.
Au début sincèrement, je n'en pensais pas grand-chose. Je n'y faisais même pas attention. J'étais trop centré sur moi et sur la situation horrible dans laquelle je me trouvais pour y penser. Et puis, j'ai commencé à m'intéresser à ses regards appuyés, à ses sourires, à toutes ses attentions. Hancock a toujours accordé beaucoup d'intérêt à Luffy mais sans vraiment savoir pourquoi, j'ai rapidement compris que c'était différent de l'attention et de l'affection que Roger et Shanks portent au chapeau de paille. Pour Hancock, c'est plus profond, plus tortueux et révérencieux. De plus, j'ai bien l'impression que l'ancien mannequin n'agit comme ça qu'avec le plus jeune.
J'ai commencé à trouver ça vicieux et inapproprié. Pour moi, elle le regarde beaucoup trop souvent et beaucoup trop longtemps. Son regard a tout de celui d'une amoureuse ou quelque chose qui pourrait s'y apparenter. Je sais bien que je suis le seul à le penser et Sabo n'arrête pas de me dire qu'il trouve que Hancock est tout à fait normale avec Luffy mais moi, je ne peux pas me ranger à son avis. Il faut qu'au moins une personne se méfie, que quelqu'un reste sur ses gardes.
Je ne fais pas confiance à cette femme et si elle a embobiné mon père et qu'il est déjà bien calé au chaud contre ses griffes, je ne la laisserais pas faire de même avec Luffy.
-Ne dis plus jamais ça.
Sa voix est grave et je sens même la colère qui, cette fois, est bien perceptible dans ces quelques mots. Je ne me démonte pas.
-Et pourquoi ça ? Tu ne veux plus que j'insulte ta chère petite femme ? je demande, plein de mordant.
-Ce que tu dis est très grave et complètement faux, Ace !
-Elle ne le regarde pas comme elle devrait le faire et tu le sais ! je m'entête sur le même ton.
On s'affronte du regard pendant plusieurs secondes et je vois dans les yeux de Roger une hésitation avant qu'un pli amer ne barre son front. J'arrête de l'assassiner des yeux et me renfonce dans mon siège.
-Éclaire donc ma lanterne alors, je lâche en détachant bien tous mes mots.
Roger soupire et passe une main lasse dans ses cheveux avant de les tirer un peu.
-Je sais ce que tu penses, Ace, mais tu dois me faire confiance. Hancock est une femme formidable et elle tient sincèrement à Luffy. Elle ne lui ferait jamais de mal.
-Je suis désolé mais tu m'en demandes beaucoup trop.
Je n'ai pas besoin de le préciser, mon père sait parfaitement que je parle de confiance et que j'attends qu'il m'en dise plus.
-Hancock a fait une fausse couche il y a quelques années.
La révélation tombe comme un couperet et la surprise est telle que j'ai du mal à réaliser, à réagir. Je fixe Roger alors que mes sourcils se froncent. J'ouvre la bouche pour dire quelque chose mais rien ne me vient.
Une fausse couche ?
-Elle ne pourra sans doute jamais avoir d'enfant à elle et c'est sans doute pour ça qu'elle reporte toute cette attention, cet amour sur Luffy. Je pense qu'involontairement, elle voit en lui sa seule occasion d'aimer, de choyer un enfant.
Il secoue la tête.
-Hancock n'est pas parfaite et je reconnais sans mal qu'il peut être difficile de la côtoyer mais malgré tout ses défauts, elle reste une personne exceptionnelle qui mérite qu'on s'arrête sur elle et qu'on se donne un peu de temps pour apprendre à la connaitre. Est-ce tu peux imaginer la douleur qu'on peut ressentir à la perte d'un enfant ? termine-t-il, la voix toujours aussi grave.
-Je suis dé-
-Dans ce cas, je ne veux plus jamais t'entendre porter ce genre d'accusation sur elle, Ace. Plus jamais.
Sa voix est si froide et tranchante qu'elle me glace le sang. J'avale difficilement ma salive avant de baisser la tête, honteux.
Je me sens affreusement bête. Bête et con. Cette révélation, Roger ne voulait certainement pas me la faire. Il est évident qu'il a plus parlé sous le coup de la colère.
Roger a raison, je ne peux pas imaginer la douleur qu'a dû ressentir Hancock, douleur qu'elle doit toujours ressentir aujourd'hui. Si demain on m'annonçait que ma mère ou Sabo n'était plus là, plus de ce monde, je ne m'en remettrais pas. Je ne serais plus que l'ombre de moi-même et j'accepterais volontiers tous les foutus médicaments que le docteur César serait susceptible de me prescrire. A la voir comme ça, Hancock n'a pas l'air d'avoir la fibre maternelle et je n'aurais jamais imaginé qu'elle ait un jour voulu être mère. Après, je ne connais pas toute l'histoire et je me sens si mal que je n'ose pas en demander plus à mon père. Pourtant, j'ai des questions plein la tête et je ne sais pas quoi en faire.
Tu étais le père ?
J'ai l'impression que cette question ne serait pas légitime et que mon père n'y verrait qu'une jalousie ou colère mal placée. Et il n'aurait pas totalement tort.
-Je me suis trompé, j'admets alors parce que j'ai l'impression que quoi que je puisse dire, ce ne serait pas suffisant.
Pas assez et surtout pas approprié.
-Il est certain qu'elle surprotège Luffy et qu'elle est sans doute trop sur son dos à l'étouffer de tout son amour mais, Ace, c'est sa façon à elle de faire son deuil.
Roger se laisse un peu plus aller contre son fauteuil. Il baisse la tête et se passe une main lasse sur le visage. Il a l'air étrangement fatigué.
-Je ne pensais pas que ça allait si mal entre vous... Ou peut-être que je ne voulais tout simplement pas le voir.
Il plonge à nouveau son regard dans le mien.
-J'aimerais réellement que tu fasses des efforts, Ace. Quant à moi, je parlerai à Hancock. Sa remarque de la dernière fois n'était pas acceptable. J'ai laissé passer mais je me rends compte que ce n'est sans doute pas la chose à faire. J'ai simplement fait passer un mauvais message.
Qu'il reconnaisse ses torts à ce sujet me rassure. Au-delà, ça me fait même plaisir. J'étais vraiment énervé qu'il ne dise rien par rapport aux remarques blessantes d'Hancock. Savoir que les choses vont changer est déjà une bonne chose.
-Elle est homophobe, dis-je alors, conscient que malgré toute la bonne volonté de Roger, il ne pourra pas changer si aisément cette facette-là.
-Plus ou moins, grimace-t-il. La vérité est qu'Hancock est incapable de comprendre comment un homme ne peut pas aimer une femme car de son point de vue, elles sont parfaites. Enfin, il y a aussi le fait qu'elle ait du mal avec les hommes et qu'elle les prend souvent de haut. Tu avais raison au moins sur ce point...
J'esquisse un sourire devant cette tentative d'humour.
-Qu'un homme imparfait puisse aimer un autre homme encore plus imparfait que lui alors qu'une femme parfaite est là, ça a du mal à passer. Hancock a son raisonnement bien à elle, soupire-t-il. Et puis, elle a été élevée comme ça.
J'acquiesce, comprenant plus ou moins ce qu'il veut dire par là.
La conversation s'arrête un peu d'elle-même et je comprends qu'on s'est dit tout ce qui était possible à ce sujet-là. Alors que je sors du bureau dans le but de poursuivre ma nuit, je me sens étrange. Mal à l'aise.
Lundi 09 Octobre 2017
-Et donc, qu'est-ce que tu vas faire ?
-J'en sais rien.
Sabo soupire et ferme son casier avant de s'adosser à celui-ci. Ces yeux marron me fixent sans ciller et je me sens presque défaillir face à l'intensité de son regard. Je sais bien ce que Sabo pense de tout ça mais s'il pouvait s'astreindre de m'inonder de son jugement moralisateur...
-Tu devrais t'excuser et tu le sais très bien.
-Je n'avais pas complètement tort non plus, je tente vainement de protester.
-Ace ! s'horrifie-t-il aussitôt.
Si la situation n'était pas aussi grave, je trouverais même ça assez drôle.
-Je veux dire par là que même si j'avais tort de penser du mal d'elle à ce sujet, je n'avais pas complètement tort en affirmant que l'affection qu'elle porte à Luffy n'est pas saine. Je veux dire, elle se fait du mal toute seule et essaie juste de compenser je ne sais quoi en chouchoutant Luffy! Enfin bref, je suis mal placé pour parler de ça…
-Tu devrais quand même faire des efforts avec elle, Ace. Même si tu n'aimes pas ta belle-mèr-
-Ne l'appelle pas comme ça, je le coupe, la voix dure.
-Veille tout de même à améliorer ton attitude en sa présence, continue-t-il.
Je soupire et tourne la tête vers l'escalier un peu plus loin. Je regarde distraitement les élèves le gravir. Je déteste vraiment quand Sabo a raison et ça arrive un peu trop souvent à mon goût. Même si je ne le veux pas, je sais que je vais devoir faire des efforts. Commencer par arrêter de fusiller du regard cette foutue bonne femme en est une. Mais c'est tout car je n'oublie pas son attitude désobligeante envers moi ni qu'elle a mentionné le fait de vouloir me dégager de chez « elle ».
-Ne m'attends pas pour manger ce midi, le coach Ryuma veut bosser une formation avec les nouveaux et j'ai l'impression que ça va durer plus longtemps que prévu.
-OK, dis-je, ne voyant pas ce que je peux ajouter d'autre.
Il me sourit avant de se rapprocher de moi et de me demander d'un ton léger si je boude. Je lève les yeux au ciel et, taquin, il m'embrasse.
-Capitaine.
Sabo sursaute presque et s'éloigne de quelques pas. Il fixe alors la personne qui vient de nous interrompre. C'est un gars blond qui doit avoir le même âge que nous, un peu plus petit. Il vient d'appeler Sabo "capitaine" donc il doit faire partie du club de basket. Il ne m'accorde aucune attention. A vrai dire, son regard dur est uniquement braqué sur Sabo qui n'a pas l'air très à l'ase.
Est-ce que c'est le seconde dont il m'a parlé?
Je fixe le blond, les sourcils froncés. J'ai du mal à y croire. C'est lui qui déstabilise mon copain ?
-Salut, Lark.
Le blond peste et je hausse un sourcil, me demandant bien où est le problème.
-Bonjour, Capitaine. Le coach m'a demandé de te dire que tu t'occuperais de l'entrainement seul ce midi. Il a un empêchement et ne pourra donc pas l'assurer. Il sera cependant là pour s'occuper de celui du soir.
-Ah oui, pas de problème.
Sabo me lance un regard, l'air de me dire « raison de plus pour que tu manges sans moi ».
-Tâche de ne pas être en retard et n'oublie pas d'aller récupérer d'abord les clés auprès du concierge du gymnase.
Je fixe le plus jeune, de plus en plus sidéré. Je comprends à présent ce que voulait dire Sabo. Il est loin d'être impoli mais il est vachement condescendant et c'est assez horripilant. Il a l'air de faire la leçon à Sabo alors que jusqu'à preuve du contraire, c'est lui la nouvelle recrue et Sabo le capitaine en terminale!
-Ne t'inquiète pas, j'y passerai sans faute.
-Est-ce qu'on travaillera quand même la nouvelle formation ce midi ?
-Pourquoi pas ?
-C'est une question.
Il fronce les sourcils et semble étudier minutieusement le visage de Sabo. Visage qui pour une raison que j'ignore, s'empourpre légèrement d'embarras.
-Non, non. Je placerai seulement les bases. Pour le reste, vous verrez avec le coach. Je pense que c'est mieux si vous voyez ça avec lui, il vous expliquera ça mieux que moi.
-Je suis du même avis.
Il hoche la tête, satisfait, puis s'éloigne sans un mot. Dès qu'il disparait du couloir, Sabo pousse un profond soupir de soulagement qui attire même le regard étonné d'une petite brune qui passe par là.
-Tu crois pas que t'exagères un peu ? je lui demande, étonné.
-Bien sûr que non ! s'écrie-t-il. J'ai l'impression qu'il vient de me passer un savon!
-Pourquoi tu n'as rien dit alors ?
On commence doucement à marcher pour rejoindre nos salles.
-Parce que j'avais bizarrement l'impression d'être fautif dans l'histoire, soupire-t-il à nouveau.
Je me moque gentiment de lui avant de le laisser devant la salle de cours où les filles du Glee Club sont déjà présentes.
xXx
Le libre arbitre. La notion d'égalité et les différences. La condition humaine ainsi que les gènes et l'environnement dans lequel on grandit.
Ces mots, ces bouts de phrases sont écrits sur le tableau, pêle-mêle à côté d'une pyramide assez étrange. Marco nous a salués poliment quand nous sommes entrés dans sa salle de classe et depuis, assis sur son bureau et les yeux fixés sur la cour extérieure, il ne nous porte plus aucune espèce d'attention. Les élèves de la classe sont calmes et tout comme moi, observent le tableau. Certains ont déjà ouvert une page Word sur leur ordinateur, prêts à prendre en note le cours.
-Bien.
L'attention de la classe se porte aussitôt sur le professeur qui vient de se lever et se place lentement devant le tableau. Légèrement de côté, sa position nous permet tout de même de continuer à observer les mots.
-J'aimerais évoquer avec vous un sujet que nous avons déjà traité l'année dernière mais cette fois, nous allons l'analyser plus en détail et sous un autre angle.
Il soupire et je me dis que ce n'est certainement pas bon signe. Sa réaction m'indique que le sujet du jour va être compliqué et pas forcément très facile à maitriser.
-Vous voyez cette pyramide ? reprend-il.
Il s'approche du dessin en question et le montre avec sa main. On acquiesce tous, curieux. Je me souviens vaguement du cours dont parle Marco et je me demande bien ce qu'il a à nous dire de plus sur ce sujet-là aujourd'hui.
-Nous allons le compléter. Vous n'êtes pas sans savoir que dans notre monde, notre pays possède un système de hiérarchie, un système qui permet à notre monde de fonctionner. Un volontaire pour me le décrire ?
Après une légère hésitation, je lève la main. Marco semble plus qu'apprécier mon initiative et me sourit. Je me lève et marche lentement vers le tableau. Je soupire cependant avant de prendre le marqueur qu'il me tend. Celui-ci lève d'ailleurs un sourcil à mon intention car même si je suis volontaire, je n'ai pas l'air plus motivé que ça.
Tout en haut de la pyramide, comme on me l'a si souvent rabâché et sans surprise, je note "Les Tenruybito". Plus bas, je note "la bourgeoisie" et "les aristocrates" avant de noter "les chefs d'entreprises" et "les personnes aisées". Je termine par « les autres » avant de me raviser et d'ajouter une dernière ligne tout en bas : « le reste ». Je pense notamment aux anciens habitants du Grey Terminal, ceux qu'on a traités comme quantité négligeable. Comme des restes dont on pouvait simplement se débarrasser sans remord, d'un coup de fourchette directement dans la poubelle.
Je m'éloigne de quelques pas et regarde mon professeur de philosophie. Bien entendu, il me demande d'expliquer mes choix de mots et d'ordre également. Je lui explique alors avec beaucoup de dépit et un semblant de colère que pour moi, peu importe toute la bonne volonté du monde, finalement c'est l'argent qui régit notre monde. L'argent et la soif de pouvoir. Il tique légèrement quand je lui explique que « le reste », ce sont les gens qu'on ne considère pas digne d'intérêt, ceux qu'on voit souffrir sans pour autant agir.
-Chacun de vous va réaliser une pyramide de ce type avec sa propre vision de la hiérarchie de ce monde, annonce-t-il ensuite. Vous ajouterez également un paragraphe d'une dizaine de lignes où vous expliquerez vos choix. Je viendrai regarder et vous pourrez ensuite me l'envoyer par mail avant la fin du cours.
Tout le monde s'exécute et pour ma part, je n'ai qu'à recopier celui que j'ai déjà fait au tableau.
Pendant ce court exercice, Marco passe entre les rangs et comme il l'a signalé plus tôt, il répond aux questions des élèves quand ceux-ci en ont. Quelques élèves discutent entre eux, échangeant leurs avis sur le sujet, et le professeur de philosophie les écoute de loin, plus ou moins amusé.
Un quart d'heure plus tard, Marco retourne devant le tableau et annonce aux élèves que l'exercice est terminé.
-Après avoir effectué vos pyramides qui sont supposées mettre en évidence le partage du pouvoir dans ce monde, que remarquez-vous ?
Son visage impassible, presque blasé, nous observe. Son regard passe d'un élève à un autre et le silence un peu gênant de la classe montre simplement qu'aucun de nous n'a de réponse à apporter. Je regarde une fois de plus ma pyramide et me demande ce que je suis supposé pouvoir en tirer. Je ne sais pas exactement ce qu'ont fait les autres mais je ne pense pas que ce soit tellement loin de ce que j'ai fait moi.
Je ne vois vraiment pas où Marco veut en venir.
-Lors d'un des cours que j'avais fait avec certains d'entre eux, un nombre assez important d'élèves avait répondu par la négative à la question « L'égalité est-elle utopique ? ». D'autres élèves avait argumenté lors d'un devoir que l'égalité était plus subjective qu'autre chose. Nous avons pourtant en tant que citoyen les mêmes droits donc nous devrions être égaux.
Il fait quelques pas et continue son explication. Marco a une manière de parler, de raconter, qui fait que nous sommes tous suspendus à ses lèvres.
-Malgré cela, certains facteurs entrent aussi dans l'équation : l'origine ethnique, les revenus, le milieu socio-culturel, le lieu d'habitation et j'en passe. Ces facteurs peuvent amener à des discriminations et donc, créent de l'inégalité. Mais le sujet n'est pas là, revenons plutôt à notre pyramide.
Il pose sa main sur le tableau à côté de la figure et tapote de son index la surface comme pour insister sur cette forme géométrique.
-Est-il réellement nécessaire de se poser ce genre de question quand il est évident que nous n'avons pas tous les mêmes droits? Comme beaucoup d'autres pays, nous fonctionnons dans un système hiérarchique, celui-ci plus précisément.
Son index tape un peu plus fort sur le tableau.
- Sommes-nous tous égaux ? Il semblerait que non puisque cette pyramide indique un classement des citoyens. Qu'en pensez-vous ?
Marco vient de nous poser une colle. Je suis à moitié perdu. Comme la plupart des élèves, je me vois mal répondre à ce genre de question. Après tout, je n'en sais rien! Je n'ai que 17 ans et quand je me lève le matin, je commence déjà à compter les heures qu'il me reste avant de retourner me coucher ! C'est pour dire…
-C'est difficile de parler d'égalité quand tout le monde n'est pas traité de la même façon.
Je me tourne légèrement et observe sans vraiment y croire Rob Lucci. Il est toujours très effacé et parle peu malgré ses notes extraordinaires. De la même manière, il est populaire et toutes les filles semblent être tombées sous son charme. Il a un certain charisme après tout et même si je n'y suis pas sensible, je peux tout de même le reconnaitre. Mais à vrai dire, si X-Drake ne m'avait pas dit de m'en méfier, je l'ignorerais simplement. Il est tellement effacé que c'est assez surprenant de voir qu'en fait, ce n'est pas un mec sans opinion. On l'entend si peu donner son avis, c'est à se demander comment il a fait pour être capitaine de son club de foot.
Marco lui fait un signe de tête comme pour l'inciter à développer sa pensée et il s'exécute.
-Il y a un système de hiérarchie, de gouvernance parce que le monde ne pourrait pas fonctionner sans. Avoir des contraintes, travailler dur pour obtenir plus surtout quand on n'a pas grand-chose est un leitmotiv. Comme quelque chose qui nous pousse à faire de notre mieux pour enfin avoir ce qu'on mérite de droit. Sans ce système, les plus aisés pourraient être tentés de prendre le pouvoir et de gouverner. Chacun essaierait d'étendre son rayon d'action sans se soucier de ceux qui ne peuvent que subir. Alors renoncer ou plutôt accepter ses devoirs, car il s'agit plus de ça que de privation de liberté et de renoncement à l'égalité, c'est faire avancer le système et assurer la prospérité de notre pays.
Un silence accueille ses paroles et je le dévisage, m'attendant à tout moment à ce qu'il fasse un truc stupide. Il a l'air si sûr de lui, si confiant que je me dis qu'il y croit. Le système tel qu'il est lui convient-il réellement ? Je ne peux pas y croire.
-La prospérité du pays ? C'est une bonne blague! Où est la prospérité quand les Tenruybito exercent avec cruauté leur pouvoir et quand la moitié de la population est considérée comme quantité négligeable ? Il n'y a aucune égalité ni honneur dans ce que tu dis! Pas quand seulement la moitié des gens font des efforts 365 jours par an. Réveille-toi, on n'est pas dans le monde des bisounours! Ce monde est cruel et la paix dont tu parles n'existe que si tu tournes la tête dans un sens ou dans l'autre suivant l'influence ou le bruit des bombes.
Marco hausse un sourcil perplexe. Il est vrai que ça fait longtemps que je ne suis pas monté au créneau comme ça. Habituellement, c'est avec Sabo que j'ai ce genre de débat animé et un instant, je me demande si je n'ai pas été trop loin. Après tout, Rob Lucci ne faisait que donner son avis.
Le concerné me démontre que j'ai tort de m'en faire.
-Les Dragons Célestes sont au-dessus de nous. Ce sont des personnes d'une valeur inimaginable qui ne vivent pas dans le même monde que les autres. Il est donc difficile et tout à fait illusoire de parler d'égalité. L'égalité, c'est regarder à ses côtés et savoir que la personne à droite ou à gauche aura autant de chances que nous dans la vie. Dès lors qu'on se met à lever la tête ou à jeter un coup d'œil par-dessus son épaule, cette vérité n'existe plus. Les Dragons Célestes ont détruit le principe d'égalité, si jamais il a existé un jour.
-Les Tenruybito ont un statut particulier et comme tu dis, leur existence même anéantit le principe d'égalitarisme. Ils sont considérés de rang et de condition supérieure aux autres êtres humains. Mais concentrons-nous plutôt sur le reste, nous rappelle Marco.
C'est très léger mais tout de même perceptible : l'atmosphère de la classe a changé. Personne ne semble à l'aise d'évoquer le sujet Dragons Célestes. C'est certainement pour ça que Marco a décidé de rayer cette spécificité. De toute façon, évoquer ce sujet épineux est toujours compliqué. Je dois tout de même reconnaitre à Rob Lucci qu'il a le courage de ses opinions.
-Pensez-vous bénéficier des mêmes droits que votre voisin de droite ou de gauche ? reprend-il en empruntant les mots du capitaine de foot.
Quelques hochements de têtes lui parviennent et je me demande bien où il veut en venir.
-Pensez-vous avoir les mêmes droits que les élèves d'Impel Down ?
Devant l'absence de réponse, le professeur esquisse un discret sourire avant de soupirer et de m'interroger.
-Je mentirais si je disais oui mais sur le principe, c'est quand même le cas, je tente.
-Sur le principe ?
-Les élèves de Marie-Joa sont issus de milieux aisés alors que ceux d'Impel Down viennent de milieux plus modestes. A la fin du lycée, le diplôme a beau être le même, il n'ouvrira pas les mêmes portes. De plus, les élèves d'ici peuvent au besoin s'offrir des cours de soutien ou même avoir la possibilité d'effectuer des stages dans de grandes entreprises.
Je soupire et tout en cherchant mes mots, passe une main lasse dans mes cheveux.
-Après, je suis conscient que l'argent ne fait pas tout. Certaines personnes sont discriminées à cause de la couleur de leur peau, de leur appartenance religieuse ou alors à cause de leur origine sans oublier leur orientation sexuelle… Enfin bref, dès qu'on sort du moule, on est discriminé et de ce fait, on ne nous offre pas les mêmes chances que les autres.
-Bien.
Marco se retourne et efface le tableau. Il décide de ne pas appuyer sur le fait que sans le vouloir, j'ai dit « on », me comptant ainsi parmi les personnes discriminées. Plusieurs élèves ont pris des notes alors que personnellement, ma page Word est toujours aussi vierge. J'ai déjà envoyé mon travail à Marco et ne vois pas l'intérêt pour l'instant de prendre des notes supplémentaires.
-Vous n'êtes pas sans savoir que dans ce monde, ce sont les Tenruybito qui commandent, secondés de près par les forces de l'ordre qui s'occupent de faire respecter à la lettre la suprématie des premiers.
Je fronce les sourcils, de plus en plus perdu. Je pensais que nous n'allions plus aborder ce sujet-là. Je ne suis d'ailleurs pas le seul à me poser des questions si j'en crois les légers murmures qui s'élèvent. Marco les ignore superbement et commence à écrire quelque chose sur le tableau.
Les trois grandes puissances.
Ces mots écrits en majuscules m'intriguent, si bien que je décide de prendre des notes. Je ne saurai pas vraiment l'expliquer mais j'ai l'impression qu'il y a quelque chose de différent avec les cours de Marco aujourd'hui. J'ai du mal à comprendre son raisonnement et encore moins son fils conducteur.
-Quelqu'un peut-il me dire ce que sont les trois grandes puissances et par qui elles sont représentées?
-Les Tenruybito ? hésite une élève.
-Mais encore ?
-La marine, la police et tout ça ? continue-t-elle.
Marco hoche la tête.
-Malgré leur grande puissance et leur pouvoir, les Dragons Célestes interagissent peu avec la vie des autres et le monde extérieur, vivant paisiblement à Marie-Joa, la terre sainte. Les forces militaires exécutent les ordres mis en place par la terre sainte tout en veillant à l'ordre établi dans le monde. Tu as donc raison.
Il se déplace pour aller écrire « Force militaire » au tableau. D'un signe, il nous invite à faire d'autres propositions mais nous sommes très vite à court d'idée.
-Les trois grandes puissances sont indépendantes l'une de l'autre. Les aristocrates, la bourgeoisie ou même la police ne sont donc pas des grandes puissances. Elles obéissent aux règles établies par les Dragons Célestes après tout.
-Qui d'autres alors ? je demande, de plus en plus curieux.
Marco me sourit et se met à écrire au tableau. Je fais de même presque aussitôt puis fixe avec une certaine fascination les mots inscrits.
Les Quatre Empereurs.
Les 7 Grands Corsaires.
-Qu'est-ce que c'est ?
Je demande, avide de réponse. C'est comme si toute mon attention était portée sur ces mots. Sans réellement savoir pourquoi, je sais qu'ils ont une grande importance.
-Des personnes ou organisations très puissantes. Si certaines sont tolérées par le gouvernement malgré leurs agissements, d'autres sont traquées avec de très grands moyens.
Il se tourne pour écrire quelque chose et puis finalement se fige. Pendant plusieurs secondes, il reste immobile, la main suspendue au-dessus du tableau avant de se raviser et d'effacer les trois lettres qu'il avait déjà notées.
-On va s'arrêter là. Je m'éloigne de mon domaine de compétences.
Avec nonchalance, il retourne s'asseoir derrière son bureau.
-De plus, ça ne vous regarde pas vraiment. Peut-être que vous apprendrez ça lors d'études supérieures ou si vous rentrez dans le gouvernement, réfléchit-il à voix haute. Enfin bref, je m'excuse pour cette perte de temps, ce n'était même pas de la philosophie à proprement parler. Recentrons-nous sur le thème du jour...
Marco continue de parler mais je l'écoute à peine. Qu'est-ce qu'il nous fait là ? Il change complètement de sujet mais laisse tout de même le nom des trois grandes puissances sur le tableau, visibles de tous? Il en a trop dit et ma curiosité est éveillée même si ça n'a pas l'air d'être le cas de la majorité de la classe. Je vois bien que quelques élèves sont tout de même intrigués.
Puis je croise le regard de mon professeur et je comprends qu'il sait très bien ce qu'il fait. Il y a quelque chose de caché derrière ce cours décousu.
Que sont exactement les Quatre Empereurs et les 7 Grands Corsaires… ?
xXx
Je fixe d'un œil distrait les filles qui parlent avec Dellinger. Finalement, il a été accepté dans le club : nous n'avions pas trop le choix. Et quand je vois l'entrain des filles, je me dis que j'étais peut-être le seul que l'idée dérangeait réellement. Pour finir, elles ont simplement pris la chose du bon côté, ce que je ne devrais pas tarder à faire si je veux pouvoir passer à autre chose. Maintenant qu'il est là, il va rester. Et objectivement, Dellinger est un très bon élément. L'entendre chanter pour la première fois m'avait remué et j'étais tombé sous le charme de sa voix. Avec un atout pareil, nos chances de gagner cette année augmentent indéniablement.
Il a une personnalité assez déroutante mais toutes les personnes du Glee Club sont faites comme ça alors… Je pense en toute honnêteté que ce qui ne passe pas, c'est le fait qu'il ait été en lien avec Doflamingo. Ça plus le fait que j'ai l'horrible impression qu'il a volé l'opportunité à l'ancien président du Glee Club d'entrer dans l'école de ses rêves.
-Alors ça se passait comme ça?
Shirahoshi observe le nouveau membre, stupéfaite.
-Bien sûr ! On ne devient pas les meilleurs sans une stricte discipline. J'avais beau être le chanteur vedette et le meilleur, les autres ne se gênaient pour me mettre des bâtons dans les roues et tout faire pour prendre ma place!
-Comme ça donne envie, lance Perona, sarcastique.
-Comme tu dis.
Dellinger esquisse un sourire et porte une langue de chat à sa bouche.
-C'est pour ça que j'ai décidé de changer d'école, ça devenait invivable. De toute façon, comme je suis bon, ce n'est pas un problème pour moi, je m'adapte à tout. Et puis, je me suis dit que ce serait marrant de leur rafler la coupe que je leur avais faite gagner l'année d'avant.
-Pourquoi Marie-Joa ?
C'est la première fois que je prends la parole depuis le début et ça en étonne plus d'un. Pour une raison que j'ignore, Shirahoshi me lance de grands regards affolés. Sans doute a-t-elle peur que je ne commette un impair. A vrai dire, le premier jour où notre ancien rival a débarqué, ça ne s'est pas bien passé entre lui et moi mais c'est censé être de l'histoire ancienne.
Dellinger me fixe pendant quelques secondes avant de sourire.
-Je ne sais pas. Je me suis dit que ce serait amusant de participer aux Nationales avec vous.
Mercredi 11 Octobre 2017
-J'aimerais parler de Sabo.
César cesse d'écrire et sans bouger la tête, il relève les yeux vers moi. Son regard est presque sans intérêt, il n'a même pas l'air de considérer ma requête. Après quelques secondes où ses yeux foncés m'ont à peine détaillé, il retourne à son inspection et analyse du fameux carnet.
-Je veux parler de Sabo, je répète un peu plus fort.
La réaction de mon psy est alors complètement différente. Il éclate de rire, simplement et sans aucune honte. Il rigole tellement que son carnet tombe par terre et que son genou vient cogner contre la table basse. Il s'arrête alors, la douleur étant trop forte pour bouger. Cependant, il a toujours ce stupide sourire collé aux lèvres.
-Excuse-moi, je n'avais pas compris que tu étais sérieux. Je pensais que c'était une blague.
Il prend une inspiration comme pour finir de se calmer et pendant ce temps-là, je serre les poings et m'exhorte au calme. Ce qui s'avère plus compliqué que prévu.
-Tu en as quand même de bonnes parfois !
Une autre inspiration.
-Pourquoi veux tu parler de Sabo ?
-J'en ai envie.
-Eh bien, je vais devoir te refuser ta requête, lance-t-il d'un ton badin.
-Pourquoi !?
-Je ne pense pas que ce serait productif. Travailler sur ton passé, sur les évènements troubles qui t'ont m-
-J'ai besoin d'en savoir plus!
Un silence s'ensuit. Je n'ai pas besoin de préciser ma pensée pour que César sache exactement où je veux en venir. Son sérieux retrouvé, il ramasse son carnet et tapote son stylo dessus en un rythme irrégulier qui en temps normal m'agacerait mais aujourd'hui, je n'en ai cure. J'attends simplement. Il a forcément les réponses aux questions que je me pose.
-Qu'espères-tu que je te dise sur lui ? Vous ne vous dites pas déjà tout ?
Il esquisse un sourire, fier de son effet. Je pense qu'il fait autant allusion au supposé secret que Sabo me cacherait qu'à ceux que j'ai pour lui.
-Vous savez très bien que non. Je veux simplement savoir pourquoi il a eu besoin de venir vous voir.
Devant son manque de réaction, je décide de poursuivre.
-Je pense qu'il me cache des choses et ça m'inquiète.
-Oh, vraiment ? Quel genre de choses ? me demande-t-il et je devine que le sujet commence doucement à l'intéresser.
-Je ne sais pas… Je me suis dit que ça avait peut-être un rapport avec son passé. Ou pas. C'est juste un sentiment que j'ai.
Je soupire et m'affale sans honte dans mon siège. Depuis le temps que je viens ici, je me sens suffisamment à l'aise pour me permettre un certain manque de retenue et de règles de bienséance.
-Je me suis dit que parler avec vous m'aiderait à y voir plus clair. Je sais que les ombres du passé de Sabo sont encore là. Qu'il le veuille ou non, ça l'a toujours guidé. S'il est comme il est, c'est parce qu'il a vécu ces choses-là plus jeune. S'il veut être aussi fort, c'est pour ne plus jamais avoir à plier, à être blessé. Du moins, je suppose...
-C'est étrange que tu me demandes ça maintenant. S'est-il passé quelque chose dernièrement ? m'interroge-t-il.
-Peut-être.
Le regard du Dr César se fait plus intéressé encore.
-En vérité, ce n'est pas grand-chose. Pas réellement en tout cas.
-Dis-moi tout, tu sais comme j'aime juger de la pertinence des choses par moi-même.
Je soupire. Après tout, c'est moi qui ai lancé le sujet.
-Sabo ne veut pas me faire l'amour et franchement, je m'en ficherais bien si je n'avais pas l'impression qu'il se sent si mal à cause de ça.
-Pourquoi ne pas simplement passer à autre chose si tu t'en fiches ? me demande-t-il avec ce que je suppose être un air vicieux.
-C'est ce que je voulais faire au début ! Mais c'est comme dans les films d'horreur quand on dit aux personnages de ne pas se retourner et qu'ils se retournent quand même! J'aurais pu passer à autre chose mais j'ai vu son regard, ses yeux, et maintenant je m'interroge. Et plus il me le refuse, plus j'en ai envie! Sabo est quelqu'un de foncièrement honnête et c'est pour ça que je pense qu'il me cache quelque chose. Il fuit la conversation et je n'ai pas le cœur à le confronter. Il se fait du mal et à cause de ça, je me mets à imaginer les pires choses...
Le Dr César semble méditer mes paroles. Il se lève et fait quelques pas. Intrigué, je le regarde faire en silence. Il s'arrête devant la fenêtre dont il ouvre les rideaux. Je suis des yeux ses mouvements comme si je m'attendais à tout moment à ce qu'il fasse quelque chose d'extraordinaire.
-Quand j'ai rencontré Sabo pour la première fois, je me suis dit qu'il ne s'en sortirait pas.
César me tourne toujours le dos, les yeux fixés dans le vague. Il a l'air de se rappeler de vieux souvenirs, pas toujours agréables. Sa voix est basse et n'a pas d'intonation particulière. C'est la première fois que je le vois ainsi, neutre et l'air lointain. C'est à l'opposé de son attitude habituellement si horripilante et énergique mais puisqu'il fait l'effort d'accéder à ma requête, je décide de l'écouter très scrupuleusement.
-C'était peu de temps après le drame qui a frappé sa famille.
-Le décès de sa petite sœur ou la tentative d'assassinat de sa mère sur sa personne ? je lui demande, autant pour savoir que pour lui signifier que je suis au courant.
Le docteur César se tourne et m'observe, les sourcils froncés. Je ne sais pas exactement à quoi il peut bien penser et je n'ai d'ailleurs pas le temps de m'interroger plus qu'il se détourne à nouveau. Le silence se prolonge et j'en viens à me demander s'il va me répondre. La peur, sournoise et traitre, s'insinue lentement en moi et je me fais la réflexion que Sabo ne m'a peut-être pas tout dit à ce sujet. Que c'est peut-être pire encore.
-La mort d'Amy, sa petite sœur, précise-t-il enfin.
Je ne sais pas si je suis rassuré ou non. Je me contente d'acquiescer même s'il ne peut pas me voir, sans briser le silence, bien décidé à savoir la suite.
-Cet évènement l'a traumatisé. En plus de la douleur de la perte d'un être cher, il y avait le fort sentiment de culpabilité et de haine qui s'y ajoutaient. Son regard était constamment vide et j'ignore même aujourd'hui s'il m'a écouté une seule fois.
Ce que me dit mon psy me touche. Je n'ai jamais vraiment demandé à Sabo comment il s'était senti après ce qui lui était arrivé. J'avais bien compris qu'il avait souffert et manqué de soutien. Il a dû tant bien que mal traverser cette épreuve seul… Mais il était jeune et ce genre d'évènement peut avoir des impacts désastreux sur un enfant. A présent, je m'en veux de ne pas avoir cherché à en savoir plus, à être cette oreille attentive dont il a besoin et ce soutien infaillible qu'il attend. J'ai simplement pensé qu'il souhaitait tourner la page et ne plus ressasser ces mauvais souvenirs sans jamais en avoir la certitude.
-Il était comme une éponge ou une passoire, je ne saurais dire tellement ça dépendait des jours, reprend-il, me sortant par la même occasion de mes pensées. Il absorbait tout ce que je disais et souriait pour faire bonne figure avant de s'en débarrasser aussitôt la porte passée. Les séances se sont arrêtées vite. Beaucoup trop vite.
Je n'ai pas besoin de demander, j'imagine très bien que ses parents en sont responsables. Tout ceci m'énerve tellement que je ne peux pas me réjouir du fait que Sabo ait tout de même eu la chance de se faire aider après ce drame.
-Malgré ce cours laps de temps et parce que je suis le meilleur, j'ai pu l'analyser.
Il se tourne vers moi et lentement, revient prendre place sur son fauteuil.
-Sabo se perd dans ses mensonges, si bien qu'il finit lui-même par y croire. Il fait ce qu'on attend de lui, ce qui doit être fait, tout en ayant la certitude que c'est la chose à faire. Que c'est bien, que c'est comme ça. Il retient trop ses émotions et se refuse à craquer justement pour ne pas se montrer f-
-Faible.
César esquisse un léger sourire et je baisse la tête. Mes yeux fixent pendant quelques secondes mes mains. Elles tremblent. Je ne sais pas comment César a pu voir tout ça chez Sabo en si peu de temps. A bien y réfléchir, certains points qu'il a évoqués correspondent au comportement qu'adopte parfois Sabo. Je relève les yeux et remarque que mon psy se mord la lèvre inférieure.
-D'après moi, il ne s'est toujours pas pardonné ce qui est arrivé à cette enfant à naître. Il se sent toujours autant responsable aujourd'hui qu'il y a des années. C'est pour ça qu'il s'emploie avec tant de hargne à faire le bien. Il veut expier ses pêchés. Il absorbe trop de douleur, trop de choses néfastes.
-De quoi… Qu'es-
-Le truc de l'éponge à moitié passoire, soupire-t-il sans me donner plus d'explication. Sabo est ce genre de garçon. Il veut aider parce que c'est mal de laisser les gens dans le besoin, souffrir, etc… Alors il fait de son mieux pour devenir une meilleure personne mais il ne s'y prend pas de la bonne façon. Personne ne peut supporter une telle charge émotionnelle, surtout quand l'esprit et le cœur sont si fragiles.
Toujours aussi perdu et l'esprit hagard, je fixe sans le voir mon psy. Tout ce qu'il me dit sur Sabo est complètement…irréel ! J'ai l'impression qu'il me parle d'une autre personne, d'un étranger. J'aimerais que ce soit le cas mais dans ses propos, je reconnais Sabo, le garçon que j'aime et qui veut si souvent bien faire. Etre une bonne personne.
-Il retient ses émotions mais il y a bien un jour où il va finir par craquer.
Le docteur César me regarde et je ne sais pas quoi dire. Je me sens mal. Je pense aux cicatrices de Sabo, à celles qu'il a du subir et à celles qu'il a décidé lui-même de s'infliger. César soupire et continue de me parler. Il me semble que d'une pirouette, il évoque mes problèmes sexuels avec Sabo mais franchement, je n'en ai plus rien à faire.
Je me sens inutile et ça me fatigue. Mais le pire, c'est vraiment la douleur, celle que je ressens devant mon impuissance et dont je ne peux malheureusement me défaire.
« L'expérience est cette chose merveilleuse qui vous permet de reconnaître une erreur lorsque vous la faites à nouveau. »
Franklin P. Jones
Sabo
Jeudi 12 Octobre 2017
Ohara.
C'est la chose à laquelle je pense alors que je regarde ma professeure, Mlle Nico Robin, corriger les exercices du précédent devoir tout en expliquant les réponses. Les semaines ont passé mais j'ai toujours en tête cette discussion que nous avons eue dans l'ancienne ville du savoir alors encore en pleine reconstruction.
Toutes les révélations qu'elle m'a faites, je sais qu'elles sont le fruit d'une certaine confiance qu'elle a en moi. Peu importe qu'elle n'ait rien fait de mal, Nico Robin pourrait tout simplement se faire exécuter parce qu'elle est native d'Ohara. Il est supposé n'y avoir eu aucun survivant à l'attaque du Buster Call. Le gouvernement mondial avait mis les moyens pour se débarrasser de manière définitive de ce qu'il considérait comme une menace. Juste parce que ces chercheurs faisaient leur travail, ils sont morts.
J'ai beau avoir cherché des informations sur le siècle manquant, je ne n'ai rien trouvé de bien utile. Je sais également que je ne peux pas trop compter sur internet, certains sites étant gérés par le gouvernement mondial et pouvant au besoin divulguer des informations erronées. Le seul élément fiable que j'ai lu était que le siècle manquant correspondait à une période de 100 ans dont on ignorerait tout. C'est exactement le même mot qu'avait employé Nico Robin lors des inter-lycées. Comme c'est rageant de faire une multitude de recherches pour finalement tomber sur quelque chose que l'on sait déjà! J'ai bien tenté ma chance auprès de l'Armée Révolutionnaire mais malheureusement, ils n'ont pas voulu m'aider à ce sujet-là.
Cette histoire m'a énormément travaillé. Si avant j'avais des doutes quant à certains agissements du gouvernement mondial, avec ce qu'il s'est passé à Ohara et l'utilisation du Buster Call, ma méfiance a grandi. Je me pose davantage de questions et je suis déterminé à obtenir des réponses. J'ai beau ne pas savoir moi-même ce que je cherche exactement, je reste avide de vérité.
L'histoire de l'ancienne ville du savoir m'intéresse ainsi que celle du siècle manquant mais je me doute malheureusement que je ne vais pas pouvoir élucider ce mystère maintenant. C'est un long travail fastidieux, surtout quand le gouvernement vous met des bâtons dans les roues. Des chercheurs arriveraient sans doute plus facilement que moi à répondre à ces questions. A vrai dire, il y a autre chose qui attise encore plus mon intérêt et ma curiosité, et qui est sans aucun doute plus dans mes cordes.
Mlle Nico Robin.
Je l'ai toujours trouvé particulière et assez énigmatique. J'aimerais en apprendre plus sur elle, savoir ce qui se cache derrière ses sourires. Était-elle présente sur Ohara le jour de sa destruction ? A-t-elle pu déserter avant, alerter d'une manière ou d'une autre sur le destin funeste des habitants de la ville ? Comment a-t-elle survécu ? Cherche-t-elle toujours la vérité sur le siècle manquant ? Que faisait-elle ce jour-là auprès de l'Arbre de la Cognition ?
Pourquoi m'a-t-elle raconté ça ?
Qu'a-t-elle vu en moi qui lui ai fait penser que peut-être, je méritais de le savoir?
Son regard croise le mien et, mal à l'aise, je détourne aussitôt les yeux. Je suis sûr qu'elle a compris que je ne suivais pas le cours mais elle ne me fait aucune remarque. J'aimerais réellement en apprendre plus sur elle, quelque chose me dit qu'elle est spéciale et que je dois savoir la vérité. J'ai l'impression de passer à côté de l'essentiel. Je sais que la seule personne à pouvoir me répondre honnêtement est justement la principale concernée mais j'ai déjà essuyé quelques refus de sa part. Insister serait futile et indélicat.
Il ne fait aucun doute que cette tragédie peine encore le cœur de Nico Robin et ouvrir une blessure qui n'a même pas encore cicatrisé serait vraiment faire preuve de sadisme et de méchanceté.
Je suis perdu…
Samedi 14 Octobre 2017
-Je pense qu'aujourd'hui est venue l'heure de ta défaite ! lance Shanks, assez sûr de lui.
-Ce n'est pas encore le moment pour toi de me battre, vieil homme, le rabroue Cavendish.
La remarque fait d'ailleurs bien rire tout le monde et surtout Shanks, qui décidément ne se vexe pas facilement.
-Non, c'est moi qui vais gagner ! fanfaronne Luffy en effectuant un magnifique virage.
Je les observe, le sourire aux lèvres, et alors qu'ils se disputent, je fonce pour finalement atteindre la ligne d'arrivée le premier sous leurs yeux ahuris. J'évite de me pavaner et pousse seulement un long soupir supposé leur faire croire que cette entreprise s'est avérée extrêmement compliquée. Ce qui est faux bien sûr. Luffy, qui on ne sait comment a terminé troisième, demande déjà à rejouer une partie.
-Eh bien, on dit que les derniers sont les premiers ou un truc comme ça, lâche Shanks, fataliste.
-Je n'étais pas dernier. A vrai dire, j'étais premier tout au long de la course.
-Vraiment ? s'étonne-t-il. C'était donc toi la voiture rouge au loin?
-Exactement.
Cavendish, vexé d'avoir perdu, lâche brutalement sa manette. C'est un mauvais perdant mais il devrait relativiser : pour une première fois, c'était plutôt bien ! Luffy continue à nous harceler pour rejouer une partie et, déterminé à en découdre, je la lui accorde. Pour cette seconde partie, Cavendish préfère s'abstenir et Shanks explique simplement que c'est parce qu'il a peur de perdre. Il n'en faut pas plus au blond pour prendre la mouche et reprendre sa manette. La deuxième partie se lance aussitôt dans un silence presque religieux. Seul Ace ne participe pas. Il est assis sur un tabouret près du comptoir de la cuisine et nous regarde.
A la surprise générale, il n'a pas souhaité jouer. Il a un examen bientôt et n'a pas vraiment le temps de s'amuser. Aujourd'hui, il est venu parce que Luffy le lui a demandé. Ace est un cas désespéré : s'il avait travaillé son devoir bien en amont, il aurait pu jouer avec nous au lieu de se morfondre sur ses cours en essayant d'ignorer nos cris de joie!
Mais bon, il est en terminale maintenant et ce n'est pas plus mal qu'il se montre sérieux !
-Tu vois, j'ai gagné ! énonce Cavendish avec fierté.
-Encore ! s'enthousiasme Luffy.
-C'est bon, Luffy, on va pas y jouer encore 500 fois. Pourquoi ne pas essayer les autres jeux ?
Luffy cède assez facilement. Je les laisse donc continuer à explorer les jeux et viens prendre place à côté de mon petit-ami. Il ne me regarde pas et continue de fixer l'écran de son ordinateur. Ne voulant pas trop le déranger, je me contente de rester là et de l'observer. Je me penche ensuite légèrement vers lui et fixe son écran alors que ma main se pose sur sa cuisse gauche.
-"Les trois grandes puissances", je lis.
Ace me jette un coup d'œil avant d'acquiescer mollement. Il ferme ensuite la page et revient sur son cours classique de science.
-Qu'est-ce que c'est ?
-Un truc que j'ai vu en philo, répond-il.
-D'accord. Est-ce que tu as besoin d'aide ?
-Non merci.
-OK.
Me sentant soudainement de trop, je m'éloigne un peu avant de me dire que je ferais mieux de retourner sur le canapé avec les autres. Ace est bizarre et je ne sais pas si c'est parce qu'il a passé une mauvaise journée ou si c'est simplement ses cours qui l'agacent. Mais une partie de moi, beaucoup plus lucide, se dit que c'est tout bonnement moi le problème. Nous n'avons pas encore parlé de ce qu'il s'est passé la dernière fois et je ne lui ai toujours pas avoué que j'avais surpris sa conversation avec Law. Je ne sais pas comment aborder le sujet, surtout qu'au final, peu importe. Je ne serai toujours pas capable de lui donner ce qu'il veut. Cette situation est un crève-cœur : elle a beau ne pas me satisfaire, je ne trouve pas le courage de la changer non plus.
Je n'aime pas me brouiller avec Ace, ça me fait toujours mal. Mais au moins, quand on se dispute, on se dit les choses et généralement, on arrive à avancer plus ou moins vite. Aujourd'hui, c'est différent. C'est un malaise ambiant qui est malheureusement bien installé.
Quelque peu refroidi, je me lève mais il attrape ma main.
-Qu'est-ce qu'il y a ? je lui demande en me rasseyant.
Il ne me répond pas et doucement, caresse ma main. Je l'observe faire, de plus en plus intrigué. Son pouce finit ensuite par s'insinuer sous mon bracelet et touche les fines cicatrices qui recouvrent mon poignet. Malgré moi, je me tends, autant surpris par son geste que parce que je trouve ça inconfortable.
-Arrête, Ace. Je n'aime pas quand tu les touches.
-Désolé.
Il lâche ma main qui vient reposer mollement entre mes jambes.
-Est-ce que ça va ? Tu es bizarre, je précise devant le regard interrogateur d'Ace.
-Je suis juste fatigué et énervé de devoir réviser...
Il soupire, fataliste.
-Je veux bien que tu m'aides finalement.
Je fronce les sourcils, de plus en plus perdu. Au loin, les cris des autres joueurs ne m'aident pas à me concentrer et je me demande comment Ace fait depuis tout à l'heure pour ne pas s'énerver face à tant de bruit. Je soupire et me rapproche une nouvelle fois de lui. Je le prends dans mes bras et dépose un baiser sur sa joue.
-S'il y a un problème, tu peux me parler, tu sais ?
-Je me demande, murmure-t-il sans me regarder.
-Pardon ?
Je desserre mon étreinte sans pour autant le lâcher complètement.
-Je me demande si on peut réellement tout se dire.
Il se tourne légèrement vers moi et son regard me fait vaciller.
-Pourquoi… Est-ce que tu dis ça ?
Des bribes de la conversation que j'ai interceptée entre Law et lui se rappellent à moi et je me sens soudainement très mal.
-Parce que je suis lucide, je crois. Même en faisant de notre mieux, on ne pourra jamais être complètement sincère l'un envers l'autre. Mais j'aimerais qu'au moins, toi et moi on ne se mente pas sur l'essentiel.
J'acquiesce, le cœur douloureux.
Dimanche 15 Octobre 2017
Je ne sais pas si je dois me sentir mal à l'aise du regard que Koala pose sur moi ou juste agir normalement et le prendre comme il est : un simple regard. Koala et moi sommes au bar l'Arnaque et tandis que je bois tranquillement mon mojito - sans alcool - Koala me dévisage avec malice en faisant tourner distraitement la cuillère de son chocolat chaud, terminant ainsi de faire fondre les derniers morceaux de chantilly.
-Tu es un grand romantique en fait.
Elle me sourit et je ne peux que soupirer pitoyablement. Elle me donne une petite tape sur l'épaule comme pour me signifier que ce n'est pas bien grave mais je perçois tout de même la moquerie, légère, derrière le geste. Mais je ne m'en formalise pas et goûte avec bonheur à sa boutade.
Après tout ce qu'il s'est passé cette semaine, j'ai ressenti le besoin de m'aérer l'esprit, de profiter d'un moment de complicité avec ma meilleure amie. Ça faisait longtemps que nous n'avions pas partagé ce genre de moment et nous en sommes tous deux très satisfaits. Pouvoir parler de tout avec mon amie est presque une nécessité : on a toujours partagé énormément de choses et je suis heureux de voir que ce n'est pas prêt de s'arrêter. Que je m'épanche sur ma relation avec Ace n'a plus tout à fait l'air de la gêner. Notre premier match à l'extérieur arrive à grand pas mais malheureusement, je suis juste incapable d'être centré dessus. Je ne sais pas… Hier, Ace a remué quelque chose en moi.
-Peut-être, je lâche finalement.
-Tu n'as pas à t'en faire pour ça ni à chercher à lui montrer à tout prix que tu l'aimes.
J'acquiesce mollement, peu sûr de ses mots.
Je joue distraitement avec ma paille sans regarder Koala, le regard attiré par les feuilles de menthe qui flottent et tourbillonnent gracieusement dans mon verre. Le mojito. Je ne bois pratiquement que ça quand je viens dans un bar parce qu'Ace me l'a conseillé. Je le commande presque inconsciemment maintenant mais je me demande si j'aime réellement ça en fait. J'arrête de tourner ma paille et observe pendant quelques secondes encore le mouvement du liquide avant de relever les yeux vers mon amie.
-Tu sais, je reprends. J'avais depuis longtemps compris que même si je ne le désirais pas, je serais obligé certaines fois de mentir à Ace. De ne pas tout lui dire. Je passe une main fébrile dans mes mèches blondes qui obscurcissent ma vision.
-Parce qu'il y a des choses encore trop douloureuses à dire. D'autres qu'il n'est pas en mesure d'entendre et d'autres encore qu'il ne doit jamais entendre. Il y a aussi ces vérités qu'égoïstement, je veux garder pour moi. Ce jardin secret que chacun cultive pour une raison ou une autre...
-Comme ce que je t'ai confié sur…
Elle ne termine pas sa phrase mais j'acquiesce pour éviter qu'elle ait à aller plus loin.
-J'aimerais moi aussi un jour avoir le courage de lui parler.
-De tout ?
J'esquisse un sourire amer alors que Koala enfourne une cuillérée de chantilly dans sa bouche. Elle me connait bien et devine sans mal ce que je tais.
-Non. Et c'est bien ça le problème. Il y a des choses que je n'ai pas envie de partager avec lui...
Je pense à l'Armée Révolutionnaire et à tout ce que ça implique. La cause des révolutionnaires, de ces rebelles trouve un écho en moi. Malgré nos courts échanges, je me sens tellement bien avec eux. Ils me comprennent et je les comprends. Je les respecte et aspire moi aussi à venir en aide à toutes ces personnes laissées pour compte, celles qui n'ont pas d'autres choix que de souffrir en silence. Faire éclater la vérité sur les Tenruyobito pour que des personnes comme Koala n'aient pas à avoir honte de leur passé alors qu'elles ne sont ni plus ni moins que des victimes.
Il est temps que la honte change de camp.
Et même si je pense qu'Ace peut comprendre ça, j'ai cette impression que ce combat n'est pas le sien. C'est le mien. A chaque fois que je doute, je me répète que je le prive de la vérité pour le protéger mais j'ai de plus en plus de mal à y croire.
Il y a des vérités en revanche auxquelles Ace à droit mais celles-là non plus, je ne pense pas être prêt à les lui dire. Trop tôt, trop douloureux ou trop dangereux.
J'ai déjà commencé à me confier à Ace au sujet de mon enfance trouble qui a été faite de souffrance et de solitude. Je ne lui ai pas tout dit et je m'interroge sur la nécessité de le faire. Tout ça est arrivé il y a si longtemps et j'aimerais tant pouvoir enfin tourner la page...
Il y a aussi ce baiser que Doflamingo m'a imposé et qui m'a tellement répugné que je n'ai pas pu le regarder dans les yeux après. La honte et la colère face à ce qu'il s'est passé est encore bien présente en moi. Je ne sais pas comment réagirait Ace s'il l'apprenait. J'ai certainement manqué ma chance maintenant et il m'en voudrait certainement d'avoir attendu plusieurs mois avant de lui dire. Il se mettrait en colère face à mon silence, à mon mensonge.
-Ne t'en fais pas pour ça, Sabo. Il n'y a pas de mal. Ce que tu ressens ne fait pas de toi une mauvaise personne. Tu n'as pas à t'en vouloir.
-Sûrement mais il semblait si anéanti quand il m'a dit ça...
-Bien évidement !
Elle adopte une petite mine boudeuse qui me fait doucement sourire.
-Il sait que tu lui caches des choses et même s'il veut à tout prix savoir, il ne te demandera rien, se faisant alors du mouron pour toi en imaginant peut-être le pire. Mais il ne fera rien, insiste-t-elle. Pas avant que tu ne décides seul de lui faire part de ces non-dits. Parce que vouloir garder des choses pour toi, c'est ton droit le plus strict.
Je lui souris, rassuré pas ces mots et amusé par la petite tâche de chocolat qu'elle a sur le bout du nez. D'humeur taquine, je décide de ne rien lui dire.
-Tu as vraiment un caractère enflammé et tes mots me font du bien parce qu'ils touchent directement mon cœur.
Elle rougit et je me retiens d'ajouter qu'elle a l'air mignonne. C'est X-Drake qui en a de la chance.
Elle hausse les épaules, l'air de dire qu'elle n'en savait rien. Elle replonge ensuite dans la dégustation de son chocolat chaud qui est à présent presque fini et je fais de même avec mon mojito.
-Il m'a appelé hier.
-X-Drake ? je demande, surpris par sa soudaine prise de parole.
Elle acquiesce.
-C'est la première fois qu'il m'appelait depuis le début du mois, soupire-t-elle.
-Il doit être occupé et ne doit pas avoir beaucoup de permission d'appel, dis-je, soudain mal à l'aise et ne sachant surtout pas si ce que je dis est vrai ou non.
-Il ne veut pas que je l'appelle. C'est toujours lui qui le fait et à chaque fois, j'ai peur de manquer ses appels. Qui sait quand je pourrais l'avoir la prochaine fois...
-Ça te rend triste ? je murmure en lui enlevant la trace de chocolat.
-Un peu.
Elle sourit pour faire bonne figure mais je la connais.
-Il préfère m'appeler pour ne pas avoir à attendre mes appels mais pour finir, c'est moi qui me retrouve à attendre.
Elle soupire et baisse les yeux.
-C'est dur les relations à distance... En plus, X-Drake est vraiment un imbécile ! lance-t-elle comme pour se décharger de tous ses mauvais sentiments. Au moins toi, tu étais attentionné et tu avais tout le temps des mots doux pour moi! Le petit-ami dont tout le monde rêve!
Je rougis légèrement et même si je sais que Koala dit cela pour rire, je me sens désolé pour X-Drake qui fait certainement de son mieux.
-Peut-être. Mais lui, il t'aime comme moi je n'ai jamais réussi à le faire.
Elle fait semblant de m'ignorer mais la légère rougeur sur ses joues m'indique son embarras. Et puis au fond, je sais qu'elle n'est pas du tout en colère contre X-Drake. Il lui manque, c'est tout…
xXx
J'ai beau ne pas l'avoir vu depuis des mois, même de loin j'arrive encore parfaitement à le reconnaitre. Ce n'est pas vraiment compliqué, il faut dire qu'avec son grand manteau rose, Don Quichotte Doflamingo ne passe pas inaperçu. De dos, je ne peux pas voir grand-chose de lui à part qu'il a l'air mécontent et qu'il essaie malgré son énervement de rester discret dans sa conversation. Il est presque 21h et j'ai quitté Koala il y a seulement une heure. J'ai trainé un peu, ressassant malgré moi de sombres pensées avant de me décider à rentrer. Je ne pensais pas tomber sur cet homme que je déteste tant en prenant un raccourci pour rejoindre la bouche de métro dans le sud de la ville. Par prudence, je n'ai pas souhaité m'approcher plus mais par curiosité, je n'ai pas pu faire marche arrière non plus.
Alors je suis là, à l'observer sans savoir quoi faire. Son interlocuteur, aussi grand que lui, est malheureusement caché par les ténèbres de la nuit.
Je pensais Doflamingo définitivement parti de Dawn. Pourquoi est-il donc là ? Quelque chose me dit que cette rencontre n'indique rien de bon. J'ai vraiment un mauvais pressentiment à ce propos. Je pose la tête contre le mur froid de l'immeuble derrière moi et soupire. Les paroles de Doflamingo tournent soudainement dans ma tête et je me crispe quand je me rappelle sa présence, son intérêt pour moi et ce baiser qui aujourd'hui encore à un goût amer dans ma bouche. Il n'arrêtait pas de dire que je pourrais certainement faire de grandes choses, que je pouvais m'élever au-dessus des autres. J'ai toujours pris ces paroles pour celles d'un illuminé et d'un fou sans chercher à comprendre ce qu'il voulait entendre par-là. A l'époque, même Anonyme avait été incapable de m'aiguiller sur ce sujet.
L'esprit encore torturé, je me penche discrètement pour voir où en sont les deux hommes et soupire de déception mais aussi de soulagement quand je les vois partir. Finalement, je n'aurais rien pu faire. Ni me rapprocher, ni entendre leur discussion et encore moins identifier ce fameux interlocuteur…
Ne souhaitant pas m'attarder plus que nécessaire, je m'éloigne de l'immeuble et empreinte la ruelle pour à mon tour sortir et aller tranquillement prendre mon métro. Au moment où je sors de l'endroit lugubre cependant, j'entends un bruit à quelques mètres de moi et quand je jette un coup d'œil sur le côté, pensant voir un chat qui fouinerait dans les poubelles à la recherche de nourriture, je tombe sur le sourire de Doflamingo.
Mon sang se glace et malgré moi, je recule. Je ne le quitte pas des yeux tandis qu'il continue lentement de s'approcher de moi. Je me retrouve sans savoir pourquoi presque pétrifié. Mes poings se serrent alors que tout mon corps se tend, comme prêt à se défendre. Sa présence presque écrasante me met mal à l'aise et je redoute le pire alors que je me retrouve finalement acculé contre un mur.
-Tiens, tiens… On dirait que j'ai trouvé un petit chaton égaré.
Son sourire s'agrandit et, les mains dans les poches, il s'arrête à environ deux mètres de moi. Intérieurement, je soupire de soulagement. Il m'observe et je fais de même. Je pensais que tout comme l'autre homme, il était parti, mais il s'avère que je me suis trompé. De toute évidence, il m'a repéré. Que peut-il bien me vouloir ?
-Je n'ai rien entendu ni vu non plus, je précise, sachant très bien que chercher à mentir serait inutile.
-Alors que faisais-tu caché ?
-Je ne me cachais pas.
Je fronce les sourcils, en colère.
-J'attendais simplement que vous ayez terminé. C'est un raccourci ici, je n'allais pas rebrousser chemin pour vous et je n'avais pas non plus envie de vous croiser!
-Tu vas me dire que tu n'étais pas intrigué par ce qui se disait ?
Il rigole, de ce rire si particulier qui me hérisse les poils.
-Hé bien, ça avait l'air animé et savoir de quoi vous parliez ne m'aurait pas embêté. Mais je n'ai rien entendu, je répète en prenant soin de bien appuyer sur mes mots.
-Hum.
Il sourit et je fronce les sourcils. Je présume qu'il me croit car il est impossible qu'à la distance où je me tenais, j'ai pu entendre quoi que ce soit. Rassuré, il devrait donc me laisser partir. Mais il n'en fait rien.
-Ce que je mijote t'intrigue.
Je ne réponds rien et me contente de rester sur mes gardes.
-Que sais-tu de moi, Sabo ?
-Pas grand-chose à part que vous êtes un ancien Dragon Céleste, que vous êtes dangereux et certainement dérangé, et que je n'ai pas envie de vous voir plus longtemps. Pourquoi n'êtes-vous pas à Dresrossa ? je lui demande tout de même, curieux.
-Je croyais que tu ne voulais pas me voir plus longtemps ? Pourtant, tu ne pars pas et tu t'octroies même le droit de me poser une question.
Je grimace, conscient qu'il a raison. Je reconnais que mon attitude est vraiment étrange mais je ne peux pas partir sans essayer d'en savoir plus sur ce que prépare mon ancien professeur. J'ai l'impression que si je ne le fais pas, je pourrais le regretter plus tard. Mais ne souhaitant pas lui répondre et encore moins lui donner raison, je me contente de hausser les épaules. Nous restons alors dans un silence ponctué seulement par les bruits de l'extérieur et le vent glacial de la nuit. Soudain, le visage de Doflamingo se durcit, son sourire n'étant plus qu'un lointain souvenir. Il avance de deux pas et, les mains toujours dans les poches, m'étudie.
-Et si je te disais que je cherchais à complètement changer le monde?
Je ne dis rien. L'écouter, l'observer est encore la meilleure chose à faire. Je sens, sans toutefois pouvoir expliquer pourquoi, qu'il faut que je fasse attention au Doflamingo qui me fait face.
-Renverser la hiérarchie, changer les choses et diriger le nouveau pouvoir, en être l'épicentre. Je trierai les bons, ceux que je jugerai dignes de vivre et ceux qui n'auront pas le droit de respirer le même air que nous. Ces humains de bas étage.
Je reconnais dans ces paroles l'éducation et la méprise qu'ont les Tenruybito pour les humains, ces personnes lambda qui s'élèvent au rang de saint.
-Vous n'êtes plus un Dragon Céleste, j'assène alors, la voix tranchante.
C'était une erreur. En une seconde à peine, sa main droite se referme sur mon cou et le serre. La colère déforme son visage et il transpire de tout son être. Mes mains s'agrippent presque désespérément à lui pour lui faire lâcher prise.
-Ce n'était pas mon choix ! s'écrie-t-il si fort que je pense qu'il a perdu la raison.
Il lui faut une minute pour se calmer. Sa main est toujours sur mon cou mais au moins, je peux respirer convenablement à présent. Je voudrais dire quelque chose, lui demander de me lâcher et lui faire entendre raison mais Doflamingo me coupe et me livre sa terrible vérité.
Il commence par le début et malgré moi, je l'écoute presque religieusement, fasciné. Descendant de la Famille Don Quichotte, il fait partie des 20 lignées royales à l'origine de la création du Gouvernement Mondial. Sa famille a laissé son pays, Dressrosa, sans roi pour aller siéger à Marie-Joie en compagnie des 19 autres familles royales. Il semble calme mais je vois à la veine qui se forme dans son cou et à ce sentiment étrange que je perçois dans son timbre de voix qu'il est loin d'être apaisé.
Son enfance a été très tumultueuse. Dès son plus jeune âge, son père, Don Quichotte Homing, a renoncé à ses privilèges de Tenryubito pour devenir humain. Simple humain, n'étant alors plus autorisé à respirer le même air que ses condisciples et étant regardé de haut, jugé misérable par ses anciens compagnons. Du fait de son nouveau statut, Homing et sa famille se sont fait pourchasser par les familles d'anciens esclaves.
Doflamingo se tait un moment mais sa dernière révélation me donne des sueurs froides. Esclave. Il prononce ce mot avec mépris, sans en avoir honte, sans même chercher à cacher la barbarie dont font preuve les Tenuybito à leur égard. Je pense alors à Koala et à la souffrance qu'elle a ressentie en me livrant à demi-mot son secret. Comment ces personnes peuvent-ils penser que la vie des autres, qu'il juge répugnantes et insignifiantes, leur appartient et qu'ils ont tous les droits dessus ? Ne voient-ils pas que ces personnes ressentent des émotions et souffrent de leurs cruels agissements?
La colère que l'ancien Tenruybito voit dans mes yeux semble lui plaire car il reprend la parole et continue à me parler de lui.
A cause de l'acte de son père, Doflamingo et sa famille ont dû quitter Marie-Joie. Ils se sont exilés dans une ville inconnue. La voix sombre de l'homme m'annonce que cet exil a été le commencement d'une vie infernale pour lui et sa famille. Les anciennes familles d'esclaves de la Famille Don Quichotte les ont traqué et malheureusement, sa mère s'est faite tuer par l'un deux. C'est à cause de cet exil qu'il a connu pour la première fois la faim et la douleur physique et morale. Les coups et la traque qu'il a subis chaque jour les a affaiblis. Plus le temps a passé et plus Doflamingo en a voulu à ce père qui, par égoïsme selon lui, leur avait imposé ce choix qu'il ne désirait pas. Il a souffert et à la souffrance s'est ajoutée la colère, la haine grandissante contre son père. Je sursaute presque quand il m'avoue l'avoir abattu d'une balle dans la tête mais ce n'est rien à côté de ce qu'il me livre ensuite.
J'ai envie de vomir. Quel petit garçon décapite la tête de son père pour s'en servir comme entrée pour la terre sainte, Marie-Joa ?
Je ne peux m'empêcher de trembler, terrifié.
-Mes plans n'ont malheureusement pas marché et j'ai dû me résoudre à retourner à Dressrosa, la terre de mes ancêtres pour reprendre mon dû.
-Vous êtes…, je ne termine pas ma phrase, ne sachant quoi dire tant je suis chamboulé.
Il m'ignore.
-Je vais changer ce monde et reprendre la place qui me revient de droit et si pour ça je dois détruire les Tenruybito, je le ferais. Je vais renverser Marie-Joa et semer le sang et la terreur dans ce monde.
Mes yeux s'écarquillent d'effroi et je fixe cet homme perdu dans sa vengeance qui n'écoute plus rien d'autre que sa haine.
Et voilà le retour aux sources est assez perturbant, j'ai déjà envie de retourner au Japon… Je me suis pas encore remis à l'écriture mais ça va venir - bientôt j'espère - je suis encore dans ma phase un peu de paresse. En attendant je vous livre le chapitre 5 en espérant qu'ils vous plaisent. C'est la rentrée bientôt du coup je vous souhaite avec un peu d'avance une bonne reprise et bon courage à ceux qui en ont besoin.
Prochain chapitre le mercredi 12 Septembre.
