Bonjour,
Titre : Once Upon A Time - tome 2...
Auteur : Typone Lady
Disclaimer : L'univers de One Piece ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas : ils sont à Eiichiro Oda. Je les emprunte le temps d'une histoire.
Rated: M
Genre : Romance, Hurt/Comfort, Song-fic
Résumé : « Raconte-moi une histoire…une merveilleuse histoire comme on en voit si souvent dans les contes de fées. Laisse-moi imaginer encore un peu que nous aussi, nous avons le droit d'être heureux. » Peu importe à quel point ils le désirent, il y a des choses sur lesquelles ils n'ont aucun contrôle. Impuissant, ils observent les ruines de cette vie sans voir cette lueur d'espoir tapis dans l'obscurité.
Bêta correctrice : pommedapi
Note : Merci à ma bêta pommedapi pour ses précieux conseils et aussi pour avoir corrigé ce chapitre ;).
* Merci à Ilya668 pour son commentaire. *
Bonne lecture à tous !
Once Upon a Time n'est pas une fiction à l'eau de rose.
C'est juste une histoire.
Leur histoire.
Parce que la vie n'est pas un conte de fées...
.
Chapitre 06
.
"Rien n'est plus blessant que d'être déçu par la seule personne que jamais tu n'aurais pensé qu'elle te ferait du mal."
Inconnu
Ace
Lundi 16 Octobre 2017
On entre dans la salle du Glee Club sous les grognements ou les piaillements – je ne fais pas la différence – de Perona. Elle rayonne depuis que Dellinger a rejoint le club de musique. D'ailleurs, prise dans son euphorie, elle ne remarque pas la présence de Brook. Margaret et Shira elles, ont tout de suite repéré le grand corps et la coupe afro de notre responsable. Elles se précipitent vers lui, joyeuses. Je fais de même, soulagé qu'il soit enfin de retour.
Depuis quelques semaines déjà, le Glee Club a du mal à trouver sa ligne directive. Avec maladresse, on essaie tous de donner un nouveau souffle à notre groupe dans le but que cette année, la victoire ne nous échappe pas.
Se débrouiller seuls est de plus en plus difficile et le retour de notre coach est un vrai soulagement. C'est dommage et pénalisant pour nous qu'il ne puisse pas être présent dès septembre et qu'on se retrouve chaque année à devoir attendre la mi-octobre pour être secondé dans nos activités de groupe. Quand on y pense, c'est même assez décourageant et discriminant. Tous les autres clubs profitent de l'enseignement d'un ou de plusieurs coach alors que le notre, sous prétexte de sa jeunesse et de son manque de gloire, se retrouve relégué au second plan. Brook ne touche pas un salaire mirobolant et c'est d'autant plus injuste quand on sait combien les poches des Tenruybito sont sans fond en plus d'être remplies de billets. Il n'y a pas que son salaire qui est à revoir mais également les moyens dont il dispose pour occuper sa fonction de coach : il doit batailler tous les ans avec la direction pour pouvoir renouveler son contrat. D'où son arrivée tardive. On croirait presque rêver en plus de se demander si on ne marche pas sur la tête! C'est « l'école » qui a besoin d'un professeur de musique pour le Glee Club et c'est lui qui est obligé de supplier ! Je ne connais pas tous les tenants et aboutissants de cette histoire mais j'en sais assez pour me dire que c'est vraiment n'importe quoi. Le Glee Club est un petit club et dans un lycée où le prestige fait tout, malheureusement on ne représente pas grand-chose et c'est dommage.
Heureusement, malgré toutes ces difficultés, Brook s'accroche et on est bien heureux de l'avoir avec nous. Il y a une autre enseignante en musique mais elle s'occupe d'apprendre le piano, le violon ou la flute à ceux qui veulent se servir de cette option artistique pour gagner quelques points pour le bac. Elle aurait également pu s'occuper du Glee Club mais étant donné le fait que son emploi à Marie-Joa n'est qu'additionnel à celui qu'elle effectue déjà dans une école primaire du même arrondissement, ce serait un peu poussé que de lui demander d'effectuer je ne sais combien d'heures supplémentaires dans la semaine. Elle a une vie et c'est compréhensif qu'elle veuille la vivre. C'est pour ça qu'elle travaille après tout.
De toute façon, avoir Brook nous va très bien à tous. Plus personne n'évoque son passé de taulard qui pourtant m'avait beaucoup interpelé au début. Ça remonte à loin. X-Drake était là.
En tout cas, Brook va pouvoir constater que beaucoup de choses ont changé au Glee Club, comme par exemple l'accueil d'un nouveau membre qui se trouve être un de nos ancien ennemis : on sent bien qu'on est désespéré. Son retour va vraiment nous faire du bien. Ça commence déjà d'ailleurs. Sa bonne humeur communicative est toujours un tel plaisir! L'avoir de nouveau avec nous rendra le club plus fort.
-Yohohoho ! Vous n'avez pas changé! s'attendrit notre responsable en nous regardant longuement.
-Vous non plus, dis-je en me retenant de pouffer devant son rire si particulier.
-Evidemment, je suis encore jeune et énergique! affirme-t-il.
-On n'en doute pas. Mais on compte surtout sur vous pour nous faire gagner cette année!
Margaret lui donne une grande tape dans le dos qui fait presque s'écrouler la silhouette longiligne de Brook.
-B-bien sûr, répond-il difficilement sous le regard ému de la présidente du club.
Perona a enfin arrêté de se marrer avec son nouvel ami et vient souhaiter la bienvenue à notre responsable et professeur pour cette année encore. La dernière. L'année prochaine, nous ne serons plus là. Seul Dellinger sera encore présent pour faire vivre le club mais ça, c'est seulement s'il décide de rester. Et même avec lui, le Glee Club sera certainement amené à disparaitre, aussi bon soit-il. Si le club ne compte qu'un seul membre, même avec toute la bonne volonté du monde, il ne pourra pas être considéré comme un club. C'est triste quand j'y pense. Ce club que X-Drake et Shirahoshi ont construit et porté à bout de bras, qu'on a tous aidé et fait évoluer, ce club dans lequel on a partagé tant de bons moments et qui nous a permis de construire une amitié solide, je n'aimerais vraiment pas le voir disparaitre.
Il faut à tout prix qu'on trouve de nouveaux membres.
-Oh, un nouveau! s'étonne Brook en regardant le plus jeune avec intérêt. Mais ne serait-ce pas le super chanteur de Dressrosa?
-En personne, fanfaronne Dellinger.
Les deux parlent quelques secondes. Brook connait très bien les talents de Dellinger et n'arrête pas de l'abreuver de compliments. Bien sûr, celui-ci en profite au maximum. Je n'en reviens pas. Même notre responsable l'a déjà adopté et pour lui, ça a été du rapide! C'est étrange mais j'ai l'impression d'être le seul à avoir du mal à complètement le considérer comme un membre du Glee Club de Marie-Joa. Perona est quant à elle sans conteste celle qui a le plus facilement retourné sa veste. Je ne dis pas ça méchamment mais quand je la vois rire et plaisanter avec lui avant de se pâmer devant ses propos, j'ai l'impression qu'elle a oublié les larmes qu'on a versées en juillet dernier. Ce mec, même si ce n'est pas totalement de sa faute, a détruit nos rêves.
Dans le cas de Shira et Margaret, c'est différent. Pour la première, je vois juste que c'est son côté trop gentil qui prend le dessus et qu'elle fait simplement de son mieux pour que Dellinger ne se sente pas rejeté. Pour Margaret, c'est plus du fatalisme. Il a intégré le club et on ne peut rien faire contre alors autant essayer de s'entendre un minimum avec lui et de progresser pour pouvoir enfin gagner cette année.
C'est également comme ça que je devrais agir mais j'ai vraiment du mal. Ça ne sonne pas du tout naturel.
Et Perona qui continue de rire avec lui... Est-ce qu'elle pourrait agir ainsi si X-Drake était présent ? Pourrait-elle rire ainsi avec celui qui a démoli les rêves de son ami ? Si X-Drake est si malheureux, c'est à cause de lui. Je me rends compte qu'il s'agit d'un raccourci assez dangereux mais il n'en reste pas moins exact. Si on avait gagné les Nationales en juillet, X-Drake aurait eu plus de chances d'intégrer l'école de ses rêves et ne se serait pas engagé dans l'armée. Je suis conscient de la gravité de mes propos et c'est certainement injuste de reporter ainsi la faute sur Dellinger, qui au fond n'a rien fait de mal, mais c'est parce que sur ce point-là, je préfère être lâche...
Comment je pourrais regarder X-Drake en face si j'arrivais à reconnaitre que c'est à cause de mon manque de talent que la victoire nous est passée sous le nez ?! Je suis le moins expérimenté du club et il m'arrive encore de faire des fautes… Alors ouais, j'ai forcément joué un grand rôle dans notre défaite...
Mais il est plus facile de rejeter Dellinger que de me remettre en question.
-Est-ce que vous avez pu travailler un peu depuis septembre ? nous demande ensuite Brook en dégustant lentement son thé rouge.
-Euh oui, répond Shira, comme d'habitude peu à l'aise.
Aujourd'hui encore et ce même devant nous, elle n'ose pas trop prendre la parole en public. C'est assez triste. J'aimerais vraiment qu'elle puisse prendre confiance en elle et exprimer plus souvent haut et fort son opinion. Malheureusement, c'est comme ça qu'elle est et je ne pense pas que ça change un jour. Cette timidité fait partie de sa personnalité et on a simplement appris à faire avec.
En l'absence de Brook, nous avons dû nous débrouiller seuls et comme il prend un peu le train en marche, nous nous chargeons de lui faire un rapide résumé de la situation. A la fin, nous lui parlons également de la chanson d'exposition que nous avons choisie pour attirer du monde lors des portes ouvertes du club. Brook a plutôt l'air emballé par toutes nos démarches et a même hâte de nous entendre chanter.
-C'était super, affirme Dellinger qui nous avait surpris lors de l'un de nos entrainements. Je suis sûr qu'il y aura beaucoup de monde intéressé. Faire le tri par la suite sera plus dur.
-Le tri ? je demande au blond.
Il sourit et fait un vague signe de la main. J'ai l'horrible impression qu'il se moque de moi.
-Eh bien oui, répond-il avec nonchalance. Nous n'allons pas laisser quelqu'un rentrer au Glee Club s'il n'a aucun talent pour ça.
Il penche la tête sur le côté, lui donnant un air un peu plus enfantin.
-C'est pourtant évident.
-Nous verrons à ce moment-là, tempère Margaret. Si une personne souhaite rejoindre le club, nous ne pourrons pas lui refuser ce droit. Et puis, ça pourra certainement aller avec de l'entrainement ! lance-t-elle, optimiste. Contrairement à là où tu étais avant, notre Glee Club n'a pas trop de succès. A mon avis, seules les personnes intéressées et passionnées par le chant se présenteront.
Les paroles de Margaret mettent fin à ce petit aparté et Brook reprend la main en nous proposant un petit exercice qui met tout le monde en joie. Heureux de pouvoir se vider la tête et de simplement pouvoir chanter sans avoir à subir l'humeur morose de telle ou telle personne, comme les autres, j'y mets du mien.
xXx
Assis sur l'un des fauteuils du salon, un œil sur l'écran de télévision où un excellent thriller se joue, j'essaie de terminer mon exercice de math tout en ignorant le couple derrière moi. Je fais tout pour oublier leur proximité, leur évidente complicité et cette tendresse qui se dégage d'eux. Luffy à ma droite s'est endormi étrangement tôt. Lui qui tenait pourtant à regarder le film jusqu'au bout n'aura même pas tenu une demi-heure.
Quant à moi, j'ai du mal à me concentrer sur mes cours à cause du film mais je dois dire que depuis que Roger et Hancock discutent à voix basse derrière moi, c'est pire. Leur conversation en elle-même n'est pas vraiment intéressante, quelque chose concernant la party auquel ils sont conviés - et Luffy et moi par extension -très prochainement. Autant dire que je n'ai pas envie d'y aller. D'autant plus que c'est pour célébrer l'anniversaire de cette enflure de Doflamingo et ça, je m'en serais bien passé…
A vrai dire, ce qui me perturbe le plus, c'est bien la présence d'Hancock. Depuis la révélation de Roger sur ce qui est arrivé à l'ancien mannequin, je me sens assez mal à l'aise en sa présence. A la regarder comme ça, je n'aurais jamais pensé que devenir mère était l'un de ses souhaits. Je n'oublie pas non plus que ça a très bien pu être un accident. Imprévu mais désiré. Un heureux accident comme on dit. Il y a d'autres questions qui m'embrouillent juste un peu plus l'esprit. Était-elle encore sous le feu des projecteurs à cette période-là ? Comment ce terrible cauchemar a-t-il bien pu se produire ?
Et celle qui m'angoisse le plus… Roger était-il le père ?
Il aurait très bien pu taire cet élément pour que je me consacre sur l'essentiel : la douleur d'Hancock.
Sabo m'a bien fait comprendre qu'il était important que je change de comportement vis-à-vis de ma belle-mère et que je m'excuse. Je ne sais pas si j'ai envie de le faire. Je veux dire, elle ne m'aime pas, c'est un fait. Est-ce réellement utile de faire des efforts pour une personne qui vous méprise ? Je ne sais pas.
Mais je dois dire que cette histoire m'a beaucoup perturbé et qu'à présent, j'ai envie d'en apprendre un peu plus sur ce couple.
Je réalise que je ne sais rien d'eux. Comment se sont-ils connus ? Que ressentent-ils l'un pour l'autre ? Je m'interroge également sur les obligations de mon pè a dû nous quitter ma mère et moi pour répondre aux exigences de sa famille. Hancock fait-elle partie de ces obligations ou est-ce que cela ne concernait que son travail ? J'ai du mal à croire que leur union se soit faite naturellement et surtout que ce soit le résultat d'une tendre relation amoureuse. Hancock est si différente de ma mère et Roger l'aimait tellement…
Pourtant à présent, sa vie est avec elle.
-Je déteste ces invitations, soupire Hancock un peu plus fort.
Roger rigole et je remarque alors qu'ils ne chuchotent plus. Sans doute que cette partie-là de la conversation est moins importante et peut donc être entendue. Ou quelque chose comme ça.
-J'aurais pourtant pensé que tu serais plus à l'aise que moi avec ça. Les mondanités, c'est quand même une grande partie de ta vie, se moque-t-il.
Il pousse un petit cri exagéré et je devine que sa femme vient de le frapper.
Ces moments d'intimité et de complicité entre eux sont de plus en plus visibles. Avant, j'avais simplement l'impression qu'ils avaient des rapports cordiaux ou qu'au mieux, ils étaient amis. Mais petit à petit, ma vision change et je me demande si au fond, ça n'a pas toujours été ainsi. Peut-être qu'ils s'abstenaient juste de le faire pour me préserver.
Le couple passe devant moi et je baisse aussitôt les yeux sur mon exercice qui est malheureusement loin d'être terminé.
-Bon, je vais monter Luffy dans sa chambre, nous indique Roger en prenant le chapeau de paille dans ses bras.
Il est peu délicat et c'est un miracle que Luffy ne se réveille pas. Hancock le regarde d'ailleurs d'un œil sévère et manque de s'étouffer avec sa salive quand Roger cogne légèrement la tête de Luffy contre la rambarde de l'escalier. Et même de cette manière, il ne s'est pas réveillé. Amusé, je rigole doucement alors que l'ancien mannequin soupire.
Quelques minutes après, je suis seul dans le séjour. Roger n'est pas redescendu et Hancock est montée immédiatement, sûrement dans le but de le rejoindre. L'optique de passer quelques instants de plus avec moi semblait vraiment peu la ravir.
C'est bizarre. Ça fait longtemps que je n'avais pas ressenti ça ici.
Je me sens affreusement seul.
Je ne sais pas si c'est mon imagination ou juste la réalité mais je ressens comme un malaise entre Roger et moi. C'est depuis la conversation qu'on a eu au sujet de Hancock. Je pense quecette fois-ci, Roger est vraiment déçu ou énervé. Je ne sais pas si je devrais faire quelque chose. Même si j'ai peut-être dépassé les bornes, je ne pense pas non plus être le seul responsable. Roger a dit qu'il parlerait à sa femme mais je n'ai pas l'impression d'avoir vu un quelconque changement chez elle à mon égard.
Au final, je suis le seul à être pointé du doigt et à me sentir si mal.
Mardi 17 Octobre 2017
Impel Down. C'est assez étrange de me dire que c'est la première fois que je viens devant cet établissement scolaire. Même à l'époque où je trainais beaucoup avec Kid, je ne suis jamais venu jusqu'ici. Je l'attendais toujours, lui et sa bande, à quelques mètres de là. Le lycée est complètement différent de Marie-Joa : le trottoir est rempli de mégots de cigarettes et de crachats – chose qui m'a presque fait tourner de l'œil. La végétation y est pourtant abondante et l'environnement extérieur est agréable. Le quartier est presque calme. A 18 heures, seuls quelques élèves sont présents devant Impel Down et discutent plus ou moins calmement.
Aujourd'hui, Brook nous a autorisés à sécher le club. Il dit que c'est le repos du guerrier avant l'entrainement extrêmement dur qui nous attend dès demain.
Des voitures passent et le vrombissement de leurs moteurs semble rythmer la vie ici. Les particules de pollution s'élèvent à leurs passages et je regarde ce spectacle, le regard presque vide. Je croise alors le regard d'un vieil homme qui fume à sa fenêtre et qui me fait un vague signe de la main pour me saluer. Je fais de même avant de me tourner vers les grilles du lycée. A peine 5 minutes plus tard, une marée humaine d'élèves en sort et je reste immobile, attendant mon ami.
Pourtant, le premier que je remarque, c'est bien Kid. Il est seul et a le visage fermé. Il sort de l'enceinte d'Impel Down. Il a l'air tellement préoccupé par de sombres pensées que je pense qu'il va passer devant moi sans même me voir mais je me trompe. Il relève la tête et croise mon regard. Il avance alors doucement vers moi, un sourire assez inquiétant aux lèvres.
Ça fait plusieurs mois que je ne l'ai pas vu et même si on n'était pas amis, on était potes quand mê me demande s'il m'en veut de l'avoir dégagé de ma vie aussi simplement après ce qu'il s'est passé avec Jewerly. Il a un peu changé : plus massif mais toujours aussi menaçant. Ses cheveux rouges tiennent toujours dans un incroyable bordel sur sa tête et ses yeux sombres soulignés de khôl donnent encore plus de profondeur à son regard.
Il s'arrête à quelques mètres de moi, immobile, et je lui face alors qu'autour de nous, c'est l'effervescence.
-Hé, Portgas.
-Salut.
J'esquisse un sourire contrit, à moitié gêné. Eustass est quelqu'un de sympa et je m'en veux maintenant de l'avoir lâché.
-J'pensais pas que t'étais encore à Dawn, fait-il en mettant ses mains dans ses poches.
-Ouais, je suis encore là jusqu'à l'obtention de mon bac. Ou du moins, je vais essayer.
-Je me fais même pas d'illusion pour ma part, rigole-t-il.
-Je suis désolé de t'avoir ignoré, je lance de but en blanc. Je trouvais ça simplement plus simple après ce qu'il s'est passé avec Jewerly.
Je n'ai pas envie de tourner plus longtemps autour du pot.
-Ah ouais, lâche-t-il comme s'il ne se souvenait plus de cette histoire jusqu'à ce que je lalui rappelle. Bon après, si ton pote tenait vraiment à elle, il avait qu'à tout faire pour la garder...
-Elle a passé son temps à le tromper. Je pense que même par amour, y a des choses qu'on ne peut pas pardonner.
Je trouve que Kid a beaucoup de culot de rejeter la faute de la rupture entre Jewerly et Law sur ce dernier. C'est quand même dans ses bras que Jewerly allait se vautrer !
Comme s'il comprenait mon raisonnement ou simplement qu'il sentait qu'il est en terrain miné, il abdique.
-Bon, moi ce que j'en dis...
Je devrais m'offusquer de son sourire qui n'a rien de désolé mais en même temps, c'est tellement Kid. Je secoue la tête, amusé, et m'apprête à lui demander comment il va depuis le temps quand j'aperçois la chevelure verte de Zoro. Il me voit également et malgré une légère hésitation après m'avoir vu en compagnie du roux, il me rejoint quand même.
-On dirait que le monde est petit,s'amuse Kid quand Zoro me salue.
-Quelque chose comme ça.
Je les interroge du regard.
-On est dans la même classe, précise Zoro en parlant du roux.
-Zoro est aussi glandeur que moi.
-Me mets pas dans le même sac que toi. Je bosse, moi.
-Ouais mais au final, tu t'en sors pas mieux que moi.
Il rit et malgré moi, je souris. Mon meilleur ami quant à lui décide d'ignorer nos moqueries.
-Vous voulez qu'on aille se manger un truc ? je propose, ne voulant pas rester indéfiniment devant le lycée.
Zoro accepte mais me fait comprendre qu'il n'a pas de sous sur lui. Kid en profite en me disant que lui non plus n'a pas un rond. Je regrette déjà ma proposition… Charitable, je décide tout de même de les inviter tout en sachant très bien que je ne reverrai jamais cet argent que je leur avance. Nous marchons tranquillement dans les rues bondées jusqu'à sortir du quartier d'Impel Down pour atterrir quelques minutes plus tard en plein centre-ville. C'est presque silencieux entre nous, comme si on n'avait rien à se dire. A moins que ce ne soit le contraire. Peut-être que ce n'était pas une bonne idée d'inviter Kid, je ne sais pas.
-Tu es toujours avec Jewerly ? je lui demande quand je me rends compte que je ne connais pas la réponse.
Zoro me regarde et je comprends qu'il est surpris par ma demande. La réponse ne m'intéresse pas vraiment, c'est plus de la curiosité pour quelque chose qui me dépasse et que je ne comprends pas. Jewerly et Kid sont assez différents mais au fond de moi, je me dis que cette association est peut-être aussi bizarre que celle qui unissait Jewerly et Law. Pourtant, eux se complétaient parfaitement. Le calme et la vivacité de mon ami était idéal pour calmer la fougue et la gourmandise de Jewerly. Pour sa part, elle remuait un peu ce casanier qu'était devenu Law au fil du temps.
Je me demande comment ils ont pu en arriver là. Comme quoi l'amour ne fait pas tout. Apparemment, c'est de plus en plus dur pour notre génération de tomber amoureux. On s'engage dans des histoires sans vraiment y croire. Certains finissent même leur vie sans avoir pu connaitre le grand amour. Pourtant, quand je suis avec Sabo, ça me parait si évident que ça me fait presque peur. Il est plus que certain que le discours d'amoureux transi que je tiens, d'autres l'ont tenu avant moi et nombreux sont ceux à avoir piétiné ces si précieux sentiments quelques temps après. Comme si les mois, les années, leur avaient fait oublier que peu de temps auparavant, être auprès de cette personne faisait s'emballer leur cœur.
Un mariage sur trois finit en divorce et même si je n'en suis pas encore là avec Sabo, il faut que je garde ça dans un coin de mon esprit. Je dois faire attention. Quoi qu'il arrive, je ne laisserai pas mes sentiments se ternir ni n'importe quel élément extérieur venir troubler notre amour. Peu importe les mensonges de Sabo ou les secrets qu'il me cache. Ce qu'il y a entre nous est fort et je sais que ça durera. C'est quelque chose qui nous appartient et peu importe comment on le vivra, tant qu'on est ensemble je sais que ça ira. Il me fait me sentir bien, heureux.
J'ai confiance en lui et je ne doute pas que bientôt, les choses s'arrangeront. On traverse ce que je pourrais appeler une mauvaise passe mais elle est petite et c'est pour ça qu'on la surmontera. Un jour, j'arriverai à lui dire qu'une fois, alors que je me sentais plus bas que terre, j'ai essayé de mettre fin à mes jours. Oui, j'y arriverai et en retour, je l'écouterai me dire pourquoi il se sent continuellement obligé de donner le meilleur de lui-même. Pourquoi il refuse de se montrer faible même avec moi… Pourquoi il me ment. Pourquoi il me cache tant de choses. Et on pourra passer au-dessus parce qu'on s'aime tellement que sans l'autre, c'est bien trop dur de vivre. Je suis heureux avec lui et il me dit être heureux avec moi. Je refuse de croire que ces légers mensonges réussiront à nous détruire.
Je refuse de terminer comme Law et Jewerly ou encore comme mes parents. Je ne veux pas faire souffrir la personne que j'aime. Je peux passer au-dessus de ses imperfections. Je dois passer au-dessus. Je ne veux pas que tout s'arrête simplement parce que ça me fait souffrir. Il souffre autant que moi après tout. La seule différence, c'est que je gère mieux la douleur que lui. Alors il faut que j'encaisse, quitte à encaisser pour deux.
Si je me mets à douter maintenant, à lui en vouloir pour ses décisions que je trouve injustes, on ne s'en sortira pas. Je n'ai pas le choix. C'est ça être en couple, non ? Faire des concessions et tout ? Je crois… Je ne sais plus...
-Hé, t'écoutes c'que j'te dis ?!
Je fixe Kid et esquisse un sourire désolé. Il est évident que je n'ai pas écouté un traitre mot de ce qu'il vient de dire alors que je lui ai posé une question.
-Je suis sûr que tu pensais à des trucs bizarres, affirme Zoro, l'air de rien.
Je le détrompe aussitôt, ne voulant pas qu'il s'imagine n'importe quoi et encore moins qu'il s'inquiète. Mon visage fermé doit laisser sous-entendre des pensées angoissantes après tout.
-Tu disais quoi du coup ?
-Que j'étais toujours avec Jewerly. Je crèche chez elle en ce moment.
Je continue à marcher en observant les enseignes de magasins qui se profilent à perte de vue ainsi que le regroupement de badauds ici et là. Je ne fais pas attention à Kid mais je m'entends pourtant lui répondre que je suis content pour lui.
Mercredi 18 Octobre 2017
-Makino m'a envoyé un message hier soir, je lance, à peine entré dans la salle de consultation.
Le docteur César me fixe, les fesses juste au-dessus de son fauteuil comme si je venais de sortir l'une des plus grosses âneries de ma vie. Il finit quand même par s'asseoir et m'invite à faire de même. Je ferme la porte de la pièce et viens prendre place devant lui.
J'y pense depuis hier soir. Je n'ai pas réussi à suivre les cours aujourd'hui tellement j'étais préoccupé. César aussi semble perturbé par la nouvelle, à moins que ce ne soit simplement la surprise. Je lui ai balancé ça aussitôt que j'ai franchi la porte de son cabinet, il y a de quoi être désappointé. Cependant, il se reprend vite et c'est avec une lueur moqueusedans les yeuxqu'il me regarde.
-Hé bien, c'est une grande nouvelle, dis donc. Je suis presque sûr de ne pas me tromper si je dis que ça ne t'a pas vraiment fait plaisir.
-Non, c'est pas ça,je le détrompe. C'est juste que j'ai été surpris. Je ne pensais pas qu'après l'explication qu'on avait eue, elle chercherait à reprendre contact avec moi.
-Pourquoi ne l'aurait-elle pas fait ? m'interroge-t-il. Vous avez pourtant échangé vos numéros.
Je grimace aussitôt et me gratte le crâne, gêné.
-Je croyais que c'était un simple geste de politesse. On n'envoie pas forcément des messages à tous les contacts qu'on a sur son portable,dis-je un peu bêtement.
César plisse les yeux et sa bouche se tord dans une grimace assez ridicule alors qu'il étudie fortement la question.
-Tu marques un point. Et donc, que lui as-tu répondu ? reprend-il.
-Rien. Je ne savais pas quoi dire ! je me défends devant ses yeux ronds.
Je soupire de lassitude en me laissant presque glisser complètement dans mon siège. Je reste ainsi quelques instants avant de me reprendre et de me rasseoir correctement. La confrontation que j'ai eue avec Makino m'avait vidé de toute mon énergie et en plus d'avoir remué beaucoup de choses en moi, elle avait mis mon couple en danger. C'était peut-être égoïste de lepenser mais je m'étais dit que désormais, je pouvais en quelque sorte mettre cette histoire définitivement derrière moi. Faire une croix dessus et ne plus y penser. Mais au fond, est-ce que ce n'était pas une manière détournée de mettre un mouchoir sur ce passé encombrant? Ne plus le regarder et faire comme s'il n'avait jamais existé?
-Je ne sais pas si j'ai réellement envie de reprendre contact avec Makino...
-Pourquoi? Cette histoire n'est pas derrière toi à présent?
-Si, justement.
Je soupire et observe César qui attend patiemment que je développe mes propos.
-Je l'appréciais beaucoup avant, elle était comme un soutien sans faille pour moi. Mais la vie nous a éloignés et on a parcouru chacun notre chemin. Peut-être qu'une part de moi souhaite garder intact les bons souvenirs que j'ai d'elle...
-Moi qui pensais que tu avais peur de tomber sous son charme, c'est tout le contraire ! Intéressant, marmonne-t-il en gribouillant sur son calepin.
-Je pense qu'il n'y a aucune chance que je tombe amoureux d'elle maintenant. Même si j'ai beaucoup d'affection pour Makino, il est certain que les démons du passé seront toujours présents entre nous, qu'on le veuille ou non. Ce serait trop de douleur de vouloir retenter quelque chose et ce encore plus sans avoir les bons sentiments.
Un rire sans joie s'échappe de mes lèvres et je laisse ma tête basculer contre mon siège.
J'observe le plafond haut et blanc de la salle alors que la lumière de la lampe est doucement en train de me brûler la rétine. Trop lumineux.
-Vous pensez que je devrais répondre à son message?
-Hum…
Il fait semblant de réfléchir mais je sais très bien qu'il ne veut qu'une chose : me dire oui. Il est censé rester neutre mais je le connais bien à présent. Peut-être pense-t-il aussi que de cette manière, je pourrais en apprendre encore un peu plus sur moi.
Makino…
Sans doute devrais-je au moins prendre un peu de ses nouvelles. Je pense sincèrement que cette histoire est du passé alors je ne risque rien à me pencher dessus. Mon présent n'est pas encore certain, il est branlant et quelque peu malhabile, mais il est chaud et réconfortant. Je suis au-dessus de ces vieux démons aujourd'hui.
-Eh bien, puisque tu me le demandes, je dirais oui…
J'esquisse un sourire amusé et n'écoute pas le moins du monde la suite. Peut-être que César me comprend bien et que c'est pour ça que je fais autant de progrès avec lui mais moi aussi je peux lire en lui. Quelquefois.
-Et qu'est-ce que je suis supposé lui dire alors ? Si je lui réponds par un simple "salut, ça va et toi ?", la conversation ne va pas aller bien loin.
-C'est exact mais si ça arrive, ce sera simplement le signe que tu n'es pas encore tout à fait à l'aise avec elle et elle le sentira sûrement. Tout indique qu'elle est dans le même état. Généralement, ce genre de banalité sert à engager une conversation quand on ne sait pas trop quoi dire. A mon avis, la pauvre petite doit s'angoisser de ton manque de réponse.
-Vous pourriez plutôt compatir pour moi, non ? C'est moi qui suis complètement perdu.
-Eh bien, si tu tiens tant que ça à ce que je t'aide, je n'aurais qu'un seul conseil à te donner: va a ton rythme.
Je regarde le docteur César et une fois de plus, je suis surpris par son sérieux.
-Après ce qu'il s'est passé entre vous, personne ne s'attend à ce que vous deveniez du jour au lendemain les meilleurs amis du monde ni de proches confidents. Va à ton rythme et si quelque chose doit arriver, ça arrivera.
J'acquiesce, conscient de la justesse de ses paroles.
-Je ne sais pas si je dois en parler à Sabo...
-Qu'est-ce qui te fait hésiter ?s'étonne t-il.
-Rien de particulier. En temps normal, je lui en parlerais... Sauf que maintenant, je sais que Sabo me tait certaines choses et que pour l'instant, il n'a aucune intention de m'en parler...
-Ça te vexe ?
Je soupire.
-Oui. Même si je suis capable de le comprendre et de l'accepter, ça me vexe. Quelque chose me dit que moi aussi je peux avoir des secrets pour lui et que de toute façon, il y a des choses bien plus graves que de reparler avec une vieille connaissance.
-Une vieille connaissance qui a été ta première petite amie.
-Ce n'est qu'un détail.
-Est-ce une manière de lui faire du mal ?
La question de mon psy me surprend. Faire du mal à Sabo est la dernière chose que je souhaite! Pourtant...
Je passe mon temps à accepterles silences de mon petit-ami, à les subir sans jamais avoir mon mot à dire finalement. Ça m'embête de le penser mais j'ai l'impression de faire plus d'efforts que lui. Le peu de choses que je lui demande, il me les refuse. Son honnêteté et cette première fois qu'il ne veut pas me céder. Au final, j'ai dû faire des concessions sur l'un comme sur l'autre.
Alors oui, peut-être que je veux lui faire du mal mais seulement pour qu'il puisse se mettre à ma place de temps en temps.
J'ai l'impression d'être une ordure.
-Je ne sais pas…c'est juste que je commence à être fatigué de ses silences. Je ne sais plus quoi faire, je finis par dire, la poitrine serrée.
«Le premier ennemi à combattre est à l'intérieur de soi. Souvent, c'est le seul.»
Christine Orban
Sabo
Vendredi 20 Octobre 2017
-Sabo?
Je ne peux absolument pas cacher ma surprise en voyant Ace sortir de la salle de cours. Ce n'est pas du tout quelque chose que j'avais prévu et à présent que je me retrouve face à lui, je suis un peu démuni. Devant mon silence et face à ma réaction pour le moins étrange, mon petit ami hausse les sourcils. A vrai dire, si je suis présent ici, c'est pour voir Marco. J'ai quelque chose d'important à lui dire.
Ace ouvre la bouche mais se tait aussitôt quand les élèves de sa classe passent à côté de lui. Ses camarades, contrairement à lui, semblent pressés de pouvoir profiter de la pause de 10h.
-Tu m'attendais? tente-t-il tout de même.
-Non, j'ai quelque chose à demander au professeur, je lui explique avec un sourire contrit.
-D'accord, je vais fumer alors, me dit-il sans prendre la peine de parler à voix basse.
Il fait quelques pas avant de s'arrêter presque aussitôt et de se retourner vers moi.
-Si tu peux venir avant la fin de la pause, tu n'auras qu'à me rejoindre.
-Oui, pourquoi pas, mais j'en doute.
Ace me regarde pendant quelques secondes avant de détourner les yeux et de partir. Je fronce les sourcils et me demande si le cours qu'il vient d'avoir l'a mis de mauvaise humeur ou si c'est simplement moi qui m'imagine n'importe quoi.
-Sabo, je peux faire quelque chose pour toi?
Je reporte mon attention sur Marco et entre dans la salle avant de refermer avec précaution la porte derrière moi. Je salue poliment mon professeur même si aujourd'hui, je suis plus là pour m'adresser à Anonyme qu'à l'homme qui m'enseigne si bien la philosophie. Il n'est pas le moins du monde étonné par ma visite et pourtant, il est évident que je ne suis pas là pour lui poser des questions sur ses cours. Le dernier que ma classe a eu remonte au milieu de la semaine. Ça et le fait que j'ai envoyé un message sur Piece à Anonyme pour lui dire que je souhaitais lui parler de Doflamingo.
-Je suis désolé de toujours vous déranger avec ça...
-Ce n'est rien, Sabo. A vrai dire, je suis plutôt heureux de te voir. J'avais l'impression que depuis que tu connaissais ma véritable identité, tu t'étais éloigné de moiet n'osais plus vraiment me parler. J'ai trouvé ça dommage car j'aimais beaucoup nos discussions mais te voir là aujourd'hui prouve que je me suis sans conteste trompé, me rassure-t-il.
La confession de Marco me laisse sans voix et j'en suis à la fois content et un peu embarrassé. Je n'avais jamais imaginé qu'il puisse penser ça de moi ni même qu'il affectionne autant nos discussions ensemble. Il est exact qu'après avoir découvert la vérité sur lui, j'ai mis de la distance entre nous. Je ne sais pas si c'est parce que j'étais gêné d'apprendre que je m'étais confié, que j'avais livré des secrets importants à mon professeur ou si j'étais simplement amer de découvrir qu'Anonyme était en fait deux personnes et donc qu'elle n'était pas tout à fait comme je le pensais. J'avais beau me douter qu'Anonyme ne pouvait pas être un élève et que de ce fait, ça ne pouvait qu'être une personne du corps enseignantou une personne en charge de l'administration de l'école, j'évitais de trop y penser. Anonyme ne souhaitait pas que je connaisse son identité et même si je ne désirais que ça, je me devais de respecter sa volonté. Je ne m'imaginais donc pas un jour pouvoir parler face à face avec lui. Je ne m'y étais pas préparé, je pense. Je m'étais presque fait à l'idée de continuer pendant des années et des années nos discussions sur internet.
-Je suis désolé, je ne voulais pas me montrer distant... C'est simplement qu'il m'a fallu un moment pour véritablement intégrer le fait que vous… Pour intégrer qui vous étiez. Mais moi aussi j'aime énormément nos discussions et je pense que si vous ne voulez pas me voir vous harceler sur Piece, il va vous falloir rivaliser d'ingéniosité pour m'envoyer sur les roses!
-Ne t'inquiète pas, je suis plein de surprise, sourit-il.
J'esquisse un sourire à mon tour et avance de quelques pas pour m'asseoir sur une des tables du premier rang. Marco en profite alors pour prendre appui sur son bureau.
-Parle-moi de Doflamingo. Que t'a-t-il dit exactement?
Un léger soupir tremblant s'échappe de mes lèvres. Je me rappelle douloureusement de ses mots. Je ne sais pas pourquoi il me les a dits et même si je sais que je devrais me montrer méfiant envers lui, je ne doute pas une seule seconde qu'il m'ait dit la vérité. La tension de son corps, sa voix grondante et emplie de colère… C'est comme si je découvrais ça trop tard. Je n'étais pas préparé à recevoir toutes ces émotions violentes en plein visage et c'est certainement pour ça que ça me perturbe autant.
-Il va détruire la ville sainte, Marie-Joa, je lâche, les épaules basses.
Marco écarquille les yeux de stupeur, choqué par la nouvelle. Il assimile lentement les mots que je viens de lui dire, encaissant visiblement rudement la vérité.
Détruire Marie-Joa. Cela paraît fou mais la détermination et la colère qu'exprimait Doflamingo me fait penser qu'il pourrait peut-être réussir. Quelles conséquences cela aurait-il ? Est-ce que c'est mal de vouloir détruire les Tenruybito? Est-ce bien au contraire? Je soupire, perdu, en me disant que me perturber était sûrement ce que désirait cet énergumène.
-Doflamingo a toujours donné l'impression d'être quelqu'un qui tenait particulièrement à son statut. Il est orgueilleux et vaniteux, et à ce qu'on dit, perdre sa place de Dragon Céleste n'a pas été facile pour lui, approuve Marco.
-Plus que ça encore.
Mon professeur fronce les sourcils, son regard bleu gris parfaitement ancré au mien.
-Il m'a avoué avoir tué son père en espérant pouvoir revenir sur la terre sainte. Je pense que les détruire est pour lui une façon de se venger et de retrouver en même temps la place qu'il estime méritée...
Marco me dévisage.
-Au dessus de tout le monde, déclare-t-il ensuite amèrement.
J'acquiesce sombrement et au même moment, la cloche sonne. La pause est déjà finie.
-Je transmettrai ces informations aux autres mais je voulais aussi que vous le sachiez, dis-je.
-C'est gentil de ta part. Il semblerait qu'à présent, tu n'aies plus besoin de moi pour faire le lien.
Nous ne prononçons pas une seule fois le mot « révolutionnaire » mais ça ne nous empêche pas de parfaitement nous comprendre. Il est vrai que depuis que je fais plus ou moins partie de l'Armée Révolutionnaire, je passe directement par eux plutôt que par Anonyme. Je sens bien qu'à présent, les membres me font parfaitement confiance et si je n'ai pas encore eu de vraie mission, je ne m'en inquiète pas. Ça arrivera bien assez tôt.
D'un sourire, Marco me promet qu'on continuera à en parler sur Piece et j'acquiesce, ravi à l'idée de pouvoir reprendre nos échanges.
Je m'apprête à ouvrir la porte et à quitter la salle de classe pour me rendre à mon prochain cours mais la main sur la poignée de porte, je n'en fais finalement rien. Je reste immobile, la main en suspend, et hésite. Bien entendu, mon attitude étrange interpelle mon professeur de philosophie qui m'interroge à ce sujet.
-Non, ce n'est rien... Merci de m'avoir accordé un peu de votre temps.
-Il n'y a pas de quoi. N'hésite pas à revenir me voir si tu as du nouveau.
J'acquiesce simplement avant d'enfin quitter la salle de cours. Je marche lentement en direction de l'étage supérieur, l'esprit tourné vers ce qu'il s'est passé avant ma discussion avec Marco. Je me sens bête d'avoir oublié qu'Ace avait cours avant. Il a dû me trouver bizarre et le fait que je veuille parler avec notre professeur ne peut que l'inciter à se poser davantage de questions sur moi. J'ai l'impression que sa confiance en moi est de plus en plus mise à rude épreuve et j'ai peur de la fois de trop. Ace est vraiment incroyable avec moi à ce sujet et je ne veux pas avoir l'air d'abuser. J'ai l'impression que cette divergence nous a déjà bien trop éloignés.
Il avait l'air triste ou plutôt sur les nerfs en sortant de philo. Je ne pense pas que ce soit à cause de ça mais il faut que je reste attentif. Je voudrais vraiment pouvoir le rassurer et qu'il comprenne que ce que je lui tais, je ne le fais pas de gaieté de cœur. Je ne veux pas qu'il oublie que malgré ça, je l'aime toujours autant.
J'essaie de positiver et monte quatre à quatre les marches.
xXx
C'est bizarre d'observer quelqu'un. Ca l'est encore plus quand cette personne sait qu'on l'observe mais fait tout pour ne pas croiser votre regard. C'est exactement ce que fait Stelly en ce moment même.
Mon frère et moi ne nous sommes pas parlés depuis ce coup de fil à l'anniversaire de Law. Je lui avais demandé de faire le premier pas et je suis pratiquement sûr qu'il ne le feramalheureusement pas. Et je ne le ferai pas non plus. Je ne peux pas. Je soupire et détache mes yeux du dos de Stelly qui est assis un peu plus loin pour me concentrer sur mon écran d'ordinateur. Ce n'est pas une heure d'affluence alors le CDI est plutôt vide mais il est pourtant loin d'être silencieux. Des élèves de seconde discutent bruyamment sous le regard courroucé de la bibliothécaire qui n'arrête pas de les rappeler à l'ordre. La pauvre femme est si rouge que j'ai peur qu'elle finisse par faire une attaque. Malheureusement pour elle, les élèves qu'elle s'applique à enguirlander s'amusent juste d'elle.
Je grimace légèrement quand j'entends ses talons claquer sur le sol et sa voix aiguë qui prend des intonations plus basses quand elle s'énerve retentir quelques secondes plus tard. Je tape quelques mots avant d'appuyer sur le premier site qui est affiché.
L'oiseau bleu.
C'est le nom de l'institut où séjourne ma mère. Ça fait tellement longtemps qu'elle y est maintenant. Mais je suis sûr que ce n'est pas encore suffisant. On ne guérit pas de plusieurs années de démence et de souffrance en seulement quelques mois. Je doute même qu'elle puisse guérir un jour. Elle a vécu avec cette douleur si longtemps que je ne pense pas qu'elle puisse et qu'elle sache faire sans. C'est la triste réalité.
Distraitement, je lis les informations relatives à l'établissement. Malgré le fait qu'Outlook se soit débarrassé de sa femme dans l'empressement, il a tout de même fait l'effort de la mettre dans un endroit plus que convenable. Mais peut-être était-ce simplement pour se donner bonne conscience.L'institut a été construit à la fin du 19ème siècle et servait auparavant d'internat pour les jeunes nantis de tout East Blue. L'établissement était tenu par des bonnes sœurs et certains anciens haut gradés de l'armée les aidaient en assurant la surveillance la nuit et lors des sorties. Le bâtiment construit dans un style victorien a été rénové assez récemment mais a tout de même gardé le charme de l'ancien qui le qualifie si bien. Monté sur quatre étages, il possède une quarantaine de chambres décorées avec goût qui garantissent aux résidents un confort inégalé.
Ma mère doit sûrement s'y sentir très bien, elle qui a toujours été habitué à un certain confort mais je ne pense pas qu'on puisse se réjouir de ce genre de chose surtout que personne ne va la voir. Personne, et certainement pas mon père. Stelly est trop jeune pour pouvoir y entrer seul et je ne sais même pas s'il y a déjà pensé. Quant à moi... Moi, je ne sais pas encore ce que je veux. Peut-être que c'est encore trop tôt pour aller lui rendre visite.
Même si je ne sens plus ses mains autour de mon cou, je vois encore parfaitement ses yeux emplis de folie. La cicatrice que j'ai au niveau du bas-ventre me fait souffrir quelque fois.
Comme si le temps n'avait rien changé. La douleur est toujours présente.
La gorge serrée, je ferme la page de recherche et passe mes mains sur mon visage pour me ressaisir.
Peut-être une autre fois mais pas aujourd'hui et certainement pas demain non plus.
Samedi 21 Octobre 2017
Peut-être que je suis complètement bizarre ou alors juste une espèce de dépravé. Je ne sais pas et je n'ai pas vraiment envie de m'interroger là-dessus. Je préfère me dire que c'est quelque chose que j'apprécie, tout simplement.
Dans l'intimité de la chambre d'Ace, on profite de cette douce après-midi d'octobre et de l'ambiance zen et romantique qui plane dans l'air pour redécouvrir encore et encore le corps de l'autre. Des gémissements étouffés nous entourent et la chaleur monte. Et puis, il y a cette lueur si caractéristique du désir de plus en plus présente dans nos regards et dans nos sourires aguicheurs.
Ace sait comment me rendre fou de désir pour lui et alors que je le savoure avec ma langue, je ne peux m'empêcher de penser qu'il a bon goût. A vrai dire, je me nourris plus de ses caresses sur mes cheveux, mes épaules et mon visage que du goût musqué de sa peau. Ses soupirs résonnent si bien à mes oreilles, c'est comme si je pouvais déceler chaque tempo, intonation et vibration. Tout pour me dire comment lui faire perdre pied et lui donner envie de s'enfoncer profondément entre mes lèvres.
J'aime faire l'amour avec Ace, c'est toujours tellement parfait. Juste et sans fausse note. Je prends presque plus de plaisir à le voir se perdre dans les limbes du plaisir qu'à être le centre de ses douces attentions. Je sais ce qu'Ace attend de moi et je le veux autant que lui. Pouvoir prendre soin de lui et l'amener à se perdre avant d'atteindre le nirvana. J'en ai tellement envie que cette seule pensée pourrait me faire venir immédiatement. Pourtant, je ne peux pas franchir cette ultime étape et je ne sais pas si je pourrais un jour. Je n'y arrive tout simplement pas et je me dis que ce n'est pas si grave que ça. Je me satisfais totalement de ce qu'on a : connaître cet autre aspect du sexe ne me dérange pas tant que ça pour l'instant.
Je suis sans doute bizarre à m'interdire des choses, à toujours faire en sorte d'en faire d'autres de manière juste. Mais je suis comme ça et je ne me sens pas de prendre « cette première fois là » à Ace alors que je passe mon temps à lui mentir en ce moment.
Je sens les mains d'Ace se crisper sur mes cheveux et dans un sourire, je m'éloigne de lui. Il râle un peu mais m'accueille avec joie quand je m'allonge sur lui. Il m'embrasse à pleine bouche et j'en suis étonné : la première fois que je lui ai fait une gâterie et que j'ai essayé de l'embrasser, il a simplement grimacé. Sans doute plane-t-il trop pour s'en rendre compte aujourd'hui.
Doucement, ma main droite descend plus bas sur son corps, touchant avec délice et sensualité son ventre ferme. Ace a beau ne pratiquer aucun sport, il est plutôt musclé. Son corps est tonique et ferme. J'aime toucher délicatement son corps, effleurer ses imperfections et me blottir contre lui. Je souris encore plus quand je le sens se crisper en dessous de moi et pousser un gémissement qui enflamme mes reins alors qu'une de ses mains vient emprisonner douloureusement ma taille. Je le regarde, comme fasciné.
-Quoi? grogne-t-il, et je devine sans mal qu'il est juste très gêné de ce qui vient de se passer.
-Rien.
Je lui souris et pose ma tête sur son torse.
-Je suis flatté et très heureux de t'avoir donné autant de plaisir.
-C'est ça, fous-toi de moi...
-Mais non…
Malgré tout, mon sourire s'agrandit encore et Ace le ressent sans mal. Bien décidé à me faire ravaler ma joie, il me pousse et finit par me plaquer un peu sauvagement sur son lit. Nous avons tout l'après-midi pour nous : Roger, Hancock et Luffy sont de sortie. D'ailleurs, le sourire d'Ace m'indique qu'il compte bien occuper les dernières heures dont nous disposons de manière tout à fait séduisante.
Et peut-être que c'est ce que je veux aussi.
xXx
-Tu penses que vous allez gagner le match ? me demande Ace.
-Bien sûr !
Assis sur le lit de mon petit ami, le dos en appui contre la tête de lit, je caresse doucement ses cheveux. Après avoir pris une douche plutôt rapide, on s'est simplement de nouveau posé sur son lit. Les autres sont encore absents mais nous avons fait le choix de ne pas descendre dans le séjour et de rester dans le cocon douillet que représente la chambre d'Ace. Celui-ci a eu envie de se faire dorloter et s'est simplement allongé entre mes jambes. Avec paresse, il me laisse m'occuper de son bien être.
-Dans tous les cas, ce sera une bonne chose. La plupart des titulaires sont partis et on doit faire avec une toute nouvelle équipe mais je ne m'en fais pas pour ça. On a de bons joueurs dans le club, tout se décidera sur les combinaisons.
-Comme par exemple faire jouer le seconde que tu n'aimes pas, me taquine-t-il.
-C'est lui qui ne m'aime pas, je soupire avant de faire la moue.
Ace me jette un coup d'œil entendu et je me remets à caresser ses cheveux. Ils sont doux et ses mèches ont tendance à rebiquer. C'est étrange, ses cheveux ont à peine pris quelques centimètres alors que les miens ne cessent de pousser. Je passe mon temps à les couper. Peut-être que je devrais simplement les laisser ? Les cheveux longs vont tellement bien à Cavendish, ça lui donne du charme et une certaine authenticité. Pourquoi ne pas me laisser tenter ? Je grimace aussitôt à cette perspective. J'ai mal à la tête rien qu'en pensant à tout l'entretien que ça me demanderait.
-J'aimerais avoir tes cheveux, je souffle, dépité.
-J'aime que tu sois blond.
Il lève les yeux, les plonge dans les miens et me sourit. Je me baisse comme je peux et dépose un long baiser sur son front. Ace ferme les paupières et apprécie la sensation de mes lèvres sur sa peau. Il reste ensuite immobile et je le regarde, appréciant à sa juste valeur ce moment de calme salvateur. Les minutes passent et petit à petit, mes propres paupières se font de plus en plus lourdes. Il n'est pas tard pourtant mais je commence à avoir sommeil. Je suis d'ailleurs tiré de mon état de somnolence par Ace.
-Makino m'a envoyé un message.
Je suis si surpris par son annonce que je ne sais pas comment réagir. Mes sourcils se froncent et tout ce que je peux faire, c'est l'interroger du regard.
-C'était y a environ deux semaines mais je ne lui ai pas répondu.
-Pourquoi ?
-Je ne sais pas.
Il soupire puis ouvre les yeux.
-Je l'ai ensuite appelé cette semaine parce que je sentais que c'était la chose à faire.
-De quoi avez-vous parlé ? je l'interroge, curieux.
-Rien de particulier... Je ne m'en sentais pas la force de toute façon. C'était agréable de parler avec elle de choses banales et sans intérêt.
J'acquiesce sombrement, comprenant tout à fait ce qu'il veut dire par là. Même si Ace ne m'en a pas dit beaucoup sur cet échange, je suis tout de même satisfait du peu d'information que j'ai obtenu. Je me souviens encore avec douleur de la première discussion que j'ai eue avec lui concernant Makino. Ace était si obtus : nous nous étions durement disputés à ce sujet avant de ne plus nous adresser la parole en espérant naïvement que l'autre ferait le premier pas. Au final, nous avions pu nous expliquer mais aujourd'hui encore, je ne suis pas certain que ça nous ait fait tant de bien que ça. S'expliquer nous aura au moins permis d'avancer.
Alors même si j'aimerais lui en demander plus, je ne le fais pas. Ce serait inutile. Ace… Cette partie-là de sa vie a laissé en lui des blessures indélébiles, remettre ça sur le tapis serait plus douloureux qu'autre chose. Alors je me tais et me dis que je n'ai pas de raison de m'inquiéter ni d'éprouver une quelconque jalousie par rapport à ce rapprochement. Ace a peut-être aimé Makino mais c'était avant. Il y a longtemps.
Il n'est pas question de ça là, ça ne l'a jamais été d'ailleurs. Il s'agit simplement de mon petit-ami qui se confie à moi, qui fait ce que je suis incapable de faire. Je me sens affreusement honteux et j'ai l'estomac noué tout à coup. Je me sens mal. La tête d'Ace semble peser affreusement sur mes jambes et mes mains sont de plus en engourdies. Je me retrouve incapable de faire le moindre mouvement.
La honte se propage inexorablement en moi et la gorge serrée, je me retrouve tétanisé. Incapable de réfléchir, de penser correctement. Et petit à petit, je ressens le poids de tous mes mensonges, de ma lâcheté et de mes faiblesses.
-Doflamingo… m'a embrassé…
Mes oreilles bourdonnent et je réalise à peine ce que je viens de dire. Le fait qu'Ace n'ait aucune réaction me fait même douter mais lentement, après un long moment de flottement, il ouvre les yeux et me dévisage. Ses sourcils se froncent et mon cœur me fait mal. Il bat vite alors que petit à petit, la honte se peint sur mon visage. Je n'ai pas réfléchi avant de lâcher cette bombe mais c'est sans doute mieux ainsi. Au moins, je ne peux plus faire marche arrière.
Je ne peux plus me cacher.
-Quoi ? demande-t-il, un léger sourire aux lèvres qui ressemble fortement à une grimace.
Sourire qu'il perd presque aussitôt quand son regard croise le mien.
-Je suis désolé, je te jure que je ne voulais pas… Mais il m'a pris par surprise.
Je baisse les yeux, coupable, et me mords la lèvre inferieure quand Ace se relève.
Assis sur le lit dos à moi, je l'observe, comme pétrifié. Ses épaules sont crispées et sa tête est baissée. Je devine sans mal qu'il fait le tri dans ses pensées. Je ne sais pas si je dois dire quelque chose ou si je dois le laisser silencieusement se faire à la nouvelle. Je sais que ça ne va pas tarder à exploser. Je connais Ace et je sais qu'il est incapable de rester calme face à ce genre de révélation. Et je le comprends.
-C'est arrivé quand ?
Il ne me regarde pas. Sa voix est d'ailleurs presque normale, pas plus haute mais légèrement plus basse. Je ne m'étonne pas de cette question. Évidemment que ça l'intéresse. Il veut savoir depuis combien de temps je lui mens.
-L'année dernière. Quand il enseignait encore.
Un petit rire lui échappe mais il n'a rien de joyeux et me fait même mal au cœur. N'y tenant plus, je finis par me lever et, le cœur au bord des lèvres, tire sur son bras. Il me repousse brutalement et c'est comme s'il m'avait frappé. Qu'Ace me rejette… C'est encore plus douloureux que ce que je pensais...
-Sors d'ici, souffle-t-il.
-S'il te plait, Ace...
Un soupir tremblant m'échappe et je passe une main nerveuse dans mes cheveux.
-J'ai besoin de temps pour avaler ton mensonge.
Il fait une pause et je contemple son profil, sérieux et grave à la fois.
-J'aimerais que tu me fasses plus confiance, Sabo, et que tu me parles…
Il veut ajouter autre chose mais se tait et je fais de même. Sentant que je suis de trop, je finis par partir avec l'impression d'avoir sans doute tout gâché.
Dimanche 22 Octobre 2017
Je reprends difficilement mon souffle, le corps en sueur. J'observe d'un œil presque vitreux le score du match. 59 à 79. Nous avons gagné. Un sourire nait doucement sur mes lèvres et je passe une main fatiguée dans mes cheveux poisseux. Il est évident que j'aurais besoin d'une bonne douche pour enlever toute la crasse qui recouvre mon corps. Mais peu importe la fatigue, les douleurs musculaires et la transpiration, comme à chaque fois, je me suis terriblement amusé. Le basket me donne tellement l'impression de vivre et de vibrer. Cette sensation… Il n'y a que sur le terrain que je peux la ressentir.
Je vois du coin de l'œil mes coéquipiers qui tout comme moi sont très fatigués mais heureux. C'est avec une équipe nouvelle que nous avons joué notre premier match de l'année. Ça avait beau n'être qu'un match amical contre une équipe qui n'est pas forcément bien classée, ça a été formateur et assez énergisant. Je croise le regard de Gin et esquisse un sourire. Il me voit et me le rend avant de me faire un signe du côté de nos adversaires. Je prends alors une grande inspiration et me dirige vers le capitaine des Blues Moons.
-C'était un très beau match, dis-je quand j'arrive à sa hauteur.
Celui-ci, assis sur le banc, se relève brusquement et me tend la main. Je la serre et nous échangeons une poignée de main longue et ferme.
-Vraiment ? sourit-il. Vous nous avez dominé du début à la fin, ajoute-t-il, de l'abattement dans la voix.
Ses yeux sont tristes et son regard se baisse légèrement. Je devine sans mal sa déception. Il aurait aimé gagner, pour son équipe et pour lui. C'est dur d'être capitaine notamment parce qu'on porte la déception et le désarroi de nos coéquipiers en cas de défaite, on se sent responsable.
-Peut-être mais ça ne vous a pas empêché d'être performants du début à la fin. C'est parce que vous avez donné le meilleur de vous-même qu'on a pu se donner également à n'a pas pu se relâcher une seule seconde à cause de votre hargne et de votre esprit combatif.J'ai aimé votre esprit d'équipe et votre volonté de vous battre jusqu'au bout.
Je lui souris et il fait de même, ses lèvres s'étirant dans un sourire sincère.
-J'aimerais refaire un match contre vous.
-Ce sera avec plaisir. Mais on ne sera pas facile à battre ! dis-je.
Nous échangeons encore quelques mots avant de se séparer avec une autre poignée de main. Les deux équipes rangent rapidement le terrain. Et alors que certains joueurs courent vers les vestiaires pour pouvoir prendre une douche salvatrice, je me dirige vers les gradins pour rejoindre Sanji.
-T'approches pas trop de moi, grimace-t-il. J'ai jamais compris comment tu pouvais aimer transpirer autant...
-Tu exagères !
Je me mords la lèvre inférieure et fais semblant de me vexer.
-Tu ne t'es pas ennuyé, j'espère ? Comme c'est les vacances, il n'y a pas eu beaucoup de gens pour le match... C'est dommage, les Blues Moons auraient bien eu besoin d'encouragements.
-Et pas vous ? me taquine-t-il.
-Non, tes encouragements suffisent. Je n'ai jamais vu quelqu'un s'enflammer autant!
Je ris et Sanji sort son paquet de cigarettes.
-J'avais parié sur vous, m'explique-t-il. Au moins, ça prouve que j'étais investi et que je ne me suis pas du tout ennuyé, me rassure-t-il ainsi. Mais c'est vrai que ma journée aurait été encore plus fantastique avec la présence de ma Nami-chérie !
-Tu sais bien qu'elle est partie avec Koala et ses parents. Tu vas devoir te contenter de moi, je soupire, habitué à ses incessantes plaintes.
-C'est vrai que je ne devrais pas me plaindre, Ace aussi est absent. Pourquoi d'ailleurs ? me demande-t-il, sincèrement surpris.
-Il avait autre chose à faire, je réponds aussitôt. Bon, je vais pas te faire attendre plus longtemps, je retourne dans les vestiaires pour prendre une petite douche et puis je te retrouve après.
-Pas de problème, je vais fumer en attendant !
Je remercie silencieusement Sanji de ne pas me poser plus de questions sur l'absence de mon petit-ami aujourd'hui. Je m'enfuis presque au moment où je lui tourne le dos et arrive très vite dans les vestiaires. Les autres joueurs sont pratiquement tous encore là. Certains prennent leur douche et je me déshabille rapidement. Je fonce dans la dernièrecabine de libre pour éviter d'avoir à attendre trop longtemps et de ce fait, faire attendre mon ami.
Je fais couler l'eau et ferme les yeux quand les gouttes frappent avec force mon corps et mon visage.
A présent que le match de basket est terminé et que mon corps se calme doucement, que l'euphorie de la victoire me quitte, je me sens affreusement mal. J'entends les autres fêter plus ou moins calmement notre performance mais je me sens si loin d'eux que je les entends à peine. Je parviens tout juste à distinguer quelques mots sans forcément vouloir faire des efforts pour en comprendre plus. Je me suis servi dece match pour occuper mon esprit et ainsi éviter de trop penser à Ace. Mais j'aurais dû me douter qu'une fois le match fini, je serais de nouveau livré à mes démons et devrais gérer mes pitoyables remords.
J'ai envie de pleurer tellement j'ai mal mais je ne m'en sens même pas le droit. C'est moi qui ai provoqué cette situation et je viendrais ensuite me plaindre ? Je savais très bien que ça risquait de se terminer comme ça et pourtant, j'ai quand même décidé de mentir.
Je suis vraiment un idiot ! J'étouffe un sanglot et me saisis violemment de mon gel douche. Cette souffrance, je la mérite. C'est ce qui arrive quand on fait du mal aux autres. C'est ma punition, le juste châtiment pour ma faiblesse. Oui, c'est ça, tout est de ma faute et si je n'avais pas fait les mauvais choix, on n'en serait pas là. Ace me déteste sûrement en ce moment.
Mais ça va aller.
Il a juste dit qu'il avait besoin de temps.
Merci d'avoir lu ce chapitre. A partir de maintenant - comme vous avez dû le voir - l'histoire va être un peu plus sombre et certain des personnages vont pas mal souffrir. ^^ J'ai pas besoin de citer Sabo, forcément le pauvre était mal engager. Après vous allez me croire ou non mais ce ne sera pas forcément le plus à plaindre. Ne m'en voulez pas trop et dites vous que c'est simplement pour leurs évolutions ainsi que les besoins de l'histoire. J'ai une trame à tenir et surtout une fin qui a été décidé avant même l'écriture du premier chapitre. ^^ N'hésitez pas à commentez pour me dire ce que vous penser de tous ça, surtout par rapport à ce qu'il s'est passé entre nos deux amoureux. Sabo avait-il vraiment tort de ne rien vouloir dire à Ace ?
Prochain chapitre le 26 septembre 2018 !
