Bonjour,

Titre : Once Upon A Time - tome 2...

Auteur : Typone Lady

Disclaimer : L'univers de One Piece ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas : ils sont à Eiichiro Oda. Je les emprunte le temps d'une histoire.

Rated: M

Genre : Romance, Hurt/Comfort, Song-fic

Résumé : « Raconte-moi une histoire…une merveilleuse histoire comme on en voit si souvent dans les contes de fées. Laisse-moi imaginer encore un peu que nous aussi, nous avons le droit d'être heureux. » Peu importe à quel point ils le désirent, il y a des choses sur lesquelles ils n'ont aucun contrôle. Impuissant, ils observent les ruines de cette vie sans voir cette lueur d'espoir tapis dans l'obscurité.

Bêta correctrice : pommedapi

Note : Merci à ma bêta pommedapi pour ses précieux conseils et aussi pour avoir corrigé ce chapitre ;).

Bonne lecture à tous !


Once Upon a Time n'est pas une fiction à l'eau de rose.

C'est juste une histoire.

Leur histoire.

Parce que la vie n'est pas un conte de fées...

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Chapitre 7

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«Les meilleurs succès des hommes viennent après leurs déceptions.»

Henry Ward Beecher

Ace


Lundi 23 Octobre 2017

-Arrête de gigoter autant.

La voix de Hancock est froide et sèche, c'est comme plonger dans l'eau glaciale sans s'y être préparé. Je l'ignore pourtant, elle et ses regards, et cherche des yeux l'homme de la soirée.

-Ne t'en fais pas, Ace, nous ne restons pas bien longtemps, me dit mon père.

Je ne le crois pas une seconde. Je connais ce genre de soirées et je sais d'ores et déjà qu'elle va s'éterniser et que je n'ai pas fini de ruminer ma colère. Comme j'envie Luffy à cet instant! Le veinard a pu échapper à cette invitation barbante sous prétexte qu'il était trop jeune pour y assister.

Cette fête est nulle. Pleine de faste et de fioritures. La plupart des invités sont des personnes « importantes » : des femmes et hommes d'affaire, des aristocrates et des politiques. Il fallait bien tout ça pour l'anniversaire de Doflamingo. A vrai dire, seuls les Dragons Célestes ne sont pas présents et même si je trouve ça étonnant, je ne m'attarde pas dessus. Après tout, je me fous de cet évènement comme de ma première chemise. Je ne connais pratiquement personne et je ne me berce pas d'illusion concernant Roger. Il est plus que probable qu'il soit accaparé toute la soirée pour telle ou telle raison. Je ne compte pas non plus sur Hancock pour me tenir compagnie, il est certain qu'elle ne désire pas ma présence auprès d'elle. Ce genre de mondanités, elle a connu ça pendant ces années de mannequinat et elle va certainement trouver de quoi s'occuper. Peut-être même retrouvera-t-elle de vieilles connaissances.

Je soupire et après une légère tape d'encouragement de la part de mon père, je suis le couple qui avance lentement dans la salle. On tombe tout de suite sur des policiers et je suis déçu de ne pas voir Rys. Je suis sûr que j'aurais pu discuter quelques minutes avec lui et rendre ma soirée moins ennuyeuse. On continue notre chemin et alors que je pensais qu'on allait saluer le maitre de soirée, il n'en est rien. Ca me va plutôt bien.

Enfin, je pensais que ça m'allait. Tomber sur le père de Sabo, franchement je m'en serais bien passé !

-Roger.

-Outlook.

Leur salutation est si froide qu'elle n'a rien de cordiale. Je me demande d'ailleurs pourquoi des personnes qui s'apprécient si peu s'obligent tout de même à se parler. Sûrement les conventions de ce milieu si élitiste.

-Ma très chère Hancock.

Le père de mon blond prend délicatement la main droite de l'ex top-modèle et lui fait un baisemain en prenant soin de bien la regarder dans les yeux. Son sourire quand il se redresse est à vomir et je me demande comment Roger fait pour ne pas lui rentrer dedans. Par contre, Sabo lui, je comprends pourquoi il déteste autant son père. Aujourd'hui il n'est pas là pour des raisons évidentes et son père n'a pas l'air affecté par l'absence de son fils ainé.

-Hm.

Hancock soupire et son regard vagabonde dans la salle, se fichant de dévoiler son peu d'intérêt pour la personne qui lui fait face. L'homme se renfrogne et je vois que ça réjouit Roger. Je dois dire que moi aussi.

-Vous connaissez mon fils, Ace.

Il pose sa main sur mon épaule.

-Il est ami avec Sabo et étudie dans le même lycée.

J'hoche la tête pour seul salut et le regard noir que je reçois agrandit mon sourire et mon insolence par la même occasion.

Si Outlook sait que Sabo est en couple avec un garçon, il ignore que ce garçon, c'est moi. J'éprouve d'ailleurs un petit plaisir malsain à narguer cet homme. Je pense qu'il me sauterait à la gorge s'il le savait et même à ce moment-là, je sourirais encore !

-Ce fut intéressant de vous revoir, hésite-t-il. Et bien que j'adorerais continuer à admirer votre sublime beauté, ma très chère Hancock, il se trouve que j'ai d'autres personnes à saluer.

-Bien entendu. Nous n'allons certainement pas vous retenir plus longtemps d'autant que nous aussi, nous avons mieux à faire, lâche la concernée avec une moue dédaigneuse.

Pour la première fois depuis que je la connais, j'ai un véritable élan de sympathie pour Hancock. L'homme fulmine devant sa réaction et mon père aborde un franc sourire quand il passe une main autour de la taille de sa femme.

-Peut-être que nous aurons l'occasion de nous revoir au cours de la soirée, lance-t-il sans se départir de son sourire.

Outlook bout littéralement mais les salutations à rallonge ne semblent pas vouloir se finir, pour mon plus grand déplaisir. Quelques minutes plus tard, des minutes qui paraissent des heures tant mon ennui est grand, on quitte enfin la présence du père de mon petit-ami. C'est fou comme les gens peuvent parler pour ne rien dire, surtout quand c'est dans l'unique but de se lancer des piques. Je ne pensais pas mon père adepte de ce genre de pratiques mais je suppose que quand on évolue dans ce genre de milieu, on est forcé d'acquérir certains tics de comportement.

Malheureusement pour moi, alors que je croyais mon calvaire fini, la demi-heure qui suit va se passer exactement de la même manière. Salutations, présentations, sourires et compliments… Je commence à en avoir marre et abandonne sans rien dire le couple pour me diriger vers le buffet.

C'est le premier jour des vacances et je me retrouve à devoir survivre au milieu d'une mer infestée de requins. Ça ne m'enchante pas. Loin de là même.

Je marche lentement jusqu'à ma destination en faisant attention à ne pas attirer l'attention de qui que ce soit. Ce n'est pas vraiment mon genre habituellement mais là, la dernière chose que je souhaite, c'est qu'on vienne m'apostropher pour une raison ou une autre. La salle est grande et des invités ne cessent d'arriver de l'entrée tout en se faisant annoncer par un homme en costume bleu nuit à l'air assez nerveux. Le pauvre doit avoir peur de se planter : c'est le genre de soirée assez exceptionnelle où certaines personnes jouent leur avenir. Les traiteurs en sont un très bon exemple. Je remarque qu'ils ont l'air d'avoir sortis le grand jeu lorsque j'arrive devant la longue table où est disposé le buffet.

Avec ça, je n'aurais normalement pas de quoi mourir de faim et c'est bien connu : quand on s'ennuie, on mange. Dans un soupir, j'enfourne un mets que je serais bien incapable d'identifier tout en laissant de nouveau mon regard se perdre dans la salle de réception. J'avise mon père – et Hancock – non loin des lourdes portes et je comprends tout de suite à son attitude que ce dernier me cherche du regard. Je ne fais pourtant rien pour me manifester et le laisse tourner encore quelques instants la tête avant que nos regards ne se croisent. Il soupire ensuite et je devine qu'il n'approuve pas mon éloignement. Je consens à lui faire un petit sourire d'excuse et essaie tant bien que mal de lui faire comprendre que je reste là et que cette fois, je ne bougerais pas. Ça le fait rire et d'un hochement de tête, il acquiesce. Le pauvre aimerait faire de même mais ne peut pas à cause de ses obligations. Pourtant, ça ne tient qu'à lui de raccourcir notre calvaire à tous.

J'enfourne une brochette de crudités où les condiments ont été joliment taillés. Je suis sûr qu'avec des plats de cette qualité-là, Luffy se serait senti très bien ici. Mais c'est malheureusement moi qui me retrouve là, à espérer ne surtout pas croiser Doflamingo...

xXx

Accoudé à un des gros piliers de la salle, j'observe les invités ornés de leurs plus belles parures se pavaner, aller d'une personne à une autre avec leurs sourires faux collés aux visages. De ce que j'ai compris, nous sommes dans la propriété de Doflamingo. Il habite à Dressrosa et vient sur Goa occasionnellement, ce qui est plutôt étrange étant donné qu'il fait pas mal d'affaires ici. C'est dommage de laisser un lieu aussi beau vide les trois-quarts du temps. Dire qu'il y a autant de personnes si mal logées ou qui vivent dehors et qui meurent de froid une fois l'hiver venu... Décidément, les personnes riches vivent vraiment dans un autre monde…

Malgré tous les défauts de cet homme, je dois tout de même avouer que Doflamingo a du goût. Cet endroit respire la richesse mais est plutôt agréable. La salle des fêtes est dans les tons blanc et pastel avec des touches d'or au mur. Les piliers présents dans la pièce rappellent un peu l'époque romaine et les colisées. C'est impressionnant et attire indéniablement le regard. La végétation et les bouquets de fleurs par centaine sont pratiquement un code classique dans toute bonne déco. Les tableaux un peu moins et je me demande même ce qu'ils sont censés représentés.

A vrai dire, je n'ai même pas la force de m'y intéresser. Depuis samedi, je n'arrête pas de penser à Sabo.

Je suis déçu et profondément blessé.

C'est sans doute culotté de ma part de penser ça alors que je suis un plus grand menteur que lui encore mais… savoir qu'il ne se sent pas de me confier immédiatement des évènements aussi important que le fait que Doflamingo l'ait forcé à l'embrasser me meurtri. Je sais bien que c'est cet enfoiré qui a collé sa salle bouche à la sienne et qu'il n'y est pour rien là-dedans. Alors pourquoi attendre si longtemps avant de me le dire ?

Cette révélation m'a fait si mal, c'était comme un coup de plus. Quelque chose qui marque davantage encore le fait que je ne suis peut-être pas assez fiable pour lui. C'est une autre trace dans mon corp et dans mon cœur qui me dit que mon petit-ami n'est pas sincère. J'ai l'impression de passer mon temps à lui dire, lui certifier qu'il peut me parler et que je suis là pour lui. Aujourd'hui pourtant, je me demande s'il m'a écouté une seule fois. Je ne vois pas comment je peux être sincère avec Sabo s'il ne l'est même pas avec moi. Je veux lui dire pour mes tocs, pour ma tentative de suicide et tant d'autres choses encore mais j'ai peur… J'ai besoin qu'il me rassure et c'est loin d'être le cas en ce moment.

La seule chose que je souhaite pour l'instant, c'est ne plus entendre parler de lui et digérer comme je peux ce nouveau mensonge. Je veux me laisser le temps d'assimiler tout ça et de réfléchir à ce que je vais bien pouvoir lui dire quand je le reverrai.

Je siffle alors presque d'une traite mon verre de champagne. Ici, personne n'est trop regardant sur l'âge et je profite de l'absence de Roger pour boire éhontément.

-Toi aussi tu t'ennuies, gamin ?

Je tourne mon regard vers l'homme qui vient de m'aborder et hausse un sourcil sceptique à son intention. Il est grand et a la peau bronzée comme s'il revenait tout juste de longues vacances à la mer. Ses cheveux grisonnant dénotent d'ailleurs beaucoup avec son teint. C'est plutôt bizarre, il ne porte pas de vêtement chics, ce qui me laisse croire que ce n'est pas un invité. Son attitude je m'en foutiste est aussi un gros signe. Aucun des si prestigieux invités de Doflamingo n'oseraient agir avec autant de désinvolture. Pourtant, il n'a pas l'air de faire partie de la police ni du service de sécurité chargé de maintenir l'ordre pendant cette fête. A moins qu'il ne soit pas en service. J'hésite et puis me dis qu'il doit d'une manière ou d'une autre forcément faire partie du service d'ordre : on ne l'aurait pas laissé entrer autrement.

-Vous êtes policier ?

-Quelque chose comme ça, lâche-t-il, tout sourire alors que des rides viennent marquer son visage. Comment as-tu deviné ?

-Parce que vous n'avez rien d'un bourgeois.

-Toi non plus, gamin !

Je l'ignore et continue.

-Votre posture, votre façon d'être. Vous observez. C'est d'ailleurs comme ça que vous avez vu que je me faisais chier. Et vous êtes en repos ou alors gradé et c'est pour ça que vous n'avez pas de costume de flic.

Je souris et observe droit devant moi.

-Quelque chose comme ça.

L'homme a presque l'air impressionné et hoche lentement la tête.

-Toi aussi tu pourrais être flic, me fait-il remarquer comme une confidence.

-Non, moi je suis venu avec mon père. Et sa femme, j'ajoute quelques secondes plus tard.

Je soupire et quitte mon pilier pour aller me rechercher quelques petits fours salés. A part discuter, j'ai l'impression que les invités ne font rien d'autre. Les trois tables disposées au centre de la pièce regorgent d'appétissants plats et de toasts en tout genre mais puisque pratiquement personne n'y touche, la quasi-totalité ira certainement à la poubelle. Ou ailleurs. Pour boire par contre, personne ne se prive. C'est certainement pour se donner du courage. Il en faut après tout pour supporter cette soirée...

La musique d'ambiance bien trop douce et basse me donne presque envie de dormir. J'enfourne alors un sushi au thon en me disant que ceux au saumon sont bien meilleurs quand Shanks fait son entrée dans la salle de réception. Roger ne m'a pas dit qu'il allait venir alors je suis plutôt surpris de le voir. Et encore plus au bras d'une jolie blonde qui a l'air aussi perdue que moi ici. Cependant, contrairement à moi, elle a tout de même l'air ravi de se trouver auprès d'autant de beau monde.

-Encore ce voyou, peste le vieil homme qui m'a suivi jusqu'au buffet.

Je le regarde, les sourcils froncés, et me retiens de grogner quand il me pique des fours salés.

-Ce n'est pas un voyou, il bosse pour mon père.

Le vieil homme se tourne vers moi et me dévisage d'un œil nouveau. Il m'étudie clairement du regard comme si cette révélation avait son importance et qu'elle l'aidait à comprendre certaines choses. Devant son immobilisme, je finis par hausser un sourcil à son intention et il se reprend finalement.

-C'est la même chose pour moi, finit-il par dire.

Sa voix est dure mais pourtant, il sourit. C'est plutôt étrange.

-Vous connaissez mon père ? je m'étonne.

-Bien sûr que oui, c'est lui qui garde mon petit fils!

Je ne dis rien pendant plusieurs secondes, comme bloqué sur les mots du policier.

-C'est vous, Garp ? Vous êtes le grand-père de Luffy ?! je crie à moitié comme si c'était la révélation du siècle.

Je me reçois d'ailleurs quelques regards outrés de la part des convives mais je m'en fiche bien. Garp se contente d'acquiescer et de piquer encore de la nourriture dans mon assiette puis il s'en va comme il est venu, certainement pour accomplir ce pourquoi il est supposé être là. Personnellement, je ne me remets toujours pas de ma surprise. Il ne ressemble pas du tout à Luffy ! Dans un sens, c'est normal, Luffy est un ado et c'est une bonne chose qu'il ne ressemble pas déjà à un vieillard. Cependant, j'ai du mal à croire que c'est cet homme que Luffy me décrit parfois… Malheureusement, je n'ai pas le temps de m'attarder davantage : Shanks arrive vers moi et semble toujours d'aussi bonne humeur. Peut-être que la personne qui l'accompagne y est pour quelque chose.

-Ace ! lance joyeusement le roux en arrivant à ma hauteur.

-Salut.

Shanks sourit et prend deux verres, un pour lui et un pour la jeune femme que je regarde avec peut-être un peu trop d'insistance.

-Maldy, je te présente Ace. C'est le fils adoré de mon patron et aussi un très bon ami.

-Bonsoir.

Elle me fait la bise et je reste statufié, n'osant pas lui rendre son geste. L'odeur de son parfum m'importune. Pourtant, elle ne le remarque pas et me sourit. Des fossettes se creusent sur ses joues et enjolivent son visage. Ses cheveux courts encadrent son visage dans un parfait dégradé et ses longs cils soulignent parfaitement son regard. Elle est habillée d'une combinaison noire chic et assez courte qui souligne joliment ses formes.

-Bonsoir, je réponds finalement.

J'ai envie de lui demander qui elle est exactement, ne pouvant pas me contenter d'un simple « Maldy » mais je sais que ce serait impoli de ma part.

-Ravi de te rencontrer. Shanks a dû me parler une ou deux fois de toi. Je crois, rigole-t-elle.

-J'aimerais pouvoir dire la même chose de toi.

Loin de se vexer, elle sourit encore plus comme si elle trouvait ça amusant pour une raison que j'ignore.

-Shanks, je te laisse. Il faut que j'essaie d'attraper la PDG de l'entreprise…

-Mais oui, ne t'inquiète pas, la coupe-t-il.

Maldy se rapproche du roux et à mon plus grand étonnement, l'embrasse. Le baiser est chaste mais dure longtemps. Elle met ensuite fin à l'échange mais reste pratiquement collé au roux et je suis presque gêné d'assister à cette scène même si en même temps, je ne peux détourner les yeux de ce spectacle. J'essaie tout bonnement de comprendre.

A quoi joue Shanks ?

Je n'ai d'ailleurs pas besoin de prononcer un mot car mon ahurissement et mes interrogations se lisent parfaitement sur mon visage. Pourtant, Shanks fait le choix de ne pas me répondre et ignore même superbement tout ça en vidant d'une traite sa flûte.

-Qui est-ce ? je finis par demander.

S'il pense sincèrement que je vais juste me taire, il se trompe complètement.

-Maldy.

Il sourit.

-Tu n'étais pas là quand j'ai fait les présentations ou quoi ? s'amuse-t-il même.

-Si, je vous ai même vus vous embrasser et c'est bien pour ça que je suis perdu. Rassure-moi et dis moi que cette fille est juste très tactile et enthousiaste et que tu n'as pas osé la repousser.

Shanks rigole et son comportement me fait m'interroger encore plus.

-Tu sais, même si je t'aime bien, je ne mentirais pas à Mihawk pour te couvrir si jamais il vient à m'interroger à ton sujet, dis-je, à court d'argument.

Il est évident que Mihawk ne viendra jamais me demander un truc pareil et il est encore plus improbable que j'ose lui dire la vérité.

-Ne t'inquiète pas pour ça.

Je fronce les sourcils, me disant que justement, j'ai toutes les raisons de m'inquiéter.

-OK, c'est ton problème après tout...

-Exactement !

Il passe son bras gauche autour de mes épaules et observe la salle avec une certaine joie. Il a l'air de penser qu'il y a moyen de s'amuser. Le pauvre va vite déchanter.

-J'aurais peut-être dû venir avec Cavendish, c'est tout à fait son genre de soirée.

J'esquisse un sourire amusé. Moi aussi j'imagine très bien le blond ici, dans son élément.

-Pourquoi ne pas l'avoir fait ?

-Il ne voulait pas et puis j'avais un service à rendre à Maldy.

-Encore cette Maldy, dis-je, l'air de rien.

-Qu'est-ce qu'il y a ? Tu ne l'aimes pas ou quoi ? sourit-il.

-Non, c'est pas ça.

Je soupire et observe la jeune femme en grande conversation avec une femme beaucoup plus âgée et sûrement très importante mais dont j'ignore le nom. La belle brune a les yeux qui pétillent et a cette assurance qu'ont les femmes d'affaires. C'est assez cocasse, surtout qu'il y a pas dix minutes, elle faisait son entrée au bras de Shanks pas très à l'aise tout en fixant l'assemblée avec envie.

-Elle t'a vite oublié ta copine, je lui fais remarquer.

-C'est pas ma copine, m'informe-t-il. C'est même pas une connaissance. En fait, je l'ai rencontrée ce matin.

J'ouvre de grands yeux surpris et ma tête amuse fortement le roux.

-Pourquoi t'es avec elle ici alors ?

-Hé bien, alors qu'on était en train de sympathiser autour d'un café, je lui ai dit que je devais venir à la soirée d'anniversaire de Doflamingo.

-Ah, laisse-moi deviner. Elle a demandé à t'accompagner, c'est ça?

Il acquiesce et me montre la femme avec qui Maldy discute depuis tout à l'heure.

-Elle espère décrocher un stage dans son entreprise. C'est gonflé et ça m'a plu.

-C'est sûr que c'est pas commun. J'espère que tu fais pas ça en espérant qu'elle se montre reconnaissante envers toi?

Shanks comprend très bien le véritable sens de ma phrase et secoue la tête en prenant un nouveau verre.

-Je l'aime bien cette fille mais ce n'est pas pour ça qu'il se passera quelque chose avec elle. Et puis si ça se trouve, elle n'en a pas envie.

-De toute façon, t'es pas vraiment libre, je lui rappelle quand je vois que l'argument Mihawk ne fait même pas partie des freins à une possible relation avec cette jeune femme.

Shanks hausse les épaules et je décide de définitivement abandonner le sujet. J'ai sans doute déjà trop insisté.

-Allons donc plonger dans cet océan infesté de requins, finit-il par dire.

Mardi 24 Octobre 2017

Il est un peu plus d'une heure du matin à présent et nous venons enfin de terminer le dessert. J'ai sommeil et je m'ennuie tellement que je me suis mis à réviser mon histoire comme je pouvais avec les tableaux accrochés aux murs. J'ai finalement compris que certaines œuvres relataient grossièrement des évènements historiques. Mais maintenant grâce au ciel, on s'en va enfin ! Quand mon père m'a annoncé la bonne nouvelle, j'étais si heureux que j'ai pratiquement retrouvé toute mon énergie. La soirée se termine presque bien : je suis encore entier, j'ai bien mangé et j'ai simplement aperçu Doflamingo de loin.

Que demander de plus ?

Sans vouloir abuser, je demanderais bien de rentrer plus vite encore.

-Attendez-moi, j'ai oublié quelque chose dans la salle.

Je soupire fortement et mon père me fait un énorme sourire d'excuse mais ça ne marche pas avec moi. Il glisse alors quelques mots à l'oreille de Hancock et disparait rapidement derrière une des grosses colonnes de pierre avant d'atterrir dans la pièce principale. Je reste donc seul avec son épouse dans le couloir de l'entrée alors que la sortie est à quelques mètres. Épuisé, je pose le front contre les grandes baies vitrées et observe le bal des voitures qui semble-t-il n'a jamais cessé depuis notre arrivée.

Au final, Shanks a souhaité rester encore un peu. Des affaires à régler. Il a peu été avec nous et a discuté longuement avec un homme que je ne connais pas. Peut-être un client ou une autre connaissance de Roger. Puis il a disparu pendant de longues minutes avant d'apparaitre pour le diner – comme si les gens ne c'était pas déjà assez empiffré au buffet - où il a prit place aux côtés de sa charmante copine. Malgré moi, je n'ai pas arrêté de les regarder. C'est quand même fou cette histoire. Heureusement que Mihawk n'était pas là…

Je soupire encore et observe la bulle de vapeur formée sur la vitre. Sans y penser, j'écris le nom de Sabo. Je m'en rends compte heureusement presque aussitôt et l'efface. Une autre affaire à régler et je sens qu'elle ne va pas être simple.

-Vous partez déjà, ma très chère Hancock ?

Je relève la tête et grince des dents quand je vois Doflamingo arriver. Bien entendu, c'était trop beau pour être vrai ! Il a dû nous voir partir et ce rapace s'est lancé à notre suite. Je refuse de croire qu'avec tout le monde qu'il y a et les obligations qui lui incombent, notre rencontre ne soit qu'un hasard.

Pas spécialement décidé à lui parler, Hancock ne lui jette pas un seul regard et fixe avec obstination la porte que mon père a prise plus tôt.

-Toujours aussi peu bavarde, constate-t-il et la femme de Roger lui jette un regard noir qui ferait reculer à coup sûr n'importe quel homme.

Malheureusement, ça ne fonctionne pas sur Doflamingo. Encore une preuve que cet homme est un déséquilibré.

Bien décidé à s'amuser, celui-ci reporte alors son attention sur moi et je fais de mon mieux pour ne pas lui sauter à la gorge.

-Comment va Sabo depuis la dernière fois, Ace ?

Je me crispe et essaie au mieux de juguler ma colère.

-La dernière fois ? je relève.

-La petite discussion que nous avons eue il y a presque dix jours. Mais peut-être ne t'en a-t-il pas parlé ?

Je peux lire la satisfaction sur son visage : il veut me faire sortir de mes gonds.

-Je sais ce que vous lui avez fait.

Je prends soin d'appuyer sur chaque mot alors que je le fusille du regard. J'aimerais tellement pouvoir lui foutre mon poing dans la figure mais Roger revient bien trop vite. Je tourne alors les talons sans demander mon reste et je sens Hancock me suivre d'un pas tout aussi pressé. Roger touche à peine un mot au blond quand il passe à côté de lui et nous rattrape assez vite.

Et alors qu'on sort enfin de cette maison de malheur, j'ai la pensée entêtante et douloureuse que Sabo est un sale petit menteur.

Et qu'il va me le payer.

Mercredi 25 Octobre 2017

-Tu vas pas t'acheter un chauffage d'appoint ou quelque chose comme ça ? T'es au courant qu'il commence à faire sacrément froid maintenant ?

-Comme si j'avais des sous à mettre là-dedans. J'vais juste m'enrouler dans une deuxième couverture.

-Tu vas attraper la crève.

Zoro ne semble pas déstabilisé par mes propos et bois lentement une autre gorgée de sa bière, les yeux fixés sur la petite télé. Je fais de même et soupire de bien être avant d'en prendre une autre plus longue encore, appréciant la douce sensation d'euphorie qui commence à m'envahir. Je me suis arrêté les acheter avant de venir voir Zoro en me disant que j'en aurais très certainement besoin. La nuit dernière, j'ai à peine dormi. Mon esprit se repassait en boucle les derniers mots de Doflamingo, agrandissant juste un peu plus la plaie que Sabo venait de me faire. Je ne doute pas que cet homme m'ait fait cette déclaration dans l'unique but de m'énerver et de me faire douter de mon blond. Ça m'embête de le dire mais il y arrive très bien. On dit souvent que la clé pour la réussite d'un couple est la confiance et je suis d'accord avec cet adage. C'est bien pour ça que je vis aussi mal la trahison de Sabo. Mais ce n'est pas qu'à moi qu'il a fait du mal. Ses silences et ses mensonges, c'est comme s'il avait piétiné sans remord notre si belle histoire d'amour.

Alors ouais, je sais que c'est pas forcément une bonne idée de vouloir noyer son chagrin dans l'alcool mais qu'est-ce que je peux faire d'autre ? J'ai vraiment pas envie de voir Sabo. Là, tout ce que je veux, c'est l'oublier au moins pendant 24h et juste être normal à défaut de bien.

Je me suis honteusement invité chez mon meilleur ami en me disant que la bière serait un super laisser passer. J'ai bien vu qu'il n'était pas dupe quand il m'a ouvert. Il me connait mieux que personne et a très vite compris que quelque clochait. Mais Zoro est comme il est et il ne me demandera jamais rien si je ne lui fais pas comprendre avant que je souhaite parler. Et là, ce n'est pas le cas. Aujourd'hui, tout ce que je veux, c'est me saouler.

-Quoiqu'on dit que les idiots ne tombent jamais malade, dis-je pour l'embêter.

Il me jette un regard noir qui aurait sûrement fait glapir de peur certaines personnes mais pas moi. Je me contente simplement de sourire et il reporte alors son attention sur la télé. Bien que Zoro ne soit pas féru d'émissions ni de film, celle-ci est toujours allumée. Il ne le dira sans doute jamais mais je pense que c'est pour éviter que la solitude ne lui pèse. Il a beau aimé son mode de vie et ne pas être du genre à s'embarrasser de trop de monde autour de lui, je pense qu'il est tout de même agréable pour lui comme pour n'importe qui de ne pas faire face au silence sinistre de son chez soi au retour d'une longue et pénible journée.

J'observe alors la pièce et m'attarde quelques instants sur la fenêtre de la cuisine fermée. C'est du vitrage simple et je ne doute pas une seule seconde que toutes les autres fenêtres sont exactement identiques. Zoro peut bien clamer qu'une autre couverture lui suffira, je ne pense pas que se couvrir un peu plus chaudement change quoi que ce soit : il a de réelles chances de tomber malade. C'est fou de payer une fortune en chauffage pour au final avoir froid mais en même temps, ce n'est pas si étonnant. Il me semble que lors d'un reportage pendant le journal de 20h, un journaliste évoquait justement ce problème. Beaucoup de familles sont à la peine l'hiver et pour celles qui peuvent se le permettre, l'achat d'un chauffage d'appoint est souvent nécessaire. C'est triste quand on y pense. Je n'ose même pas imaginer le calvaire que doivent vivre ceux qui en ce moment même dorment dehors. De toute ma vie, je n'ai passé qu'une seule nuit à l'extérieur et je me souviens qu'elle avait été assez dure. J'avais beau être mal et avoir toutes ces idées macabres de suicide dans la tête, je me remémore encore avec précision la morsure du froid et l'inconfort de ce sol sur lequel j'avais essayé de dormir. Quel pitoyable spectacle j'avais dû offrir à Shanks...

Je soupire et regarde mon ami dans l'attente d'une réponse. Pourtant, le silence s'étire et je vide à grandes goulées ma boisson. Il faut que je me dépêche de me saouler si je ne veux pas avoir à penser à ce genre de chose.

-Tu dois savoir de quoi tu parles, répond-il finalement.

Je devine qu'il m'étudiait pendant tout ce temps et je me force à sourire, ne voulant pas inquiéter mon ami. Je fais même attention à mon ton ainsi qu'à mes mots.

-Je te rappelle que j'ai déjà été malade une ou deux fois l'année dernière, dis-je pour ma défense.

On continue ensuite de se taquiner un peu, enchainant par la même occasion les canettes de bière. Mais bizarrement, j'ai l'impression que ce n'est pas assez. Les minutes s'égrènent et je bois bien trop vite. L'alcool me monte à la tête sans que je m'en rende compte et je ne résiste alors pas à l'euphorie qui me submerge. Zoro me dit de me calmer sur la boisson quand j'éclate de rire à un moment incongru. Lui-même a arrêté de picoler depuis peu. C'est rare que Zoro se stoppe ainsi de lui-même, surtout quand il reste encore autant à boire et s'il le fait, c'est simplement pour m'inciter à faire de-même.

Mais je n'en fais rien. Je ralentis juste un peu car je me sens de plus en plus étrange et que je ne veux pas me retrouver la tête au-dessus de la cuvette des toilettes à recracher tout ça.

Malheureusement, cette soirée de beuverie n'a pas l'effet escompté et je me retrouve avec un goût amer dans la bouche. Je me sens bizarre et complètement désorienté. Je ne sais même pas pourquoi. Ça m'énerve.

Ce n'est pas ce que je veux. Il m'en faut encore plus…

Mes yeux me piquent un peu mais ce n'est pas bien grave. Je cligne simplement rapidement des yeux en espérant que ça passe tout seul mais ce n'est pas le cas. Désespéré, je décide tout bonnement de rien faire. Ce n'est pas bien grave après tout. Non, ce n'est pas bien grave... J'espère juste que je ne vais pas me mettre à chialer, ce serait vraiment le pompon. Pleurer alors que je souris autant, j'aurais juste l'air d'un psychopathe...

Le dos en appui contre le canapé, je laisse retomber ma tête dessus et observe le plafond. Nous sommes dans le noir, ce qui fait que je ne vois pas grand-chose mais étonnamment, cet acte me procure tout de même un certain apaisement. Je le faisais souvent à Baterilla et je suis content de voir que regarder le plafond a toujours un effet tranquillisant sur moi. Même si j'ignore bien pourquoi. J'ai pas l'impression d'avoir une espèce de fétichisme bizarre à ce sujet pourtant.

Ça a peut-être avoir avec le fait que tout ne fonctionne pas bien chez moi.

-Je crève de chaud.

Je sens le regard de Zoro sur moi mais je suis trop fatigué pour l'observer en retour et essayer de déchiffrer quelque chose dans ses yeux. Je prends une grande inspiration et après avoir ouvert une autre canette, je la bois presque précipitamment. Les yeux toujours fixés sur le plafond, j'ai du mal à boire convenablement et m'étouffe avec. Je tousse et aggrave alors mon cas : j'ai l'impression d'en avoir dans le nez.

-Ace ?

J'ignore mon ami et m'assois correctement pour boire mais j'avale une gorgée avant de m'arrêter brusquement et d'éclater de rire. J'en avais dans le nez! Putain, qu'est-ce que c'est dégueulasse ! Je devrais faire mes trucs de dingue et aller me laver à l'eau de javel en priant pour que ces saletés de microbe s'en aillent un jour. Mais non, je suis là, à rire comme un demeuré.

-T'es déjà fait ? m'interroge mon meilleur ami.

-Peut-être, je réponds lentement parce que j'ai peur de ne pas prononcer correctement les bons mots.

-Tu peux peut-être arrêter maintenant alors.

-Peut-être, je répète stupidement.

Zoro me fixe toujours avant de soupirer et de me prendre ma canette. Il la boit et je le regarde faire. On ne se quitte pas du regard et cet instant semble durer bien trop longtemps. Quand il pose ma canette par terre, elle est vide et mes lèvres s'étirent en un immense sourire. Zoro fronce les sourcils devant mon attitude mais loin de lui apporter une quelconque réponse, je me rapproche de lui et pose ma main gauche sur son épaule.

-Comment est Mihawk ?

Décontenancé par ma question, il reste tout d'abord muet et hausse un sourcil à mon intention.

-C'est le retour de tes questions chiantes ?

J'acquiesce et étouffe des petits gloussements qui le font sourire.

-Dur, froid, fort et doué. Il est si puissant et à vrai-

-Non pas comme ça…

Je soupire et lève les yeux au ciel. C'est Zoro, j'aurais dû m'attendre à ça.

-Tu le trouves sexy ? Beau ou même charmant ? Est-ce qu'il est drôle? Même si ça m'étonnerait...

Je cherche des yeux une autre canette de bière et en repère une un peu plus loin presque au pied de la télé. Je soupire mais comme j'ai vraiment soif d'ivresse, je traine mon corps jusqu'à elle avant de revenir prendre place à côté de mon ami. Je bois ensuite avec avidité, heureux d'avoir de quoi étancher sa soif.

Zoro met quelques secondes à me répondre. Sans doute réfléchit-il à la question. Il a toujours vu Mihawk avec ses yeux de compétiteur et de rival, il lui faut le temps de s'interroger là-dessus.

-Je pense que ouais. Mais je dirais vraiment que sa principale qualité est sa force et la maitrise de son art.

-Moi, j'aurais dit ses yeux. C'est vraiment impressionnant. Même ceux de Sabo ne m'envoutent pas comme ça.

Je soupire quand je me rends compte que je viens de mentionner Sabo.

-Pourquoi tu me parles de lui ? me demande Zoro.

-Mihawk est amoureux de Shanks. Je crois. Et je... Shanks l'aime. Enfin, c'est ce que je croyais...

Zoro m'observe avec une lueur d'incompréhension totale dans le regard et je lui fais un vague signe de la main.

-Laisse tomber, je sais même pas pourquoi je te dis ça... Je dois être plus bourré que ce que je pensais...

-Je pense que t'essaies juste de t'occuper l'esprit pour ne pas penser à Sabo.

-Ne me parle pas de lui, je le coupe durement.

Je me lève un peu brusquement et constate avec effarement que j'ai la tête qui tourne.

-Je reviens. J'ai besoin d'aller vomir.

Il ne fait aucun doute qu'après ça, j'aurais besoin de me purifier en longueur et en profondeur. A peine cette pensée formulée, je me tords brusquement au-dessus des toilettes et vomit avec dégout de la bile, de la bière pas digérée et certainement autre chose. Malheureusement, la douleur que je ressens est encore profondément ancrée en moi.

Je ne me sens pas bien. Et je ne sais pas si c'est parce que je ne suis pas dans mon état normal mais j'ai la furieuse envie de pleurer et d'appeler mes parents pour qu'ils m'aident. Comme quand j'étais un petit garçon et que mes seules inquiétudes étaient ces prétendus fantômes sous mon lit.

Bordel.

-Pourquoi tu fais ça, Ace ?

La voix de Zoro me parait si lointaine. Je l'ai même pas entendu arriver et ça m'énerve qu'il me voit dans cet état-là. Qu'est-ce qu'il doit penser de moi ? Que je suis pitoyable, tout simplement. C'est pas la première cuite que je prends et j'ai déjà bu bien plus que ça mais la dernière fois que j'ai été aussi mal, c'était en seconde quand j'ai tenté d'oublier combien j'étais un enfoiré qui faisait pleurer sa mère. J'avais bu mon premier alcool fort. Encore et encore, jusqu'à tomber inconscient chez cette fille qui avait cru qu'il se passerait quelque chose si elle me soulait assez pour que j'oublie même mon nom. Depuis, je connais mes limites et fais toujours attention à ne jamais boire seul et encore moins quand j'ai le moral dans les chaussettes. Malheureusement ce soir, j'ai dû oublier de respecter un de ces points mais je suis trop fait pour pouvoir même m'en rendre compte.

Mon ventre se contracte et honteux, j'essaie de retenir le prochain haut le coeur mais je me sens si nauséeux. Je perçois des larmes se former au coin de mes yeux et hoquète avant de vomir sans pouvoir rien y faire. Le goût désagréable de l'amertume envahit ma bouche et je m'essuie rageusement quand les spasmes s'arrêtent enfin.

Une main caresse mes cheveux avant de dégager les quelques mèches qui obscurcissent ma vision. Zoro me tend ensuite des mouchoirs et je les prends tout en me demandant où il les a trouvés. J'espère que ce n'est pas du papier toilette parce que là, j'aurais vraiment touché le fond.

-Arrête… T'approche pas, c'est dégueulasse, je grogne en essayant de me relever.

Bien entendu, Zoro ignore mes recommandations. Il tire la chasse d'eau avant de m'entrainer vers le lavabo. Je me rince vite fait tout en me disant que ce n'est pas suffisant : mon corps est rempli de microbes et je ne sais pas comment m'en débarrasser.

-Qu'est-ce qui t'arrive, Ace ? finit-il par me demander.

Je lui jette un regard noir à travers le miroir avant de me rincer une dernière fois la bouche.

-Rien. Absolument rien.


« L'amour d'autrui ne peut passer que par le respect de soi-même. »

Inconnu

Sabo


Jeudi 26 Octobre 2017

Je sens mon portable vibrer dans ma poche, signe que je viens de recevoir un message, mais je ne fais rien. Mon téléphone reste bien sagement dans le fond de ma poche : je verrai ça plus tard. Pour l'instant, je dois m'évertuer à rester concentré sur ce que dit Ivankov. Actuellement, je suis en compagnie du couple de danseurs et de deux autres personnes appartenant à l'Armée Révolutionnaire que je ne connais pas très bien. Je regrette l'absence de Monkey D. Dragon. A vrai dire, je ne l'ai pas revu une seule fois depuis notre rencontre fortuite lors de l'incendie du Grey Terminal. C'est un homme extrêmement recherché par les polices du monde entier et je comprends qu'il se fasse discret.

Malgré son absence, je sais qu'il sera très vite tenu au courant de ce qui s'est dit aujourd'hui. Comme je l'avais déclaré à Marco, j'ai pris contact avec l'AR pour leur parler de l'échange tendu que j'ai eu avec Doflamingo. Pour plus de sécurité, nous avons décidé de nous rencontrer dans un endroit discret à quelques minutes seulement de Dawn, heureusement accessible en transport en commun. Habituellement, nous avons nos réunions dans les locaux de danse du couple mais l'organisation préfère qu'à partir de ce jour, nous alternions les lieux de rendez-vous et ceci dans un souci de discrétion et de prudence. Chose que je comprends tout à fait. Même si ça n'aurait rien de louche pour nous de nous voir, je pense qu'au bout d'un moment, à force de multiplier les rencontres, notre groupe hétéroclite finirait forcément par attirer l'attention. Et c'est quelque chose que nous ne désirons pas.

Le groupe que nous composons n'a pour ainsi dire pas grand-chose en commun. Et forcément, les gens finiraient pas se demander de quoi peuvent bien discuter des personnes qui à priori n'ont pas grand-chose à se dire. Et pourtant…

-Pas mal, mon petit boy… !

Je ne peux m'empêcher de sourire face à l'enthousiasme d'Ivankov. Le sourire discret d'Inazuma a également de quoi flatter mon égo. Je me suis souvent senti inutile ces derniers temps et pouvoir de nouveau apporter mon aide, faire quelque chose pour l'AR me fait tellement de bien. Empêcher Doflamingo de faire plus de mal encore, c'est tout ce que je peux faire maintenant.

-Si ce qu'il t'a dit est vr-

-C'est vrai. J'en suis sûr et certain.

L'homme qui porte un bonnet et qui est légèrement en retrait me fixe pendant de longues secondes avant de soupirer.

-Dans ce cas, tu devrais faire attention. Rien ne dit qu'il ne cherchera pas à s'assurer de ton silence, termine-t-il.

-C'est vrai, il faut prendre en compte le fait qu'il cherchera peut-être à te faire taire, acquiesce Inazuma.

-Mais pourquoi me révéler quelque chose d'aussi gros si c'est pour me faire taire après ? je les interroge, plutôt sceptique.

-Doflamingo n'avait pas montré un vif intérêt pour toi à une époque ?

-Je…

Je suis complètement décontenancé par la question d'Inazuma. Pris de court, je ne sais même pas quoi lui dire. Je reste silencieux pendant un moment et malgré moi, les souvenirs de ma discussion avec Ace me reviennent en mémoire. Je me sens instantanément très mal. Je baisse la tête, honteux, et j'entends à peine Ivankov m'appeler avec inquiétude.

Ce baiser, qu'est-ce qu'il a vraiment signifié en réalité ?

Pendant longtemps, j'ai douté, pensant que peut-être, Doflamingo avait une attirance étrange envers moi. Heureusement, mes inquiétudes ont vite été apaisées quand je me suis rendu compte qu'il n'en était rien. Il voulait juste me briser. Me voler ce que je considère comme intime et quand je regarde ce qui est arrivé avec Ace, je me dis qu'il a presque réussi. Je le défiais silencieusement et même si je n'en faisais pas étalage, il était évident que je n'avais pas une bonne opinion des Dragons Célestes. Il a sans doute voulu faire taire ce début de contestation dans l'œuf.

Dans tous les cas, je n'ai pas envie de lui poser la question. Je suis bien trop occupé à sauver mon couple…

-Je ne sais pas si on peut appeler ça comme ça, dis-je, peu sûr de moi. Je pense qu'il voulait me recruter. Il disait souvent que je pourrais sans doute faire de grandes choses.

-Vraiment ? s'étonne l'homme au bonnet et je ne sais pas si je dois ou non me sentir vexé.

-Est-ce qu'il se pourrait que Doflamingo soit en vérité entré dans cette école pour recruter de nouveaux membres ? interroge Inazuma.

-Et ainsi intégrer des jeunes influençables et dévoués à son cercle, approuve le vieil homme à mes côtés qui jusque là s'était montré étrangement silencieux.

-Oh mon Dieu, c'est horrible ! se désole Ivankov.

Pendant quelques secondes, il fait semblant de tituber et se tient le cœur comme s'il souffrait affreusement. Et même si je sais que je ne devrais sans doute pas l'encourager dans cette voie-là, un petit rire m'échappe alors que son compagnon soupire.

-Il faut à tout prix faire des recherches pour voir s'il a oui ou non réussi à enrôler des jeunes de Marie-Joa ! s'exclame-t-il ensuite.

Les trois autres acquiescent et je pense également chercher de mon côté, voir si le comportement de certains élèves a changé. Il n'y a pas eu beaucoup de classes sous sa responsabilité et même si ça reste un nombre d'élèves assez nombreux, je suis sûr qu'un changement aussi radical se remarquera forcément. Mais si dans le pire des cas le changement opéré est plus discret, ce sera plus compliqué et je serais obligé de compter uniquement sur l'Armée Révolutionnaire. Je grimace, pas vraiment enchanté par cette perspective.

Restons tout de même positif. A la rentrée, je commencerai par observer ma classe ainsi que les membres du club. Je sais que certains terminales de ma classe ont eu Doflamingo comme professeur l'an passé.

xXx

Il s'est soudainement mis à pleuvoir il y a quelques minutes, juste avant la fin de notre petite réunion. Les membres de l'AR sont partis de leur côté alors que j'ai couru pour avoir mon bus. Le temps s'est rafraichi ces derniers jours et dans certaines régions, il a même neigé. Énormément de personnes ont quitté la ville pour aller profiter des pistes de ski un peu éloignées d'East Blue alors que d'autres ont fait beaucoup de kilomètres pour aller se prélasser à South Blue et déconnecter sous le soleil. Le climat doux de cette région est très recherché à cette période-là de l'année. Seules quelques personnes sont présentes avec moi dans le bus et j'en suis heureux car si je verse des larmes, peut-être que personne ne le verra.

La douleur que j'ai ressentie tout à l'heure quand j'ai pensé à Ace n'est rien comparée à celle qui me broie le cœur en cet instant. Je serre le portable entre mes doigts tout en me demandant si tout ça est bien réel. Peut-être qu'attendre n'était pas une bonne idée. Ace n'était pas bien à ce moment-là, se fier à son jugement était loin d'être judicieux. Mais que pouvais-je faire d'autre ?

Je suis conscient d'être en faute mais à part m'excuser, je ne sais pas quoi faire d'autre. Mais malheureusement pour Ace, ce n'est pas suffisant et j'ai beau y mettre beaucoup de volonté, je ne sais pas ce qui est suffisant pour lui.

C'est vrai, je lui ai menti. Longtemps.

Ça me faisait du mal et il l'a remarqué. Je me mets à sa place et je sais qu'il a dû se sentir… indigne de confiance et mal. Affreusement mal. Il n'y a rien de pire que de voir la personne qu'on aime souffrir et ne rien pouvoir faire pour elle.

Les yeux embués de larmes, je relis le message que Zoro m'a envoyé un peu plus tôt et étouffe avec difficulté un gémissement plaintif.

De : Zoro

A : Sabo

Il s'est passé quoi avec Ace ? Il a sérieusement déconné et n'est pas au mieux maintenant.

Discrètement, à la recherche d'un simulacre de réconfort, je caresse le bracelet - gourmette que Ace m'a offert et qui dissimule comme une boîte de pandore mon secret honteux. Mon index s'insinue lentement sous le bijou et touche les fines lignes qui strient ma peau. Je serre les dents et me rappelle ô combien ça avait été douloureux et qu'une fois calmé, j'avais regretté mon geste.

Pourtant, quand je retire mon doigt, c'est le souvenir du bien-être et du soulagement ressenti quand la lame avait coupé ma peau et que le sang s'était lentement écoulé qui me reste.

Je ne trouve même pas le courage de répondre à Zoro. Je repense encore à Ace et à la façon dont il m'a rejeté quand il a tout découvert. S'il ne se sent pas bien il ne voudra certainement pas que je me ramène devant alors que s'il souffre autant, c'est bien à cause de moi. Et c'est sans doute ça qui me fait aussi mal, le savoir au plus mal et ne rien pouvoir faire pour soulager sa peine.

Samedi 28 Octobre 2017

Les écouteurs dans les oreilles, je marche d'un pas sûr dans les rues de Dawn tout en écoutant attentivement Koala. Ses vacances avec ses parents et Nami se terminent bientôt et elles devraient rentrer dans quelques jours à présent. Elle m'a appelé un peu avant que je ne me décide à revenir au loft. Je voulais prendre un peu l'air et profiter de la fraicheur de la ville. Je supportais difficilement de rester enfermé. Beaucoup trop de choses me rappelaient Ace là-bas.

Me promener tout en discutant avec ma meilleure amie est une très bonne idée, surtout que parler avec elle me détend toujours. J'ai un lien très fort avec Koala. Elle est comme un ancrage pour moi et c'est parce qu'elle est si forte que je veux me montrer à la hauteur.

Cependant, plus la conversation avance, plus je sens que Koala ne va pas si bien que ça. Elle a un problème qui se nomme X-Drake et je me sens bien incapable de l'aider…

-Je suis sûr que tu te trompes. C'est compliqué pour lui, dis-je, hésitant. Il tient beaucoup à toi mais ne mesure certainement pas combien cette situation te pèse, j'ajoute en m'asseyant sur un banc du parc à quelques mètres de l'hôpital.

Certains patients sont là et ont le courage de se promener encore un peu malgré le froid. Un jeune homme au crâne rasé et à la silhouette assez mince croise mon regard et je lui souris. Visiblement ému pour une raison que j'ignore, il me rend la politesse avant de partir accompagné d'une jeune femme qui m'a tout l'air d'être sa sœur. Je suis assez déstabilisé par ce court échange et aussi un peu troublé. Ce garçon est malade et peut-être que dans quelques temps, il ne sera plus là pour profiter de la vie. C'est étrange de se dire que les personnes que nous croisons occasionnellement ou habituellement ne seront plus là un jour. Je n'avais jamais vraiment réfléchi à ça et ce constat ajoute un peu plus de peine à mes idées bien sombres.

La voix fatiguée de Koala me parvient et je grimace au ton qu'elle emploie.

-Je ne sais pas… J'ai vraiment du mal à le cerner et ça devient de plus en plus difficile de continuer comme ça...

-C'est toujours comme ça les relations à distance.

-Non, Sabo.

Elle soupire et j'ai l'impression d'avoir dit une bêtise.

-C'est juste lui qui est comme ça. Il refuse toujours que je l'appelle et je suis alors contrainte d'attendre les siens.

J'acquiesce, comprenant ce qu'elle veut dire. Koala est une fille entreprenante qui n'aime pas attendre et qui apprécie de prendre des initiatives. Même si elle s'entend très bien avec X-Drake, il est évident que sur certains points, ils sont très différents. Le fait que le roux ne soit pas un grand bavard ne doit sûrement pas aider mais je reste persuadé qu'il est simplement maladroit. Il tient à elle et même si en ce moment elle est perdue, Koala aussi le sait.

-Pourquoi il ne veut pas que tu l'appelles ? je l'interroge.

-La même chose que la dernière fois. Il dit qu'il ne veut pas avoir à attendre mes coups de fil. En attendant, c'est moi qui attends.

-Désolé…

-Pourquoi tu t'excuses, ce n'est pas de ta faute.

J'ai beau le savoir, je ne peux m'empêcher d'être désolé pour elle.

-Tu ne devrais pas rester comme ça si ça te fait autant de mal. Mets-le devant le fait accompli, appelle-le. Quoi qu'il en dise, je suis sûr qu'il sera très heureux de pouvoir te parler. Après tout, c'est pour éviter les déceptions qu'il restreint vos contacts. Prouve-lui que c'est sérieux et qu'il n'a aucune raison de s'attendre au pire à chaque instant. Il manque certainement simplement de confiance en lui et peut-être en toi.

-C'est vrai que X-Drake se met peu en avant et est plutôt mesuré dans sa façon d'être. Je n'avais jamais imaginé que ça pouvait venir d'un manque de confiance en lui.

-Hum.

-Il me manque tellement...

-Quand est-ce qu'il revient ? je lui demande en allongeant mes jambes.

-En décembre, pour les fêtes. Il repartira ensuite encore un mois et sa formation sera terminée. Il devra ensuite choisir entre continuer ou arrêter.

-Tu souhaiterais qu'il arrête ? je la questionne au bout d'un long moment.

-J'adore Sanji mais tu connais son père et l'amour qu'il a des batailles, de la grandeur de la guerre et des armes. J'ai peur pour X-Drake s'il reste dans l'Armée, finit-elle par dire.

-Je comprends.

xXx

J'éternue et ouvre précipitamment les yeux, surpris par le bruit et aussi le fait que je me sois endormi. Le visage encore ensommeillé, je lève difficilement les yeux sur la main tendue vers moi.

-Est-ce que ça va ?

Je cligne des yeux avant de prendre conscience de ce qu'on vient de me dire et me lève immédiatement, complètement gêné. Le fait que ce soit Eden qui me fait face n'enlève rien à mon malaise.

-Ce n'est pas un endroit pour dormir ici, me fait-il remarquer.

-Je suis désolé, je me… me suis assoupi, je bredouille, osant à peine le regarder.

-Un long moment alors. Il est presque 23h, tu dois être frigorifié, mon pauvre.

J'ouvre la bouche de stupeur avant de la refermer presque aussitôt et regarde avec effarement mon portable. Il est déjà si tard que ça ?! Comment est-ce que j'ai pu dormir aussi longtemps ?! J'esquisse ensuite un petit sourire attendri quand je vois les nombreux appels manqués de Cavendish.

-Tes parents ? me demande t-il quand il me voit consulter mon portable.

Je souffle sur mes doigts engourdis, profitant de ces quelques secondes de répit pour réfléchir à ce que je vais lui dire. Le père de X-Draka avait déjà deviné que j'aurais affreusement froid : il me tend un café chaud et je l'en remercie. Pendant un instant, je savoure la chaleur du gobelet qui réchauffe doucement mes doigts gelés. Je bois une gorgée et ferme les yeux à la sensation de bien-être qui m'envahit. J'en reprends encore une qui finit complètement de me réveiller.

-Merci. Il est très bon, dis-je, reconnaissant. Et non, c'est un de mes colocataires, j'ajoutefinalement après hésitation.

-Très bien.

Il s'assoit à côté de moi et m'observe silencieusement. Cette situation est plutôt particulière et étrange aussi, je dois l'avouer. J'ignore ce que je suis censé dire et ose à peine regarder l'homme plus âgé assis à mes côtés.

-Ça t'arrive souvent de t'endormir comme ça dans la rue ?

Je nie avec véhémence, ayant peur qu'Eden puisse imaginer que je passe mon temps à m'endormir sur des bancs publics. Il semble rassuré mais pas autant que moi quand je constate qu'il me croit sans problème.

-Il est tard, comment rentres-tu ?

Je me mordille la lèvre inférieure et baisse la tête. Je tombe sur mes Doc Martens et me demande si elles pourront me porter sans problème jusqu'à chez moi. J'ai tout de même près d'une quarantaine de minutes de marche à faire avant d'arriver au loft. Je me suis pas mal éloigné lors de ma balade et encore, j'étais déjà en train de me rapprocher du loft quand je me suis arrêté dans le parc derrière l'hôpital pour parler avec Koala. Il est tard et la nuit, le vent est quasiment glacial. Il cingle la peau et rougit les bouts de doigts. Ça va être dur de rentrer à pied mais je ne me vois pas déranger mes deux amis simplement pour ça. J'ai été négligent, j'aurais dû faire attention et mieux gérer le temps.

-Je ne sais pas, peut-être à pied... Sauf si un des rares métro encore en circulation ne me ramène pas trop loin de chez moi.

-Je vois, sourit-il. Laisse-moi plutôt te ramener, ce sera plus simple.

-Non, enfin... Il est tard, je ne veux pas vous forcer à faire un détour, je bégaie, surpris par la proposition.

-Ne t'inquiète pas. De toute façon, je dois aller chercher Rys à son boulot. Un détour de plus, ce n'est pas bien grave, me rassure-t-il.

J'hésite encore un peu mais devant le regard profond du châtain, je me retrouve tout simplement incapable d'aligner plus de deux mots. Un peu hésitant, je monte dans sa voiture et lui donne mon adresse.

-Tu as dû avoir une sacrée journée pour t'assoupir comme ça en pleine rue, lance-t-il alors qu'il s'engage dans la circulation. Je peux mettre de la musique, ça ne te gêne pas ?

Je secoue la tête et il met un CD. Des notes douces s'élèvent et une voix grave se fait entendre. Mélodieuse.

-Est-ce que c'est X-Drake ? je demande quand je comprends enfin à qui appartient cette voix.

-Oui. Il chante sublimement bien, n'est-ce pas ?

Je sens la fierté dans sa voix et je trouve ça vraiment touchant.

-C'est dommage qu'il n'ait pas réussi son concours d'entrée.

-Oui. J'espère qu'il retentera sa chance en février. Mais malheureusement, je ne pense pas qu'il prenne le risque d'être déçu une deuxième fois.

Le silence prend place dans la voiture et on écoute en silence X-Drake chanter. C'est doux et j'apprécie l'émotion qu'il met dans son interprétation. Quelques minutes plus tard, on arrive devant le commissariat.

-Il ne devrait plus en avoir pour longtemps. Je suis désolé de te faire attendre alors que tu dois être fatigué.

-Je vous assure que ce n'est rien !

Il sourit et sa douceur me permet de me sentir plus à l'aise avec lui. Mon portable vibre dans ma poche et je remarque seulement maintenant que je regardais Eden depuis peut-être trop longtemps. Je souffle un bon coup pour me remettre les idées en place et décide de répondre à Cavendish. Je relève les yeux quand je sens le père de X-Drake s'agiter. Il s'observe minutieusement dans le miroir du pare-soleil et après quelques secondes, je comprends alors qu'il étudie avec sérieux une grande griffure avant de soupirer et de cacher celle-ci sous le col de sa chemise. Il capte mon regard et le soutient si bien que c'est finalement moi qui finis par détourner les yeux.

-C'est plus impressionnant que douloureux.

-Hum... Vous ne devriez pas la soigner ? je demande.

-Si. Je vais juste laisser Rys jouer les infirmiers avec moi. Ça me changera.

Il rit et sa bonne humeur contagieuse me fait également sourire.

-Un patient récalcitrant, m'explique-t-il. Bientôt, il faudra avoir fait du karaté pour être médecin. C'est dur la vie, soupire-t-il. Je t'envie dès fois. Qu'est-ce que j'aimerais avoir encore 17 ans...

-On dit souvent que ce sont les plus belles années de notre vie, dis-je, pensif.

-Et toi, qu'est-ce que t'en penses ? m'interroge-t-il.

-Je ne sais pas... Je dirais plutôt que ce sont celles qu'on vit avec le plus de passion.

Il s'apprête à ajouter quelque chose mais au loin, la porte du commissariat s'ouvre et un groupe de personnes en sort.

-Ah, voilà enfin le retardataire ! Je vais l'accueillir, tu peux rester devant, ce n'est pas un problème, m'assure-t-il quand je fais un mouvement pour me déplacer.

Et puis, sans me laisser le temps d'ajouter quoi que ce soit, il sort de la voiture. Je le regarde faire et ne peux que sourire en repensant à notre précédente conversation. Les parents de l'ancien président du Glee club sont plutôt atypiques mais je les trouve très amusants et bien que je ne les connaisse pas beaucoup, je les trouve aussi très gentils. Particulièrement Eden qui m'aide alors qu'il n'en a pas l'obligation. Je pense que l'urgentiste s'entendrait à merveille avec Koala et que les deux feraient vite tourner X-Drake en bourrique !

Je souris, la tête dans les nuages en imaginant la scène. Je redescends cependant vite sur terre quand la porte du côté passager s'ouvre brusquement et que je tombe sur un regard sombre que je connais très bien. Rys m'avait jeté le même regard la première fois que je l'ai vu lors du concert en plein air du Glee Club. Je ne sais pas s'il ne m'apprécie pas beaucoup ou s'il réserve simplement ce traitement à tout le monde mais c'est à chaque fois assez déstabilisant. Je tente un pauvre sourire crispé en me faisant la réflexion que son attitude ressemble à X-Drake sur certains points.

-Bonsoir ! je lance alors histoire d'alléger l'atmosphère. Je m'appelle Sabo, je suis un ami d'X-Drake. C'est chez moi qu'on a passé nos vacances à South Blue.

-Ah oui !

Son visage se détend et je me dis que j'ai peut-être passé un test quelconque.

-X-Drake m'a déjà parlé quelques fois de toi. Toujours en bien, ajoute-t-il en souriant et j'en viens à douter de ce dernier point. C'était vraiment très gentil de la part de tes parents de laisser votre maison de vacances à des ados sans aucune surveillance. Mais ça prouve qu'ils ont confiance en toi et en tes fréquentations.

-Oh non, pas du tout!

Je secoue la main et fais comme si ce n'était rien. Croyant à une gêne, le brun sourit. S'il savait.

-Alors nous te ramenons, c'est ça ?

-Oui, désolé du dérangement.

-Pas de souci. Eden a bien fait de te le proposer. Il est tard, ce ne serait pas raisonnable de laisser quelqu'un rentrer seul.

Eden arrive et s'apprête à s'installer à la même place que tout à l'heure quand son compagnon l'arrête.

-Laisse, je vais conduire, annonce Rys. T'as l'air fatigué, t'as commencé à quelle heure ?

-En début de matinée et j'ai eu une coupure en milieu d'après-midi, soupire Eden.

-Elle devait pas être assez longue alors. Tu veux pas que je conduise pour que tu puisses te poser un peu ? lui demande le brun une nouvelle fois.

L'urgentiste finit par acquiescer et quelques secondes plus tard, c'est le policier qui se trouve à mes côtés, s'installant précautionneusement dans l'automobile de son conjoint.

-Alors, où est-ce qu'on te dépose exactement ?

Je n'ai pas le temps de lui répondre. En vérifiant le GPS, il voit qu'Eden a déjà rentré mon adresse. Il fronce alors les sourcils et je me demande si quelque chose ne va pas.

-Tu habites là ?

-Oui. Je suis en colocation en ce moment, dis-je, confus.

C'est quelque chose que je n'avais pas pris en compte tout à l'heure mais Rys est policier. Est-ce qu'il pourrait me causer des problèmes par rapport à ma situation qui est assez particulière ?

-C'est par là qu'habite Shanks, non ? Tu vis avec lui ?

-Arrête, Rys, tu fais peur au petit. Contente-toi de simplement le ramener.

-Je lui posais juste une question, se défend-il.

Il démarre et quitte lentement le commissariat de police. J'observe leurs échanges en espérant que le brun ne me posera pas plus de question.

-De la curiosité ou du flicage ? s'amuse Eden. Pas étonnant que X-Drake ne te dise jamais rien.

-C'est juste une déformation professionnelle, bougonne-t-il. Et je te signale qu'X-Drake se confie beaucoup à moi.

A l'arrière, Eden a l'air très fier de lui, ce qui a de quoi inquiéter le policier.

-C'est ça, oui. En attendant, c'est vers moi qu'il s'est tourné pour parler de sexualité quand il a été en âge de s'y intéresser de très près.

Je ne peux pas m'empêcher d'éclater de rire face à la mine complètement atterrée du père du roux. Le pauvre tombe des nues et le châtain prend un certain plaisir à le taquiner ainsi.

-Je suis sûr qu'il voulait aussi m'en parler mais que l'occasion ne s'est pas présentée! se rassure-t-il.

Le couple échange un sourire avant de partir sur un sujet plus léger. Ils parlent de leur journée et se raconte des blagues, ce qui fait que je suis un peu perdu mais ça ne m'empêche pas d'apprécier le trajet. Bercé par le bruit du moteur et émerveillé par les lumières de la ville, je sens la fatigue m'envahir presque soudainement. Je ne rêve que d'une chose, c'est de pouvoir m'allonger dans mon lit et ne pas me réveiller avant un long moment.

-Alors, comment est cette très chère Koala ?

La question de Rys me réveille brusquement. Je n'avais même pas conscience de m'être assoupi. Mes yeux se sont simplement fermés sans que je ne puisse rien y faire.

-Pardon, je t'ai réveillé.

-Non, c'est rien.

-On arrive bientôt, me signale Eden à l'arrière.

J'acquiesce puis papillonne encore des yeux avant de me rasseoir plus confortablement.

-Koala ? je demande quand je prends conscience qu'à la base, il m'avait posé une question. Hé bien, elle est merveilleuse, dis-je alors qu'un doux sourire prend place sur mon visage.

Je sens leurs regards sur moi et j'écarquille les yeux quand je réalise qu'il faut que je les rassure sur certains points. Si X-Drake leur a déjà parlé de moi, ça ne fait aucun doute qu'ils savent que je suis sorti avec Koala pendant un long moment.

-C'est vraiment une meilleure amie en or et elle tient énormément à X-Drake.

-Tant mieux parce que ça a l'air d'être du sérieux pour lui, confie Eden. Je me demande s'il nous la présentera celle-là.

-Si elle vaut le coup, il le fera.

-Il le fera, dis-je, décidé à faire gagner quelques points à Koala auprès de ces peut-être futur beaux-parents.

-Je l'espère, lance Rys tendrement.

Quelques instants plus tard, je suis enfin arrivé chez moi et je suis à la fois soulagé et très heureux de ce qu'il vient de se passer.

C'était assez étrange. C'est la pensée qui me traverse alors que je monte les escaliers de l'immeuble. Pendant presque une demi-heure, j'ai pu oublier Ace mais là, alors que Cavendish m'accueille, le sourire aux lèvres, j'ai l'impression de m'effondrer. Je lui souris comme je peux et entre alors qu'il referme la porte derrière moi.

Les parents du roux sont si gentils et ont l'air tellement amoureux. Depuis combien de temps vivent-ils ensemble ? S'aiment-ils ?

Et moi ? Est-ce que je vais aussi pouvoir me réveiller jour après jour auprès de la personne que j'aime ou est-ce que tout est déjà fini et que je ne l'ai toujours pas réalisé?

Perdu dans mes pensées, j'entends à peine ce que me dit le blond. Je décline sa proposition en lui disant que je n'ai pas faim et monte tel un automate dans ma chambre.

Je me sens mal.

Qu'est-ce que je vais faire si Ace décide de me quitter ?

Lundi 30 Octobre 2017

Je ne sais pas comment j'en suis arrivé là.

Mon reflet dans le miroir me renvoit l'image d'un individu faible, perdu et au bout du rouleau.

Est-ce que c'est vraiment moi cet homme qui tient cette lame de rasoir dans sa main ?

Je ne peux pas y croire… Mais en même temps, j'ai l'impression qu'il n'y avait que comme ça que ça pouvait se terminer.

Pourtant ce matin, quand je me suis levé, j'étais de bonne humeur. Fatigué de ma soirée, je m'étais endormi plutôt vite. Un sommeil sans rêve et réparateur, c'était ce qu'il me fallait. Contrairement à ce qu'Eden m'avait dit, dormir dehors ne m'a pas porté préjudice : pas de fièvre ni de toux !

J'ai pu petit-déjeuner tranquillement avec mes deux autres colocataires et ai apprécié à sa juste valeur leurs joutes verbales. J'ai ensuite un peu bossé mes cours au salon avant d'apprendre qu'Ace était parti chez sa mère cette semaine pour les vacances. J'ai serré les dents et ai continué mes leçons comme si de rien n'était. Courir avec Cavendish m'a aéré l'esprit, reprendre la course m'a comme je m'y attendais fait du bien. Je le faisais beaucoup avant et recommencer ne semble pas être une mauvaise idée.

Puis au milieu de l'après-midi, après un repas copieux, Shanks et Cavendish sont partis travailler et je me suis retrouvé seul. Horriblement seul. J'aurais pu appeler Sanji, Koala ou même Nami de qui je n'avais pas eu de nouvelles depuis plusieurs jours déjà. Je savais également que Gin passait des vacances ennuyeuses à Goa avec son oncle qui s'intéressait autant à lui qu'à sa première chemise.

J'aurais pu. Mais je ne l'ai pas fait.

A la place, je suis parti dans ma chambre et me suis allongé sur mon lit en fixant le cadeau d'Ace. Et les idées noires ont commencé à s'immiscer dans mes pensées, à fuser et à avoir raison de moi. Peut-être que c'est pour ça que je suis là, à me demander pourquoi je ne le fais pas, tout simplement. Pourquoi hésiter alors que j'en ai tant envie ?

Je ne veux plus souffrir. Je voulais… Je voulais… juste faire… Ce n'était pas censé se passer comme ça ! J'ai juste fait de mon mieux. Mais comme d'habitude, ça n'a pas suffi. Mes erreurs, je les paie maintenant. Ce ne serait pas arrivé si je n'étais pas aussi faible.

Je n'ai rien dit à Ace parce que j'avais peur de sa réaction, je ne voulais pas le décevoir. J'ai menti. Je lui ai menti en le regardant dans les yeux, en lui souriant et en l'embrassant. Comme mon père a fait pendant des années avec ma mère et mon frère. J'ai dérapé, je le sais, et c'est pour ça que je me suis excusé. Il a dit qu'il avait besoin de temps et je lui en ai laissé.

Alors pourquoi il n'est toujours pas revenu ?! J'ai besoin de lui... Il a dit qu'il serait toujours là pour moi. Alors pourquoi ?

Je ne comprends pas… Je ne sais plus ce que je fais. Je veux juste me vider l'esprit et passer à autre chose.

Le regard brumeux, j'approche la lame de mon poignet déjà meurtri. Un soupir tremblant m'échappe mais dès que la lame rencontre ma peau et que le sang perle sur mon bras, je souris. Je retrouve cette sensation de douleur mélangée au soulagement. A l'apaisement, à cette paix que je recherche tant.

Se faire mal encore et encore pour oublier cette douleur lancinante dans mon cœur. L'apaiser.

-Je te demande pardon, Ace… Il semblerait que je ne sois pas assez fort pour pouvoir me passer de ça finalement...

Je ne tressaille même pas quand je m'ouvre une nouvelle fois la peau un peu plus profondément. Mon regard se fait plus vif et un étrange sourire étire mes lèvres.

Ce bonheur est peut-être factice mais apparemment, c'est tout ce que je mérite.


J'espère que cette fin n'aura pas été trop dur à lire. D'ailleurs ça n'annonce pas de bonne chose pour la suite. ^^'

La suite dans deux semaines normalement.