Bonjour,

Titre : Once Upon A Time - tome 2...

Auteur : Typone Lady

Disclaimer : L'univers de One Piece ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas : ils sont à Eiichiro Oda. Je les emprunte le temps d'une histoire.

Rated: M

Genre : Romance, Hurt/Comfort, Song-fic

Résumé : « Raconte-moi une histoire…une merveilleuse histoire comme on en voit si souvent dans les contes de fées. Laisse-moi imaginer encore un peu que nous aussi, nous avons le droit d'être heureux. » Peu importe à quel point ils le désirent, il y a des choses sur lesquelles ils n'ont aucun contrôle. Impuissant, ils observent les ruines de cette vie sans voir cette lueur d'espoir tapis dans l'obscurité.

Bêta correctrice : pommedapi

Note : Merci à ma bêta pommedapi pour ses précieux conseils et aussi pour avoir corrigé ce chapitre ;).

Bonne lecture à tous !


Once Upon a Time n'est pas une fiction à l'eau de rose.

C'est juste une histoire.

Leur histoire.

Parce que la vie n'est pas un conte de fées...

.

Chapitre 8

.

«Toutes les batailles de la vie nous enseignent quelque chose, même celles que nous perdons.»

Paulo Coelho

Shanks


Mardi 31 Octobre 2017

-Cavendish ! je hurle avant de donner un coup de pied dans la porte. Putain, ça fait plus d'une heure que tu es dans la salle de bain! Tu te pignoles ou quoi ?!

Aucune réponse ne me parvient. Pourtant, je suis sûr qu'il m'a parfaitement entendu étant donné que l'eau ne coule plus depuis longtemps. Sentant mon énervement grimper en flèche, je pose la tête sur la porte et espère que le froid du bois réussira à me calmer un minimum. Derrière moi, Sabo déguste tranquillement son bol de céréales et ne perd rien du spectacle. Et si j'en crois ses nombreux gloussements, il trouve ça très drôle !

-Je vais être en retard… Bordel, Cavendish !

Ma voix part légèrement dans les aigues, ce qui provoque un fou rire de Sabo. J'esquisse d'ailleurs un sourire, reconnaissant sans mal que ça doit être marrant à voir.

-Comment tu as fait, toi ? je lui demande en me tournant vers lui.

-Il m'a demandé si je voulais utiliser la salle de bain avant qu'il n'y entre. Il me reste juste à me brosser les dents après avoir fini mes céréales et je pourrais aller voir Luffy.

-Y a du favoritisme dans l'air...

Je soupire et Sabo se contente de hausser les épaules. Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvre enfin et Cavendish en sort frais comme un gardon, impeccable, comme toujours. Il se permet même de me toiser avant de passer une main dans ses longs cheveux blonds et de se décaler de manière théâtrale.

-La salle de bain est libre.

-C'est pas trop tôt, je souffle.

Je fais quelques pas avant de m'arrêter.

-Tu peux te brosser pendant que je me douche si tu veux Sabo.

Pour une raison que j'ignore, Sabo refuse catégoriquement et accompagné de Cavendish, retourne en bas dans le séjour. L'esprit un peu plus apaisé, j'entre enfin dans la douche. Habituellement, je me fous un peu d'être en retard mais être en retard alors qu'on s'est levé plus tôt exprès pour ne pas que ça arrive… C'est autre chose. Je dois plaider ce matin et je n'ai pas intérêt à arriver en retard.

Ma douche est rapide et mon brossage de dents éclair. Dix minutes plus tard, je descends les escaliers habillé et pratiquement prêt à partir.

-Tu restes jusqu'à quelle heure chez Roger ? je demande à Sabo alors que je me sers du café.

-Jusqu'à midi. Après je vais manger dehors avec Luffy et puis on ira à l'animalerie. Apparemment, ils ont accueilli il y a quelques jours un serpent long de presque 2 mètres et on veut absolument voir ça ! lance-t-il, des étoiles dans les yeux.

-Vous avez des passe-temps vraiment bizarres, commente Cavendish, une moue de dégoût sur le visage.

-Si mon procès ne dure pas trop longtemps, je viendrais peut-être avec vous, j'approuve alors.

Je vole la tasse de café de Cavendish après avoir bu la mienne et la finis sous ses remontrances avant de prendre mon sac et de filer.

xXx

Je soupire et shoote dans un caillou qui fait à peine deux rebonds avant de s'arrêter un mètre plus loin. Je lève les yeux au ciel et soupire de lassitude. J'aurais dû voir que cette journée serait une catastrophe.

Finalement, je ne suis pas arrivé en retard à mon procès… mais je dois dire que j'aurais bien aimé ! C'était une calamité. Être absent aurait franchement été une bonne chose. Je défendais un pauvre mec loin d'être innocent et le procureur demandait 5 ans fermes. Sur ce coup-là, j'étais bien d'accord avec lui ! Ce qui m'a énervé, c'est d'apprendre qu'en plus d'être un escroc sans scrupule, il est également un menteur invétéré. J'ai dû revoir toute ma stratégie à la dernière minute quand je me suis rendu compte que les éléments sur quoi je basais ma défense étaient faux, ce que l'accusation n'aurait pas manqué de relever. Résultat, ça a été un désastre et mon client a bien pris les 5 ans fermes.

Bien fait pour lui !

N'empêche que cette matinée m'a pas mal énervé et comme j'ai le reste de ma journée de libre – en vérité, j'ai des dossiers à bosser mais peu importe – je suis en chemin pour aller chez Luffy et me détendre avec eux. Je suis sûr que Sabo et lui auront pas mal de trucs sympas à me raconter. J'espère juste qu'ils ne sont pas déjà partis à l'animalerie. Moi aussi j'ai bien envie de voir ce serpent gigantesque. Ça me changerait à coup sûr les idées !

Je me demande d'ailleurs si mon merveilleux colocataire accepterait qu'on ait un serpent ou un autre animal au loft. Sabo n'y verrait pas d'inconvénient mais Cavendish… lui qui est déjà si à cheval sur la propreté… J'ai des doutes !

-Excuse-moi.

Je m'arrête et me retourne, me demandant bien qui peut m'appeler. Personne. Je fronce les sourcils et me demande si je ne deviens pas fou. Je ferais mieux de me détendre un peu plus. Me prendre la tête pour des bêtises me fait imaginer n'importe quoi...

-En haut, résonne alors une voix chaleureuse au-dessus de moi.

Je lève la tête et croise le regard de Reiju. Accroupie sur la branche d'un arbre, sa robe rose dévoilant le haut de ses cuisses et ses cheveux longs cascadant sur ses épaules et son dos, elle tient un chaton blanc qui a l'air apeuré dans ses bras. Ses yeux bleus me fixent sans ciller et son sourire me ferait presque vaciller. Je jette un regard à ma droite et observe la grande bâtisse des Vinsmoke que je viens de dépasser sans m'en apercevoir.

-C'est dangereux de monter aussi haut, surtout avec une robe aussi courte. Cela dit, c'est loin de me déplaire. Comment vas-tu, Reiju ?

-Toujours aussi charmeur, Shanks.

Elle secoue la tête, amusée par mon baratin.

-Alors vas-tu m'aider ?

-Bien entendu.

Je m'approche et tends les bras pour réceptionner le chat avant de le poser doucement par terre. Celui-ci n'attend pas une seconde de plus pour s'enfuir au loin et quelques secondes plus tard, la jeune femme atterrit souplement à côté de moi.

-C'est étrange de te trouver là. Habituellement, tu fuis cet endroit, note-t-elle.

-C'est parce que ça ressemble à une forteresse hantée, je lance en observant la grande bâtisse des Vinsmoke.

-C'est vrai mais ça a son charme ! continue-t-elle. Ma famille n'est pas si terrible que tu le penses, Shanks.

-Je sais.

J'esquisse un sourire que j'espère rassurant. Je connais bien la famille Vinsmoke, ou plutôt sa réputation. Je n'ai jamais eu à faire à eux et c'est plutôt une bonne chose. Roger et Jajji Vinsmoke ont des intérêts très éloignés et je doute qu'un jour leur chemin se croise. Certain prêtent aux Vinsmoke une force incommensurable et des qualités extraordinaires et il se peut que ce ne soit que des rumeurs mais il y a également certainement une grande part de vérité. C'est une famille très secrète qu'on dit cruelle. Quand je pense que Mihawk est sorti avec l'un d'eux... Je crois que je ne m'y ferais jamais !

Reiju est différente, elle a l'air notamment plus accessible que ses frères. Du haut de ses 23 ans, l'ainée de la fratrie travaille comme porte-parole du Germa 66 et est conseillère auprès de son père. A vrai dire, je ne la connaissais pas vraiment plus que les autres membres de sa famille avant que je n'apprenne son appartenance au fan club de Cavendish. Dire que j'ai été surpris aurait été un euphémisme : cela ne lui ressemble tellement pas ! Mais en même temps, elle fait ce qu'elle veut. Une magnifique femme comme elle, il fallait bien qu'elle ait des défauts. Cavendish me tuerait certainement si je disais ça devant lui un jour. Reiju et moi nous sommes croisés quelques fois lors de certains shootings photo du blond auxquels des fans triés sur le volet avaient gagné le droit d'assister. Nos petites discussions anodines nous ont permis de sympathiser et d'apprendre à nous connaitre dans un autre cadre que celui du professionnel. Il est malheureusement clair que sans cette circonstance, Reiju ne m'aurait jamais adressé la parole.

-Félicitation pour le poste de ton père, je lance en ayant presque l'air impressionné. Et pour ta promotion.

Je termine en lui faisant un clin d'œil.

-Merci, répond-elle poliment.

-Grande sœur !

Je grimace quand je vois celui qui vient de nous interrompre. Niji. Il avance lentement jusqu'à nous et il ne me regarde pas mais je sens tout de même son attention fixée sur moi. Il s'approche de sa sœur, son sourcil froncé d'une manière plutôt comique.

-Un problème, Niji ? lui demande sa sœur.

-Je ne sais pas, Yonji est bizarre.

Il parle bas, ce qui fait que je n'entends pas la suite. Le visage de Reiju se voile alors de tristesse et je me demande ce qui se passe.

-J'arrive. Je dois y aller, Shanks. Peut-être aurons-nous l'occasion de nous recroiser prochainement.

-Peut-être.

-J'espère alors que tu auras un autographe de Cavendish pour moi.

-Ne lui donne pas plus de raison de s'admirer dans le miroir.

Elle rigole alors que pour ma part, je ris jaune, la longue attente de ce matin pour la salle de bain étant encore trop vive dans mon esprit. Si seulement Reiju savait comment est vraiment Cavendish... Malheureusement, elle reste simplement une fan de la star qu'il est en train de devenir.

Elle s'en va d'une démarche sûre, abandonnant son sourire et sa jovialité pour rentrer dans la demeure familiale. Niji lui, reste dehors et me regarde enfin. Et je le contemple aussi.

Je ne sais rien de lui. A vrai dire, la seule manière pour moi de le voir est de l'associer à Mihawk. Quoi que je fasse, je n'arrive pas à oublier que ses mains ont touché son corps.

Mihawk l'a quitté parce qu'il y a eu cette histoire de fiançailles et d'homosexualité cachée mais si ça avait été plus simple entre eux, peut-être que leur histoire aurait pu marcher. Je ne suis même sûr qu'ils aient mis convenablement et définitivement fin à leur relation alors que moi… Je n'aurais comme souvenir que ces courtes étreintes et cette chose que j'aurais pu appeler de l'amour mais qui au final aujourd'hui n'est que douleur.

Après un soupir, je tourne les talons sans avoir échangé un seul mot avec Niji. Quand je suis à quelques mètres de lui, je souris de nouveau, emprisonnant du mieux que je peux toutes ces pensées au sujet du brun.

Jeudi 02 Novembre 2017

La tête posée sur mon bureau, je regarde d'un œil vide le dossier sous mes yeux. Je soupire et me redresse pour étudier une nouvelle fois les papiers que m'a transmis mon supérieur. Je sens que cette histoire va être compliquée.

-Pourquoi moi ? je demande à Rayleigh qui, assis devant moi, semble particulièrement s'amuser du spectacle que je lui offre.

-Pourquoi pas toi ? lance-t-il.

Je réfléchis à la question pendant quelques secondes avant de hausser les épaules, lui donnant ainsi raison.

-C'est vrai, pourquoi pas moi ! j'abdique, un sourire en coin. Mais tu sais, je suis encore un novice au barreau, me confier trop d'affaires n'est pas forcément une bonne idée.

Je prends le dossier qui est étrangement fin par rapport à sa complexité et le range dans un de mes tiroirs de bureau.

-Si Roger me demande de te confier tant de tâches, c'est parce qu'il a confiance en toi.

-Il ne devrait peut-être pas.

Malgré moi, je suis heureux et vu la lueur de malice que je lis dans les yeux de mon supérieur, il doit lui aussi le voir. Roger est un homme pour qui j'ai énormément d'estime et je ne le remercierais jamais assez pour tout ce qu'il fait pour moi. Ce n'est sans doute pas grand-chose pour lui mais tout ce qu'il fait sont autant de choses qui me permettent de me construire, de devenir meilleur. Surtout, il m'a permis de voir les choses autrement. J'avais une vision de la vie plutôt brouillonne. Si je ne l'avais pas rencontré, je ne serais rien, une personne lambda comme tant d'autres qui essaie d'oublier ses problèmes dans une autre réalité et qui se contente d'un bonheur factice.

-Tu y arriveras.

-Eh bien, je n'ai plus trop le choix maintenant.

-Ton optimisme plutôt réaliste m'a toujours fait rire. Mais bon, c'est très bien, tu vas en avoir besoin. Les affaires de plagiat et de droit d'auteur sont toujours compliquées mais dès que tu enlèves tout le superflu et que les gens se mettent à parler sans langue de bois, c'est tout de suite plus simple.

J'acquiesce, d'accord avec lui.

-En attendant, on va pouvoir trinquer, reprend-il.

-Trinquer à quoi ?

Je le regarde se lever et passer derrière moi pour prendre la bouteille que je garde en réserve. Je me retiens de lui demander ce qu'il fait et le laisse nous servir des verres. De toute façon, depuis que Rayleigh connait l'existence de cette cachette, il ne se prive pas lui aussi de se servir de temps en temps un petit verre quand il vient me voir. Il m'a même gentiment racheté une bouteille quand l'autre a fini au fond de la poubelle, vidée de toute sa substance.

Quand j'y pense, j'ai de la chance d'avoir des patrons aussi compréhensifs et avec en plus une ouverture d'esprit aussi importante.

-Tu n'as pas plaidé récemment ? m'interroge-t-il après avoir bu une gorgée de sa boisson.

-Tu parles de ce désastre ?!

J'éclate de rire quand je me rappelle de ce procès. Je crois que peu importe ce qui arrivera à l'avenir, celui-ci restera la pire performance de toute ma carrière sans aucun doute. Si mardi j'étais encore quelque peu agacé à ce propos, aujourd'hui j'en rigole simplement. J'ai été trop naïf. Il est évident qu'on ne peut pas toujours défendre des innocents ou des victimes, c'est un fait, et c'est même nécessaire d'également pouvoir défendre ceux qui sont de l'autre côté de la ligne. Par contre, il faut imprimer très tôt que ce n'est pas parce que vous êtes là pour les défendre que vos clients vous diront toujours la vérité. J'y serai plus attentif la prochaine fois. Et puis maintenant que j'y pense, c'était peut-être pour apprendre cette leçon que Rayleigh m'a refourgué ce client peu délicat.

J'observe mon supérieur et je me dis que ce n'est pas impossible. Ses lèvres s'étirent d'ailleurs en un sourire et son regard s'illumine de malice quand il croise le mien. Je secoue la tête, amusé, et il hausse les épaules comme s'il n'y pouvait rien. On passe tous par là je suppose. Je lève mon verre et il fait de même. Nous trinquons et parce que je l'ai bien mérité, je bois mon verre cul sec.

-Je ne te pensais pas comme ça, je confesse.

-Ne sous-estime pas le vieil homme que je suis, tu pourrais être bien surpris par les ressources dont je dispose.

J'acquiesce, prenant note de ses mises en garde.

xXx

-C'est cool que le tournage soit enfin fini, tu vas pouvoir de nouveau t'empiffrer!

-Je ne sais pas comment je dois le prendre, me dit mon colocataire.

Assis sur le canapé à côté de moi, Cavendish me toise avec toute l'arrogance dont il est capable. Même s'il ne l'avoue pas, je pense que ça le blesse un peu que je ne l'encourage pas plus.

-En tout cas moi, j'ai hâte de pouvoir voir ton film! Je suis sûr que tu es fantastique dedans ! s'enthousiasme Sabo.

Cavendish sourit avant de me lancer un regard peu amène. Il ne dit rien mais je l'entends distinctement me faire passer le message : « Lui au moins m'encourage ».

-Tu ne seras pas déçu, ajoute-t-il ensuite à l'adresse de l'autre blond.

-Ça fait quand même bizarre de se dire que je connais une star, continue Sabo.

-Hé bien, il va falloir t'y faire, sourit le mannequin.

Je lève les yeux au ciel, amusé par leur comportement. Ce n'est pas une mauvaise chose que la popularité du blond grandisse et qu'il réalise son rêve. Bien sûr que je serais ravi d'aller le voir au cinéma quand le film sortira et Sabo se fera certainement un plaisir de m'accompagner en plus ! Je suis juste inquiet pour Cavendish. Lui et moi avons une relation particulière, il est ce que je pourrais appeler un ami. Un ami spécial mais un ami tout de même et c'est pour ça que je m'inquiète pour lui. Que je fais attention à lui.

La lumière des projecteurs est très plaisante et même grisante. Avant de s'en rendre compte, on peut s'y engouffrer et découvrir ensuite avec amertume que toute cette lumière n'était que de la poudre aux yeux pour mieux cacher les ténèbres qui l'entourent. Je me charge juste de lui faire garder les pieds sur terre. Cavendish a un égo surdimensionné et ne sait pas forcément détecter les pièges : il veut tout réussir et trop vite en plus.

Il vit son rêve à fond et ne s'encombre pas de toutes les choses néfastes qui tournent autour de ce monde élitiste.

Malheureusement, la vie se chargera vite de lui enlever son innocence.

-Pourquoi tu me fixes comme ça ? soupire-t-il alors qu'il signe un autographe à Sabo. Tiens, dans quelques temps il vaudra certainement de l'or.

-…Merci.

L'étudiant l'accepte sans trop savoir quoi en faire. Il m'interroge du regard et je lui fais signe de le jeter. Il lève les yeux au ciel avant de le ranger dans la poche de son pantalon et retourne à ses recherches sur son ordinateur.

-Tu as minci, je me contente de lui dire.

Cavendish lève un sourcil, blasé.

-Est-ce que je dois te féliciter pour avoir relevé un fait visible de tous ?

Il soupire et dans un mouvement souple de tête, envoie ses cheveux en arrière.

-Heureusement que j'ai minci, Shanks! Après tout, c'est le but d'un régime.

-C'est vrai, je réponds sans pour autant me démonter.

Je me jette alors soudain sur lui et le serre très fort.

-Qu'est-ce que tu fais, abruti ?! s'énerve-t-il. Ne me touche pas avec tes mains dégoutantes!

-Mais qu'est-ce que tu racontes encore ? je lance, désinvolte. Regarde plutôt comme j'arrive si facilement à te tenir près de moi! Je suis sûr que tu as perdu au moins 6 kilos. Les filles vont être déçues de ne plus te voir avec tes tablettes de chocolat et ce corps que tu avais lors de ton dernier shooting!

Agacé, le blond me pousse brutalement et me foudroie du regard.

-Sache que je suis irrésistible et que peu importe ma plastique, je suis tout simplement parfait.

Je rigole face à l'assurance de mon ami.

-Hé bien, on peut dire que tu ne manques pas de confiance en toi, je souffle en me rasseyant correctement.

-Il faut au moins ça pour évoluer dans ce monde de vautours. Mais si tu préfères mon physique d'avant, je peux sans problème le retrouver. Le plaisir des yeux n'est pas difficile à satisfaire et je peux faire cet effort pour ceux qui me côtoient tous les jours.

-Oh.

Je ne peux m'empêcher de sourire face à ce qui ressemble à un flirt mais s'agissant de Cavendish, ça doit simplement être une preuve de bonté de sa part.

-Attention, je pourrais commencer à te trouver séduisant.

-Je suis séduisant, Shanks.

Il hausse un sourcil alors qu'un sourire charmant se forme sur ses lèvres. Je secoue la tête, amusé, tandis que Sabo baisse le volume de la télé pour essayer de se concentrer sur ses cours alors qu'il est évident que ça ne changera rien.

-Je vais préparer à manger avant que quelqu'un ne meurt de faim ici, décrète ensuite mon colocataire.

-J'aimerais manger japonais, intervintSabo.

-Je veux manger de la côte de bœuf, je lance alors, pas vraiment emballé par du poisson.

-C'est moi qui cuisine alors c'est moi qui décide.

Je soupire, me disant qu'à tous les coups, on va manger des sushis. Cavendish est trop gentil avec Sabo et pas assez avec moi !

Vendredi 03 Novembre 2017

Je quitte Maldy en me disant que cette femme est dangereuse : belle et intelligente, c'est un cocktail à haut risque pour les hommes. Je l'ai rencontrée dans ce même café où je me trouvais il y a encore 5 minutes, Paradise. Contrairement à ce qu'a pu penser Ace la fois où il nous a vus tous les deux lors de la réception donnée en l'honneur de Doflamingo, Maldy et moi ne sommes pas amants. J'aurais pu le détromper plus clairement mais j'ai trouvé ça bien qu'il le pense. Au moins ne voit-il pas combien je suis pathétique à essayer d'oublier un homme que je n'aime même pas...

La jolie rousse n'est qu'une connaissance dont je suis doucement en train de devenir l'ami. Elle a terminé ses études en juin dernier et rêve de devenir désigner. Elle veut devenir célèbre grâce à son travail et son talent. Après avoir enchainés les cafés, je lui ai parlé de la fête. C'était une réception assez fermée et extrêmement prestigieuse. La jeune femme s'est simplement servie de moi pour pouvoir rencontrer la personne qui pourrait lui mettre le pied à l'étrier. Je ne suis pas énervé ni vexé étant donné que ça a marché. Si je peux aider, pourquoi pas ? Maldy est adorable en plus.

Ça aurait été bien que je m'attache un peu plus à elle. Ou pas… Je suis encore un peu jeune pour me caser, j'ai le temps, je peux m'amuser. Tenter de nouvelles choses…

Je me souviens que la peau de Cavendish était douce sous mes doigts. C'est un homme qui prend soin de lui et qui est séduisant. Il ne fait aucun doute qu'il doit briser pas mal de cœurs, d'hommes et de femmes. Pourtant, il est célibataire depuis que je le connais. Il attend le véritable amour et ne conçoit pas de sortir avec quelqu'un juste pour s'amuser ou parce que celle-ci lui plait physiquement. Il est si différent de moi.

Sabo vit quant à lui une petite idylle romantique avec le fils de mon boss. Ils sont si jeunes mais savent déjà la vraie signification du mot amour. Je doute qu'ils puissent retrouver ce genre de relation avec quelqu'un d'autre si un jour ils venaient à se séparer. Le premier amour est peut-être le dernier. J'ai entendu dire qu'on s'en souvient toute sa vie… On m'a aussi dit que le véritable amour est douloureux… C'est bizarre, non ? Ou peut-être pas : plus notre amour est fort et plus les risques sont grands. Si on souffre, c'est parce que on y accorde de l'importance.

Je m'arrête à quelques mètres du parking et sors mon portable. Ma voiture n'est pas loin mais je doute d'y arriver. Les pas que j'ai entendus tout à l'heure se rapprochent et je range mon téléphone.

Je repars dans mes pensées. Est-ce que c'est pour ça que je me sens si étrange ? La souffrance n'est pas drôle. Elle ne part pas et reste obstinément accrochée à mon cœur. Peu importe que j'essaie de m'en débarrasser avec de belles paroles.

J'aurais aimé que Mihawk soit comme Cavendish. Qu'il attende le véritable amour à défaut du prince charmant. Qu'il soit plus courageux au lieu de rejeter toute la faute sur moi et de se barrer en ne pensant qu'à lui. S'il avait été plus insistant au début, j'aurais cédé. J'aurais ouvert les yeux et les choses ne se seraient pas passées ainsi.

« Je ne l'aime pas. »

« Je ne suis pas gay. »

On se connait depuis si longtemps et pourtant, il est encore incapable de voir à travers mes mensonges.

Quel gâchis. Je vais devoir vivre avec ça maintenant. Avec cette souffrance qui se transforme petit à petit en colère.

Je continue à marcher, l'esprit toujours aussi tourmenté alors qu'il y a quelques instants, j'étais encore euphorique. J'ai dépassé ma voiture mais ne m'arrête pas pour autant. Les pas que je percevais tout à l'heure se sont rapprochés. Qui sont-ils ? Que me veulent-ils ? Je n'en ai aucune idée. Cela dit, je me suis assez éloigné de la foule pour pouvoir le découvrir. Je ne veux en aucun cas mêler qui que ce soit à mes embrouilles. J'ai encore sur ma conscience ce qui est arrivé à Luffy. Il était tout petit et n'avait rien demandé à personne. Pour lui, je suis un héros mais il se trompe. Il n'aurait pas eu besoin de héros si j'avais tout simplement fait attention. Je refuse que ce genre de choses se reproduise.

J'étais jeune, pas vraiment con mais loin d'être responsable. Je n'avais pas ma langue dans ma poche et l'adrénaline du danger était une manière pour moi de m'échapper de mes études de droit qui devenaient de plus en plus ardues. Mon stage chez Roger avait beau bien se passer, il me manquait quelque chose, et la lumière que m'apportait Luffy remplissait ce grand vide que je n'arrivais pas à combler. J'aimais sa manière de me regarder, de me faire sentir grand alors que ce n'était qu'un jeu de dupe. Je me tenais juste plus haut que lui. S'il m'avait rejoins, il aurait vu à quel point je suis quelconque et que je n'ai l'air grand et fort que pour ceux qui me regardent à travers un kaléidoscope.

Roger et Rayleigh aussi avaient essayé de m'implanter un peu de plomb dans la cervelle mais j'étais trop éloigné de la réalité pour comprendre réellement tout ce qu'ils disaient. Et puis, j'ai dit le mot de trop et les coups ont plu. Je n'ai jamais crains la violence et je n'ai jamais redouté la douleur physique mais j'ai appris ce jour-là que quand on fait quelque chose, il faut en assumer les conséquences et que malheureusement parfois, on peut être obligé de les faire supporter à d'autres. Ces personnes avec qui j'ai eu une violente altercation s'en sont prises à Luffy.

C'est vrai que je l'ai sauvé.

Il est aussi exact que j'ai sacrifié une grande partie de la mobilité de mon bras gauche pour ça.

Mais ça ne fait pas de moi un héros.

Les gens se trompent sur mon compte. S'ils savaient à quel point je n'ai rien de glorieux. Je ne suis pas une bonne personne, je ne peux même pas dire que je fais de mon mieux étant donné ma nonchalance quotidienne.

J'esquisse un sourire amer alors que je tourne à gauche, m'éloignant de plus en plus de l'influence de la ville pour m'engouffrer dans des rues plus calmes. Je refuse simplement que les gens payent pour mes erreurs. Je m'en voudrais plus que tout si une personne extérieure à l'histoire se retrouvait blessée par ma faute et ce même si je ne sais pas encore de quoi on va bien pouvoir m'accuser. La liste pourrait être tellement longue. Certaines personnes en profitent même certaines fois pour en rajouter alors qu'il n'y en a aucunement besoin!

Plusieurs longues minutes se sont déjà écoulées depuis que j'ai quitté Paradise mais il ne s'est toujours rien passé. Agacé par cette attente inutile, je m'arrête et attends. Je n'ai d'ailleurs pas à le faire longtemps car on finit enfin par m'aborder et mon visage se fige dans l'horreur quand je découvre enfin qui me suis depuis tout à l'heure. J'affronte le regard joyeux et détraqué de Teach alors que le mien s'assombrit de plus en plus. Il s'arrête à deux mètres de moi et sourit en voyant ma détermination et mon esprit combatif. Peu importe ce qu'il a l'intention de faire, je l'en empêcherai et ramènerai sa tête à Roger.

Il éclate de rire et je serre les poings, sur mes gardes.

L'ancien sous-fifre d'Edward Newgate n'est pas seul et les hommes qui l'accompagnent m'ont l'air tout aussi dangereux que lui. Grands et costauds, sauf un, mais ils ont tous l'air aussi timbré et sadique que lui.

J'aimerais demander comment ils m'ont trouvé et ce qu'ils peuvent bien me vouloir mais je doute d'obtenir des réponses. Et même si c'était le cas, je ne fais pas confiance à ce traitre de Teach. Ça fait un moment qu'ils me suivent. Au début, je n'étais pas sûr de moi – ça pouvait tout aussi bien être des passants empruntant le même chemin - mais quand ils ont arrêté de se cacher, je ne pouvais décidément plus avoir de doute. Ils sont restés à bonne distance et moi, j'ai fait comme si de rien n'était, continuant à me perdre dans mes pensées. Il est tard et cette nuit étoilée me rendrait presque poétique.

Ma semaine n'a pas bien commencé et je doute qu'elle se termine mieux.

-Toujours aussi farouche, Shanks ! Quelle inconscience de ta part de te promener seul la nuit. C'est dangereux, tu pourrais y faire de mauvaises rencontres après tout...

-Ne t'inquiète pas, je n'ai pas peur du grand méchant loup.

J'esquisse un sourire mauvais et d'un geste lent et mesuré, déboucle ma ceinture. Ils ne sont pas venus les mains vides et il me faudra au moins ça pour me défendre. Tant pis si ça a l'air d'un striptease.

-Enfin, il n'a plus rien de grand ni même de méchant depuis qu'il s'est enfui la queue entre les jambes, j'ajoute nonchalamment.

Le visage de Teach perd tout de suite sa bonne humeur et il me toise à présent avec colère. Ma cicatrice me lance. Je me retiens avec difficulté de la toucher. S'il est vrai que je l'ai mis en déroute la première fois qu'on s'est battu, il m'a tout de même laissé un bien mauvais souvenir.

-Alors, est-ce que tu es là pour terminer ce que tu avais commencé la première fois ? je demande l'air de rien en faisant quelques pas.

-On peut dire ça comme ça.

Il fait un signe à ses hommes qui se déplacent lentement autour de moi. Je reste immobile et observe leurs mouvements tout en étant conscient que celui que je dois surtout garder à l'œil me fait face. J'enroule ma ceinture autour de ma main gauche, prêt à m'en servir. Je regrette en cet instant de ne pas avoir d'armes plus efficaces avec moi. Même si je suis bon au corps à corps, je ne ferais pas long feu face à plusieurs hommes préparés.

Teach éclate de rire et je me demande ce qui peut bien se passer dans la tête de cet homme.

-Yélénah.

J'ouvre grand les yeux d'effroi et le fixe avec incrédulité.

-Ça te dit quelque chose ? ajoute-t-il.

Je n'ai pas le temps de penser à quoi que ce soit que je sens un mouvement sur ma droite. Je tourne la tête et esquive de justesse un coup particulièrement incisif qui visait ma tête. Je me retourne ensuite aussitôt pour fouetter avec violence le visage d'un des quatre hommes de Teach avant de revenir au premier et de lui donner un coup assez traitre dans les parties.

Tout s'immobilise à nouveau autour de moi et j'inspire calmement, attendant la suite. Les deux blessés s'écroulent par terre tout en geignant de douleur. Teach se contente d'observer la scène tout en s'étouffant de rire. Bien entendu qu'il doit trouver ça amusant! Ce gros tas se contente de regarder sans rien faire! En sécurité.

Énervés, les deux autres hommes décident finalement de m'attaquer en même temps. J'encaisse le coup du premier avant d'attraper sa main et de balancer son corps devant moi pour me protéger du coup de batte du second. Malheureusement, je n'ai pas de répit et me fais attaquer depuis le sol par celui qui grâce à moi a désormais une belle cicatrice sur le visage. Le coup de couteau fait très mal même s'il n'est pas bien profond étant donné que j'ai réussi à me dégager assez rapidement. Le souffle court, je touche la blessure de mon flanc droit et esquisse un sourire.

Je ne sais pas si je vais m'en sortir ce soir.

La vie est parfois étrange. C'est quand on s'y attend le moins qu'il nous arrive toujours les pires choses. Mais peu importe. Si je dois y passer, je m'assurerais d'emmener Teach avec moi.

Je prends une grande inspiration et courre vers mon adversaire le plus proche. Après lui avoir foutu une belle droite, je lui envoie un coup de tête qui le sonne pendant quelques secondes. Je me fais ceinturer par derrière mais loin de paniquer, je projette le corps à bonne distance de moi d'une prise bien sentie. Le troisième homme n'a pas le temps de faire un pas que je fouette sa main qui tient la batte avec ma ceinture avant de me mettre à l'étrangler avec. Il se débat et donne des coups dans tous les sens, si bien qu'il finit par atteindre ma blessure. Je siffle de douleur et desserre malgré moi ma prise. Un de ses compagnons vient alors l'aider et bientôt, je me retrouve à devoir me protéger sans pouvoir répliquer.

Je croise le regard fou de Teach et serre les dents, frustré de ne pouvoir directement l'affronter. Je baisse alors les bras – le gauche commençant douloureusement à tirer – et reçois sans crainte un uppercut à la mâchoire. Je vacille un peu avant de me ruer sur celui qui avait précédemment pris mon coup de genou vicieux et le plaque par terre. Je n'attends pas une seconde de plus et le roue de coups. Je sens avec satisfaction sa mâchoire se briser alors que son visage commence à se couvrir de bleus. Un coup de pied donné par le plus costaud des quatre m'envoie pourtant m'écraser contre un des lampadaires de la rue. La douleur est si forte qu'il me semble que je perds connaissance pendant quelques secondes.

Plus tard quand j'ouvre les yeux, je suis allongé par terre. Ma vision est trouble et mon corps souffre le martyr. Je tousse et constate avec effroi que je crache du sang. J'aimerais m'arrêter mais ma toux est incontrôlable et la douleur que je ressens dans mes côtes est presque insurmontable. Je ne comprends rien et de mon œil encore valide, j'essaie comme je peux d'observer les alentours. Mais allongé sur le ventre, la tête dans le goudron, je ne vois presque rien sauf les pieds de Teach devant ma tête.

On dirait que j'ai perdu connaissance bien plus longtemps que quelques secondes et que ces enfoirés en ont profité pour prendre l'avantage sur moi. Ma tête a dû cogner bien trop fort contre cette barre de lampadaire. Pourtant, je n'ai pas mal à la tête. Est-ce que ce n'est pas mauvais signe ?

-Tu reviens enfin parmi nous ? s'amuse Teach. Tu es resté inconscient si longtemps que j'ai cru que tu étais mort!

-Bah non, patron, tu nous avais dit de pas le tuer.

J'essaie de bouger mais c'est impossible. Je sens même une douleur immense étreindre mon cœur quand je constate que j'arrive à peine à sentir mon bras gauche. Peut-être qu'il est vraiment fichu cette fois...

-Maintenant que tu es plus calme, tu seras peut-être plus à même de m'écouter.

Mon œil encore valide fixe d'un regard vide le sol sous les pieds de Teach. J'émets avec peine un gargouillis qui se voulait en fait être une insulte bien sentie. Je tousse alors et mon corps se contracte à nouveau avec douleur.

-Alors, Shanks, il parait qu'en plus de te mêler de mes affaires, tu baises ma femme? Entre Roger et Edward Newgate, je suis pas verni. Alors si une pauvre tache comme toi commence aussi à se mêler de ma vie privée...

Son rire résonne et je grimace en essayant de bouger.

Mon regard vacille et je pense à cette pauvre Yélénah. Comment cette femme si douce a-t-elle pu vivre si longtemps avec cet homme et subir presque quotidiennement son courroux ? Dire que Teach a même des enfants et qu'il ne pense pas un seul instant à eux en se salissant les mains ainsi. Quelle pourriture... Peu importe les conséquences, je suis tellement heureux d'avoir poussé Yélénah à quitter cette ordure! Je rassemble d'ailleurs toutes mes forces pour relever la tête vers lui et lui lancer un regard plein de dédain.

-I-il faut croire… qu'elle s'-s'est rendue c-compte de quel déchet tu… es.

Teach me contemple et il sourit toujours. Je n'ai pas la force d'affronter son regard plus longtemps et ma tête s'écroule lourdement sur le bitume. Je respire avec difficulté et sentant mes forces me quitter, je ferme mon œil. Je suis encore à moitié conscient et c'est pour ça que je sens Teach s'éloigner de moi. Je ne sais pas ce qu'il fait. Mon oreille bourdonne et les rires gras de ses hommes ne m'aident pas.

C'est à peine si je le sens revenir mais j'entends ses prochains mots.

-Laisse-moi te montrer comment je l'aimais alors...

Je ne sais plus à quel moment je sombre mais je sais que j'ai souffert tout le long. Même dans l'inconscience, je continue à avoir mal.

xXx

Il fait froid.

-Ne vous inquiétez, nous allons vous sortir de là !

Mon corps n'est plus que douleur et je ne peux pas bouger. J'ai du mal à respirer et mon œil papillonne, me renvoyant une lumière artificielle bien trop lumineuse. Un blanc éclatant m'éblouit et je suis incapable de détourner les yeux. J'ai peur de me perdre dans les ténèbres.

-Merde, combien de temps encore ?!

-J'en sais rien. A combien est-il ?

-Trop bas. Non ! On est en train de le perdre!

Il fait toujours froid.

Cette lumière blanche n'est-elle pas en fait la lumière de l'au-delà ? Impossible, je ne suis pas en train de mourir, je n'aurais pas mal comme ça sinon...

-Vite, un massage cardiaque! Chopper, surveille le moniteur!

-O-oui !

J'ai si mal. Je regrette mes lendemains de cuite. Moi qui pensais avoir mal à ce moment-là… En cet instant, je donnerais tout pour retrouver cette sensation.

-On est… On le perd !

-Amène le défibrillateur!

-On y va!

La lumière blanche se fait plus douce et cette fois, elle est presque agréable à l'œil. Les secousses doublent d'intensité et je grimace de douleur. Je pense que je suis en train de bouger mes doigts mais je n'en suis pas sûr.

-On décharge !

Mon corps s'arque et je retiens ma respiration avant de retomber. Ma tête tourne et je crois qu'on s'arrête. Je croise alors le regard d'un gamin trop mince dans son immense blouse blanche. Son regard larmoyant ne me quitte pas et je me dis qu'il est bien trop sensible pour faire ce métier.

-Chopper, qu'est-ce que tu fais ?!

-Pardon, je…

Je sens qu'on me déplace. Trois hommes sont autour de moi et en quelques battements de cils, ils sont devenus quatre. J'esquisse un sourire et prends mon temps pour respirer convenablement. Mes côtes me font mal mais ce n'est pas grave. J'arrive enfin à bouger ma main.

-Je… Qqu-que ce…

Le reste n'est qu'un gargouillis incompréhensible. J'ignore même si l'un d'eux m'a entendu. Je sens le sang dans ma bouche et j'aimerais leur demander de l'eau ou n'importe quoi pour m'en débarrasser.

Mais trop tard, on entre aux urgences et je ferme l'œil violement sous l'intensité de la lumière. Il y a du bruit, trop de bruit. Il fait toujours aussi froid. Et puis j'entends une voix que je connais bien. Avec toutes les peines du monde, je tourne la tête et le vois, lui et tous les autres. S'en est trop pour moi alors avec le même effort, je détourne les yeux.

-Qu'est-ce qu'on a ?

J'ouvre de nouveau l'œil pour voir celui qui avait formé Marco à ses débuts. Eden a l'air très sérieux et j'aimerais sortir une blague. N'importe quoi, tout pour qu'ils arrêtent de me regarder comme si c'était grave.

-Agression. Il a reçu de nombreux coups dont un à la tête. Il a une coupure sur le flanc gauche mais elle a l'air superficielle. Deux voire trois côtes cassées et le nez fracturé. Son œil est tuméfié.

Ce n'est rien. Tout ça n'est pas grave. Je suis encore en vie alors je veux qu'ils arrêtent d'en faire tout un plat. J'ai juste besoin de me reposer. Fermer les yeux et me reposer pour guérir.

-Ça et d'autres choses encore...

-OK, on l'emmène au bloc 3.

La civière sur laquelle je suis fait à peine un mètre avant de s'arrêter brutalement. On m'agrippe la main gauche ou droite, je ne sais pas bien. Sa main est douce et chaude, sans cicatrice comme on peut s'y attendre de quelqu'un qui prend soin de lui.

-…Shanks.

Je sens ses larmes tomber sur moi et mon cœur me fait plus mal encore. Je l'entends pleurer à chaudes larmes. Cet homme qui se croit supérieur à tout le monde et qui ne s'accoquine qu'avec des personnes susceptibles de faire progresser sa carrière ou d'améliorer sa vie. Il pleure comme tous ceux qui sont là.

Sabo, Ben, Rayleigh et Roger…

-Ton visage est… pl-plein d-e morve.

Je souris mais malheureusement, il n'y a que moi qui semble en être capable à cet instant.

-Cavendish, il faut que tu le laisses partir. Il a besoin de soin et vite.

Roger pose ses mains sur les épaules de Cavendish.

-Ça va aller.

Il a l'air d'y croire alors ça me rassure. Pourtant, Cavendish se débat vivement et s'écarte de mon supérieur.

-Ne me touchez pas! C'est à cause de vous tout ça!

J'aimerais dire quelque chose mais parler me fait vraiment mal. Tout ce que je peux faire, c'est le regarder partir. Sabo ne voulant pas le laisser seul, il le poursuit, ce qui me rassure. Ben me fait également un signe et je comprends qu'il ira lui parler tout à l'heure. Je saisis alors ma chance et avec mes maigres forces, j'attrape la manche de Roger.

Il faut que je lui dise.

Vite.

-Il est…

On pousse de nouveau ma civière et le regard interrogatif de Roger me suit.

-Ici.


«Le pardon est une chose curieuse. Il réchauffe le cœur et rafraîchit la blessure.»

W. W.

Ace


Lundi 06 Novembre 2017

Mon réveil sonne et, encore fatigué de ma nuit agitée, je l'éteins. La lumière tamisée du soleil se reflète sur mes draps et sur une partie de mon visage. Il fait bon. Un son ténu me parvient et je devine que ça doit provenir de l'agitation en bas. Tout le monde est déjà attablé dans la salle à manger. Pourtant, je ne me presse pas, je reste dans mon lit et essaie encore de me défaire de mes inquiétudes.

Shanks est à l'hôpital.

Je soupire et me lève lentement, n'ayant pas la volonté d'aller en cours aujourd'hui. Je l'ai su seulement hier. Roger m'a appelé au milieu de l'après-midi une fois qu'il était sûr que Shanks allait à peu près bien. Il ne m'a pas dit grand-chose et étrangement, je lui en suis reconnaissant. Etre si loin et ne pouvoir rien faire aurait été pire que tout. Je vais le voir ce soir avec mon père et ça m'angoisse déjà.

Luffy ne sait rien et c'est peut-être mieux comme ça. Shanks a été passé à tabac et n'est sans doute pas très beau à voir, inutile de traumatiser Luffy avec la vision diminuée de son ami.

Inconsciemment, j'ai fait le parallèle avec ma propre agression d'il y a quelques mois et je me suis imaginé ce qu'avait pu ressentir Shanks. Je ne pense pas avoir réussi. Au final, je me suis juste senti plus mal encore.

Je prends une grande inspiration et sors du lit pour aller prendre une douche. Je vais revoir Sabo aujourd'hui et je ne sais pas trop comment agir avec lui. Comme on n'est plus dans la même classe, l'éviter pourrait être facile mais je ne sais pas si j'ai envie de le faire. Mais en même temps, nous n'avons pas encore tout à fait régler cette histoire qu'il y a entre nous, ces mensonges au sujet de Doflamingo. Pourquoi me cacher des choses à propos de cet homme ?

Je ne comprends pas et ça me fatigue juste un peu plus.

-Bordel, j'ai des cernes immenses.

Mon reflet dans le miroir me fait grimacer. Je décide alors de ne pas m'y attarder et me déshabille rapidement avant d'entrer dans la douche. Alors que l'eau coule sur moi, mes pensées s'évaporent et pendant quelques instants, je ne pense à rien mais la souffrance et l'inquiétude sont toujours là malheureusement. Quand je sors de la douche, une serviette autour de la taille et mes cheveux gouttant sur mes épaules et une partie de mon torse, la première chose que je fais est de me laver les mains.

Sans réellement y penser, plus comme une habitude. Et même quand je commence à avoir mal à force de frotter sous l'eau chaude, je n'arrête pas. Je ne peux pas. Me laver les mains a toujours été pour moi quelque chose de relaxant, un bon moyen d'éloigner les doutes et de me calmer.

C'est comme ça malheureusement et aujourd'hui, dans l'état dans lequel je suis, je n'ai même pas envie de lutter contre.

Alors je reste encore plusieurs minutes dans la salle de bain à me laver les mains et quand j'en sors, je ne me sens pas mieux mais j'arrive au moins à passer à autre chose. Je dois aller en cours, m'occuper l'esprit. Pour le reste, je verrais au moment venu. D'un pas pressé, je descends et aussitôt, la voix forte et lumineuse de Luffy m'accueille. J'essaie de lui sourire mais je n'ai pas la force de faire semblant alors je lui tapote juste la tête et m'assois à côté de lui.

Manger s'avère très difficile ce matin là et je ne suis pas le seul à le penser.

xXx

J'inspire longuement sur ma cigarette et garde pendant quelques secondes la fumée dans ma bouche avant de la recracher progressivement dans l'air. Je profite de la sensation et m'adosse un peu plus au mur derrière moi. J'écoute les bruits des alentours des élèves qui profitent de la pause du midi et alors que j'entends des pas venir dans ma direction, je tire une autre taffe. Je la recrache juste au moment où Sabo s'arrête à côté de moi.

Il me fixe, le visage neutre alors que je continue de fumer en silence. Je n'ai pas vu Sabo pendant deux semaines et alors qu'il y a quelques minutes encore j'étais indécis sur la manière dont je devais me conduire avec lui tellement j'étais énervé, là, la seule chose que je désire, c'est le prendre dans mes bras et l'abreuver de mes baisers. Et c'est justement ça le problème. A vouloir se pardonner trop vite, on ne règle jamais vraiment nos problèmes.

J'ai envie de croire que Sabo est du même avis que moi et que c'est pour ça qu'il ne m'a pas contacté une seule fois pendant ces vacances, parce qu'il a respecté mon choix. Et quand je vois son visage si détaché et fragile, je me dis que ça l'a blessé. Oui, il a souffert. Si ce n'était pas le cas, il n'aurait pas eu besoin de remettre son masque d'impassibilité. Alors je me demande : pourquoi ? Pourquoi si ça nous fait autant de mal à l'un qu'à l'autre, on continue de faire ça ?

-Est-ce que ça va ? me demande t-il. Tu as l'air fatigué.

-J'ai mal dormi.

De ma main libre, je caresse son visage et m'attarde sur les cernes qui entourent ses yeux avant de doucement dévier sur ses lèvres. Je me rends compte de mon geste quand je croise le regard surpris de Sabo. J'arrête presque aussitôt en me disant que c'est stupide. J'aimerais pouvoir le toucher convenablement.

-Tu as mauvaise mine aussi, dis-je comme pour me justifier.

Il baisse la tête, sans doute perturbé par mon comportement.

-Tu as dû l'apprendre par ton père...

Je hoche la tête et il soupire.

-Je suis très inquiet pour Shanks. Cavendish aussi. C'est une chance qu'il ait enfin terminé son tournage et qu'il ne reprenne les shooting photo que dans un mois, ça lui laisse le temps de gérer tout ça.

-Ouais… J'imagine que ça n'est pas facile.

-La famille de Cavendish n'habite pas ici et Shanks est un peu comme son point d'ancrage… Il était vraiment peiné quand ils l'ont emmené à l'hôpital et il a eu des mots durs contre ton père.

Je fronce les sourcils, étonné par ce qu'il me dit.

-Enfin… Je pense que c'était plus la colère et la tristesse qui parlaient. Je suis sûr qu'il ne le pensait pas vraiment, hésite-t-il. Il a dit que c'était de la faute de ton père, finit-il par avouer.

La nouvelle me surprend et sans plus chercher à comprendre, je me dis que Sabo a raison et que c'est une simple maladresse de Cavendish. Comment mon père pourrait-il être responsable de tout ça ? Shanks est avocat. Des ennemis, il en a certainement plein sans compter qu'il a déjà été agressé il y a plusieurs années de ça. Oui, des ennemis, il doit en avoir mais quelqu'un d'assez fou et enragé pour le mettre dans cet état... ça ne doit pas être quelqu'un d'ordinaire.

-Avec Roger, on va le voir ce soir, je te donnerais des nouvelles si tu veux.

-Comme tu veux, je comptais y aller demain avec Cavendish de toute façon.

J'acquiesce et quand je me rends compte que je n'ai rien de plus à dire, je me sens mal. Cette conversation a à peine débutée qu'elle se termine déjà. J'ai l'impression que nous ne nous sommes rien dits mais les choses sont comme ça. Mal à l'aise, je continue de fumer ma cigarette qui s'est pas mal consumée entre temps. Sabo esquisse alors un sourire amer et se détourne.

-Je t'aime encore, Sabo.

Ce n'est qu'un murmure mais ça suffit pour le retenir. Il hésite puis se tourne et me fait de nouveau face.

-J'aimerais être capable de te pardonner plus vite, je confesse ensuite et ma déclaration le trouble.

Je prends une grande inspiration et recrache lentement la fumée par le nez avant de me mordre la lèvre inférieure, indécis.

-Je sais bien que tu n'es pas le seul fautif dans cette histoire. Si j'étais plus digne de confiance, tu pourrais certainement me parler plus souvent. Même pour me dire que tu as vu Doflamingo il y a quelques jours.

Sabo accuse le coup et ne cherche même pas à nier.

-Tu te trompes.

Je hausse un sourcil, surpris.

-Tout est de ma faute, ne me vois pas plus grand que je ne le suis réellement, Ace. Je suis faible… C'est pour ça que je prends les mauvaises décisions.

Je fronce les sourcils, perdu. Je ne comprends pas la dernière remarque de Sabo et malheureusement, il ne me laisse pas la chance de l'interroger car il quitte d'un pas pressé la cour et mon petit coin de paradis pour fumeurs.

xXx

On arrive devant la porte de la chambre du roux et la première chose que je vois, c'est cet homme habillé de noir posté devant la porte. Quand on passe à côté de lui, il salue d'un geste poli de la tête Roger et lorsqu'il se baisse, sa veste noire bouge légèrement, me laissant apercevoir quelque chose dans sa poche intérieure.

Ça ressemblait à une arme…

Roger m'incite à avancer d'une main dans le dos et je détourne les yeux de l'homme qui au même moment retourne à son activité précédente : observer le couloir.

-C'est qui ? je demande à Roger.

Il se contente de me sourire sans me répondre et je fronce les sourcils, de plus en plus perdu. C'est vraiment étrange. Est-ce que c'est le service d'ordre de l'hôpital qui a mis en place cette sécurité et Roger le connaitrait parce qu'il l'a déjà croisé lors de sa précédente visite ? Ça se tiendrait mais ça reste néanmoins assez perturbant. Après, la question que je me pose est : qui a bien pu attaquer le roux pour qu'on juge utile de lui attribuer une garde rapprochée ?

-Bonjour, mon garçon.

Une voix inconnue et grave me sort de mes réflexions et c'est un peu surpris que j'observe l'homme qui nous fait face. Je ne pensais pas qu'il y aurait quelqu'un d'autre ici.

-Bonjour, je finis par répondre.

Je ne l'ai jamais vu avant mais s'il est là, c'est qu'il doit être proche du blessé. Mon père et lui semblent d'ailleurs se connaitre si j'en crois le sourire amical qu'ils échangent. L'homme a l'air plus vieux que Roger. Ses cheveux sont déjà grisonnants et il a une barbe clairsemée taillée dans un style particulier. Il est habillé de manière décontractée et ses yeux sont surmontés d'une fine paire de lunettes. Je le détaille depuis un certain temps à présent et c'est tout naturellement que je finis par me faire repérer. Je me racle la gorge et m'apprête à de nouveau interroger mon père sur les mesures prises par l'hôpital mais de l'agitation sur ma droite attire mon attention. J'ai alors un mouvement de recul en voyant le roux. Il est presque méconnaissable… Quand je pense que c'était pire encore il y a deux jours!

-Shanks, je souffle en m'approchant de lui.

Il esquisse un sourire avant de grimacer. Il tourne son visage vers moi et je vois son œil poché bouger derrière sa paupière close alors que l'œil valide se bat pour rester accroché à mon regard.

-Et dire que je me plaignais avec ma cicatrice à l'abdomen, dis-je pour détendre l'atmosphère.

-On dirait que je te bats sur ce coup-là, plaisante-t-il.

Je suis rassuré de voir que même au plus mal, Shanks reste toujours le même.

-Qu'est-ce qui s'est passé ?

Je lui pose la question fatidique et c'est avec une certaine appréhension que j'attends sa réponse.

-Je ne sais pas, soupire-t-il. Mais tu sais, ce ne sont pas les raisons qui manquent !

Je lâche un soupir dépité, ne pouvant croire qu'on puisse laisser un homme pour mort sur le trottoir sans aucune raison.

A côté de nous, les deux autres hommes sont silencieux et observent l'échange. J'essaie de ne pas y prêter attention et m'apprête à poser une autre question à mon ami quand on toque à la porte. Tout de suite après, deux hommes entrent. Je reconnais Eden mais l'autre m'est inconnu. C'est un homme approchant de la retraite et qui parait de fort bonne humeur avec une coupe de cheveux démentielle. C'est à se demander comment il fait tenir tout ça. Avec un gros pot de gel sûrement... Ses cheveux gris sont rassemblés en quatre épis, la dernière étant visible seulement de dos. Très expressif et assez atypique – il porte une blouse noire, ce qui est étrange pour un médecin –il dégage tout de même de bonnes ondes.

-Bonsoir, messieurs. Bonsoir, Shanks, nous saluent les deux hommes en entrant.

-Bonsoir, répond Shanks.

Il essaie de se redresser mais abandonne presque aussitôt : certainement un problème de côte.

-Bonsoir, Ace, ça faisait longtemps, me lance le père de mon ami quand il me voit.

-Bonsoir, Eden.

J'esquisse un discret sourire en le voyant observer les dossiers que son collègue lui montre.

J'ai beau ne pas forcément connaitre les qualités de médecin du père adoptif de X-Drake, pour moi il ne fait aucun doute que Shanks est entre de bonnes mains avec lui. Il m'a très bien pris en charge après mon opération et je pense qu'il en sera de même pour le roux. Le médecin qui l'accompagne est âgé et a certainement beaucoup d'expérience, je ne doute pas qu'il fasse également du bon travail.

-Il y a beaucoup trop de monde dans cette chambre, déclare Eden en continuant à parcourir son dossier.

-Nous n'allons pas rester longtemps, juste assez pour nous assurer que tout va bien pour notre ami, lui répond l'homme dont j'ignore toujours le nom.

Les deux médecins jettent un coup d'œil au roux pour savoir si celui-ci souhaite en effet que nous restions là pendant qu'ils parlent de son état de santé. Shanks opine du chef et ça semble surprendre les deux hommes.

- Cela dit, on n'a pas non plus besoin de rentrer dans les détails, précise le roux.

-Bien entendu ! Je suis le Dr. Hiluluk et à partir de maintenant, c'est moi qui m'occuperait de vous, se présente-t-il finalement.

-Je sais très bien qui vous êtes, rit-il. J'ai déjà gagné un procès contre vous. Certains aiment plutôt vous nommer charlatan que médecin!

Le fameux charlatan parait gêné et je le regarde, surpris. Sérieux ?!

-Mais non, y a prescription ou quelque chose comme ça…

-Je blaguais, dédramatise le roux. Vous faites encore partie de l'ordre des médecins - même si je me demande comment – alors je vous laisse tranquille.

-Notre cliente vous remercie d'ailleurs, elle a bien reçu son dernier versement et a pu agrandir sa maison avec, ajoute l'ami de mon père.

-Oh, en voilà une bonne nouvelle! se réjouit Roger.

Trouvant que nous nous éparpillons trop, Eden se racle la gorge histoire de recentrer la conversation sur le sujet qui nous intéresse : le rétablissement du roux.

-Donc nous disions que le Dr. Hiluluk allait à partir d'aujourd'hui suivre votre dossier, c'est donc à lui qu'il faudra rapporter tout changement de votre état de santé. De plus, il assurera vos suivis une fois que vous rentrerez chez vous. Je m'engage tout de même à garder un œil sur vous et votre guérison et il se pourrait que vous me voyiez encore une ou deux fois, explique le père de X-Drake.

-Très bien.

Je me moque discrètement de la mine affligée de Shanks et reporte mon attention sur le médecin quand celui-ci prend la parole pour faire un bilan de l'état de santé du blessé. Un silence de mort accueille ses explications. La voix grave d'Eden nous liste une par une les blessures dont souffre Shanks tout en expliquant les complications que cela peut créer. Il laisse ensuite la parole à son confrère qui explique comment la suite des soins du jeune avocat va se dérouler, entre rééducation et séances de kinésithérapie. Et nous comprenons alors plus ou moins l'étendue des dégâts.

Il ne fait en plus aucun doute que certaines choses nous sont tues et ce n'est pas plus mal comme ça. Il vaut certainement mieux qu'on ne sache pas tout, que ce soit pour Shanks ou pour nous mêmes. Il y a des personnes qui ont besoin de ne pas tout savoir, d'ignorer certaines souffrances pour pouvoir continuer à sourire chaque jour.

Après avoir répondu aux éventuelles questions, les deux médecins quittent la chambre du roux pour aller visiter d'autres patients. Fatigué par sa journée, il n'en faut pas plus au blessé pour s'endormir. C'est donc tout naturellement que nous quittons sa chambre. Nous sommes alors une fois de plus salués par le même homme que tout à l'heure. Je l'observe longuement, le jaugeant. Mon père et Rayleigh - j'ai enfin appris son nom - échangent quelques mots avant de se séparer. Mon père pose une main sur mon épaule et me fait comprendre que nous allons rentrer.

Une fois dans la voiture avec mon père, je ne peux m'empêcher de l'interroger sur ce sujet. Nous avons plus d'une demi-heure de trajet jusqu'à la maison, pourquoi ne pas discuter un peu alors ?

-Qui était cet homme ?

-Rayleigh ? m'interroge-t-il. C'est mon second et homme de confia-

-Non.

Je soupire et me met à caresser l'ongle de mon pouce droit alors que je cherche mes mots.

-L'homme qui était devant la porte. On dirait qu'il surveillait, non ?

-On peut dire ça, sourit Roger.

Je jette un coup d'œil à mon père au feu rouge et je croise son regard dans le rétro intérieur.

-C'était un policier ou un vigile de l'hôpital ?

-Euh…

Il botte en touche et se gratte la barbe d'un geste distrait. Le temps continue de défiler et je braque mon regard sur lui.

-Tu sais, je suis pas Luffy. Quand je te pose une question, j'attends vraiment une réponse, je finis par dire.

Il rigole, amusé par mes propos.

-C'est un vigile même s'il ne travaille pas à l'hôpital. Il dirige une société de gardes du corps et mon entreprise a déjà fait appel à ses services.

-Une connaissance donc.

Il opine du chef.

-Comme il fait un bon boulot et que l'hôpital cherchait quelqu'un, je leur ai transmis ses coordonnées.

-Pourquoi Shanks a-t-il besoin de protection ?

-Je ne sais pas, Ace. Ou plutôt, je ne suis pas sûr. Mais il vaut mieux être prudent.

J'acquiesce, comprenant son raisonnement.

Je m'affale sur mon siège, toujours aussi interrogateur et inquiet malgré les réponses de mon père. A cette heure, la circulation est dense et nous sommes très vite pris dans les embouteillages.

Je me rappelle de ce que m'a dit Sabo au sujet de mon père et de l'accusation de Cavendish. Est-ce parce qu'il se sent coupable qu'il veille à la sécurité de Shanks ou parce qu'il s'inquiète justement d'une autre attaque de ce genre ? A l'hôpital… ? C'est risqué et irréaliste. Je ne comprends rien.

-Cavendish a dit que c'était de ta faute.

Je n'obtiens aucune réponse de Roger. Il garde le silence jusqu'à ce qu'on arrive à la maison auprès d'un Luffy souriant.

Mercredi 08 Novembre 2017

Je n'arrive pas à détacher mon regard de Rob Lucci, assis juste devant moi. Celui-ci n'a pas l'air gêné par l'insistance dont je fais preuve et encore moins par mon manque de politesse. Je n'ai jamais échangé plus de deux mots avec mon camarade de classe et ne l'apprécie pas plus que ça et voilà que je me retrouve à manger avec lui. J'ai dû mal à être à l'aise et je suis rassuré de voir que Perona et Shirahoshi ne le sont pas plus que moi. Pourtant, à bien les regarder et à voir leurs petits sourires timides, quelque chose me dit qu'elles en savent forcément plus que moi.

Rob Lucci n'est pas bien bavard et les filles se contentent de faire toute la conversation à elles seules. Pendant tout le repas, elles portent une attention polie à l'intrus et ne manquent pas de le faire participer. Il y répond avec plus ou moins de plaisir, ce qui me fait personnellement bien rire. Malgré les réponses du brun, je n'ai pas l'impression d'en apprendre plus sur lui. Il est très secret et je doute que les gens sachent réellement qui il est. La plupart du temps, il traine avec son club de foot et plus particulièrement ses amis proches qui tout comme lui, retapent leur dernière année.

Ils sont trop populaires pour être réellement honnêtes et si concernant Sabo je sentais tout de même quelque chose de bon, chez eux… C'est différent. Il y quelque chose de perturbant, d'étonnamment creux et vide. C'est comme une illusion, on voit seulement ce qu'on veut voir. C'est particulièrement vrai pour Rob Lucci. Il se tient devant moi et alors que je ne me sens pas du tout serein, les filles ont l'air subjugué par le personnage. Plutôt étrange.

Rob Lucci est juste un peu plus grand que moi. Son style assez particulier plait énormément, son côté hermétique n'étant pas du tout un frein à son charisme. De ce que j'ai vu, il ne se démarque pas réellement. En cours, il est dans la moyenne et ne participe pas plus que ça à l'oral mais il reste un élève sérieux. Peut-être est-il du genre à ne pas trop en faire par fainéantise mais à cartonner quand il se donne à fond. Concernant le football, je suis surpris qu'il soit toujours capitaine. Il me semble que le club n'a pas gagné un championnat depuis presque quatre ans même si il a disputé quelques finales.

Dans certains cas, certaines choses doivent compter plus que d'autres. Quand je pense au fait que tous les ans Marie-Joa leur déroule le tapis rouge et que des jours de repos en plus leur sont donnés… Ça fait beaucoup de bruit pour pas grand-chose.

-C'est moi qui te met mal à l'aise ?

Rob Lucci et moi nous adressons si peu la parole que je mets plusieurs secondes à comprendre qu'il me parle. J'avale rapidement mon morceau de viande et hausse un sourcil à son intention.

-Est-ce que j'ai l'air mal à l'aise ?

-Pas vraiment mais Margaret m'a dit que tu étais plus bavard que ça habituellement.

Je fronce les sourcils et jette un coup d'œil à mon amie.

-Et depuis quand vous êtes assez proches pour vous mettre à parler de moi ? je demande, de plus en plus curieux sur leur relation.

-Depuis quelques jours seulement.

Cette réponse me laisse dubitatif. Je sais bien que s'ils ont commencé à se parler, ça ne peut être que depuis quelques jours étant donné qu'en juin dernier, Rob Lucci ignorait encore le nom de Margaret.

De plus en plus étrange.

Les légères rougeurs sur le visage de Margaret terminent de me mettre la puce à l'oreille.

-Vous sortez ensemble ? je demande sans oser y croire.

Les rires de Perona et Shirahoshi sont à eux seuls une réponse en soi.

Jeudi 09 Novembre 2017

Je regarde avec lassitude les touches de mon clavier et me dis qu'attendre le dernier moment pour faire mes devoirs est décidément une mauvaise idée.

-Tu veux pas m'aider à faire me-

-Débrouille-toi tout seul, Ace.

Je soupire et essaie de lancer un regard implorant à Law mais si j'en crois la petite image que mon ordinateur me renvoie de lui, il n'a toujours pas fait le plein de compassion.

Law est sur son balcon et fume tranquillement une cigarette. Loin d'être dérangé par le froid, il apprécie lentement les douces vapeurs de la nicotine. A chaque fois qu'il m'appelle ou que je le vois, je ne peux m'empêcher de scruter son visage, de rester attentif au moindre changement dans sa voix. Law n'est pas quelqu'un qui exprime ses sentiments, c'est pourquoi je dois le surveiller. En vérité, il a un cœur fragile… Zoro est différent, c'est vraiment quelqu'un sur qui on peut se reposer. C'est un bien meilleur ami que moi. Il est fort et juste, il est un pilier sur lequel on peut s'appuyer. Malheureusement pour ma part, je ne suis pas sûr d'être à la hauteur pour lui...

J'observe encore le visage de Law et me dit qu'aujourd'hui comme les jours précédents, il a l'air d'aller bien.

Jewerly est sûrement enfin sortie de sa vie.

Il aura mis le temps mais c'est mieux que rien. Il ne se plonge pas non plus corps et âme dans ses études et passe à autre chose convenablement. Il reprend comme il peut une vie saine. Je ne pense pas qu'il s'investira tout de suite dans une autre relation amoureuse, peut-être dans quelques étreintes s'il en ressent le besoin mais guère plus. Law n'est pas un sentimental après tout.

-Tu penses à quoi ? je demande quand le silence commence à s'étirer.

-A mes stages. J'ai 12 semaines à faire pendant ma deuxième et troisième année. J'ai déjà fait 4 semaines et j'aimerais bien refaire encore 4 semaines pendant la période des fêtes. Pourquoi pas tout le mois de janvier... C'est là qu'il y a le plus de boulot.

-T'es bien le seul à penser de cette façon, dis-je, mi-figue mi-raisin. Et t'as déjà une idée d'où tu veux aller ?

Je me penche un peu sur mon ordinateur et relis une fois de plus les lignes que je viens de taper en me demandant si tout ça à un sens. Je suis censé écrire moi-même le cours à travers les expériences qu'on a faites hier en sciences mais je patauge. A vrai dire, je n'ai toujours pas compris le but de l'expérience principale et j'arrive à peine à me rappeler si la couleur du récipient était vert ou bleu clair. Est-ce que ça change quelque chose au fond ? J'ai envie de croire que non mais le 0 que je me prendrai à l'évaluation qui a lieu dans une semaine me pousse à réfléchir autrement.

Je me demande si les seules matières où je serais jamais bon s'avèreront être la philo, l'art appliqué, l'histoire et l'espagnol. J'aime les maths et le français mais je doute qu'eux m'apprécient vraiment. J'essaie cependant de relativiser : il y a peu de chances que Thalès, savoir comment calculer la dérivé d'une fonction ou je ne sais quoi encore me servent plus tard...

Peut-être que si j'avais fait médecine comme Law ou ingénieur ou je ne sais quoi encore, je ne tiendrais pas le même discours en ce moment.

Mais quand je vois toutes les études qu'il doit faire et les heures de révision qu'il se tape, je me dis que ce n'est pas plus mal comme ça.

-Je ne sais pas, j'ai pensé à la proposition de ce médecin…

-Eden ? je demande, surpris.

Je le vois hausser les épaules. Il tire alors longuement sur sa cigarette et reste silencieux comme s'il réfléchissait à ce qu'il allait dire.

-Comme je m'y prends un peu tard, je risque d'avoir du mal à trouver des établissements susceptibles de me prendre. Autant mettre toutes les chances de mon côté en allant à l'hôpital de Dawn.

-C'est vrai que dit comme ça… Mais tu ferais comment pour ton appartement ? Tu vas quand même pas faire l'aller-retour tous les jours ? je l'interroge, assez inquiet.

-Non, je pourrais pas. Je vais surement demander à mon propriétaire si je peux pas sous-louer l'appartement et prendre un petit studio à Dawn pour un mois.

-Ça a l'air cool. Tu pourrais peut-être carrément même habiter chez Zoro? C'est petit mais fonctionnel et ça vous permettrait à tous les deux de faire des économies. Zoro en a besoin... Il touche pas beaucoup avec son job de plongeur le week-end.

-On verra.

Cette réaction ne m'étonne même pas de lui. Je ne sais pas s'il est emballé ou non mais ce que j'arrive à deviner, c'est qu'il va au moins y réfléchir. Et puis il faut aussi que Zoro accepte mais sec comme il est en ce moment, ce serait plus que dans son intérêt.

-On verra, je répète, un petit sourire aux lèvres.

-Ça a l'air d'aller mieux, me dit-il, me prenant un peu au dépourvu.

Je n'ai cependant pas besoin qu'il développe pour comprendre qu'il parle de ce froid qu'il y a entre Sabo et moi. Law et moi nous sommes beaucoup vus pendant ma semaine de vacances à Baterilla et je me suis énormément confié à lui. Mon ami est toujours de bons conseils et même si ça ne me plait pas toujours, il a souvent raison et arrive mieux que personne à me remettre sur le bon chemin.

-Quelque chose dans ce style-là.

-J'en conclus que tu as pu lui parler.

-Pas vraiment... Avec ce qui est arrivé à Shanks, on n'a pas trop eu le temps de parler.

-Je suis sûr que ce n'est qu'une excuse et que ça t'arrange tout de même un peu.

Je grimace et il le voit. Un petit sourire satisfait se dessine alors sur son visage.

-Un peu. Mais bordel qu'est-ce que je suis censé faire ?!

-Passe à autre chose, Ace.

-Je sais mais ce n'est pas facile pour moi! Je n'arrive pas à comprendre pourquoi il me ment!

Je soupire et me mords avec nervosité l'ongle de mon pouce droit. Je vois Law prêt à répliquer quelque chose alors je le coupe et, peu sûr, continue à me confier.

-J'ai assimilé le fait qu'on ne peut pas être complétement honnête avec l'autre, peu importe à quel point on s'estime. Je ne vais pas lui jeter la pierre parce qu'il m'a menti, je suis le premier à mentir dans notre couple, dis-je avec une pointe d'amertume dans la voix. Mais je ne comprends pas pourquoi. J'ai l'impression qu'il ne me fait pas confiance, que… que peut-être je ne suis pas à la hauteur...

Je secoue la tête, dépité, et ose à peine regarder Law. Sans doute que se mettre dans des états pareils pour si peu est stupide mais je suis comme ça, j'ai besoin de contrôle. De confiance et d'un tas d'autres choses parce que j'ai peur et que je veux simplement être rassuré. Le fait que mes inquiétudes soient stupides et infondées n'entre même pas en ligne de compte.

C'est juste ainsi.

-J'ai saisi l'idée.

Il soupire et je m'attends au pire.

-Honnêtement si tu continues comme ça, tu risques de le perdre.

Je ris et ça sonne légèrement hystérique même à mes oreilles. Dans un geste qui traduit mon inconfort, je commence à tirer mes cheveux et une grimace se forme lentement sur mon visage.

-Arrête ça, s'agace mon ami.

Je ne l'écoute pas et prends une grande inspiration.

-Qu'est-ce que tu racontes encore ? C'est juste une petite dispute de couple, Sabo ne va pas partir pour quelque chose comme ça!

-Il se scarifie, n'est-ce pas ?

Les yeux de Law me transpercent et c'est comme s'il sondait mon âme. Ils sont si intenses qu'ils me pétrifient et remuent quelque chose en moi. Je vacille et, incapable de dire quoi que ce soit, j'ouvre la bouche, perdu.

-Ce n'était pas difficile à deviner. Lui qui ne porte pas de bijou ni rien de ce genre s'est soudainement mis à porter un magnifique bracelet qu'il n'enlève jamais. A un endroit bien précis à la base du poignet.

Il fait une pause et j'avale difficilement ma salive.

-Savais-tu, Ace, que ce genre de bracelet – gourmette se porte légèrement plus haut habituellement?

-Comment… ?

Je ne peux pas croire que c'est simplement en le voyant porter mon cadeau que Law a deviné.

-Je t'ai dit au tout début de votre relation que je ne pensais pas que ça durerait.

Il se mord la lèvre supérieure et se passe une main lasse dans les cheveux.

-Je pense qu'il a déjà encaissé plus de blessures qu'il n'est en mesure de le faire. Ça se voit dans ses yeux.

Je soupire et me prends la tête dans les mains. C'est comme si je venais de réaliser ma propre bêtise et que je me sentais affreusement vide d'un coup. J'ai l'impression que pendant quelques jours, ma colère et mon égoïsme m'ont fait oublier qui j'avais en face de moi.

C'est Sabo, ce gars que j'aime et qui m'aime tellement en retour. Cette magnifique personne qui il y a plusieurs mois de ça m'a serré fort dans ses bras et m'a demandé de l'aide. Il a besoin de moi et il cherche simplement à changer, à devenir plus fort.

-Ouais… Tu as raison, dis-je, le cœur lourd.

Vendredi 10 Novembre 2017

Assis sur les marches de la maison, je fixe la porte d'entrée comme si je voulais la faire exploser. N'y tenant plus, je me lève et crie à Luffy d'indiquer à Sabo que je l'attends dans ma chambre. Je ne sais pas s'il me répond, je n'y fais pas du tout attention à vrai dire. Je suis nerveux et ça se voit. J'y ai réfléchi pendant des heures après ma discussion avec Law.

Je ne peux plus faire marche arrière maintenant. Mon cœur bat vite, trop vite quand j'ouvre la porte de ma salle de bain. Il y a quelques mois encore, je n'en avais pas, mon père avait trop peur que je fasse de connerie avec. S'il savait ce que j'ai l'intention de faire aujourd'hui, je suis sûr qu'il regretterait amèrement son choix. Mais qu'il ne s'inquiète pas, je ne fais pas ça sur un coup de tête même si je suis d'accord pour dire que c'est complètement stupide.

Pourtant, j'essaie juste d'aider la personne que j'aime.

Je ne sais pas si Sabo a réellement recommencé ses scarifications mais j'ai des doutes et je dois les effacer avant que ça ne prenne trop d'ampleur. J'ai peur pour lui.

Je suis perdu, et alors que je tiens cette lame de rasoir dans ma main, je me demande si je fais le bon choix. Le confronter à ses problèmes, est-ce une bonne idée ? Ne vais-je pas le braquer, le blesser ? Je suis incertain et j'en viens à m'interroger sur ma propre légitimité. Sanji est son meilleur ami. Il le connaît bien mieux que moi et il est peut-être temps que je lui touche deux mots à propos du mal être de Sabo. Il y a aussi César. Il le voyait déjà plus jeune quand il a eu ses graves difficultés avec sa famille. Ça n'avait pas trop marché mais c'est parce que Sabo avait décidé d'arrêter en cours de route. Peut-être qu'il pourrait le revoir? Il y a aussi l'épineux souci de mes propres visites à ce bon vieux docteur. Ce serait probablement utile que je parle à Sabo de mes propres démons mais je doute que ce soit une bonne idée de le faire maintenant. J'aimerais vraiment qu'on se concentre sur lui, sur ce qu'il ressent.

Sur la souffrance qui le submerge et qui le pousse à se faire du mal.

La première fois était un contexte similaire à celui-ci. J'avais découvert que Sabo avait subi un harcèlement de la part de Doflamingo quand celui-ci enseignait encore à Marie-Joa. Dire que j'étais en colère serait un euphémisme. J'étais fou de rage autant contre l'ancien Tenruybito qui avait osé faire du mal à mon blond que contre Sabo qui s'était tu pendant tout ce temps. Je me suis emporté et n'ai pas compris le désir de Sabo de passer à autre chose, de laisser cette histoire derrière nous. On s'est disputé. C'était d'ailleurs assez prévisible vu comment on s'était montré buté... On n'a rien voulu entendre l'un de l'autre et je suis parti en vacances chez ma mère encore en froid avec lui.

Sabo a plutôt mal vécu mon absence. A cette époque-là, ça n'allait pas bien du tout chez lui et il supportait de moins en moins la pression constante que lui mettait son père. Il se sentait seul et ne savait pas du tout comment gérer cette avalanche d'émotions. La Winter Cup a commencé sans qu'il puisse faire le ménage dans ses affaires. Pour oublier tout ce qui n'allait pas, il s'est jeté à corps perdu dans cette compétition. Il l'attendait avec impatience et a pu y trouver une certaine sérénité à jouer des matchs. Malheureusement, il s'est blessé en demi-finale et n'a pas pu jouer la finale. Ca a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Il avait trop mal et se sentait trop seul, pas assez compris.

Je m'en suis horriblement voulu. Ces marques, c'est comme si c'était moi qui les lui avait faites. Aujourd'hui, la situation est la même et je me sens vraiment bête de ne pas y avoir pensé plus tôt. D'avoir été égoïste et de n'avoir pensé qu'à moi. Je ne suis bon qu'à ça on dirait. Est-ce que je peux vraiment aider Sabo dans ces conditions-là ?

Comment le faire arrêter définitivement ?

Merde ! Je me sens si pathétique! J'aurais dû lui pardonner tout de suite! Si effectivement Sabo s'est bien une fois de plus fait du mal, ce sera pire que la première fois. Cette fois-ci, ce serait comme si c'était moi qui avais tenu la lame!

A moitié nauséeux, je retourne m'asseoir dans ma chambre et j'ai à peine le temps de me laisser tomber sur mon lit que Sabo ouvre la porte. Comme toujours, il est beau même si son visage crispé m'indique qu'il n'est pas à l'aise. Malheureusement, ma mine peu engageante ne doit pas l'aider à se détendre…

-Ton message m'a fait un peu peur, je me suis imaginé pas mal de mauvaises choses, tente-t-il de rire. Et au final, j'avais peut-être raison, ajoute-t-il dans un soupir. Alors, qu'est-ce que tu avais à me dire de si important que tu ne pouvais pas me dire au lycée ?

Je baisse les yeux et essuie mes mains moites sur mon pantalon. D'un signe de tête, j'invite Sabo à prendre place sur ma chaise de bureau juste en face de mon lit. Je ne souhaite pas faire durer le moment éternellement étant donné que ni lui ni moi ne sommes très à l'aise. Malheureusement, je ne trouve pas le courage de dire un seul mot. Assis devant moi, Sabo s'impatiente et fronce les sourcils d'inquiétude.

-Ace ? hésite-t-il.

-Je voudrais que tu enlèves ton bracelet et que tu me montres ton poignet.

Je ne quitte pas ses yeux et je le vois douter. Ce n'est pas pour me rassurer. Par contre, je ne lis pas de peur ni de surprise et ça éveille en moi un faible espoir. Celui que peut-être, Sabo n'a pas une fois de plus cédé.

-Pourquoi ? me demande-t-il finalement avec fatalité.

Et c'est certainement ça. Voilà pourquoi il est si calme. Il était impossible que je ne lui demande pas ça au moins une fois.

-Je ne sais pas… Peut-être que j'ai simplement besoin de le voir. De savoir.

Il baisse la tête et regarde son poignet. Il hésite encore. Et puis, sa main tremblante commence à détacher son bracelet. Il fixe les stries qui marquent sa peau, comme perdu, avant de relever des yeux vides sur moi. Il me tend alors son poignet meurtri de nouvelles marques et ça sonne comme une claque violente et assourdissante dont je vais avoir du mal à me remettre.

Cette constatation a une saveur vraiment amère. Elle laisse un goût âpre dans ma bouche.

Law avait raison, comme d'habitude. Même si cette fois-ci, je me suis fait mes conclusions seul. Je connais Sabo après tout et c'est pour ça que je m'en veux autant.

J'ai dû mal à garder les yeux fixés sur ces trois nouvelles marques encore un peu rouges alors j'essaie de capter le regard de Sabo mais il fuit mes yeux. Il semblerait qu'on ait tous les deux décidé d'êtres lâches aujourd'hui. Dans l'incapacité d'affronter nos démons, on préfère détourner les yeux et contourner le problème.

Oui, sauf que je n'ai pas appelé Sabo pour ça.

-C'est pourquoi cette fois-ci ?

Ma question a l'air de le blesser mais je souffre trop moi-même pour penser à l'épargner. Je ne sais pas si Sabo se rend compte à quel point ça me détruit de le voir faire.

-Est-ce que tu regrettes au moins ?

Il laisse tomber son bras le long de son corps comme s'il était privé d'oxygène sans son bracelet à son poignet. Il le remet. Son mutisme m'énerve et met ma patience à rude épreuve.

-Bordel, réponds !

-Non, sursaute-t-il.

Son murmure me glace les sangs et je cligne bêtement des yeux, pensant certainement que je n'ai pas bien entendu. Il se sent l'obligation de répéter.

-Je n'arrive pas… à regretter, lâche-t-il difficilement. C'est différent de la première fois, essaie-t-il de m'expliquer. J'étais juste fatigué et c'était simplement plus facile. Comme une parenthèse pour mieux repartir. Je ne…

Il se mord les lèvres, indécis.

-Je suis désolé, Ace, je n'y arrive pas autrement, avoue-t-il et je peux clairement entendre les sanglots dans sa voix.

-D'accord… D'accord, je répète en inspirant lentement.

Il faut que je me calme, je m'énerve pour rien. Ce n'est pas comme ça que les choses vont s'arranger. Je dois lui montrer que je suis là pour lui, que je l'écoute. Que je veux juste comprendre et que je m'inquiète pour lui.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Pourquoi tu as fait ça? C'est à cause de moi ?

Il secoue si vivement la tête qu'il est impossible pour moi de ne pas me dire qu'il ment.

-C'est parce que j'ai mis de la distance entre nous, que je t'ai repoussé quand j'ai appris ce qu'il s'était passé avec Doflamingo?

-Non !

-Parce que je t'ai laissé seul alors que j'ai dit que je serai toujours là pour toi ?

-Non !

Ses yeux m'implorent d'arrêter là mais je ne renonce pas. Je le fixe. Je veux qu'il craque et qu'il sorte tout ce qu'il a besoin de faire sortir.

-Oui..., finit-il alors par admettre.

-Tu m'en veux ? Tu me détestes ? Est-ce que tu me hais, Sabo ?

-Non, bien sûr que non! Je t'aime et c'est normal que tu m'en veuilles après ce que je t'ai fait, que tu aies besoin de temps. Le problème, c'est moi! Toi, tu es parfait...

Je n'en crois pas mes oreilles. Il baisse la tête et je le sens si vulnérable.

-Tu te trompes, Sabo.

Je soupire et lui tends la main. Je ne supporte plus de l'avoir si loin de moi. Peu sûr de lui, mon petit-ami finit tout de même par s'exécuter.

-C'est parce que tu m'idéalises trop qu'on en arrive là, je lui explique doucement. Tu souffres et tu te fustiges sans oser me dire ce que tu ressens vraiment. Je ne vais pas partir parce que tu me dis que je t'ennuie, que tu aimerais que je pense un peu plus à toi ou que je te soutienne.

-Ce n'est pas ça... Ca n'a rien à voir avec ça.

Je le regarde sans vraiment le voir et lentement, la lame de rasoir dans ma main se rappelle à moi. Le tranchant me picote légèrement mais ce n'est qu'un détail. Sabo le remarque lui aussi et son visage devient presque livide. Je détourne alors son regard de l'objet tranchant et essaie au mieux de capter son attention.

-Qu'est-ce que tu as ressenti quand tu t'es coupé ?

Il a du mal à détacher son regard de la lame mais je le force à me faire face.

-J'étais… bien. Soulagé.

Il me repousse alors soudainement comme s'il ne supportait plus notre proximité.

-Je sais ce que tu penses, Ace, et je te rassure tout de suite, je n'ai pas de tendance suicidaire! Ce que je fais n'a rien à voir e-

-Justement si, Sabo ! je m'énerve devant son entêtement.

-C'est toi qui m'as dit que quand on souffrait trop, on pouvait se créer une autre douleur pour e-

-J'étais mal à ce moment-là, tu ne vas pas te servir de ça contre moi!

Je passe une main tremblante dans mes cheveux. Cette discussion est plus difficile encore que ce que j'avais imaginé. Je n'arrive pas à trouver les mots pour lui faire comprendre qu'il doit cesser.

-Bien et apaisé, tu ne l'es pas avec moi?

- Si...

-Alors pourquoi est-ce que tu le fais quand même?

-Ça ne fait pas tout, murmure-t-il si bas que je ne suis pas sûr de l'avoir bien entendu.

-Tu devrais peut-être en parler à Sanji, je propose devant son silence. Ou à un psy. Juste une séance, ça ne t'engagerait à rien.

-J'ai déjà vu un psy avant et ça n'a rien changé, souffle-t-il. Quant à Sanji, il a assez de problèmes comme ça pour que je vienne en rajouter...

Il se tourne vers moi et prends mon visage en coupe.

-Je sais que tu t'inquiètes pour moi, Ace, et je suis tellement désolé de te faire du mal comme ça...

-Sabo, je proteste mollement.

-Mais ne t'inquiète pas, je sais ce que je fais. Je ne recommencerai pas. Je n'en éprouve plus le besoin.

-Je ne peux plus te croire, Sabo...

Mes propos lui font plus mal encore qu'un coup porté en plein cœur.

-Pourquoi ?

Sa voix tremblante me fait monter les larmes aux yeux.

-J'ai juste besoin de toi, Ace! Si je t'ai, tout va bien!

-Non, tu te trompes! Putain, Sabo, tu te rends pas compte du poids que tu mets sur mes épaules ! J'ai peur pour toi et ta tristesse est trop grande pour moi! J'y arriverai pas seul! Parle à Koala!

-Arrête avec ça ! s'énerve-t-il.

Il se lève et j'ai peur de l'avoir braqué. Je me lève aussi et retiens une grimace de douleur quand la lame me tranche la peau. Je l'avais oubliée. Le sang goutte sur le sol mais Sabo ne le remarque pas et je n'y prête pas plus attention que ça non plus.

-D'accord, attends! Bordel, Sabo ! Je parlerais plus de ça si tu me jures de ne plus jamais recommencer! Appelle-moi, peu importe l'heure ou mon état d'esprit! Appelle-moi!

-Je t'appellerai.

Il me sourit et semble presque honteux de s'être laissé emporter.

- Jure-moi que tu ne recommenceras pas, j'insiste.

- Je ne peux pas te promettre ça, Ace.

-Quoi ?

J'ai l'impression d'halluciner.

-Je t'avais fait le même genre de promesse avant et au final, je ne l'ai pas tenue.

Il soupire et semble chercher ses mots.

-J'ai des problèmes que je ne peux plus ignorer maintenant mais malheureusement, je ne sais pas encore comment y remédier. Y a des fois où ça va moins que d'autres, c'est indéniable... Mais au final, ce n'est pas si grave que ça. Je peux gérer en attendant. Je suis désolé, Ace, je sais que je te déçois mais c'est tout ce que je peux faire pour l'instant. J'arrêterai les scarifications d'une manière ou d'une autre. Je te demande juste du temps.

-C'est pas ce que je veux entendre.

Mon calme s'est depuis longtemps envolé et ma voix se fait grondante.

-Pardon ?

Je serre plus fort encore la lame dans ma main et cette fois-ci, le sang qui s'écoule lentement de ma paume n'échappe pas à Sabo.

-Je comprends ton raisonnement et je m'excuse pour ce que je vais faire.

Mes paroles interpellent Sabo. Confus, il m'interroge du regard alors que ses sourcils se froncent de plus en plus. J'ouvre ma main droite et mets la lame entre mes dents. Il ne comprend pas. Il ne se met pas une seule seconde à ma place alors que je fais des efforts pour lui, pour comprendre ce qu'il vit et où se trouvent mes erreurs.

Il est pour moi hors de question de laisser Sabo partir dans cet état d'esprit là. Avec l'idée que se faire du mal l'aidera à aller mieux. Il ne veut pas le faire pour lui. A vrai dire, il ne voit même pas de raison de le faire pour lui. Il minimise le problème. Il n'a pas assez de recul sur la situation pour tout comprendre parfaitement.

-Ace… Qu'est-ce t-

-Tais-toi.

Je retrousse ma manche gauche jusqu'en haut de mon coude et reprends la lame. Je joue avec pendant quelques secondes, la faisant tourner entre mon index et mon pouce.

-Sabo, est-ce que tu sais ce que c'est de voir la personne qu'on aime se faire du mal volontairement ?

-Ne fais pas ça, s'il te plait…

Il bouge, complètement terrorisé.

-Non, je ne crois pas.

Je lui lance un regard noir, lui indiquant de ne pas faire un pas de plus.

-Tu ne sais pas sinon tu ne me ferais pas souffrir comme ça! J'ai cru la première fois que c'était un geste désespéré et que ça n'arriverait plus mais quand je t'entends parler comme ça… Je pense que je me suis trompé et que j'ai négligé la douleur que tu ressens. Mais le problème, c'est qu'on en est arrivé à un point ou quoi que je dise, ça ne sera pas assez!

-Bien sûr que non ! panique-t-il. J'ai dit que j'étais désolé, Ace!

Une larme lui échappe et il l'essuie rageusement.

-Ce n'est pas parce que je l'ai refait une fois que je vais encore recommencer ou même finir par me trancher les veines!

-Tu ne comprends pas, Sabo. Tu n'arrives même à regretter et tu ne te rends pas compte de la gravité de ton geste. Qu'est-ce que je suis censé faire à partir de là ?

Sabo me tend la main et m'invite à lui donner la lame de rasoir. Ses yeux m'implorent et si je m'écoutais, j'arrêterais. Je laisserais tomber toutes ces conneries et prendrais Sabo dans mes bras. Oui, je pourrais faire ça…

-Je t'ai déjà dit que je ne pouvais plus te croire, Sabo. Je ne veux pas des mots juste pour me rassurer.

Le coup que je lui porte le déstabilise et lui fait mal. Mais me voir m'infliger les mêmes blessures que lui semble complètement l'anéantir.

-Et tu crois que c'est en me forçant la main que ça va arranger quoi que ce soit ?! Comment tu crois que je me sentirais en te voyant avec les mêmes marques que moi ?! Tu me fais du chantage, Ace! Je ne pourrai pas te pardonner ça!

Qu'est-ce que je fais ? Est-ce que je l'aide vraiment comme ça ? Franchement, je n'en sais rien du tout. J'ai tellement peur pour lui. La nuit dernière, je n'ai pas arrêté de repenser à la conversation que j'ai eue avec le docteur au sujet de mon petit-ami, de sa fragilité, de sa volonté de bien faire… Retenir toute cette douleur et cette pression, il n'y arrivera pas éternellement et forcément, cette douleur sortira un jour de la plus moche des façons.

Des scarifications. Voilà comment Sabo tient le coup. Il se fait du mal pour supporter encore plus de douleur.

Je ne peux pas le laisser faire ça, je dois le protéger et l'épauler. Lui faire reprendre confiance en lui et lui montrer que je l'aime comme il est, avec ses défauts et ses qualités. Mais surtout ses faiblesses, et c'est bien ça le nerf de la guerre avec lui. Il se trouve faible alors que je ne cesse de l'admirer pour son courage et sa forte volonté. Comment peut-on avoir une vision si différente d'une même chose ? Je n'ai jamais été bon pour m'exprimer, pour consoler les gens. A part lui dire que je l'aime, je ne sais pas quoi dire à Sabo pour qu'il arrête.

Je suis juste perdu et tout ça me fait tellement peur. Je n'ai pas envie de le perdre, bordel ! Sabo ne se rend peut-être pas compte mais la blessure qu'il s'est faite récemment est plus profonde que la première. Et si un jour il lui arrivait un truc si horrible qu'il jette l'éponge? Qu'est-ce que je dois faire pour que dans ces moments-là, il décide de m'appeler plutôt que d'aller chercher une lame de rasoir ? Il a dit qu'il le ferait mais son discours me fait douter.

J'inspire un bon coup et renifle pour éviter à mes larmes de couler. La lame au-dessus de ma peau, j'hésite encore. Se faire du mal volontairement n'est pas quelque chose d'anodin et dans notre cas encore plus. Les conséquences seront désastreuses, c'est certain, et si seulement je connaissais un autre moyen, je l'appliquerais. Mais je n'y arrive pas. La peur me fait faire des folies et je veux faire comprendre par tous les moyens à Sabo que s'il ne le fait pas pour lui, il doit au moins le faire pour moi.

Arrêter de se faire du mal et rester en vie. Je ferais alors tout pour lui. Je lui montrerai à quel point la vie est belle, je l'emmènerai avec moi, on voyagera.

-Ace !

-Qu'est-ce que je dois faire alors ? Comment te faire comprendre à quel point ça me fait mal de te voir comme ça ?!

N'y tenant plus, je finis par passer à l'action avant de changer d'avis. S'infliger des blessures fait plus mal que ce que je pensais. Je ne coupe pas profondément, ne voulant absolument pas garder des cicatrices. Je ne pense pas non plus que Sabo supporterait indéfiniment de me voir comme ça. Je ne suis même pas sûr qu'il me pardonne un jour…

L'esprit embrouillé, je recommence une nouvelle fois avant de me faire percuter par Sabo qui me fait tomber sur le lit. Il jette la lame par terre et serre de sa main gauche mon bras où de fines stries apparaissent déjà. Assis à califourchon sur moi, ses larmes dévalent ses joues pour s'échouer sur mon visage.

La honte m'envahit très vite et n'arrivant plus à supporter cette vision si pathétique de notre situation, je cache mon visage dans mes bras. Pour cacher mes larmes et mes peines.

-J'a-ai besoin de toi m… moi aussi, Sabo. Je t'en prie, ne m'abandonne pas...

Anéanti et les larmes inondant ses joues, il se laisse complètement tomber sur moi.

-J'ai compris… Je t'en prie, arrête...

J'attire mon blond contre moi et le serre fort alors que je sens ses larmes couler dans mon cou.

-Tu es cruel, hoquète-t-il.

-Je sais.

Mais pour toi, Sabo, je suis prêt à tout. Même à me détourner de moi-même. Je continue de penser que tu n'es pas faible et que tu n'as pas besoin d'être sauvé. Tu es tellement fort et lumineux, tu me donnes envie de me surpasser et de donner le meilleur de moi-même. D'être une personne sur qui les gens peuvent compter, d'être simplement une meilleure personne. J'ai essayé de me suicider moi aussi, je sais ce qu'on ressent dans ces moments-là.

-Je ne te pardonnerai jamais.

Ça ne fait pas mal, je m'y attendais. Et je l'accepte. Entre Sabo et moi, plus rien ne sera jamais pareil. Nous aurons toujours ce qui vient de se passer à l'esprit et malheureusement, si nous n'arrivons pas à passer au-dessus, notre couple n'y survivra probablement pas. J'ai pris un risque énorme alors que je tiens tellement à notre relation. Un coup de poker. A quitte ou double.

-Je sais.

J'inspire un bon coup et essaie de réfréner les battements rapides de mon cœur.

-Moi, je te pardonne. Pour tes mensonges sur Doflamingo et la promesse non tenue que tu m'avais faite de ne pas recommencer à te faire du mal.

-Tu m'avais dit que tu serais là… ! lâche-t-il amèrement et je le retiens de toutes mes forces.

-Je sais. Je te demande pardon...


Ouais bah c'est pas très joyeux tout ça… Je m'excuse pour l'ambiance un peu morose et vachement triste de ces derniers chapitres, ça ne devrait pas tarder à remonter et à aller mieux pour eux.

Je m'excuse aussi pour le temps que j'ai mis à poster ce chapitre, je suis pas mal occupée ces derniers jours et ne sait malheureusement pas quand je pourrais de nouveau me dégager du temps. Dés que j'aurais finis de relire le prochain chapitre et qu'il aura été validé par ma beta, je le posterai, donc ce ne sera pas forcément le mercredi, à voir. J'aimerais pouvoir le faire le plus tôt possible pour compenser l'attente de celui-ci.

Enfin bref, merci d'avoir lu et à bientôt !