Bonjour,
Titre : Once Upon A Time...
Auteur : Typone Lady
Disclaimer : L'univers de One Piece ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas : ils sont à Eiichiro Oda. Je les emprunte le temps d'une histoire.
Rated: M
Genre : Romance, Hurt/Comfort, Song-fic
Résumé : « Qu'est-ce que le bonheur ? » Je suis resté immobile devant ma copie sans savoir quoi répondre. Avant j'aurais répondu sans hésitation « t'avoir à mes côtés ». Maintenant je ne sais plus.
« Raconte-moi une histoire…une merveilleuse histoire comme on en voit si souvent dans les contes de fées. Laisse-moi imaginer encore un peu que nous aussi, nous avons le droit d'être heureux. »
Bêta correctrice : pommedapi
Note : Merci à ma bêta pommedapi pour ses précieux conseils et aussi pour avoir corrigé ce chapitre ;). Un grand merci aussi à ma p'tite sœur qui ma aider à écrire le résumé. ^^
- Merci à brinou pour son commentaire -
Bonne lecture ;)
Once Upon a Time n'est pas une fiction à l'eau de rose.
C'est juste une histoire.
Leur histoire.
Parce que la vie n'est pas un conte de fées...
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Chapitre 14
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« Il ne faut pas chercher à rajouter des années à sa vie, mais plutôt essayer de rajouter de la vie à ses années. »
John Fitzgerald Kennedy
Shanks
Vendredi 22 Décembre 2017
Je suis fatigué.
Je ne sais pas exactement quand ça a commencé ni pourquoi ça a eu lieu mais c'est arrivé. Je n'arrive pas à me remettre de mon agression et je suis de plus en plus épuisé quand je me lève le matin. J'ai du mal à dormir et à l'aube, mort de fatigue, j'ose à peine quitter mon lit. Roger me refuse toujours le droit de revenir travailler alors je passe la moitié de mon temps sur le canapé à attendre. Malheureusement, je ne sais même pas ce que j'attends exactement.
Ce genre de comportement ne me ressemble pas du tout et il s'est installé sans que je ne m'en rende compte. A un moment, je me suis juste demandé pourquoi est-ce que je souriais exactement. Ça m'a fait peur. Ma jovialité, c'est tout ce qui restait de ce « moi » diminué que Teach a laissé derrière lui. Qu'est-ce que je suis sans ça ? J'ai totalement perdu la mobilité de mon bras gauche. A présent, il pend mollement le long de mon corps. C'est horrible et je le ressens comme un poids mort si bien que je me dis que je ferais mieux de simplement l'enlever. A chaque fois que je le vois, meurtri et douloureux, ça me rappelle que maintenant, je suis handicapé. Que malgré mes efforts, je resterai toujours ainsi.
En plus, certaines blessures me font toujours aussi mal et des séquelles sont malheureusement apparues. J'ai parfois des bourdonnements à l'oreille droite. Ca dure généralement plusieurs minutes et ça peut arriver n'importe quand. Il y a les migraines aussi : les lumières trop vives me font mal et les écrans sont devenus durs à supporter. Je dois porter des lunettes pour diminuer ces effets néfastes mais je n'en ai pas encore trouvé le courage.
Mon corps m'a fait faux bon au plus mauvais moment. Mais il n'y a pas que ça… Si seulement il n'y avait que ça d'ailleurs...
Pour une raison que j'ignore, je suis devenu impuissant.
Quel homme je fais maintenant ?
C'est vraiment dur de continuer dans ces circonstances là. J'ai l'impression de ne plus avoir grand-chose à quoi me raccrocher. Je ne suis même pas sûr que Luffy m'adorerait encore autant s'il savait à quel point ma bonne humeur et mon assurance ne sont là que pour faire illusion. Mais qu'est-ce que je peux faire d'autre ? Si je baisse les bras maintenant, qu'est-ce qu'il va bien pouvoir m'arriver ensuite ?
Je suis fatigué.
J'aimerais juste fermer les yeux et pouvoir me laisser porter par le bruit des vagues. Être ébloui par le soleil piquant de South Blue, paresser encore et encore en écoutant le chant des oiseaux et…
Je voudrais souffler et ne pas constater à chaque instant à quel point je ne serai jamais plus comme avant. Je n'arrive plus à sourire, à voir les choses du bon côté.
« Mais pourquoi est-ce que je souris au juste ? »
Mais oui, pourquoi ?
Je suis perdu et chercher me fatigue.
Je soupire et croise le regard d'Eden qui m'examine. Aujourd'hui, je suis venu faire un bilan à l'hôpital pour voir s'il y a du nouveau et si mes blessures guérissent correctement. Les doigts du châtain sur moi sont froids mais agréables sur mon corps brûlant. Je sens la douceur derrière ses gestes ainsi que son sérieux à travers son regard. Eden fait partie des deux chirurgiens qui m'ont soigné la nuit où je suis arrivé entre la vie et la mort après mon agression. Je lui dois certainement la vie, à lui et à la femme qui m'a opéré à ses côtés. Je n'oublie pas non plus les personnes du SAMU qui ont trimé pour me maintenir en vie jusqu'aux urgences. J'aurais pu mourir, ma vie aurait pu s'arrêter simplement comme ça, sans que je ne puisse rien y faire. En fait, elle s'est vraiment arrêtée. Mais deux minutes, pas plus.
Deux minutes. C'est étonnant mais je n'en ai aucun souvenir. Je n'ai aucune sensation à ce niveau-là. Je suis mort pendant un court moment et c'est à peine si je peux m'exprimer là-dessus.
-Ça m'a l'air correct, lance Eden. Comment vous sentez-vous ? Des douleurs particulières ?
-Non, pas vraiment. J'éprouve toujours certaines difficultés à faire quelques gestes mais sinon ça va.
-Quels gestes exactement ?
-Quand je me baisse ou que je me penche, ma cicatrice me tire un peu, dis-je en touchant mon flanc là où une blessure au couteau est en train de guérir. Il m'arrive aussi de me sentir courbaturé le matin en me levant, je l'informe.
-Je suis désolé de vous le dire mais malheureusement, ces douleurs sont normales. Qu'en est-il de vos migraines ? Persistent-elles ?
-Ouais, même si c'est moins douloureux à présent.
-Ce point m'inquiète un peu...
Il soupire et tapote son index droit sur sa tempe.
-Les scanners n'ont pourtant rien montré de grave. Mon confrère en neurologie certifie que c'est à cause de la légère commotion cérébrale que vous avez eue et que les effets continueront à s'estomper tout seuls. Les médicaments qui vous ont étés prescrits sont simplement là pour atténuer la douleur, me rappelle-t-il.
J'acquiesce et le regarde se triturer les ménages pour rien. Depuis ma mésaventure, j'ai pu côtoyer plus que de raison cet homme. Si au début je me suis quelque peu méfié à cause de la part d'ombre qui l'habite, maintenant je le trouve plutôt sympa. Il a été pendant quelques années proche de Edward Newgate, le principal rival de mon boss. Et même si à présent il est ce qu'on pourrait appeler un homme lambda, je me dois tout de même de rester sur mes gardes car comme on dit, on ne quitte jamais réellement ce milieu, surtout si on y a baigné pendant de longues années.
Le grand banditisme.
Ce monde obscur a beau ne plus être tout à fait comme avant, il reste néanmoins tout aussi dangereux. Aujourd'hui, il a plus ou moins été remplacé par les Quatre Empereurs qui le gouvernent d'une main de maitre. Ces personnages sont l'une des trois grandes puissances, ils sont considérés comme intouchables. Le gouvernement entier se méfie d'eux et à force de défaites, il a dû faire avec.
-Comment es-tu devenu urgentiste ? je demande.
Ma question surprend Eden. Il se tourne vers moi, arrêtant sa chaise à roulettes pour me faire face.
-En faisant des études, comme tout le monde! me répond-il en haussant un sourcil.
-Je me doute mais comme avant tu as fait de la pris-
-Parlons de vos problèmes d'érection.
Ça, c'est un bon gros vent ou je ne m'y connais pas. Il est évident qu'il ne veut pas en parler donc je n'insisterai pas. J'étais juste curieux de savoir comment il avait fait pour passer à autre chose. Pourquoi ne pas être retourné auprès de Newgate par exemple ? Moi qui ne connais que cette vie-là et qui dois tant à Roger, je ne m'imagine pas tout quitter et tourner le dos à la personne qui m'a permise de devenir celui que je suis aujourd'hui.
-C'est un peu méchant de m'attaquer tout de suite sur ce sujet...
J'esquisse un sourire amer et il m'ignore. Je lui en ai parlé car je pensais au début que cela faisait partie de mes blessures au même titre que le coup de couteau que j'ai pris. Il s'avère que visiblement, ce n'est pas le cas. Sa principale hypothèse est qu'il s'agit d'une réaction psychologique.
-Avez-vous pensé à voir un sexologue ?
-Non. Je pense d'ailleurs ne pas en avoir besoin.
-D'après vous, le problème se résoudra seul ? s'étonne-t-il.
-Eh bien oui. C'est apparu d'un coup, ça peut repartir d'un coup!
Il me jette un regard assez éloquent et je hausse simplement les épaules.
-Avez-vous pensez que la cause pouvait être liée à votre agression ?
-Vous dites ça parce que je me suis fait déchirer le rectum sur 3 centimètres ? J'étouffe un autre rire amer et ne réalise pas immédiatement que je suis soudain passé au vouvoiement.
-Je sais faire la différence, je ne me suis pas fait violer. C'est psychologique, d'accord, mais ça n'a peut-être rien à voir avec mon agression.
Je ferme les yeux et passe une main lasse dans mes cheveux. J'ai envie que cet entretien se termine très vite. J'étouffe.
xXx
-Oh, tu es déjà là ?
Cavendish sort apparemment de la douche. Malgré qu'il soit déjà habillé, il s'emploie à essuyer délicatement ses cheveux.
-Ouais. Tu es tout seul ?
Il acquiesce.
-Sabo est parti voir un de ses amis. Il ne rentre pas avant ce soir.
Il s'assoit sur le canapé et croise les jambes.
-Qu'est-ce qu'ils ont dit à l'hôpital ?
-Pas grand-chose. Je guéris normalement.
-C'est une bonne nouvelle, ça ! Tu devrais être plus content que ça, me gronde-t-il ensuite.
-Mais je suis content.
Je souris, amusé par son air suspicieux.
-Dis, tu me fais massage pour que je puisse me détendre un peu ?
Il hésite et tout en continuant à se sécher les cheveux, pèse le pour et le contre.
-Très bien mais tu me revaudras ça.
-Tu pourras faire ce que tu veux des lambeaux de mon corps! dis-je en riant et Cavendish grimace.
-Je vois pas trop en quoi c'est une compensation... Je préfèrerais plutôt que tu arrêtes de laisser tes poils dans le lavabo et que tu fasses la cuisine deux fois par semaine.
Cette fois-ci, c'est moi qui grimace et le blond s'insurge.
-Hé, je te rappelle que tu bosses pas en ce moment! Tu peux bien aider un peu !
-D'accord, d'accord, je capitule. Je nettoierai correctement la salle de bain après chaque utilisation.
-Et tu feras la cuisine deux fois par semaine, insiste-t-il.
-OK...
Je me sentais un peu vidé après mon bilan de santé à l'hôpital mais discuter avec Cavendish qui ne me ménage pas et ne me traite pas comme une chose délicate ou un infirme me fait du bien. C'est vrai qu'on pourrait penser qu'il est sans gêne mais moi, cette franchise me plait bien. Je suis blessé, c'est exact, mais je suis pratiquement remis à présent et mon état ne doit pas m'empêcher de m'activer. J'ai l'impression de larver depuis quelques mois et quand je ne sors pas voir mes amis ou quand je n'essaye pas de convaincre le boss de me laisser travailler sur quelques projets sans importance, je glande. Et autant dire que malheureusement, ça arrive beaucoup ces derniers temps.
Tout ça me donne trop d'occasions pour réfléchir à ma misérable vie et j'ai l'impression de ne plus savoir comment sourire sincèrement depuis. J'ai sans doute trop caché et enfoui certaines émotions à une époque et je ne sais plus comment me comporter face à elles aujourd'hui.
-Tu sais que tu es dur en affaire, dis-je avec une pointe de fierté.
-Je crois rêver, soupire-t-il. Bon, t'as qu'à aller chercher la crème et te préparer le temps que je termine de m'occuper de mes cheveux.
-OK, t'auras qu'à me rejoindre dans ma chambre.
Il soupire et se lève pour terminer de s'occuper de son incroyable crinière. Quant à moi, je me dirige tout sourire vers ma chambre : il s'agit de s'assurer que Cavendish ne change pas d'avis. Apres une rude bataille pour enlever mon tee-shirt, je m'allonge sur mon lit et attends mon colocataire. Le connaissant, ça ne devrait pas être tout de suite... Quoi qu'il doit aller bosser après donc il ne s'attardera sans doute pas tant que ça. Et je ne crois pas si bien dire car finalement, il arrive tout juste cinq minutes après mon incroyable danse du ventre. Un peu moins et il m'aurait vu m'humilier et presque perdre contre un pauvre haut.
-Tu veux que je te masse le dos? en déduit-il quand il me voit torse nu. Tu veux que je masse ton épaule et ton bras aussi ?
-Pour quoi faire ?
Cavendish a l'air surpris par ma question si j'en crois son silence. Je le regarde quelques secondes hésiter avant d'esquisser un tendre sourire.
-Ça ne sert plus à rien, Cavendish. J'ai totalement perdu l'usage de ce bras, je lui rappelle en espérant que cette fois, il s'y fasse enfin.
-Tu le prends bien, dit-il, ému et sans doute un peu triste.
Je ne dis rien et Cavendish n'insiste pas. C'est en silence qu'il commence son massage. Mes muscles noués se détendent très vite et mes yeux se ferment sous la sensation de bien-être. Je ne veux penser à rien qu'à ce moment où je peux me laisser porter, profiter sans avoir besoin de faire quoi que ce soit.
Et surtout, oublier la visite médicale que j'ai eue un peu plus tôt.
Impuissance.
Je me sens encore plus démuni. J'ai l'impression qu'à cause de ça, ma virilité s'est fait la malle. Qu'est-ce qui se passe avec moi pour que quelque chose d'aussi naturel que bander me soit devenu impossible ? J'arrive à peine à ressentir du désir en ce moment. J'ai juste l'impression d'être l'ombre de moi-même. Depuis ce jour là, tout va de travers dans ma vie. A moins que ce ne soit depuis longtemps et que je ne m'en rende compte que maintenant.
Un jour, alors que j'en avais marre de broyer du noir, je suis sorti avec des amis pour finalement revenir avec une jeune fille que j'avais fréquenté quelques mois plus tôt. Elle avait l'air toujours aussi intéressée malgré mon piteux état et je dois dire qu'en plus de me rassurer, ça m'a fait plaisir. C'était un bon pansement sur les silences de Mihawk.
Il n'est pas venu me voir une seule fois à l'hôpital et n'a pas non plus demandé après moi. A vrai dire, je n'ai plus aucune nouvelle de lui et je me suis retenu une bonne dizaine de fois de le contacter. Combien de fois devrais-je être déçu pour comprendre qu'il n'est pas fait pour moi ? J'ai une philosophie de vie assez simple et me prendre la tête, essayer de faire des choses qui ne me ressemblent pas est tout sauf pour moi. Une relation stable et épanouie, je n'y ai jamais vraiment pensé. Je me suis simplement posé la question quelquefois quand ce truc avec Mihawk a commencé. Et j'ai même fait des efforts pour que ça aille dans ce sens-là mais quand je vois comment j'ai été reçu… On est trop différent lui et moi. Et si j'aime nourrir mes amitiés de relation telles que celle-ci, imprévisible et hasardeuse, pour les histoires intimes, il vaut mieux que je m'en tienne à autre chose. Des histoires plus simples.
Au final, je me suis juste rappelé de son histoire de vente des parts qu'il avait dans l'entreprise familiale. Je m'en suis occupé comme j'ai pu avant de lui transmettre les renseignements dont il avait besoin. Je ne sais pas pourquoi je l'ai fait. Après tout, rien ne m'y obligeait. Peut-être que c'était une manière pitoyable de reprendre contact avec lui, même de manière professionnelle. J'ai reçu un chèque conséquent la semaine suivante que je n'ai toujours pas encaissé.
J'ai trouvé ça si dégoutant.
Alors elle était là et moi, je ne voulais pas être seul. On est resté en contact puis je lui ai proposé de me rejoindre chez moi. Je voulais vraiment coucher avec elle mais je n'ai pas réussi. La honte. J'ai plus jamais osé la rappeler. Dommage, c'était vraiment une bonne personne et une superbe femme. J'ai ensuite essayé quelques fois seul mais ça n'a pas plus fonctionné. Très peu habitué à la pratique, j'ai plus pris ça comme une corvée que comme un moment de plaisir.
Je suis descendu si bas et malheureusement, j'ai du mal à remonter la pente. J'aimerais bien qu'on s'occupe un peu de moi et qu'on me montre qu'on m'aime. J'aurais alors moins besoin de me demander à quoi je sers exactement. Pour l'instant, je sers à rien dans mon état et je ne trouve pas de quoi occuper suffisamment mes journées pour en être satisfait.
-Merci de prendre soin de moi.
-Qui le ferait sinon ? rigole-t-il.
Les mains de Cavendish appuient un peu plus fort et glissent parfaitement bien sur ma peau huilée. Je soupire de bien-être alors que ses mains caressent avec talent mes flancs avant de s'arrêter juste à la bordure de mon pantalon. Ces gestes m'apaisent et je me détends. Un peu trop.
Petit à petit, je sens une chaleur monter et se concentrer au niveau de mon ventre. Je me sens comme dans un cocon douillet et c'est si rare en ce moment que j'ai envie d'en profiter un maximum. Le massage continue et je gigote sous les sensations qui envahissent doucement mon corps.
-C'est bon… Continue...
Je me mords la lèvre inférieure et ma main droite passe sous mon ventre pour glisser lentement vers mon boxer.
-Shanks, qu'est-ce que tu fais ?
J'ouvre brutalement les yeux et constate avec effroi que j'ai une belle érection. J'enlève ma main avec empressement et cache mon visage dans l'oreiller.
-Euh, rien.
Silence. Je me sens rougir et je suis sûr qu'à cet instant, je dois être plus rouge encore que mes cheveux.
-C'est ça, oui. Écoute, je vais être en retard si je ne pars pas tout de suite alors je vais juste faire comme s'il ne s'était rien passé et me dépêcher de partir.
-Hum.
Je sens son regard sur moi pendant quelques secondes encore avant qu'il ne se lève et quitte ma chambre.
Putain !
Samedi 23 Décembre 2017
-Tu es sûr que tu peux reprendre le travail dès la fin janvier ? me demande Rayleigh de manière suspicieuse.
-Mais bien sûr que oui ! j'insiste. Je commencerai par la paperasse et les trucs de bureau et de renseignement. Ma condition ne m'empêche pas de faire ça, tu sais. Je suis en voie de guérison et non à l'article de la mort!
-OK, OK, capitule mon supérieur. Je vais en parler à Roger et faudra aussi que tu passes à la médecine du travail.
-Oui, tout ce que tu veux. Je peux déjà commencer par seconder quelqu'un dans un dossier ?
-Tu ne vas pas lâcher l'affaire, hein ? rigole-t-il.
J'acquiesce vigoureusement et Rayleigh me répète qu'il va d'abord en parler à Roger.
Je discute encore un peu avec lui. Il me parle de la société et des affaires en cours. Il m'en propose une et je prends des notes. Après un dernier café, mon supérieur s'en va. Motivé par ce début de journée agréable, j'appelle tout de suite le collègue avec lequel je vais travailler pour lui expliquer la situation. Il le prend plutôt bien et on discute pendant presque une demi-heure de l'affaire « Rubis » : un couple doit bientôt comparaitre pour vol à main armée dans une bijouterie. Le propriétaire du magasin a été blessé et a perdu l'usage de ses jambes. Mon collègue défend l'homme qui se trouve être un étudiant sans histoire et il est persuadé qu'il a été manipulé par la femme de vingt ans son ainée. Je ne peux pas me prononcer car je n'en sais pas assez mais je lui promets de m'y mettre dès aujourd'hui. Il m'envoie les dossiers par mail et attend avec impatience mon avis. Il a peur de se tromper et veut vraiment avoir un bon plan d'attaque pour défendre son client lors du procès.
La confiance qu'il place en moi me fait plaisir. Dans l'entreprise, c'est moi qui ai le moins d'expérience alors que quelqu'un se repose sur moi et ai confiance en mes compétences, ça me valorise.
Je n'ai jamais été un gros bosseur mais je dois dire qu'en cet instant, je suis investi corps et âme dans mon boulot. Ce n'est pas tellement comme si j'avais autre chose à faire de toute façon et aider les autres est une très bonne occupation. Je remets doucement le pied à l'étrier et c'est une manière de sortir de ma morosité.
Seul dans l'appartement, je planche pendant plus d'une heure sur le dossier que j'ai reçu. Vers les coups de 12h, je m'arrête pour manger un plat préparé par Cavendish la veille avant de m'endormir devant une émission de télé-réalité aux alentours de 14h. C'est une douleur au niveau du bras qui me réveille à 17h. Je suis d'ailleurs surpris de l'heure : je ne pensais pas m'assoupir autant. Après, cela n'a rien d'étonnant en soi : je dors très mal la nuit et suis souvent fatigué la journée.
Je termine de me réveiller avec un café et me remets à bosser le dossier que j'ai reçu plus tôt dans la journée. J'en arrive à peu près aux mêmes conclusions que mon collègue et lui fais part de mon avis dans un mail que je lui envoie. Je lui conseille de mettre en avant l'emprise que cette femme aurait eue sur le jeune homme et surtout son envie de repentance. Ne pas plaider coupable serait cependant dangereux : un homme a été blessé et gardera des séquelles à vie. Je ne suis pas sûr qu'il soit prêt à entendre un truc du genre « C'est pas moi, c'est elle qui m'a forcé ! » pour expliquer son état. Le mieux que cet étudiant puisse obtenir serait du sursis et même ça, ce serait déjà une victoire.
-Bonjour !
Je relève la tête et croise la mine enjouée de l'autre blond de la maison.
-Salut, Sabo, comment ça va ?
-Super bien ! On a enfin trouvé un endroit pour organiser notre soirée du nouvel an!
-Oh, voyez-vous ça? Une soirée de débauche s'annonce alors, dis-je pour blaguer.
Il secoue la tête, amusé, et j'en profite pour envoyer rapidement mon mail avant d'oublier.
Je suis assez content que Sabo soit rentré le premier. Depuis ce qu'il s'est passé la veille avec Cavendish, je suis plus qu'embarrassé. Bordel ! J'ai toujours pas compris comment ça a pu arriver. J'ai essayé suite à ça de me donner du plaisir seul mais la veuve poignet n'a pas été capable de grand-chose et c'était encore plus gênant. Le pire a sûrement été quand Cavendish est rentré hier soir et qu'il m'a souri avec ce petit air supérieur. Il s'imagine certainement que je le trouve séduisant maintenant... J'ai pas fini d'en entendre parler !
-Ah, tu as de la chance, tu vas pouvoir t'éclater, je reprends.
Et bien sûr, il acquiesce.
-Tu fais quelque chose pour le nouvel an, toi ? Cavendish m'a dit qu'il ne faisait rien de spécial, me dit-il ensuite.
-Ah ouais, Cavendish fait jamais grand-chose pour les fêtes. Il a pas beaucoup d'amis ici à cause de son métier mais si tu veux mon avis, c'est aussi à cause de son caractère... Et puis, comme il est fâché avec sa famille... Il essaie parfois de revoir certains de ses amis d'enfance ou alors de faire un truc spécial pour ses fans mais c'est rien de très réjouissant. Je pense que cette année, il va juste bosser comme tous les autres jours.
-C'est un peu triste, non ? se désole Sabo.
-Il en faut bien. Si personne ne travaillait ces jours-là, ceux qui fêtent la soirée seraient bien en peine! Enfin, pour ma part, j'irais certainement boire un verre avec mes amis et puis je rentrerais. Je pense pas que j'aurais l'énergie de plus de toute façon.
-Oh. Ce sera déjà bien, m'assure-t-il.
Il aperçoit mon ordinateur allumé, mes quelques notes laissées ici et là sur la table ainsi que ma tasse de café entamée et hausse un sourcil surpris.
-Tu as repris le travail ?
-On peut dire ça même si pour l'instant, ce n'est pas tout à fait officiel. En fait, j'attends le feu vert de Roger. Ca et l'accord de la médecine du travail.
-C'est génial ! lance-t-il, aussi enthousiaste que moi. Tu dois être heureux! Ne pas travailler semblait te miner! explique-t-il après que je lui ai adressé un regard interrogateur.
-Oh, ça se voyait tant que ça ? je lance, assez étonné.
Sabo acquiesce avec vigueur.
-Tu végétais sur le canapé et ça, c'est plutôt rare venant de toi!
-Pas faux, dis-je en le pointant du doigt pour lui donner raison.
J'esquisse un sourire et range mes affaires alors que Sabo m'indique se rendre dans la salle de bain. Aujourd'hui, il a eu son dernier entrainement de basket de l'année, il va donc pouvoir profiter à fond de ses vacances. C'est la reprise qui sera dure, surtout s'il s'empiffre pendant les fêtes! On prend toujours du poids à ce moment-là. On met plusieurs mois à le perdre pour finalement le reprendre aux prochaines fêtes... Mais j'y pense, ce ne serait pas l'occasion parfaite d'engraisser Cavendish ?!
-A quoi est-ce que tu penses ?
Je sursaute à l'entente de sa voix et me retourne pour fixer l'expression dubitative du mannequin qui vient de faire son apparition.
-J'ai l'impression que tu pensais à des trucs bizarres.
-Mais non ! je le détrompe en me demandant comment il a bien pu deviner.
Quoi qu'après l'épisode humiliant de la veille, il doit se méfier de tout ce qui se passe dans ma tête !
Dimanche 24 Décembre 2017
La veille de Noël. Nous y sommes finalement.
Sabo s'est trouvé un extra très bien payé dans le restaurant où bosse son meilleur ami et ne compte pas ses heures. Comme Ace aussi travaille, il a décidé d'occuper intelligemment son temps en attendant leurs retrouvailles à la fête du nouvel an qui se tiendra d'après ce que j'ai compris chez les parents de X-Drake. Comme c'est en plein centre-ville, ils pourront s'ils le souhaitent d'abord sortir pour finalement terminer la nuit chez le roux. Enfin, ce n'est que mon interprétation : Sabo est tellement occupé en ce moment que c'est à peine si je le croise. C'est bien d'être motivé alors qu'on est aussi jeune !
Contrairement à ce que je pensais, Cavendish non plus ne va pas bosser le jour de l'an mais bel et bien retourner dans sa ville natale. Il nous l'a appris hier soir pendant le diner et cette annonce sortie de nulle part en a surpris plus d'un. Moi le premier. Il nous a ensuite expliqué qu'un membre de sa famille se marie et qu'il est obligé de s'y rendre même si ça le répugne. Cela va bientôt faire cinq ans que le mannequin a très peu de contacts avec sa famille. Il a quitté le foyer familial avant sa majorité pour des raisons obscures que j'ignore aujourd'hui encore. Les seules choses que je sais réellement sur lui, c'est qu'il a pour but de devenir célèbre pour prouver à sa famille qu'il peut très bien s'en sortir seul. Qu'il en est capable.
J'ai vu à son visage qu'il n'était pas certain de passer de bonnes fêtes de fin d'année et c'est assez dommage. Je ne comprends pas pourquoi il se force à faire quelque chose qu'il n'apprécie pas. Peut-être a-t-il peur de regretter si jamais, effectivement, il n'y allait pas. Ce qui se tient en soi.
Et moi ?
Eh bien, moi, je me prépare à sortir. Je ne sais pas si je vais trouver mon bonheur dehors, beaucoup d'établissement sont fermés pour les fêtes. Cependant je ne me fais pas non plus trop de soucis à ce sujet, on est à Dawn, c'est une grande ville, impossible que je ne trouve pas mon bonheur ce soir, veille de noël ou pas.
Cavendish part demain matin et je l'ai autorisé à prendre ma voiture comme je ne l'utilise plus en ce moment. On a pour projet d'aller prendre un copieux petit-déjeuner avant son départ. Un dernier moment ensemble avant de se séparer pour quelques jours. Ce sera comme notre repas de Noël et du nouvel an étant donné que chacun d'entre nous les passera de son côté.
Donc, j'ai interdiction de rentrer trop tard et de dormir jusqu'à midi demain ! Que Cavendish se rassure, il n'est même pas sûr que je reste jusqu'à minuit. Je n'ai malheureusement trouvé personne pour m'accompagner ce soir : mes amis sont tous occupés, avec leurs proches pour la plupart. Noël reste une fête indubitablement familiale après tout alors que le nouvel an se fête généralement plus entre amis.
Bon, tant pis, je vais bien réussir à m'amuser un peu ce soir! Il est temps que je retrouve mes bonnes vieilles habitudes et que je me fasse plaisir...
xXx
-Je peux t'offrir un verre ?
-Euh… Ouais.
Je souris et l'homme d'une quarantaine d'années se mord la lèvre inférieure avant de faire signe au barman qui lève les yeux au ciel mais s'active tout de même derrière son comptoir. J'ai atterri il y a une demi-heure dans un bar "gay friendly" et l'heure fatidique où Cendrillon devra rentrer chez elle approche à grands pas.
L'homme qui me drague éhontément et qui croit que je ne vois rien est plutôt sympathique et bosse comme notaire dans une ville voisine. Il me dit s'appeler John mais je ne suis pas du tout sûr que ce soit vrai. La bague qu'il a à son doigt m'indique plus probablement que ce John est un gros menteur. Après, s'il veut me payer des verres, je ne vais certainement pas dire non. C'est que c'est assez flatteur, ma foi !
-Tu m'as pas dit ton petit nom au fait...
Le barman me donne mon verre et ses doigts frôlent les miens. Je ne suis pas sûr du tout que ce geste soit anodin. Il part cependant comme si de rien n'était.
-Shanks.
-C'est joli.
Il boit une gorgée de sa bière et je fais pareil. Son regard ne quitte pas les cicatrices que j'ai au visage et je sais qu'il ne va pas tarder à m'interroger.
-Tu as fait l'armée ? C'est pour ça tes blessures ?
-Non.
Je rigole, amusé par ses propos, et m'installe plus confortablement sur ma chaise. Je fouille dans mes poches et en sors une carte de visite que je lui tends.
-Je suis avocat. Si un jour ta femme en cherche un pour le divorce, mes honoraires sont plutôt acceptables.
L'homme, vexé de s'être fait grillé, écrase la carte dans ses mains avant de jurer et de s'en aller sans rien ajouter. J'échange un regard avec le barman qui est aussi amusé que moi. Il essuie des verres et se rapproche lentement. Il semble vouloir dire quelque chose sans trop oser, je le laisse donc tranquillement chercher ses mots et observe plus longuement le bar.
Dans le quartier chaud de la ville, il se situe à dix minutes de la rue marchande très prisée par les touristes. J'ai déjà dû passer devant sans toutefois jamais y entrer. L'ambiance est très joyeuse et agréable. L'endroit ressemble à tous les autres bars dans le fond. La déco diffère, bien entendu. Ça et le fait que la communauté LGBT y est totalement libre : ici, deux hommes comme deux femmes peuvent danser ensemble sans que ce soit gênant ou encore choquant. Les couples hétérosexuels ne sont pourtant pas en reste. A vrai dire, peu importe la sexualité de chacun.
Le barman se racle la gorge et je reporte alors mon attention sur lui.
-Il fait le coup à tout le monde. Je dois avouer que c'est assez plaisant de le voir se faire recaler de temps en temps. Le jour du réveillon de Noël en plus...
-Si je peux aider, dis-je en rigolant.
-Il est quand même gentil et aussi bizarre que ça puisse paraitre, il aime profondément sa femme. Enfin, je crois, hésite-t-il.
Il sourit et je l'imite, amusé.
-En fait, il est juste trop faible face à la chair et surtout face à un beau jeune homme, termine le barman.
-Oh, ça c'est un compliment ou je ne m'y connais pas !
Il se détourne pour ranger quelques verres mais je sais qu'il rougit.
Le barman a un physique assez banal, des yeux tombant foncés avec des taches de rousseur qui parsèment sa peau. Il est plutôt mignon dans son genre si on n'est pas trop compliqué. Ses boucles noires donnent envie d'y glisser ses doigts et sa timidité peu avoir son charme aussi.
-C'est la première fois que tu viens dans ce genre de bar ? Enfin, c'est ce que tu as dit à John, explique-t-il devant mon froncement de sourcil.
-Oh, ouais. J'étais curieux et puis je passais devant et je me suis dit, pourquoi pas !
-Et qu'est-ce que t'en penses ?
-Pas du mal, sinon je serais déjà parti en courant.
-Ouais, désolé. Ma question était bête...
Je n'ai pas le temps de le détromper car il s'éloigne pour servir d'autres clients. Le barman dont j'ignore le nom – quoi que j'ai cru entendre quelqu'un l'appeler Ruey– est largement moins confiant que ce très cher John. A vrai dire, il a l'air beaucoup plus compétent pour écouter les clients déverser leurs peines que pour leur faire la conversation. Il a d'ailleurs dû en entendre des vertes et des pas mûres! Pour ceux qui aiment le relationnel et qui sont plus ou moins curieux, barman doit être le boulot parfait.
Ruey revient vers moi et à cette fois-ci, il a l'air plus sûr de lui. La musique est plus forte et alors que je termine lentement mon verre, je le regarde réaliser un cocktail. C'est un merveilleux spectacle joliment exécuté. Il a l'air délicieux et ses multiples couleurs le rendent si beau qu'on hésiterait presque à le boire! Il le pose devant moi et les saveurs fruitées envahissent mon palais alors que je n'y ai même pas encore touché.
-Je n'ai rien commandé.
-Je sais, sourit-il.
On dirait que le départ de John ne m'empêche pas de me faire offrir de verre, c'est plutôt sympathique.
-Oh, et qui dois-je remercier pour ce merveilleux cocktail ?
-Personne… Enfin, c'est de moi, c'est tout.
Il se racle la gorge et n'ose pas trop me regarder.
Mais est-ce que je ne suis pas en train de me faire draguer pour la deuxième fois de la soirée ? C'est étonnant et c'est bien la première fois que ça m'arrive en plus ! Mais il y a juste un petit quelque chose qui me turlupine : il n'y a pas que des gays dans ce bar, il y a aussi des femmes hétéro alors pourquoi aucune d'entre elles ne m'a abordé ? C'est vrai que je ne me suis pas spécialement apprêté et peut-être que les garçons sont moins regardant à ce niveau-là... Dans la mesure où ils espèrent me voir nu peu de temps après. En tout cas, c'est ce que désirait John. Je pense que c'est ce que désire aussi le barman mais sans toutefois trop oser y croire. Dans tous les cas, ça reste quand même assez flatteur mais je dois dire que si ça doit durer toute la soirée, ça va vite devenir gênant.
Je ne suis pas non plus dans l'optique de lui donner ce qu'il veut après tout. Enfin, je peux toujours y réfléchir. Je fais la moue et apprécie une longue gorgée de mon cocktail. Quand Cavendish m'a fait un massage, j'ai vraiment ressenti un fort désir que je n'ai pas pu réfréner. Il a beau s'être évaporé assez vite, il n'en a pas moins été puissant. Je ne m'étais pas penché sur cette alternative là lors de la découverte de mon fâcheux problème mais ça peut être une solution. J'aimerais vraiment ne pas avoir à le trainer encore et encore, ça me rappelle ma condition minable et le fait que je suis de plus en plus diminué. Et puis, j'aimerais avoir autre chose comme dernier souvenir sur le sexe que la nuit que j'ai passé avec Mihawk et le sublime orgasme que j'ai eu. C'est que ça remonte, mine de rien ! Et après, on dit que je suis un peu trop « libre » !
-Merci, dis-je, finalement décidé à voir où tout ça va nous mener.
Il hausse les épaules et semble chercher quoi dire.
-Tu t'appelles Ruey ? je demande, hésitant. Comment ça se prononce exactement ?
-La première syllabe se prononce comme « Rui » mais en moins accentué.
Je répète et ça le fait sourire.
-Appuie le « ai » en laissant trainer un peu le i à la fin.
-Wow, c'est bien compliqué pour un si petit nom ! Tu es né à Goa ?
-Non, je suis originaire de South Blue.
Je l'écoute me parler de lui, c'est assez distrayant en plus d'être intéressant. Ruey a une belle voix et il a un regard assez troublant mais néanmoins chaleureux. Il n'est pas très à l'aise quand il parle de lui, sûrement le fait-il parce qu'il se confie à un total inconnu. J'arrive tout de même à apprendre qu'il a 32 ans et travaille depuis presque 5 ans dans ce bar. C'était juste un remplacement au départ et puis petit à petit, il a effectué quelques extras de plus en plus longs avant que ça ne se finisse en CDI. Aujourd'hui, il ne se voit pas partir même s'il avoue bien volontiers que sa ville natale lui manque : il y a toute sa famille après tout.
Le barman est d'ailleurs beaucoup plus volubile à ce sujet. J'ai déjà eu l'occasion de faire quelques voyages dans cette région du monde mais jamais très longtemps malheureusement.
-Parle-moi de Briss. Donne-moi envie d'y passer des vacances !
-Tu prévois de partir bientôt ? me demande t-il tout en prenant la commande de nouveaux clients.
-Je ne sais pas. Je suis plus ou moins en vacances en ce moment, on va dire, dis-je en grimaçant.
-Euh… Un instant.
Il me lâche soudainement pour aller voir un de ses collègues plus loin dans la salle. J'hausse les épaules, me disant que je n'y peux rien. Je ne vais pas m'accaparer Ruey quand même. Je reprends une gorgée de mon cocktail et me dis qu'il est si bon que je vais peut-être bien en reprendre un autre ou alors me laisser tenter par un autre cocktail qui sera encore meilleur, je l'espère.
Je suis coupé dans mes réflexions par un raclement de tabouret à mes côtés. Un couple de femmes s'est décidé à me tenir compagnie. Depuis que le couple de quinquagénaire est parti il y a plus d'un quart d'heure, je me sens un peu seul au pays des soulards.
-Bonsoir.
Je les salue et elles me lancent un agréable sourire.
-Hé ! fait la brune qui porte des lunettes et qui a un style un peu strict.
Elle n'en a pourtant pas l'air vu l'air jovial qui habille ses traits.
-Un nouveau ! renchérit son amie.
Elle a l'air d'avoir la vingtaine – comme la brune – et est toute en rondeur. Ses yeux vairons sont magnifiques et ses boucles blondes ainsi que ses longs cils savent vraiment mettre son regard en valeur.
-Ah, des habituées ! Je pense que je ne vais pas tarder à en devenir un aussi!
-Sage décision, jeune homme ! claironne la blonde qui me fait un clin d'œil.
-C'est sûr que c'est très sympa ici, l'ambiance est vraiment bonne et Ruey fait des cocktails à tomber, admet son amie.
-Je suis d'accord.
Je me retiens de lui dire qu'elle prononce mal le nom du barman. Pour qui elle me prendrait, moi, le petit nouveau ? Et puis je ne vais pas faire fuir les seules personnes qui me parlent ici !
-Il est super sympa. J'ai même eu un cocktail offert par ses soins, je leur montre. Si ça, c'est pas de la veine!
-Oh ! Chanceux ! s'exclament-elles en même temps.
Je fais semblant de rougir sous leurs remarques et sourit encore plus quand mon barman préféré revient. Son collègue est finalement venu l'aider derrière le comptoir et s'occupe très rapidement des filles qui sont, comme je l'avais deviné, en couple. Il faut dire que les quelques baisers et les regards tendres qu'elles ont échangés à leur arrivée étaient en soit une bonne indication.
-A cause de ton état ?
-De quoi ? dis-je, pris au dépourvu par sa question.
-Tu as dit que tu étais en vacances, Ruey me rappelle.
-Ah, ouais.
Je soupire avant de toucher mon bras gauche.
-J'ai quelques problèmes de santé, je suis en repos forcé.
Je ne lui en dis pas plus, jugeant qu'il en sait suffisamment comme ça.
-Je comprends.
-Mais tu sais qu'il y a moins brutal comme approche? Pendant une seconde, je me demandais bien de quoi tu me parlais!
-Désolé.
-Pas de problème. Je peux avoir un autre verre ?
-Bien sûr mais ne compte pas sur moi pour te l'offrir!
Je rigole et il s'éloigne pour me préparer un Virgin Colada. Le nom me donne envie d'en découvrir plus : moi qui ne suis jamais très regardant sur ce que contient exactement mon verre, j'ignore complètement ce que peut bien être ce cocktail. Lui et tous les autres.
-Pas d'alcool non plus dans celui-ci, m'avertit-il en déposant mon verre devant moi.
-Oh, on me met à la diète...
-Tu as déjà beaucoup bu, m'explique-t-il.
-OK, pas de problème.
Je bois une gorgée pour gouter.
-Mais c'est que c'est bon en plus !
Le barman a l'air rassuré et les filles rigolent.
-T'as déjà fréquenté ce genre de bar ? me demande la brune.
-Non, jamais.
-T'es hétéro, c'est ça ? lance sa copine en esquissant un sourire assez espiègle.
-Pourquoi ça sonne comme une insulte ?!
Je fais semblant de m'offusquer et tous les trois rigolent.
-Mais non, pas du tout. A vrai dire, avant de travailler ici, je ne connaissais pas forcément ce milieu, m'apprend Ruey.
-Il était tout gêné, le pauvre ! Il l'est encore un peu aujourd'hui, approuve la blonde.
-Mina, soupire-t-il.
-Qu'est-ce qui t'a amené exactement dans ce bar pour le réveillon de Noël? L'envie de faire la fête convenablement ou juste le désir de chasser sur un autre territoire ?
Elle se lèche les lèvres et je rigole devant autant d'audace.
-Je ne sais pas. L'ambiance, je dirais. Je n'ai pas trop la tête à m'aventurer dans des histoires compliquées.
-C'est loin d'être compliqué les coups d'un soir, réplique-t-elle.
-C'est sûr mais même pour ça, j'arrive pas à trouver la motivation de m'investir.
-Monsieur est sans doute plus habitué à se faire courtiser qu'à devoir chasser! répond le barman.
-Hé !
Je grimace à ces mots mais reconnais ne jamais avoir eu trop de difficultés pour séduire. J'ai toujours fais attention aux ouvertures que j'avais et j'ai tenté ma chance à maintes reprises avec plus ou moins de succès. J'ai un bon bagou et je dois dire que ça aide pas mal dans certaines situations.
-C'est pas ça, je démens. Je sors d'une histoire difficile.
-La tragédie d'une vie! Tu fais donc partie des personnes qui, après une séparation, ont du mal à tourner la page? Luz est pareille.
-Merci pour moi mais Ruey est pire. Quand sa copine l'a quitté, il était plus bas que terre et maintenant, il a tellement peur qu'une autre fille le fasse souffrir qu'il s'est mis en tête de sortir qu'avec des garçons !
-Je me demande pourquoi vous êtes venues, vous, s'agace Ruey. Je ne pense pas que Shanks ait besoin de savoir ça.
-Mais bien sûr que si ! C'est très intéressant, je le détrompe et il rougit d'embarras. De toute façon, quoi que vous ayez faits, vous ne me battez pas. Y a pas plus minable que moi...
Mon ton fataliste calme leur petite querelle. Inquiets, ils me fixent dans l'attente d'une suite qui ne vient pas. Le nez dans mon Virgin Colada, alors que je suis envahi par le parfum de la coco et des autres ingrédients qui composent ce cocktail, je me souviens. Je me souviens et finalement, je leur raconte.
Mihawk et moi, on a vraiment été de grands imbéciles. Pas un pour rattraper l'autre. Je me rappelle qu'au tout début, quand j'ai découvert qu'il était attiré par les hommes, j'ai eu peur que les choses changent entre nous. Je me rappelle même m'être demandé ce qui se passerait si jamais il tombait amoureux de moi. J'ai un peu paniqué avant de me dire que ça n'arriverait jamais. Il passait son temps à me grogner dessus et à râler après moi. Je me demandais comment il faisait pour me supporter à vrai dire. A l'époque, je n'étais pas son ami, à peine un mec qui s'accrochait à lui pour des raisons qui lui étaient inconnues et qui voulait continuer à se mesurer à lui.
Mes inquiétudes et mes interrogations étaient fondées sur de la méconnaissance et de l'ignorance. Et je dois dire, une part minime d'égo. Je n'étais pas le plus bel homme de la terre, il n'y avait aucune raison pour que d'un coup, Mihawk tombe amoureux de moi.
Sauf que c'est arrivé. Pourquoi, comment et quand ? Je ne sais pas, je ne lui ai jamais demandé. Je ne l'aurais pas su d'ailleurs si je ne lui avais pas demandé de me montrer ce que c'était d'être dans les bras d'un homme.
C'était étrange. Mihawk a été insaisissable du début à la fin. Il contrôlait tout mais voulait me faire croire que c'est moi qui avais les rênes alors que c'était faux. J'ai apprécié cette nuit même si je l'ai beaucoup regrettée après coup. Je l'ai longtemps considérée comme une erreur. A aucun moment Mihawk ne m'a réellement montré qu'il m'aimait. Ça a dégénéré pour de stupides raisons.
Je n'ai même plus confiance en ses mots et je me rends compte aujourd'hui seulement que ça aurait pu très vite dégénérer la dernière fois avec lui. Cette nuit où il y a eu cette cassure entre nous. Que je le veuille ou non, je suis devenu plus faible et Mihawk peut très clairement avoir le dessus sur moi. Je n'ai pas paniqué ni même eu peur parce que la pensée même qu'il me fasse du mal était inconcevable pour moi. Quelle ineptie ! Il m'en fait déjà beaucoup et il est peut-être temps que je m'en rende compte.
J'ai affirmé à ma dernière visite avec Eden que je savais plus ou moins d'où venait mon blocage sexuel, si je peux appeler ça comme ça. Le sexe avait beaucoup d'importance dans ma vie avant, ou plutôt j'étais assez actif. Les sentiments n'étaient jamais là mais j'avais toujours de la sympathie et un fort désir pour mes partenaires successives. Mais sans plus. Oui, sans plus. Le sexe ne m'apporte aucune joie véritable à part un immense plaisir pendant – et un peu après – et c'est tout. Je ne crois pas en l'amour, plus maintenant. Je n'ai tout simplement plus assez d'énergie pour aller chercher un semblant de contentement ailleurs. Tout ça pour oublier que je suis amoureux d'un homme qui ne sait pas m'aimer et qui est un gros égoïste.
Amoureux, ça y est le mot est dit. En même temps je pouvais difficilement continuer à nier l'évidence. Je suis un homme cultivé – malgré ce que les gens disent – et j'ai faits beaucoup d'année d'étude pour devenir avocat, tout ce savoir et j'étais même pas fichu de reconnaitre les premiers émois lier à l'amour. Mais plus que ça, je pense qu'au fond j'avais peur de m'avouer que j'aimais mon ami par rapport à ce que cette révélation pouvait changer. Savoir qu'il m'aime est une chose, l'aimer et comprendre alors que ses sentiments sont partagés en sont une autre. Dans l'une des deux situations on sait qu'il ne se passera rien, dans l'autre on a juste peur de la suite. C'est bête mais c'est comme ça. Quand on est seul, pas forcément au top de sa forme et qu'on a beaucoup de temps pour penser, on se rends compte de choses peu glorieuse et dont on se serait bien passer.
C'est un raccourci un peu rapide mais l'idée est là.
Au sujet de mon problème qui est d'ordre intime, si ça ne me travaillait pas autant, je serais presque pour rester comme ça. Après tout, je n'ai pas besoin de sexe pour être heureux. Je n'ai personne à aimer et je ne suis pas obligé de me conformer aux dictats de beauté et de virilité selon quoi un homme doit être capable de bien faire l'amour à une femme. Ou quelque chose comme ça.
Je pourrais, mais je dois dire qu'en plus de la perte de mobilité de mon bras, ça fait un peu trop. Beaucoup trop même.
-Tu devrais aller le voir, me conseille Ruey.
-Et en quel honneur ? dis-je, confus.
Les filles, les coudes sur le comptoir, suivent attentivement notre échange.
-Tu ne peux pas attendre qu'il fasse des efforts et qu'il soit sincère si tu ne l'es pas non plus.
-Est-ce que tu as écouté ce que je viens de te dire ? dis-je, un peu vexé.
-Oui.
Il détourne les yeux et ose à peine me regarder. Il triture avec nervosité les futs de bières posés non loin et je me demande si je n'ai pas été un peu trop cassant avec lui.
-Quand on est différent, commence-t-il prudemment, c'est jamais facile de se mettre à nu. Il a simplement du considérer qu'il avait plus à perdre que toi et a simplement essayé de se protéger...
Je secoue la tête et avise l'heure sur mon portable. Mon couvre-feu est passé depuis longtemps, il est plus que temps que je rentre. Je me lève.
-Tu pars déjà ? s'étonne Luz.
-Tu l'as vexé, Ruey.
-Non, c'est pas ça.
Je soupire et observe le barman qui a du mal à cacher son malaise.
-Tu as peut-être raison mais malheureusement, je ne suis pas encore capable de l'admettre ni de le comprendre.
Il acquiesce mais parait se sentir toujours aussi mal.
-Je suis content de t'avoir rencontré et je repasserais certainement ici. T'es un chouette type, tu devrais pas perdre ton temps à défendre cette enflure.
-Oh, mon Dieu, Ruey, t'as une touche ! Pourquoi t'as tout gâché en lui parlant de son ex ! s'indigne Mina.
Je secoue la tête, amusé.
-A une prochaine, peut-être.
Je les salue d'un geste exagéré de la main et quitte avec lenteur le bar.
Lundi 25 Décembre 2017
J'avais prévu de prendre un taxi pour rentrer alors pourquoi je suis assis par terre à essayer de retenir mes larmes ?
Je ne comprends pas. Je marchais tranquillement, profitant de l'atmosphère festive de la nuit. La rue commerçante étant très bruyante la nuit, les musiques des bars et des boites de nuit non loin me parvenaient encore. C'est comme si j'étais encore dans l'ambiance, un pied dehors et un pied dedans. La nuit fraiche et le vent glacial me fouettaient les joues et me faisaient manger mes cheveux décidément trop longs. Je voulais juste me vider la tête mais je n'ai malheureusement pas réussi. J'ai repensé aux mots de Ruey, à tout ce qui m'arrive, et ça a été la goutte d'eau.
Je ne pensais pas avoir de raison particulière de pleurer pourtant. Pourquoi maintenant et pas avant ? Je n'ai pas spécialement envie de me poser ces questions, ça ne servirait pas à grand-chose de toute façon. Il fallait que ça sorte et c'est en train d'arriver. Je ne dis pas que ça aurait été mieux autre part, sous la douche par exemple, où mes larmes auraient pu se mélanger à l'eau, ce qui m'aurait du coup permis de les ignorer ou de les accepter plus facilement.
J'ai juste besoin d'évacuer et de me ressaisir. Je ne peux pas continuer comme ça.
Ça me pollue et je n'arrive pas à passer à autre chose. Qu'est-ce qui me reste au fond ? Je ne veux pas continuer à couler.
C'est pas moi ça…
xXx
-Je vais me sentir bien seul si vous partez tous les deux, soupire Sabo.
-Je ne resterai pas longtemps chez mes parents. Dès que le mariage sera fini, je m'empresserai de rentrer, assure Cavendish.
-Ce voyage est loin de te faire plaisir, non ? l'interroge l'étudiant.
-Et encore, c'est un euphémisme...
Sentant certainement qu'aller plus loin dans la conversation ne servirait à rien, Sabo se contente de lui sourire et porte ensuite son attention sur moi. Je lui souris en retour et lui fais un signe pour l'encourager à me questionner. Je suis plutôt de bonne humeur ce matin et je suis plus que partant pour bavasser avec Sabo : qui sait quand j'aurais de nouveau l'occasion de discuter comme ça avec lui. Comme promis à Cavendish hier, nous sommes tout les trois attablés devant des assiettes bien garnies. Il est dix heures et je déguste avec délectation un petit déjeuner typiquement occidental. Je ne suis pas habitué et en attendant que mon estomac proteste, je mange avec bonheur. Sabo m'a imité et aime autant que moi ces petits délices. Cavendish est quant à lui égal à lui-même et mange léger.
J'ai annoncé il y a quelques minutes à peine à mes deux colocataires que je partais ce soir. J'ai pris cette décision en me réveillant ce matin, encore un peu pâteux de ma nuit. C'est justement la soirée d'hier qui m'a décidé en fait. Après m'être laissé aller sur le trottoir pendant presque une demi-heure, je suis rentré parce que le froid commençait à me faire mal. J'avais les joues sèches et ma gorge me picotait, m'indiquant ainsi que j'allais me récolter une bonne grosse angine le lendemain et malheureusement, c'est très désagréable. J'ai fait le trajet qui me séparait de mon domicile à pieds et étais plus que soulagé d'arriver enfin à destination. Je n'ai pas pris le temps de prendre une douche ni de me changer, je n'aspirais qu'à rejoindre au plus vite mon lit. Je me suis jeté dessus encore tout habillé et malgré ma fatigue et mon état plus que douteux, je n'ai pas réussi à m'endormir tout de suite.
J'ai ressassé pendant de longues minutes ce que m'avait dit le barman. J'ai réfléchi à ma situation, à la relation que j'ai eue avec Mihawk. A énormément de choses en fait. Et franchement, c'était pas très glorieux. J'ai failli déprimer avec cette abondance de choses emmerdantes. Je me suis fait la réflexion qu'il était évident que j'avais du mal à sourire et à me retrouver avec cette tristesse constante. Les paroles de Ruey se sont de nouveau rappelées à moi – il va devenir mon nouveau guide – ainsi que ses paroles passionnées sur sa ville natale.
Et ce matin en me réveillant, je me suis dit le plus naturellement du monde que j'allais partir. A l'instant où je l'ai pensé, je me suis senti tellement bien que j'ai immédiatement su que c'était une bonne idée.
Briss.
Je pense que je pourrais sans problème m'y reconstruire. J'ai déjà appelé Roger pour le prévenir et il a été très heureux pour moi. Il m'a renouvelé sa confiance et comprend tout à fait ma situation. Ça m'a fait vraiment plaisir de l'entendre dire qu'il m'attend avec impatience. Mon retour se fera en février et sur ce point-là, il peut avoir confiance en moi. Je serai bien là.
-Tu pars où exactement ? me demande Sabo.
-A Briss.
-Je connais pas du tout. Où est-ce que c'est exactement ?
-A South Blue. C'est à deux heures au sud-ouest de Baterilla.
Je siffle, admiratif devant les connaissances géographiques de Cavendish. A vrai dire, j'ignorais où se trouvait cette ville.
-Oh, et pourquoi aller si loin ? C'est pas la porte à côté, s'étonne Sabo. Pour le climat plus agréable ? me demande-t-il. D'habitude, à cette période là de l'année, les gens préfèrent se rendre à North Blue pour leurs pistes de ski réputées dans le monde entier. La nature y est aussi très belle! Recouverte de neige, elle fait ressortir ce que cette région a de plus merveilleux!
-Oh, encore un connaisseur. Vous avez fini de m'étaler vos connaissances à la figure? dis-je, railleur. Dans tous les cas, je vais à Briss et j'espère m'amuser à découvrir cette merveilleuse ville.
-Tu y resteras combien de temps?
-Je ne sais pas. Je serai de retour à Dawn avant février en tout cas mais je n'ai pas encore de date précise à te donner.
-Très bien. Tu en as de la chance, souffle encore le blond.
Il a l'air rêveur, contrairement à Cavendish qui est étrangement silencieux.
-Ça ira pour les fêtes ? Cavendish et moi, on part aujourd'hui après tout. Tu fais quoi pour ce jour de Noël ? je demande à Sabo, histoire de me rassurer aussi un peu.
Je le laisse un peu en plan et je ne voudrais pas qu'il passe Noël seul au final...
-Je passe la soirée avec Koala. Avant ça, on va essayer de faire les boutiques même si beaucoup d'entre elles sont fermées : je dois trouver encore quelques cadeaux pour mes amis.
-C'est le premier Noël que tu passeras sans ta famille, non ?
Sabo écarquille les yeux et je devine qu'il est surpris par ma question. Je me sens alors un peu bête et me fais la réflexion que ce n'était peut-être pas la chose à demander.
-Non.
Il se racle la gorge et parait peu à l'aise.
-J'étais souvent seul avec mon frère qui faisait tout pour s'occuper loin de moi.
Je ne trouve rien d'autre à dire et Sabo, qui ne veut pas s'attarder là-dessus, continue à me parler de Briss et de la suite de mes aventures.
Cavendish demeure silencieux.
xXx
-Est-ce que tu pars à cause de lui ?
J'arrête de me brosser les dents et, étonné par la question de Cavendish, me retourne vers lui pour le fixer avec étonnement. La brosse à dents toujours dans la bouche et du dentifrice menaçant de s'écouler par terre à tout moment, j'attends que mon ami développe. Malheureusement, comme un peu plus tôt pendant le déjeuner, il est très peu bavard. Bien conscient que c'est à moi de parler, je termine rapidement de me rincer et m'approche de Cavendish qui est adossé à la porte de la salle de bain.
-Tu parles de Mihawk ? je lui demande maintenant que je suis en mesure de le faire.
Mon colocataire fait la moue et n'a pas l'air décidé à me donner une réponse claire. Au final, je me trouve dans l'obligation de deviner et je commence à trouver son attitude de plus en plus étrange.
-Je ne pars pas à cause de Mihawk. D'ailleurs, ça fait un moment que je ne suis plus du tout en contact avec lui.
-Vraiment ?
-Bah oui !
Je fronce les sourcils, vraiment intrigué par l'attitude du blond.
-Ce que j'ai dit au café, c'est vrai, tu sais. J'ai besoin de changer d'air et de me retrouver un peu. Ca n'a pas été facile pour moi ces derniers temps et j'ai envie de sortir de tout ça. Je veux aller à l'aventure et arrêter de me prendre la tête.
-Chouette programme.
-Je te le fais pas dire !
Il esquisse un pauvre sourire et sa mine triste me fait de la peine. Je viens me placer à ses côtés et cogne mon épaule contre la sienne. J'obtiens une ouverture plus grande de ses lèvres mais guère plus.
-Qu'est-ce qu'il y a, Cavendish ?
Il se mord les lèvres et, mal à l'aise, se met à gigoter. Soudain, je comprends.
-Tu n'es pas obligé de partir si tu ne le veux pas, je lui rappelle.
-Bien sûr que si, me contredit-il. Mon vol est dans moins de trois heures.
-Ce n'est qu'un détail.
Je soupire et passe mon bras autour de ses épaules pour lui montrer mon soutien.
-C'est les fêtes de fin d'année et tu devrais les passer avec les gens que tu aimes. Ne vas pas te torturer là-bas pour une personne qui ne le mérite pas.
-Non, je ne peux pas lui faire ça...
Il pose sa tête sur mon épaule et je le sens soudain très fragile.
-Elle a souvent été là pour moi quand j'étais plus jeune. Ne pas venir à son mariage serait comme une insulte à toutes ces années où elle m'a protégé.
-Je vois.
L'histoire de Cavendish m'intrigue de plus en plus. Quand je le vois dans cet état, je m'interroge sur son enfance et sur ce qui a fait qu'il soit parti si loin de chez lui sans regret.
On entend sonner en bas et je me demande si c'est le taxi de Cavendish avant de me dire que vu l'heure, ce n'est pas possible.
-Tu sais… Je me disais que quitte à partir, tu pourrais venir avec moi ? fait-il soudain.
-Avec toi ? Au mariage de ta cousine ?!
Décidément, quelque chose ne va pas avec Cavendish. Ce qu'il me demande est complètement surréaliste. Je sais que je suis parfois sans gêne mais de là à débarquer à un mariage sans même y avoir été invité, c'est tout de même quelque chose !
-Non, laisse tomber, se ressaisit-il. C'est vrai que j'appréhende mais ta présence serait tellement inadaptée là-bas que gérer ce que ça engendrerait serait plus stressant pour moi qu'autre chose...
Il sourit et je le suis dans sa bonne humeur même si je ne suis pas sûr de tout comprendre.
-Est-ce que ça va mieux ? je l'interroge, histoire d'être sûr que tout va vraiment bien.
-Oui. Ça va mieux maintenant que je sais qu'il y a bien pire que retourner chez moi!
-Hé ! je proteste.
-Bon, maintenant que je suis plus ou moins remotivé, il faut que je termine de me préparer.
Il s'apprête à partir mais n'en fait finalement rien pour s'arrêter, la main sur la poignée de la porte, pensif.
-J'ai oublié d'aller m'acheter une nouvelle crème pour les mains...
-Et alors ?
-Et alors il m'en faut à tout prix une! Mes mains sont très sensibles au froid et gercent facilement!
Il soupire et accuse ma bêtise sans limite.
-Je ne sais pas pourquoi je t'explique ça, tu ne sais pas du tout ce que je veux dire par « prendre soin » !
-Bien sûr que si.
Je souris et sors de la salle de bain. Cavendish me suit.
-Je vais te le chercher, ton truc. Je fais vite mais en attendant, prépare-toi sinon tu vas finir par rater ton avion.
-Merci. Tu vois quand tu veux !
Il s'empresse de me noter sur un bout de papier le nom de la crème en question et Sabo à côté de qui il passe sans même le voir me lance un regard interrogatif. Je me contente d'hausser les épaules, n'en sachant pas plus que lui. Cavendish a toujours été comme ça, un peu lunatique. Je me souviens qu'au début de notre colocation, je le soupçonnais d'avoir une double personnalité ou encore d'être légèrement bipolaire.
-Au fait, qui a sonné ? je demande à Sabo alors que j'enfile mes chaussures.
-C'était une erreur. Enfin, je crois, je n'ai pas tout compris, élude-t-il.
Je fronce les sourcils, sceptique, mais pressé par Cavendish qui me pousse pour que j'aille lui chercher son truc, je ne cherche pas plus loin.
-Allez, j'y vais ! je lance en quittant l'appartement.
Maintenant, il s'agit de faire vite : Cavendish est si attaché à ce genre de choses qu'il serait capable de rater son avion juste pour ça! Le pire est sans doute qu'il pourrait sans problème m'accuser de tout alors que je ne serais responsable de rien !
C'est sur cette pensée que je me précipite à la pharmacie la plus proche. Des crèmes pour les mains, ils devraient bien avoir ça, non ? De plus, je me souviens que Cavendish va la chercher non loin du loft, ça ne devrait pas me prendre plus d'un quart d'heure.
Enfin, plus ou moins.
Une demi-heure après, j'ai enfin accompli ma tache et je ne suis pas peu fier de moi : c'est que le jour de Noël, c'est compliqué de trouver des commerces ouverts! La pharmacie n'avait pas été une bonne pioche et à partir de là, ça a été assez compliqué pour moi… Ma bonne action du jour accomplie, il est temps que je me presse de rentrer. Au-delà du vol de mon colocataire que celui-ci ne doit absolument pas rater, j'ai aussi mes propres affaires à préparer. J'ai décidé ce matin seulement de partir et j'ai encore mes bagages à faire. Je ne prendrai pas grand-chose, j'aime généralement voyager léger après tout. Et puis, il faut aussi que je règle les deux trois factures que j'ai en retard, je n'aimerais pas que Sabo soit embêté avec ça une fois qu'il sera seul et puis….
Mon esprit marque un temps d'arrêt et je me statufie presque sur place en découvrant Mihawk devant moi. Ma surprise est si grande que je me retrouve incapable d'agir normalement tout de suite. Les interrogations se bousculent dans ma tête et une espèce de gêne s'installe. Je serre le tube de crème dans mes mains et me ressaisis finalement après de longue secondes. Je me remémore mes résolutions : ma nuit pitoyable à pleurer sur ce fiasco. J'arrive enfin à lui sourire poliment. Il m'observe également et alors que je crois qu'il va simplement passer à côté de moi sans rien faire de plus, il me surprend en me saisissant délicatement la main. Malheureusement, je ne ressens pas grand-chose étant donné que c'est la gauche. Je m'arrête tout de même, nerveux.
Cette situation est si étrange que je me sens bête de me trouver là, avec lui. Quelle coïncidence plutôt étonnante. Comme c'est lui qui a pris l'initiative de m'aborder – si on peut appeler ça ainsi – je ne dis rien et le laisse engager la conversation. Mais Mihawk étant Mihawk, il ne dit rien et comme je n'ai rien de spécial à lui dire et que je suis pressé, je fais un pas pour continuer ma route. Il m'en empêche en serrant plus fortement ma main.
Ça me perturbe encore plus et, les sourcils froncés, j'observe le kendoka qui lui a les yeux rivés sur les rues qui lui font face ainsi que sur les habitations décorées.
-Tu as quelque choses à me dire ? je demande, histoire de savoir enfin ce qu'il veut.
C'est réellement perturbant de reparler à Mihawk alors qu'on s'est quitté si fâchés. L'histoire de la vente des parts ne compte pas, c'était professionnel et je ne lui ai pas parlé une seule fois. Et puis, ça reste différent. Parler de nous, de ce qui s'est passé et surtout de ce qui ne s'est pas passé, c'est beaucoup plus compliqué car c'est bien de ça qu'il s'agit en cet instant.
-Luffy m'a dit que tu partais.
-Oui, je vais à Briss pour quelques semaines.
Je suis curieux de savoir ce qu'il va me dire tout à coup. Au fond de moi, j'espère que mon départ l'embête un peu. J'ai passé plusieurs années à essayer de combler le manque que son absence avait créée tout en me disant que c'était de ma faute. Les rôles ne sont pas inversés aujourd'hui mais presque et c'est plutôt sympathique je dois dire même si je n'en tire pas non plus une énorme satisfaction.
-Tu sais que ça ne sert plus à rien de me toucher la main gauche ?
Il se tourne légèrement vers moi et son regard est si intense que j'ai du mal à l'affronter. Mihawk a l'air plein de mordant et de résolution à cet instant.
-Je le sais, oui.
-Ah, OK. Comme tu n'es jamais venu me voir à l'hôpital, j'ai cru que tu n'étais au courant de rien.
-Je me suis tenu au courant, à ma manière.
-Hum.
Je me racle la gorge et fixe quelques instant le tube de crème.
-Je vais te laisser, je suis plutôt p-
-J'ai discuté avec Hancock il y a quelques jours.
Cette révélation est si surprenante qu'il a tout de suite toute mon attention.
-Elle a souvent tort et m'exaspère par son attitude la plupart du temps mais cette fois, elle a dit des choses intéressantes.
Il soupire comme si ça lui coutait de m'avouer ça et connaissant sa fierté, j'imagine qu'effectivement, c'est dur pour lui de me dire qu'Hancock avait raison.
-Il y trois ans, j'ai fait une grosse bêtise. Tu te souviens, je t'ai dit que je t'aimais.
-Comment je pourrais oublier ça...
C'est assez vexant d'apprendre que pour lui ce fut une erreur même si je ne lui donne pas totalement tort la dessus.
-Je n'ai jamais pensé que ce serait un jour réciproque ni pensé à aucun moment qu'on aurait quelque chose d'un « couple ». Je connaissais ta réputation et ton léger libertinage. Mais tu vois, c'est parce que je pensais toutes ces choses que je n'ai jamais rien fait de plus et que je suis parti quand j'en ai eu marre de Dawn.
-Qu'est-ce que t'essaies de me dire, Mihawk ?
-Que je n'ai pas essayé assez fort de t'avoir pour moi. J'ai mis sur toi la responsabilité qu'a été le fiasco de cette pseudo relation qu'on a eue sans jamais me remettre en question alors que je ne t'ai jamais aimé correctement.
-Oh... Euh, qu'est-ce que tu me fais là… ?
J'essaie de me dégager mais il ne me laisse pas faire et, mal à l'aise, je détourne le regard. Cavendish doit bientôt partir, il faut que je me dépêche. Et puis, je dois m'en aller moi aussi et je n'ai encore rien de prêt. Il faut aussi que je regarde les horaires de train, à moins que je ne fasse du stop ? J'hésite encore...
-Tu entends ce que je dis, Shanks ?
Je secoue la tête, à moitié paniqué. Pourquoi il me dit tout ça ? Je ne comprends rien du tout et le sérieux de Mihawk me fait tout drôle. De vieux sentiments font leur retour et ce n'est pas ce que je veux.
-Je vais te séduire.
Sa dernière phrase sonne presque comme une sommation et je me sens acculé. Son regard hypnotisant me fait oublier mes inquiétudes et je ne pense plus non plus au fait que si je ne me dépêche pas, je vais sérieusement me faire engueuler par le mannequin avec qui je vis.
Mihawk m'embrouille et la seule chose que je suis capable de savoir, c'est qu'en plus d'avoir le cœur qui bat la chamade, je sens avec une précision certaine la chaleur de sa main dans la mienne.
Alors, je panique et le force à me lâcher. Je prends pratiquement mes jambes à mon cou. J'avais renoncé à ça. J'étais même en train de tenter de passer à autre chose. Après cette descente aux enfers, je commençais enfin à remonter, à y voir plus clair mais tout est en train de s'écrouler. Il suffit juste de quelques mots de Mihawk pour que je remette tout en doute mais ça, ce n'est pas possible. Plus maintenant. Je dois rester sur mes bonnes résolutions même si je dois fuir pour y arriver.
Je ne peux plus revenir en arrière.
Et merde, j'avais oublié combien c'était compliqué d'être amoureux! J'ai plus assez d'énergie ni de courage pour affronter ce sentiment…
Alors ?
C'est retrouvailles express entre Shanks et Mihawk ?! " Je vais te séduire " . Et puis au delà de ça, j'espère que ça vous a plu de retrouvé notre cher Roux.
Désolée pour ces quelques jours de retard, j'ai déménager et j'ai internet que depuis ce midi. ^^
Pour la suite je ne me prononce pas parce que je ne l'ai pas encore passer à ma bêta, peut-être dans 15 jours. Il me semble qu'on retrouve nos petits amoureux en plus.
