Bonjour,

Titre : Once Upon A Time...

Auteur : Typone Lady

Disclaimer : L'univers de One Piece ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas : ils sont à Eiichiro Oda. Je les emprunte le temps d'une histoire.

Rated: M

Genre : Romance, Hurt/Comfort, Song-fic

Résumé : « Qu'est-ce que le bonheur ? » Je suis resté immobile devant ma copie sans savoir quoi répondre. Avant j'aurais répondu sans hésitation « t'avoir à mes côtés ». Maintenant je ne sais plus.

« Raconte-moi une histoire…une merveilleuse histoire comme on en voit si souvent dans les contes de fées. Laisse-moi imaginer encore un peu que nous aussi, nous avons le droit d'être heureux. »

Bêta correctrice : pommedapi

Note : Merci à ma bêta pommedapi pour ses précieux conseils et aussi pour avoir corrigé ce chapitre ;). Un grand merci aussi à ma p'tite sœur qui ma aider à écrire le résumé. ^^

Bonne lecture ;)


Once Upon a Time n'est pas une fiction à l'eau de rose.

C'est juste une histoire.

Leur histoire.

Parce que la vie n'est pas un conte de fées...

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Chapitre 17

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« La chose la plus difficile est de n'attribuer aucune importance aux choses qui n'ont aucune importance. »

Charles De Gaulle

Zoro


Mardi 02 Janvier 2018

Mon ventre grogne et je passe ma main dessus comme si ça allait chasser la faim. Je lézarde encore quelques minutes au lit avant de me lever avec difficulté. Je frissonne à cause du froid et maudis le chauffage défaillant qu'il y a dans ma chambre. Il est clair que si je ne veux pas tomber malade très bientôt, il va falloir que je m'achète un chauffage d'appoint, sauf que je n'en ai pas vraiment les moyens. Je continue simplement de me dire que résister au froid améliorera simplement mon mental. Je ne sais pas si c'est vrai mais ça ne me coûte rien d'essayer. Je n'ai pas d'entrainement aujourd'hui. Mihawk s'est barré je ne sais où et je ne sais pas du tout quand il rentrera. En attendant d'en savoir plus, je m'entraine seul. Heureusement, j'ai encore le droit d'utiliser le dojo.

Manquerait plus que je me retrouve à devoir faire mes abdos et mes kata dehors…

D'ailleurs, j'irais peut-être y faire un tour aujourd'hui, je pourrais bosser pendant une heure ou deux le renforcement du haut de mon corps ainsi qu'effectuer quelques exercices de méditation. Je dois voir Law tout à l'heure aussi. Ace passe la journée avec sa famille, du coup ce sera juste nous deux. On ne va pas faire grand-chose. A vrai dire, Law m'a donné rendez-vous dans un salon de thé qui fait aussi librairie. Je me demande encore pourquoi il m'a donné rendez-vous dans ce genre d'endroit mais bon, s'il est sûr de lui. Après tout, il a l'air de mieux connaitre Dawn que moi alors que je suis là depuis plus longtemps…

C'est d'ailleurs étonnant parce que Law est constamment occupé. Il a quasiment tout le temps la tête dans ses bouquins et n'est pas le premier à accepter les sorties. Mais je ne vais pas me prendre la tête avec ça, surtout qu'à coup sûr, en réalité, j'y connais rien parce que je sors jamais. Dans tous les cas, je suis content qu'il soit à Dawn en ce moment. Avec sa venue, on est enfin tous les trois réunis et ça fait un moment que ce n'est pas arrivé. Bien sûr, Ace ne sera pas là cette après-midi mais au fond, ce ne sera pas plus mal. J'ai envie de confier certaines choses à Law et l'absence d'Ace est une aubaine pour moi.

Il est temps que je commence à parler de ce qu'il se passe entre Niji et moi à quelqu'un. Je ne peux pas continuer comme ça. J'ai l'impression d'être dans l'illégalité alors que j'ai bien le droit de faire ce que je veux et que je n'ai pas à redouter les quand dira-t-on. C'est vrai que j'appréhende la réaction d'Ace mais c'est plus parce que je sais qu'il me mettra devant des interrogations auxquelles je refuse de répondre.

En parler avec Law me permettra déjà de faire un premier tri dans mes pensées et d'y voir aussi un peu plus clair.

Et au-delà, j'aimerais bien savoir ce qu'il en est de la vie amoureuse de mon ami. Je croise un peu trop Jewerly pour que ce soit à chaque fois le simple fruit du hasard. Bien entendu, elle ne se prive pas de prendre à chaque fois de ses nouvelles et franchement, j'aimerais qu'elle arrête de passer par moi pour essayer de grapiller des infos sur Law.

-Merde !

Je grogne en découvrant que mes placards sont vides. Ça fait une semaine que j'ai pas fait de courses et j'espérais tout de même qu'il me reste au moins un pauvre yaourt à avaler. Je crois que je ne vais plus pouvoir reculer et que je vais devoir aller dans la petite superette du coin. Ca m'arrange pas vraiment. Je me prépare pourtant sans y mettre d'entrain et quelques minutes plus tard, je suis dehors, couvert au maximum pour affronter le froid. Il neige depuis le 1er janvier et ce en continu. Ca ne tient pas et en plus, c'est chiant. Franchement, je m'en serais bien passé. Là, ça sert strictement à rien à part à se casser la gueule si on ne fait pas attention.

J'ai de la chance, la superette n'est pas bien bondée : les rayons sont presque vides. Je parcours le magasin de long en large sans trop savoir quoi prendre. Je n'aime pas cuisiner – je ne sais pas en fait – et l'heure du repas n'est pas vraiment un plaisir pour moi. Je mange seul et en tant que sportif qui doit faire attention à mon alimentation, c'est casse-tête. Et encore, je ne prends pas en compte mon budget amoindri. Après les fêtes, je suis toujours ric-rac. Je passe devant une boite de café et après hésitation, je la prends bien que je n'en boive toujours pas. Il semble que je suis simplement déterminé à faire taire Niji, lui qui se plaint à chaque fois que j'en manque… Je continue mes courses et en ai finalement pour 30€. J'espère qu'elles ne s'épuiseront pas avant au moins 15 jours. Je me dépêche de rentrer chez moi et range les yaourts, le blanc de dinde, le jus d'orange et tous les autres trucs qui se conservent au frais et laisse le reste dans le sac plastique. Je m'appuie contre le lavabo et mange mon croissant industriel avant de dévorer avec tout autant d'appétit ma banane.

L'appartement est silencieux.

Extrêmement silencieux. Il est petit mais j'ai pourtant l'impression qu'il est bien trop grand pour une personne seule comme moi. Ça ne me gênait pas avant mais vivre seul, être seul, commence à me peser.

xXx

-Tu prends quelque chose ? C'est moi qui t'invite, me dit Law.

-Si c'est toi qui invite, dis-je en regardant avec plus d'intérêt la carte qu'un serveur m'a donné un peu plus tôt.

Je suis arrivé il y a tout juste cinq minutes. On avait rendez-vous il y a plus d'une heure mais mon retard ne semble pas déranger Law. Pour ma défense, je tiens à dire que ce salon de thé est extrêmement dur à trouver et que j'ai bien du mérite de ne pas avoir lâché l'affaire en cours de route !

Je suis content de revoir Law. Il a changé et plutôt en bien. Il avait perdu un peu de poids après sa rupture : pour ne pas penser au chagrin que ça lui causait, il s'est plongé dans les études et les petits boulots et ne prenait pas forcément le temps de bien manger. Il a repris un peu de stature et de muscles, c'est signe qu'il fait de nouveau attention à lui. Ses cheveux qu'il a laissés pousser lui chatouillent presque les épaules maintenant avec son éternel bonnet flanqué sur son crâne. Son teint a l'air plus lumineux mais il garde toujours ses bonnes vielles cernes qu'il se trimballe depuis un moment maintenant. C'est même sa petite particularité en fait.

-Alors, ça va ? me demande-t-il.

-C'est plutôt à moi de te demander, tu ressembles à rien.

-C'est le visage des bosseurs, sourit-il.

-Je t'emmerde. Moi aussi je me casse le dos toutes les semaines.

-Tu veux que je te rappelle combien tu as de semaines de vacances ?

-Hé, personne ne t'empêche de te reposer. Pas ma faute si tu préfères réviser.

Law soupire, amusé, et le serveur arrive pour prendre nos commandes. Comme on est dans un salon de thé, pas d'alcool à l'horizon. Un peu déçu, je jette finalement mon dévolu sur un thé au citron et un brownie. J'ai pas l'habitude de manger ce genre de chose mais je peux bien me laisser tenter au moins pour cette fois. Ce n'est pas un écart de temps en temps qui va bousillé mon régime alimentaire. Et puis, comme je suis un peu sec ces derniers temps, j'essaie de bien gérer mes provisions. Dans mon cas, manger à l'œil ne se refuse pas. Peu importe ce qu'on te propose et puis, si c'est bon, c'est encore mieux. J'ai des aides pour subvenir à mes besoins en plus de mon petit boulot mais franchement, Dawn est une ville beaucoup plus chère que Batelleria. A cause de l'aristocratie, de son histoire où que sais-je encore. Dans tous les cas, ça ne m'arrange pas vraiment. Heureusement, je dois recevoir un virement dans quelques jours, ça m'aidera pour faire de nouvelles courses et investir dans de nouveaux vêtements d'hiver. Après, avec le reste – s'il en reste – j'investirais sûrement dans du matériel pour le kendo même si je sais qu'il serait préférable que je m'achète un chauffage d'appoint.

-Alors, ton nouvel an ? Ça t'a pas trop énervé de voir débarquer tout au long de la nuit des gens complètement amochés ?

-A ton avis ?

Je souris et goûte mon brownie : c'est sucré et un peu collant mais c'est pas mauvais.

-J'ai choisi sciemment ces dates-là parce que je voulais me plonger dans le bain de ces journées à haut risque. Après, je t'avoue que je me suis pas beaucoup amusé mais c'était pas le but alors c'est pas bien grave. J'ai beaucoup appris et c'est l'essentiel. J'ai dormi presque 20h d'affilé ensuite, ce qui fait que je suis un peu décalé là. C'est comme un petit déjeuner pour moi.

-T'as dormi autant de temps ? je l'interroge, étonné.

Même moi qui suis un gros dormeur, je n'ai jamais roupillé autant.

Law acquiesce et boit son café. Il a l'air de l'apprécier car il sourit, satisfait. Je pense alors au café que j'ai acheté ce matin et me demande si j'ai fait un bon choix. En le prenant, j'ai juste fait gaffe au prix sans me demander s'il était bon et s'il n'avait pas plutôt un affreux goût de chaussette qu'ont certains.

-Ace m'a d'ailleurs parlé un peu de votre soirée après que cet insupportable gosse m'ait réveillé en entrant comme une furie dans ma chambre.

-Luffy a fait ça ?

Le regard blasé qu'il me lance suffit comme réponse.

- Tu sais bien qu'il est comme ça, pourquoi t'as pas fermé ta porte à clé ?

-J'étais trop crevé pour y penser, grimace-t-il.

Il soupire et reprend une gorgée de café. Je me fais alors la réflexion que pour un petit déjeuner, il ne mange pas grand-chose à part son café serré.

-Du coup, pour revenir à cette soirée, ça a dégénéré sur la fin, c'est ça?

-Ouais, un peu. J'ai pas trop compris pourquoi d'ailleurs. Mais le début était sympa, on était dans un karaoké et puis au final, ça s'est arrangé quand l'autre – je me souviens plus de son nom – est parti. Mais pourquoi tu me poses des questions vu que Ace t'as déjà tout dit ?

Il y a un silence. Law veut prendre son temps avant de me répondre. Je le regarde faire en me demandant ce qui lui prend. J'enfourne le dernier morceau de brownie et le fait passer avec le thé au citron. Je me demande à quoi joue mon ami et je me fais même la réflexion qu'il va me sortir un truc grave quand je le vois se passer une main dans les cheveux.

-Je sais pas.

Il soupire.

-Je fais juste la conversation, t'as pas l'air de vouloir trop parler alors qu'il est évident que t'as des choses à dire.

-Je suis en train de te parler, qu'est-ce que tu me racontes ?

-Bah j'ai dû me tromper alors.

Il secoue la tête et avise l'heure sur son portable. Je me mords la lèvre inférieure et me demande s'il a déjà l'intention de partir. Je me sens bête, j'aurais dû saisir la perche qu'il me tendait pour lui parler. Quand j'ai la tête ailleurs, c'est facile à voir parce que je mets beaucoup trop d'entrain à faire ou à parler de trucs inutiles alors je me plonge dans le kendo pour essayer de me ressaisir et de faire le vide autour de moi. Law est un fin observateur alors c'est facile pour lui de remarquer ce genre de choses. Pour Ace, c'est plus compliqué. Il s'inquiète pour rien et interprète le moindre détail. Au final, il réussit juste à se perdre et ne voit pas le plus important.

-Ace m'a aussi demandé où il pouvait faire un test de dépistage. Avec Sabo, il voudrait arrêter d'utiliser des préservatifs, reprend Law.

-C'est pas fait depuis le temps ? je demande sans m'intéresser vraiment à la réponse.

-Non. Et c'est une bonne chose, ce sont des gens responsables. Je m'inquiète un peu plus pour les personnes comme toi qui ne prêtent pas attention aux campagnes de sensibilisation.

Il soupire.

-Tu sais que le pourcentage des 15-25 ans qui pensent encore en 2018 que le sida se transmet par la transpiration est très élevé? Mais il n'y a pas que ça, pour une partie d'entre eux, embrasser une personne porteuse du VIH va les faire contr-

-J'ai un truc à te dire, je le coupe.

Law semble énervé que je l'ai interrompu pendant qu'il débitait son jargon médical – que je n'ai pas pris la peine d'écouter– mais ce que j'ai à lui dire est important. Et je suis un homme alors je ne peux pas faire marche arrière pour une raison aussi stupide que le jugement ou le doute. Je laisse ça au sourcil en vrille.

-Je suis dans une sorte de relation un peu compliqué en ce moment.

-Ah ouais ?

Il lève un sourcil perplexe.

-C'est vraiment une merde ce mec et tu trouveras personne pour te dire le contraire.

Je marque une pause et remarque que mes mains sont moites. Je les essuie négligemment sur mon pantalon.

-Sauf moi.

Law fronce les sourcils et ce n'est pas pour me rassurer.

-Et c'est bien ça le problème. Je sais quel genre d'homme c'est et je suis pas stupide au point de croire que je peux le transformer ni même penser que nous deux, c'est parfait et qu'on ira loin. A vrai dire, on va nulle part et même si ça me perturbe, je crois que ça nous va à tous les deux.

-Où est le problème alors ? s'enquiert-il.

-J'en sais rien.

Je regarde ma tasse de thé et me décide à la finir avant de ne plus être capable de le faire. -On n'est pas un couple. Je ne suis pas amoureux de lui et il n'est pas amoureux de moi. On ne couche même pas vraiment ensemble, je dis en esquissant un sourire amer. C'est juste que c'est l'enfoiré qui a foutu Koshiro dehors et que je viens de prendre conscience que je ne peux plus me passer de lui.

Je baisse la tête et me sens honteux. C'est la première fois que je n'arrive pas à regarder mon ami en face, que je fuis, et ça ne me ressemble pas. Je serre alors les poings et relève les yeux. Ca ne me plait pas de penser à mon ami comme une épreuve à affronter mais à cet instant, c'est la seule chose qui fait que j'ose continuer à le regarder et à lui parler.

-Eh bien, commence-t-il. Je crois qu'il va me falloir un autre café.

Il hèle le serveur de tout à l'heure et prend un latté. L'homme me regarde pour savoir si je vais prendre également autre chose et sans savoir si Law paiera de nouveau, je demande un autre brownie. C'est qu'au final, j'ai vraiment aimé ce truc bourré de sucre.

-Tu lâches des trucs comme ça et tu dis que t'es pas amoureux ? lance-t-il, sceptique.

-Je suis pas encore stupide et t'inquiète pas qu'avec un caractère aussi pourri que le sien, ça n'est pas le premier truc qui risque d'arriver.

-Qu'est-ce qui se passe alors ? T'as peur de t'attacher ?

Je hausse les épaules. Je suis tellement paumé que je pourrais même pas lui répondre.

-Tout à l'heure, tu as dit que tu ne pouvais plus te passer de l-

-C'est pas exactement ça.

Je grimace. Il manquerait plus qu'il me fasse passer pour un imbécile incapable de se passer de son crush. Law serre les dents et je sais qu'il est en train de me dire que si je l'interromps encore une fois, il n'est pas sûr de garder son calme. On nous apporte nos commandes et je m'empresse de croquer dans mon gâteau.

-Qu'est-ce qui t'empêche de tenter quelque chose avec lui ? Si t'as pas encore d'attache, c'est justement le moment de te décider. Il est plus facile de renoncer à une cause perdue quand il n'y a pas de sentiment que lorsqu'il y en a. Assures-toi juste de le faire au bon moment. Si jamais tu finis par tomber amoureux, t'auras beau savoir que vous allez dans le mur, t'auras pas la force d'abandonner. Enfin je dis ça je te rappelle quand même que c'est à cause de lui que t'en ai là aujourd'hui.

-Je sais bien.

Je soupire et bouge sur mon siège. Le fauteuil a beau être très confortable, je n'arrive pas à me sentir à l'aise.

-J'hésite à me lancer. J'ai beau être attiré par lui, je peux difficilement le blairer. Il est arrogant au possible, dis-je comme pour me convaincre de renoncer.

-Tu m'en diras tant, rigole-t-il. Écoute, Zoro, je peux pas décider à ta place. C'est ta vie, tu fais ce que tu veux. Et je suis sûr qu'Ace pense comme moi. Il s'est calmé, tu sais. Il gère mieux ses tocs et a intégré certains trucs comme la notion de vie privée.

-Hum.

Law a toujours parlé librement des problèmes d'Ace alors que j'ai beaucoup plus de mal. Ace m'en a déjà parlé mais c'est tellement abstrait dans ma tête que je ne suis pas sûr de tout comprendre. Pour moi, c'est simplement mon meilleur pote : un peu envahissant sur les bords mais c'est tout. Contrairement à Law, je n'ai pratiquement jamais été confronté à une de ses « crises » et c'est sans doute pour ça que j'ai plus de mal à assimiler qu'il ne va pas tout à fait bien.

-Pourquoi tu es resté avec Jewerly même quand tu as appris qu'elle t'avait trompé ?

Law semble surpris par ma question. Il pose sa tasse qu'il n'a pas encore touché et fronce les sourcils.

-Simplement parce que je n'ai pas réussi à mettre en pratique le conseil que je t'ai donné, soupire-t-il.

Je ne dis rien et après quelques secondes de flottement, il reprend sa tasse de café pour enfin boire une première gorgée. Je serre les poings et décide de renoncer à lui parler de Jewerly et de l'intérêt étrange qu'elle manifeste pour lui depuis quelques semaines. Je ne veux pas qu'il replonge à cause de ça.

Mercredi 03 Janvier 2018

Une goutte tombe sur le tatami et je reste bloqué dessus durant de longues secondes avant de me recentrer sur mon exercice et de continuer ma série de pompes. Dehors, il fait un temps pourri : le vent fouette les branches des arbres et fait tanguer dangereusement toute structure assez faible pour ne pas résister. La pluie s'abat avec fracas sur les vitres du dojo et ajoutée au vent, ça fait un bruit infernal. Mais loin de me déstabiliser, les bruits extérieurs me font même du bien et m'aident à m'isoler du reste. Seul dans le dojo, je m'entraine sans relâche. Je suis en train d'enchainer ma quatrième série de 100 pompes et il me reste encore des abdos et mes mouvements à répéter avant de rendre la salle pour 10h30. Après ma discussion avec Law, je n'ai finalement pas eu le cœur à aller m'entrainer. J'ai trainé la patte pour rentrer et après avoir avalé une boite de soupe tout juste mangeable, je suis parti me coucher. C'est d'ailleurs pour ça que je suis là si tôt. Moi qui adore dormir, c'est sûr que ça a complètement perturbé mon programme mais comme je reprends bientôt les cours, je voulais m'entrainer un maximum avant de ne plus avoir assez de temps pour le faire.

Je sens mes muscles qui commencent à se tétaniser. J'ai de plus en plus de difficulté à descendre correctement au sol mais je m'accroche. Je régule ma respiration et prends le temps de bien récupérer à chaque montée. Je sens la sueur perler dans mon dos et sur mes tempes. J'essaie d'en faire abstraction. C'est simplement le signe d'un travail bien fait : plus je me serais dépensé, plus je m'améliorerais et mieux ce sera. J'ai un objectif à atteindre et je voudrais vraiment montrer à Mihawk que je suis devenu plus fort en son absence.

Revigoré par ce nouvel objectif, je termine plus vite les dernières pompes de ma série de 100. J'essaie de ne pas m'écrouler par terre à la fin mais c'est plus que raté et je m'accorde finalement une pause de 5 minutes pour reprendre ma respiration.

Une fois que je me sens mieux, je m'hydrate avec abondance et essuie mon corps mouillé avec la serviette que m'a offerte Koshiro il y a quelques années de ça. Je l'utilise toujours quand je m'entraine, et encore plus maintenant qu'il n'est plus là. J'ai eu de ses nouvelles un peu avant le nouvel an. Il m'a assuré qu'il avait réussi à rebondir et qu'il était heureux où il était. Il m'a aussi demandé de mes nouvelles, il voulait à tout prix savoir si je me faisais à Dawn et si je ne me surmenais pas trop pendant l'entrainement. C'était vraiment génial d'entendre de nouveau sa voix et de savoir qu'il va bien.

Honnêtement, savoir qu'il a tourné la page de Baterilla et qu'il a pu rebondir après l'épisode désastreux du dojo m'aide à moins culpabiliser par rapport à Niji. Je suis toujours autant perdu vis-à-vis de lui et j'espère que me dépenser me permettra de me vider la tête.

Mon portable sonne et j'arrête ma série d'abdos, fatigué. Je crois que j'ai vu un peu trop grand avec les pompes tout à l'heure. J'ai les muscles déjà courbaturés. Je soupire et me dirige lentement vers mon portable. C'est un appel d'Ace.

-Allô ? dis-je, la respiration erratique.

Le bruit du vent et de la pluie me parviennent encore plus nettement à travers le portable et je devine qu'Ace est dehors.

-Salut, je suis devant chez toi et ça fait bien dix minutes que je tambourine à ta porte.

J'avale difficilement ma salive face à la nouvelle et ne trouve rien à dire pendant un moment. Merde !

-Bon, tu viens m'ouvrir ou t'es pas chez toi ? m'interroge-t-il.

-Je suis au dojo, je m'entraine.

-Ah, OK. Merde, moi qui pensais que tu dormais juste comme un loir, rigole-t-il.

-Désolé.

-Non, c'est bon. J'aurais du appeler avant. Avec Luffy, on va à la patinoire et comme c'est pas loin de chez toi, on pensait t'inviter. Bon, je t'embête pas plus, entraine toi bien. Je vais me dépêcher d'y aller, il fait un temps de merde! Heureusement que la patinoire est couverte ! Une autre fois, peut-être.

-Je suis pas très bon à ça.

-Luffy non plus, c'est pour ça que je l'accompagne. Le spectacle, mon ami !

Il rigole et après m'avoir salué, raccroche. Je reste bloqué quelques secondes sur mon portable avant de le poser sur une chaise un peu plus loin. J'ai eu chaud. Qu'est-ce que j'aurais fait si Niji s'était incrusté et qu'il avait ouvert la porte comme il aime si souvent le faire ? Je peux pas continuer comme ça, il faut vraiment que je le dise à Ace. J'aggrave juste la chose. Law a raison après tout. Je n'ai de compte à rendre à personne.

C'est dans cet état d'esprit que je reprends mon entrainement. Je fais attention à bien m'hydrater avant : il a beau faire froid dehors, avec tous ces efforts, la température de mon corps est assez élevée et je dois dire que j'ai hyper chaud. C'est sûr que si je faisais ça chez moi, je n'aurais pas à m'inquiéter d'avoir ou non un chauffage en état de marche. J'esquisse un sourire à cette pensée et double la rapidité de mes mouvements. Il est déjà 9h et si je veux avoir le temps de faires mes katas, il ne faut pas que je traine.

Mon esprit est clair et c'est avec en tête mon objectif que je boucle mes dernières séries d'abdos. Comme pour les pompes, je m'accorde une pause après et en profite pour remplir de nouveau ma bouteille et vérifier si Ace ne m'a pas envoyé un message entre-temps. Rien. C'est qu'il doit bien s'amuser. Je souffle et pratique mes katas. J'aimerais vraiment pouvoir m'entrainer avec quelqu'un. Et dire qu'avant, c'était tout le contraire : même avec la présence de Koshiro, j'aimais la solitude que je ressentais pendant mes efforts à l'entrainement. Mais maintenant, je trouve qu'un entrainement seul est moins efficace. Après, comme je suis à présent habitué à affronter Mihawk, je ne suis pas sûr de trouver un quelconque intérêt à m'entrainer avec quelqu'un d'autre.

-Excusez-moi.

J'arrête mes mouvements et me tourne vers l'entrée de la salle. Une jeune femme brune en tailleur gris et les épaules mouillées de quelques gouttelettes de pluie me fixe. Je la regarde tout en essuyant avec mon t-shirt mon menton et mon cou trempés de sueur. Je respire fort et j'avoue avoir les jambes quelque peu engourdies. C'est un indicateur dans le fait que j'ai mal géré mon entrainement du jour. J'ai souvent eu l'esprit ailleurs au début et sur mes dernières répétitions de mouvement, je pensais trop à comment contrer Mihawk. C'est d'ailleurs pour ça que je n'ai pas senti cette femme arriver.

Elle ne dit rien et se contente juste de me regarder. J'avise l'heure sur l'horloge juste en haut de la porte et suis rassuré de voir qu'il n'est pas encore tout à fait 10h10. Je ne suis pas en retard, j'ai même largement le temps de prendre une douche et de nettoyer un peu la salle.

Mais alors, c'est qui ?

-Vous voulez quoi ?

Ma question semble la faire sortir de ses pensées ou de sa contemplation : mes muscles avaient l'air d'un peu trop l'intéresser.

-Oui, pardon.

Elle se racle la gorge et je vais prendre ma serviette pour m'essuyer plus convenablement. Je passe à côté d'elle et la jeune femme se décale pour une raison que j'ignore. Peut-être qu'elle trouve juste que je pue. Pour ce que j'en ai à faire.

-Je me présente, Minami Ebuchi. Je suis la prof de yoga que le dojo a embauché tout récemment.

J'acquiesce et me retiens de lui dire que je n'en ai pas grand-chose à faire.

-Le professeur de self défense devait me faire faire un tour du dojo mais finalement, j'ai eu un changement dans mes disponibilit-

-Il arrive à 10h30. Il donne cours à des petits normalement, je la coupe.

-Je sais bien mais malheureusement, j'embauche à 10h45, je ne vais pas pouvoir rester bien longtemps.

Elle se mord la lèvre inférieure, embêtée. En tout cas maintenant, je comprends mieux sa tenue : c'est pas tous les jours qu'on voit débarquer dans un dojo une femme en talon. Je soupire et enlève mon tee-shirt. Je prends dans mon sac le nécessaire pour ma douche. Cette dame est bien gentille mais si je veux pas être à la traine, il va falloir que je me dépêche.

-J-je, en fait, j'ai pu…

Elle bégaie et je me méfie déjà de ce qu'elle va me demander.

-Le responsable m'a dit que vous pourriez me faire visiter. Je sais que vous êtes pressé et moi aussi, c'est pour ça que même un tour rapide m'irait.

Elle grimace et se dit sans doute que je vais dire non. Et elle a raison d'ailleurs mais je ne sais pas pourquoi je ne le fais pas finalement.

-Je vais prendre une douche avant, je soupire.

Le proprio a laissé son dojo à Mihawk de base et il a bien voulu me faire confiance malgré l'absence de celui-ci donc je n'ai pas trop le choix. Ça m'énerve déjà. Je file sous la douche et heureusement que je ne suis pas friand de ça car elle est express et j'ai à peine le temps de me détendre que j'en sors. J'entends non loin les talons de la jeune femme claquer sur le sol et je me demande si elle vient jusqu'ici pour me presser ou si elle essaie juste de mater. Je prends à peine le temps de me sécher et enfile des affaires propres. Quand je sors des vestiaires, je vois la prof de yoga inspecter celui des filles et l'emplacement des toilettes ainsi que des casiers. Je la regarde longuement et comme pour se justifier, elle se sent obliger de préciser qu'elle a enlevé ses chaussures pour marcher sur les tatamis.

-Bon, on s'y met ?

-Je vous suis.

xXx

Je croque dans mon sandwich tout en zappant d'une chaine à l'autre. Période oblige, il n'y a que des films un peu chiants sur Noël ou le nouvel an. Tout ce que je déteste quoi. Je trouve ça niais en plus d'être débile. Pourtant, je déteste pas spécialement les fêtes de fin d'année. J'ai passé Noël avec Law, Ace et sa famille et c'était plutôt sympa. Les autres années, c'était plus ou moins la même chose, sauf l'année dernière où c'était juste Law et moi. Je me suis juré que ça n'arriverait plus jamais : Law traversait une passe difficile avec Jewerly et je dois dire qu'il était pas forcément de bonne compagnie…

Je ne me plains pas de la soirée du nouvel an. Je n'ai pas été blessé après tout et je me suis bien amusé.

Mais les films, vraiment, c'est trop…

Je croque une nouvelle fois dans mon sandwich au poulet et laisse une rediffusion de Spiderman sur une chaine que je découvre : généralement, je m'arrête après les chaines de la TNT. Je n'aime pas spécialement les Marvels mais je me découvre toujours une passion pour ça quand décembre s'en va et que janvier s'installe.

Finalement, Ace m'a appelé vers 13h pour me raconter sa matinée à la patinoire avec Luffy. Comme il l'avait prédit, il s'est plutôt bien amusé aux dépens du chapeau de paille. Luffy a pas arrêté de se casser la gueule au début mais malheureusement pour Ace, il a vite réussi à remonter la pente et au bout d'un bon quart d'heure, il patinait presque aussi bien que mon ami. Ace était vert mais comme il a filmé ses nombreuses chutes, il aura de quoi rire pendant un bon moment. Quant à moi, je lui ai raconté ma matinée avec le petit imprévu que j'ai eu. Je l'ai véritablement trouvée bizarre cette Minami. Pour une prof de yoga, je ne l'ai pas trouvée très détendue. Et puis, elle me regardait un peu trop intensément. Je veux bien ne pas faire mon âge mais quand même. Bon, après, c'est pas comme si j'allais la croiser de nouveau. Etant donné que j'utilise le dojo seulement quand celui-ci est vide, je risque pas d'avoir encore affaire à elle.

Quand j'ai raconté ça à Ace, il m'a charrié en me disant que j'avais une touche avec elle. Je l'ai l'envoyé bouler en lui disant que ça me faisait une belle jambe. J'ai raccroché après qu'il m'ait proposé d'aller manger au MacDo le jour de la rentrée.

Je m'ouvre une canette de soda et commence à être bien plongé dans le film quand on sonne à la porte. J'hésite à laisser sonner mais vu qu'on insiste, je suis obligé d'aller ouvrir si je veux pas que la voisine d'en face vienne me faire chier avec ça. Elle travaille la nuit et ne supporte pas le moindre bruit la journée parce qu'elle passe son temps à dormir. Qu'est-ce que j'y peux moi si elle n'a pas des horaires normaux? Je vais pas m'empêcher de vivre pour lui faire plaisir, surtout qu'elle ne dit rien aux autres. Elle ne m'aime pas, c'est tout. Qu'elle se rassure, je ne l'apprécie pas plus !

On sonne encore quand j'ouvre violemment la porte. Je reste alors bloqué sans arriver à y croire. Je fronce même les sourcils et me fais la réflexion que je suis en train d'halluciner.

Niji me fait difficilement face, une main autour de son ventre comme pour soutenir ses côtes et l'autre accrochée au chambranle de la porte comme un soutien dérisoire. Il a la lèvre fendue et est au bord du malaise. Malheureusement, même si je devine la blessure qu'il a au torse, je ne peux pas vraiment voir celle qu'il a au visage à cause de ses lunettes et de son foulard bleu. Il ne le porte pas du tout comme ça habituellement et je devine qu'il l'a fait pour cacher son état misérable.

-Tu me laisses entrer ? me demande-t-il dans un souffle.

Il n'écoute pas ma réponse et me bouscule à moitié pour entrer. Il s'affale ensuite sur mon canapé et je ferme la porte pour aller le rejoindre. Il me jette un coup d'œil dédaigneux quand il avise Spiderman à la télé et je lève les yeux au ciel.

-Qu'est-ce qui t'es arrivé ?

Niji est quelqu'un de fort avec une aura assez imposante. Je n'ai beau jamais l'avoir affronté en combat singulier, c'est quelque chose qui se sent. Pour le mettre dans cet état, il faut y aller et surtout, il ne faut pas être n'importe qui. Il enlève ses lunettes et les balance par terre. Elles se cassent aussitôt : elles ne devaient plus avoir longtemps à vivre de toute façon. A part sa posture, rien n'indique qu'il souffre à présent. Il ne grimace pas, ne geint pas et ne se plaint pas.

-Mon vieux a apprit…

Il hésite et se mord la lèvre inférieure.

-...que je fricotais avec des mecs.

Il rigole et a l'air complètement timbré car ça se voit que ses côtes lui font mal.

-Il a pété un câble, le pauvre... En tout cas, on peut dire qu'il a pas perdu la main. Fait chier, râle-t-il. T'as pas des trucs pour me soigner ?

-Ouais, attends.

Je me lève et vais dans ma salle de bain pour chercher ma trousse de soin. Avec le kendo, je me blesse souvent alors j'ai fait l'acquisition lors de mon emménagement ici d'une petite trousse à pharmacie pour soigner mes blessures. Je voulais pouvoir me donner à 100% à chacun de mes combats avec Mihawk : pas question de se servir d'une blessure comme excuse à une défaite.

J'attrape le nécessaire et trouve sans surprise Niji torse nu, toujours étendu sur mon canapé.

-Je peux savoir pourquoi t'es chez moi au fait ?

-A ton avis ?

Je lui jette un coup d'œil las et commence à étaler un peu de pommade sur ses zones douloureuses.

-Quoi, ton père t'a foutu à la porte ? je demande sans trop oser y croire.

Niji a 21 ans, je peux pas croire qu'il soit encore si dépendant de son vieux.

-Sois pas con, soupire-t-il.

J'hausse un sourcil dubitatif devant son commentaire.

-J'ai été déshérité, il m'a enlevé mon nom. Mais je présume qu'un roturier comme toi n'y comprend pas grand-chose.

-T'as pas tort.

Je continue de le soigner en silence et je découvre petit à petit toute l'étendue de ses blessures. Au final, je ne pense pas que ma crème suffise à le soigner : il a l'air de vraiment morfler au niveau des côtes et je pense pas qu'une pommade ait le pouvoir de réparer des côtes endommagées. Je lui balance le produit et me lève pour aller chercher un doliprane. Je sais pas si ça va faire quelque chose mais à mon niveau, c'est tout ce que je peux faire. Et puis, si c'était vraiment grave, Niji serait parti à l'hôpital. Du moins, j'espère pour lui.

-Tiens.

Il avale le comprimé sans protester et je suis presque surpris de ne pas le voir répliquer. Il ferme les yeux et je reste debout, à le regarder sans rien faire.

-C'est plutôt marrant de te voir comme ça, je lui fais alors remarquer.

-Tu trouves ?

-Ouais, dis-je sincèrement. Toi qui es si hautain et con normalement, tu redescends de ton piédestal.

-T'inquiète pas, j'y suis encore bien installé. Je n'ai plus mon nom mais j'ai toujours du sang noble, plaisante-t-il.

-Je vois pas pourquoi tu rigoles encore alors que ta situation fait tellement pitié. Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ?

-Je sais pas, j'essaie encore d'assimiler... J'ai pas l'habitude d'être pauvre. J'ai plus rien. Ni bien, ni argent, explique-t-il devant mon regard interrogateur. Mais bon, je ne m'en fais pas, je vais apprendre à tes côtés.

-Rêve. Y a pas assez de place dans mon appartement.

-Ouais, ça, j'ai bien vu mais t'inquiète pas. Dans mon état, je vais pas faire le difficile.

Il se lève, souffle un bon coup et marche lentement jusqu'à ma chambre.

-Je vais dormir. Appelle-moi quand ce sera l'heure de manger.

Je me retiens de grogner devant son manque de civilité. Même dans sa situation catastrophique, Niji trouve le moyen d'être toujours aussi exécrable. Quand je me rappelle de ma discussion avec Law, j'en ai presque honte. Je range le bordel que Niji a mis en arrivant et m'affale sur le canapé pour essayer de suivre la fin du film sur l'homme araignée. Je ne sais pas si Niji est sérieux ou non quand il parle de rester ici. A vrai dire, je suis encore à essayer de me faire à ce qu'il vient de se passer.

Merde, dans quoi je m'embarque encore ?!

Je ne vais quand même pas le garder avec moi! J'ai autre chose à faire que de m'occuper de lui. Je dois retourner en cours très bientôt, j'ai mes entrainements de kendo à assurer, j'ai mon boulot aussi... Niji m'a dit qu'il n'avait plus rien et je me suis toujours douté que le père Vinsmoke était un enfoiré alors une part de moi me dit que ce n'est pas plus mal que ça se soit passé comme ça. Niji peut du coup prendre son indépendance. Malheureusement, je ne suis pas sûr qu'il souhaitait tant la prendre que ça.

Je retiens aussi que Niji ne m'a pas dit comment son père a appris son « penchant pour les hommes » comme il l'appelle, ni ce que pensent ses frères de tout ça.

Je claque ma langue sur mon palais et éteins la télé. Le film m'ennuie soudain, mon esprit n'arrête pas de penser à ce qu'il va se passer maintenant.

Heureusement que j'avais prévu d'en parler à Ace parce que là, je crois que de toute façon, je n'ai plus tellement le choix.

Jeudi 04 Janvier 2018

Je grogne et passe mon bras autour du ventre de Niji qui dort profondément. Je me rapproche de lui et cale mon menton sur son épaule, ses cheveux chatouillent mon nez ainsi que son odeur brute et piquante. Il dort depuis qu'il est arrivé hier en début de soirée et n'a pas l'air prêt de s'arrêter. Je ne sais pas comment ça se fait qu'il dort autant mais il devait être sacrément crevé pour ne pas avoir ouvert l'œil une seule fois depuis que son corps a touché le matelas. Je ne me plains pas. Tant qu'il dort, il ne me fait pas chier. J'ai pas fait grand-chose hier : j'ai bossé un peu mes cours mais sans grande motivation. Comme j'ai pas ouvert un seul cahier depuis les vacances, se replonger dedans n'a pas été facile. J'ai relu mon cours de math sans rien y comprendre et ça m'a convaincu d'arrêter tout de suite. J'ai nettoyé mon appartement, bouffé un hamburger avant de regarder deux épisodes d'un manga dont je n'ai pas retenu grand-chose…

Je peux pas dire que j'ai rentabilisé ma journée de la veille mais tant pis. Des fois, c'est bien aussi de ne pas faire grand-chose et de juste se prélasser un peu. A cette pensée, je me rapproche encore du corps de Niji. Allongé en petite cuillère contre lui, je profite de sa chaleur corporelle. Ça a des avantages de dormir à deux. C'est d'ailleurs le seul que j'ai à accueillir ce type chez moi : m'économiser l'achat d'un chauffage d'appoint !

-Si t'es réveillé, va me préparer le petit déjeuner, j'ai faim.

J'ouvre brusquement les yeux, aux aguets. La respiration de Niji est basse et régulière, son rythme cardiaque n'est pas perturbé et son corps est toujours détendu. Je pensais qu'il dormait. S'il n'avait pas parlé, je n'aurais jamais deviné qu'il était réveillé. Depuis combien de temps ne dort il plus ?

-T'es réveillé ? je demande inutilement.

-Oui et j'ai faim.

-J'ai rien senti, dis-je, toujours sceptique. Comment ça se fait ?

-J'ai été entrainé pour ça. De base, ma famille est une famille d'assassins.

-Je croyais que t'étais un noble.

Il rigole et se tourne vers moi. Son visage est tout près et son corps épouse presque le mien.

-Je suis beaucoup de choses. Et tu serais surpris de toutes les savoir.

Son ventre grogne et je me moque de lui.

-Si tu veux manger, va te faire à bouffer tout seul. Déjà, je t'héberge.

Je ne vois pas clairement son visage mais je devine qu'il doit me lancer un regard noir ou sourire face à sa piteuse situation.

-Je n'ai jamais fait à manger de toute ma vie. Je laisse ça aux abrutis comme Sanji ou au petit peuple. Cuisiner n'est pas de ma condition, exagère-t-il. Mais si tu m'y force, je n'aurais pas le choix, je vais de voir me débrouiller pour me nourrir...

Il touche mon sexe à moitié éveillé par une érection matinale et je comprends tout de suite son sous-entendu.

Agacé, je sors rapidement du lit et grogne en me dirigeant vers la cuisine. Niji rigole et ça m'énerve de tomber une fois de plus dans le panneau. J'arrive à peine à cuisiner pour moi, je vais pas me mettre à lui faire à bouffer tous les matins, surtout que mon maigre budget va vite déclarer forfait. En plus, sans gêne comme il est, je suis sûr qu'il va passer des heures sous la douche, utiliser toute l'eau chaude, vider mon frigo dés qu'il aura une fringale et faire je ne sais quelle ânerie. Et pourquoi je m'exécute, moi ? Je grogne encore en mettant du sucre dans ses œufs, ça lui apprendra, tiens! Je lui crie que c'est prêt et il déboule immédiatement. Pendant un moment, j'ai cru qu'il voudrait que je lui apporte le petit-déjeuner au lit. Faut pas rêver non plus.

Il débarque torse-nu et ses hématomes et ses cicatrices visibles sur son corps musclé ont l'air de ressortir encore plus qu'hier. Niji ne m'adresse pas un mot et mange son omelette avant de croquer dans sa tartine de pain de mie que j'ai beurré tout à l'heure. Quand j'aurais endormi sa vigilance, je me vengerais évidement de son sale caractère ! Il fait la moue et je me détourne pour me servir un bol de céréales et une pomme. Il est tôt et j'essaie de me motiver pour aller courir.

-C'est vachement bon, ton truc. Tu m'en referas ?

Je manque de m'étouffer en l'entendant.

-T'es pas croyable, je souris devant le comportement de Niji.

-Merci.

Il soupire ensuite et regarde mon appartement qui, pour une fois, est à peu près rangé.

-Je pense que je pourrais m'habituer à être pauvre. En tout cas, ça n'a pas l'air si dur que ça.

-Parce que tu fous rien, je proteste.

-Apprends-moi alors.

Son ton est sérieux, si bien que pendant un instant, je suis bouleversé par l'intensité de son regard. Depuis hier, il semble prendre à la légère ce qui lui arrive mais à cet instant là, j'entrevois pour la première fois que cette situation l'embête plus que ce qu'il ne veut bien avouer.

-Bon, assez discuter.

Il se lève et s'approche lentement de moi.

-Maintenant que j'ai mangé, j'aimerais bien sustenter une toute autre faim, soupire-t-il à mon oreille.

Je le repousse et lève les yeux au ciel.

-Je vais voir si mon pote qui fait des études en médecine peut venir te voir aujourd'hui.

-J'ai pas besoin de voir un médecin, rigole-t-il. Donne moi juste encore la petite pilule que tu m'as filé hier et ça devrait le faire.

-Tu sais que tu me désespères?

Il sourit, joueur, et se met à embrasser mon cou alors que j'essaie de terminer ma pomme. Me voilà obligé de prendre soin de lui.

-Je sais mais je me ferai pardonner en prenant soin de toi.

Sa langue trace un sillon de mon lobe d'oreille jusqu'à ma nuque et un frisson m'échappe.

Les paroles de Law se rappellent à moi et j'hésite. Qu'est-ce que je dois faire ?


« La pire erreur à faire est de constamment avoir peur de faire une erreur.»

Elbert Hubbard

Sabo


Vendredi 05 Janvier 2018

Je termine de passer la serpillère dans le séjour quand la minuterie que j'ai mise sur mon portable sonne. J'ai fait une tourte à la viande et j'ai hâte de la faire gouter à Cavendish : il revient aujourd'hui après une semaine d'absence. Finalement, son séjour aura duré plus longtemps que prévu : sa famille qui ne l'a pas vu depuis longtemps a insisté et le mannequin a cédé. J'ai eu très peu de ses nouvelles durant la semaine. Il ne m'a envoyé que deux ou trois messages en tout et pour tout et m'a appelé il y a trois jours pour m'informer de la date de son retour. J'ai pu sentir les rares fois où nous avons eu la possibilité de communiquer que ce n'était pas forcément la joie là-bas mais rester était important. Peut-être pas pour lui mais pour les autres. Alors je suis content d'enfin pouvoir le revoir et je ne pense pas me tromper en imaginant qu'il doit aussi être soulagé d'être de retour à Dawn.

Ça va me faire du bien de ne plus être seul au loft car si ça peut avoir un coté euphorisant au début - tous ces mètres carrés pour moi - on s'en lasse au final très vite. Shanks est parti dans la foulée de Cavendish et il a laissé son portable ici car il désirait s'octroyer des vacances loin de tout. Ça m'a inquiété de ne pas pouvoir le contacter ni même avoir la possibilité de prendre des nouvelles mais il m'a rassuré en m'affirmant que je ne verrais même pas le temps passé et qu'il serait vite de retour.

J'espère qu'il dit vrai. J'avoue qu'avec les derniers évènements, je n'ai pas forcément trop eu le temps d'y penser et qu'avec le retour imminent de Cavendish, j'y penserais sans doute encore moins. Mon esprit sera à coup sûr occupé à trop d'autres choses.

J'enfile des gants pour sortir le plat du four et souris, fier de moi : c'est que ça n'a pas l'air mauvais ! J'hume les diverses odeurs que dégage la tourte et pousse un soupir de bien-être quand la fumée du plat s'évapore jusqu'à mon visage. C'est une sensation assez agréable. Dehors, il neige de plus en plus et même si ce n'est pas grand-chose, nous avoisinons tout de même les 4 cm. J'aime beaucoup la neige et comme ça fait longtemps que je n'ai pas vu la ville comme ça, j'en ai bien profité. En milieu de semaine, je suis allé m'amuser dehors avec Luffy et pendant plusieurs heures, j'ai pu retrouver mon âme d'enfant.

Je souris et laisse mon plat sur le côté. Je vais aussi me faire une salade mais il faut avant ça que je termine mon ménage. D'ailleurs à ce propos, je trouve que je ne me débrouille pas trop mal pour les tâches ménagères. C'est vrai que j'en ai fait un peu plus parce que Cavendish rentre aujourd'hui mais les autres jours, le loft était tout aussi bien tenu ! C'est plutôt marrant quand on pense au fait que le propriétaire est celui qui s'occupe le moins bien de son propre appartement. Cavendish s'est même pris la tête avec lui une fois pour qu'il fasse la poussière dans sa chambre et tourné la machine qu'il avait promis de faire une semaine plus tôt. C'est dans ces moments-là que je me demande comment ils se supportent. L'amitié, c'est quand même extraordinaire !

Une demi-heure plus tard, j'ai terminé mon ménage et je me lave les mains pour faire ma salade. J'entends du bruit à l'entrée, celles caractéristique d'une clé dans une serrure puis d'une poignée qui s'abaisse. Je m'essuie rapidement les mains et viens dans l'entrée pour accueillir – normalement – Cavendish. Et je ne me trompe pas, le blond entre dans le loft, la tête basse et la mine fatigué. Et alors qu'il était parti avec beaucoup de bagages, il ne revient qu'avec une petite valise et une sacoche qu'il porte en bandoulière. Il ne me voit pas tout de suite et m'a l'air totalement perdu dans ses pensées.

-Bonjour, tu as fait bon voyage ?

Il relève la tête et sourit en m'apercevant. Les signes de fatigue sur son visage sont alors moins visibles.

-On peut dire ça. J'ai dormi pratiquement tout le long et j'ai maintenant le visage bouffi.

Il soupire et dépose sa valise au milieu de l'entrée.

-Je suis bien content que personne ne m'ait reconnu. J'irai tout de même voir sur les réseaux sociaux au cas où, décide-t-il.

Je rigole et lui dit que j'ai préparé une tourte à la viande si ça l'intéresse. Il se lèche les lèvres d'envie et me dit qu'il sera de la partie. Je le laisse monter dans sa chambre et retourne dans la cuisine pour terminer de préparer le repas. Je me sens tout joyeux de savoir que mon colocataire est rentré, les journées seront plus animés et vivantes à présent. Je goute ma salade et, satisfait de l'assaisonnement, commence à mettre la table. J'entends la douche en haut et me dis que j'ai du temps avant que Cavendish ne sorte. Je m'active donc doucement et coupe enfin ma tourte que je ne peux m'empêcher de gouter. La recette que Sanji m'a passée est vraiment facile à réaliser et pratiquement inratable. Mon portable sonne dans ma poche et j'ai la surprise de voir qu'il s'agit justement de Sanji. Cependant, son message m'inquiète assez.

De Sanji

A : Sabo

« Est-ce qu'on peut se voir demain, j'ai besoin de te parler. »

Je lui réponds par l'affirmative et me retiens de lui demander plus de détails.

xXx

-Hum, ma foi, c'est vrai que c'est bon, approuve Cavendish.

Le blond me fait un clin d'œil et croque dans sa tourte avant de saucer son pain et de manger une feuille de salade. Il boit ensuite un verre d'eau et croise les bras sur la table. J'ai alors l'impression qu'il a déjà fini de manger.

-Alors dis-moi, qu'est-ce qui s'est passé pendant mon absence ? Tu t'es bien amusé ?

-Ce serait plutôt à moi de te demander ça, comment était le mariage de ta cousine ?

J'enfourne une bouchée et attends avec impatience que Cavendish me raconte la folle épopée qu'il a ou non vécu dans sa région natale. Il sourit puis baisse la tête sur son assiette. Il semble se replonger dans ses pensées. Et puis, contrairement à ce que j'ai pu penser un peu plus tôt, il continue de manger avec enthousiasme.

-Eh bien tout d'abord, elle a été très étonnée de me voir. Malgré son invitation, elle ne pensait vraiment pas que je viendrais.

-Ça a été comme une superbe surprise pour elle alors! Au même niveau qu'un cadeau de mariage!

-C'est ce que je me suis dit aussi mais dans le doute, je lui ai apporté une magnifique tenue de marque dont je suis l'égérie, bien évidemment, ajoute-t-il.

-Il y avait beaucoup de monde ou c'était une cérémonie en petit comité ?

-Ma famille a toujours vu les choses en grand alors sur ce coup là, ma cousine n'avait pas grand-chose à dire. Même si elle aurait préféré que seuls les intimes et la famille proche soient là. Son fiancé par contre était bien content de pouvoir se pavaner devant tout ce beau monde.

-Tu ne l'apprécies pas ?

C'est bien la première fois que je vois Cavendish exprimer si clairement son avis sur une personne et qu'en plus, celui-ci soit négatif.

Il hausse simplement les épaules et goute encore un peu à sa tourte.

-Je ne le connais pas assez pour donner un réel avis sur lui mais Meil a l'air de beaucoup l'aimer et de ce que j'ai vu, il le lui rend bien. Il doit juste être imbuvable avec tous ceux qu'il n'estime pas. Il y a des gens comme ça.

-Oui, c'est vrai.

Je pense à Stelly et à certaines personnes que j'ai pu côtoyer qui sont exactement pareilles.

Le repas continue et alors que je me ressers une seconde fois, Cavendish se contente de prendre un laitage pour terminer son repas. Durant presque deux heures, mon ami me parle de la semaine qu'il a passé chez lui, du déroulé exact des festivités. Je ne pensais pas que le blond parlerait autant et je retiens que s'il s'étend toujours de cette manière, il faudra que je choisisse mes moments pour l'interroger ! Je ne le savais vraiment pas si bavard !

Malgré la longueur, son récit est intéressant et je bois ses paroles. Cavendish est un bon orateur et je ne pense pas être si bon quand tout comme lui, je m'essaie au métier de conteur. L'après-midi se déroule agréablement et après avoir passé autant de temps seul, ça a quelque chose de revigorant.

Samedi 06 Janvier 2018

J'arrive au Baratie avec un peu d'avance et suis accueilli par un serveur qui m'amène jusqu'à une table inoccupée. C'est assez étonnant. J'ai la chance d'avoir de la place, le restaurant étant habituellement bondé. Je présume que Sanji y est aussi pour beaucoup : après tout, il ne m'aurait pas donné rendez-vous ici s'il pensait ça difficilement réalisable.

Il est 11h45 et je commence à avoir un peu faim alors pour patienter, je décide de prendre quelques petites bouchées à la reine. J'aviserais si je vois que dans une demi-heure, Sanji n'est toujours pas là. Il m'a dit dans son message qu'il était en salle aujourd'hui mais qu'il terminait à 12h15. J'avoue me poser beaucoup de questions sur notre future discussion. Je ne sais pas de quoi Sanji veut s'entretenir. J'ai bien sûr quelques pistes : sa famille, comme toujours, ou alors Nami. Il m'avait dit vouloir lui avouer ce que son père voulait faire, cette union arrangée. Est-ce que la discussion aurait mal tournée ou alors il ne lui a pas encore parlé et c'est moi qui me fais des idées ?

Je me torture l'esprit pendant plusieurs minutes avant d'apercevoir Sanji. Il me fait signe et je comprends qu'il a bientôt fini. Il me faut attendre encore dix minutes avant qu'il ne vienne s'attabler avec moi. Entre temps, j'ai commandé un plat : les bouchées à la reine étant insuffisantes pour contenter mon estomac. Sanji soupire et, à peine assis, se relève pour aller chercher mon assiette en cuisine. Je me contente d'acquiescer mais je ne suis pas sûr qu'il l'ait remarqué. Il a l'air un peu perturbé.

-Voilà. Je ne sais pas qui l'a cuisiné alors je ne peux pas t'affirmer que ce sera bon mais ça n'a pas l'air mauvais, c'est déjà ça, me prévient-il quand il revient avec mon assiette.

-Tu es trop dur avec tes collègues.

Je souris et me retiens de dire qu'en tant qu'apprenti et plus jeune, c'est plutôt lui qui est supposé apprendre des autres.

Il hausse les épaules et s'attable avec moi. Je regarde avec envie ses lasagnes.

-Tu me fais goûter ?

-Sabo, tu sais très bien quel goût ça a !

-Juste un peu, j'insiste.

Sanji capitule assez vite, mais sans oublier de me vanner sur mon appétit. Il me laisse prendre quelques bouchées et je lui propose alors également de partager mon plat avec lui mais il refuse poliment. Ça me satisfait d'ailleurs assez, ça en fera plus pour moi. Au début, je ne dis rien, je prends le temps de savourer mon repas. Pour Sanji, c'est différent. Il est mal à l'aise et soucieux, c'est pour ça qu'il est silencieux. Mais le repas continue et nos assiettes se vident assez vite sans qu'une parole ne soit échangée. Je décide donc d'entamer la discussion pour ne pas laisser les choses en suspens.

-Ton message m'a inquiété hier, dis-je pour commencer. Qu'est-ce qui ne va pas ?

-Hum… C'est assez complexe.

Il hésite et parait peu sûr de lui.

-Dis-le simplement, je t'aiderais si je le peux.

Je lui souris comme pour l'encourager mais Sanji est toujours aussi crispé.

-Je suis étonné de voir que tu travailles au Baratie, je pensais que tu étais en vacances. Ce n'est pas trop dur de bosser après les fêtes ?

Je décide de changer de sujet, je ne veux pas que mon ami ait l'impression que je le force à se confier.

-Non, non, ça va. Le vieux m'avait laissé deux jours pour passer la soirée du nouvel an avec vous.

-Ah OK.

Je termine assez vite mon assiette et me dit que j'ai assez mangé comme ça mais que surtout, je n'ai pas tellement les moyens de m'empiffrer plus.

-Cavendish est rentré hier, c'était sympa de passer la soirée avec lui. On a beaucoup parlé et puis avant d'aller se coucher, on a regardé un film romantique. C'était assez divertissant de se moquer de tous les clichés qu'il y avait dedans!

-J'imagine.

Sanji se mord les lèvres et recule dans le fond de sa chaise, comme démuni. Je devine alors qu'il est finalement prêt à parler.

-Je crois que j'ai fait une bêtise...

-Une grosse bêtise ? je demande, les sourcils froncés.

-Une assez grosse bêtise, oui, grimace-t-il.

-Oh. C'est peut-être moins grave que tu ne le penses ou plus facilement réparable que tu ne l'imagines?

-Je ne crois pas, non.

Il soupire et se prend la tête dans les mains.

-Je t'ai déjà parlé plusieurs fois de comment c'est chez moi, de l'ambiance qu'il y a et de comment je suis traité comme un pestiféré...

Je confirme d'un simple hochement de tête.

-Eh bien, il y a quelques jours, après une énième journée à me faire rabaisser et humilier, j'ai craqué. J'en avais marre de supporter ça, de les voir faire les malins alors qu'ils valent encore moins que moi. Mais je savais que je ne pouvais rien contre eux, ça a toujours été comme ça de toute façon. Pourtant, il fallait que je réplique. Alors j'ai visé leur point faible. Leur honneur.

Il marque un temps d'arrêt et je remarque que ses mains tremblent. Ça me brise le cœur de le voir comme ça. Je me sens complètement démuni. Depuis que je suis arrivé, le restaurant a eu le temps de complètement se remplir et autour de nous, les gens ont l'air joyeux. Personne ne prête attention à nous à vrai dire. Je suis le seul témoin du mal être de Sanji.

-J'ai balancé à tout le monde que Niji préférait les hommes.

Mes yeux s'ouvrent instantanément en grand sous la révélation. Sanji, honteux, n'ose même pas me regarder.

-Quoi ? je demande bêtement.

J'ai du mal à réaliser ce qu'il vient de me dire. Faire ce genre de choses ne ressemble tellement pas à mon ami!

-J'en pouvais plus et je voulais leur montrer que je n'étais pas le seul à être imparfait, s'empresse-t-il de dire.

-Oui… Je comprends. Excuse-moi, je ne voulais pas te culpabiliser en réagissant comme ça, c'est juste que j'ai été surpris. Je comprends mieux le problème maintenant. Tu culpabilises, dis-je comme un constat.

-Pour la première fois de ma vie, la colère de mon père ne s'est pas tournée vers moi et franchement, j'ai honte mais ça m'a tellement soulagé...

-Qu'est-ce qui s'est passé ? je l'interroge, inquiet.

-Je ne sais pas... Reiju m'a fait taire et m'a trainé dans ma chambre. Je lui en ai voulu. Elle n'a jamais pris ma défense et là, elle l'a fait pour Niji. Elle m'a demandé de me taire pour le préserver. Je ne sais pas ce qui s'est passé pendant que je n'étais pas avec mon père et mes frères mais quand je suis descendu plus tard, le séjour était retourné et ni mon père ni mon frère n'étaient là. Et si Jajji est rentré le lendemain, ça n'a pas été le cas de Niji. Je crois qu'il l'a foutu à la porte... Je m'en veux tellement de m'être servi ainsi de cette révélation que tu m'avais faite.

J'ai l'impression que cette dernière phrase lui a pris toute son énergie et que les yeux dans le vague, il attend la suite. Comme nous avons terminé de manger, je lui propose d'aller faire une petite promenade digestive et il accepte. Il m'interdit de payer, m'annonçant que je ne dois rien au Baratie et c'est un peu perplexe qu'on part du restaurant. On se promène sur le grand boulevard et traversons la rue. Quelques minutes plus tard, on arrive vers la galerie marchande et d'un commun accord, on y rentre.

Nous n'avons ni l'un ni l'autre envie de faire des folies et nous intéressons très peu aux derniers produits de Noël encore présents en vitrine. Si j'ai emmené Sanji ici, c'est juste pour le détendre un peu. Je ne veux pas qu'il reste trop longtemps avec de mauvaises pensées.

-Je suis désolé pour ton frère. C'est triste ce qui lui arrive mais je ne pense pas que tu doives te rendre malade à cause de ça. Tu as laissé tes émotions s'exprimer pleinement et même si le résultat est affligeant, ce n'est pas toi qui as condamné ton frère mais bien ton père et son homophobie. Peut-être que maintenant, tes autres frères et Reiju ouvriront les yeux et certainement que Niji l'a déjà fait. Quand on se trouve de l'autre côté de la barrière, on trouve soudain les choses beaucoup moins sympa.

-C'était ce que je voulais faire en dévoilant son secret mais agir comme ça, ça ne me ressemble pas... C'est plus une méthode ignoble de mon père et de mes frères...

-Peut-être que ton frère s'en sortira seul et qu'il renouera avec ton père quand celui-ci se sera calmé?

-Je ne sais pas s'il le fera. Je ne sais même pas si ce serait une bonne idée...

-Tu t'inquiètes pour lui ?

-Oui et non. Une partie de moi se dit que c'est une bonne chose qu'il vive un peu ce que moi-même je vis et une autre se demande si ça ira pour lui...

-Ton frère a l'air débrouillard, ça ira certainement.

Sanji ne dit rien et se déplace de rayon en rayon. J'ignore si je lui suis d'une grande aide mais malheureusement, à mon niveau, le rassurer est la seule chose que je puisse faire.

Lundi 08 Janvier 2018

Je n'ai pratiquement pas dormi cette nuit. Je n'ai pas arrêté de penser à ce que Sanji m'a raconté. Sanji était si triste, j'aimerais pouvoir faire quelque chose pour lui remonter le moral. Il ne devrait pas se prendre la tête pour quelqu'un qui ne le mérite sans doute pas. La nuit précédente aussi n'a pas été très reposante mais comme j'étais fatigué, je me suis endormi plutôt vite. Je me suis surtout interrogé au sujet de Niji et sur ce qu'il pouvait bien devenir. J'ai également pensé à Zoro. Je sais qu'ils sont proches et je me suis dit qu'il serait sans doute susceptible de connaitre les lieux où le frère de Sanji aurait pu trouver refuge. Après, malgré les inquiétudes de mon ami, je suis pratiquement certain que Niji a su rebondir. Il est différent des jeunes adolescents qui se font virer de chez eux un soir simplement parce que leurs parents ont découvert leur homosexualité. Je ne peux pas l'imaginer… Mais en même temps, en me persuadant du contraire, je fais peut-être fausse route. Peut-être que Niji souffre encore de la violence de son père et de la précarité qu'il subit, si tel est réellement le cas.

Est-il comme tous ces jeunes fortunés qui se retrouvent démunis et incapables une fois qu'ils se retrouvent sans le sou et sans ressource ?

Je devrais vraiment contacter Zoro. Oui, je le ferai dés ce soir même. Si j'arrive à avoir des indices, ça rassura Sanji. C'est vraiment un garçon en or de s'inquiéter pour son frère après tout ce que celui-ci lui a fait. Je ne sais pas si j'arriverais à agir comme ça si Stelly m'avait fait de telles crasses. Même là, alors qu'il se contente de m'ignorer et de rester fidèle à Outlook en plus d'être incapable d'ouvrir les yeux sur un nombre incalculable de choses, j'ai des difficultés à le considérer encore comme mon petit frère. Vraiment, j'ai beaucoup d'admiration pour mon meilleur ami.

Je soupire et enroule plus chaudement ma grosse écharpe autour de mon cou. Ca va bientôt sonner mais je tiens à rester encore un peu devant le portail pour attendre Ace. Il m'a envoyé un message avant que je ne parte du loft en me disant qu'il reprenait les cours ce matin et qu'il me retrouverait à l'entrée. Autant dire que je suis parti avec le sourire. Savoir que je peux de nouveau le contacter m'emplit de joie. Et savoir que je vais bientôt le revoir me fait oublier mes questionnements et ma fatigue.

Ace arrive enfin, à pied et sans se presser. Je souris en le voyant faire. Il a les joues un peu roses et un bonnet enfoncé sur la tête. Pour une fois, il est habillé chaudement et je me presse dans sa direction.

-Hé ! je fais quand je suis à quelques centimètres de lui.

Ace me voit enfin - je ne sais pas où il avait la tête - et me sourit avant d'happer mes lèvres dans un somptueux baiser. Qu'est-ce que ça m'avait manqué !

-Je t'aime, dis-je.

-Hum, ce que j'entends me plait assez. Dis-le encore.

Je lui répète encore et encore et on rigole devant la niaiserie du spectacle qu'on offre aux autres élèves.

La cloche sonne et je regrette de ne pas pouvoir échanger plus avec lui. Je soupire de frustration et me dis que maintenant qu'il est revenu, ce sera plus simple de se voir. Avec une moue de déception, je suis Ace jusqu'à sa salle de classe. La mienne est dans le même couloir, quelques mètres plus loin. Quand on arrive dans le couloir en question, on voit un attroupement d'élèves devant une porte close qu'un professeur de français a du mal à ouvrir.

On s'arrête à sa hauteur, intrigués par ce petit remue-ménage et sommes vite rejoins par d'autres élèves. Nous nous faisons pourtant très vite rappeler à l'ordre par nos enseignants respectifs et alors qu'on s'apprête à s'éloigner, un cri nous stoppe et nous glace d'effroi.

-Y a quelqu'un qui se pend à l'intérieur ! crie un élève qui retombe aussitôt de son perchoir improvisé.

A cet instant, tout le monde lève les yeux vers les petites ouvertures qu'il y a juste au-dessus du mur en haut de la porte. Les élèves qui commençaient à s'éloigner reviennent aussitôt.

-Quoi ? je demande, incrédule.

-Qu'est-ce que tu viens de dire, Merli ? s'étonne également le professeur.

Il a du mal à croire ce que vient de dire son élève – un seconde si je ne me trompe pas – et entre-temps, d'autres élèves se font la courte échelle, curieux de savoir ce qu'il se passe.

-Y a quelqu'un qui est en train de se pendre! répète l'élève, complètement paniqué.

-Putain, c'est vrai ! jure quelqu'un.

Je réagis aussitôt, me disant qu'on a déjà perdu trop de temps. Le professeur, aidé de ses collègues, essaie d'ouvrir la porte mais sans succès. Des élèves qui sont toujours perchés en hauteur signalent aux adultes que des chaises et des bureaux ont été déplacés de sorte à bloquer la porte.

Je grogne et pars en courant vers l'extérieur. Cette salle de classe se situe au rez-de-chaussée et donne sur l'arrière cour. De cette pièce, on peut normalement apercevoir le local de sport. J'arrive très vite à destination accompagné d'une dizaine d'élèves qui, semble-t-il, ont eu la même idée que moi. Je ne prends pas la peine de vérifier qui est avec moi, je sais juste qu'Ace est à mes côtés et qu'il est hors de question qu'on laisse quelqu'un mourir.

Des élèves essaient d'ouvrir les fenêtres d'une manière ou d'une autre mais malheureusement, ça ne marche pas. Je suis en train de réfléchir à une solution quand je vois Ace enlever ma grosse écharpe et l'enrouler autour de son coude. Il est trop tard quand je comprends enfin ce qu'il fait : le bruit du verre brisé semble résonner dans la cour vide et il ne faut pas plus de deux minutes à Ace pour dégager le maximum de verre.

-On rentre, faites attention aux éclats de verre.

Il bondit de l'autre côté et je fais de même. Je m'écorche les mains sur la fenêtre mais je ne sens même pas la douleur. J'ouvre grand les yeux de stupeur quand je découvre Alvida, la peau pâle, suspendue dans le vide avec cette corde serrant son cou.

Sans se concerter, on se sépare en deux groupes : l'un enlève les meubles bloquant la porte d'entrée alors que l'autre porte directement secours à Alvida. Ace se saisit d'un bout de verre et place une chaise sur une table avant de monter dessus. Avec deux autres élèves, on monte sur les tables et on attrape le corps d'Alvida, essayant au maximum de la soulever pour ne plus que sa gorge soit compressée par la corde. J'entends comme une musique de fond les bruits de chaises et de tables qu'on pousse avec brutalité. Dans le couloir, les gens sont de plus en plus agités et j'imagine bien la panique et le désarroi des professeurs qui s'imaginent le pire. Je me sens tellement mal. Alors que je tiens le corps d'Alvida, j'ai du mal à réaliser que sa vie ne tient plus qu'à un fil.

Ace jure : il a plus de difficulté que prévu à couper la corde. Il insiste et se coupe encore plus les mains mais finit enfin par la faire céder. Le corps d'Alvida s'effondre brutalement et Ace n'a pas le temps de la retenir mais ce n'est pas grave, un garçon à côté de moi la rattrape in extrémis. Soulagé, on l'aide à l'allonger par terre. La porte est dégagée pratiquement au même moment.

L'infirmière fend la foule pour venir au chevet de son élève et je recule, les mains tremblantes. Je fais quelques pas et je retrouve naturellement Ace. Je m'inquiète aussitôt pour sa main. Je l'observe et son expression est assez perturbante. Il fixe Alvida et les personnes qui s'affairent à côté d'elle. Il a l'air calme. Il semble même avoir une totale maitrise de ses émotions mais ses sourcils froncés et ses poings serrés m'indiquent le contraire.

Quelque chose ne va pas…


Hum...hum

Je ne sais pas ce qu'on dit après une longue absence ? Bonjour, bonsoir pour commencer.

Je suis à la fois contente et un peu anxieuse de revenir. J'ai bien profitée de cette pause pour avancer sur cette histoire, en commencer deux autres qui sont étrangement déjà bientôt fini et faire pas mal d'autre chose ou pas. J'ai pas trouver le temps de faire de nouveau dessins mais je n'abandonne pas l'idée.

Comment allez-vous ? J'espère que vous n'avez pas tous déserté cette histoire ? x)

Je ne m'étais pas rendu compte avant que je m'étais arrêter à ce passage là de l'histoire. Et je continu avec cette fin de chapitre… ^^

Le but premier de cette pause était de prendre de l'avance sur cette histoire, voir un peu ou j'allais ect… et c'est ce que j'ai fait alors bonne nouvelle, il y aura moins d'attente entre chaque chapitre. Du coup à dans dix jours pour le prochain chapitre, c'est à dire le 1er aout.

A bientôt !