Bonjour,

Titre : Once Upon A Time - tome 2...

Auteur : Typone Lady

Disclaimer : L'univers de One Piece ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas : ils sont à Eiichiro Oda. Je les emprunte le temps d'une histoire.

Rated: M

Genre : Romance, Hurt/Comfort, Song-fic

Résumé : « Raconte-moi une histoire…une merveilleuse histoire comme on en voit si souvent dans les contes de fées. Laisse-moi imaginer encore un peu que nous aussi, nous avons le droit d'être heureux. » Peu importe à quel point ils le désirent, il y a des choses sur lesquelles ils n'ont aucun contrôle. Impuissant, ils observent les ruines de cette vie sans voir cette lueur d'espoir tapis dans l'obscurité.

Bêta correctrice : pommedapi

Note : Merci à ma bêta pommedapi pour ses précieux conseils et aussi pour avoir corrigé ce chapitre ;).

Bonne lecture à tous !


Once Upon a Time n'est pas une fiction à l'eau de rose.

C'est juste une histoire.

Leur histoire.

Parce que la vie n'est pas un conte de fées...

.

Chapitre 18

.

« En apprenant à connaître les maux de la nature, on méprise la mort - en apprenant à connaître ceux de la société, on méprise la vie. »

Chamfort

Ace


Lundi 15 Janvier 2018

J'observe avec un visage morne le reflet que me renvoie le miroir. Le reflet d'un Ace terne et amer. Aujourd'hui a lieu l'enterrement d'Alvida. Malgré tous nos efforts pour la secourir, elle est morte le 08 janvier, peu après l'arrivée des secours.

Contrairement à moi, elle ne s'est pas loupée, elle. C'est quelque chose auquel je pense beaucoup. Son suicide, ça me rappelle ma propre tentative ratée. Mais plus que ça, comme les autres, j'ai pris en pleine gueule le mal être d'Alvida. J'ai également conscience que si elle a fait ça en cours, dans une salle qui était supposée être prochainement occupée, c'était fait exprès. Un message ou un symbole – je ne saurais dire – contre nous, contre les autres, ceux responsables de son mal être. Il y a toujours un sens, une raison derrière ce genre de geste. Et vu comment ça s'est passé, il ne fait aucun doute que le lycée a sa part de responsabilité. J'ignore si j'en ai une. Je ne parlais pas vraiment à Alvida et on n'avait pas spécialement de bons rapports, surtout après ce qu'elle avait raconté sur Marco et moi.

Est-ce que j'aurais dû lui pardonner ? Est-ce que lorsqu'elle m'a demandé pardon, elle avait déjà dans l'idée d'en finir ? Est-ce que ça faisait partie d'une démarche, des choses qu'elle voulait régler avant de s'en aller ? Je ne sais pas et je doute de le savoir un jour. Alvida est morte et elle a emporté avec elle tous ses secrets car elle n'a pas laissé de lettre ni de quelconque mot. Nous ne pouvons que faire des suppositions sur elle à présent. On n'a pas cherché à la comprendre quand elle était encore là.

Je soupire et desserre ma cravate, mal à l'aise. L'école a fermé après cet évènement. Son suicide a vraiment tout chamboulé. On parle de ça partout dans les journaux et le directeur est furieux. On a communiqué via le site de Marie-Joa la date et l'heure de l'enterrement d'Alvida pour les élèves et les professeurs qui souhaitent y assister et ainsi lui dire adieu. Je ne sais pas s'il y aura beaucoup de monde. J'ignore si Alvida avait beaucoup d'amis. De ce que je me souviens, elle était souvent seule et pas très appréciée.

Pour ma part, si j'ai décidé d'y aller, c'est parce que je m'en sens le devoir sans pouvoir l'expliquer. Peut-être que je le lui dois, tout simplement.

Sabo aussi vient à l'enterrement, tout comme X-Drake car à une époque, ils étaient plutôt proches, sans oublier qu'ils sont sortis ensemble. Enfin, je ne connais pas vraiment les détails non plus. Pour les autres, je ne sais pas ce qu'ils comptent faire. A vrai dire, je n'ai pas discuté avec eux. Pendant la semaine qui s'est écoulée, je me suis fait assez discret et n'ai pas cherché à contacter qui que ce soit.

J'avais besoin de réfléchir.

J'entends mon père m'appeler. Je me dépêche d'enfiler ma veste et de le rejoindre au salon. Il est presque 11h et la maison est vide. Mon père a pris sa matinée pour m'accompagner étant donné que je tenais absolument à me rendre à cet enterrement. Il a d'ailleurs très bien compris l'importance de cette démarche pour moi sans que je ne lui dise quoi que ce soit car tout comme moi, il doit encore avoir en tête ce qu'il s'est passé.

-On peut y aller ? m'interroge-t-il.

J'acquiesce et on quitte la maison.

Le trajet se fait en silence. Mon portable vibre mais je ne regarde pas qui m'a envoyé un message et encore moins de quoi il est question. J'ai la gorge nouée et alors que j'étais sûr de moi il y a encore quelques minutes, à présent, je doute. Je ne sais pas, je ne me sens pas à l'aise.

-Comment tu vas ? me demande mon père.

Je lui jette un coup d'œil et suis surpris de voir son expression fermée. Je soupire et me mets à me gratter les poignets. Je sens alors le regard de mon père sur moi et je comprends qu'il est simplement inquiet.

-Pas trop bien, je confie.

-Hum.

Mon père se racle la gorge et je me demande à quoi il pense ou plutôt, s'il pense à moi d'une certaine façon. Je ne peux m'empêcher de comparer ce que j'ai vécu il y a plusieurs mois à ce qui est arrivé à Alvida. J'imagine combien elle a dû souffrir et se sentir perdue. Elle en est arrivée à un point où elle ne pouvait plus continuer parce qu'elle n'en avait pas la force. Une partie de moi peut le comprendre mais l'autre partie éprouve de la colère et de l'indignation face à cette fin tragique. Je ne peux m'empêcher de me dire que ça aurait pu se finir autrement. Qu'elle n'aurait pas dû abandonner. Mais peut-être que ce n'est pas contre Alvida que je ressens ça mais contre moi-même. Aujourd'hui, je m'en veux tellement d'avoir cédé à la facilité. J'éprouve de la colère aussi : j'ai fait tellement de mal à mes proches à l'époque.

Quand j'ai fui d'ici, j'étais paumé et pour être tout à fait sincère, je n'avais pas vraiment envie de mourir. Ce que je voulais réellement, c'était arrêter de souffrir.

-C'est avec elle que tu avais quelques histoires ? Je ne me rappelle plus très bien. Continue mon père.

-Oui elle avait accusée Marco de viol et comme si ça ne suffisait pas elle m'avait mêlé à tout ça. Je soupire et passe une main fatiguée sur mon visage. Elle est venue me voir avant de… elle s'est excusée et maintenant je me demande si elle l'a fait pour partir tranquille et donc qu'elle avait déjà son plan bien en tête ou si ce n'était pas réfléchie. Si elle désirait réellement faire table rase du passé.

J'hausse les épaules, fataliste, je n'aurais sans doute jamais de réponse à cette question. Mon père ne dit rien, les yeux fixés sur la route il pense à tout ça, à ce que je viens de lui apprendre en quelque sorte.

-Ce n'était une inconnue pour toi.

Je regarde par la fenêtre, j'essaie de fuir le regard de mon père. Je le connais suffisamment à présent pour comprendre ce qu'il tait. Ce n'était pas une inconnue, je la connaissais au moins assez bien pour avoir échangé plusieurs fois avec elle et donc je suis forcément touché.

-Pas vraiment, je finis par dire. On n'était pas amis et on n'avait pas spécialement d'atomes crochus ni de lien spécifique.

-Sa mort a pourtant l'air de te toucher plus que de raison, insiste-t-il.

-C'est parce qu'elle est morte devant moi, je lâche abruptement.

-Ça va aller ?

-Ouais.

On n'échange plus aucun mot et quand mon père ralentit une dizaine de minutes plus tard, je sais qu'on est bientôt arrivé. On s'arrête ensuite non loin du cimetière et faisons le reste du chemin à pieds. Il n'y a pas foule, et finalement il y a peu d'élèves du lycée. J'aperçois très vite X-Drake et Sabo ainsi que Sanji, Koala et Nami qui sont aussi venus. Il y a quelques autres élèves que je ne connais pas et une dizaine d'autres personnes extérieures à l'établissement. Je rejoins mes amis accompagné de mon père et les surprends en m'arrêtant à côté d'eux.

-Ace ? s'étonne mon petit-ami.

-Qu'est-ce qu'il y a ?

Je cherche mon paquet de cigarettes dans mes poches mais me rends vite compte qu'elles sont vides. Depuis quelques temps, je ne fume pratiquement plus. Que j'en ressente le besoin aujourd'hui n'est qu'un indicateur de mon angoisse. Mais de toute façon, ça n'aurait pas été une bonne idée. Mon père est juste derrière moi et ne m'aurait pas raté à la première inspiration de nicotine, sans compter le fait que ce n'est pas du tout respectable de fumer à un enterrement.

-Rien, me répond finalement Sabo. C'est juste que comme tu ne répondais pas à mes messages, je pensais que tu avais changé d'avis et que tu ne venais plus.

-Ouais, désolé, je voulais juste me couper de ça pour ne plus y penser, je suppose...

-T'inquiète, on te comprend. Franchement, je ne pensais pas venir ici aussi tôt, approuve X-Drake

-Pareil, soupire Sanji.

-Personne du corps enseignant ne va venir ? Ni même la direction ? nous demande mon père.

-J'ai entendu dire que l'école allait envoyer deux ou trois professeurs en signe de soutien à la famille mais je ne sais pas si le directeur s'intéresse vraiment à ce qui est arrivé à Alvida, explique Nami.

-C'est sans doute plus pour l'image de l'école qu'autre chose, acquiesce Koala. Avec ce qui est arrivé, toute l'attention est centrée sur Marie-Joa et il y a pas mal de mauvaises choses qui circulent sur l'établissement.

-C'est dommage, on retiendra plus le scandale et la tragédie qui frappent le lycée que la disparition d'Alvida.

-De nous tous, c'était toi qui étais le plus proche d'elle, dis-je à l'attention de X-Drake. Est-ce que tu sais pourquoi elle a fait ça ?

Celui-ci hausse les épaules mais jette un coup d'œil à mon père comme s'il hésitait à parler devant lui. D'ailleurs, Roger le comprend très bien car il pose une main sur mon épaule droite et la serre fortement. D'un geste du menton, il m'indique ensuite qu'il va saluer les parents d'Alvida et leur présenter ses condoléances.

Il s'éloigne et X-Drake se racle la gorge.

-Quand on se fréquentait, commence-t-il.

Je tique au mot « fréquenter ». Quel doux mot pour éviter de dire qu'ils étaient sexfriends ou amis avec avantage ! Mais bon, je présume que Koala ignore tout ça et n'a pas besoin de l'apprendre aujourd'hui ni de cette manière. Sans compter le fait qu'on parle de quelqu'un qui est mort…

-Elle se confiait quelques fois à moi. Elle détestait les cours et se sentait assez seule. Et... elle ne l'a jamais clairement dit et ce sont simplement des suppositions, mais je pense qu'elle était victime d'harcèlement moral.

Je fronce les sourcils, étonné par les propos d'X-Drake. Mais au fond il a peut-être raison, il a vécu ça lui aussi, il a dû reconnaitre certain signe chez Alvida mais il n'était pas assez nombreux pour qu'il pousse son investigation plus loin. Sans oublier qu'il n'était pas non plus super proche, à la fin il ne la voyait plus du tout.

-T'es sûr de toi ? s'étonne Sabo.

-Elle s'est pas pendue pour faire joli, lui répond-il un peu durement.

-Non, c'est juste que je n'ai rien vu et que je…

-T'inquiète pas, t'es pas le seul, Sabo, soupire Sanji. En fait, pour ça, il aurait fallu s'intéresser un peu plus à elle et malheureusement, peu de personnes l'ont fait. On s'est simplement arrêté sur l'image qu'elle renvoyait sans se soucier de qui elle était vraiment...

On baisse tous les yeux. J'ai honte et je sais que c'est également le cas de chacun d'entre nous. Quelqu'un prend la parole et on comprend qu'Alvida va enfin être mise en terre. Il faut qu'on se réunisse pour lui rendre un dernier hommage.

Je distingue à côté de mon père Marco, Mlle Robin et une autre femme que je ne connais pas mais qui doit également venir de Marie-Joa.

Je sens Sabo me prendre la main et je la serre fortement pour lui montrer mon soutien. Sabo a été dans la même classe qu'Alvida pendant deux ans et n'a rien vu : il s'en veut et mon rôle est de lui faire comprendre qu'il y a malheureusement des choses sur lesquelles on a aucun pouvoir.

Mais maintenant, on sait. Ce message en cours de philo l'année dernière, il y a de grande chance qu'il soit d'elle.

« Aidez-moi. »

Mardi 16 Janvier 2018

Je monte les escaliers tout en fredonnant une vieille chanson qui passe à la radio. Je connais à peine les paroles mais comme j'ai mes écouteurs, mon incapacité à chanter correctement True love restera secret. L'enterrement d'Alvida a eu lieu hier et jeudi, les portes du lycée rouvriront enfin. Ce sera étrange d'y retourner après tout ce qui s'est passé. Je m'arrête devant la porte de mon ami et frappe quelques coups assez fort sur le bois de la porte. Je suis resté dans mon coin la semaine dernière et même si je savais que ce n'était pas la chose à faire, je n'arrivais pas à sortir et à communiquer sur ce que je ressentais. Je le ferais certainement demain, devant le docteur César. Là, aujourd'hui, j'ai juste envie de revoir mon meilleur ami et d'être tranquille avec lui.

Je pensais que Law et moi on pourrait davantage se voir grâce à son stage à Dawn mais je dois dire qu'il est tellement occupé que je le vois à peine alors qu'on habite sous le même toit.

Il a vraiment du courage.

Je fronce les sourcils quand je vois que je suis toujours à la porte. Qu'est-ce qu'il fout, Zoro ? Je sais qu'il est chez lui car je lui ai envoyé un message plus tôt pour le prévenir que je passais et il m'a répondu que c'était okay. Je frappe encore un coup et la porte s'ouvre brutalement.

J'ouvre grand les yeux, sous le choc, et observe sans pouvoir y croire Niji Vinsmoke. Il me sourit et a une attitude bien trop nonchalante pour quelqu'un qui n'est pas chez lui. Et ça, c'est sans parler de sa tenue ! Il est habillé de manière décontractée, un simple pantalon noir et une chemise blanche cintrée surmonter d'un foulard en soie bleu. Il est bien trop à l'aise à mon gout alors qu'il n'est pas chez lui ! Pourquoi c'est lui qui m'ouvre d'ailleurs ? Bordel, mais qu'est-ce que c'est que cette histoire ?!

-T'es venu pour Zoro j'imagine, dit-il. Il dort encore, faut dire que je l'ai un peu fatigué hier soir.

Il hausse les épaules comme si c'était sans importance.

-Qu'est-ce que… Toi ?!

-Il sera content de te voir, me coupe-t-il. Je vous laisse en amoureux, j'ai des courses à faire.

Il passe à côté de moi comme si de rien n'était et je me retiens de toute mes forces de pas lui sauter à la gorge. La porte est grande ouverte devant moi mais je reste encore un peu dehors : j'ai besoin de me calmer mais surtout, il faut que je réfléchisse. Niji est un enfoiré, c'est impossible qu'il m'ait dit la vérité. J'ai envie de m'arracher les cheveux tellement tout ça me prend la tête. Toujours autant perdu, j'entre dans l'appartement et marche lentement jusqu'à la chambre de Zoro.

J'ignore ce que je dois faire. Je ne peux pas juste rentrer comme une furie dans sa chambre alors qu'il dort encore, l'engueuler, lui demander des explications sur cette prétendue relation. Me plaindre du manque de communication entre nous. De cette manie qu'il a de ne jamais rien me dire ! Je sais bien que j'ai sans doute ma part de responsabilité là-dedans mais Zoro ne me dit jamais rien. Comment il pense que je me sens !? Juste pitoyable...

Toute ma colère et ma frustration s'envolent quand j'ouvre doucement la porte. Zoro, comme à son habitude, gigote au moindre bruit. Il est évident que si j'étais entré ici alors que j'écumais encore de rage, il se serait réveillé en sursaut tout en se demandant d'où pouvait bien venir la menace. Je me laisse tomber par terre juste à côté de lui et appuis mon dos contre le mur. La fenêtre au-dessus de moi laisse filtrer un fin filet d'air qui me fait frissonner. Je soupire et observe mon ami qui est partiellement emmitouflé dans deux couvertures assez épaisses. Ses sourcils sont froncés et sa bouche légèrement entrouverte. Son visage a l'air figé dans une intense réflexion si bien que je me demande s'il arrive à Zoro d'être serein ou même paisible quelquefois.

A bien y réfléchir, il a toujours été comme ça. Quand on était petit déjà, il avait toujours cette expression sévère ou concentrée sur le visage. Il ne souriait pas beaucoup. Aujourd'hui encore, ça arrive assez rarement.

Est que Niji le fait sourire ?

Je ne peux pas y croire. Ce type s'est amusé à lui faire un chantage immonde en menaçant de détruire la seule chose qui compte pour lui et il a fini par le faire. Est-ce que Zoro a cédé? Mais pourquoi? Son ancien dojo est rasé, il ne peut pas le récupérer. Le menace-t-il à nouveau? Ou bien se passe-t-il autre chose que j'ignore? Y aurait-il eu un malentendu et Niji ne serait pas le salaud qu'on s'est tous imaginé? C'est franchement peu probable mais si c'est le cas, je devrais sans doute leur laisser de l'espace et ne pas condamné aussi vite ce « truc » qu'ils ont ensemble. Je ne pense pas que Niji le rende heureux mais c'est sûr qu'il doit combler le vide qu'il ressent parfois. Enfin, j'imagine. De toute façon, je peux faire que ça étant donné que je ne sais rien du tout de ce que partage mon ami et le frère ainé de Sanji.

-Merde, qu'est-ce que je vais faire ? je murmure.

-Tu fous quoi ici ? me demande Zoro.

Je tourne précipitamment la tête vers lui, surpris qu'il soit déjà réveillé.

Il m'observe, encore tout ensommeillé, mais surtout dans l'attente d'une réponse qui tarde.

-Je venais juste te voir, tu te rappelles? Je t'ai envoyé un texto.

Il hausse un sourcil interrogateur.

-Ah, ouais, finit-il par dire. Comment t'es rentré ?

-Par la porte tout simplement. C'était pas fermé, c'est tout, je réponds après un moment d'hésitation.

-Okay.

Il baille et regarde l'heure sur son portable avant de grogner.

Je parviens à esquisser un sourire en le voyant faire et lui dis que je l'attends au salon. Il hoche la tête avant de bailler encore une fois. Je m'installe sur son canapé et allume la télé afin d'avoir de la compagnie même si celle-ci s'avère artificielle.

Au final, j'ai rien dit à Zoro et je crois pas que je le ferais tout de suite. Je vais juste lui faire confiance. C'est mon ami et je le connais, sans doute est-il perdu et c'est pour ça qu'il ne m'en parle pas. Comment me parler alors même qu'il ignore où il va ?

Je vais juste attendre. J'ai confiance en lui. Il me parlera.

-Ça tombe bien que tu sois là en fait, me dit-il en sortant de la chambre cinq minutes plus tard.

-Tant mieux alors, heureusement que mes dons de voyance marchent toujours aussi bien ! Comme quoi j'ai bien choisi mon jour pour venir te voir.

Il sourit mais je vois qu'il n'est pas très à l'aise. Je me mets alors à stresser et me demande s'il va déjà me parler de Niji. J'avais décidé que j'attendrais qu'il m'en parle de lui-même mais parce que je pensais qu'il ne le ferait pas avant un long moment. Là, tout de suite, c'est moi qui ne suis pas prêt à entendre ça. Mince, je commence à avoir les mains moites : je les essuie distraitement sur mon pantalon avant de me dire que je devrais plutôt les laver. Bordel, je commence à paniquer !

-Tu veux manger un truc ? me demande Zoro et je me lève pour le rejoindre dans la cuisine.

-Tu bois du café maintenant ?

Je prends la boite de café soluble posée à côté du micro-onde et l'examine.

-Il a pas l'air mauvais, je vais gouter. Je te fais une tasse aussi ou pas ? je lui demande ensuite.

-Non, c'est bon, j'aime pas trop ça. C'est la dernière fois que j'en prends d'ailleurs.

Je me retiens de rire alors que j'ajoute du sucre dans ma tasse.

-Ce que j'ai à te dire ne va pas te plaire, commence-t-il.

J'observe Zoro et je le vois embarrassé. Je présume qu'il ne sait pas comment m'avouer qu'il fréquente Niji Vinsmoke. Je soupire.

-Est-ce que c'est à propos de Niji ?

Zoro me regarde et il semble lire quelque chose dans mes yeux car il se mord la lèvre inférieure avant de soupirer.

-Tu sais, c'est ça ?

-Peut-être. A vrai dire, j'ai pas l'impression de savoir grand-chose...

Je souffle sur ma tasse, espérant refroidir un tantinet mon breuvage avant d'en boire quelques gorgées. Je confirme : ça passe.

-Je l'ai croisé ce matin, c'est lui qui m'a ouvert la porte. Il m'a aussi laissé penser que vous aviez passé la nuit à vous envoyer en l'air mais je sais pas trop si je dois le croire.

J'esquisse un faible sourire et Zoro semble se détendre un peu.

Je n'étais vraiment pas bien tout à l'heure à l'approche de cette conversation. Je savais bien qu'on l'aurait eu un jour ou l'autre et j'avoue que j'avais peur de ce qu'on aurait pu se dire. Mais voir Zoro aussi peu à l'aise que moi me rassure. Zoro est mon meilleur ami, je le connais par cœur et vice-versa. Peu importe ce que l'autre fait, l'autre sera toujours là pour lui. Je serai vraiment fichu le jour où je n'arriverai plus à lui parler avec mon cœur. Dans l'histoire, c'est lui qui est en galère, qui a du mal à avancer correctement et c'est mon devoir de l'aider. Comme lui l'a déjà fait tant de fois auparavant pour moi.

-Il dit n'importe quoi.

Il soupire et passe une main dans ses cheveux indisciplinés.

-Il a été viré de chez lui et je l'héberge le temps qu'il puisse se retourner. Et crois-moi, c'est pas du gâteau : il est aussi invivable que l'autre sourcil en vrille.

-Vous n'êtes pas ensemble?

J'ai juste besoin d'être sûr.

-Et puis quoi encore? grimace-t-il. Je ne dis pas qu'il se passe rien du tout mais je suis lucide et je sais que ça pourrait pas marcher. J'ai des objectifs à tenir et je vais certainement pas tout chambouler pour quelqu'un que j'aime même pas !

Je ne sais pas pourquoi mais je me sens incroyablement soulagé et ému par ce qu'il vient de dire. Je m'avance lentement vers lui et finis par poser ma tête sur son épaule droite.

-C'est juste que… C'est quand même agréable d'être avec lui, hésite-t-il. Même après... tout ce qu'il a fait.

-D'accord.

Je prends une grande inspiration et recule. J'observe, amusé, le visage embarrassé de mon ami. Je reprends ma tasse de café alors que Zoro se sert des céréales. Il prend ensuite une orange et me demande si j'en veux une aussi. Je décline. Il est sympa mais il est pratiquement 11h, ça fait longtemps que j'ai petit déjeuné, moi.

-Je vais parler à Sabo de mes TOCS, je déclare soudain. Cette semaine si je peux ou la semaine prochaine si l'occasion ne se présente pas avant.

-Est-ce que tu vas tout lui dire ?

Ce qu'il tait, je le devienne très bien. Pour ta tentative de suicide aussi ? C'est ce que ses yeux me disent.

-Ouais. J'ai peur, je lui confie.

xXx

-Hum c'est vraiment bon ! je gémis en mangeant cette succulente tarte au chocolat. Tu sais vraiment tout faire, Cavendish!

-Merci mais tu ne m'apprends rien, me dit-il.

-Pourquoi tu ne fais pas ça quand Shanks est là ? lui demande Sabo en se coupant un morceau de pain qu'il semble avoir du mal à finir.

-Parce que je pense à ses artères, son cholestérol et tout le tralala.

Il lui fait un clin d'œil et débarrasse son assiette.

J'observe Sabo qui esquisse un pauvre sourire et continue de braquer mes yeux sur lui alors que je termine en quelques cuillerées ma tarte au chocolat. Après avoir trainé plus de trois heures chez Zoro à parler et à flâner dans son petit appart, je me suis incrusté chez Shanks. Cavendish m'a plutôt bien accueilli, content d'avoir une bouchée de plus pour tester la recette grecque qu'il a trouvée sur internet. Il compte aussi en emmener à son travail : le pauvre a un shooting et avec de la chance, celui se terminera au plus tôt au milieu de la nuit.

On pourrait croire que je fuis un peu mon foyer mais ce n'est pas du tout le cas. C'est juste que j'ai besoin de me retrouver avec les gens qui comptent pour moi et que j'ai peu vu ces derniers temps. Et si j'en crois la mine sombre que tire mon petit-ami, je fais bien d'être là. Pas besoin d'être devin pour savoir qu'il pense encore à ce qui est arrivé.

-Tu as déjà vu quelqu'un mourir ? je lui demande subitement.

-Quoi ?

Il relève les yeux et me questionne du regard. Au même moment, Cavendish repasse dans le séjour et vient se servir un grand verre d'eau dans la cuisine. Sabo et moi gardons le silence, le regard ancré dans celui de l'autre.

-Je ne sais pas encore à quelle heure je reviendrais mais certainement pas avant le milieu de la nuit. Si je suis trop fatigué, je dormirai à l'hôtel, on verra. Bon...

Il agite les clés de voiture que Shanks lui a prêtées et, inconscient de la tension qui nous habite, nous adresse un grand sourire.

-Je vous dis à demain !

-A demain et bon shooting, Cavendish, le salue Sabo.

Cavendish s'en va de sa démarche élégante et légèrement théâtrale. Quelques secondes après, on entend la porte d'entrée claquer. Aussitôt, Sabo se lève et dépose son assiette dans le lave-vaisselle.

-On peut discuter ? je demande en soupirant.

-Je ne sais pas si j'en ai envie.

-Peut-être que tu n'en as pas envie mais tu en as besoin.

-Je pense savoir mieux que toi ce dont j'ai besoin.

-Justement, non, Sabo. Comme 90% des gens, tu te voiles la face quand ça ne va pas. Pourquoi tu te braques comme ça ?

-Parce que t'es en train de t'énerver et que j'ai pas envie de discuter avec toi! J'en ai quand même encore le droit, non ? s'agace-t-il.

Il sort de la cuisine et je serre les dents en le suivant des yeux. Je pousse un gros soupir et me lève pour moi aussi déposer mon assiette et les autres couverts dans le lave-vaisselle. Je sens que cette conversation va vite dégénérer et ça me saoule d'avance. Sabo n'est pas le seul à vouloir se passer de cette conversation, moi aussi je m'en passerai bien, surtout quand je vois comment ça commence. Mais je ne veux pas faire les mêmes erreurs qu'avant et c'est bien pour ça que je fais le forcing.

J'essaie de rassembler tout mon courage ainsi que le reste de bonne volonté que j'ai –ce n'est pas sûr qu'il m'en reste beaucoup vu la semaine que je viens de passer – et rejoins mon copain dans sa chambre.

-Qu'est-ce que tu fais ? je demande à Sabo en le voyant se changer. Tu sors ?

-Je veux juste aller courir un peu.

-Tu cours beaucoup en ce moment ?

-Tous les jours, me répond-il aussitôt.

-Alors c'est comme ça que tu détresses?

-Courir me permet juste de me vider la tête.

Il essaie de passer à côté de moi pour sortir mais je lui barre le chemin.

-Sabo, s'il te plait.

Il me regarde quelques secondes et je vois ses yeux briller. Il baisse ensuite la tête.

-Je sais pas quoi faire et j'ai vraiment pas envie de m'engueuler avec toi... Je suis juste constamment énervé en ce moment mais quand je cours, je me fatigue assez pour ne plus me prendre la tête… Je te promets que j'ai pas recommencé à me scarifier!

-Je sais, je te crois, lui dis-je et je vois qu'il en éprouve un véritable soulagement.

-Qu'est-ce qui te rend comme ça, je souffle en le prenant dans mes bras.

-J'en sais rien c'est juste que… Je comprends pas ! J'étais même pas ami avec elle mais j'arrive pas à accepter sa mort ! J'arrête pas de me dire qu'on aurait pu éviter ça. Je trouve ça si triste qu'elle soit partie comme ça, en souffrant autant! J'aimerais être comme toi et pouvoir prendre ça calmement, normalement...

-Chacun gère ce genre de choses comme il peut. T'inquiète pas, moi aussi ça me travaille. C'est juste que c'est pas de la même façon, c'est tout.

-Sans doute mais en attendant, je sais pas quoi faire et je me sens presque coupable de me sentir mal...

-T'es pas obligé de rester comme ça, Sabo. Bien sûr que tu peux faire quelque chose. T'es le président des élèves, t'as certainement le pouvoir de changer les choses.

Il esquisse un pauvre sourire.

-Tu m'idéalises trop, pouffe-t-il.

-L'amour rend aveugle.

Il secoue la tête et fait quelques pas en arrière.

-Merci, Ace, de toujours essayer de me booster mais j'ai quand même besoin d'aller courir.

-Okay, dis-je, vaincu. On en reparle plus tard ?

-Oui, promis.

J'esquisse un sourire.

-Bon, si je comprends bien, tu me mets dehors ?

-Tu peux venir av-

-Tu diras merci à Cavendish, c'était super bon! Et puis, je vais y aller parce que mon bus passe bientôt! Quoi que, si je le rate, je prendrais le métro. Bon, je verrais. Bisous, j'y vais!

Sabo me regarde partir, mort de rire.

Jeudi 18 Janvier 2018

J'arrive avec seulement deux minutes d'avance à mon cours d'anglais : autant dire que je suis presque en retard. Ma professeure d'anglais me regarde, la mine sévère, alors que je vais m'asseoir à ma place. Comme à mon arrivée à Marie-Joa ce matin, je sens des regards sur moi. Je n'y prête pas trop attention. Je m'y attendais, après tout c'est la première fois que je reviens. Mon court passage ici il y a quelques jours ne compte pas.

Le cours commence aussitôt que j'ai posé mes fesses sur ma chaise et je m'empresse de sortir mon ordinateur pour prendre des notes. Je ne sais pas si je me fais des idées mais j'ai l'impression qu'avec ce qu'il s'est passé, notamment mon conseil de discipline, ma prof d'anglais m'a un peu dans le viseur. Juste un peu. Tout ça me fait d'ailleurs penser qu'il est sérieusement temps d'augmenter mon niveau en anglais : la fin d'année approche plus vite que prévu et je risque bien de regretter au moment des examens de ne pas avoir fait plus tôt les efforts nécessaires.

Aujourd'hui, le cours porte sur l'étude d'un texte. Je sens que ça va être long.

Une heure plus tard, je quitte la salle en me disant que ça aurait pu être pire encore. L'ambiance était assez bizarre. Après, c'est certainement normal si on prend en compte le fait qu'une élève s'est suicidée dans l'enceinte du lycée il y a quelques jours. Je trouve ça aberrant d'ailleurs qu'on se retrouve juste à reprendre les cours comme ça, sans revenir d'abord sur cet évènement tragique. Pourtant, il ne fait aucun doute pour n'importe quel observateur qu'il y a un fort sentiment de malaise et de tristesse chez beaucoup d'élèves.

-Ace ! crie Perona, surprise de me voir.

Je m'arrête au milieu des escaliers et les descends pour aller à la rencontre de Perona qui est habillée d'une merveilleuse robe blanche à dentelles qui a des airs de robe de mariée.

-Salut.

-Alors ça y est, tu reviens pour de bon cette fois ?

-Faut croire, dis-je.

-Ouais, si j'étais toi j'aurais préféré rester encore un peu chez moi. Bonjour l'ambiance… Enfin bon, tu me diras, avec ce qui s'est passé, soupire-t-elle. Tu viens au club ce soir ?

-Oui, je vous ai déjà lâché assez longtemps, non ?

-A qui le dis-tu ! On a galéré sans toi, m'accuse-t-elle.

-Ouais, c'est bon, je me suis déjà excusé, je râle, n'ayant pas envie de revenir dessus.

-C'est cool, fait-elle en m'ignorant complètement. En revanche, je sens que l'ambiance sera aussi morbide qu'en classe étant donné que Margaret a rompu avec Rob Lucci. Enfin, c'est lui qui l'a pla-

-De quoi ?! je l'arrête, complètement soufflé par sa révélation.

-Arrête de faire l'étonné. Franchement, eux deux, ça ne pouvait pas marcher.

Elle me lance un petit sourire en coin l'air de dire qu'elle l'avait vu venir.

-Et puis vu comment ça s'est terminé au nouvel an, c'est juste la conclusion logique à cette histoire, reprend-elle.

-Je… Ouais, certainement, mais j'avais pas…, dis-je butant sur mes mots.

J'ai tellement de mal à y croire que j'en reste coi. Je ne comprends pas pourquoi alors qu'il semblait si déterminé à garder Margaret sous son emprise, Rob Lucci s'en détache aussi simplement. C'est ce que X-Drake et moi on n'a pas arrêté d'exiger et il nous a toujours ignoré. Je ne peux pas croire qu'il s'exécute finalement sans rien demander en contrepartie.

-Comment va Margaret ? je demande.

Même si c'est plus tellement ça entre nous, on reste tout de même amis. Si elle va mal, je serais là pour elle.

-Bah tu m'écoutes pas ou quoi ? soupire la gothic lolita. Mal. C'est qu'elle était vraiment mordue, la petite.

Au moment où elle dit ça, la cloche sonne et je jure. Bon sang, cette fois, je suis définitivement en retard !

-Oups, je vais me faire sermonner par la vieille Merinande. Bon, j'y vais, à plus tard.

Je la salue et elle s'empresse de tourner les talons. Je fais la même chose en espérant ne pas me faire trop remarquer. Je monte les marches trois par trois avec encore à l'esprit ce que je viens d'apprendre. Et alors que j'arrive bientôt devant ma salle de cours, je me dis que cette libération que nous offre Rob Lucci n'en est peut-être pas une. En se détachant de Margaret, n'espère-t-il pas la rendre encore plus accro et ainsi la rendre plus manipulable ? Je serre les poings, énervé. Je ne peux pas y croire. Margaret est intelligente et j'ai bien vu qu'à la fête du nouvel an, elle commençait à se poser des questions. J'espère vraiment qu'elle finira par comprendre et qu'elle rendra la monnaie de sa pièce à ce pourri, qu'il comprenne qu'on ne se moque pas des gens impunément.


« Choisir la vie, c'est toujours choisir l'avenir. Sans cet élan qui nous porte en avant nous ne serions rien de plus qu'une moisissure à la surface de la terre. »

Simone de Beauvoir

Sabo


Vendredi 19 Janvier 2018

Je m'assois autour de la table, déjà fatigué de ma journée de cours. J'appréhende mal la première réunion du conseil des élèves. Je rate le club alors qu'on entame plus sérieusement la phase de préparation de la Winter Cup qui va d'ailleurs bientôt changer de nom. Mais plus encore, je dois dire que c'est assez perturbant pour moi de reprendre si simplement les cours.

-Bonjour à tous ! dis-je pour saluer les autres membres du comité.

J'obtiens des réponses plutôt mornes. Personne n'est content d'être là.

J'interroge le vice-président sur les sujets du jour. Je n'ai pas eu l'occasion depuis le 31 de parler avec Rob Lucci et ne sais pas forcément comment me conduire avec lui. Pourtant, contrairement à moi, le brun n'a pas l'air embêté par quoi que ce soit et se conduit comme d'habitude. Je suppose qu'il est plus judicieux de faire pareil. De toute façon, le sujet n'est pas là. Nous sommes à une réunion importante et nos responsabilités sont grandes. Pas de place ici pour la discorde ou tout autre sentiment négatif.

Pendant une demi-heure, nous parlons du projet que nous avions mis en place en fin d'année dernière et qui a pris beaucoup de retard. Nous avions déjà eu beaucoup de difficulté pour le faire passer à la direction, ayant été brusquement ralenti par le désintérêt et la fainéantise de notre directeur. Organiser un voyage demande beaucoup de moyens et ce sont malheureusement des moyens que le directeur refuse de mettre sur la table. Nous faisons un rapide bilan de la situation et décidons de modifier quelques détails. Nous validons les changements et passons à un autre sujet. Au bout d'un moment, le sujet du manque de place du club de rugby revient sur le tapis.

-A-t-on pu lister les locaux disponibles pour le club ?

Je regarde la seule fille du groupe à qui j'avais confié la tâche. Elle sort une feuille de son dossier et à sa façon de se mordre la lèvre inférieure, je doute honnêtement d'avoir une bonne nouvelle.

-Contrairement à ce qu'on pensait, ce ne fut pas compliqué d'établir cette liste.

-Tu dis ça dans le bon sens ou dans le mauvais ? l'interroge le trésorier.

-Plutôt mauvais. Très peu de salles sont libres : les clubs au sein de Marie-Joa se sont beaucoup développés et forcément, ça fait beaucoup de pièces occupées. Certaines salles ne sont utilisées qu'occasionnellement par les professeurs lors de réunions ou alors à la préparation de projets ou autre chose du même type. Des locaux sont tout de même disponibles mais très peu malheureusement et beaucoup sont trop petits. Ce ne sera malheureusement pas suffisant pour le club de rugby.

Elle soupire et je fais de même… ça s'annonce plus compliquer que prévu.

-Le vrai problème ici, c'est la répartition des salles et des locaux, fait remarquer Rob Lucci.

-Quand les clubs se sont formés, il n'y avait pas forcément beaucoup de monde et on leur a donc attribué des salles un peu au hasard, sans penser à l'avenir. D'autres clubs se sont ensuite créés et ont pris petit à petit les locaux restants. Mais certains clubs se sont depuis agrandis et se retrouvent embêtés parce que la répartition n'a pas été réinterrogée. Le club de bienséance et de bonnes manières a une quinzaine de membres mais pendant longtemps, il s'est retrouvé à occuper un bureau d'une petite dizaine de mètres. C'était assez compliqué pour eux mais maintenant, le club occupe l'ancien local du club d'échec qui a bien voulu échanger avec eux.

-Ce serait plus simple si le club de rugby pouvait arriver à faire la même chose, grimace Coby.

-C'est sûr mais il y a très peu de chances que ça arrive. Peut-être pouvons-nous étudier plus sérieusement la possibilité de leur donner un des petits locaux encore disponibles ? Il faudrait d'abord étudier l'utilité exacte qu'ils veulent en faire. Si c'est juste pour entreposer du matériel, ça pourrait peut-être suffire, je tente.

Je grimace tout de même aussitôt ma phrase finie. Je ne suis pas du tout satisfait de cette solution que j'évoque.

-Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, rétorque Rob Lucci. Le mieux est de rester sur notre première idée comme tout le monde a l'air de l'approuver.

Il me jette un regard et je me demande ce qu'il signifie.

-Le Glee Club est le club le plus récent et le moins populaire. Il n'a gagné aucun titre et possède une très grande salle. Je trouve que c'est lui donner trop d'honneur et d'importance. Lui octroyer une salle plus petite po-

-Mais ça n'a aucun sens ! je le coupe aussitôt. Le Glee Club a tout juste deux ans et a participé à une seule compétition jusqu'à présent ! Et puis, tu as tort quand tu dis qu'il n'a aucun titre : le Glee Club a gagné les régionales et a terminé deuxième aux Nationales. Ce sont des titres assez honorables pour les citer !

Une petite tension se crée et je sens que Rob Lucci éprouve un certain plaisir à me confronter. C'est fou, ça. Plus les jours passent, plus j'ai l'impression qu'il me dévoile son côté sombre, un peu moins parfait. Il m'affronte du regard mais arrive tout de même à garder la face et aborde un visage calme. Sans doute ne veut-il pas montrer clairement qu'il compte me contredire et même me faire plier.

-Le vice-président a raison, intervient le secrétaire. Le Glee Club a l'une des plus grandes et belles salles de l'établissement. Nous avons parlé tout à l'heure de la mauvaise distribution des locaux...

-Oui, c'est vrai, mais je ne veux pas mettre dehors un club simplement parce que nous sommes incompétents à trouver une bonne solution. Sans oublier que le Glee Club a beau ne pas compter énormément de membres, ils ont besoin d'une scène et leur salle est la seule à en avoir une, je termine doucement.

Je me racle la gorge et décide de mettre encore une fois ce débat en suspens : si on continue sur ce sujet, j'ai peur qu'on m'accuse de faire du favoritisme ou de protéger le Glee Club tout simplement parce que mon copain y est. D'ailleurs, je m'étonne que Rob Lucci ait mis ça sur le tapis. Je ne sais pas si Margaret serait contente d'apprendre que son petit ami milite contre elle. C'est à ne plus rien comprendre. Il va juste falloir que de mon côté, j'ai l'air un peu moins impliqué et plus attentif à leurs arguments si je ne veux pas créer de scission. Je sens qu'on n'a pas fini de galérer avec ça...

Après un énième soupir, je finis donc par aborder le sujet du jour qui me tient assez à cœur. Au final, après en avoir un peu parlé avec Ace, j'ai décidé d'effectivement me battre pour que ça n'arrive plus jamais et parce que je ne peux tout simplement pas juste passer à autre chose. Si je peux aider, alors je le ferais.

-J'aimerais aborder avec vous le cas du harcèlement scolaire.

xXx

-J'ai fait ce que tu m'as dit, je souffle avec difficulté alors qu'Ace me fait un énorme suçon dans le cou.

Assis sur son bureau dans sa chambre, j'arrive à peine à garder les yeux ouverts tellement ce qu'il me fait m'électrise. En décidant de rentrer avec lui après les activités du club – et la réunion du comité des élèves pour moi – je n'avais pas imaginé que ça se terminerait comme ça. Je voulais juste passer un moment avec Ace avant de rentrer au loft mais j'avoue que je le désirais peut-être secrètement… Je me sens juste un peu honteux de faire ce genre de choses avec Ace alors que je sais que toute sa famille est en bas. Pourtant, je n'arrive pas à lui résister ni même à le repousser pour la bonne et simple raison que j'en ai très envie : Ace et moi n'avons pas eu beaucoup de contact en décembre et il m'a terriblement manqué. A présent, c'est comme si mon corps avait faim de lui.

-Quoi donc ? me demande-t-il alors qu'il butine mes lèvres.

Ses mains commencent à s'aventurer sous mon pull et je rapproche son corps du mien en passant ma jambe droite dans son dos avant de descendre un peu sur ses fesses.

-Le harcèlement. Merci de m'avoir boosté, tu m'as donné envie de faire quelque chose de bien...

Il sourit et je prends son visage en coupe. J'aime voir la fierté dans ses yeux.

-Je sais ce que tu vas dire, Ace, mais crois moi, tu fais de moi quelqu'un de fort et de meilleur.

Il rougit et finalement ne dit rien de plus.

Je l'embrasse et mords ses lèvres. Il recule en gémissant de plaisir et de douleur, et j'observe ses lèvres rougies.

-Qu'est-ce qui va se passer alors ? me demande-t-il en s'essuyant les lèvres.

-Pour l'instant, rien. J'en ai juste parlé pendant la réunion de tout à l'heure mais on s'est mis d'accord pour mettre en place des solutions pour lutter contre ça. On va d'abord en parler avec la direction et étudier ce que les autres écoles font mais aussi consulter diverses associations. C'est juste des projets, on y réfléchit encore.

-T'es conscient que ce ne sera pas simple ? On n'est pas vraiment dans une école très tolérante. Dès que t'es différent…

-Je sais. Le directeur aussi nous posera des difficultés, sans doute qu'il ne voudra pas admettre qu'il y a des problèmes au sein de son école.

Ace me fait un petit sourire en coin avant de venir m'embrasser.

-Arrêtons de parler de ce mec, c'est pas ça qui va m'aider à bander ! rigole-t-il.

-T'es pas croyable !

Je l'attire brusquement à moi pour l'embrasser avec passion. Ma langue rejoint très vite la sienne et on s'embrasse avec un tel empressement que c'est maladroit et un peu sale mais tellement bon. Je suçote sa langue et Ace me serre un peu trop les hanches : j'aurais certainement des marques demain. Il me pousse alors à m'allonger à moitié sur son bureau et relève complètement mon haut pour embrasser mes abdos contractés par la position qui est loin d'être reposante. Je finis d'ailleurs par m'allonger complètement. Des trucs me rentrent dans le dos mais c'est beaucoup plus reposant que de me tenir dans la position précaire dans laquelle j'étais tout à l'heure.

Je pousse un discret gémissement quand il fait mine de mordre mes tétons. Une de ses mains s'emploie à défaire ma braguette et après quelques difficultés, il l'immisce dans mon sous vêtement. Je me mords les lèvres et rejette la tête en arrière.

-J'ai envie de te prendre contre ce bureau, me susurre-t-il à l'oreille.

Je ferme les yeux et lève un peu la tête quand il embrasse la peau de mon cou à l'endroit exact où il s'était acharné un peu plus tôt à me faire des suçons.

-Vas-y, dis-je en soufflant. J'ai envie de te sentir en moi...

Il relève la tête et me sourit.

Il se passe la langue sur les lèvres comme s'il avait hâte de déguster un met succulent et puis se recule lentement pour prendre un préservatif et du lubrifiant. Ses yeux bruns sont encore plus sombres et intenses que d'habitude. Il y a presque quelque chose d'animal dans son regard. Sa démarche lente, toute en retenue, ne fait que m'exciter un peu plus. C'est comme s'il cherchait à faire monter un peu plus la tension. Je continue de dévorer son corps du regard alors qu'il se tient immobile devant moi, pas dupe de mon manège. J'esquisse un sourire quand mon regard tombe sur la preuve évidente de son désir. Je tends ma main vers son pantalon et touche son sexe à travers le tissu de son jean.

-Arrête, souffle-t-il en s'approchant de moi.

Il gémit tout près de mes lèvres et je trouve ce spectacle tout bonnement magnifique.

-C'est parce que je veux que tu sois bien dur pour moi, dis-je avant de prendre sa lèvre inférieure entre mes dents.

-T'as pas l'impression que je suis déjà excité ? Si tu continues à m'astiquer comme ça, y a beaucoup de chances que je jouisse dans moins de cinq minutes.

J'éclate de rire et Ace me sourit. Il me demande ensuite d'enlever mon pantalon et je m'exécute alors qu'il se badigeonne les doigts de lubrifiant. Pour ne pas être gêné comme tout à l'heure, je lui tourne le dos et étends tout le haut de mon corps sur le bureau, calant ma tête bien confortablement entre mes bras. Ace caresse mes fesses et me fait savoir combien il les aime. Je souris, un peu gêné, et essaie de ne pas penser à combien je suis exposé en cet instant.

-Hum.

Je prends une grande inspiration et ferme les yeux alors que je sens un de ses doigts écarter mes chaires. Très vite, un deuxième doigt rejoint le premier et effectue des mouvements de ciseaux pour détendre au plus vite mon intimité.

Ace finit par se figer alors qu'il me donnait beaucoup de plaisir, notamment en malmenant finement ma prostate. Il se frotte un peu contre moi et je sens le tissu rigide de son jean mais plus encore la chaleur moite de son sexe. Il passe son bras sous mon ventre et me serre fort contre lui. Son torse touche mon dos et je sens son souffle chaud s'écraser contre ma nuque. Il ne fait rien de plus pendant quelques secondes, quelques minutes, et je commence à m'impatienter. Je le sens ensuite mettre le préservatif et je pense alors qu'il va enfin me prendre mais toujours rien. Je commence à être frustré et ma main se dirige alors naturellement vers mes cuisses mais Ace m'arrête.

-Stop. Aujourd'hui, je veux que tu jouisses juste en étant stimulé derrière.

-Dépêche toi alors ou je me finis tout seul, dis-je, ayant à peine écouté son baratin.

Il rigole et presque aussitôt, je le sens pousser contre mon intimité. Je me crispe un peu au début, étant pris au dépourvu, mais me calme très vite, sachant que c'est la seule chose à faire. Et comme pour faire écho à l'empressement et à la passion qui nous habitaient un peu plus tôt, Ace fait de grands mouvements de hanche et je le sens aller si loin que j'ai du mal à rester silencieux.

Pendant toute la durée de cette folle danse, mes doigts ont serré très fort les bords du bureau maintenant en désordre d'Ace.

Samedi 20 Janvier 2018

J'enfile mes chaussures et grimace quand je me redresse. Étant seul au loft, je claque la porte sans rien dire et descends les escaliers pour vite me retrouver dehors.

Il est tout juste 9h et il fait si froid qu'il y a du givre sur les toits des maisons et sur les voitures. Le quartier est calme, seulement quelques habitants sont là, se dépêchant d'aller vaquer à leurs occupations pour ne plus subir ce froid intense. J'ai hésité à venir courir ce matin mais comme je ne fais que ça depuis le suicide d'Alvida… Je me suis motivé comme j'ai pu pour me préparer tout à l'heure. Le froid est malheureusement en train de faire partir toute ma bonne volonté. Mes douleurs au dos ne m'aident pas non plus à être très performant.

Mes douleurs lombaires… Parlons-en, tiens !

J'ai sans doute un peu trop abusé hier avec Ace. Ça avait beau être très agréable de faire l'amour différemment avec lui, j'en paye le prix fort aujourd'hui. Je me sens tout courbaturé et j'ai vraiment mal dans le bas du dos. J'espère que ça va vite s'arranger parce que je me vois mal cavaler et dunker lundi au basket si ça continue comme ça. J'imagine aussi sans doute le pire en pensant ça mais je suis sûr qu'il y en aura au moins un ou deux dans l'équipe a s'imaginé des trucs en me voyant avoir mal dans le bas du dos. Je frissonne rien qu'en y pensant, horriblement gêné.

Je prends une grande inspiration et essaie d'accélérer un peu maintenant que je suis enfin arrivé dans le parc à tout juste cinq minutes du loft. J'ai la surprise d'y croiser quelques autres joggeurs et ça me fait plutôt plaisir. Je ne suis jamais venu courir ici malgré le fait que je connais l'emplacement de ce parc. Je dois dire qu'en matière de footing, j'ai mes petites habitudes et que même si je préfère le parc non loin de la demeure des Vinsmoke, je viendrais à celui-ci plus souvent. D'ailleurs, si aujourd'hui j'y cours, c'est parce que j'y suis contraint : je préfère courir près du loft et pouvoir vite rentrer chez moi si mon mal de dos devient difficilement supportable.

Je grimace et croise le regard d'une femme d'une trentaine d'années qui a l'air de se demander si je vais bien. Je continue en reprenant un visage impassible et en me concentrant un peu plus sur mes foulées. Mais rien à faire, dix minutes plus tard, je finis par m'arrêter, pas du tout content de ma performance. J'envoie d'ailleurs un message à Ace pour lui dire qu'il me doit un bon gros massage. Il me répond qu'il me léchera même tout le corps si je veux. Quel idiot. Mon portable sonne et le prénom d'Ace s'affiche sur l'écran.

-Oui ?

-Comment vas-tu, mon amour ? rigole-t-il.

-A ton avis, idiot !

Je râle et donne un coup de pied dans une feuille morte.

-Je t'assure que je compatis sincèrement à tes tourments et comme promis, je me ferai pardonner.

Comme Ace a l'air de sincèrement se soucier de moi, je décide d'en rajouter pour le faire encore plus culpabiliser et ça marche ! Je souris alors que je l'entends me promettre monts et merveilles. Je finis tout de même par le rassurer et on aborde ensuite des sujets plus sérieux. Je souris et me lève difficilement du banc sur lequel je me suis assis. Je m'arrête pourtant aussitôt pour fixer avec effroi mon père debout devant moi.

-C'est assez important et je préférerais te le dire en face... On peut… Je ne sais pas, se voi-

-Je te laisse, Ace.

Je raccroche brutalement, ne me souvenant déjà plus de ce qu'il me disait.

Il n'a pas changé. Toujours ce même air sur le visage, celui qui me juge et qui me dis combien je suis une déception pour lui. Il est habillé d'un de ses habituels costards, ce qui m'indique qu'il est là pour affaire. Je me sens mal et ne sait pas du tout quoi faire. J'ai fui mon père pendant si longtemps. Je ne m'attendais pas du tout à tomber sur lui ici ! J'observe son visage quelques secondes avant de jeter un coup d'œil aux alentours. J'hésite à juste partir et à l'ignorer. Après tout, c'est ce que lui a fait durant des années avec moi.

-Qu'est-ce que tu fais là ?

J'avale ma salive et serre les poings. Trop tard pour la fuite ou l'ignorance.

-Je courrais, dis-je.

Quoi que je fasse, je ne dois surtout pas laisser mon père savoir que j'habite ici. Il fronce les sourcils, sceptique. Il observe ensuite ma tenue puis mon allure générale et semble décider que je dis vrai.

-Qu'est-ce que tu deviens ? me demande-t-il, la voix grave.

Je hausse les sourcils, sidéré par son attitude. Mon père et moi nous revoyons pour la première fois depuis plusieurs mois et il agit comme si tout était normal ! Mais ça ne l'est pas et je n'ai pas envie de discuter avec lui. Je décide donc de l'ignorer. Après tout, j'ai décidé que je n'avais plus rien à voir avec cet homme. Je fais quelques pas et passe à côté sans même lui jeter un regard. Je l'ignore et ça ne lui plait pas mais hélas, ce n'est pas mon problème.

-Alors tu préfères continuer ta petite crise d'ado stupide au lieu de te conduire comme un adulte responsable ?

Je continue à avancer et j'entends du bruit derrière moi. J'ai alors la pensée horrible que mon père est peut-être en train de me suivre. Le véritable problème maintenant, c'est qu'il faut que j'arrive à me débarrasser de lui. Il est hors de question de le mettre une seule seconde sur la trace de mon domicile actuel. J'ai trop galéré pour avoir ce que je voulais pour y renoncer ou même laisser n'importe qui me l'enlever !

-Ce n'est pas comme ça que je t'ai élevé, Sabo ! tonne-t-il et je frissonne de dégout.

Tout chez lui me débecte à présent. Il considère les gens comme des moins que rien et n'a aucune morale, seul son propre enrichissement l'intéresse. Je n'ai absolument rien à voir avec lui. Jamais.

-Arrête de me suivre, tu es pathétique.

Je soupire et me tourne vers lui. Il s'arrête à environ trois mètres de moi.

-Tu passes ton temps à me rabaisser, à te plaindre de moi et à dire que je suis une source de déception pour toi et pourtant, tu continues à me courir après. Pourquoi ? Pourquoi ne me laisses-tu tout simplement pas tranquille ? je m'agace.

-Tu te crois malin, peut-être ? Il est hors de question que la chaire de ma chair devienne un moins que rien ! Alors ça suffit, ces enfantillages ! Je refuse que tu me fasses honte une seconde de plus !

Sa voix est grondante mais basse, les autres joggers font à peine attention à nous. Cela arrange bien mon père d'ailleurs : hors de question pour lui de se donner en spectacle et de briser l'illusion d'homme respectable et de père aimant qu'il se donne. Mais qu'il ouvre les yeux : personne n'est dupe.

-Je vais arrêter de payer ton école, on verra si tu t'en sors toujours aussi bien! me menace-t-il.

-Je m'en sortirai. Ça fait longtemps que j'ai appris à me débrouiller sans toi.

Il serre les poings, énervé.

Je fais attention de ne rien montrer mais en vérité, si mon père arrête de subvenir à mes besoins scolaires, je vais être bien embêté pour continuer à étudier à Marie-Joa. Mais je réussirai.

-Je détruirai ta relation avec ce petit con de Portgas !

Je vois ses traits se durcir et je sens toute la haine qu'il éprouve pour mon petit-ami. Quelque chose se réveille en moi.

Je m'approche de lui, le regard acéré, et je vois mon père reculer d'un pas. Je le sens hésiter. Sans doute se demande-t-il si je peux me montrer ou non violent envers lui.

Mais qu'il se le dise, pour Ace, je suis prêt à tout.

-Ne le touche pas.

Ses lèvres tremblent et il recule finalement de quelques pas. Je sais qu'il a peur.

-Tu n'as pas d'ordre à me donner.

-Ce n'est pas un ordre mais un conseil.

Je l'affronte du regard encore quelques instants avant de tourner les talons et de me mettre à courir. Je décide de sortir du quartier et d'aller me dépenser un peu plus loin : je ne veux plus sentir la présence de mon père. Dans l'état dans lequel je suis, je ne sais pas ce que je serais capable de lui faire.


« Les enfants commencent par aimer leurs parents. En grandissant, ils les jugent, quelquefois ils leur pardonnent. »

Oscar Wilde

Ace


Dimanche 21 Janvier 2018

Je ferme la porte derrière moi et rejoins ma mère qui s'est déjà installée sur le canapé et qui termine de manger les popcorns. On revient tout juste du cinéma où on est allé voir un film plutôt sympa. Enfin, c'est ma mère qui tenait surtout à y aller et qui voulait que je vienne. Partager un moment mère-fils, quoi. Je pouvais difficilement lui refuser ça.

Ce soir, on mange avec son copain, Satch. J'aurais préféré rester seul avec elle, l'avoir un peu plus pour moi comme on se voit assez peu depuis que je n'habite plus avec elle. Mais avec Satch, c'est sérieux : ils se voient régulièrement et ma mère fait de son mieux pour l'intégrer dans ma vie en douceur. Et je le comprends alors même si ce n'est pas ce que je préfère, ce n'est pas un problème si finalement ce soir on est trois et pas deux. Je n'allais tout de même pas mettre Satch dehors sous prétexte que ce soir, je suis là et que j'ai envie d'avoir ma mère pour moi.

Je suis revenu vendredi soir. Ma mère a appelé la veille pour prendre de mes nouvelles. Ce week-end improvisé s'est décidé à la dernière minute. C'est au cours de cette discussion téléphonique qu'on a parlé de mon retour de manière assez naturelle. Je dois dire que j'appréhendais un peu et je n'ai pas dit oui tout de suite. Il ne faut pas oublier que j'ai eu de gros ennuis il n'y a pas si longtemps à Marie-Joa. Ma mère était d'ailleurs très énervée contre moi : je ne lui donnais aucune explication concrète et la pauvre s'est très vite retrouvée confronter à un mur. Je ne voulais rien dire, j'avais l'impression que je ne pouvais pas. Je pensais d'ailleurs qu'elle m'aurait fait la leçon samedi ou même dès mon arrivée mais rien. Je pense qu'elle ne veut pas me brusquer, pas après ce qui est arrivé à Marie-Joa. Je sens bien qu'elle fait attention et du coup, j'ai du mal à être totalement naturel avec elle.

C'est dommage.

-Je suis bien contente d'être rentrée, c'est qu'il fait tellement froid dehors...

-C'est clair.

A peine assis, je me relève déjà, m'attirant ainsi le regard interrogateur de ma mère.

-J'ai envie d'un bon chocolat chaud.

-Oh, bonne idée ! Tu m'en fais un, s'il te plait ?

J'acquiesce et m'en vais dans la cuisine. J'entends ma mère allumer la télé et continuer à manger ses popcorns. Ca me fait sourire.

Je sens mon portable vibrer dans ma moche et je le sors, décidant de répondre maintenant à mon message pendant que le lait chauffe. C'est Sabo. Il m'envoie un petit message mignon sans oublier de me dire qu'il se remet à peine de son mal de dos. Il dit n'importe quoi, il aime juste se plaindre. Je constate d'ailleurs avec ce message que comme je le pensais, il n'était pas très attentif la dernière fois que je l'ai eu au téléphone. Tant pis, je réessayerai.

Avec Sabo, mardi, on va enfin aller passer nos tests. J'ai hâte. Ce sera comme passer un cap dans notre relation. Ca prouve aussi que c'est vraiment du sérieux entre nous. Une manière de s'engager dans la durée. Le 14 février, ça fera un an qu'on est ensemble. J'ai l'impression que s'est passé si vite mais en même temps, je sais qu'il nous reste encore tellement de choses à vivre. Je me sens vraiment prêt à passer ma vie avec lui, a expérimenté tout un tas de choses avec lui. Apprendre, me tromper, découvrir ce monde que je ne connais pas vraiment encore et surtout mûrir à ses côtés.

Un sourire idiot aux lèvres, je réponds au message de Sabo et me dépêche de terminer de préparer les chocolats chauds. Si ça continue, ma mère va finir par se demander ce que je peux bien mettre dans nos tasses pour que ça me prenne autant de temps.

-Et voilà !

Je lui tends sa tasse et reprends ma place à côté d'elle.

-Merci, mon chéri.

Elle baisse le volume de la télé et me sourit. Elle prend une première gorgée du breuvage chocolaté que j'ai préparé avec amour pour elle. C'est à la fois étrange et très agréable de me retrouver dans cette situation, ça fait si longtemps que je n'ai pas partager de moment comme ça avec ma mère. Quand j'étais petit, il m'arrivait souvent de poser ma tête sur ses genoux et de me confier sur les bêtises que j'avais faites ou encore les inquiétudes que j'avais. Ma mère est la femme la plus importante au monde pour moi et dans un sens, je suis heureux d'être tombé amoureux d'un homme. La galère que ça aurait été de choisir entre ma copine et ma mère ! Bon, quoi qu'elles auraient tout aussi très bien pu s'entendre !

Nostalgique de cette période où je ne craignais pas de parler à ma mère, je me rapproche d'elle et pose ma tête sur son épaule. Ma tasse chaude bien serrée entre mes doigts, je sens la chaleur se diffuser longtemps dans mon corps. L'amour de ma mère aussi est très chaleureux et j'éprouve aussitôt une sensation de bien-être.

-Je t'aime, dis-je maladroitement.

Je ferme les yeux et me demande pourquoi je lui sors ça maintenant.

-Je sais. Merci, mon fils.

Elle pose à son tour sa tête sur la mienne et soupire d'aise.

-Je t'aime aussi, Ace. Plus que tout au monde.

-Maman, je suis amoureux.

Elle ne bouge pas et moi non plus. Je ferme les yeux et profite encore quelque instant de ce calme. Je m'apprête à avoir une discussion compliquée, voire difficile, avec ma mère et je dois affronter ce moment dignement et correctement. Je repousse cet instant depuis tellement longtemps. En y pensant, qu'est-ce que c'était ridicule de faire ça ! Mais là, avec tout ce qui se passe... Les petits pas que je fais pour vaincre mes tocs, une année entière à aimer Sabo, la nouvelle relation de ma mère, mon rapprochement avec mon père. Et puis surtout, ce moment de complicité que je partage avec ma mère. Je sens que c'est le moment idéal pour me confier, pour lui dire.

-Je sais, souffle-t-elle, aimante.

-Comment ça, tu sais ? dis-je, sceptique.

-Ça se lit sur ton visage, Ace. J'avais le même regard que toi quand j'ai rencontré ton père et j'ai de nouveau ce regard là avec Satch. C'est ce garçon, Sabo, qui te fait tourner la tête ?

Moi qui pendant des mois me suis inquiété de savoir ce que ma mère penserait de ma relation avec Sabo, un garçon, je suis étonné de sa réaction. Presque déçu à vrai dire. J'avais peur qu'elle ne comprenne pas ce penchant – même si je n'aime pas appeler ça comme ainsi - pour un autre garçon qui vient de nulle part. Je voulais éviter les questions embarrassantes ou même intrusives. Je ne voulais pas non plus que ma mère rentre dans une psychose en se disant que c'était sa faute parce que je n'avais pas eu de figure paternelle ou je ne sais quelle autre connerie. Je me suis largement fourvoyé. Pourtant, je sais que ma mère est tolérante et qu'elle m'aime plus que tout. J'aurais dû au moins faire l'effort de parler de ça avec elle bien plus tôt.

-Tu me coupes l'herbe sous le pied, je ne sais plus quoi dire, dis-je, mal à l'aise.

Le plus dur est fait. Enfin, en quelque sorte. Je n'oublie pas que ce n'est pas parce qu'elle est ouverte à la conversation qu'elle en est pour autant à l'aise, qu'elle comprend ce que cela implique réellement.

-A vrai dire, ça fait un moment que j'ai un doute. Pas que tu es avec lui mais que tu me caches quelque chose, s'empresse-t-elle d'ajouter pour me rassurer.

-Ah ok.

En y réfléchissant bien, je peux aisément comprendre son raisonnement

-Mais comment tu en es venue à te dire que j'étais…amoureux ?

-Eh bien, commence-t-elle en grimaçant.

Elle prend une gorgée de son chocolat chaud et je me dis que je ferais mieux de faire pareil si je ne veux pas que ma boisson finisse par être froide. Ce serait nettement moins bon après.

-C'est Roger ? je finis par demander.

Pour moi, il n'y a que lui qui a pu lui dire. Après tout, c'est le seul à savoir et en plus de ne pas savoir dire non à ma mère, avec lui, on n'est jamais à l'abri d'une gaffe.

-Tu vas rire ou t'énerver, au choix, mais oui. J'ai encore de la peine pour lui, le pauvre...

Elle me sourit et passe une main tendre sur ma joue gauche.

-Au début, je me suis dit que si tu étais distant et secret, c'était parce que peut-être tu m'en voulais de t'avoir envoyé chez ton père mais rapidement, je me suis rendu compte que de ce côté-là, ça allait. Et puis de toute façon, à chaque fois que tu reviens, ça se passe très bien entre nous, n'est-ce pas ? me demande-t-elle pour être sûre et j'acquiesce fermement. Je me suis alors dis que ton comportement était normal, que tu n'avais tout simplement plus assez de temps à accorder à ta mère parce que quelqu'un d'autre t'accaparait déjà beaucoup. J'ai donc demandé à Roger lors de sa dernière venue et il a fait une tête si incroyable quand j'ai prononcé le mot « amoureux » ! J'avais ma réponse, même s'il n'a rien dit et même s'il a osé me certifier ne pas savoir !

Elle sourit et je fais de même.

Je n'en veux pas à mon père pour ce manque de contrôle. De ce que je comprends, ce n'était pas voulu. De plus, je me doute bien qu'il a été surpris par cette question sortie de nulle part et qu'il n'a donc pas pu contrôler sa réaction.

-Tu m'as observé ensuite ?

Elle acquiesce et je me dis qu'elle n'a pas dû mettre trop de temps à comprendre qu'il s'agissait de Sabo. Pourtant, elle nous a vus peu de fois ensemble. Mais comme elle me l'a dit plus tôt, ce sont surtout mes regards qui m'ont trahi.

-Lui aussi il t'aime ? me demande-t-elle.

-Oui, j'en suis certain.

-C'est bien alors.

Elle boit quelques gorgées de son chocolat chaud et prend ensuite ma main dans la sienne.

-Et si en plus tu me dis que tu es heureux avec lui, j'aurais décidément passé une superbe journée.

-Ouais, sans hésitation.

Elle me sourit et je me sens tellement plus léger.

Lundi 22 Janvier 2018

Il est pratiquement 12h et je me presse de sortir de Marie-Joa pour rejoindre X-Drake dans une crêperie de quartier à quelques stations de métro de là. A son retour, on s'était mis d'accord pour se voir et parler de tout mais surtout de ce qui est arrivé dernièrement. Je dois dire qu'après le nouvel an, on a eu trop à faire pour se trouver quelques minutes pour se voir. Pourtant, on en avait des choses à se dire ! Quelle soirée… c'est un miracle que ça n'ait pas complètement mal tourné. Ensuite, les choses ont été encore plus compliquées et sans pouvoir y faire quoi que ce soit, on s'est retrouvé l'un et l'autre assez débordés. Trop en tout cas pour pouvoir s'accorder un petit break.

En fait, c'est lui qui m'a contacté hier soir alors que j'étais dans le train pour rentrer à Dawn. Son message ne m'a pas étonné – dans la mesure où je m'y attendais – j'en ai même été content. Ça fait un moment qu'on doit se voir pour discuter ensemble après tout. Et même si je suis content de le voir, je sais malheureusement que notre rencontre ne sera pas de tout repos et il est encore moins probable que je retourne en cours le sourire aux lèvres.

J'essaie de ne pas trop y penser quand je finis enfin par le retrouver un quart d'heure plus tard. Je le repère assez vite dans la crêperie étant donné que l'endroit n'est pas bondé et puis, c'est le seul roux.

-Salut !

-Salut. Comme j'avais trop faim, j'ai déjà commandé. Je t'ai aussi pris un truc d'ailleurs.

-Oh, merci.

J'enlève mon manteau, pose mon sac par terre et m'assois. J'avise ensuite le plat qu'il y a devant moi et sens l'odeur de la bonne galette salée. Je crois deviner des œufs, du fromage et peut-être des lardons et des patates.

-T'as pris quoi, toi ?

-Œuf au plat, épinard et champignon.

-Je vois que t'as pensé à ta santé. J'aurais aimé que tu penses à la mienne, je marmonne.

-J'ai pris deux trucs complètement différents pour qu'on puisse partager.

-Oh, cool! J'ai rien dis alors.

Je me lave rapidement les mains avec ma solution hydro alcoolique pendant que X-Drake fait le partage.

-Je suis content que tu n'es pas mis trop de temps à arriver.

-Ouais, c'est encore chaud, dis-je en enfournant une première bouchée.

-Oui, c'est vrai mais c'est surtout pour montrer à la serveuse que je ne compte pas m'enfiler tout ça seul.

Il sourit et je secoue la tête, amusé.

On mange dans le silence, appréciant nos plats. La crêperie se remplit petit à petit, la plupart des clients sont des étudiants venus manger en amis avant de reprendre les cours.

-Tu fais quoi après ? Je lui demande après avoir enfourné plusieurs morceaux de mon plat.

-Rien de spécial. Je ne commence mon stage que dans quelques jours.

-La chance! Quand je pense que je ne termine pas avant 18h30 avec le Glee Club... Mais bon, je ne vais pas me plaindre, déjà que j'ai pu reprendre, dis-je en soupirant.

X-Drake sourit et continus à manger en silence. Il me parle justement de son stage et de ce qu'il devra faire. Il a déjà rencontré le président est c'est un homme sympa très impliqué dans l'association. Il vient en aide au sans-abri depuis trente ans et d'après lui c'est loin de s'arranger. Voulant parler de quelque chose de moins déprimant X-Drake revient sur le sujet du lycée et du glee club. Je lui réponds volontiers et sans qu'en s'en rende compte le temps file à toute allure.

-Hum. Comment est Rob Lucci avec toi dernièrement ?

J'hausse les épaules.

-On s'ignore et ça me va. Il a quitté Margaret, que demander de plus ?

-Pourquoi ?

-J'en sais rien. En tout cas, Margaret a assez vite remonté la pente. Peut-être qu'elle s'est fait une raison.

X-Drake ne réagit pas plus que ça à ce que je viens de dire et a les yeux baissés sur son assiette pratiquement vide. Je me rends alors compte en jetant un coup d'œil à mon portable qu'il est bientôt temps pour moi de partir et qu'au final, on ne s'est rien dit de très important.

-T'en penses quoi ? je lui demande comme il reste silencieux.

-Que c'est une bonne chose, répond-il, la voix laconique.

Il soupire et relève les yeux.

-Rob Lucci est louche, il n'est pas comme toi et moi. Je ne sais pas grand-chose à son sujet à vrai dire.

Sa bouche se tord dans une petite grimace.

-Il est dangereux parce qu'il est fort mais aussi parce qu'il est appuyé par des personnes influentes. Enfin, je suppose, sinon il ne pourrait pas faire tout ce qu'il fait.

-Des personnes influentes ?

Je fronce les sourcils, de plus en plus perdu par ce qu'il me raconte. D'ailleurs, X-Drake ne m'aide pas forcément à tout bien comprendre parce qu'en réponse à ma question, il hausse simplement les épaules.

-Pourquoi il s'en prend à toi au fait ? Ce qu'il a fait la dernière fois…

Je pince les lèvres, n'osant pas terminer ma phrase.

-J'ai juste surpris une conversation que je n'étais pas censé entendre. Et il me le fait payer.

-Ce que tu as entendu est si grave que ça ?!

J'ouvre grand les yeux. J'ose à peine y croire. C'est qui ce Rob Lucci pour agir ainsi juste parce que X-Drake a entendu deux-trois mots ? La mafia ?!

-Je t'ai dit que ce n'était pas clair et puis de toute façon, c'est pas grave. C'est pas vraiment moi qui l'intéresse et c'est tant mieux. Fais juste attention à toi. Comme il sait que tu es plus ou moins dans la confidence, il-

-Il ne me fait pas peur.

Je plante rageusement ma fourchette dans le dernier morceau de galette et termine ainsi mon assiette. X-Drake me regarde longuement et je devine derrière ses yeux marrons de l'inquiétude mais aussi ce truc qu'on voit parfois chez les adultes et qui dit « il ne comprend pas ». Sans doute est-ce le cas. J'affronte Rob Lucci depuis peu, je ne sais pas encore de quoi il est capable.

-Ne le sous-estime pas.

-T'inquiète pas pour moi, va ! dis-je pour le détendre.

Malheureusement, il n'a pas l'air convaincu.

-Je ne devrais même pas te raconter ça.

Il soupire et marmonne quelque chose que je ne comprends pas vraiment. J'hésite entre « mais ça me fait du bien » ou « c'est plus facile pour moi ». En tout cas, je comprends que même s'il ne sait pas s'il fait le bon choix, ça l'aide de me parler et moi, je suis heureux de pouvoir l'écouter. D'en apprendre plus.

Mardi 23 Janvier 2018

Assis avec Sabo dans une petite salle d'attente pourtant trop grande, j'attends plus ou moins patiemment que ce soit enfin à notre tour de voir le médecin. Au début, on s'était dit avec Sabo qu'on allait aller à l'hôpital mais au final, après avoir pris des informations auprès de Law, on s'est plutôt dirigé vers un centre de dépistage anonyme et gratuit. En cherchant sur internet, j'ai été surpris d'en voir à Dawn parce qu'à la base, si on s'était mis d'accord pour l'hôpital, c'est parce qu'on s'était dit que c'était facile d'accès et qu'on sait comment ça marche. Mais justement, mes recherches m'ont appris que c'est tout aussi facile de se faire dépister dans une CDAG : il y en a partout donc forcément un près de chez soi. Un site est d'ailleurs dédié à ça et informe très bien tous ceux qui souhaitent faire un dépistage via leur centre.

A présent, je ne peux plus faire marche arrière. Dans quelques minutes à peine, je vais faire une prise de sang. Je grimace rien qu'en pensant à la douleur si caractéristique d'une piqure. Je n'aime vraiment pas ça. La douleur y est pour beaucoup mais je dois dire aussi que je ne suis pas serein quand je vois mon sang quitter mon corps alors que normalement, la vue du sang ne me gêne pas. C'est à n'y rien comprendre !

Et encore, s'il n'y avait que ça !

Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas si emballé que ça par l'idée de me faire dépister. J'aimais bien sortir couvert pour ainsi dire. Et c'est plutôt paradoxal car j'étais encore plein d'entrain il y a quelques jours de ça. Malgré mon angoisse, je le fais quand même parce que je pense qu'il est important de s'assurer que tout va bien. C'est plus rassurant pour tout le monde. Mais c'est juste que je ne sais pas trop comment envisager la suite. Faire pleinement l'amour avec Sabo, le sentir parfaitement vibrer contre moi, l'idée me fait simplement bander et je dois d'ailleurs me concentrer pour ne pas avoir une érection malvenue en pleine salle d'attente. Le problème n'est pas là mais a bien évidemment à voir avec le coté hygiénique de l'histoire. J'en avais vaguement parlé avec Sabo mais on était aux toilettes en train de se tripoter et c'était la soirée du nouvel an. Autant dire que la conversation n'avait rien de très sérieux...

-Ça va ? me demande Sabo.

Je le regarde et je ne sais pas quelle tête je fais mais ça ne doit pas le rassurer des masses car il me prend la main. Pour me soutenir, je suppose.

-Ça ira, me dit-il.

Je n'ai pas le temps de dire quoi que ce soit que le médecin vient me chercher. Après, ce sera le tour de Sabo et alors, on pourra enfin partir. On aura nos résultats dans quelques jours.

Je prends une grande inspiration et me lève pour suivre la femme qui me sourit, certainement pour m'encourager.

xXx

Je hais les piqures. Heureusement que ça n'a pas duré longtemps.

-J'ai hâte qu'on ait nos résultats.

-Hum. A t'enthousiasmer comme ça, tu vas juste finir par me faire penser que tu es un pervers qui n'attend que d'abuser de moi.

Sabo s'indigne et me pousse en rigolant pour me faire taire.

Tout de suite après nos entretiens respectifs, nous avons quitté le centre. Même si ça n'a pas duré trop longtemps, il est déjà pratiquement temps pour nous de retourner en cours. Heureusement, nous avons déjà mangé. En fait, Sabo et moi attendons le bus qui ne devrait plus trop tarder maintenant.

-N'empêche que je suis content de l'avoir fait. Tu ne regrettes pas, j'espère ?

Je détourne le regard, mal à l'aise. Est-ce que je lui dis ou pas ? Je pense qu'il est important que je sois sincère, surtout qu'au final, ce n'est pas bien grave et que je ne peux pas me permettre de lui mentir sur quelque chose d'aussi intime.

-Ace ?

Il me fixe, les sourcils froncés, et je devine que mon silence l'inquiète un peu.

-Non, je ne regrette pas, c'est juste que…

Je m'interromps, ne sachant pas vraiment comment lui expliquer exactement ce que je ressens. Je soupire et me fais la réflexion que c'est une bonne chose que nous soyons seul à l'abri bus.

-Même si je pense que c'est une bonne chose d'avoir fait un test et de savoir où on en est, je ne suis finalement peut-être pas prêt à me passer de préservatif, j'avoue alors.

-Comment ça ?

-Je dis juste que je ne veux pas encore complètement m'en passer...

Mon explication a beau être claire, je vois que ça ne lui suffit pas. Il me dévisage, parfaitement confus.

-Mais enfin, Ace, on vient de faire un test de dépistage pour justement pouvoir complètement s'en passer ! Quel intérêt de continuer à en mettre dans ce cas ?

-J'ai envie, c'est tout.

-C'est par rapport au truc d'hygiène que tu m'as sorti la dernière fois ?

Je le regarde, surpris qu'il s'en souvienne. Je n'étais même pas sûr qu'il m'ait entendu cette fois-là. Pour toute réponse, j'hausse maladroitement les épaules.

-C'est sympa pour moi! Je te rappelle que je me lave soigneusement avant!

Je grogne, agacé. Sabo a l'air vexé et je me dis que ça ne sert à rien que je lui explique. Malheureusement, ce qui a l'air rationnel pour lui n'est pas aussi facile pour moi à mettre en pratique. Je sais bien que si nos tests s'avèrent concluant, on n'aura plus aucun intérêt à mettre de préservatif mais pour moi, c'est plus rassurant de pratiquer avec. Ca fait partie de mes habitudes et changer ne peut pas se faire du jour au lendemain. J'ai réussi à changer sur beaucoup de choses au niveau de mes tocs mais je suis obligé de garder quelques névroses, c'est comme ça. C'est plus rassurant pour moi, ça me permet de gérer mon stress et toutes les pensées polluantes qui affluent à longueur de journée dans ma tête.

-Laisse tomber, je finis par dire. C'était stupide...

Je soupire à l'arrivée du bus et regarde Sabo qui m'observe avec intensité.

-C'est juste que je ne fais jamais rien comme les autres. Je dois être un peu barge, dis-je en esquissant un pauvre sourire.

-Dis pas n'importe quoi, sourit Sabo, plus détendu.

-C'est vrai, je te jure. T'as jamais remarqué que je faisais des trucs bizarres parfois ?

Je dis ça si sérieusement que j'en viens à faire douter Sabo. Il me fixe avec interrogation alors qu'au même moment, le bus s'arrête devant nous. J'esquisse ensuite un sourire et le pousse pour le faire avancer.

-Je te fais marcher.

-Très drôle, soupire-t-il.

-Boude pas. D'ailleurs, j'ai une super nouvelle pour toi mais surtout pour moi, je lance alors que je suis Sabo qui est présentement à la recherche de place.

-Une nouvelle qui va me faire sourire ? Tu as décidé d'arrêter de faire des blagues nulles ou salaces ? Oh, mieux encore, tu as décidé d'obtenir une note parfaite en ang-

-Faut pas rêver non plus. Et puis, je suis sûr que tu aimes mes blagues.

-Mouais. Tu vas voir, moi aussi je vais te faire marcher et on verra si tu rigoles toujours autant. J'étais à deux doigts de te croire tout à l'heure.

Il fait la moue et s'installe au fond, côté fenêtre. Je m'assois à côté de lui et dépose un baiser sur sa joue.

-On en rediscutera.

Je prends une grande inspiration comme pour le faire languir et Sabo, perdant patience, me donne un coup de coude.

-Je l'ai enfin dit à ma mère pour nous deux. Elle s'en doutait en fait mais c'est l'intention qui compte.

Sabo semble étonné par ma révélation qui sort de nulle part mais comme je lui avais dit, c'est une bonne nouvelle qui lui donne le sourire.

Il est vraiment heureux, ça se voit. Malheureusement, je ne sais pas combien de temps il gardera son sourire… J'ai décidé de lui avouer pour mes tocs et cette fois, je suis vraiment décidé à aller au bout. J'hésitais à le faire tout à l'heure – comme à chaque fois – et puis je me suis dit que je ne pouvais pas le faire comme ça, sur le trottoir, avant de monter dans le bus. Je ne peux plus reculer, ça devient trop usant de faire attention à ce qu'il ne remarque jamais rien.

Je lui avouerai tout avant la fin de la semaine.


Et encore un chapitre !

Pas trop déçu d'avoir attendu pour ça? J'espère sincèrement que ce que deviens cette histoire vous va. Je viens de commencer à écrire le chapitre 29, dernière ligne droite avant la fin de cette histoire. Je ne sais pas trop comment je me sens.

Contente peut-être !

A dans dix jours. ^^