Bonjour,
Titre : Once Upon A Time - tome 2...
Auteur : Typone Lady
Disclaimer : L'univers de One Piece ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas : ils sont à Eiichiro Oda. Je les emprunte le temps d'une histoire.
Rated: M
Genre : Romance, Hurt/Comfort, Song-fic
Résumé : « Raconte-moi une histoire…une merveilleuse histoire comme on en voit si souvent dans les contes de fées. Laisse-moi imaginer encore un peu que nous aussi, nous avons le droit d'être heureux. » Peu importe à quel point ils le désirent, il y a des choses sur lesquelles ils n'ont aucun contrôle. Impuissant, ils observent les ruines de cette vie sans voir cette lueur d'espoir tapis dans l'obscurité.
Bêta correctrice : pommedapi
Note : Merci à ma bêta pommedapi pour ses précieux conseils et aussi pour avoir corrigé ce chapitre ;).
Bonne lecture à tous !
Once Upon a Time n'est pas une fiction à l'eau de rose.
C'est juste une histoire.
Leur histoire.
Parce que la vie n'est pas un conte de fées...
.
Chapitre 19
.
« Ce qu'aiment les hommes, ce que tu aimes, ce n'est pas connaître, ce n'est pas savoir: c'est osciller entre deux vérités ou deux mensonges. »
Jean Giraudoux
Sabo
Mercredi 24 Janvier 2018
-Alors si j'ai bien compris, tu serais intéressé pour t'inscrire dans notre auto-école et éventuellement passer ton permis avant les vacances d'été ? me demande la secrétaire.
-Exactement, je me suis déjà un peu renseignésur internet et j'ai fait le déplacement aujourd'hui pour en savoir plus.
-Très bien, je vais t'expliquer tout ça.
Elle me sourit et sort un dossier dont elle tire quelques papiers avant de se munir d'un stylo, prête à me noter toute information utile.
-Tu es venu seul ?s'étonne-t-elle.
-Oui… mes parents n'étaient pas disponibles.
Aujourd'hui, je franchis enfin le cap. Je me renseigne depuis des semaines – pratiquement des mois – sur le permis et aujourd'hui, je me lance pour de bon. J'ai essayé d'économiser le plus possible ces derniers temps, même si ça n'a pas toujours été simple. Mais je veux réellement obtenir mon permis, et du premier coup si possible. Depuis que je ne vis plus avec mon père dans cette maison austère, c'est devenu plus important pour moi. Comme un signe de liberté et d'indépendance. Beaucoup de jeunes passent le permis après le lycée dans l'optique de partir en virée ou en vacances entre amis. C'est comme un premier pas dans la vie d'adulte. Le permis a le gout de la liberté et de l'autonomie.
Cela dit, je sais que vais avoir beaucoup de difficultés à aller au bout de ma démarche. L'absence de mes parents sera difficile à expliquer et je ne sais même pas si mon plan pour m'inscrire sans eux sera faisable ou non tant que je serai mineur à vrai dire. Mais au-delà de ça, il y a l'aspect financier. Sans compter l'achat d'une voiture dans un futur plus ou moins proche, j'espère.
Je n'ai pas fini de me faire des cheveux blancs au moins je suis blond, ça se verra moins !
Pendant plus de dix minutes, j'écoute Nira – la secrétaire et co-gérante de l'auto-école – m'expliquer comment fonctionne ce système. On parle aussi de l'établissement en lui-même, des horaires d'ouvertures, du déroulé des séances de code,etc. Je la trouve très gentille et c'est dommage qu'elle ne soit pas monitrice aussi. Ca aurait pu être agréable et motivant d'apprendre à conduire avec elle, elle a l'air très pédagogue après, je ne me fais pas trop de souci non plus : je suis motivé et les moniteurs sont là pour nous apprendre les rudiments de la conduite et faire en sorte qu'au bout, on soit capable de se débrouiller seul et d'obtenir notre permis.
Je sors de l'auto-école encore plus motivé qu'à l'arrivée mais surtout, avec une tonne de renseignements en main. Je n'ai pas vu d'autres auto-école pour l'instant et je ne pense pas en voir d'autres en fait : celle-ci me convient très bien. Je m'étais renseigné sur plusieurs endroits sur internet et celui que je viens de voir était déjà sorti du lot. La visite que j'ai faite à l'instant ne fait que confirmer mon choix.
J'irai très certainement m'inscrire la semaine prochaine. Enfin, dès que j'aurais trouvé une solution à mon épineux problème d'autorité parentale. Dommage que je ne sois pas déjà majeur...
Je soupire et accélère le pas quand je vois le métro arriver. J'ai une semaine assez chargée, notamment avec plusieurs examens. Une longue soirée m'attends…
xXx
-Bonsoir !
J'enlève mes chaussures sans vraiment faire attention à Cavendish qui doit être dans le séjour si je me fie au son de la télé. Il y avait beaucoup de circulation sur la route et j'ai presque mis vingt minutes de plus pour arriver au loft. Je suis hyper fatigué en plus d'être affamé. Il est fort possible que je fasse l'impasse sur mes révisions ce soir. Peut-être juste une petite relecture mais pas plus, je me lèverai plus tôt demain pour apprendre correctement ma leçon. Dans l'état dans lequel je suis, je doute de pouvoir apprendre quoi que ce soit !
Pour l'instant, je ne veux qu'une chose, c'est manger un des bons plats de Cavendish. Il est bien sûr encore un peu tôt mais ce n'est pas grave. D'ailleurs, c'est en pensant à mon colocataire que je me rends compte qu'il ne s'est pas encore manifesté. Je me dirige donc vers le séjour et le voit pourtant bien là, assis par terre. Je comprends tout de suite que quelque chose ne va pas.
-Cavendish ?
Aucune réponse. Je m'inquiète et accours vers lui. Il a les jambes repliées, la tête enfouie entre ses bras croisés. Ses cheveux blonds tombent en désordre sur ses épaules et son dos. Je suis sous le choc et ne sais pas quoi faire ni quoi dire : c'est la première fois que je vois mon ami comme ça.
Je me tourne légèrement vers la télé comme si elle allait m'apporter une quelconque réponse mais il est évident que l'état de Cavendish ne vient pas de là, surtout si on prend en compte que c'est une banale émission culinaire qui passe.
Et c'est alors que je le vois. Le magazine.
-Tu peux le lire. De toute façon, demain tout le monde sera au courant.
Je regarde Cavendish, surpris d'enfin l'entendre prononcer un mot. Sa voix n'est pas claire ni chantante comme d'habitude mais est un peu cassée, fatiguée. Je n'arrive pas à détacher mon regard de ses yeux bleus rougis, cernés et surtout si tristes.
Je vois bien que Cavendish ne se sent pas prêt pour parler ou plutôt, qu'il n'en a pas la force. Alors je fais ce qu'il me dit.
C'est un magazine people sur lequel Cavendish y figure en couverture, plus sexy que jamais. Jusque-là, rien de bizarre ou d'affolant. C'est quand je lis le titre que je commence à comprendre.
Scandale : Les folles révélations sur les abus dont il a été victime.
Mon visage se fige dans la stupeur pendant quelques secondes avant que, sans pouvoir me contrôler, je me jette littéralement sur le magazine. Je le lis en diagonal. Deux-trois phrases par-ci par-là. Mes yeux s'attardent beaucoup sur les photos. Cavendish y est représenté aujourd'hui au sommet de sa gloire mais surtout enfant.
Il y a également le témoignage d'une femme qui m'est complètement inconnu. Un encart lui est consacré. Curieux, j'en lis quelques lignes pour savoir de quoi il retourne. Le début est l'explication classique de ses liens avec Cavendish. J'apprends donc qu'elle fait partie de la famille du mannequin mais rien d'exceptionnel alors je passe directement à la fin.
Le mot "attouchement" me saute aux yeux et m'effraie. Une phrase attire mon attention et il est dur pour moi de ne pas me mettre soudainement à dévisager Cavendish.
« Beaucoup d'hommes dormaient avec lui. Il était mignon, tout le monde le voulait. Personne ne trouvait ça bizarre. Il est beau, quoi de plus normal que de le désirer ? »
Je continue à lire, les mains tremblantes.
« Les attouchements ont commencé au début de son adolescence avec le petit frère de son père. Il s'est plaint à ses parents qui lui ont répondu que c'était normal. Personne ne pouvait lui résister : il les ensorcelait. Je pense que ses parents n'avaient pas tort. Cavendish a toujours aimé attirer les gens. Simplement, personne n'a eu la présence d'esprit de se dire que ce n'était pas acceptable. »
J'arrête ma lecture là et regarde Cavendish qui a toujours la tête baissée.
-Mais comment … ? Qu'est-ce que…
Je ne sais pas quoi dire. Je ne trouve pas les mots. C'est complètement fou. Je ne peux pas croire à ce que raconte ce magazine.
-C'est mon manager qui me l'a envoyé pour que je puisse le lire et préparer ma défense ou un démenti. Je lui ai raccroché au nez, dit-il, la voix toujours atone.
-Pourquoi ils ont écrit ça sur toi ? Et ces photos ?!
Il me fixe sans rien dire pendant un long moment et je sens une boule se former dans ma gorge. Je détourne le regard. Je n'arrive pas à encaisser sa peine.
-Parce que tout est vrai, lâche-t-il dans un sanglot. Ce qui est écrit, ce sont les confidences que j'ai faites à ma cousine…avant. Elle m'a trahie! Moi qui me demandais comment elle avait pu faire un mariage aussi somptueux !
Il renifle et se lève.
-Cavendish...
Je lui attrape le bras mais il me repousse brutalement et je n'insiste pas.
-J'ai besoin d'être seul.
Il s'éloigne d'un pas lourd et trainant puis monte les escaliers pour aller s'engouffrer dans sa chambre. Je reste moi aussi seul avec cet article sous la main, à me demander quoi faire. Je finis après un long moment d'interrogation par le reposer. Quoi qu'il soit arrivé à Cavendish, je ne peux pas le découvrir comme ça.
Il a dit que tout était vrai et ça me donne des sueurs froides rien que d'y penser. Comment peut-on balancer des choses aussi intimes et dures à la presse sans le consentement du principal intéressé ? Je ne sais pas quoi faire pour soulager la peine de Cavendish. Et dire que Shanks n'est même pas là...
Je passe finalement une très mauvaise soirée à douter et à me poser mille et une questions.
Quant à Cavendish, je ne le vois pas de la soirée.
Jeudi 25 Janvier 2018
J'arrive à Marie-Joa, anxieux. J'observe les autres élèves présents dans la cour pour tenter de lire dans leurs yeux s'ils savent.
Je n'ai pas croisé Cavendish ce matin en me préparant. J'ai simplement entendu la porte claquer deux minutes après que mon réveil ait sonné. Encore chamboulé par la soirée, j'ai juste mangé une pomme avant d'aller me coucher sans même avancer mon réveil. J'ai hésité à venir en cours, à reprendre ma vie comme si tout était normal. J'aurais voulu proposer un peu d'aide à Cavendish. Mais j'ai vite compris qu'il était évident que je ne pouvais rien faire pour lui à part être là : il désire être seul. Alors je suis là, à ne pas savoir vraiment quoi faire.
J'ai essayé de contacter Shanks mais bien entendu, il n'a pas répondu. Avant de partir, il nous avait prévenus qu'il éteindrait son portable. Son but est de se couper de tous, de faire le point sur lui-même et surtout de se relaxer. Malgré ça, je me disais qu'il regarderait au moins quelques fois son portable pour voir s'il n'avait pas d'urgence mais visiblement, ce n'est pas le cas. Je dois avouer que c'est très embêtant. Shanks et Cavendish ont une amitié très forte et je suis sûr que ça aurait soulagé le blond de le savoir près de lui pour le soutenir.
J'arrive à mon casier et y récupère mon cahier de brouillon que j'avais oublié hier. J'aperçois ensuite mes amis qui viennent à ma rencontre et je ferme tranquillement mon casier en les attendant.
-Salut, vous allez bien ? je leur demande.
Ils ont l'air joyeux et je me dis qu'ils n'ont pas lu l'article sur Cavendish car même s'ils ne sont pas aussi proches du mannequin que moi, je refuse de croire que cette révélation ne leur ferait rien.
-Super, j'ai pas du tout révisé pour le devoir mais je le sens bien quand même, confie Sanji.
-Pareil. Enfin, j'espère, dis-je.
On s'éloigne de mon casier pour monter au premier étage. Les filles ont cours un peu plus loin mais comme c'est sur leur chemin, ce n'est pas un problème. Je suis content que le devoir ne soit qu'en début d'après-midi. J'ai le temps de me recentrer entre temps et aussi de relire une dernière fois mon cours.
-Vous êtes allés sur Piece dernièrement ? demande Koala.
Je secoue la tête. Ça fait une éternité que je ne suis pas allé sur le réseau social du lycée. A vrai dire, j'ai arrêté du jour au lendemain sans vraiment m'en rendre compte et sans aucun regret. Je parlais surtout avec Anonyme et depuis que je connais sa véritable identité, je lui parle directement et même si c'est différent, c'est aussi plus agréable parce que ça rend les choses plus concrètes. Mais je me rappelle également que Marco m'a confié qu'Anonyme était en fait deux personnes bien distinctes. Je n'ai jamais cherché à savoir qui était cette autre personne, je n'y pensais même plus jusque-là. Ai-je fait une erreur en me contentant de ça ? Moi qui ai cherché avec tellement de motivation qui était Anonyme. Si Anonyme est bien deux personnes différentes, alors ça veut dire que je n'ai pas complètement trouvé la réponse.
Abandonner en cours de route ne me ressemble pas. Parce que je m'en rends compte maintenant, je ne sais toujours pas qui est vraiment Anonyme.
J'avais des doutes sur ma prof d'histoire et de français, Mlle Nico Robin, mais je n'ai jamais eu de véritable preuve. Sa situation plutôt ambiguë m'intriguait et me forçait à me méfier d'elle malgré sa gentillesse. Tout ce mystère autour d'Ohara et ses connaissances interrogent forcément. Et puis, je retrouve quelque chose d'Anonyme en elle. Les pensées qu'on partageait Marco et moi semblent faire écho en elle. Il y a aussi tout ce secret que l'Armée Révolutionnaire fait autour de sa personne. J'ai toujours essayé d'obtenir mes réponses en posant des questions et en ayant une confiance absolue dans celles qu'on me donnait. Je devrais certainement changer de technique.
-Je ne vais jamais sur ce site, je n'ai même pas de compte, nous apprend Sanji.
-Je crois que la dernière fois que j'y suis allée, c'était le week-end dernier. Pourquoi ? demande Nami.
-En fait, depuis lundi, il y a une page qui s'est créée et qui parle de tous les potins qu'i Marie-Joa.
-Très intéressant, je suppose, ironise Sanji.
-Ça dépend mais la plupart ne sont pas très reluisants.
-Comme si on avait besoin de ça. C'est d'ailleurs étonnant que le lycée ne ferme pas ce genre de page. C'est si éloigné de ce qu'elle veut faire transparaitre, soupire Nami.
-J'ai pensé exactement la même chose, acquiesce Koala.
-Je ne comprends pas pourquoi on laisse faire ça. On sait très bien comment ça se termine avec ce genre de choses maintenant! Ce n'est pas surveillé et les gens peuvent y dire ce qu'ils veulent sans prendre conscience que leur propos, qu'ils soient véridiques ou non, peuvent blesser des gens!
-A croire qu'ils ont oublié qu'il n'y a pas si longtemps que ça, une élève du lycée s'est suicidée et que le harcèlement est mis en avant pour expliquer son geste, soupire Sanji, d'accord avec moi.
La cloche retentit et on se sépare finalement, l'esprit morose, pour assister à nos cours respectifs.
xXx
Avec ma fourchette, je repousse mes carottes avant de les ramener au centre de mon assiette. Je les observe quelques secondes avant de planter mon couvert dans l'une d'elles et de l'amener doucement à ma bouche. C'est bon. Enfin, je crois. Je n'ai pas le goût à grand-chose aujourd'hui et je ne saurais dire si ce que je déguste est réellement bon ou non. Je me suis servi par habitude tout à l'heure, sans vraiment y faire attention, et quand je regarde tout ce que je dois encore engloutir, j'ai envie de vomir tant j'ai l'estomac noué.
Je mange avec Ace qui est aussi silencieux que moi. A vrai dire, je ne sais même pas s'il fait attention à moi. Il a l'air ailleurs, pas très serein, et mange rapidement les lasagnes qu'il a prises un peu plus tôt. J'aurais dû faire comme lui : j'aurais eu moins de mal à terminer mon assiette. J'entends les conversations des autres élèves, leurs murmures et leurs exclamations choquées. Quelques rires et beaucoup de y est, ils savent. La plupart sont sur leurs portables en train de lire l'article people ou alors de commenter sur les réseaux sociaux. Le nom de Cavendish est déjà revenu plusieurs fois et même si c'est vrai qu'il pourrait s'agir d'autre chose, j'ai du mal à l'imaginer. J'ai réussi à laisser ça dans un coin de ma tête pendant les cours de la matinée mais depuis que la pause du midi acommencé, je ne pense qu'à ça.
J'hésite à appeler Shanks une fois encore. A insister et à lui laisser un message pour lui expliquer la situation. De toute façon, il sera bien obligé de rallumer son portable un jour, non ? Et peut-être que je pourrais aussi essayer de contacter Cavendish, prendre de ses nouvelles.
Je m'inquiète tellement pour lui. J'ai évité de trop penser à ça hier mais le terme d'abus… qu'est-ce ça veut dire exactement ? Il parle d'attouchement mais est-ce que c'est tout ? Ou alors, ce serait plus émotionnel? J'ai aussi entendu dire que les abus dont étaient victimes les mineurs sont pour la plupart perpétrés par des proches de la famille. C'est si horrible. Et dire que c'est sa cousine, la personne dont il était le plus proche dans sa famille qui l'a trahi...
-J'ai quelque chose à te dire, me dit soudain Ace.
Je relève la tête vers mon petit-ami, surpris qu'il prenne la parole.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
Je fronce les sourcils, un peu perdu et ayant du mal à me concentrer sur ce qu'il me dit. C'est là que je me rends compte que j'ai à peine fait attention à lui pendant tout le repas. Je me sens coupable et me dis qu'il faut que je me reprenne. Ce n'est pas parce que je suis préoccupé que je dois tenir Ace à l'écart.
-Enfin, c'est plus compliqué que ça. Je t'ai écrit une lettre et je voudrais que tu la lises d'abord … Je te parlerai après.
-Oh... D'accord. Est-ce que je dois me mettre à paniquer ? je demande sur le ton de l'humour même s'il est évident que je suis inquiet.
Je prends l'enveloppe qu'il me tend et constate qu'elle est bien épaisse. Je la pose à côté de moi : je la rangerai dans mon sac quand j'irai à mon casier tout à l'heure.
-Non!
Il me jette un regard suppliant qui me serre le cœur.
-Ne panique pas, s'il te plait, tente-t-il.
Je fixe la lettre en ayant l'envie subite de l'ouvrir immédiatement mais je me retiens. Ce n'est pas le moment. Je ne pense pas qu'Ace apprécierait que je la lise sous ses yeux.
-Ta réaction ne m'aide pas vraiment à rester calme, tu sais ? je lui dis en souriant.
Il sourit aussi et je prends sa main pour la serrer.
-Je la lirai dès ce soir si je peux ou sinon, ce sera ce week-end. Je veux prendre le temps de la lire et de bien comprendre de quoi il retourne et comme ces derniers temps, je suis pas mal occupé…
-Ne t'inquiète pas. Prends tout ton temps. C'est Cavendish qui t'inquiète comme ça ? me demande-t-il ensuite, plus détendu.
-Hum.
-Les gens n'arrêtent pas de parler de ça depuis ce matin. Je ne sais pas comment ils peuvent s'intéresser autant au malheur des autres. Pour ma part, je préfère rester méfiant. De toute façon, moi, je ne m'intéresse pas à ça et je ne lirai jamais ce genre de revue. Enfin bon, tu t'inquiètes certainement pour rien. Cavendish a pas l'air du genre à se laisser abattre pour si peu.
Ace me fixe longuement avant de baisser les yeux et d'éplucher sa clémentine. Après une hésitation, je fais pareil mais j'en suis toujours à essayer de terminer mes carottes.
Samedi 27 Janvier 2018
J'enfile mon tablier avant de prendre place derrière le comptoir. Hier soir, l'AR m'a contacté – assez tard dans la nuit – pour me demander si j'étais intéressé par du bénévolat. Il s'agit de faire le service dans un restaurant assez particulier. Il marche un peu comme les restos du cœur mais celui-ci a la particularité d'être clandestin. Il offre un repas chaud aux membres de l'AR et à ceux qui ont besoin pour un soir d'avoir un endroit où se retrouver. Bien entendu, la totalité des personnes présentes ici partagent les idées ou du moins soutiennent l'Armée Révolutionnaire. Question de sécurité.
Quand Ivankov m'a fait cette proposition, j'ai tout de suite dit oui. Aider les gens, c'est ce que j'ai toujours voulu. Et puis, je dois dire que le climat au loft y est aussi pour beaucoup. Cavendish s'est plus ou moins repris : la journée, il est normal, presque joyeux. Cela dit, ça sonne tellement faux. C'est la nuit qu'il s'écroule. Je l'entends pleurer pendant des heures sans savoir quoi faire. Après le coup de fil de mon contact à l'Armée Révolutionnaire, je n'ai d'ailleurs pas réussi à me rendormir et je suis parti le retrouver pour lui proposer de se changer les idées devant un film. Il a mis de longues secondes à me répondre, si bien que je lui ai au final presque forcé la main. On a regardé Harry Potter dans un silence quasi religieux pendant plus de la moitié du film avant que Cavendish ne parle de lui-même de ce qui lui arrivait.
Enfin, si on peut appeler ça comme ça. Il a surtout évoqué que même si c'était dur, il ne s'en faisait pas trop. Dans un mois ou deux, ce scandale serait effacé par quelque chose d'autre et tout le monde oublierait, ou presque. Le plus important reste sa carrière : il ne faut surtout pas que sa popularité baisse. Je n'ai pas su quoi répondre. Je voyais surtout que Cavendish essayait comme il pouvait d'entrevoir une porte de sortie. Je lui ai réaffirmé mon soutien tout en lui rappelant que s'il désirait parler, j'étais là.
Il ne m'a pas répondu mais je ne m'en suis pas senti vexé pour autant. On a terminé Harry Potter en silence avant de s'endormir au tout début du 2.
Aujourd'hui, j'assure le service avec deux autres personnes, deux femmes que je n'avais jamais vu avant. Une dame âgée et une femme plus jeune d'une vingtaine d'années. Je note une légère ressemble entre elles. Certains de leurs traits sont similaires et leurs sourires sont aussi chaleureux l'un que l'autre.
M'occuper, accomplir une tache me fait vraiment du bien, surtout quand je sais que je participe à rendre la journée de toutes ces personnes qui viennent chercher du réconfort ici un peu plus agréable.
-Alors, Sabo, on m'a dit que c'était ta première fois ici ? me questionne Olga.
-Oui, je suis impatient.
-Je vois ça, tu ne tiens pas du tout en place, s'amuse-t-elle. Ma fille Mimosa et moi, on va prendre bien soin de toi.
-Merci, c'est gentil à vous.
Elle sourit et je lui rends la politesse.
-Mimosa, tu lui expliques comment on va procéder ?
-Pas de problème !
Olga s'éloigne et Mimosa se rapproche de moi. D'un ton enjoué, elle commence à m'expliquer comment va se dérouler la matinée. Où est rangé tel matériel ou produit et surtout, quels plats nous proposerons ce soir. Je l'écoute avec beaucoup d'attention. Elle est très claire dans ses explications et je n'ai aucun problème à me projeter pour la suite. Mimosa est très gentille et drôle, elle a également un rire magnifique. En attendant que les portes du hangar ouvrent, nous discutons un peu et je l'écoute me parler d'elle. Je comprends alors pourquoi je ne l'ai jamais vu avant : elle m'apprend qu'elle ne réside pas à Goa mais dans une région voisine et milite là-bas avec une branche de l'AR. C'est Olga, sa mère, qui lui a donné le goût de la rébellion, de l'envie de se battre contre le système et l'injustice. Elle milite depuis ses années à la fac et est très fière de ce qu'elle fait mais encore plus de tout ce qu'a accompli l'AR.
-Je suis sûre que plus le temps passera, plus tu te plairas avec nous.
-C'est déjà le cas, dis-je.
Une demi-heure plus tard, les portes du restaurant clandestin s'ouvrent et nous commençons à accueillir les premiers visiteurs. Ils arrivent d'ailleurs assez nombreux et, munis d'un plateau, font la queue pour avoir droit à une assiette bien garnie du plat de leur choix. Lasagnes, légumes verts et steak ou pâtes et saumon. Dehors, des membres de l'Armée Révolutionnaire patrouillent pour s'assurer que nous n'avons pas été repérés ou pour prévenir tout éventuel danger.
Le temps passe et on se retrouve plusieurs fois à court de plats. On est très vite réapprovisionné mais tout se vide si rapidement. Il y a tellement de monde et on n'arrête pas. C'est fatiguant mais plaisant à la fois. L'ambiance est bonne, les gens sont heureux d'être là et c'est également un moyen de voir les gens qui nous soutiennent.
Oui, c'est agréable.
xXx
Allongé sur mon lit, j'observe la lettre qu'Ace m'a donnée il y a de cela plusieurs jours déjà. Je l'ai un peu mise de côté ces derniers temps mais j'ai promis à Ace que je la lirai ce week-end. Je ne sais pas ce que c'est mais je présume que c'est important et ce serait vraiment indélicat de ma part de le faire attendre plus longtemps. De plus, l'occasion de l'ouvrir est parfaite. Je suis seul et j'ai du temps.
Je fais tourner l'enveloppe entre mes doigts en m'interrogeant sur son contenu. Ace n'est pas du tout du genre à m'écrire une lettre d'amour. En plus, c'est plutôt épais…
-Voyons voir ce que c'est…
Je m'assois et après avoir pris une grande inspiration, j'ouvre l'enveloppe. J'en sors au moins trois feuilles et comprends pourquoi elle avait l'air si épaisse. Qu'est-ce qu'Ace m'a donné ? Je les déplie correctement et commence à lire.
TOC
Troubles obsessionnels compulsifs
Je fronce les sourcils et me demande pourquoi il m'a donné quelque chose comme ça. Et quand je jette un rapide coup d'œil à toutes les feuilles, je vois que ce sont des informations certainement piochées sur Wikipédia ou un autre site du genre. De plus en plus intrigué et dubitatif, je continue à lire. Il y a certainement une raison particulièrement importante pour laquelle Ace m'a donné ça.
Le trouble obsessionnel compulsif (en abrégé l'acronyme TOC) est un trouble psychique caractérisé par l'apparition répétée de pensées intrusives — les obsessions — produisant de l'inconfort, de l'inquiétude, de la peur ; et/ou des comportements répétés et ritualisés — les compulsions — pouvant avoir l'effet de diminuer l'anxiété ou de soulager une tension.
Les obsessions et les compulsions sont souvent associées (mais pas toujours) et sont généralement reconnues comme irrationnelles par les personnes sujettes au TOC mais sont néanmoins irrépressibles et envahissantes, diminuant le temps disponible pour d'autres activités et menant parfois jusqu'à la mise en danger. Elles ne se fondent généralement pas sur des interprétations délirantes.
Les symptômes peuvent s'exprimer de façon très variable d'un patient à l'autre (incluant phobie de la saleté, lavage des mains, vérifications répétées, obsessions sexuelles).
Approximativement entre un tiers et la moitié des adultes présentant un TOC rapportent que les premiers symptômes sont apparus dans l'enfance.
Malgré ces comportements irrationnels, le TOC est parfois associé à une intelligence supérieure à la moyenne.
Je savais plus ou moins ça, du moins j'étais déjà au courant que les Tocs sont des troubles qui handicapent grandement ceux qui en souffrent. J'assimilais les troubles obsessionnels compulsifs aux vérifications mais j'apprends en fait que ça englobe plusieurs choses. Je ne savais pas pour les pensées intrusives et toutes les phobies que ça engendre. Je reprends ma lecture avec un sentiment étrange de malaise.
Compulsions ou rituels
Ce sont des comportements répétitifs, actes mentaux, pensées magiques, actes que le sujet sait dans la plupart des cas absurdes mais auxquels il ne parvient pas à résister. Ce sont souvent des actes normaux, mais non réalistes, appliqués de façon mécanique, et répétés de façon excessive. Ces répétitions sont de nature motrice (actes moteurs) ou cognitive (actes mentaux).
Ces compulsions sont destinées à soulager l'anxiété et la détresse, à relâcher une tension interne. Les trois principaux thèmes sont les rituels de lavage, les rituels de vérification, et les rituels de conjuration.
Les compulsions cachées, ou compulsions cognitives (mentales) caractérisent tous les TOC n'entraînant aucun rituel moteur : « tout se passe dans la tête » (se répéter sans cesse des phrases (parfois sous forme de prières répétitives), se répéter sans cesse un ou plusieurs mots / nombres, calculer incessamment, additionner, retrancher... (voir arithmomanie), pensées blasphématoires, images ou pensées perverses à propos de la sexualité et insultes mentales à l'égard de personne que l'on aime ou avec lesquelles on est en train de discuter.
J'arrive à la fin de ma lecture et je crois finalement comprendre pourquoi Ace m'a donné ça. C'est presque évident quand j'y pense. Au fil de ma lecture, j'ai pensé à lui.Dès qu'il était question d'un symptôme, je pensais à lui. A ses mains qui au début étaient constamment abîmées. A ses murmures incompréhensibles, comme s'il se parlait à lui-même. Il y en a tellement mais je n'ai jamais pensé que… ! Je ne sais pas, peut-être que je me trompe, que j'aimerais me tromper. J'ai honte de moi. De ne pas avoir vu, de ne pas avoir cherché plus loin à chaque fois que j'interceptais une action étonnante de sa part.
Bouleversé, perdu, j'entame une deuxième lecture.
Je veux être sûr de ne pas passer à côté d'une information importante.
« Ce qui nous fait croire si facilement que les autres ont des défauts, c'est la facilité que l'on a de croire ce qu'on souhaite. »
La Rochefoucauld
Ace
Dimanche 28 Janvier 2018
Encore à moitié endormi, je regarde le message que Sabo m'a envoyé hier soir. Une simple question. « On peut se voir demain ? ». Je n'y ai pas encore répondu et hésite bizarrement à le faire. En fait, je ne sais pas s'il a lu ou non la lettre que je lui ai donnée et n'ose pas lui poser la question. Il m'a dit qu'il le ferait au plus tard ce week-end donc il est tout à fait possible qu'il ne l'ait pas encore fait. Ca ou le contraire. J'ai cru comprendre qu'il avait un peu la tête ailleurs ces derniers temps mais peut-être que contrairement à ce que je pense, il l'a lue le soir même où je lui ai donné et ne m'a rien dit. Choqué, il a gardé le silence le temps de trouver les mots pour me faire face, pour continuer comme avant.
Je n'en sais rien et je me prends certainement la tête pour rien. Je soupire et décide finalement de lui répondre que je suis réveillé et qu'on peut se voir maintenant à notre endroit habituels'il n'a rien d'autre à faire. Il me répond aussitôt d'un simple « ok » qui m'inquiète un peu je dois dire. Je laisse mon portable tomber sur mon lit et pars prendre ma douche en espérant que ça calmera mon esprit tourmenté.
Malheureusement, ce ne fut pas trop le cas. Un quart d'heure plus tard, j'en ressors encore plus morose et m'habille avec raideur et angoisse. Je crois bien que c'est la première fois que je suis autant stressé de retrouver Sabo. Je soupire et descends les escaliers. En bas, je tombe sur mon père qui discute avec Hancock. Ils sont proches : Roger a un bras autour de sa taille et Hancock lui chuchote quelque chose à l'oreille. Je passe à côté d'eux en vitesse.
-Ace ?
Je m'arrête, la main sur la poignée de porte et ma bouche se tord dans une grimace d'inconfort.
-Bonjour, me hèle mon père.
Je me retourne lentement et le salue à mon tour. J'échange un long regard avec Hancock et puis finis par lui lancer un « bonjour » à peine compréhensible.
-Il est tôt, constate-t-il. Tu sors déjà ?
-Ouais, je dois voir Sabo.
Mon père hausse un sourcil, surpris par la nouvelle.
-Il pouvait venir à la maison, tu sais. L'interdiction de te voir a été levée, me dit-il.
-Hum, je lui dirais.
Je pars, ne laissant pas à mon père le temps d'ajouter quoi que ce soit. Je marche d'un pas pressé et avise l'heure sur mon portable. Il est tout juste 9h et Sabo ne m'a pas renvoyé de message. J'ai les mains moites et le cœur qui bat vite, beaucoup trop vite. Je finis par m'arrêter à quelques centaines de mètres à peine de la maison et fixe mes pieds, désorienté. J'ai la tête qui tourne et je me sens étrangement nauséeux. J'ai chaud et j'ai l'impression de suer à grosses gouttes alors qu'il fait pourtant froid dehors. Je regarde mes mains et j'ai cette horrible sensation de démangeaison. Je grince des dents, agacé, et me remets en route alors que par habitude – une habitude que je pensais perdue – je me gratte l'intérieur des poignets avec beaucoup trop de force.
Quand j'arrive au point de rendez-vous, Sabo est déjà là. Assis sur un banc, un bonnet sur la tête et les joues rouges. Je le contemple quelques instants avant de regarder mes mains et mes poignets. Ils sont rouges et quelques écorchures apparaissent déjà.
Ça me dégoute.
Je mets mes mains dans mes poches et pars m'assoir à côté de lui. Sabo ne bouge pas et ne fais aucun geste vers moi. Le regard fixé droit devant lui, il a l'air perdu, ailleurs.
-Salut.
-J'ai lu ta lettre.
Je sens des trémolos dans sa voix et je suis tenté de me lever et de partir en toute hâte avant de me reprendre. Je fais pitié. Je pensais vraiment à m'enfuir à l'instant ?!
-D'accord.
C'est horrible, je ne sais pas quoi dire. J'ai même peur de respirer, me disant que ce serait beaucoup trop bruyant. Merde, pourquoi j'ai fait ça, déjà ? Quel besoin j'avais de lui dire que je suis à moitié fou, ça se passait bien entre nous… Je viens peut-être de tout briser... J'essaie de me reprendre. Sabo a l'air encore plus perturbé que moi et ce n'est pas en angoissant que je vais réussir à le calmer. En lui passant cette fichue lettre, je lui ai demandé de ne pas paniquer et il m'a dit que ma réaction ne l'aidait pas en cela. Alors c'est simple, je dois lui montrer que tout va bien. C'est à moi de le rassurer. Il ne sait pas ce qui se passe ni comment réagir, je dois le guider.
Je prends une grande inspiration et essaie de rassembler mes idées.
-Je suppose que tu as compris.
-Pourquoi tu ne m'as rien dit ?
Ses yeux brillent d'une intensité nouvelle et doucement, il prend ma main gauche dans la sienne. Je baisse les yeux sur nos mains jointes et il fait de même, remarquant alors l'état déplorable de ma main.
-Quand est-ce que tu t'aies fait ça ? demande-t-il, surpris et inquiet.
Je devine alors qu'il a lu avec beaucoup d'intérêt et sûrement à de nombreuse reprises toutes ces informations sur les Tocs. Habituellement, personne ne fait trop attention à l'état des mains des gens. Quelques fois elles sont belles, certaines fois elles sont douces et puis d'autres sont sèches ou abimées. Rien d'anormal. Mais les mains sont très importantes pour les personnes atteintes de trouble obsessionnel compulsif. On peut deviner l'état d'une personne ayant des tocs en regardant ses mains. Et malheureusement, mes mains traduisent mon état déplorable.
-Ce matin, j'étais trop angoissé, je confie.
Je décide d'être honnête avec lui.
-A cause de moi ? demande-t-il, inquiet.
-Non. A cause de mes tocs, Sabo.
Il acquiesce mais n'a pas l'air très sûr de lui.
-Ne change pas ta façon de me voir, Sabo… Je t'en prie...
C'est comme si je craquais, trop effrayé par la suite des évènements et par ce trop-plein d'émotion. Je pensais pouvoir lui parler sans honte, sans crainte de mes troubles obsessionnels compulsifs, d'avoir vraiment réussi à barrer ce point de ma liste… Je me suis trompé. Comme quoi, c'est bien plus dur de s'en sortir que je le pensais.
-Jamais, Ace. Je t'aime et ça, ça ne changera jamais. Je suis désolé de ne rien avoir remarqué, de m'être peut-être mal conduit cert-
-Non, tu es parfait. Tu l'as toujours été.
Il me sourit et j'essaie de lui rendre la pareille mais c'est difficile. J'ai envie de pleurer et ça m'énerve. Sabo me prend dans ses bras et je m'y blottis volontiers. On reste comme ça pendant de longues minutes.
Je crois qu'en quelque sorte, j'ai tout de même réussi. Mais je ne sais pas encore si je peux être fier de moi.
xXx
Je rentre et laisse la porte ouverte pour Sabo. Après la discussionqu'on a eue, on n'avait pas envie de se séparer tout de suite. On est resté longtemps assis sur ce banc dans ce parc vide, à ne rien dire, à ne rien faire. C'est étrange. J'ai beau m'être confié à Sabo, en avoir parlé avec lui, je ne me sens pas forcément mieux. A vrai dire, je me sens même un peu mal. J'ai l'impression que Sabo ne se conduit plus tout à fait comme avant avec moi. Mais je dois sûrement être parano car ça ne fait pas bien longtemps que j'ai lâché ma bombe. Dire qu'il a changé complètement d'attitude est juste une expression de mon angoisse.
De l'angoisse qu'il change.
-Avec Luffy, on avait prévu d'aller faire de l'escalade aujourd'hui. Tu veux venir ? je lui propose.
- Bien sûr, je n'en ai jamais fait. Vous ne vous moquerez pas trop de moi, n'est-ce pas ?
-Mais non. De toute façon, je serais certainement aussi mauvais que toi.
Il me sourit et passe son bras gauche autour de ma taille.
-Vous avez prévu d'y aller à quelle heure ?
J'hausse les épaules.
-Dès qu'on est prêt. C'est juste que Luffy est un gros dormeur.
-On va le réveiller ?
J'acquiesce, joueur, et on monte les escaliers en s'esclaffant. Mon père nous salue depuis le salon et Sabo lui répond de loin. Il nous faut au moins dix bonnes minutes pour réveiller Luffy : c'est que quand il dort, il dort ! Mais à présent, il est réveillé et plein d'énergie. Un peu trop pour nous sans doute. Sabo et moi avons du mal à le suivre : il est tellement pressé de partir qu'il s'empiffre à table en espérant ingurgiter plus vite son petit-déjeuner.
Ça m'amuse assez de le voir comme ça. A son âge, Luffy a encore la possibilité de voir les bons côtés de la vie, de ne pas se prendre la tête pour des trucs futiles. Parfois, quand on grandit, on a l'impression que tout devient compliqué mais est-ce vraiment le cas ? J'ai de la peine à terminer mon jus d'orange et c'est finalement Luffy qui s'en charge. Quelques instants plus tard, quand nous sommes prêts, nous quittons enfin la maison. Roger s'est proposé pour nous emmener mais j'ai décliné l'offre, ça aurait pour sûr été plus arrangeant mais je ne voulais pas qu'il nous pose des questions à Sabo et à moi. Je ne me serais pas senti à l'aise et il l'aurait certainement remarqué. Sabo aussi d' quoi ajouter de l'embarras à la situation. J'espère que cette sortie avec Luffy me permettra de communiquer avec mon copain sans avoir constamment en tête le fait qu'il sait pour mes tocs et qu'il analyse peut-être chacun de mes gestes.
Je suis trop anxieux et je le suis encore quand le moniteur d'escalade termine son explication. Il nous équipe avec le matériel propre à l'escalade : mousquetons, cordes, etc. Sabo s'amuse d'ailleurs beaucoup de l'allure qu'on a. Dans ce club, on peut pratiquer l'escalade avec ou sans matériel et on a décidé de commencer avec. On a des casques et tout le matériel de protection adéquat. Tout à l'heure, quand on sera plus à l'aise, on essaiera sans mais on restera sur des parois pas très grandes. Pas envie de se faire mal inutilement.
-Je veux commencer par le plus grand ! indique Luffy.
-Je crois qu'il serait plus judicieux de procéder dans l'ordre, grimace Sabo. On a tout notre temps, Luffy, faisons comme ça, d'accord ? Ça n'en sera que plus amusant !
Luffy acquiesce mais je ne sais pas si c'est simplement pour faire plaisir à Sabo ou parce qu'il est d'accord avec lui.
On se dirige alors vers le mur qui a l'air le plus abordable pour nous et surtout par rapport à notre niveau de débutant. Je le fixe longuement avant de m'avancer, plus ou moins confiant.
-J'irai juste après toi, me glisse Sabo à l'oreille.
-Cool, tu amortiras ma chute si je tombe comme ça.
Sabo sourit et fait mine de me pincer les joues.
-N'importe quoi, tu sais bien qu'il y a des tapis pour ça. Et puis, si je veux aller après toi, ce n'est pas pour ça...
Il garde le silence et sourit. Je me mords les lèvres quand je comprends ce qu'il insinue.
- Fais-toi plaisir, je t'en prie.
Et sur ces mots, je commence à grimper.
Entre nous, ce n'est pas trop dur, du moins si on n'a pas le vertige. Je garde tout de même en tête le fait que c'est le niveau le plus facile. Mais peu importe, je fanfaronne pendant que je le peux encore. Luffy s'amuse comme un fou, et Sabo et moi également.
-On fait la course ?!
Luffy trépigne d'impatience en montrant le niveau abordable où pas mal de personne s'y essaient. On a décidé d'enlever nos équipements il y a tout juste cinq minutes pour ne garder que celui propre à la protection.
-OK ! Un gage pour le perdant ? je demande.
-C'est ça, oui. Je crains le pire si tu gagnes. Je préfère une récompense pour le gagnant, décide Sabo.
-Si tu te sens plus rassuré par ce marché, je le taquine.
-Je suis d'accord et je veux un nouveau vélo si je gagne!
-Eh bah, on va faire en sorte que tu ne gagnes pas, dis-je pour le taquiner.
On débat encore un peu sur ce que chacun veut et quand on a enfin tout mis au clair, on se tient sur le point de départ.
Je ne suis pas encore sûr de gagner mais je suis certain que Luffy terminera bon dernier, le pauvre. C'est vrai qu'il est plein d'énergie et assez casse-cou mais il a 14 ans et le corps qui va avec! Sabo et moi sommes plus grands et forts que lui. On a cependant théoriquement le même niveau comme aucun d'entre nous n'avait fait d'escalade avant qu'on vienne ici. Mais je ne m'en fais pas pour lui, il pourra toujours demander à Roger : je suis sûr qu'il sera très content de gâter Luffy.
Le top départ est donné et je prends une grande inspiration avant de saisir avec précaution les premières prises qui sont à ma portée.
-Tu es trop lent, Ace, me dit Sabo qui me devance.
-Rien ne sert de courir, il faut partir à point.
J'ai beau dire ça, j'accélère quand même l'allure. J'ignore les cris d'hystérie de Luffy qui dans d'autres circonstances m'auraient fait honte comme il essaie de se motiver pour aller encore plus vite. Drôle de manière de se booster... Je me concentre pour avancer intelligemment mais tout concentré que je suis, je ne fais pas attention à ce qui m'entoure et saisis la même prise qu'une autre personne : surpris, je perds l'équilibre et alors que j'essaie de me stabiliser, je fais un faux mouvement. Mon pied dérape. Je glisse et la chute est inévitable.
J'étais assez haut et je me fais mal mais rien de dramatique : les tapis ont bien fait leur travail. Bien entendu, catastrophés, Luffy et Sabo se précipitent vers moi avec plus ou moins de réussite. Un des moniteurs arrive et je me dis que je ne peux pas avoir plus honte qu'à cet instant.
-Ace, mon Dieu, ça va ?!
-Oui, ça va ! je bougonne en repoussant le bras de Sabo.
Surpris par mon geste, il me fixe, interloqué.
-Je m'inquiète juste pour toi, pas la peine de me parler comme ça...
-C'est ça, oui. Tu te disais surtout que j'allais faire une crise et qu-
Je m'arrête subitement de parler car le moniteur s'agenouille à côté de moi. Sabo me lance un regard triste et se relève.
On n'échange plus un mot de la journée.
Mardi 30 Janvier 2018
Je repère Sabo qui sort de cours et je vois qu'il hésite à m'ignorer mais consent finalement à venir me voir. Je présume que je dois me sentir chanceux.
-Ça va ?
-Oui, répond-il.
-Pendant un moment, j'ai cru que tu allais m'ignorer.
-Je ne ferai jamais ça. Même si j'aurais eu raison de le faire.
Je soupire et essaye de garder mon calme.
-Ce n'est pas facile pour moi, Sabo, je lâche, les dents serrées.
-Je sais.
Il ferme les yeux et soupire.
-Non, je ne sais pas enfait. Et j'aimerais savoir, Ace, mais tu ne me dis rien. Quand j'ai lu cette lettre, j'étais à la fois dévasté et heureux. Dévasté par ce que tu vis chaque jour mais heureux que tu te confies à moi. Malheureusement, je me suis rendu compte dimanche que tu ne l'avais pas fait de gaité de cœur et que tu allais souvent me le reprocher.
-Tu te trompes.
Je soupire et l'attire contre moi. J'ignore les regards sur nous et me concentre uniquement sur Sabo.
-C'est juste que j'ai peur... J'ai cette angoisse que ton regard sur moi change et que tu me prennes pour un fou...
-C'est ridicule.
-Je sais mais c'est comme ça que je suis. J'ai beau savoir que cette pensée est ridicule, je n'arrive pas pour autant à me l'enlever de la tête. Voilà ce que sont mes tocs. Et ce n'est pas tout, Sabo. Tu vas forcément changer quand tu réaliseras l'ampleur du truc malgré toi et ce sera normal. Promets-moi juste que tu ne m'abandonneras pas et que tu ne me jugeras pas... J'ai besoin de l'entendre.
-Je ne te jugerai pas et je ne t'abandonnerai pas, Ace. Et je le répèterai autant de fois que nécessaire, m'assure-t-il.
Je soupire et m'éloigne de lui.
-Mon prochain cours va bientôt commencer, me dit-il.
-Ouais, vas-y, je devrais déjà être en sciences.
-On s'appelle ce soir pour en discuter plus longuement et vraiment cette fois ? propose-t-il.
J'acquiesce et nous nous séparons après un dernier sourire vacillant. J'en aurais des choses à dire à César demain…Je ne me sens pas vraiment de suivre un cours après la discussion qu'on vient d'avoir mais hélas, je n'ai pas vraiment le choix. Après un ultime soupir, je me presse vers ma salle de cours. J'arrive tout juste à temps et pour ne pas me faire remarquer et perturber le début du cours, je m'assois à ma place et essaye de prendre le train en route.
Comme je le craignais, je m'ennuie plus que de raison et quand je pense que l'après-midi débute tout juste, je réfléchis sérieusement à m'enfuir à la cafétéria pour y faire un petit somme. Pourtant, je continue de prendre des notes en masquant à peine mon désintérêt. J'ai failli me faire renvoyer définitivement il y a encore quelques semaines et ma prof de sciences ne faisait pas vraiment partie de mes soutiens.
Je fixe l'horloge et fais une moue boudeuse : le temps passe décidément trop lentement. Je dodeline de la tête et finis par croiser le regard de Rob Lucci. Je reste comme ça quelques secondes, le regard accroché à ses yeux, à me demander ce à quoi ce sadique peut bien penser. Je n'ai toujours pas d'explication quant à ses diverses actions. Pourquoi a-t-il soudain quitté Margaret ? Pourquoi avoir pris d'aussi gros risques à la fête du nouvel an en attaquant X-Drake de cette manière ? Que cherche-t-il exactement à faire à Dawn ?
Rob Lucci esquisse un sourire torve et je serre les poings. Plus tard, quand la sonnerie retentit enfin, je vis ça comme une délivrance et m'engouffre à l'extérieur.
xXx
-Brook a validé notre inscription aux régionales et a validé cinq membres, ce qui veut dire que peu importe si des personnes nous rejoignent plus tard, nous devrons obligatoirement concourir à cinq pour ce concours, soupire Margaret alors qu'on se dirige vers notre salle.
-Pourquoi ne pas avoir attendu encore un peu ?s'interroge Shirahoshi.
-Parce qu'il est lucide, personne ne nous rejoindra, affirme Dellinger, un sourire insolent aux lèvres.
-Ne parle pas trop vite, il nous reste encore nos portes ouvertes du vendredi, positive Perona.
-Pas faux, dis-je. Et puis même si c'est trop tard pour les régionales, il est encore temps pour les nationales.
-Si on y va, grimace Margaret.
-Et on ira.
Shirahoshi sourit. Elle a l'air confiante et tout comme elle, je refuse de croire que cette année ne soit pas la bonne.
La conversation continue lorsque l'on pénètre dans la salle du Glee Club avant de s'arrêter subitement. Agglutinés à l'entrée, on observe, complètement perdus, des mecs plutôt costauds se mettre à l'aise dans notre salle. Ils ne font pas attention à nous et discutent bruyamment tout en se marrant. Une bande de pote bien trop à l'aise à mon goût alors qu'ils sont loin d'être « chez eux ».
-Vous savez que les portes du Glee Club ne sont ouvertes que le vendredi ? lance Dellinger en observant avec dédain ses ongles.
-Dellinger ! rouspète Shirahoshi qui préfère que nous restions courtois, au cas où.
Le groupe se retourne et se met à nous détailler un peu bêtement avant que l'un d'eux ne s'approche de nous.
-Désolé, y avait personne et c'était pas fermé.
-Pourquoi vous êtes là ? je demande.
-Eh bien, parce que le Conseil des élèves nous a demandé de venir voir si cette alternative nous convenait.
-On dit oui à 2000%! crie un brun plutôt petit.
-C'est pas forcément près de notre local actuel et du terrain mais c'est grand.
Il pousse un soupir satisfait.
-C'est assez grand pour accueillir tout notre matériel et c'est également un endroit sympa pour se poser après l'entrainement ou avant pour discuter des stratégies d'avant match.
-De quoi tu parles !? s'agace Perona.
-Du fait que le Conseil des élèves va bientôt nous attribuer votre salle, explique-t-il.
-Pardon !? on crie en cœur.
Le brun qui nous fait face fronce les sourcils et regarde ses amis qui se sont malheureusement désintéressés de notre conversation.
-Il y a plusieurs semaines, on a demandé de nouveaux locaux pour des raisons d'espace insuffisant au conseil des élèves et la salle du Glee Club est ce qu'il nous propose.
-Impossible, dis-je alors que Shira laisse échapper une exclamation, choquée.
-Ça, c'est vous qui le dites, se contente-t-il de répondre. Allez, les gars, on y va, on a entrainement, je vous rappelle.
Le groupe sort en étant toujours aussi bruyant alors que nous sommes muets tant la nouvelle a du mal à passer.
-C'est une blague ? C'est pas possible !? je crie en me retenant avec difficulté de frapper quelque chose ou quelqu'un.
-Tu radotes.
J'observe Dellinger qui aborde un visage impassible. Il est clair qu'il ne mesure pas vraiment les enjeux. De toute façon, Dellinger ne sait jamais quand s'inquiéter ni se scandaliser.
-Je suis sûr que c'est encore un coup de cet enfoiré de Rob Lucci !
-Comment ça ? me demande Shira.
-Je ne vois pas ce que Rob Lucci pourrait avoir à faire là-dedans, soupire Margaret.
-C'est le vice-président du Conseil des élèves, je suis sûr que c'est lui qui a donné son accord pour qu'on nous pique notre salle! dis-je, énervé.
-Peut-être mais je trouve que tu t'attaques à lui un peu trop facilement, Ace, commence Perona. Sabo est le président. S'il l'avait voulu, il aurait très bien pu nous en parler.
Je n'ajoute rien de plus, conscient qu'elle a plus que raison. Je serre les poings, énervé contre Sabo et son mutisme. Ma colère contre lui est presque aussi puissante que celle que je ressens pour Rob Lucci à cet instant.
Alors c'est pour ça qu'il a quitté Margaret ? Pour s'en prendre plus facilement au Glee Club ?
Le coup qu'il nous porte fait vraiment mal…
Encore un chapitre de bouclé. C'est étrange de me replonger dans ces anciens chapitres sachant que je suis rendu plus loin dans l'écriture de cette histoire… ^^
A dans dix jours.
