Bonjour,

Titre : Once Upon A Time - tome 2...

Auteur : Typone Lady

Disclaimer : L'univers de One Piece ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas : ils sont à Eiichiro Oda. Je les emprunte le temps d'une histoire.

Rated: M

Genre : Romance, Hurt/Comfort, Song-fic

Résumé : « Raconte-moi une histoire…une merveilleuse histoire comme on en voit si souvent dans les contes de fées. Laisse-moi imaginer encore un peu que nous aussi, nous avons le droit d'être heureux. » Peu importe à quel point ils le désirent, il y a des choses sur lesquelles ils n'ont aucun contrôle. Impuissant, ils observent les ruines de cette vie sans voir cette lueur d'espoir tapis dans l'obscurité.

Bêta correctrice : pommedapi

Note : Merci à ma bêta pommedapi pour ses précieux conseils et aussi pour avoir corrigé ce chapitre ;).

Merci à Bastocharde pour sa review. ;)

Bonne lecture à tous !


Once Upon a Time n'est pas une fiction à l'eau de rose.

C'est juste une histoire.

Leur histoire.

Parce que la vie n'est pas un conte de fées...

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Chapitre 20

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« Un amour sincère ne se termine jamais. Il connaît des virgules, mais jamais de points. »

Inconnu

Shanks


Vendredi 02 Février 2018

Je monte dans le train, cale ma petite valise dans l'espace prévu à cet effet en haut de mon siège et garde mon sac à dos par terre juste devant mes pieds. Mes vacances sont terminées et c'est avec un petit pincement au cœur que je quitte cette magnifique région de South Blue. Je me suis vraiment amusé ici. J'ai découvert énormément de choses intéressantes et je me suis retrouvé en quelque sorte. Loin de mes tracas, de mes questionnements et de mon ennui, j'ai pu vivre réellement pendant plus d'un mois. Je me sens mieux à présent et franchement, j'ai hésité longtemps avant de me décider à acheter mon billet de retour.

Briss est véritablement magnifique. Il y fait bon sans y faire une chaleur extrême, il y a de belles plages et une végétation extraordinaire. La population n'y est pas forcément excessive mais très sympathique et offre de nombreuses occupations. Là-bas, je me suis pris d'intérêt pour l'astronomie, la ville possédant un merveilleux observatoire. J'ai pu sympathiser à mes heures perdues avec une bande de saisonniers qui m'a rappelé les années passées où je voguais de petits boulots en petits boulots pendant mes études de droit. J'ai même eu un début d'aventure avec une des filles du groupe. Elle était attirée par moi et j'étais flatté. Elle ne me laissait pas non plus indifférent alors on s'est rapproché. Le jeu de séduction n'a pas duré longtemps : on a commencé à se conduire comme un couple au bout de quelques jours seulement même si nous n'en étions pas vraiment un.

J'ai entamé cette relation avec tranquillité et complaisance. Pas une seule fois je ne me suis inquiété de mon « problème ». Je savais que nous n'irions jamais jusque-là. Il y avait ce garçon dans le groupe qui se conduisait un peu comme son frère et qui passait son temps à la surveiller et à prendre soin d'elle. J'ai vite compris qu'il était amoureux d'elle et que s'il acceptait de lui laisser un peu plus d'espace, la jeune femme pourrait lui laisser une chance. Ce qu'il y avait entre nous était un simple amusement mais avec lui, les chances qu'ils construisent quelque chose étaient réelles, j'en étais certain.

A Briss, j'avais l'impression de n'avoir aucun souci, de vivre au jour le jour. C'est peut-être pour ça qu'un beau matin, je me suis réveillé en érection. Parce que j'avais enlevé les barrières qui m'empêchaient d'avancer. Ça s'est reproduit quelques fois par la suite et n'y tenant plus, je me suis masturbé pour voir si la machine marchait de nouveau correctement.

Et je dois dire que même si je n'ai pas tenu bien longtemps, ça a semblé fonctionné. C'est déjà bien.

-Bon retour à la maison, dis-je dans un soupir de bien-être.

Je triture les clés dans ma poche et me demande s'il y aura quelqu'un au loft. Je n'ai pas allumé mon portable une seule fois pendant mes vacances. J'espère qu'il ne s'est rien passé de très important. Je vais à coup sûr me faire engueuler par Cavendish mais j'aime l'entendre crier après moi. Bizarrement, je trouve ça rassurant.

Le train se met en marche et une femme s'arrête juste à côté de moi. Je devine alors que c'est à côté d'elle que je vais voyager. Elle n'a pas l'air très sociable et je ne pense pas que je vais pouvoir passer le voyage à parler avec elle de sujets futiles. Tant pis. J'ai amené de quoi m'occuper : de bons vieux mots croisés. J'ai la flemme de ressortir tout de suite mon portable. D'ailleurs pour ce qu'il m'a servi, j'aurais très bien pu le laisser au loft après tout.

-Besoin d'aide ? je demande à la jeune femme quand je la vois se débattre avec son énorme valise.

-Je veux bien, merci.

De mon bras valide, je pousse avec ma main sa valise et finit de complètement la caler en haut. Heureusement qu'elle la tenait toujours d'ailleurs, je n'oublie pas que mon bras gauche est inexploitable et qu'avec une seule main, j'aurais été bien en peine de faire quoi que ce soit. J'aurais eu l'air d'un imbécile si je n'avais pas réussi en plus.

La jeune femme me sourit et prend enfin place sur son siège. Je fais de même en me disant que puisqu'il est encore tôt et que je suis fatigué – la nuit a été courte mais très amusante – je peux faire un somme. J'ai plusieurs heures de train à faire alors ce ne sera pas une perte de temps que de roupiller un peu.

Je m'endors assez vite. Je me sens bien, bercé par le mouvement continu et parfois un peu brutal du train. J'écoute les bruits de conversation et des rails qui agissent comme des berceuses sur mon cerveau. Je me réveille à plusieurs reprises mais me rendors aussitôt. Je sors toutefois complètement des bras de Morphée au bout de deux heures et vérifie immédiatement que je n'ai pas bavé. Heureusement pour moi, non. De toute façon, ma voisine n'aurait rien remarqué, elle est captivée par un magazine people. Je baille discrètement et gigote sur mon siège pour réveiller mes muscles endoloris. Je commence à avoir faim, sors de mon sac à dos un encas en bousculant un peu ma voisine dans la manœuvre et m'excuse.

J'aperçois alors plus distinctement le magazine qu'elle lit. Je le lui arrache des mains et elle pousse un cri horrifié.

-C'est quoi ce truc !?

Je vois la couverture, le titre immonde et les photos de Cavendish. Je parcours rapidement le magazine pour savoir de quoi il retourne.

-Non mais ça va pas !? s'indigne la jeune femme.

-Oh, ça va, j'en ai pas pour longtemps, je lui réponds sèchement.

Je lis l'article en question sans oser y croire. Ce n'est pas possible. Je n'y comprends rien du tout. Ma voisine continue de se plaindre et je lui rends son fichu torchon, énervé.

-Vous ne devriez pas lire cette merde.

Elle me lance un regard me signifiant qu'elle se fiche bien de ce que je pense. Elle a sans doute raison mais elle devrait en penser autant de ce qu'elle lit.

xXx

Je pousse la porte de chez moi et plaque aussitôt un sourire sur mes lèvres. Je laisse ma valise à l'entrée et avance jusqu'au séjour quand je vois que la cuisine est vide. Comme je m'y attendais. Malheureusement, il n'y a personne et je n'ai pas besoin d'aller à l'étage pour m'en assurer. On est en plein milieu de l'après-midi : Sabo est certainement en cours et Cavendish… Je suppose qu'il travaille.

Je m'en veux de ne pas les avoir contactés plus tôt, de ne pas avoir une seule fois pris de leurs nouvelles. Si j'avais su que mon ami vivait ça, j'aurais écourté mes vacances et je serais rentré plus tôt pour pouvoir le soutenir... Cavendish ne m'a rien dit de ce qu'il a vécu dans son enfance, de ses attouchements qu'il aurait subis. Mais est-ce seulement vrai? Je préfère avoir confirmation auprès de Cavendish avant de me mettre à croire à tout ça. Mais dans tous les cas, ce journal ne s'en sortira pas comme ça, ni cette fameuse source anonyme.

J'allume mon ordinateur portable et pendant une heure ou deux, je réponds à mes messages et à mes mails. Certains trouvent ça barbant mais moi, ça me plait assez et puis ça me permet de vraiment me rendre compte que je ne suis plus en vacances et que je reprends le cours normal de ma vie. Pas de problème, j'aime ma vie, elle ne se résume pas à métro, boulot, dodo. J'ai eu une période de déprime pendant quelques jours mais maintenant, ça va mieux, j'aborde la vie plus sereinement.

Une fois fait, j'appelle Roger. Je dois le prévenir de mon retour et puis il faut aussi que je lui rappelle que je peux enfin reprendre le travail !

-Shanks !

-Bonjour, patron.

-Tu es enfin de retour, je suis content. Ça fait plaisir de t'entendre de nouveau.

-Merci, vous avez l'air dans de bonnes dispositions pour que je demande une augmentation.

-Je vais même faire mieux que ça !

-Quoi donc ? Me laisser diner avec votre femme ? dis-je pour rigoler.

Je ne pense pas supporter Hancock autant de temps et Roger le sait bien, c'est pour ça qu'il éclate de rire.

-Je vais demander à Rayleigh de s'occuper de toutes les démarches administratives et matérielles pour que tu puisses au plus vite réintégrer ton bureau. Si tu éprouves la moindre difficulté, n'hésite pas à m'en faire part.

-C'est cool, je vous appelais justement pour ça, dis-je en me laissant tomber sur le canapé.

-Je lis dans tes pensées alors. J'aimerais pouvoir faire ça avec Ace…

-Qu'est-ce qui se passe ? je demande sérieusement, ne sachant pas si c'est grave ou non.

-Je n'en sais rien justement. Des problèmes de son âge, je suppose...

-Vous allez vieillir plus vite que prévu si vous continuez de dire ce genre de choses.

-Tu as certainement raison.

Je souris et m'apprête à dire quelque chose d'autre quand j'entends du bruit de l'autre côté de la ligne. J'entends ensuite Roger parler avec quelqu'un. Je me concentre et finis par comprendre qu'il s'adresse à Mihawk.

-Roger, je suis désolé, j'arrive tout juste et j'ai pas mal de choses à faire. Je vous rappellerai plus tard pour continuer cette discussion.

Je raccroche sans lui laisser le temps de répondre. J'essaie ensuite de me convaincre que je ne viens pas de raccrocher au nez de mon employeur.

Je souffle un bon coup et pour faire plaisir à mes colocataires, me mets aux fourneaux. Ça risque d'être compliqué alors mieux vaut s'y mettre tout de suite.

J'entends des clés tourner dans le verrou au moment où je me demande si mes paupiettes de veau sont bien cuites ou si pour plus de sûreté, je devrais les laisser quelques minutes de plus. Au moins pour les pâtes, ça a été vite réglé, c'est pratiquement inratable ces trucs-là ! J'arrête donc ce que je fais et me lave les mains pour aller dans l'entrée et accueillir mon colocataire – qui que ce soit – à moins qu'ils soient tous les deux là.

-Salut !

Je fais une petite glissade pour donner un peu plus de dynamisme à mon retour - les mauvaises langues diront que j'ai juste failli tomber et que j'essaie de le cacher, ces gens-là ne cherchent pas à comprendre le sens artistique de la démarche. Je me stabilise ensuite et sourit à Sabo qui me regarde, surpris. Il a les yeux humides et les joues rouges. Il tient son sac de cours du bout des doigts et son sac de sport semble peser lourd sur ses épaules.

-Hum, dis-je, hésitant. Tu vas bien ?

-Oui, je…

Il tourne la tête dans tous les sens et je me demande bien ce qu'il cherche. Il finit d'ailleurs par laisser tomber son sac de cours par terre et s'approche de moi.

-Tu es vraiment là ? souffle-t-il comme s'il avait peur qu'en parlant trop fort je m'envole, que je disparaisse loin et qu'il se rende alors compte que je ne suis pas vraiment là.

-Bien sûr ! Quoi, j'ai tant changé que ça? je rigole.

Il sourit alors, apaisé.

-Non. Enfin si, un peu, dit-il. Je suis content de te revoir.

-Moi aussi. J'aimerais juste te voir enlever la tristesse que tu peines à cacher de ton visage.

Il soupire. Il sait qu'il ne peut pas nier.

-Désolé, je suis vraiment content de te revoir et j'aimerais être plus enthousiaste mais j'ai eu une journée un peu dure.

Il hausse les épaules l'air de dire « on n'y peut rien ».

-Tu veux me raconter ça ?

Il hésite et je me dis qu'il n'ose peut-être pas me dire non.

-C'est comme tu veux, tu sais. Je vais éteindre mon four et je serais devant la télé si tu veux parler. Et si tu ne veux pas, c'est pas grave. Je suis parti un mois et j'en ai vu des choses, j'en ai assez à raconter pour te faire oublier durant quelques heures que ça ne va pas fort!

Il me sourit, reconnaissant, et je le laisse monter dans sa chambre alors que je retourne en cuisine pour m'occuper du repas du soir. J'éteins le four et le laisse entrouvert pour que les paupiettes de veau ne continuent pas de cuire trop longtemps avec la chaleur et deviennent sèches. J'en ai appris des choses dernièrement en cuisine! Cavendish serait certainement fier de moi. J'ai même fait quelques brocolis à la vapeur pour lui. Mais j'avoue que comme je n'aime pas vraiment ça, il se peut qu'ils ne soient pas très bons.

Je vérifie que je n'ai rien oublié et sors. Je monte rapidement dans ma chambre pour prendre la valise où j'ai au préalable rangé tous les cadeaux pour mes amis.

Sabo me rejoint un quart d'heure plus tard en pyjama et je devine à ses cheveux qui gouttent sur les pointes qu'il vient de prendre une douche.

-On va peut-être manger d'abord. Je ne voudrais pas que mon succulent repas – même s'il est simpliste, je te l'accorde – refroidisse.

-D'accord. Je suis content que tu sois revenu pile aujourd'hui et surtout avant moi, je n'étais pas vraiment motivé pour cuisiner...

-Attention, je vais finir par croire que tu es juste intéressé !

-Bien sûr que non, ton retour amènera encore plus de joie au loft!

-Hum, j'ai cru comprendre que ça n'allait pas trop fort pour toi et surtout pour Cavendish.

-Tu es au courant ? J'ai essayé de t'appeler mais ton portable était éteint.

-Je ne l'ai rallumé que tout à l'heure mais j'ai vu un article dans un de ces torchons dans le train. De toute façon, je ne sais pas vraiment si je peux croire à cette folle histoire.

Sabo s'arrête devant le lavabo et pendant quelques secondes, ses mains se serrent sur les rebords.

-Cavendish m'a dit que tout était vrai, fait-il, la voix peu assurée. Apparemment, son invitation au mariage n'avait rien de sincère, c'est sa cousine la source de… tout ça.

Je me contente de hausser les épaules, pas encore très au clair par rapport à mes sentiments. Je suis trop énervé pour parler calmement de ce drame et mon esprit est trop embrouillé pour comprendre tout ce que cela implique justement.

-Cavendish rentre bientôt ?

-Je ne sais pas, il rentre assez tard ces derniers temps...

J'esquisse un sourire et serre une grosse portion de pâtes à Sabo. On va certainement manger tous les deux ce soir.

Tant pis, j'essaie quand même de rendre ce diner agréable. Sabo me confie entre deux bouchées de pâtes qu'il s'est disputé avec Ace la veille pour un truc stupide. Une histoire de conseil des élèves et de Glee Club que j'ai du mal à comprendre et aussi une affaire d'entrainement laborieux qui rentre dans l'équation et qui finit par me laisser coi. Je ne peux qu'assurer à Sabo que ça va bien finir par s'arranger en espérant que ce soit véritablement le cas. A son âge, on a souvent des problèmes qu'on pense insurmontables mais ça fait partie des difficultés de la vie, de l'apprentissage pour passer à l'âge adulte.

Je lui arrache un sourire quand je lui sors les cadeaux que j'ai trouvés pour lui à Briss. Le slip de bain à l'aspect bien exotique le fait complètement s'esclaffer. Heureusement, les deux autres présents sont plus utiles et beaux. A la fin, Sabo me fait un compliment sur ma cuisine et je bombe le torse, extrêmement fier.

-Il aurait juste manqué du bon vin pour accompagner ça, dis-je en soupirant de bonheur.

-Je ne bois pas, me rappelle mon jeune colocataire.

-Tu n'as pas besoin de mentir, tu sais, c'est pas moi qui irais te balancer.

Sabo secoue la tête, amusé. Le repas est terminé depuis longtemps mais on reste à table. J'entame alors le récit de mes vacances en exagérant ici et là certaines anecdotes, rien de bien méchant !

-Tu devrais aller te coucher, t'as l'air fatigué, dis-je quand je constate qu'il baille bien trop souvent.

-Oui, tu as raison. Je voulais veiller jusqu'à ce que Cavendish arrive mais…

-Pourquoi ? je l'interroge, surpris par sa démarche.

-C'est que…, commence-t-il, hésitant. Il a du mal à dormir la nuit et parfois, je l'accompagne dans ses insomnies, histoire qu'il ne broie pas trop du noir...

-Oh. Tu ne devrais peut-être pas faire ça. Cette année, tu as le bac et veiller tard va finir par te fatiguer plus que de raison. Je vais m'occuper de notre mannequin, ne t'inquiète pas.

-Merci. Bonne nuit.

Il me salue et monte se coucher. Après avoir mis la vaisselle sale dans le lave-vaisselle, je monte et me prépare également à aller me coucher. Arrivé dans ma chambre, je laisse la porte ouverte pour pouvoir entendre Cavendish quand celui-ci rentrera tout à l'heure. Je m'endors assez vite, fatigué de ma journée.

Samedi 03 Février 2018

C'est le bruit de la douche qui me réveille. Je baille et m'étire pendant si longtemps que le blond finit de se doucher avant que je n'ai trouvé le courage de me lever. J'avise l'heure et soupire de fatigue en voyant qu'il est déjà 03h du matin. Pourquoi diable rentre-t-il si tard? Enfin, tôt, on va dire. Je papillonne des yeux pendant quelques secondes et finis enfin par me lever.

-Pourquoi tu rentres que maintenant ? je l'interroge, la voix encore sommeillée.

Cavendish sursaute en me voyant brusquement apparaitre devant lui. Il me fixe, complètement choqué et incrédule dans son superbe – et mignon – pyjama bleu nuit constellé d'étoiles. Il est toujours aussi beau malgré sa mine triste et les quelques discrets cernes qu'il a au coin des yeux.

-Je pourrais te retourner la question, boude-t-il.

Je lui souris, reconnaissant bien là le caractère enfantin de mon colocataire.

-Je n'ai pas vu le temps passer et toi ?

-J'étais trop occupé à semer les paparazzis que me suivaient, soupire-t-il.

Il passe à côté de moi, voulant regagner sa chambre, mais je l'arrête.

-Je n'aime pas te voir comme ça, Cavendish. Tu es mon ami et je ne laisserai jamais quelqu'un ou quoi que ce soit te faire du mal. Tu m'entends ?

-Lâche-moi. Je suis fatigué.

J'ignore sa remarque et passe mon bras devant son torse pour entourer ses épaules. Mon menton repose sur son épaule gauche et ma joue caresse la sienne. Et je sais alors qu'il n'est vraiment pas bien parce qu'en temps normal, il m'aurait viré à coups de pieds aux fesses pour avoir envahi son espace vital.

-Tu n'es pas seul et tu peux avoir confiance en moi. Je suis ton colocataire. Je suis ton ami.

Je le sens trembler contre moi et il se saisit alors brusquement de ma main comme pour s'assurer de ne pas flancher.

-Merci, souffle-t-il, ému. Je suis content que tu sois rentré.

-Je suis content aussi.

Et cette fois, je n'ai aucun doute là-dessus.

xXx

Je m'arrête devant la maison de Roger, hésitant. Bordel, qu'est-ce que je fais ?

Luffy a appris très vite que j'étais rentré alors bien entendu, il s'est empressé de m'appeler. Plus précisément à 9h ce matin, moi qui aurais bien dormi jusqu'à 12h… J'ai dû vite abandonner tout projet de grasse matinée. Mais je comprends Luffy, je suis parti longtemps et je lui ai manqué. Comme lui m'a extrêmement manqué. En fait, si je traine un peu la patte, c'est bien parce que j'ai peur que Mihawk soit là.

Quand je repense à la manière dont j'ai décampé la dernière fois... Ah, franchement, j'ai honte ! Mais c'est lui aussi, quelle idée de me sortir des trucs comme ça avec un visage aussi sérieux !

« Je vais te séduire »

S'il te plait ne fais pas ça, mon cœur ne le supporterait pas !

C'est sur cette pensée que je finis enfin par sonner à la porte. Soyons sérieux deux minutes : il y a très peu de chances que je croise Mihawk aujourd'hui et puis, si jamais c'est le cas, je n'aurais qu'à l'ignorer. Après tout, je n'ai pas changé d'avis sur lui. La dernière fois, il a simplement paniqué et lâché ça comme ça. Agir ainsi n'est pas du tout son genre.

-Shanks ! Je savais que c'était toi !

Luffy me saute à moitié dessus et si je reste debout, c'est simplement parce qu'il y a un mur derrière moi : à force, j'ai pris l'habitude. Cependant, il faudra vite qu'il enregistre qu'il grandit et qu'avec le temps, il est loin de s'alléger.

-J'ai appelé pour prévenir, petite tête.

Je caresse sa tête avant de lui prendre mon chapeau. Je le regarde pendant quelques secondes, nostalgique. Luffy me regarde bizarrement et pour ne pas plus l'inquiéter, je le lui remets avec brutalité sur la tête.

-C'est bien, tu en prends soin.

Ce que je lui dis semble lui faire très plaisir car il rougit de gêne avant de sourire. Le voir comme ça m'emplit de joie et je suis plus serein quand j'entre enfin dans la maison. J'accompagne Luffy au salon et tombe nez à nez avec Hancock. Je n'ai pas le temps d'ouvrir la bouche qu'elle me snobe magistralement et monte avec raideur les escaliers. J'observe alors Roger qui lui est debout au centre de la pièce et se masse les tempes comme pour faire redescendre une migraine.

-Roger, je le salue. Ne dramatisez pas. A la moindre faiblesse, vous aurez une horde d'hommes à votre porte, prêts à se battre pour vous prendre votre femme, dis-je sur le temps de l'humour.

Il relève la tête et son visage se détend en m'apercevant. Il s'avance vers moi. Luffy lui tombe aussitôt dans les pattes : ce petit n'est pas croyable. Mais en même temps, c'est merveilleux de voir à quel point il nous admire. On a envie de donner le meilleur de soi et de ne jamais le décevoir.

-Je ne m'inquiète pas de ça. Ils n'arriveraient certainement pas à entrer, pas avec Hancock ici.

-C'est que c'est étonnant qu'avec la notoriété qu'elle a, cette maison n'ait jamais été assiégée par des journalistes.

-Tu es embêté avec ce qui arrive à ton colocataire ? me demande-t-il.

-Non, je… Cavendish fait attention.

Je soupire.

-J'ai appris ça hier et je cherche un moyen de l'aider.

-Luffy ?

Le chapeau de paille relève la tête vers son tuteur.

-Va chercher Ace pour qu'il vienne saluer Shanks, s'il te plait.

-OK !

Luffy s'en va et il est très vite hors de notre vue. Je me retourne et observe sérieusement mon chef. Je sais que s'il a envoyé Luffy ailleurs, c'est bien pour me dire quelque chose d'important.

-As-tu besoin que je leur mette la pression ?

J'étudie avec attention sa proposition. C'est tentant. Le groupe Gol D. Corp. possède une grande influence et pourrait peut-être mettre fin au calvaire que vit Cavendish. La société pourrait acheter des parts et contrôler les publications, les journaux et la ligne éditoriale. Il y a aussi la branche légale. On pourrait les attaquer sur plein de trucs : le droit à l'image, le droit de réponse, etc.

Et puis, il y a cette autre option. Le pouvoir de Roger en tant qu'Empereur.

-Merci.

Je le regarde avec intensité, avec une grande volonté que Roger perçoit sans mal et comprend.

-Je vais cependant m'en charger moi-même.

Il acquiesce et s'éloigne de quelques pas. Au même moment, Ace et Luffy font leur apparition.

L'atmosphère s'allège alors aussitôt et je taquine le fils ainé de mon patron sur ces derniers déboires. Il n'en revient pas que je sois au courant et je lui rappelle que je vis avec Sabo et que je sais absolument tout sur lui ! Son père est mon patron et son petit-ami dort dans la chambre en face de la mienne, ça fait des éléments d'informations complémentaires. J'adore taquiner Ace parce qu'il court toujours ! Je plaisante avec lui et finis tout de même par lui avouer la vérité. Qu'il se rassure, je ne sais rien du tout !

Je promets à mes deux jeunes amis que dans quelques minutes, je monterai jouer à des jeux vidéo avec eux comme au bon vieux temps même si malheureusement, je ne suis plus aussi fort qu'avant. Ils acceptent avec plaisir et disparaissent dans la chambre de Luffy en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Pendant ce temps là, j'en profite pour continuer la conversation que j'ai malheureusement abrégée avec Roger la veille. Il me réaffirme ce qu'on s'était précédemment dit et me tient au courant des affaires en cours. La discussion dure environ dix minutes avant que je ne quitte le salon dans le but de rejoindre Ace et Luffy. Mais je m'arrête assez vite et propose à mon patron de se joindre à nous. Il est surpris. Selon lui, les jeux vidéo ont toujours été les moments d'Ace et de Luffy, il n'y a que moi qui y participe quand je peux. Ça m'étonne, à vrai dire je pense que Roger se fait de fausses idées. Il n'a jamais cherché à y aller parce qu'il pensait justement qu'il ne pouvait pas.

Il ne devrait pas se fermer des portes, il verrait ainsi le nombre de points communs qu'il a avec son fils. Avec ses fils.

La tête des deux bruns a été mémorable quand mon patron a saisi la manette de la PS4 ! En plus, il ne s'est pas avéré mauvais du tout ! J'ai aimé passer ce – long – moment avec eux trois : j'ai oublié la différence d'âge, de statut, je me suis retrouvé il y a plusieurs jours de ça à Briss, avec cette même insouciance, cette même joie.

C'est une véritable surprise quand je vois qu'il est 18h passé et qu'il est temps pour moi de rentrer. Avec mes deux colocataires, on a prévu de se faire une soirée films et après m'être absenté si longtemps, je ne crois pas qu'ils me pardonneraient le moindre retard !

-Demande à Mihawk de te raccompagner, me propose soudain Roger.

-Quoi ?

Je le regarde, bouche bée, n'arrivant pas à réaliser ce qu'il me demande.

-Tiens, le voila justement.

En effet, Mihawk descend les escaliers, et j'ai alors la pensée fugace qu'il était là depuis le début. Dire que si j'étais parti quelques minutes plus tôt, j'aurais pu m'éviter sa présence. Quelle poisse ! Alors que je me fustige mentalement, Roger, bien trop insouciant à mon goût, va lui faire part de sa requête. Je ne dis rien parce que je ne veux pas donner l'impression que je suis mal à l'aise ou encore que je n'aie pas oublié ce qui s'est passé entre nous. Mais au-delà, si je fuis une seconde fois, je ne suis pas sûr que ma virilité et mon sens de l'honneur y survivent. Et puis, il faut que je relativise. Mihawk est aussi causant que Cavendish quand il est malade. Le trajet ne sera pas long, j'y survivrai.

Je ne comprends d'ailleurs que Mihawk accepte que lorsqu'il sort de la maison et qu'il laisse la porte ouverte derrière lui. Je remercie encore Roger pour son hospitalité, soupire et rejoins le brun dans la voiture. Je m'attache et essaie de ne pas montrer qu'être aussi près de lui me trouble. Sans parler de l'odeur. Son odeur que je connais malheureusement trop bien. Il commence à rouler et j'ouvre ma fenêtre pour aérer. A peine une minute après, Mihawk la referme et active la climatisation. Il n'a décidément rien compris. Je ne dis rien et regarde le paysage défiler par la fenêtre.

On reste dans le silence et c'est franchement pesant mais ce n'est pas à moi de parler. Je n'ai rien à lui dire, contrairement à lui qui il y a encore un mois de ça était plein de bonnes paroles. Le temps passe et vu l'heure, on tombe dans les embouteillages. Je sens qu'on n'est pas prêt d'arriver. J'allume la radio pour ne pas mourir d'ennui.

A un moment, on bifurque dans une rue que je ne connais pas et si au début je pense à un raccourci, je suis obligé de me rendre compte que c'est autre chose quand on s'arrête dans un parking désert.

-Pourquoi on s'arrête ?

-Il y a trop de circulation, on n'avance pas. Je préfère attendre un peu le temps que ça se calme un peu.

-Si c'est ça je peux encore rentrer à pieds. Ne te fatigue pas, dis-je.

J'essaie d'ouvrir la porte mais bien évidement, elle est verrouillée.

-A quoi tu joues ?

-A rien. J'ai pourtant roulé doucement pour que tu puisses sauter de la voiture en marche à tout moment. Tu choisis vraiment ton moment pour fuir, sourit-il.

-Qu'est-ce que tu racontes encore…

-Eh bien, je suis vigilant, c'est tout. Tu es parti tellement vite la dernière fois.

-J'avais un avion à prendre! Enfin, non, c'est Cavendish qui avait besoin d'un tube de crème et... Oh, et puis laisse tomber, dis-je quand je vois que je vais avoir toutes les difficultés du monde à finir cette phrase.

-Ne te fatigue pas, Shanks. Je sais que tu t'es enfui à cause de ce que j'ai dit.

-Tu m'énerves.

Il sourit et bien évidement, ça me fait quelque chose. D'habitude, il est froid et distant. Qu'est-ce qu'il a à être aussi charmant et souriant aujourd'hui?

-Je n'ai pas besoin d'être séduit.

Je soupire et espère lui faire comprendre que je ne veux plus de tout ça.

-Je sais.

Il me regarde et je fais de même, affrontant son regard si profond, si animal.

-Tu as simplement besoin d'être rassuré.

Il rallume le moteur et sort du parking. Je devine alors qu'il va essayer d'emprunter un autre chemin.

-Mais laisse-moi quand même te séduire.

-Tu peux toujours essayer mais je suis un homme occupé et je n'ai pas beaucoup de temps à perdre. Prépare-toi à te prendre des vents.

-J'y suis préparé et ça ne me fera pas reculer. Ce que je t'ai dit pour notre première nuit, je le pense vraiment, et c'est pour ça que je ne reculerai pas. Je n'ai jamais failli devant un obstacle ni même perdu un combat.

-Arrête de raconter des conneries…

Je détourne le regard et espère que l'obscurité partielle de la voiture et de la route seront suffisantes pour cacher mes rougeurs et mon embarras.

Dimanche 04 Février 2018

J'observe le ciel s'éclaircir, quitter lentement les ténèbres et laisser place aux couleurs chaudes du soleil. Ça fait longtemps que je ne me suis pas levé aussi tôt. Il est vrai que même si j'aime mon travail, je ne suis pas quelqu'un de ponctuel. J'arrive un peu quand je veux quand je n'ai pas de rendez-vous. Et je ne vais pas mentir, j'arrive rarement avant dix heures. J'ai un chef exceptionnel ou alors je suis tellement formidable que Rayleigh accepte mes frasques et mes irrégularités. Peut-être. En tout cas, c'est plus flatteur de voir les choses sous cet angle-là.

Mais comme je le disais, je sais prendre sur moi et sais me lever tôt pour les choses importantes. Jeudi, je reprends le travail et j'aurais beaucoup moins de temps. Je ne m'en plains pas mais si je veux pouvoir m'occuper de cette affaire, il va falloir que je le fasse maintenant. Ce qui arrive à Cavendish m'écœure vraiment et discuter avec Roger m'a donné quelques idées. Mais je ne suis pas dupe et j'ai conscience que ça ne suffira pas. Sabo m'a certifié que Cavendish lui avait confirmé tout ce qui était dit dans les articles le concernant lui et ses histoires d'attouchement. Le délai de prescription pour les agressions sexuelles est de 10 ans si je ne me trompe pas et il est donc trop tard pour intenter une action en justice – et je peux dire sans trop m'avancer que Cavendish n'aurait pas voulu – mais je suis sûr qu'il y a encore quelque chose à faire.

C'est irréel. Combien de temps encore va-t-on dire aux victimes « trop tard, fallait parler avant » ? C'est vraiment dur pour moi quand je fais face à des victimes qui n'ont malheureusement plus la loi de leur côté.

Je sors de mes pensées quand j'aperçois quelqu'un sortir d'une maison. Je regarde mon portable : 07h15, ma source ne s'est pas trompée. Je marche lentement, le suivant de loin. Je vais attendre le meilleur moment pour l'aborder. On sort du quartier résidentiel et je m'approche du journaliste. C'est un homme d'une quarantaine d'années propriétaire d'un petit journal people assez célèbre chez les adolescents. Les cheveux noirs, une barbichette qu'il entretient avec trop de soin, seul son gavroche sur la tête lui permet de se démarquer un peu. Il est banal et n'a pas grand-chose pour lui, il sera facile à impressionner et à convaincre.

Reuder n'a pas toujours été un journaliste people. Avant de se jeter dans ce côté-là du journalisme il travaillait pour un journal télévisé et encore avant il faisait ses armes à North Blue ou il y avait de grand conflit interne. C'est un homme qui connait le système et qui les a malheureusement côtoyés de bien trop prêt. Je pense même que conscient de la dangerosité de la chose il a souhaité changer son fusille d'épaule. C'est d'ailleurs pour ça que je suis si sûr de moi.

-Bonjour, Reuder.

Le journaliste s'arrête, se retourne lentement et me fixe, perdu. Le pauvre, je l'ai tellement surpris qu'il a fait un magnifique bond.

-Je, oui… Bonjour. Est-ce qu'on se connait ?

-Non, bien entendu.

Je m'approche de lui et m'arrête à un mètre. Je le laisse m'observer, m'analyser. Et c'est ce qu'il fait sans se cacher. J'aperçois d'ailleurs avec exactitude le moment où il comprend plus ou moins qui je suis.

-Shanks le Roux, murmure-t-il, la voix blanche.

-C'est ça. Je suis désolé de vous déranger de si bonne heure alors que vous vous rendez à votre travail mais j'aimerais m'entretenir avec vous d'un sujet important.

Son visage pâlit aussitôt et il recule d'un pas. Je saisis alors brusquement son bras gauche.

-Merci de m'accorder de votre temps, je ne serai pas long, dis-je lentement.

-Je ne vois pas ce que vous me reprocher. Je me tiens éloigné des Empereurs et je ne veux pas d'ennuis. S'il vous plait.

-Arrêtez donc de trembler, je suis simplement là pour discuter avec vous.

-Ne me faites pas croire que vous êtes différents des autres, vos méthodes sont les mêmes et parfois même pl-

-Vous parlez trop, mon cher monsieur, dis-je durement.

Mon regard est plus sombre que jamais et le journaliste se ratatine de peur. Il observe les alentours, déserts.

-Vous avez publié des articles sur mon colocataire, le mannequin Cavendish. Je veux que vous les retiriez et que vous fassiez un article dans lequel vous vous excuserez pour votre manque de professionnalisme qui vous a fait écrire un stupide article sans même en vérifier les sources.

-Tout est v-

-Demain. Je veux que l'article paraisse demain sinon je vous attaque en justice et Dieu sait que j'ai de quoi couler votre boite. Que ce soit faux ou vrai, ici la vérité n'a pas bien d'importance. Pensez à votre famille, Reuder, ça n'en vaut pas la peine.

-Vous êtes ignoble, proteste-t-il.

Je le fixe sans broncher, nullement atteint par sa remarque. Je souris même quand je me fais la réflexion que c'est bien la première fois qu'on me dit ça.

Je m'éloigne de quelques pas mais en ayant toujours le regard accroché à celui du journaliste. Il est bientôt huit heures moins le quart. Si je pars maintenant, j'arriverais au loft avant que Cavendish et Sabo se réveillent. Quelle idée d'aller courir si tôt, et le week-end en plus.

-J'achèterai votre magazine lundi. Vous avez une si belle manière de raconter les choses. Bonne journée, monsieur le journaliste.

Je souris et ça plus qu'autre chose semble le figer de terreur.

Les gens tremblent beaucoup trop facilement. Je suis pourtant aussi doux qu'un agneau.


«L'amour est la plus puissante des passions, car il attaque simultanément la tête, le coeur et tous les sens. »

Lao Tzu

Zoro


Lundi 05 Février 2018

Je descends à mon arrêt et suis ravi de constater que le bureau de tabac est toujours à la même place. Tout est en ordre et je sens que je vais pouvoir rentrer chez moi avant 18h. Il me semble que j'ai des devoirs à faire mais je n'ai franchement pas la motivation pour. Je suis fatigué et je suis assez tenté par le programme télé. Bien entendu, je n'oublie pas le canapé : je décide d'ailleurs d'y passer le reste de ma soirée. Je ne sais pas comment Law fait pour bosser autant. Même Ace se coltine des activités de club. C'est vrai que je fais du kendo mais ce n'est pas pareil, c'est mon mode de vie et ça fait partie de mon quotidien. J'ai un entrainement avec Mihawk mercredi et d'ici là, j'ai le temps de me reposer, d'avancer sur mes cours et de tester quelques techniques.

Un mouvement de foule attire mon attention sur la gauche. J'aperçois un énorme chien courir un peu partout et effrayer les enfants ainsi que les adultes présents. Le chien, en grande partie noir avec des poils marron au niveau des pattes et du blanc sur le poitrail et la gueule, n'a pas l'air méchant. Plutôt joueur. On pourrait croire à un bébé s'il n'était pas déjà aussi grand. Il fait son bonhomme de chemin et les gens s'écartent naturellement de son passage. La route n'est pas loin et quelques personnes essayent néanmoins d'arrêter l'animal pour éviter une éventuelle catastrophe.

Je me détourne de ce spectacle pour reprendre mon chemin mais me fait stopper brutalement par l'animal qui me saute dessus. Il se met sur ses pattes arrière et essaye de s'accrocher à moi pour attirer mon attention, je suppose. C'est bien ma veine. De toutes les personnes qu'il y a ici, c'est sur moi qu'il a jeté son dévolu.

-Soly !

L'animal se calme et regarde derrière nous, d'où vient l'appel. Je fais de même et observe un garçon blond, mince et pas très grand venir en courant vers nous, tiré par trois autres chiens plutôt petits mais dynamiques. Il s'arrête à ma hauteur, essoufflé, et prend presque deux minutes pour reprendre sa respiration. Je le regarde faire, ayant du mal à détacher mes yeux de ses joues rouges et de ses lèvres entrouvertes pour faire passer l'air plus vite. Ses boucles blondes dansent autour de son visage et son regard baissé accentue la courbe de ses cils. Ce garçon me dit quelque chose.

Il relève doucement la tête et raffermit sa prise sur les trois autres laisses : les trois petits chiens se tiennent tranquilles. Le grand qui me faisait la fête il y a quelques minutes encore s'est arrêté. Il semble reconnaitre ses amis et se met à les sentir. Bien entendu, les autres lui rendent la pareille.

-Je suis désolé, il s'est échappé et je n'ai pas réussi à le rattraper à temps.

Il me regarde et puis, mal à l'aise, s'éloigne pour récupérer la laisse de son chien pendant que celui-ci est encore calme.

-Désolé et merci, vraiment.

J'acquiesce mais franchement, je n'ai pas écouté un traitre mot de ce qu'il vient de dire. En fait, je suis bloqué sur son visage. Il me dit quelque chose. Je le fixe sans rien dire et ça finit par le mettre mal à l'aise. Il a l'air d'être le genre de mec ultra timide qui n'ose pas dire ce qu'il pense et fait son maximum pour ne pas se faire remarquer. Mais c'est raté. Plus je le regarde, plus ça m'obsède. Je le connais.

Je fronce les sourcils et reste immobile, à l'observer simplement. En cet instant, le fait que mon comportement soit bizarre et totalement impoli m'importe peu. Mais les chiens se mettent à aboyer et, gêné, il finit par leur donner toute son attention, sûrement pour échapper à mon analyse.

-Je te connais, dis-je.

Cette phrase le déstabilise. Il ouvre la bouche pour parler mais se tait ensuite pour essayer de calmer les chiens qui commencent à se rebeller.

-Je… Je m'appelle Rui. On a, enfin, nous avons passé le nouvel an ensemble. Ou plutôt, je veux dire que j'étais là, le 31 chez X-Drake.

Mon analyse sur lui était exacte. Il est peu à l'aise et impressionnable. Je suis content d'avoir eu raison : ma proportion à comprendre les gens s'améliore de jour en jour.

-Rui, je répète.

Mes yeux s'attardent sur ses yeux bleus et ses cheveux blonds qui brillent dans la lumière.

-Qu'est-ce que tu fous avec tous ces chiens ? je finis par demander.

-C'est pour mon stage, je travaille à la SPA. C'était mon premier jour aujourd'hui et j'ai promené les chiens. Enfin, j'ai essayé, grimace-t-il.

-Pourquoi en prendre autant d'un coup et surtout venir aussi loin ? je l'interroge.

-Je ne sa-sais pas, j'ai fait comme on m'a dit, bredouille-t-il.

Le gros chien commence à tirer sur sa laisse et Rui se fait pratiquement emporter à sa suite. Je le prends en pitié et décide de l'aider en m'occupant de l'animal récalcitrant. Il me remercie et je ne sais pas quoi répondre devant l'intensité de son regard et la sincérité de son sourire. A vrai dire, j'avais pas vraiment fait attention à lui lors de la soirée du nouvel an. Y avait beaucoup de monde et à part le moment où on a été en duo pour le jeu à la fin, je ne lui ai pas vraiment adressé la parole.

Je fais généralement très peu attention aux gens. S'ils ne sont pas de mon entourage, c'est à peine si je les perçois. Certaines personnes attirent mon attention parce que je les trouve mystérieuses, ont une aura intrigante ou une force assez grande pour que j'ai envie de les affronter. Bien entendu, Rui n'a rien de tout ça. En fait, plus je le regarde plus je me dis qu'il est mignon et puis c'est tout. Il ne parle pas, n'a pas l'air drôle et est étrangement chétif. Si je ne me trompe pas, Rui a fait une formation militaire avec X-Drake. J'ai franchement du mal à croire qu'il puisse faire le moindre sport.

Il a les bras fins et des mains délicates, ses poignets ne sont pas grands non plus et les os sous sa peau sont saillants. Des mains de femme mais c'est bien un homme. Il est de petite taille : il fait une tête de moins que moi, si ce n'est plus. Il est pourtant bien proportionné. Ses jambes semblent galbées et plutôt fermes. C'est d'ailleurs étonnant. Quand on le regarde, il n'a pourtant pas l'air d'avoir quoi que ce soit de tonique. Ace dirait qu'il est la douceur incarnée.

Je soupire et finis par détourner le regard. Je le mate un peu trop pour un gars que je trouve ordinaire. Pourquoi est-ce que je l'accompagne déjà ? Moi qui avais prévu de rentrer tôt aujourd'hui et de me reposer…

-Pourquoi est-ce que tu as fait comme si tu ne me connaissais pas tout à l'heure ?

Rui est surpris par ma question. Il me jette un coup d'œil avant de regarder droit devant lui.

-Je ne voulais pas te mettre mal à l'aise. Je pensais que tu ne m'avais pas reconnu et j'ai juste… pensé que ce serait plus simple.

-Ah.

On continue de marcher et le silence a l'air de mettre Rui très mal à l'aise. C'est d'ailleurs peut-être pour ça qu'il se met à me parler des chiens et de ce qu'il fait au refuge. J'apprends alors que le chien qui m'a sauté dessus tout à l'heure est un bouvier bernois de 5 ans. Les trois autres chiens qui sont sages et qui sentent tout ce qu'ils trouvent sur le chemin sont dans la même tranche d'âge et font partie des chiens les plus faciles de la SPA. Il y a un beagle, c'est une race de chien possédant l'un des regards les plus captivants du monde canin d'après Rui. S'il le dit, je veux bien le croire : il a l'air tellement passionné que je ne voudrais pas l'interrompre.

Il y a aussi un terrier de boston. Je connais ce genre de chien, j'ai failli me faire mordre par l'un d'eux quand j'étais petit. Quand je le signale au blond, il est plutôt surpris : cette race de chien est plutôt agréable généralement.

Il continue de me parler et sans que je m'en rende compte, on arrive au refuge. Le trajet était moins long que je ne le pensais. Je ne fais pas gaffe à ce que je fais et le chien que je tiens en laisse s'échappe pour aller retrouver un des soignants de l'établissement. Rui s'empresse d'aller rendre les autres chiens et revient vers moi en courant.

-Merci d'avoir attendu.

-De rien. Si t'as plus besoin de moi, je vais y aller.

-Attends, je voulais… Je, enfin merci de m'avoir aidé. Finalement, quatre le premier jour, c'était beaucoup trop. C'est juste que… C'est-à-dire que je voulais tellement aider...

-Hum.

Il rougit et a l'air soudain très gêné. Il se mordille les lèvres et j'attends qu'il parle enfin pour partir.

-En fait, je voulais te demander si on pouvait se voir demain...

Il triture ses doigts, mal à l'aise, et je fronce les sourcils. Où est-ce qu'il veut en venir ?

-…T'inviter à boire un verre pour te remercier.

-Écoute, c'est sympa mais t'inquiète, c'est rien. Je vais y aller maintenant.

Je le salue et me détourne, manquant alors de voir la mine déçue du blond.

Mercredi 07 Février 2018

-Comment ça se passe pour toi ? Je sais que tu es habitué à vivre seul mais quand même. Dawn est une grande ville et ce n'est pas rien, s'inquiète Koshiro.

-Je me débrouille. De toute façon, je ne suis pas du genre à m'embarrasser du superflu et je me contente très bien de ce que j'ai.

Koshiro sourit et ça me fait du bien de l'entendre. Il a toujours été du genre à s'inquiéter facilement pour moi parce que j'en fais toujours trop. C'est bon de l'entendre. Koshiro est comme un père pour moi et qu'il s'inquiète, même si c'est inutile, ça me fait plaisir.

On ne se parle plus aussi souvent maintenant que je ne suis plus à Batellira mais notre lien est toujours aussi fort. Koshiro est celui qui a fait de moi l'homme que je suis aujourd'hui.

-Je suis content de t'avoir au bout du fil. D'habitude, il faut que je m'y prenne au moins à quatre fois. C'est étonnant, les jeunes de ton âge ne sont pas censés être constamment sur leurs Smartphones ?

-Attention, Koshiro, tu es en train de parler comme un vieux !

Je souris, amusé de l'entendre parler ainsi.

-Mais je suis vieux, Zoro ! affirme-t-il, et ça me fait encore plus sourire.

-C'est vrai que maintenant que tu le dis, t'es plus tout jeune...

-Ne pousse pas ta chance trop loin, mon garçon ! En tout cas, je suis content pour toi, j'avais du mal à y croire en lisant ton message.

-Tu viendras ?

-Bien évidemment. Mais ne compte pas sur moi pour t'affronter, ça fait bien longtemps que je ne fais plus le poids.

-N'importe quoi, je le contredis. J'ai encore des choses à apprendre de toi.

J'entends du bruit à l'entrée : Niji fait tourner sa clé dans la serrure et quelques secondes après, il entre dans l'appartement. Il me voit au téléphone et sourit. Je dois dire que le fait qu'il soit de bonne humeur ne me rassure pas trop.

-Peut-être mais je fais pâle figure face à Mihawk. Profite pour apprendre le maximum de lui, c'est vraiment quelqu'un d'exceptionnel. Mais je dois dire que ça me fait plaisir que tu me portes autant d'estime. Pour ma part, c'est moi qui me trouve chanceux de te connaitre, Zoro, tu es vraiment un garçon formidable.

-Merci. Je t'enverrai plus tard un message avec les informations. J'ai hâte de te montrer mes progrès.

-C'est entendu.

Je n'attends pas plus pour raccrocher. Je garde mon portable dans ma main quelques secondes avant de le ranger dans ma poche et Niji vient s'affaler à mes côtés après avoir enlevé ses chaussures. Il ferme les yeux et soupire d'aise.

-T'as eu une bonne journée.

-On peut dire ça.

Je le fixe mais il reste imperturbable. Depuis qu'il m'impose sa présence, ça lui arrive de sortir pendant plusieurs heures et je me demande ce qu'il fout. Mais en même temps, je ne suis pas tellement sûr de vouloir connaitre la réponse. Niji est pas quelqu'un de franchement fréquentable et je n'ai pas envie de me retrouver embarqué dans ses histoires. D'ailleurs, s'il pouvait se dépêcher de se trouver un logement, ça m'arrangerait.

-J'ai cru comprendre que Mihawk t'a lancé un sacré défi, lance-t-il.

Je le regarde, confus.

-Comment tu sais ça ? Il m'a fait l'annonce tout à l'heure pendant l'entrainement.

-C'est mon métier de tout savoir et d'être là où on ne m'attend pas, sourit-il. Tu penses y arriver ?

-Je gagnerai.

Niji me regarde et esquisse un sourire. Il a l'air de trouver ça drôle mais je n'ai que faire de ce qu'il pense. Je suis venu à Dawn pour devenir plus fort et battre Mihawk et j'y arriverai.

-Mihawk n'est pas n'importe qui.

-Peut-être mais ce n'est pas ça qui va m'empêcher de le battre.

Niji hausse les épaules et allume la télé. Je soupire et me lève pour aller dans la cuisine. Il est bientôt 19h et je commence à avoir faim mais je sais qu'il ne faut pas compter sur Niji pour la bouffe. Ce mec est encore plus inutile que moi en cuisine.

De toute façon, à cet instant, je me fous de tout ce qui ne concerne pas le kendo. Aujourd'hui pendant l'entrainement, Mihawk m'a en quelque sorte lancé un défi. Ça fait déjà plusieurs mois que je m'entraine avec lui et il a décidé de m'affronter en combat sérieux en avril pour voir où j'en suis. Pour savoir si j'en vaux vraiment la peine ou non. Ce sera le dernier combat qu'il m'offrira. Je dois saisir ma chance, montrer ce que j'ai dans le ventre. Mais avant ça, il voudrait de nouveau me voir à l'œuvre face à plusieurs combattants. Évaluer mon niveau, voir si je serais prêt en avril. Si la réponse ne le satisfait pas, il se peut qu'il ne prenne même pas la peine de m'offrir un combat équitable par la suite.

Je viens d'en parler avec Koshiro et j'espère sincèrement qu'il sera là. Je veux qu'il soit présent quand je battrai Mihawk et que je deviendrai numéro 1.

Rien qu'à cette pensée, je me sens bien et je souris à l'idée de me dire que j'approche enfin de mon but.

-Tu es mignon quand tu souris, me souffle Niji à l'oreille.

Je tourne légèrement la tête vers lui et mes lèvres effleurent les siennes. Ses yeux pétillent puis glissent lentement vers ma bouche. Il m'embrasse et je le laisse faire. J'apprécie seulement le contact de ses lèvres sur les miennes. Il y a toujours beaucoup de douceur dans les baisers de Niji contrairement à ses gestes et à ses paroles. Avant, je ne savais pas très bien si j'aimais ça ou non. Je dois dire qu'aujourd'hui non plus je ne suis pas très sûr. C'est chamboulant on va dire…

-Aide-moi à cuisiner, dis-je en le repoussant.

-Ne pousse pas le bouchon trop loin, Zoro. Je t'ai déjà dit que cuisiner, ce n'était pas pour moi. Je fais la vaisselle et crois-moi, c'est déjà beaucoup. Mes mains ne sont pas faites pour ce genre d'activité...

-Le sourcil en vrille fait à manger, dis-je pour le faire taire et un peu me moquer de lui.

Habituellement, dès que j'évoque l'autre pervers, Niji devient méprisant mais là, rien. Il se détourne simplement.

-Quoi, t'es vexé ?

-Sanji et moi n'avons rien en commun. Ca ne m'étonne pas qu'il aime servir les autres.

-Si tu le dis. Tiens, coupe les pommes de terre.

Je lui donne un couteau et il prend l'ustensile sans rechigner. Je me demande juste si j'ai fait le bon choix quand je le vois observer la pointe du couteau.

-Mais j'avoue que quelquefois, ça peut s'avérer être intéressant sur certains points. Je trouve ça fascinant de voir tout ce qu'on peut faire avec un œuf...

-T'es vraiment bizarre.

Je rigole, me demandant bien comment j'ai pu tomber sur un mec aussi étrange.

Jeudi 08 Février 2018

Je suis Ace et Law dans le bowling et les laisse donner nos noms et nos pointures au comptoir. J'observe les pistes en me disant que pour un jour de semaine, y a quand même pas mal de monde. Des étudiants surtout mais aussi des familles qui viennent là avec leurs gamins. C'est d'ailleurs marrant de les voir avoir toutes les difficultés du monde à lancer leurs boules et ce même avec le toboggan qui leur sert d'aide. J'ai jamais joué au bowling et espère sincèrement ne pas en avoir besoin. Je suis sûr de pouvoir faire au moins deux ou trois Strike : ça doit pas être si compliqué que ça quand même.

L'endroit est immense et si pour l'instant on est dans le coin bowling, il y aussi d'autres activités proposées dans le centre. J'ai cru voir des fléchettes et des tables de billard pas loin du bar et Ace m'a dit sur le chemin qu'il y avait un karting aussi. Je ne pense pas qu'on aura le temps de tout faire. Déjà le bowling si on arrive à faire une partie qui tient la route, ce sera bien… Et puis on ira certainement prendre un verre au bar avant de rentrer. J'ai science à 9h demain et je ne suis franchement pas motivé. Si Law en avait le pouvoir, je lui demanderais de me faire un mot ou n'importe quoi qui me permettrait de louper les cours en toute légalité.

-On a la piste 8 !

Ace passe son bras autour de mes épaules et m'entraine vers la piste en question. Il tient ses chaussures dans les mains et sourit, visiblement de bonne humeur. Law me passe mes chaussures et marche devant nous en silence. C'est cool qu'il ait enfin réussi à se libérer pour passer un peu de temps avec nous. Ca fait longtemps qu'on ne s'est pas fait de soirée comme ça.

-Vous voulez parier quelque chose ? propose Law.

-Si je gagne, vous faites le ménage chez moi et les courses pendant au moins deux semaines, dis-je.

Il y a sincèrement peu de chances que je perde mais je préfère prendre mes précautions et ne pas proposer un gage qui pourrait me retomber dessus. Surtout que j'ignore le niveau de mes deux amis.

-Ça marche pour moi ! Si je gagne, je veux vous voir en tenue de soubrette me servir pendant 24h. Préparez-vous à souffrir ! rigole Ace.

Et effectivement, quelques minutes plus tard, je suis bien obligé d'admettre que je souffre un peu. Law met systématiquement deux minutes – les deux minutes les plus longues de toute ma vie –avant de lancer sa boule. Il cherche la concentration nécessaire pour lancer parfaitement sa boule alors que je lui ai déjà dis deux fois qu'on n'était pas au tournoi mondial de bowling mais juste à une soirée entre potes. Il prend toujours trop les choses au sérieux. Après, il faut dire que ça ne lui réussit pas trop mal. Il enchaine les Strike et les Spare, ce qui m'a d'ailleurs valu un splendide doigt d'honneur en réponse à mes remarques.

Ace a une autre technique mais s'en sort aussi bien. Il y va comme un bourrin. J'ai copié sa technique mais étrangement, je suis loin d'obtenir d'aussi bons résultats que lui. J'ai ensuite fini par comprendre qu'Ace ne se contentait pas de lancer sa grosse boule de toutes ses forces sur les quilles mais qu'il réfléchissait également à celles qu'il devait viser pour obtenir un résultat plus que satisfaisant. Il y va juste plus fort que nécessaire. Je n'ai jamais vu des gens réfléchir autant pour une partie de bowling. C'est qu'ils la veulent vraiment, la récompense !

-Et vlan, encore un ! fanfaronne Ace.

Je souris et me positionne pour lancer ma boule. Je crois avoir enfin pigé le truc. Hors de question de me faire battre par deux types sur une épreuve de sport alors que, soyons honnêtes, le seul muscle qu'ils travaillent régulièrement, c'est leur langue. Ça, des conneries, ils sont capables d'en dire !

-Ouais !

J'exulte, c'est le deuxième Strike que je fais. Et cerise sur le gâteau, je n'entends plus mes amis jubiler derrière moi.

La partie se poursuit et touche malheureusement à sa fin. J'essaie de négocier une autre partie mais bien évidement, je me fais sèchement recaler : c'est que je n'aime pas perdre. Même si à la fin je les ai quasiment scotchés sur place, je suis remonté bien trop tard.

-Quelle surprise que Law soit notre gagnant, commente Ace, à moitié blasé.

-Aucune surprise là-dedans. Le meilleur a gagné, tout simplement, souffle-t-il.

Il me fait un clin d'œil et son arrogance me fait lever les yeux au ciel.

-On se commande un truc ? propose Ace.

On acquiesce et sans même consulter la carte, on se décide tous les trois pour un Coca Cola.

-Qu'est-ce que tu vas nous demander ?

Law me regarde et fait mine de réfléchir. Mais ni Ace ni moi ne sommes dupes, il a déjà dû décider depuis longtemps ce qu'il voulait.

-Vous voyez, je vais bientôt entrer en période d'examen. Pas maintenant mais ça va vite arriver.

-Ne tourne pas autour du pot trop longtemps, ton Coca va tiédir, le coupe Ace.

-Et le Coca tiède, c'est moyen, dis-je.

Ace et moi rigolons.

-Je veux que vous me fassiez des fiches de révision complètes et soignées.

Il nous explique la manière dont on devra procéder mais à mon tour, je le coupe net en posant ma main sur sa bouche. Il m'envoie un regard fatigué.

-Comment tu veux qu'on fasse ça? On n'y comprendra rien à tes cours.

-Ne t'en fais pas, Zoro.

Il enlève ma main et je regarde s'il n'a pas par hasard bavé dessus.

-Je vous ai prémâché le travail. C'est même donné vu la lutte acharnée que j'ai mené. Je mérite bien plus en vérité.

-Quel vantard.

Ace vide son verre, laisse sa tête complètement reposer sur la banquette et observe le plafond.

-Très bien, on fera de notre mieux. Ce n'est pas comme si on ne passait pas nous aussi des examens cette année...

-Chacun ses problèmes.

Law est toujours aussi peu compatissant et si Ace s'en accommode déjà, pour ma part, je sens que je vais ruminer ça encore longtemps. Je vais certainement refiler plus de la moitié du boulot à Ace. Il ne devrait pas trop m'en vouloir, enfin j'espère. J'ai annoncé à Law et à Ace plus tôt dans la soirée la proposition que m'a faite Mihawk et ils étaient tous les deux contents pour moi. Mon meilleur ami était aussi assez nerveux mais il a réussi à le cacher, ou en tout cas à ne pas me refiler son stress. Ils viendront tous les deux assister à mon combat contre Mihawk – car il aura lieu. Ace a même émis l'idée de faire des pancartes : je l'ai ignoré et il a compris tout seul que c'était hors de question.

On reparle d'ailleurs de mes entrainements avec Mihawk et du déroulé du combat pendant quelques minutes avant qu'Ace n'évoque X-Drake. Il nous parle de ce qu'il a appris sur Rob Lucci grâce à lui et le fait qu'il parle du roux me fait penser à Rui.

-J'ai vu Rui hier, je lâche alors sans même savoir pourquoi.

Ça étonne Law et Ace qui me fixent, les sourcils froncés. Je termine mon verre histoire de pouvoir échapper à leur regard au moins quelques secondes.

-Et c'était quoi le rapport avec ce qu'on disait ? me demande Ace.

-Rien, c'est juste que j'y pensais et que je sais pas, je partageais l'information.

Je me racle la gorge et comme je ne sais pas quoi dire d'autre, je décide de me taire.

-Je ne savais pas que tu te rappelais de lui.

-Qui est-ce exactement ? demande Law.

-Un ami d'X-Drake, ils étaient à la formation militaire ensemble. Rui vit chez le roux en ce moment, il était avec nous aussi à la soirée du nouvel an, explique Ace. Il a dû te faire bonne impression pour que tu te rappelles de lui et que tu nous en parles !

Ace hausse les sourcils de manière suggestive et son sourire badin m'énerve déjà. Law, soudain intéressé par ces histoires de gamin, tend l'oreille et je sens leur intérêt grandir de seconde en seconde. Je me maudis d'avoir dit cette simple phrase. C'était innocent et ils l'ont transformé en quelque chose dont j'ai soudain honte.

Et puis, ils ont complètement tort. Avant de le revoir, j'avais complètement oublié son existence. Il est loin de m'avoir marqué et même hier, je n'ai pratiquement pas écouté un traitre mot de ce qu'il m'a dit. La seule chose que j'ai retenue à vrai dire, c'est qu'il a une bouche captivante...

-N'importe quoi, je coupe mes amis et leur remarque puérile. Je me fiche bien de Rui.

Et c'est vrai, je suis là pour une seule et bonne raison, et c'est Mihawk. Et je touche finalement au but. Je ne laisserai rien me déconcentrer. Niji est comme un accident de parcours, un imprévu dont je me suis plutôt bien accommodé. Et je dois avouer que j'y trouve aussi des avantages.

-Il est chiant à mourir, je finis par dire.

Ace me fait de gros yeux à la suite de ma remarque et Law se racle la gorge. On dirait que j'ai trouvé comment les faire taire.

-Merci pour ton avis, Zoro, j'entends alors derrière moi.

Je reconnais cette voix et comprends tout de suite pourquoi mes deux amis étaient soudain si silencieux. Je pivote pour tomber sur le visage passablement énervé de X-Drake et la mine crispée de Rui. Il ose à peine me regarder et baisse la tête avant de retourner auprès des parents du roux qui prennent place sur une des nombreuses pistes du bowling un peu plus loin.

-On en reparlera, marmonne-t-il et je sens dans sa voix qu'il se contient.

Il finit par partir lui aussi et je me tourne aussitôt vers mes amis.

-Pourquoi vous ne m'avez rien dit ?!

-Commence pas à nous agresser, personne ne t'a obligé à dire ça, me répond Ace.

Il a l'air aussi paniqué et mal à l'aise que moi, même si ce n'est certainement pas pour les mêmes raisons. J'essaie de capter le regard du petit blond mais je n'aperçois que son dos. Je devine qu'il fait bien attention à ne jamais se tourner vers nous. Sur les coups de 21h, on quitte le bowling et j'ai l'horrible impression d'avoir une chape de plomb dans l'estomac.


J'ai eu une sorte de révélation interrogative hier. Etrange dit comme ça mais je me suis fait la réflexion suivante : t'as pas publier pendant un moment et tu reposte tranquille tes chapitres, t'as pas pensé au fait que les gens ne se souvenaient peut-être plus de grand chose ? Et c'est vrai que je n'y ai pas du tout pensée ^^. Alors que j'ai personnellement du mal à me rappeler de tout étant donné que je suis à l'écriture du chapitre 30, ça doit être pire pour vous.

D'ailleurs il doit me rester 5-6 chapitres maximum à écrire.

Dans tout les cas il est trop tard pour faire une mise au point de ce qu'il s'est passé avant...on va dire.

En tout cas j'espère que vous avez apprécié ce chapitre avec le retour de Shanks - j'adore écrire ses pov - et ce qui se passe pour Zoro. Sa " relation " avec Niji, son rêve qui va peut-être enfin se concrétiser et l'entrée étonnante de Rui dans ce chapitre.

A dans dix jours pour la suite. ;)