Bonjour,

Titre : Once Upon A Time - tome 2...

Auteur : Typone Lady

Disclaimer : L'univers de One Piece ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas : ils sont à Eiichiro Oda. Je les emprunte le temps d'une histoire.

Rated: M

Genre : Romance, Hurt/Comfort, Song-fic

Résumé : « Raconte-moi une histoire…une merveilleuse histoire comme on en voit si souvent dans les contes de fées. Laisse-moi imaginer encore un peu que nous aussi, nous avons le droit d'être heureux. » Peu importe à quel point ils le désirent, il y a des choses sur lesquelles ils n'ont aucun contrôle. Impuissant, ils observent les ruines de cette vie sans voir cette lueur d'espoir tapis dans l'obscurité.

Bêta correctrice : pommedapi

Note : Merci à ma bêta pommedapi pour ses précieux conseils et aussi pour avoir corrigé ce chapitre ;).

Bonne lecture à tous !


Once Upon a Time n'est pas une fiction à l'eau de rose.

C'est juste une histoire.

Leur histoire.

Parce que la vie n'est pas un conte de fées...

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Chapitre 23

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« Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité; un optimiste voit l'opportunité dans chaque difficulté.»

Winston S. Churchill

X-Drake


Vendredi 02 Mars 2018

Je suis ma collègue et on arpente les rues pour vérifier si toutes les personnes qui dorment dans la rue ce soir vont bien et si elles n'ont besoin de rien. On est séparé en plusieurs équipes pour effectuer ces maraudes et le peu qu'on est loin d'être suffisant. Pour mon premier jour de stage lors de la ronde habituelle, avec Sellia, on est tombé sur un homme allongé par terre, la peau sèche et les mains écorchées. Il était recouvert d'une couverture abimée et les gens passaient devant lui en le regardant bizarrement. En s'approchant, on a très vite compris qu'il ne respirait plus. Il était mort depuis quelques heures déjà.

J'ai eu du mal à dormir cette nuit-là. Je me suis même demandé si je n'avais pas choisi un stage trop dur émotionnellement. Je suis quand même revenu le lendemain et les jours suivants. J'ai fini par beaucoup discuter avec ma collègue et elle m'a rassuré. Maintenant, je suis plus motivé et vigilant pendant nos rondes. Sellia m'a expliqué à quel point notre travail est important.

On s'arrête devant une tente et la jeune femme qui m'accompagne signale sa présence. Une femme d'une trentaine d'années sort alors timidement sa tête de sa maison de fortune. Sellia lui pose des questions, lui demande si elle a besoin de quelque chose. La femme ne dit rien, gênée. Elle finit tout de même par demander une couverture et quelque chose à manger. Je les lui donne et elle se mord les lèvres. Sellia semble tout de suite comprendre ce qu'il se passe car elle lui tend en plus un paquet de serviettes hygiéniques. Je saisis aussitôt que ma présence devait la gêner.

Avant de partir, on lui demande si elle va dormir ici ce soir ou si elle souhaite plutôt aller dans un centre. Elle refuse et Sellia lui rappelle que ce n'est pas très sûr pour elle de rester seule. La jeune femme refuse encore et nous assure que d'autres femmes vont venir sur cette place plus tard. Elle se regroupent pour mieux pouvoir se protéger.

On n'insiste un peu mais pas beaucoup : on est personne pour leur dire quoi faire. On termine rapidement notre tournée et je dis au revoir à l'équipe. J'attends dix minutes et Eden se gare sur la chaussée. Je le rejoins rapidement et il se dépêche de démarrer.

-Alors, comment c'était aujourd'hui ?

-Ça va.

-C'est bien, tu t'accroches, ce n'est pas facile. C'est bientôt la fin de la trêve hivernale en plus.

-Ouais, on s'attend à plus de boulot.

Eden me sourit. Il a l'air content, fier, je ne sais pas. La circulation est fluide et à l'appartement, on retrouve Rys et Rui qui ont déjà mangé. Il est tard et c'est normal qu'ils ne nous aient pas attendus.

Je mange donc seul avec Eden qui apprend à Rys, resté à table avec nous, qu'il a enfin pu poser une semaine de vacances. Il sera donc tranquille 8 jours début avril et déclare que dès demain, on va s'organiser de belles vacances en famille. Il ne reste plus qu'à Rys à faire de même.

Je les laisse faire leur plan, se projeter et même plus encore, et débarrasse mon assiette. Un tour par la salle de bain et je rejoins Rui dans ma chambre. Il est assis sur mon lit et semble préoccupé.

-Qu'est-ce qu'il y a ?

-Je peux te poser une question ?

-Vas-y.

Je suis étonné des pincettes que prend le blond. Tout de suite, je m'imagine quelque chose de grave et vais m'asseoir à ses côtés.

-Qu'est-ce qu'il y a ? je répète.

-Si tu es fatigué, je peux t'en parler demain...

Je souris, reconnaissant bien là mon ami. Je l'invite à continuer : qu'il ne s'inquiète pas pour moi et l'heure tardive. Maintenant qu'il a commencé, ce serait dommage de s'arrêter. Surtout que j'y vois bien là une ruse pour faire finalement marche arrière.

-Est-ce que tu me trouves... viril ? me demande-t-il timidement.

Il triture ses doigts et je regrette déjà d'avoir insisté. Je ne sais pas pourquoi Rui me demande ça mais c'est certainement en réponse à une inquiétude et je me vois mal éluder. Je ne vais pas lui mentir. Il est loin des standards de virilité mais au fond, qu'est-ce que ça veut dire « être viril » ? Et quelque chose me dit que peu importe ce que je dirais à Rui, ça le blesserait certainement.

-Pourquoi est-ce que tu me demandes ça ? dis-je pour comprendre, et également pour gagner du temps.

-Réponds juste, s'il te plait. J'ai besoin de savoir. D'entendre la vérité.

-Okay...

Je soupire et viens m'asseoir à côté de lui. Aujourd'hui, c'est Rui qui dort sur le lit.

Je sors mon portable et active ma wifi avant de taper le mot « viril ».

-Qui est propre à l'homme, je lis. Qui a la force, l'énergie, la fermeté que l'on attribue à l'homme. Est-ce que déjà, on est d'accord sur la définition du mot ?

-Oui.

-Hé bien, pas moi. C'est assez vague. Si on prend cette définition, je ne vais pas te mentir, c'est non. Mais ce n'est pas pour ça que tu es moins homme que certains ou que virilité rime forcément avec masculinité.

-Tu ne peux quand même pas dire que j'ai l'air aussi viril que Zoro ou même toi…

-Je ne pense pas que Zoro soit un bon exemple. Je veux dire tu ne peux prendre pour exemple un type qui crache comme ça derrière ton dos, dis-je énervé.

J'avoue ne toujours pas accepter la manière dont celui-ci à dénigrer Rui pour une raison que j'ignore. Je ne comprends surtout pas à vrai dire. Zoro ne me semblait pas vraiment être ce genre de personne. Et peu importe les raisons qui l'ont mené à blesser Rui, je pense toujours qu'il doit s'excuser. Rui est plus mesuré que moi, il essaie toujours de dédramatiser la situation. Mais je ne peux pas le laisser faire, je ne peux pas le laisser continuer à encaisser les moqueries, les phrases blessantes sans rien dire. Mais je suis aussi conscient que c'est quelque chose qui regarde seulement Zoro et Rui, je prends simplement parti on va dire.

Cela dit, ce n'est pas le sujet ici.

-Quant à moi, je reprends. J'ai fait du foot pendant quelques années donc j'ai pu me forger une petite musculature avant la formation. Et ça c'est étoffé après, dis-je alors que je cherche encore mes arguments.

-Il n'y a pas que ça. Je n'ai rien de rassurant et mon homosexualité se lit sur moi...

-Quoi ?

-Je fais gay, termine-t-il.

-Et où est le problème ? Tu es gay, Rui!

-Peut-être mais je n'aime pas le regard des gens quand il se pose sur moi. Ils se disent « Ah, lui, il est gay. » J'ai l'impression que comme tout le monde peut le voir, ce n'est plus quelque chose qui est tout à fait uniquement à moi.

Je ne dis rien et regarde Rui qui baisse la tête. Je peux comprendre son raisonnement et ce qu'il ressent. Il a l'impression que les gens s'arrêtent à son apparence et le réduisent de ce fait à ça. Un garçon chétif, un peu trop blond, un peu trop gay.

-J'aimerais que pour une fois, on voit autre chose en moi. Comme le docteur…, murmure-t-il.

Rui rougit et baisse la tête.

Rui ne m'a pas reparlé de cet homme depuis qu'il m'a raconté son histoire dans notre chambre de North Blue. Il a l'air morose, la bouche boudeuse. Il continue de regarder ses pieds.

-Ça te manque ? je lui demande.

Il est surpris par ma question et me jette un coup d'œil avant de tirer sur les manches de son pull.

-Je ne sais pas, m'avoue-t-il. Mais quand je te vois avec ta petite-amie ou même Ace et Sabo… Peut-être que ça me donne envie. J'aimerais que quelqu'un me regarde à nouveau avec amour et bienveillance. Mais je sais que c'est impossible qu'un jour quelqu'un m'aime, pas quand je n'arrive pas à m'aimer moi-même. Alors j'ai envie de changer.

-Je sais que tu y arriveras si c'est ce que tu veux.

Je lui souris pour l'encourager et le prends dans mes bras. Il est tard et je lui dis qu'il est enfin temps qu'on aille dormir. Rui baille comme pour me donner raison. J'entends mes parents continuer à parler des vacances. L'avantage ou le désavantage d'avoir des murs pas très épais : on entend tout. Tout, mais pas tout le temps très bien. Rys voudrait retourner à North Blue, là où on a grandi. Quand j'y pense, c'est vrai qu'on est parti pour moi, à cause de moi. Mais avant, toute sa vie était là-bas. C'est normal qu'il ait envie d'y retourner.

Eden lui préférerait aller à West Blue pour pouvoir passer de merveilleuses vacances à moitié prix. Apparemment, il y a des promotions sur les vols et les logements. Ça a l'air de négocier sec au salon, j'ai hâte de savoir les résultats. Pour ma part, je n'ai pas de préférence, je veux juste passer du temps avec ma famille avant de nouveau devoir me séparer d'eux. C'est un déchirement à chaque fois.

Dimanche 04 Mars 2018

Je regarde Koala marcher en sautillant dans sa jolie tenue d'été alors qu'on est encore en mars. Je ne vais pas le lui reprocher, il fait si beau. Elle porte un top à rayures bleu marine et un pantalon court clair à motif fleuri sur un des côtés. Elle tient ma main et on déambule dans les allées de la fête foraine. On peut dire que nous sommes en plein rendez-vous. Je suis content de la voir, de partager de nouveau des moments comme ça. Je suis là encore plusieurs semaines et compte profiter de chaque moment libre. Je sais que Koala a beaucoup souffert de la distance et de mon manque d'implication. Je lui donnais peu de nouvelles et la laissais souvent penser à tort qu'elle ne me manquait pas autant que je lui manquais.

-J'aimerais bien faire la grande roue en dernier!

-Je m'y attendais.

Koala me sourit et je me penche pour l'embrasser. Elle sourit et rougit. Elle me tire à sa suite et on esquive habilement tous les autres badauds venus s'amuser.

-Je veux d'abord faire les manèges à sensations. Tu n'as pas le vertige, j'espère ?

-Ne t'inquiète pas pour moi.

On choisit un manège et on paye nos places avant de faire la queue. On observe alors les gens s'égosiller, criant à la fois de peur et de joie. Le premier manège que nous avons choisi se compose de plusieurs compartiments reposant sur un disque rond qui tourne à vive allure. Chaque compartiment est également indépendant et tourne sur lui-même.

-Ça a l'air trop bien ! s'extasie Koala, complètement euphorique.

Cinq minutes après, on boucle nos ceintures et on attend patiemment. Le manège se met en branle et commence doucement à bouger. Il prend cependant vite de la vitesse et Koala lâche un rire nerveux. Elle cherche ma main et quand elle s'habitue à la vitesse, crie et lève les bras. Je fais comme elle, contaminé par sa joie. J'ai la tête qui tourne quand on sort et je m'accroche à Koala qui fait de même. Heureusement, ça passe vite et on continue à se promener et à faire quelques manèges.

-J'ai besoin du point de vue d'un garçon, tu vas peut-être pouvoir m'aider !

-Je ne sais pas. Généralement, quand on commence une phrase comme ça… Est-ce que c'est un piège ?

-Bien sûr que non ! s'amuse-t-elle.

-Je t'écoute alors.

-Nami s'inquiète en ce moment... Sanji est distant et est moins attentionné envers elle. Elle se demande s'il ne lui cache pas quelque chose.

-Sanji ?

Je m'étonne de ce qu'elle me raconte et me demande même si on parle bien du même Sanji.

-Ça parait carrément surréaliste, je sais. Sanji est complètement accro mais c'est vrai qu'il est étrange en ce moment, même moi je l'ai remarqué. Ça ne veut peut-être rien dire mais je comprends qu'elle s'inquiète. Tu penses qu'il pourrait la tromper ?

Elle me pose cette question mais ne semble pas y croire elle-même.

-Je ne pense pas. C'est d'ailleurs un peu extrême comme supposition. T'en as parlé à Sabo? Il pourra te renseigner mieux que moi après tout.

-Ce n'est pas faux mais Sanji est son meilleur ami, je ne suis pas sûre que s'il se passe vraiment quelque chose, il me le dise.

Elle soupire.

-Mais je m'inquiète sûrement pour rien. C'est de Nami et Sanji dont on parle, ces deux-là vont finir leur vie ensemble, c'est sûr...

Elle sourit, de nouveau plus légère, et m'entraîne à sa suite.

On s'arrête devant un stand de nourriture et si je craque pour les chichis, Koala elle jette son dévolu sur la barbe à papa. Elle me fait goûter et pour me taquiner, m'en met sur le visage. Elle éclate de rire et pour me venger, je lui rends la pareille. Elle capitule, bonne perdante, et me fait des yeux de chat pour que je lui donne un peu de mes chichis. C'est succulent et Koala adore ça. D'ailleurs, je lui reprends très vite mon paquet des mains : la gourmande serait très bien capable de tout manger !

Notre sortie à la fête foraine continue. On enchaîne les manèges à sensations autant qu'on peut ainsi que les balades pour profiter de cette folle journée. Sur les coups de 18h, fatigués de marcher, on décide de rentrer. Mais il faut aussi dire qu'on a plus un sou en poche. Koala a de petits yeux et je l'embête en lui disant qu'une fois chez elle, elle va boire un verre de lait avant d'aller au lit. Je rigole mais un quart d'heure plus tard, je fais moins le malin quand elle me propose d'entrer chez elle. Ses parents ne sont pas là et j'essaie de ne pas y voir de signe quelconque.

On s'installe sur le canapé et pendant plusieurs minutes, on regarde les photos qu'on a prises aujourd'hui. Certaines sont si hideuses qu'on n'a pas besoin de se concerter pour les supprimer. D'autres sont à cacher de la vue du principal intéressé et serviront de photos dossiers au moment voulu. Et puis, celles qui restent seront de jolis souvenirs de l'agréable journée qu'on a passé.

C'était tout simplement parfait. Koala et moi, on n'a jamais vécu de moment comme ça ensemble. Il faut dire que depuis qu'on est en couple, on n'a pas vraiment eu l'occasion de se conduire en couple justement. Je la regarde, elle et son sourire si magnifique, et je l'embrasse. D'abord surprise, elle finit par se laisser faire. Elle a les yeux fermés et je fais de même avant de poser mon front contre le sien. Je sens son souffle s'écraser sur mes lèvres. J'ai encore sur la langue le goût sucré de la barbe à papa et des chichis de la fête foraine. Elle dit mon nom et m'embrasse de nouveau avec toujours plus de passion, si bien que je me sens vite fondre.

Il faut que je me calme et pour ça, je dois d'abord commencer à m'éloigner d'elle. Je la repousse gentiment mais elle fait fi de mes protestations et continue. Je finis par lui faire comprendre le message un peu plus clairement.

- Qu'est-ce qu'il y a ? s'étonne-t-elle finalement.

Elle me sourit timidement, perdue.

-Je… Enfin, je pense qu'on devrait s'arrêter là.

Elle fronce les sourcils et me regarde bizarrement. Apparemment, elle ne voit pas où je veux en venir.

-Pourquoi ?

-C'est à dire que je ne pense pas pouvoir rester de marbre très longtemps...

Cette fois, c'est moi qui suis gêné mais bon, fallait bien que je sois honnête. Koala rougit, visiblement embarrassée, et on est maintenant aussi rouge l'un que l'autre. On reste là à se regarder sans trop savoir quoi faire ni quoi dire puis Koala marmonne quelque chose que j'ai du mal à comprendre.

-Quoi ? je lui demande de répéter.

-Et où serait le problème ?

J'essaie de dire quelque chose mais je me trouve sans aucun argument à avancer. J'hausse les épaules sans trop savoir ce qui va bien pouvoir se passer après cet échange assez inattendu. Et ce n'est pas rien de le dire ! En entrant tout à l'heure, j'avoue que j'y avais un peu pensé mais pas plus que d'habitude. Le fait de ne pas m'être préparé à l'éventualité qu'il se passerait peut-être quelque chose entre Koala et moi aujourd'hui me rend extrêmement nerveux.

-C'est moi qui suis inexpérimentée et c'est toi qui es stressé!

Elle me regarde et finit par éclater de rire. Au début, c'est plutôt un rire nerveux et puis après, c'est plus franc, joyeux.

-On n'a jamais vraiment eu cette discussion toi et moi. Peut-être qu'il serait tant de l'avoir.

-Tu as raison, il n'y a pas forcément de moment idéal alors pourquoi pas maintenant, je tente.

Elle acquiesce et puis se lève timidement pour m'emmener dans sa chambre. Je découvre la pièce où elle passe le plus de temps ici, celle qui la représente un peu. Je ne suis pas surpris de voir cette douceur et ces couleurs chaleureuses, c'est à l'image de Koala. On s'assoit sur le lit et l'un comme l'autre, nous somme plus détendus que tout à l'heure.

-Est-ce que tu as envie de moi ? me demande-t-elle franchement.

-Bien sûr, je rigole, amusé par la situation. Je n'arrive pas à croire que tu me demandes sérieusement ça!

-Et pourquoi pas ? Tu n'as jamais rien tenté…

Elle a l'air triste ou au minimum déçue par ce fait et je ne sais pas trop quoi dire.

-C'est juste que je ne voulais pas te brusquer. J'ai vraiment envie de toi, Koala mais enfin… Tu es vierge, non ?

Elle rougit et baisse la tête. Je me dis alors que ce n'est peut-être pas le genre de choses qu'on demande comme ça. Elle finit quand même par me confirmer qu'elle n'a jamais eu de relation sexuelle.

-Je me suis simplement dit que, enfin je me trompe peut-être, mais généralement, les premières fois sont spéciales et je ne voulais pas te mettre la pression ou que tu te presses inutilement simplement pour moi.

Elle me sourit et se met sur ses genoux pour avancer lentement vers moi. Elle passe ses bras autour de mon cou et se penche. Sa bouche est à quelques centimètres de mes lèvres et j'ai le regard fixé sur ses beaux yeux.

-Tu es un vrai gentleman de penser à moi mais ne te prends pas autant la tête à cause de ça. J'ai envie de passer ce cap avec toi et parce que ce sera avec toi, je sais que ce sera spécial.

Elle se penche encore et m'embrasse. Elle est si belle. Je me laisse porter et lui rends son baiser. Je goute à ses lèvres et parce que cet instant est spécial, elles n'ont pas le même gout que d'habitude. Je la fais basculer sous moi, l'allongeant complètement sur le lit. Elle tire sur le col de mon pull et je l'enlève rapidement. Je vois toujours cette sérénité dans son regard et ce petit côté malicieux alors je l'embrasse encore et encore. Je dérive sur son cou et goute pour la première fois sa peau. Elle gémit et détourne la tête. Elle plaque ses mains sur mon torse mais ne me repousse pas vraiment. Elle est simplement gênée et j'ai l'impression qu'elle cherche à se protéger alors je ralentis. Je vais peut-être trop vite pour elle.

Je retourne à l'assaut de ses lèvres et caresse son ventre du bout des doigts. Je le sens se creuser sous les allers et venues de ma main.

-J'ai des préservatifs dans mon sac au cas où mais je ne sais pas...

-On ira à ton rythme. On n'est pas obligé d'aller jusqu'au bout aujourd'hui, je la rassure.

-Je sais, me sourit-elle. Mais mes parents ne sont pas là et je ne sais pas quand l'occasion se représentera...

Elle a un petit air conspirateur et ça me fait rire. Elle me suit dans mon hilarité et n'en pouvant plus, je me laisse tomber sur elle. Koala se plaint de mon poids et me pousse sur le côté. On se fixe, allongé sur son lit, les joues rouges et le regard rivé sur l'autre, l'excitation et l'amour bien présents dans nos regards.

Elle m'embrasse et je sais que peu importe comment se finira cette journée, elle fait déjà partie des plus beaux instants de ma vie.

Je suis amoureux de Koala, je ne peux plus douter à présent.

Mardi 06 Mars 2018

Ace enfourne encore une frite dans sa bouche avant de sourire à Rys qui le lui rend bien. Il en prend une deuxième qu'il trempe goulument dans le ketchup. Il semble l'apprécier encore plus et je le regarde faire, à présent résigné quant au fait certain que je vais devoir attendre qu'il ait terminé de manger pour parler. Je ne travaille pas le mardi et si j'avais pour objectif d'aider mes parents en faisant les taches laissées à l'abandon par manque de temps – comme ce placard de salle de bain qui prend la poussière depuis plusieurs semaines – j'ai de plus en plus de doutes quant au fait d'y arriver.

Ace continue de manger ces frites et je me résous à faire de même. Ruy n'est pas là ce midi, il ne commence qu'à 14h et voulait profiter de sa pause pour faire je ne sais quoi. Je n'ai pas bien compris à vrai dire. Un rapport mystérieux avec un des chats de la SPA fraichement adopté. J'espère juste qu'il prendra le temps de manger.

J'apprécie les frites maison de mon père ainsi que cette escalope de dinde très tendre. Je comprends mieux en goutant la frénésie d'Ace à manger. Celui-là alors, et dire que la part qu'il bouffe, j'aurais pu la manger ce soir! Tant pis. Eden et Rys apprécient vraiment Ace et c'est sans doute parce qu'ils pensent à tort que c'est mon seul ami avec Rui. Il faut à tout prix que je me décide à leur démontrer le contraire.

-Est-ce que je peux en avoir encore ?

-Bien sûr ! Dis donc, tu as de l'appétit, constate avec amusement Eden.

-C'est que c'est très bon!

-Merci. Tiens, ressers-toi.

Ravi du compliment, Rys lui ressert une grosse portion. Bah avec ça, je peux toujours aller me brosser si j'espère avoir des restes. Ace a tout fini. Mais pourquoi est-il là au fait ? Pour me parler ou pour manger ? Il a débarqué quelques minutes avant le repas sans crier gare et comme on s'apprêtait à manger, mes parents l'ont invité. Depuis, il n'a d'yeux que pour son assiette.

-C'est vraiment délicieux, des bonnes frites maison! Ma mère aussi m'en faisait et je dois dire que ça me manquait un peu!

Mes parents sourient, attendris. Je tourne la tête et regarde la télé. Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre.

-C'est quand que tu viens nous voir répéter, on t'attend nous! me demande soudain Ace.

-Je ne vous oublie pas. Pourquoi pas mardi de la semaine prochaine? Étant donné que c'est mon jour de repos, je pense avoir le temps de passer. Mais tu crois qu'on me laissera entrer ? je lui réponds.

Je n'y avais pas pensé avant mais à présent, je suis une personne extérieure à l'établissement et je ne peux plus rentrer aussi facilement à Marie-Joa que quand j'y étudiais.

-T'inquiète pas. Qui va te contrôler de toute façon ?

J'hausse les épaules, lui donnant ainsi raison.

-Je viendrais te chercher à l'entrée au cas où, ajoute-t-il.

-OK, on a qu'à faire comme ça.

Il acquiesce, visiblement satisfait, et recommence à manger. Il se stoppe pourtant quelques secondes plus tard et me fixe, les yeux grands ouvert. Ça y est, il vient d'avoir une révélation.

-Hé, en parlant du Glee Club, j'ai une super nouvelle pour toi ! C'est pour ça que je venais d'ailleurs!

-Sans blague.

J'ai beau dire, Ace me fait bien rire.

-Je ne sais pas pourquoi je n'y avais jamais pensé avant, ça m'est revenu quand je parlais avec ma mère, d'un seul coup! C'est comme une ampoule qui s'est allumée soudainement!

-Oui, je vois le genre. Je me demande juste quel genre d'ampoule est allumée chez toi.

-Le conservatoire ! s'écrit-il alors, ou bien c'est moi qui hallucine et pense ça seulement parce que ces mots résonnent trop fort en moi.

-Quoi, le conservatoire ?

Bien entendu, mes parents écoutent attentivement.

-Ma mère travaille au conservatoire juste à côté de Baterilla et elle m'a dit qu'il restait encore des places et que l'école offrait une bourse bien plus généreuse que celle de Goa! Pourquoi tu ne tentes pas le concours d'entrée?! Je suis sûr que ça marcherait!

-C'est-à-dire que tu me prends de court, Ace... Je ne sais pas trop quoi dire… Je vais y réfléchir.

C'est surtout qu'Ace me met face à mes hésitations et à mes échecs. Depuis plusieurs mois déjà, je pense à retenter ma chance au conservatoire sans jamais trop me l'avouer. Mais entre y penser et se lancer, il y a une différence. Finalement, j'avais même fini par me convaincre que j'avais fait le bon choix en faisant cette formation militaire.

Mais avec cette annonce, fini les hésitations.

Je suis obligé de faire un choix à présent.


« Lorsqu'une porte de bonheur se ferme, une autre s'ouvre automatiquement. Souvent, tu regardes si longtemps la porte fermée que tu ne vois pas celle qui a été ouverte pour toi. »

Helen Keller

Shanks


Jeudi 08 Mars 2018

-Pourquoi c'est vous qui vous occupez de moi? râle à moitié l'homme qui me fait face.

Ça fait tout juste une semaine que j'ai repris le boulot et je me réhabitue au travail et à cette ambiance si spécifique. Je m'approprie mon bureau car ce n'est plus tout à fait le même et j'apprends également à utiliser mon corps. Je suis diminué, c'est un fait, mais je ne veux pas non plus que ça m'handicape. J'aime vraiment mon métier : défendre l'intérêt des gens, travailler dans le droit, je n'y renoncerai pour rien au monde.

A vrai dire, depuis que j'ai repris le travail, c'est le premier client qui se montre difficile. Je ne sais pas encore pourquoi il gueule mais je ne vais pas tarder à le découvrir.

-Vous avez l'air jeune, constate-t-il. Est-ce que vous êtes vraiment compétent ?

-Bien entendu, mais ça, vous pourrez le juger vous-même grâce à mon travail.

-Oui mais moi, je paye une fortune alors j'ai droit à un service de qualité! Je veux avoir le meilleur avocat du cabinet et pas le stagiaire de service!

Je souris pour masquer à quel point j'ai envie de l'encastrer dans le mur. Est-ce qu'il sait combien d'années d'étude j'ai fait pour devenir avocat et combien j'en ai bavé ? Ah, décidément, je n'aime pas ce mec. A tous les coups, il est là pour une histoire d'adultère et sa femme ayant tout découvert demande le divorce. Il veut simplement garder son pognon et en laisser le moins possible à sa chère et tendre.

-En quoi puis-je vous aider ?

Je décide de l'ignorer : ça l'agace plus qu'autre chose et ça me va très bien comme ça.

Malheureusement, il continue de faire sa diva et si au début c'était supportable, même si difficilement je l'admets, je commence à saturer. D'ailleurs, pendant cinq bonnes minutes, je coupe mon esprit des jérémiades de l'homme et pense à quel plat succulent Cavendish va faire ce soir. C'est fou comme il est doué pour ça! Et dire qu'avant, il se plaignait que je ne sois jamais là pour cuisiner! C'est vrai qu'il ne fallait pas trop compter sur moi pour le repas au loft mais il faut également voir le bon côté de la chose. A présent, il est aussi bon qu'un vrai chef et il pourra toujours se reconvertir si jamais un jour il est lassé par le mannequinat. Ce serait assez drôle à voir.

-Vous m'écoutez, oui ?! postillonne mon client.

Amusé par cette maladresse, j'éclate de rire et, rouge de colère et de gêne, l'homme se lève. Au même moment, une de mes collègues entre dans mon bureau. Alertée par le bruit, elle cherche certainement à savoir si tout va bien.

-Est-ce qu'il y a un problème ? demande-t-elle.

-C'est simplement que ce petit plaisantin qui se prétend avocat se fout de moi! C'est un scandale, on n'est donc pas sérieux dans ce cabinet ou quoi ?!

-Bien sûr que si, monsieur. Il y a dû y avoir un malentendu avec Shanks. Si vous voulez bien me suivre, je vais vous recevoir dans mon bureau.

Je fixe ma collègue, n'arrivant pas à croire qu'elle me pique mon client. Elle esquisse un sourire penaud pour s'excuser. C'est simplement pour calmer les choses, je le comprends bien, mais tout de même!

Si à l'avenir ce genre de scènes se répète, je ne vais pas attendre qu'un de mes collègues rapplique pour me remplacer auprès du client tout simplement pour satisfaire les difficiles!

Mais sur ce coup-là, je ronge mon frein et observe le visage du bonhomme se détendre, visiblement satisfait de la tournure des choses.

-Eh bien, merci tout de même de m'avoir reçu.

Maintenant qu'il a ce qu'il veut, il décide de se montrer courtois. En fait, il pousse même le bouchon à vouloir me serrer la main.

Mais je reste immobile à regarder cette main qu'il me tend. Quelques secondes s'écoulent et, frappé par une humiliation de plus, il tourne les talons, furieux. Ma collègue me fait un sourire encourageant et quitte mon bureau.

Cette main, même si je l'avais voulu, je n'aurais pas pu la lui serrer. Mais plutôt mourir que de le montrer à un homme aussi minable que lui.

Je préfère encore passer pour un petit con que pour un infirme.

xXx

Je quitte le boulot sans faire attention à ce qu'il se passe devant moi. Les yeux rivés sur mon portable, je souris à la réponse positive de Ben et de Yassop. Je sens que ce soir, je vais me faire plaisir! J'envoie un rapide message à mes amis pour leur confirmer l'heure et me mets en route pour la station de métro la plus proche. Je m'arrête alors brusquement en apercevant Sabo qui sort du café où il avait justement postulé il y a quelques jours. On dirait qu'il a été pris et le petit cachotier ne nous a rien dit. Ou l'a-t-il fait et alors, ça veut dire qu'il faut vraiment que j'apprenne à retenir les informations qu'on me donne?

Peu importe, dans tous les cas, je suis content de le voir. Je marche jusqu'au passage piéton. Sabo ne m'a pas encore vu et si je ne veux pas le louper, il faut que je me dépêche, il commence déjà à partir. J'ai l'impression que le feu met une éternité à passer au vert et je vois Sabo s'éloigner de plus en plus. J'ai le sentiment que c'est mort. J'y vais quand même une fois que le feu me le permet : si je le loupe, ce n'est pas bien grave, je le verrais au loft.

Malheureusement, une fois de l'autre côté, je suis obligé de me résigner : plus aucune trace de Sabo. Mais quel chemin a-t-il pris pour se rendre au métro ? Je ne me prends pas trop la tête avec ça. Après tout, une superbe soirée m'attend. Je retourne à la bouche de métro la plus proche et l'attrape de justesse. Il est bondé mais ce n'est pas un problème pour moi. Pour ceux qui ont un odorat un peu plus délicat, sans doute davantage. C'est que toutes ces odeurs différentes, ça peut donner le tournis. Je descends environ 20 minutes plus tard et marche quelques minutes avant d'arriver dans mon quartier. Je ralentis quand j'arrive dans mon hall d'immeuble et esquisse un sourire qui se veut léger.

-Mihawk. Je ne voudrais pas m'avancer mais mon petit doigt me dit que tu es là pour moi !

Mon ancien amant – c'est étrange de l'appeler comme ça – s'avance vers moi.

Cette fois, plus question de me laisser impressionner comme la dernière fois et encore moins de me laisser prendre au dépourvu. Je sais à présent à quoi m'attendre et me marre d'avance. Comme ça va être drôle de le voir parler dans le vent!

-Dis-moi, tu ne t'embellis pas seulement de jour en jour mais tu deviens de plus en plus perspicace.

-C'est ça, moque-toi. En attendant, ce n'est pas moi qui fais le joli cœur devant l'autre.

-Vraiment ? Certains disent que ça me va bien.

-Change de fréquentation alors parce que ces gens-là ne te veulent pas que du bien.

Il me sourit et je fais de même. Peut-être que j'ai encore du mal à voir en Mihawk un amoureux transi mais en parlant avec lui, j'ai cette sensation agréable de retrouver le Mihawk d'avant, celui que je considérais comme un ami avant que tout ne dégénère.

-Pas de diner pour moi, Cavendish a fait une pizza. Ça arrive seulement tous les trois ans, hors de question de rater ça, dis-je avant même qu'il n'ajoute quoi que ce soit.

Peut-être voulait-il m'inviter ou pas, je ne le saurais jamais et ça me va très bien.

Je ne laisse pas à Mihawk le temps de répondre et m'engouffre dans l'ascenseur, le laissant planté dans le hall. J'ai un sourire idiot aux lèvres et me retiens de rire. Décidément, il est plus déterminé que ce que je pensais.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrent et j'en sors bien trop précipitamment. J'ouvre la porte du loft avec fracas et hume l'odeur de la pâte qui lève ainsi que tous les ingrédients qui composent la pizza. Je repère très vite Cavendish qui s'affère en cuisine et le prends dans mes bras. Je suis de super bonne humeur et ce en dépit de ce qui est arrivé plus tôt dans la matinée.

-Qu'est-ce que ça sent bon! On mange quand ?

-Dans dix minutes !

-Très bien. Je prends une douche et après, je mets la table.

Je cours dans la salle de bain puis m'arrête brusquement. Je fais demi-tour et retourne voir Cavendish.

-Sabo n'est pas là ?

-Non. Je crois que c'était son premier jour au café aujourd'hui.

-C'est bien ce que je me disais, je marmonne.

-Quoi ?

-Non, rien. C'est juste que je l'ai vu sortir et je pensais qu'on serait rentré à peu près en même temps.

-Il ne va peut-être pas tarder.

-Tu as certainement raison.

-Comme toujours.

Je secoue la tête, amusé, et n'ayant plus rien à dire, me dirige dans la salle de bain, bien décidé à enfin prendre cette douche.

Vendredi 09 Mars 2018

Je regarde la devanture du bar, celui où j'étais venu me trainer pour le réveillon de Noël. L'endroit n'a pas changé et est toujours aussi bondé. Les rires me parviennent très clairement, même de dehors, et c'est tout sourire que je pousse la porte du bar. La petite clochette sonne dès mon entrée et je me dirige aussitôt vers le comptoir où mon barman préféré s'affaire à servir un cinquantenaire qui ne doute de rien en tentant sa chance avec lui.

Je m'assois à deux places d'eux et observe l'échange en souriant. Une des collègues de Ruey vient prendre ma commande. Je lui réponds gentiment que j'attends que celui-ci me remarque pour me surprendre avec un de ses cocktails dont il a le secret. La femme me regarde bizarrement et puis s'en va en souriant. Je me demande si elle ne s'est pas imaginée de fausses choses. Je la regarde partir et observe de nouveau le brun.

Il est gêné et ça saute tellement aux yeux que c'en est mignon. Ca doit être pour ça que le client ne lâche pas l'affaire. Il doit penser avoir une chance parce que le brun rougit et a l'air intimidé. Le pauvre se trompe complètement. Ruey est tout le temps comme ça, du moins c'est ce que j'ai cru comprendre en venant ici la première fois. Ce spectacle aurait très certainement pu durer des heures encore si le barman n'avait pas trouvé le courage de se défiler pour servir d'autres clients. C'est d'ailleurs à ce moment-là qu'il finit par croiser mon regard.

Il n'a pas l'air d'y croire au début car il fronce les sourcils. Puis je lui souris et son visage s'illumine. A côté, le cinquantenaire soupire : lui aussi s'imagine des choses. Mais tant mieux pour Ruey. Il pense que le barman est une chasse gardée, qu'il n'a aucune chance et décide donc d'abandonner. Il finit son verre d'une traite et fait claquer un billet sur le bar.

-Bonsoir ! je chantonne.

-Qu'est-ce que tu fais là ?

Il s'approche de moi presque timidement.

-Je suis revenu de Briss il y a quelques jours et j'ai eu envie de te revoir alors me voilà!

-Tu y es vraiment allé alors ? s'étonne-t-il.

-Bien sûr!

-Comment c'était ?

-Magnifique! J'ai déjà envie d'y retourner mais je vais avoir du mal, je ne suis pas sûr que grand monde ait envie de me laisser partir!

-C'est normal. Je suis content de te revoir, m'avoue-t-il.

-Moi aussi. Et je vois que tu es devenu populaire en plus. Dis donc, j'en ai raté des choses !

Ruey comprend tout de suite de quoi je veux parler.

-Ce n'est pas ce que tu crois… Enfin, c'était juste assez gênant...

-Tu es beau, il n'y a pas de honte à plaire.

-Je vais te préparer un cocktail.

Je rigole, reconnaissant bien là la manière de Ruey de fuir les compliments.

Je l'observe s'afférer à me servir encore une de ses succulentes préparations. Il me dépose ensuite ce que j'appelle une œuvre d'art.

-Tu pourrais m'accompagner une prochaine fois.

-Moi ou Mihawk?

-Tu te souviens de ça aussi.

Je rigole mais au visage un peu tendu de Ruey, je devine qu'il me demande d'arrêter de lui laisser des portes ouvertes alors qu'on sait tous les deux qu'il ne se passera rien. Il a raison, je devrais arrêter de flirter avec lui juste parce que je lui plais et que ça me rassure de plaire. C'est une partie de ma personnalité mais je reconnais que ça peut blesser certaines personnes. Je ne prends pas grand-chose au sérieux mais je vais faire un effort. J'apprécie Ruey et je n'ai pas envie de le blesser. A la fin, il va finir par me détester et ça, c'est hors de question.

-Tiens, en parlant de lui, il s'est maintenant mis dans la tête de me séduire, dis-je en rigolant.

-C'est une bonne chose, non ?

-Je ne sais pas. Avant, ça m'aurait plu mais maintenant... Non, en fait, pour être honnête, ça me plait mais comme je ne sais toujours pas si une histoire avec lui pourrait marcher, je modère ma joie. C'est Mihawk, il peut avoir des humeurs changeantes et j'avoue que j'ai peur qu'un jour il décide d'à nouveau partir...

Je bois une longue gorgée de mon cocktail.

C'est la première fois que je suis honnête sur ce sujet là avec quelqu'un. Même à moi-même, je n'osais pas me l'avouer.

-Tu dois en avoir marre de m'écouter me contredire, je souffle.

-Pas du tout. Ça fait aussi partie de mon travail après tout.

Je rigole. J'ai maintenant l'impression de me retrouver dans la peau d'un vieux soulard qui vient vider son sac au comptoir du bar.

Je présume que cette confession est pour Ruey une manière de me remettre à ma place et une façon d'entériner le fait qu'il ne se passera rien de très concluant entre nous. On s'en amuse et je retrouve l'ambiance qui m'avait tant plu. Il ne manque que Luz et Mina pour parfaire le tableau de cette superbe soirée. Entre hier et aujourd'hui, j'ai l'impression de retrouver mes vieilles habitudes. D'être de nouveau moi-même.

-Tu n'as jamais pensé à te reconvertir en psychologue ?

-Figure-toi que si. Mais je serais franchement mauvais, je suis meilleur en ami, n'est-ce pas ?

-Oui, c'est vrai. Tu es vraiment un bon ami.

Dimanche 11 Mars 2018

Je marche lentement, prenant mes aises dans l'appartement somptueux quoi qu'un peu froid. Mihawk, un verre de vin à la main, m'observe, immobile. Il me regarde évoluer dans son tout nouvel appartement.

-C'est pas mal. Moi qui pensais que tu resterais encore des années chez Roger et Hancock.

-Et pourquoi ça ?

-Tu achètes un appartement, te voilà donc coincé à Dawn. Enfin, en quelque sorte. C'est un investissement peut-être ?

-Ce n'est pas prévu en tout cas.

Il termine son verre et le laisse sur la table basse du salon.

-Pourquoi tu es là ?

-Parce que quand Roger me l'a dit, je n'arrivais pas à y croire. Pour vérifier de mes propres yeux on va dire.

-C'est justement ça que je trouve étonnant. Tu as remarqué qu'on est seul ici ?

-Oui.

Je fronce les sourcils, ne voyant pas forcément là où il veut en venir.

-Pourquoi venir dans mon appartement dans lequel tu sais qu'il va forcement se passer quelque chose alors que tu me fuis habituellement?

-Je ne vois pas pourquoi il se passerait forcément quelque chose.

Il m'observe et le poids de son regard est si grand que je détourne les yeux. J'ai l'impression que ça va vite tourner à mon désavantage.

-Je le lis dans tes yeux, Shanks.

Je ne sais pas trop quoi répondre. Il n'a pas tort mais ça, je ne peux pas le lui avouer. Je me racle la gorge et marche jusque dans la cuisine. Je fais comme chez moi et me sers un verre d'eau. Je retourne au séjour où j'y retrouve Mihawk qui regarde par la baie vitrée. Il a toujours aimé ce genre d'architecture, de décoration pourtant impersonnelle. Une grande vue comme pour mieux pouvoir s'échapper de son quotidien morose en jetant simplement un coup d'œil dehors. S'imaginer à mille lieux d'ici.

J'ai bien réfléchi après ma soirée arrosée au bar. Notre relation est compliquée mais Mihawk n'a pas été que mon amant. Il me manque et je voudrais retrouver mon ami.

-J'aimerais qu'on redevienne amis. Qu'on oublie le passé et qu'on recommence sur de bonnes bases.

-OK.

-OK ?

Je m'étonne de la facilité avec laquelle il vient d'accepter.

-Pour de vrai ? je demande pour être sûr.

-C'est ce que tu aimerais que je réponde, non ?

-Ouais.

-Eh bien, non, ce n'est pas vrai.

-C'était trop beau pour être vrai...

-Shanks, je t'aime et tu m'aimes aussi. Il est trop tard pour retourner en arrière.

-Je savais que je ne pouvais pas discuter avec toi...

J'essaie de rester calme et le plante là pour me diriger vers la porte. Mihawk ne me laisse pas faire et me rattrape en moins de deux. On se regarde et, contrairement à tout à l'heure, la tension est plus élevée. Est-ce que c'était destiné à se terminer comme ça ? Est-ce que je suis venu en espérant que ça se termine comme ça ? Venir ici en prétextant observer son nouvel environnement, sa nouvelle maison? Pour lui proposer une amitié à laquelle je ne suis pas sûr de croire moi-même? Suis-je là pour essayer de surmonter mon appréhension face à notre attraction ou réellement parce que je suis nostalgique d'une époque révolue?

Non, la relation qu'on avait avant me manque réellement, tout allait bien après tout. Mais Mihawk a raison, nos sentiments ont évolué. On ne peut plus retourner en arrière alors il faudra faire avec.

-Pourquoi tu luttes? souffle-t-il alors qu'il m'accule contre un des murs. Je ne peux pas croire que c'est parce que tu as peur de souffrir. Tu es toujours si désinvolte à ne jamais rien prendre au sérieux.

-Et pourtant.

Je le repousse et soupire sous le poids de son regard.

-Ça ne marchera pas, Mihawk.

-Et alors? Ça ne t'a jamais arrêté avant.

-Ce n'est plus comme avant.

Il essaie de m'embrasser et je recule avant de lui faire les gros yeux.

-Ne m'en veut pas d'essayer.

Il soupire.

-Shanks, je ne suis pas patient et tu as raison, la manière dont je me conduis ne me ressemble pas, admet-il. Je l'ai fait parce que j'ai pensé que c'est ce dont tu avais besoin mais je me suis trompé. Si tu t'obstines à me résister, je partirai.

-Putain, t'es sérieux !? je fais, énervé. C'est quoi ce chantage !?

-Pourquoi rester si rien ne me retient ? C'est toi qui es venu me chercher il y a quelques mois. Assume.

-T'es vraiment un connard!

Mihawk sourit. Cette insulte sonne comme un compliment pour lui. Je ne sais pas bien pourquoi en revanche. Il reste là, près de moi, et j'ai l'impression d'avoir de plus en plus de mal à réfléchir. On joue au chat et à la souris, c'est certain. Mais on n'a pas 15 ans et on devrait être capable de se dire les choses en face. Mihawk a raison, je prends rarement les trucs au sérieux et me contente de me laisser porter par le moment. Pourquoi me prendre la tête sur ça ? J'en attends sans doute trop et c'est ça qui me mets le doute. Mais surtout, je ne veux pas finir dans le même état qu'il y a quelques semaines.

Mihawk voit mes hésitations et m'embrasse. J'essaie de le repousser mais il faut que je me fasse une raison : depuis que j'ai totalement perdu la mobilité de mon bras, je ne fais plus le poids face à lui.

Je ferme les yeux, arrête de penser, de respirer.

J'espère que je ne suis pas en train de faire une bêtise. Mais quand il y a une telle attraction entre deux personnes, est-ce même possible de résister ? Je décide d'oublier mes doutes pour me laisser porter par l'instant.

Je pose ma main dans son dos et le presse contre moi. J'échange nos places et le plaque contre le mur. Il me fixe, surpris. Je souris contre ses lèvres. Hors de question de le laisser penser que je suis à sa merci comme avant. Nous sommes sur un pied d'égalité et je compte bien le lui montrer. J'ai au moins compris que sans cet aspect, notre relation n'a aucune chance de mieux se terminer que la dernière fois.

Je touche son estomac tout en pressant mon bas ventre contre le sien. Ses mains sont posées sur mes fesses alors que je m'attelle à lui faire un énorme suçon dans le cou. Et dire qu'il y a encore trois mois, je n'arrivais pas à bander! Là, j'ai l'impression que je suis si tendu que je vais exploser. Sans me détacher de lui, j'ouvre avec difficulté ma braguette. Mihawk baisse légèrement mon pantalon avant de passer ses mains sous mes cuisses. Il me soulève sans difficulté et m'allonge sur le canapé. Il enlève son haut et je l'aide. Il va trop doucement à mon gout.

Il se couche sur moi et bouge ses hanches. Je gémis en accompagnant ses mouvements. Ça y est, ça dérape.

-Je n'ai pas de préservatifs, je le préviens pendant que j'ai encore toute ma tête.

J'espère sincèrement qu'il a quelque chose, je vais mourir de frustration si on s'arrête là.

-J'ai ce qu'il faut.

Il m'enlève mon haut et mon pantalon presque simultanément et je cherche encore à savoir comment il a fait quand il se met à mordiller mes tétons.

Je grogne, il sait bien que je n'aime pas trop ça. Ça me fait bizarre et je ne sais jamais trop comment réagir.

-Je peux plus attendre, vite...

Mihawk ne semble pas m'entendre alors je le tire jusqu'à moi. Je l'embrasse avec brutalité et lui fais toucher mon sexe pour seule explication. Quelquefois, les gestes sont bien plus clairs que les mots.

J'ai déclaré un nombre incalculable de fois que je voulais prendre Mihawk, retrouver les sensations que j'avais eues lors de notre première fois. Maintenant, je me rends compte que c'était parce que je voyais en ces étreintes une sorte de confrontation. Qui prendrait l'ascendant sur l'autre. Mihawk ne l'avouera peut-être jamais mais je suis sûr que c'était pareil pour lui. Il ne voulait pas échanger les rôles parce qu'il ne voulait pas que je le vois vulnérable, il se le refusait.

Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'on a franchi ce cap si important. Il n'y a qu'à nous voir : c'est simple, chacun écoute l'autre et nous le voulons tous les deux. J'ai envie qu'il me prenne.

Après m'avoir complètement déshabillé, il me retourne et j'étouffe un gémissement dans un des oreillers encore sur le canapé. Je sens ses mains écarter mes fesses et sa langue se poser en de furtives caresses sur mon intimité. Sérieusement ? C'est quelque chose de si excitant et érotique que je ne résiste pas au fait de m'astiquer pour calmer mon excitation.

Je ne pensais pas Mihawk capable de faire ça. Et dire que la deuxième fois, j'avais peur de lui demander une petite gâterie! Je sens ses doigts s'immiscer en moi. C'est beaucoup trop pour moi qui n'ai plus l'habitude d'être touché comme ça et je me répands sur le canapé. Je m'excuse pour le tissu et essaie calmement de reprendre ma respiration. Mihawk se relève mais je n'ai pas le courage de vérifier ce qu'il fait. Deux minutes plus tard, il revient et embrasse ma nuque. J'essaie de trouver le courage de me redresser, de lui rendre la pareille, mais j'ai à peine assez de force pour tourner la tête.

J'entends le bruit d'un flacon qu'on ouvre et je devine la bouteille de lubrifiant. Quand je sens ses doigts de nouveau en moi, je n'ai plus de doute. Je gémis et commence à bouger mes hanches. Sans le vouloir, j'initie les mouvements de va et vient. Au moins, Mihawk ne me le fait pas remarquer. Il arrête son interminable torture au bout d'un trop long moment. Je le sens se presser contre moi. C'est à ce moment là que je retrouve mes forces. Je me redresse et l'embrasse. Je le repousse et son dos heurte le canapé dans de délicieux rebonds. Je fixe sa virilité habillée et passe mes hanches de part et d'autre de sa taille. Je m'avance jusqu'à être à la bonne hauteur et me saisit de son sexe.

Mon ami, mon amant, la personne que j'aime à un point tel que je suis prêt à renverser tous mes principes pour lui me regarde, comme subjugué.

-Mihawk...

Sa main caresse mes hanches avant de dévier sur mon ventre puis de remonter jusqu'à mon cœur.

-Tu ne partiras pas, n'est-ce pas ? je lui souffle.

-Si je le fais, est-ce que tu viendras de nouveau me chercher?

-Oui.

Je ne peux pas me voiler la face plus longtemps alors que nous sommes enfin sincères l'un avec l'autre. Alors qu'on vit un moment si beau.

-Et toi, si jamais je doute encore…

-Je te montrerais autant de fois que nécessaire que cette histoire vaut le coup d'y croire.

Il sourit et c'est quelque chose de si rare chez Mihawk que je me sens submergé par l'émotion. Il se redresse difficilement et m'embrasse. Je me laisse lentement glisser sur lui.

J'arrête de réfléchir, je fais comme avant, et saute à pied joint dans cette histoire.

xXx

Je suis complètement cassé. J'aurais peut-être mieux fait de dormir chez Mihawk mais pas sûr qu'il m'aurait laissé dormir. Et puis, ce n'est pas parce qu'on est enfin ensemble qu'il faut qu'on passe tout notre temps collé. Oui, j'ai accepté l'idée que je vais le revoir. Qu'on ne fera pas comme si de rien n'était. Enfin, j'essaye.

Mais franchement, à chaque fois c'est la même chose : j'ai mal dans le bas du dos et me sens courbaturé. Faudrait peut-être que je dise à Mihawk qu'il faut qu'il pense à tirer son coup de temps en temps. J'ai l'impression qu'il fait abstinence et que c'est moi qui prends toute sa frustration sexuelle… Merci bien. Tu m'étonnes qu'il soit infatigable après. C'est ça, le problème avec les sportifs, ils sont bien trop endurants.

Je baille et une femme me regarde dans le bus. Elle a l'air choqué. Si elle savait ce que je viens de faire, la petite. Je lui souris et elle me regarde en fronçant les sourcils. Bah, on ne se sourit pas alors. On ne doit pas être assez intimes pour ça. Que je suis bête, deux inconnus, ça ne doit pas se sourire! C'est évident!

Mais je le fais quand même. Je reçois un sourire crispé de la femme en retour. C'est plutôt pas mal.

Le bus s'arrête et je regarde où je suis rendu : normalement, je suis encore bien loin du loft.

J'observe le paysage, la ville s'animer pour la nuit qui arrive et n'en crois pas mes yeux quand je reconnais Sabo. En fait, c'est surtout les deux personnes qui l'accompagnent plus que lui-même qui attirent mon attention.

Ces deux hommes sont plutôt connus dans le milieu et si maintenant ils se prétendent être de simples profs de danse, je sais qu'ils ont des rapports encore très forts avec l'Armée Révolutionnaire. Roger les a à l'œil, ils s'occupent du Glee Club après tout. Mais pourquoi sont-ils avec Sabo? Comment diable ont-ils bien pu se rencontrer mais surtout, pourquoi ont-ils l'air si proches ?

Que fabrique Sabo… ?


Et voilà, deux pov de personnages secondaires, enfin je ne sais pas si on peut les appeler comme ça. J'espère que ce chapitre vous aura plu. A la semaine prochaine !