Bonjour,

Titre : Once Upon A Time - tome 2...

Auteur : Typone Lady

Disclaimer : L'univers de One Piece ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas : ils sont à Eiichiro Oda. Je les emprunte le temps d'une histoire.

Rated: M

Genre : Romance, Hurt/Comfort, Song-fic

Résumé : « Raconte-moi une histoire…une merveilleuse histoire comme on en voit si souvent dans les contes de fées. Laisse-moi imaginer encore un peu que nous aussi, nous avons le droit d'être heureux. » Peu importe à quel point ils le désirent, il y a des choses sur lesquelles ils n'ont aucun contrôle. Impuissant, ils observent les ruines de cette vie sans voir cette lueur d'espoir tapis dans l'obscurité.

Bêta correctrice : pommedapi

Note : Merci à ma bêta pommedapi pour ses précieux conseils et aussi pour avoir corrigé ce chapitre ;).

Bonne lecture à tous !


Once Upon a Time n'est pas une fiction à l'eau de rose.

C'est juste une histoire.

Leur histoire.

Parce que la vie n'est pas un conte de fées...

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Chapitre 26

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« Si l'homme n'a pas découvert qu'il mourra, il n'est pas encore apte à vivre. »

Martin Luther King Jr.

X-Drake


Vendredi 06 Avril 2018

Aujourd'hui, j'ai la tête un peu ailleurs. J'ai du mal à me concentrer sur ce que je fais. Ce sont les régionales et j'y pense beaucoup trop. Je n'étais pas autant sur les nerfs l'année dernière. Ou sans doute que si. Mais cette année, ça reste quand même différent parce que je serai un simple spectateur parmi tant d'autres. En y pensant, je n'ai jamais assisté à un show de ce genre. Je suis sûr que ce sera formidable et j'ai hâte. C'est sans doute ça qui me travaille le plus.

L'attente jusqu'à ce soir s'annonce fastidieuse. J'espère que le travail m'aidera à m'occuper l'esprit et à ne pas voir les heures défiler.

-Ça y est, c'est le grand jour ! s'exclame Rys.

-Ouais. Tu ne peux pas imaginer à quel point je suis impatient.

Mon père s'en amuse et pose sa main sur mon épaule avant de me pointer la fin de mon petit-déjeuner. Franchement, je ne suis pas sûr d'arriver à finir ses toasts. J'ai beau ne pas participer au concours des Glee Club, je ne peux m'empêcher de stresser : autant dire que j'ai l'estomac noué.

Mais c'est plutôt un bon sentiment ça n'a rien à voir avec un sentiment de nervosité mais plus d'impatience. Surtout que demain, on part faire du camping sur un terrain appartenant à la famille de Shirahoshi.

Je suis assez excité et je risque d'être une véritable pile électrique mais ce n'est pas bien grave.

Ce n'est pas dans mes habitudes et je crois que ça fait plaisir à mes parents de me voir comme ça. Prendre la décision de retenter le concours d'entrée au conservatoire m'a en quelque sorte libéré. C'est assez étrange à dire, d'autant que pour l'instant rien n'est joué. Je dirais même que j'ai encore plus à perdre qu'avant. Mais je suis enfin en paix avec moi-même.

Je veux aller au bout de mes rêves.

-Tu es confiant ? me demande Rys.

-Bien sûr. Ça va être génial.

C'est étrange, l'idée de voir mes amis sur scène me rend euphorique.

-J'en suis également convaincu. Tu filmeras ? Eden et moi, on aimerait quand même bien voir le spectacle de ce soir d'une façon ou d'une autre.

-Je n'y manquerai pas !

-Tant mieux. En attendant, dépêche-toi. Il y a des travaux sur la route et le bus fait des déviations, me prévient Eden.

-Ah bon ?

Mon père acquiesce et je regarde l'heure. Ça va être juste.

-Je ne peux pas prendre la voiture ?

-Non. Dépêche-toi, rigole-t-il.

J'engloutis ce qu'il reste dans mon assiette et passe un dernier coup dans la salle de bain avant de récupérer mon sac et de mettre mes chaussures. Je dis au-revoir à Rui et je cours pour avoir le bus de 42. Je l'attrape de justesse. La conductrice a eu la gentillesse de m'attendre. La journée commence bien et je suis sûr qu'elle se terminera également très bien.

Dans une semaine, mes parents vont partir à North Blue : finalement, Eden a cédé à Rys. Ils ont l'air tous les deux contents et je suis heureux pour eux. J'ai déjà envoyé une lettre à la base de formation du Germa 66 à North Blue pour expliquer que je ne souhaitais pas continuer la formation après le stage. Je ne peux plus reculer à présent et c'est tant mieux. Eden et Rys sont fiers de moi, ils me l'ont dit hier. Il ne me reste plus qu'à être fier de moi-même.

J'en ai également parlé à Rui, c'était la moindre des choses après tout. Dans peu de temps, il retournera seul à North Blue. Lui souhaite continuer, trouver sa voie. Au moins, il a compris qu'être un militaire n'était pas fait pour lui, il va plutôt s'orienter pour devenir soldat secouriste. Il veut pouvoir venir en aide aux autres, les rassurer, être un soutien pour ces gens qui sont seuls au bout du monde et qui risquent leurs vies.

Il veut pouvoir lui aussi être fier de lui.

Et on a tous les deux du boulot pour y arriver.

J'arrive au centre et retrouve mes collègues. Aujourd'hui, je ne suis pas dehors mais avec Onor qui s'occupe de trier les dons qu'on reçoit et qui seront ensuite distribués dans la rue. C'est la première fois que je travaille avec lui. Il n'est pas très bavard mais les autres m'ont dit beaucoup de bien de lui. Je suis sérieux et exécute tout ce qu'il me demande de faire. Le temps passe et Onor se livre un peu plus. J'apprends alors que plus jeune, il vivait dans la rue. Il a connu le froid, la faim, la peur et la solitude. Le sentiment que quoi qu'on fasse, on ne pourra pas s'en sortir.

Il a perdu son emploi, licenciement économique. Il débutait dans l'entreprise et n'avait pas beaucoup d'expérience. Il a eu du mal à retrouver du travail et le manque de moyen est venu perturber la quiétude dans son couple, dans son foyer. Ils se disputaient continuellement avec sa femme. Ils ont fini par se séparer. Il a fait une dépression et n'a trouvé personne pour le soutenir. Sans revenu et les dettes s'accumulant, ce n'est pas compliqué de comprendre comment ça s'est terminé.

-Le pire, c'est que j'ai longtemps continué à mener un train de vie bien trop élevé juste pour ne pas avoir à affronter la vérité, me confie-t-il. J'ai fini par m'en sortir quand j'ai compris qu'il n'y avait rien de mal à demander de l'aide, rien de honteux. On ne peut pas être au top tout le temps et il faut accepter les déroutes sans faiblir. Tu es jeune, X-Drake, ne perds pas ta capacité à rêver et ta volonté en vieillissant.

Je me suis retrouvé bouleversé par ce qu'il m'a dit. Il m'a souri et n'a plus rien dit d'autre. J'ai seulement eu des instructions que j'ai continué à suivre. J'ai eu l'impression de recevoir une leçon de vie. En quelques mots, Onor a réussi à me calmer et à canaliser mon énergie.

Je le salue à la fin de la journée et le remercie. Après ça, je comprends mieux pourquoi tout le monde est si élogieux à son propos.

J'arrive à l'appartement et tout le monde est déjà là. Eden est en train de feuilleter avec envie la brochure de voyage que Rys et lui ont prise à l'agence. Rui met la table et je m'empresse d'aller me laver les mains pour l'aider. Rys ne va pas trop s'attarder, il bosse de nuit cette semaine. Encore quelques jours à tenir avant d'aller passer une semaine en amoureux. Eden quant à lui ne vas pas veiller tard, il a du temps de sommeil à rattraper.

-Avant que vous ne disiez quoi que ce soit, c'est Rys qui a cuisiné, lance Eden.

Il reçoit un regard intrigué de son mari et fait semblant de ne pas le voir. Rui et moi échangeons un regard un peu incertain.

-Pourquoi cette précision ? l'interroge Rys.

-Pour rien.

Il rigole et Rys se met alors à insister.

Je les laisse parler et me dirige dans la cuisine pour emmener le plat principal. En voyant l'énorme plateau de sushis, je comprends mieux pourquoi Eden a préféré se dédouaner immédiatement.

-Des sushis, dis-je. Si le poisson est frais, ça devrait au moins être mangeable.

-Tu ne vas pas aussi t'y mettre, X-Drake.

-Allez, mangeons ! déclare Eden.

On se met à table et on goute tous en même temps les fameux sushis. Et il se trouve qu'Eden nous a fait peur pour rien car c'est très bon. D'ailleurs, il change vite son fusil d'épaule.

-J'ai coupé le poisson, ajoute-t-il et ça nous fait rire.

J'engloutis quelques sushis, bois beaucoup d'eau pour faire passer tout ça et me prépare déjà pour aller voir le Glee Club. Rui me regarde faire du coin de l'œil et je trouve ça assez amusant.

-Tu viens avec moi, Rui ?

-Je peux ?

On dirait qu'il n'attendait que ça. J'acquiesce et il file se préparer. Dix minutes plus tard, on est fin prêt et je ne sais pas de qui entre Rui et moi est le plus impatient. Je lui ai tellement parlé de mon ancien club en lui ventant ses mérites, il va enfin pouvoir les voir sur scène.

Ce soir, j'ai heureusement le droit d'utiliser la voiture, ce qui sera beaucoup plus pratique pour rentrer. On n'arrive pas à temps pour le discours de présentation qui ouvre chaque concours, et tant mieux. Au moins, on s'épargne ça. J'ai envoyé un message à Ace pour lui dire que Rui et moi étions en route. J'ai hâte. Il ne m'a pas répondu, je ne sais pas s'ils ont laissé leurs portables de côté pour pouvoir se concentrer sur leur passage.

Le concours du Glee Club est gratuit pour les spectateurs alors Rui et moi subissons juste un contrôle rapide avant de courir pour entrer dans la grande salle où le premier groupe s'avance.

-C'est magnifique.

Rui a les yeux qui brillent et observe avec émerveillement la salle décorée pour l'occasion. Les régionales et les nationales de l'année dernière s'étaient jouées à l'extérieur alors que cette fois-ci, le Glee Club est en quelque sorte chez lui. En effet, le concours est à Goa et se déroule au théâtre. Le plafond est entièrement décoré et brille de mille feux. Le reste du décor est plus épuré et c'est largement suffisant. Il ne faut pas distraire les spectateurs du vrai spectacle avec des paillettes inutiles.

La présentation du Glee Club est faite. Je crois que je me souviens d'eux : l'année dernière, ils avaient fait une prestation plutôt moyenne. Trop perturbés par un couac technique dont ils n'avaient pas réussi à faire abstraction, ils ne s'en étaient pas très bien sortis malheureusement. Ils commencent à chanter et même si je passe un bon moment, j'ai juste hâte de voir le Glee Club de Marie-Joa. Il passe en deuxième position.

Un moment, mon regard est attiré par une touffe verte : ça, c'est Zoro, c'est certain ! En y regardant d'un peu plus près, je pense même reconnaitre Roger et toute la petite famille, Law étant assis juste à côté de son ami. Je continue à promener mon regard et trouve au milieu des sièges vers la droite le trio de colocataires. Sabo sourit avec émerveillement alors que Shanks chuchote quelque chose à l'oreille du mannequin. C'est vraiment dommage qu'on ne soit pas arrivé plus tôt, on aurait pu se mettre à côté de l'un ou de l'autre.

La représentation du Glee Club se termine et les spectateurs applaudissent. Je reconnais qu'ils se sont mieux débrouillés que l'année prochaine, ils ont eu leur revanche en quelque sorte.

Shirahoshi, Margaret, Perona, Dellinger et Ace montent sur scène et sont comme le groupe précédent, présentés.

Deux minutes après, ils prennent place et les premières notes de musique s'élèvent. Pour les régionales, ce sont les quatre juges assis devant qui ont le pouvoir de désigner un gagnant. Je crois en eux mais je ne peux m'empêcher de stresser.

Ça commence et je reconnais les paroles de A Thousand Years.

Heart beats fast

Colors and promises

How to be brave

How can I love when I'm afraid to fall

But watching you stand alone

All of my doubt, suddenly goes away somehow

One step closer

I have died everyday, waiting for you

Darling, don't be afraid, I have loved you for a thousand years

I'll love you for a thousand more

Je me suis sans doute inquiété pour rien. Ace est installé au piano et ils chantent ensemble. Leurs voix sur un instrument, c'est tout, et c'est bien suffisant. Il y a beaucoup de justesse dans leur interprétation. Je sens mon cœur se serrer mais en même temps, je ne peux m'empêcher de sourire.

Time stands still

Beauty in all she is

I will be brave

I will not let anything, take away

What's standing in front of me

Every breath, every hour has come to this

One step closer

I have died everyday, waiting for you

Darling, don't be afraid, I have loved you for a thousand years

I'll love you for a thousand more

And all along I believed, I would find you

Time has brought your heart to me, I have loved you for a thousand years

I'll love you for a thousand more

One step closer

One step closer

I have died everyday, waiting for you

Darling, don't be afraid, I have loved you for a thousand years

I'll love you for a thousand more

And all along I believed, I would find you

Time has brought your heart to me, I have loved you for a thousand years

I'll love you for a thousand more

La chanson se termine et je me retiens d'applaudir. Il ne faut le faire qu'à la fin de la représentation pour ne pas distraire le Glee Club qui concoure. Je sens sur moi le regard de Rui et me tourne vers lui en souriant.

-Qu'est-ce qu'il y a ? je lui demande.

-Non, c'est juste que je crois que c'est la première fois que je te vois sourire comme ça.

-Ah bon ?

Je souris encore malgré moi et ça semble vraiment faire plaisir à Rui.

-Oui. Tu es très beau.

Je me sens gêné par le compliment qui me va droit au cœur. Le Glee Club de Marie-Joa s'apprête à interpréter une nouvelle musique et je tourne toute mon attention vers eux.

Quelle superbe soirée.

Samedi 07 Avril 2018

J'aide Shirahoshi à descendre sa grosse valise du train et je me demande si elle a bien compris le concept de camping et surtout, ce qu'elle a bien pu mettre dedans. On ne reste que trois jours pourtant !

J'observe les membres du Glee Club qui terminent de descendre du train. Ça se voit qu'on atterrit un peu au milieu de nulle part, à la frontière des grandes métropoles et pas loin de la nature. Retour aux sources.

Dellinger est surexcité : il n'a pas arrêté de scruter l'heure dans le train et Ace est obligé de le retenir pour qu'il ne parte pas sans nous. Je suis content de pouvoir passer quelques jours avec eux. Ils ont tout organisé en amont et sont simplement venus me voir pour me proposer de venir avec eux. Je ne pouvais que dire oui.

-Ça va être génial ! commente Margaret.

-Heureusement que vous avez passé le premier tour, ce long week-end aurait été moins drôle si vous aviez perdu, dis-je pour les taquiner.

-A qui le dis-tu ! rigole Ace.

-Mais on a gagné alors on profite, sourit Perona.

-Vous nous avez offert un spectacle formidable hier soir. J'ai hâte de voir ce que les nationales vont donner !

Perona me fait un clin d'œil comme pour me mettre l'eau à la bouche et on se met en route. De ce que j'ai compris, une personne travaillant à l'entretien de l'espace naturel appartenant à la famille de Shirahoshi va venir nous chercher pour nous emmener à notre campement. Il y a des bungalows, bien entendu, mais Ace a insisté pour dormir dans des tentes. Je suis content de ça, ça m'aurait gêné d'occuper une maison sans rien payer.

Et puis, je sens que ça va être marrant d'observer les filles grimacer à chaque petite bête qu'elles verront. Étrangement, je sens que Dellinger sera plus du genre émerveillé devant un papillon, un chevreuil ou même une limace.

On sort de la gare et on aperçoit tout de suite la voiture en question. Il y a assez de place pour nous tous et elle est vraiment très belle. Un homme en sort et se précipite vers Shirahoshi.

-Mademoiselle ! Je vous en prie, laissez-moi portez ça !

-Non, je…

Shirahoshi nous jette des coups d'œil paniqués. En réalité, je pense qu'elle a envie d'accepter mais qu'elle n'ose pas parce qu'elle ne veut pas être privilégiée par rapport à nous. C'est une petite princesse et ses parents, son entourage complet, le lui fait bien savoir. Elle finit par accepter et le chauffeur met sa valise dans le coffre puis nous invite à ranger nos affaires. L'homme nous porte très peu d'attention : il n'a d'yeux que pour Shira qu'il n'a pas vu depuis longtemps. Il a l'air vraiment attaché à elle donc on ne dit rien et on les laisse discuter pendant que nous rangeons tranquillement nos affaires. Bien entendu, comme l'année dernière, Perona veut trouver un larbin pour porter ses affaires.

Elle tapote l'épaule d'Ace et le regarde.

-C'est mort. Apprends un peu à te débrouiller seule. En plus, ton sac n'est même pas lourd !

-Il est lourd pour moi, se plaint-elle.

Ace l'ignore et Perona fait du Perona.

-A quoi te servent tes muscles si t'es même pas capable d'aider une fille à porter son sac ?!

-A faire plein d'autres choses, crois-moi.

Elle se met à grogner et Margaret, pour mettre fin à ce débat stérile, met le sac de voyage de la gothic lolita dans le coffre.

-Wow, tu es aussi forte qu'un homme, Margaret ! s'émerveille Perona.

-Mais non…

Margaret fait la gênée mais le compliment a l'air de lui faire quand même vachement plaisir.

Cinq minutes plus tard, on roule et j'observe avec curiosité et splendeur le paysage qui se profile.

C'est parti pour trois jours merveilleux.

En une vingtaine de minutes, on arrive à notre emplacement. C'est vraiment très beau. La nature est sublime et le cadre l'est tout autant. Il y a un bungalow qui a des airs d'hôtel deux étoiles : si l'intérieur est aussi beau que l'extérieur, je vais finir par regretter de dormir dehors. Le chauffeur qui nous a amené ici nous explique que même si on compte dormir dehors, on peut si on le souhaite utiliser le bungalow, il est équipé. Il sera pratique en cas de mauvais temps. Dans tous les cas, c'est là qu'on mangera et qu'on viendra se préparer le matin.

On visite et j'entends Margaret et Perona gémir d'envie de temps en temps : elles choisissent leurs chambres en oubliant malheureusement qu'elles ne poseront même pas leurs fesses sur les lits. Shirahoshi est plus réservée, je présume que ça fait longtemps qu'elle n'est plus impressionnée. Elle a l'habitude après tout.

Les explications et la visite du lieu durent une bonne heure, notre gentil bienfaiteur nous quitte ensuite. Il nous a informé que le père de Shira viendrait nous voir le dernier jour, juste avant notre départ, et que c'est lui qui nous conduirait jusqu'à la gare. Autant dire que ça nous a fait tout drôle. Le père de notre amie reste assez impressionnant, je pense qu'on va se montrer très poli et calme ce jour-là.

En ce moment, Ace essaie de persuader les filles de l'aider à monter les tentes. Dellinger range en sifflotant nos victuailles dans les placards de la cuisine. Il y avait un sac de courses dans la voiture : le père de Shirahoshi avait vraiment tout prévu, ce sera ça de moins à faire pour nous.

C'est le moment parfait pour m'isoler quelques minutes et pour appeler mes parents.

Je compose rapidement le numéro mais c'est étrange, ça ne marche pas. Je fixe mon portable et comprends que c'est parce que j'ai très peu de réseau. Je retente une deuxième fois et cette fois-ci, mon appel aboutit. Malheureusement, la ligne grésille et je ne comprends pratiquement rien de ce qu'il se passe. Ça coupe tout seul et je décide finalement d'envoyer un message à Rys pour le prévenir que je suis bien arrivé et que je pense à eux. Je précise aussi que je ne pourrais certainement pas les joindre pendant les jours à venir. Je range mon portable sans savoir si mon père a bien reçu ou non mon message.

Je reviens vers Ace qui a réussi en très peu de temps – et j'en suis étonné – à faire travailler les filles.

-Besoin d'un coup de main ?

-Volontiers ! soupire de soulagement Margaret.

-A part nous donner des ordres, Ace ne fait pas grand-chose, rouspète Perona.

-Pardon ? Je sais monter une tente, moi, c'est pour vous que je dis ça.

-Pourquoi tu ne la monterais pas tout seul ? Comme ça, ça irait plus vite. On a hâte de faire la fête ce soir, commente Margaret.

-Moi aussi, sourit Shira.

-Et si on allait aider Dellinger à préparer le bungalow pour la fête ? propose Perona.

Les trois filles se regardent et sans rien ajouter, se précipitent à l'intérieur du bungalow. Ace n'en croit pas ses yeux et se met à grogner, dépité.

-Allez, je vais t'aider, moi !

-Ça m'arrange en fait, finit-il par dire. Elles étaient vraiment nulles, je suis sûr qu'elles ne faisaient même pas d'effort.

-C'est fort possible.

On rigole et j'attrape des piquets pour planter la tente.

xXx

Taki taki

Taki taki, rumba

Wo-oh, oh-oh

Hi Music Hi Flow

Autour du feu de camp, ou plutôt de ce barbecue au charbon, on fait cuire des marshmallows comme le voulait tant Dellinger. Margaret et Perona sautillent au rythme de la musique dansante pop. Si elles ne faisaient que danser mais elles chantent aussi ! Je pense que ce soir, on ne va faire que se gaver de sucreries et se foutre la honte en bougeant bizarrement. Tout ça en espérant ne pas avoir d'indigestion au milieu de la nuit ni mal au ventre le lendemain et le plus important, que personne ne remette sur le tapis cette queue-leu-leu venue d'ailleurs...

C'est en quelque sorte notre manière de fêter le passage du premier tour. Pour la deuxième fois, le Glee Club de Marie-Joa va participer aux nationales.

La musique continue et Dellinger, sa brochette dans la main, rejoint Perona et Margaret. Ace essaye encore de voir s'il est possible de se servir de son portable malgré qu'on ait déjà tous attesté du fait que non. Notre guide a dû oublier de nous prévenir. Mais heureusement, on a trouvé des talkies walkies dans le bungalow : on va s'en servir pour communiquer entre nous.

On a aussi trouvé une carte de l'endroit et on s'en est servi pour programmer notre journée de demain. Ace veut aller voir la cascade et je suis pour l'accompagner. Margaret aussi sera du voyage. On ira en fin de journée. C'est là que c'est le plus beau apparemment. Quant à nos trois autres compagnons, ils resteront à notre campement pour se regarder un film ou je ne sais quoi. La cascade n'est pas toute proche et ils ne se sentent pas de marcher sur autant de kilomètres.

Demain, au réveil, on s'approchera du côté de la réserve naturelle : Shirahoshi nous a dit que son père nous en donnait l'autorisation. Si on a de la chance, on pourra voir tout un tas d'animaux. Mais avant ça, il faudra marcher et ne surtout pas se perdre. On sera certainement pas mal fatigué et c'est pour ça que Dellinger, Shirahoshi et Perona ne nous accompagneront pas ensuite le soir. On va pique-niquer sur place et puis se rafraichir dans le lac.

Grande journée découverte en somme. En attendant d'y être, on fait les fous ce soir.

Taki taki, quieres un besito o un ñaqui
Booty explota como Nagasaki
Prende los motores, Kawasaki
Que la disco está llena y llegaron los Anunnakis
No le baje, el booty sobresale de tu traje
No trajo pantiesito pa' que el nene no trabaje
Es que yo me sé lo que ella cree que ella se sabe
Cuenta que no quiere pero me tiene espionaje (eh-eh)
El booty sobresale de tu traje
No trajo pantiesito pa' que el nene no trabaje
Es que yo me sé lo que ella cree que ella se sabe
Cuenta que no quiere pero me tiene espionaje (eh-eh)

Báilame como si fuera la última vez
Y enséñame ese pasito que no sé
Un besito bien suavecito, bebé
Taki taki
Taki taki, rumba
Wo-oh, oh-oh
Hi Music Hi Flow

On chante tous ensemble, un peu trop fort, et certains pas très juste, mais ça reste très drôle alors ce n'est pas grave. Je ne connais pas les paroles mais j'ai au moins retenu le refrain alors je ne me risque pas et chante joyeusement les seules lignes que je connais.

Perona s'approche d'Ace et le force à se lever. Ace fait mine de pas vouloir puis fait doucement tournoyer la gothic lolita autour de lui en souriant. Perona n'a pas besoin de beaucoup le pousser pour qu'il se mette à danser. La musique s'arrête et la playlist de Perona continue. Je reconnais aussitôt la kpop. Elle me donne d'ailleurs raison quand elle crie au même instant.

-Trop bien, c'est Monster d'EXO !

A force, on a tous appris à la déchiffrer.

Je sors mon portable et filme tout ce beau monde : on n'a pas de réseau mais ça ne m'empêche pas d'utiliser les autres applications de mon portable.

Je me sers un verre de jus, pas d'alcool, et fais semblant d'être occupé quand Margaret viens me voir. Elle n'abandonne pas devant mes multiples refus et me tire pour me forcer. Je me lève et la porte sur mon épaule pour l'embêter. Elle crie et essaye au mieux de maintenir sa jupe en place. Trop drôle. Je la relâche vite et elle menace de me frapper pour se venger. Dellinger rigole et vient réclamer la même chose comme un gamin envieux.

La nuit tombe complètement et au fur et à mesure que le temps passe, les esprits se calment même si la musique résonne avec toujours autant d'impact. On s'est posé dans nos tentes ouvertes. Il est presque minuit et si on ne veut pas être trop fatigué demain matin, il va falloir qu'on s'endorme très vite.

-Tu sais quoi, X-Drake, on a une grande nouvelle à t'annoncer ! lance Ace qui enfile à la va vite un tee-shirt pour la nuit.

-On a un nouveau membre ! Enfin, une personne a rejoint le Glee Club ! souffle Dellinger, allongé à côté de moi.

Nous n'avons que nos portables pour nous éclairer alors je ne distingue pas clairement ce que font les autres.

-Hé, j'allais lui dire ! s'indigne Ace.

-Elle s'appelle Aby et est toute mignonne. Elle commencera à répéter avec nous à la rentrée, continue Shira.

-Je peux parler ? insiste Ace.

-Elle est en seconde et a l'air pleine de bonne volonté. Malheureusement, elle n'a jamais fait de musique, dommage, soupire Perona.

-Une autre personne est également susceptible de nous rejoindre mais ce n'est pas sûr, on verra bien, termine Margaret.

J'entends Ace soupirer puis s'allonger. Un truc qui n'a pas changé non plus dans le Glee Club.

Les filles et Dellinger me parlent de l'actualité au sein du Glee Club et plus globalement de Marie-Joa en général. Avec eux, j'ai l'impression d'être abonné à un hebdomadaire qui me relaterait tous les faits importants du lycée.

Je ne sais pas à quel moment on s'est endormi ni qui a craqué le premier mais ce qui est certain, c'est que cette conversation ne connaitra jamais de fin.

Dimanche 08 Avril 2018

-On est bientôt arrivé ? se lamente Perona.

-Je ne sais pas. On est parti y a tout juste une demi-heure, Perona. Tu ne crois pas que tu galérerais moins si tu portais des vêtements adaptés à la randonnée ou au moins à la marche ?

-Non. Je déteste marcher et transpirer et je te ferais dire que je suis très à l'aise dans mes vêtements et particulièrement dans cette robe pastel !

Perona s'arrête et lisse sa robe avant de réajuster son imposante ombrelle. Elle marche en queue de peloton et ne doit son salut qu'à ma bonne volonté car j'ai gentiment accepté de lui porter son sac. Perona restera toujours Perona après tout.

Je regarde la carte et guide le club à travers la forêt : je vais la longer pour ressortir sur les plaines, la progression sera plus rapide comme ça. Je fais attention de toujours garder Dellinger à l'œil. Il est quelques mètres devant nous et passe son temps à s'émerveiller de la beauté de la nature. A Dressrosa, là où il a grandi, tout est merveilleux mais il n'y a pas de coin isolé de tout où la nature peut s'exprimer. Dressrosa est une ville touristique et ça se voit, il y a eu pas mal de construction dans cette ville dernièrement pour attirer toujours plus de monde, pour satisfaire toujours plus de personnes. Néanmoins, Dressrosa reste une très belle ville et pourtant, ça n'a pas l'air de manquer à Dellinger. J'ose imaginer que c'est parce qu'il se sent très bien ici.

-On est bientôt arrivé, vous voulez faire une pause d'abord ou on y va direct ? je leur demande.

-Ça dépend, il reste combien de temps de marche exactement ? m'interroge Margaret.

-Je suis pour une pause moi, soupire Perona.

-Il doit nous rester une demi-heure, quelque chose comme ça. Peut-être moins.

-On a qu'à continuer et manger sur place. Y a une aire de pique-nique là-bas, non ?

Shirahoshi répond par l'affirmative à la question d'Ace.

-Ça me semble être une bonne idée, sourit Margaret.

-Est-ce que ça va aller, Perona ? s'inquiète Shira.

Perona fait une grimace, sort son éventail et acquiesce. Je crois qu'elle essaie de se convaincre du fait que plus on arrivera tôt, plus vite elle pourra se reposer.

-On y va alors, dis-je.

-J'espère qu'on pourra voir des lions !

Dellinger se met à rêver, il ressemble à un enfant tant son sourire est innocent.

-Il n'y a pas de lion dans la réserve. En revanche, il est probable qu'on tombe sur des girafes, des hippopotames ou encore des zèbres ou des gazelles. C'est ceux qu'on croise le plus ici.

-On est tous content mais c'est pas dangereux au moins ? grimace Perona.

-Aucun problème, je t'assure. Il faut juste rester vigilant et les observer de loin pour ne pas les déranger.

Sur ces bonnes paroles de Shira, on se remet en route. Perona tient dix minutes avant de nouveau de se plaindre mais peu importe, on est tous subjugué par le paysage. On a l'impression d'être perdu au milieu de nulle part, un endroit hors du temps.

Comme prévu, quelques minutes plus tard, on arrive près de l'aire de pique-nique utilisée par les visiteurs. On se laisse tomber sur les bancs avec beaucoup de reconnaissance.

On a quand même marché pratiquement deux heures et même si la progression a été plutôt simple et rapide, ça reste usant à la fin. On se rafraichit et on sort sans même nous concerter notre repas du midi. Il fait bon, le temps est idéal pour un mois d'avril et surtout pour camper en plein air.

Ace et Dellinger se sont occupés de préparer notre repas la veille et on va tous découvrir si c'était une bonne idée ou non de leur confier la confection des sandwichs.

-Je crois que je n'ai jamais autant aimer manger un simple sandwich. C'est que ça creuse l'estomac de marcher!

Perona soupire de bien-être.

-Et puis c'est bon, c'est rafraichissant d'une certaine manière, dis-je.

-C'est ça, complimentez-nous. Dellinger et moi, on vous a vus hier nous regarder du coin de l'œil quand on vous a dit qu'on s'occupait de préparer le pique-nique, se plaint Ace.

-Mais non ! rigole Margaret. Tu es parano, mon pauvre!

On rigole et Ace sourit, peu dupe.

Le repas se passe bien, on a même le plaisir de voir un petit groupe de zèbres au loin s'abreuver au lac. On les observe, fascinés. Margaret et Dellinger sortent leurs portables pour immortaliser l'instant.

On termine tranquillement de manger et puis on se remet en route pour découvrir davantage l'endroit. On est alors très chanceux parce que les zèbres ne sont pas les seuls animaux qu'on croise. Perona a très peur quand une girafe un peu téméraire s'approche trop près d'elle. Le cri qu'elle pousse est très drôle, la suite l'est un peu moins : dans la panique, elle recule brusquement et bute contre Margaret qui se trouve juste derrière elle. Celle-ci, bousculée, perd son équilibre et tombe sur une petite pierre qui lui fait quand même bien mal. Rien de cassé mais un gros bleu et une cheville douloureuse.

Après ça, on décide de retourner dans notre campement en faisant des pauses régulières pour ne pas trop fatiguer Margaret. Au plus grand plaisir de Perona bien entendu. Sur les derniers quarts d'heure, Ace porte même notre chère amie blessée pour qu'elle ne force pas trop. Du repos et demain, ça ira mieux ! Dommage pour elle, je crois que ce soir, elle est bonne pour regarder « Elite » avec les autres. Adieu, la cascade!

Mais malgré ce petit désagrément, on est tous d'accord pour dire que cette escapade était vraiment superbe.

xXx

-Vous prenez plein de photos !

-T'inquiète pas.

Je secoue mon portable pour rassurer Margaret.

-Pas toi, la qualité d'image n'est pas top sur ton portable.

-Merci, je soupire.

-Je compte sur toi, Ace. Rends-toi utile.

-Je vais essayer, c'est demander si gentiment.

-Dire que je vais rater ce spectacle magnifique…

Margaret se laisse tomber sur un des fauteuils du bungalow et Ace et moi échangeons un regard.

Les autres membres du club sont déjà rassemblés dans une des trois chambres, celle du rez-de-chaussée pour ne pas embêter la blessée avec les escaliers. On a mangé un truc rapide, une salade composée, et là on va se séparer. Ace et moi n'allons pas tarder à partir : si on attend qu'il fasse nuit, on aura du mal à mettre un pied l'un devant l'autre.

Dellinger crie depuis la chambre pour prévenir Margaret qu'ils commencent sans elle. Ça ne lui fait ni chaud ni froid. Pas sûr qu'elle ait réellement envie de passer sa soirée devant Netflix.

-Bon, on va y aller, nous, dis-je.

-OK, faites attention à vous ! Et ne rentrez pas trop tard.

-Pas de problème.

-T'as bien la carte ? me demande Ace alors qu'on se met en route.

-Ouais.

On charge Margaret de saluer les autres pour nous et on part vers l'ouest. A partir de maintenant, il s'agit de se dépêcher pour effectivement ne pas rentrer trop tard. J'espère vraiment qu'on n'aura pas de mal à se repérer dans la nuit. On a des lampes torches sur nos portables mais quand même. De toute façon, demain, on passe la matinée au lac à se baigner et à faire des jeux et puis l'après-midi, le père de Shira vient nous voir. Comme on ne sait pas encore combien de temps il va rester ni ce qu'on va faire, on n'a rien prévu. Dans ces conditions-là, impossible de reporter notre expédition surtout qu'on rentre mardi matin. Notre train est à 08h alors gare aux retardataires.

On salue Margaret et on se met rapidement en route.

-J'ai du mal à lire la carte…

-Tu veux que je t'éclaire ?

-Ouais, vas-y, s'il te plait.

Ace bidouille deux trois trucs sur son portable avant que de la lumière n'en jaillisse. Il la met au-dessus de la carte et je replonge le nez dedans. J'observe ensuite le paysage pour être sûr de notre position.

-Ça dit qu'on doit continuer encore un peu à l'ouest. La boussole indique quoi ?

Ace sort la boussole et la saisit correctement pour pouvoir m'indiquer le chemin à suivre.

-On est dans la bonne direction.

-Continuons alors.

Je laisse Ace passer devant et le suis, la carte en main.

-Tu veux savoir un truc ?

Je ne sais pas si je dois me montrer curieux, impatient ou quoi que ce soit d'autre. Ace a dû mal à se retenir de rire. Malgré moi, son hilarité m'atteint sans que j'en comprenne bien les raisons.

-Quoi ? je finis par demander, impatient.

-Je crois que Perona est sur un coup, m'apprend-il.

-Un coup ? Quel genre de coup ?

-Genre un mec.

Je pouffe et Ace s'arrête pour marcher à ma hauteur.

-Elle ne veut rien dire et fait comme si ce n'était rien. Mais tu devrais la voir quand il est là, toute gentille et un peu gênée !

-Merde, faut que je vois ça !

-Je ne sais pas si t'auras l'occasion de voir ça un jour. C'est un pote de Sabo, je crois. Il lui plait mais elle pense qu'il se fout de sa gueule.

-Venant de Perona, ça ne m'étonne pas. Au fond, je ne pense pas qu'elle ait beaucoup confiance en elle. A force de recevoir des moqueries, elle s'est mise en tête que tout le monde la trouvait forcément bizarre. Il est comment ?

-Je ne sais pas, moi!

-Quoi, tu sors avec un mec et t'as pas d'opinion sur le coup de cœur de Perona?

-Je ne l'ai pas trop regardé, avoue-t-il.

J'éclate de rire et n'ajoute rien. Je présume que quand on est en couple, on évite de trop regarder les autres : on ne sait jamais le jour où on est pris en flagrant délit. Je devrais sans doute aussi vite m'y habituer.

Ace s'arrête et regarde de nouveau la boussole.

-Mince, je crois qu'on a légèrement dévié de notre chemin.

Il s'arrête et tourne légèrement sur la gauche avant de se remettre en marche. Je le suis sans rien dire. Il a l'air de savoir ce qu'il fait et je lui fais confiance.

Une demi-heure plus tard, on s'arrête pour regarder de nouveau la carte et on a l'agréable surprise de découvrir qu'on n'est pas loin. On se dirige vers le nord pendant moins d'un quart d'heure et alors qu'on n'aperçoit pas encore la cascade, on l'entend. On se met à courir, fous de joie, et on découvre avec plaisir le merveilleux paysage qui s'offre à nous.

Ace prend des photos pour Margaret alors que je lève les yeux pour voir le ciel bien plus sombre qu'à notre départ et toutes ses étoiles. J'entends Ace me prendre en photo et je décide de prendre aussi quelques clichés pour mes parents et Rui. La cascade est magnifique, les pierres aussi mais le plus magique, ce sont les étoiles qui se reflètent sur l'eau.

-Partant pour un plongeon ? me propose Ace.

Je regarde en bas, on n'est pas très haut

-OK.

Ace sourit et s'empresse de poser ses affaires par terre et d'enlever sa veste, son haut et ses chaussures. Il me jette alors un dernier regard l'air de me dire « me plante pas » et saute. Je le regarde faire, un peu choqué qu'il l'ait vraiment fait. Je rigole et puis m'arrête soudainement quand je ne le vois pas remonter. Je me rappelle alors qu'Ace ne nage pas bien et m'empresse d'enlever mes vêtements et mes chaussures avant de sauter le rejoindre. L'eau est bonne et j'en suis assez surpris. Passé ce moment de flottement, je remonte à la surface pour trouver Ace au bord.

-Merde, tu m'as foutu la trouille, mec!

-Ah ouais ?

Il rentre de nouveau dans l'eau et sautille. Je comprends qu'il a pied là où il est.

-Je sais quand même nager sur quelques mètres, assez pour aller désespérément m'accrocher au bord.

Je souris et lui balance de l'eau sur le visage pour me venger de la belle frayeur que j'ai eue. Bien entendu, Ace me rend la pareille et à cet instant, on ressemble bien plus à des enfants de 8 ans qu'à des jeunes adultes de 18 et 19 ans.

Après s'être bien dépensé et amusé, on décide enfin de sortir de l'eau. Sur le papier, sauter dans l'eau avait l'air d'être une bonne idée mais maintenant que nos pantalons et sous-vêtements sont trempés, ça fait moins envie. Heureusement qu'il ne fait pas bien froid.

On reprend nos affaires en faisant attention à ne rien oublier. Sans la carte, la boussole et même nos portables, on aurait du mal à retourner au campement.

-Je n'avais pas laissé mon sac ouvert, moi ?

-Je n'en sais rien, j'étais déjà dans l'eau depuis longtemps. On y va ?

Je mets mon sac sur le dos et acquiesce. J'étais pressé et ai sauté dans la cascade précipitamment, je ne me souviens pas avoir pris le temps de fermer mon sac mais apparemment, si. C'est vrai qu'il arrive parfois qu'on fasse des trucs par habitude sans même sans s'en rendre compte. Dans ce cas précis, ça doit être ça.

Pour le trajet du retour, c'est moi qui m'occupe de la boussole et Ace de la carte. On y va doucement pour profiter du moment. Le trajet était plutôt simple pour venir, le chemin facile d'accès. Il faut juste s'assurer de bien utiliser la boussole, c'est tout.

Enfin, c'est ce que je pensais parce que je rencontre quelques difficultés avec la boussole.

-Qu'est-ce qu'il y a ? m'interroge Ace.

-J'ai l'impression que la boussole déconne.

Il s'approche de moi et regarde difficilement par-dessus mon épaule.

-Elle indique le sud mais quand je regarde les étoiles, j'ai plus l'impression qu'on va vers le nord.

-Prends l'autre.

-Quelle autre ?

-La boussole que j'ai utilisée pour l'aller. Elle marchait bien celle-là.

-Y avait qu'une boussole dans le sac.

-C'est pas possible, celle que j'avais n'avait pas d'inscription dessus.

Je fixe la boussole et c'est vrai que maintenant qu'Ace le mentionne, je ne suis pas sûr qu'il y avait des inscriptions sur celle qu'on a utilisé au départ. On se fixe et on commence tous les deux à stresser. J'essaie cependant de rester calme : on s'inquiète sans doute pour rien.

-On fait quoi ? On doit aller au nord et on est normalement sur le bon chemin. Mais j'en suis pas sûr et même si pour le nord j'ai bon, je sais pas comment on fera pour aller vers l'ouest tout à l'heure...

-On n'a pas tellement le choix, on fait sans, soupire Ace.

-Faisons comme ça alors.

-Tu ne trouves pas ça bizarre ?

-En fait, j'essaie de pas trop y penser pour pas laisser la psychose s'installer, dis-je en grimaçant.

-C'est vachement rassurant.

-Ça va aller.

Ace et moi devenons soudain bien silencieux mais je sais que dans nos têtes, ça turbine. Je ne comprends rien et heureusement que je suis quelqu'un de très calme et réfléchi parce que c'est seulement ces deux traits de ma personnalité qui m'empêchent de paniquer à cet instant.

-A quoi tu penses ? je demande à Ace.

Il est muet depuis tout à l'heure et je veux m'assurer qu'il est bien présent avec moi, qu'il ne se monte pas la tête tout seul.

-Au fait qu'on n'est peut-être pas seul ici.

-Qu'est-ce que tu racontes encore ?

-Je veux dire, qu'un animal pique un truc dans notre sac, la boussole, de la bouffe ou abime juste nos affaires, même si cette théorie là j'ai du mal à la valider, ça passe encore. Mais le remplacement de la boussole, c'est trop gros, y a forcément quelqu'un. Une personne qui ne veut pas qu'on retourne au campement. Je commence à m'inquiéter pour les autres.

Je n'y avais pas pensé mais Ace a raison. On est supposé être seuls ici. Nous et des animaux par centaine. La réserve naturelle est fermée à cette période et il n'y a pas de visite. L'endroit n'est pas facilement accessible et les gens ne peuvent pas juste rentrer comme ça. Ne pas paniquer, c'est bien, mais analyser la situation aussi. Il se passe quelque chose, c'est certain.

-J'essaie de contacter les filles avec le talkie walkie, me dit Ace.

-Ça ne va pas marcher, on est trop loin. Mais garde-le en main et essaye de temps en temps, ça nous aidera à savoir si on est près du campement ou non.

-OK.

Je continue d'avance à l'aveugle ou presque. Il me semble reconnaitre certaines choses. Après, ça reste une forêt, beaucoup de choses se ressemblent. Mais à l'aller, on avait marché longtemps tout droit en suivant une direction bien précise.

Le manque de visibilité devient compliqué à gérer et ça doit bien faire deux heures qu'on fait fonctionner l'application lampe torche sur nos portables. Je ne sais pas où en est Ace au niveau de sa batterie mais je n'en avais pas spécialement beaucoup avant de partir alors je ne vais pas tarder à être embêté.

-Et si on passait par là ? Ca monte, d'en haut avec l'éclairage de la lune, on pourra peut-être distinguer le campement.

-Tu penses ?

Ace a l'air sceptique.

-Ouais. Une grande maison, ça ne passe pas inaperçu, surtout que le lac où on doit se baigner demain n'est pas bien loin. Tentons, on n'a rien à perdre.

-OK.

On commence à monter le chemin quand j'entends une branche craquer. Je m'arrête aussitôt et me retourne pour essayer de distinguer quelque chose derrière les arbres.

-Qu'est-ce qu'il y a ?

-T'as pas entendu quelque chose ? je l'interroge.

-Non, à part la chouette qui n'arrête pas depuis tout à l'heure et le vent...

-J'ai cru entendre quelque chose derrière.

Ace jette à son tour un coup d'œil derrière lui. Mais lui non plus ne voit rien alors on décide de vite aller au bout du chemin pour essayer d'apercevoir le campement.

Grand soulagement quand effectivement, on voit la grande bâtisse. Ce soir, c'est la pleine lune et elle brille juste au-dessus du campement.

Le talkie walkie grésille.

-Je crois que je les capte enfin!

-Tant mieux, dis-je dans un soupir. On essaye de se faire une idée du chemin et puis on y va.

-Ouais, restons pas trop longtemps ici.

Ace se penche légèrement vers le bord et regarde avec appréhension le vide. On n'arrive pas bien à apercevoir ce qu'il y a en bas mais de ce côté-là, j'entends de l'eau. Il doit y avoir une rivière, je ne sais pas jusqu'où elle va en revanche.

-Ouais, je n'ai pas envie de tomber. Je ne suis pas sûr de survivre à une chute de cette hauteur...

Je grimace et observe Ace qui fait la moue.

-C'est pas sûr. Des gens sont déjà tombés d'un immeuble et n'en sont pas morts. Qui sait, en te servant des branches pour amortir la chute ou quelque chose comme ça, tu peux survivre.

-Dans quel état tu dois être à la fin !

Ace et moi nous sourions puis j'entends des bruits de pas derrière moi et là, je suis sûr de ne pas avoir rêvé. Ace aussi a entendu si j'en crois son visage inquiet et la crispation de son corps.

On se retourne en même temps et là, j'ai l'effroyable surprise de voir un homme, immense et massif. La quarantaine, un nez tordu et une apparence négligée mais surtout et c'est l'information essentielle : il a une arme.

D'accord, c'est certainement un dégénéré comme on ne pense en voir que dans les films. On est dans une galère encore plus grande que ce que je pensais. Je fais un pas en arrière et me retourne brutalement pour observer le vide derrière moi. La priorité est de s'éloigner de cette falaise. Je regrette énormément d'être monté ici.

-Ace, on devrait…

Je m'arrête quand je me rends compte qu'Ace est livide. Il a l'air encore plus paniqué que moi. Non, c'est plus que ça. Je tourne de nouveau mon regard vers l'inconnu puis vers Ace. J'ai l'impression qu'ils se connaissent.

-Salut, les gars !

Sa voix est grave et je ne sais pas, ces quelques mots qu'il vient de prononcer me donnent déjà la chair de poule.

-Teach, bredouille-t-il.

Et puis, son visage change soudain. Une grande colère l'habite sans que je ne comprenne bien pourquoi.

-Vous êtes sur une propriété privée où la chasse est heureusement interdite, dis-je d'une voix incertaine.

-Ne t'inquiète pas, je ne suis pas là pour chasser des animaux. Je suis là pour un tout autre genre de gibier.

J'avale difficilement ma salive et Ace se saisit de mon poignet.

-Qu'est-ce que tu nous veux ?!

-Simplement passer un message.

Teach esquisse un sourire mauvais et avance de quelques pas.

-A vrai dire, je te voulais seulement toi. Dommage pour ton ami, j'en avais marre d'attendre.

-Quoi, tu me suis ?

-Ça fait un moment que je t'ai à l'œil, en fait.

Je me retrouve dans la position du spectateur. J'essaie de suivre, de comprendre, mais je suis perdu. Il me manque des informations. Ace fait bien de l'interroger.

-Qu'est-ce que tu me veux ?

-A toi, rien. Le message est pour ton père.

Il sourit, fier de son effet, alors que je vois Ace devenir de plus en plus blanc. Quel est le rapport avec Roger ?

-Moi aussi j'ai une question pour toi, mon garçon.

Il s'avance en agitant son arme comme un rappel tactique et Ace et moi reculons jusqu'à arriver au point où plus nous deviendrait fatal.

-Comment est-ce que tu me connais ?

-Je…

Ace se mord les lèvres et j'en déduis qu'il y a anguille sous roche. C'est vrai ça, comment connait-il cet homme ? Il n'est pas supposé le connaitre, non ?

-Je pense que vous devriez vous arrêter avant de faire quelque chose que vous pourriez regretter.

-Tiens, je t'avais oublié, toi!

Il me regarde avec dédain et lève son arme. Le coup part si vite que je n'ai pas le temps de réagir. On dit qu'on voit sa vie défiler devant ses yeux avant de mourir.

Mais rien.

La balle n'est pas pour moi. Elle touche Ace à l'épaule. Elle le déséquilibre.

Je le vois tomber au ralenti. J'ai beau bouger par réflexe, j'ai peur de ne pas arriver à temps. Je sens l'adrénaline monter alors que mon cœur bat à cent à l'heure.

J'attrape de justesse l'une de ses mains en me couchant dangereusement sur la roche. Sa tête cogne si durement contre la falaise que je l'entends distinctement. Il perd instantanément connaissance et je dois me débrouiller seul pour essayer de le remonter. Mes doigts glissent et je sens mon épaule droite craquer sous son poids. J'ai mal et je me sens glisser vers le bord.

Je n'arriverai pas à le remonter mais si je le lâche, Ace va mourir.

Le rire gras de Teach résonne derrière moi. Il s'est encore rapproché.

Je commence à paniquer et grogne sous l'effort. Les larmes me montent aux yeux. La peau d'Ace m'échappe, mes doigts glissent. Je tente de resserrer encore ma prise mais son corps est trop lourd.

Je ne peux que crier le nom de mon ami quand je finis par le lâcher. Mes mains tremblent et je fixe le vide sans arriver à le voir, interdit.

Est-il tombé dans le fleuve ?

Était-il déjà mort avant de tomber ?

Où est-il ?

Mon Dieu, faites qu'il soit encore en vie. Peu importe comment… !

Je sens un pied se poser sur mon dos et réagit immédiatement en me dégageant. Je m'éloigne si vite du bord que Teach en est surpris. Je suis à plusieurs mètres de l'endroit où Ace est tombé mais mes yeux sont irrémédiablement attirés par son point de chute.

Trop. Si bien que je réagis au dernier moment quand Teach fait feu. C'est comme si mon esprit était déconnecté de mon corps.

-Oups, râle-t-il. Désolé, mon gars, j'ai rien contre toi. Je veux juste pas de témoin gênant.

Il s'apprête à tirer une deuxième fois et je sais que je ne pourrais pas m'en sortir. Il a une arme, j'aurais beau m'enfuir, il est couru d'avance que je ne pourrais pas aller bien loin.

Je ne sais pas ce qu'il me prend, le désespoir certainement. C'est la première fois de ma vie que j'ai autant peur. Mon père m'a battu si souvent mais j'ai toujours su que je m'en sortirais, qu'il finirait par crever. Qu'il fallait que je sois patient et que j'encaisse.

Là, j'ai peur pour ma vie.

Je me retourne et cours. Je saute à mon tour dans le vide.

Je me protège le visage avec mes bras et rencontre presque immédiatement les branches et les troncs d'arbres denses de la forêt en contrebas. Je m'écorche partout et la douleur est telle que je hurle.

Trop rapidement, j'atteins le sol. Je sombre dans l'inconscience, incapable de garder les yeux ouverts.

Lundi 09 Avril 2018

Je sens quelque chose me lécher le visage. J'ai mal et un peu froid. Je me remémore aussitôt les derniers évènements et je grimace de douleur. Mais si j'ai mal, c'est que je suis encore vivant. Je mets une éternité à réussir à ouvrir les yeux. Je sens du liquide sur mes tempes et mon bras gauche me fait horriblement souffrir. Quand je prends de grandes inspirations aussi, ça me lance.

Mais je n'ai pas le temps de rester là, il faut que je me bouge.

Vite.

J'essaie de remuer et grogne. Je relève la tête et tombe sur un renne : je n'ai même pas assez de force pour avoir peur alors je fais comme si de rien n'était. Il n'a pas l'air dangereux de toute façon.

Moins que ce malade en haut.

Je ne sais pas combien d'heure j'ai passé allonger là, inconscient. Il fait pratiquement jour et j'espère que ce taré a déguerpi en pensant qu'on y était passé.

J'ai du mal a complètement coordonné mon corps. J'ai encore plus froid et encore plus mal. Ma vision n'est pas nette mais tant pis.

Il faut que je retrouve Ace le plus rapidement possible. Il n'est peut-être pas encore trop tard.


Et voilà le Week-end camping que les personnages attendaient tant et qui malheureusement tourne mal !

Teach entre en scène et Ace et X-Drake sont les premiers - enfin les seconds si on compte Shanks mais lui c'était il y a un petit moment déjà - à en pâtir.

A la semaine prochaine !