Bonjour,
Titre : Once Upon A Time...
Auteur : Typone Lady
Disclaimer : L'univers de One Piece ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas : ils sont à Eiichiro Oda. Je les emprunte le temps d'une histoire.
Rated: M
Genre : Romance, Hurt/Comfort, Song-fic
Résumé : « Qu'est-ce que le bonheur ? » Je suis resté immobile devant ma copie sans savoir quoi répondre. Avant j'aurais répondu sans hésitation « t'avoir à mes côtés ». Maintenant je ne sais plus.
« Raconte-moi une histoire…une merveilleuse histoire comme on en voit si souvent dans les contes de fées. Laisse-moi imaginer encore un peu que nous aussi, nous avons le droit d'être heureux. »
Bêta correctrice : pommedapi
Note : Merci à ma bêta pommedapi pour ses précieux conseils et aussi pour avoir corrigé ce chapitre ;). Un grand merci aussi à ma p'tite sœur qui ma aider à écrire le résumé. ^^
Bonne lecture ;)
Once Upon a Time n'est pas une fiction à l'eau de rose.
C'est juste une histoire.
Leur histoire.
Parce que la vie n'est pas un conte de fées...
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Chapitre 30
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«Il ne faut jamais attendre d'avoir pleinement confiance en soi pour faire un pas devant. C'est en faisant un pas devant qu'on accroît la confiance en soi.»
Nicole Bordeleau
X-Drake
Mardi 01 Mai 2018
La voiture ralentit. Je sens le bras d'un des hommes présents dans la voiture me frôler. Mes mains s'agitent et je les serre entre elles pour essayer de me calmer. J'entends beaucoup de bruit. On ne roule pas très vite et on fait des arrêts fréquents. On est dans le centre-ville ? Peut-être. Il y a trop de bruit, j'ai du mal à analyser les sons. Un gros bruit de klaxon retentit et je sursaute. Je les entends rire, se moquer de moi. Je serre encore plus mes mains.
Calme-toi. Calme-toi. Tout va bien se passer.
Ils ont dit que c'était fini. Qu'ils allaient me laisser partir. Je vais enfin pouvoir rentrer chez moi.
Je continue de me concentrer sur les bruits qui m'entourent. Je vis ici depuis cinq ans, je devrais pouvoir être capable de me situer. Je suis crispé mais je n'y peux rien. Malgré moi, mon corps est en alerte et je n'arrive pas à me détendre. Je me relâche, caresse mes mains entre elles et sens une cicatrice. Une coupure nette et précise pratiquement refermée à présent. C'est lui qui me l'a faite. C'est l'une des uniques fois en trois semaines où j'ai été terrifié.
Un souvenir douloureux qui s'ajoute à tant d'autres. Du bout des doigts, je repasse dessus, me rappelle comment c'est arrivé. C'était au début, j'avais encore l'énergie de me rebeller malgré mon état physique pitoyable. Mon esprit était encore vif et combatif. Comme je le regrette maintenant... Mon inquiétude et mon impatience m'ont poussé à perdre le contrôle. J'ai pourtant subi une formation, j'ai été confronté à des situations critiques, j'aurais dû être préparé.
J'ai été faible.
Je n'ai rien pu faire contre lui finalement. A la fin, j'ai été simplement heureux de toujours être en vie.
Je ne sais pas pourquoi d'un coup, ils se sont décidés à me laisser partir. Qu'est-ce qui a bien pu changer en trois semaines… ? Je suis heureux de pouvoir rentrer chez moi, de ne plus être enfermé. Là-bas, les minutes paraissaient durer des heures et les journées étaient si longues que je me demandais si le soleil allait bel et bien se coucher. Je n'avais pas conscience du temps, aucun moyen de le mesurer. Il n'en était que d'autant plus infini.
Après avoir repris connaissance au pied de la falaise, je me suis levé, dans un état second, et me suis mis à la recherche d'Ace. Il y avait ce chevreuil à mes côtés qui s'est mis à me suivre. J'ai cru qu'il m'aimait bien et qu'il était complètement inoffensif. La douleur devait déjà pas mal me faire délirer, mon discernement n'était pas au top en tout cas. J'ai essayé de m'appuyer sur lui, j'en avais tellement besoin. Je ne pouvais pas faire un pas sans avoir l'impression de me faire broyer de l'intérieur, encore et encore. Je voulais juste un appui. Il s'est enfui dès que je l'ai touché. J'ai alors été envahi par un immense sentiment de solitude. Je n'en avais pas eu conscience avant, mais j'étais seul. Le jour se levait à peine et je n'avais aucune idée d'où pouvait bien se trouver le campement.
Je me suis senti bête et j'ai commencé à avoir peur. Ace venait de tomber après s'être pris une balle, impossible qu'il ait pu survivre. Je me faisais pitié à le chercher. J'aurais dû retourner au campement, pas errer alors qu'un malade avait essayé de nous tuer. Mais à mon réveil, j'étais désorienté. Je voulais juste retrouver Ace.
Quel imbécile j'ai été.
Et quand je suis tombé une seconde fois sur Teach, il était trop tard. J'ai sombré tout de suite dans l'inconscience. Comme si à sa simple vue, toutes mes forces m'avaient quitté d'un coup. Je me suis réveillé dans une espèce de cellule minuscule où je pouvais à peine m'allonger. Il n'y avait pas de lumière et il y faisait affreusement froid. Le sol était dur et je n'avais rien pour améliorer mon quotidien. Pendant deux jours je pense, je suis resté là sans voir personne. Après, ils ont commencé à me nourrir et à me donner à boire. Mais ils ne me parlaient toujours pas. Impossible pour moi de savoir pourquoi j'étais là et si j'allais pouvoir m'en sortir.
Les jours sont passés sans que ça ne change. Ca me rendait fou. J'ai fini par exploser, d'où cette première cicatrice.
-Te voilà arrivé à destination, X-Drake.
Je me tourne vers ma droite : je ne reconnais pas cette voix. L'homme à mes côtés me fait tourner la tête dans le sens opposé – sans aucune délicatesse – pour m'enlever le bandeau que j'ai sur les yeux. Au même moment, ma portière s'ouvre et on me pousse sans ménagement dehors.
J'ai été privé de lumière si longtemps que la lumière naturelle du jour me pique les yeux. Je les referme brutalement et me roule en boule comme pour me protéger.
Il y a trop de bruit autour de moi et j'ai l'impression que ma tête va exploser. J'entends des voix mais ça me parait lointain. Je ne bouge pas, attendant je ne sais quoi.
Mon corps me fait encore souffrir. J'ai toujours les stigmates de ma chute mal soignée par les hommes de Teach, sans parler de ces trois semaines de captivité. Des images me reviennent en tête et je serre les poings. J'ignore la douleur et essaye de me calmer.
On me touche et je sursaute. Je relève aussitôt la tête et fais face au regard surpris d'une jeune femme derrière ses lunettes rouges.
-Oh mon Dieu, c'est bien lui !
Elle parle à un homme baraqué derrière elle mais je ne le vois même pas. Mon regard se promène sur le paysage autour de moi. Des gens me fixent, les voitures continuent de circuler sans s'arrêter et il y a même des voitures de police.
Je n'arrive pas à m'en étonner. Je tourne la tête et aperçois au même moment le poste de police derrière moi.
C'est donc là qu'ils m'ont déposé.
-J'appelle tout de suite une ambulance ! continue de crier la jeune femme.
-Emmenons-le à l'intérieur en attendant.
-Mais il est blessé, il ne faut peut-ê-
-Tais-toi, Tashigi, tu me casses les oreilles.
Je les regarde se disputer et reconnais enfin l'homme aux côtés de la jeune femme. C'est un collègue de mon père, mais impossible de me rappeler son nom. Il me soulève par le bras comme si je ne pesais rien. Je grimace à cause de la douleur et de son manque de délicatesse. Mais je le suis sans rien dire et continue d'observer tout ce qu'il y a autour de moi comme si je le découvrais pour la première fois.
Je reste silencieux et me contente de m'exécuter. On me demande d'avancer alors c'est ce que je fais. Je n'arrive pas à penser à quoi que ce soit, ni à ce que tout ça veut dire.
Contrairement à tout à l'heure dans la voiture, je n'ai pas peur du contact mais c'est seulement parce que j'agis de manière automatique, mécanique.
-Comment est-ce que tu vas ? me demande Tashigi.
-Comment t'es arrivé ici ? enchaine le policier.
Je suis incapable de répondre à leurs questions. Je suis assis sur une chaise dans un bureau et je les regarde sans rien dire. Ils échangent à voix basse alors que je ne m'intéresse pas du tout à ce qu'ils disent.
-Je vais contacter ses parents et leur dire de nous rejoindre directement à l'hôpital.
La femme quitte précipitamment la pièce, me laissant seul avec le policier à l'air peu aimable. Il me fixe, semble me jauger et faire un tas de théories dans sa tête.
-Ça fait un bout de temps qu'on te cherche, ou plutôt ton corps. Survivre trois semaines en pleine nature sans rien et blessé de surcroit, c'est impossible. C'est plutôt une bonne nouvelle que tu sois finalement vivant.
Il s'arrête, sort un énorme cigare de la poche de sa veste et l'allume lentement. Je fixe la porte pendant quelques secondes avant de nouveau de le regarder quand il reprend la parole.
-Tu es bien silencieux. Tu n'as rien à dire ?
Je cligne des yeux, étonné par sa propre question. J'ouvre la bouche mais aucun son n'en sort. C'est comme si j'étais incapable de parler, que je me muselais. J'ai parlé, crié à m'en casser la voix pendant pratiquement une semaine. J'en avais marre d'être dans cette cellule sombre et de ne voir jamais personne, d'entendre simplement quelques fois une voix par-ci par-là. J'ai crié, je voulais les emmerder, que quelqu'un ouvre enfin cette fichue porte de prison.
Je me replonge dans mes souvenirs et je me revois pendant quelques instants allongé par terre, transi de froid à attendre. L'heure du repas, les bruits de pas des hommes de Teach, le sommeil, le sommeil. Et parfois même, la fin.
La porte du bureau s'ouvre à nouveau et ça me débloque instantanément. Je reprends pied avec la réalité et fixe de nouveau le policier devant moi.
Ma voix est enrouée et hésitante quand je parle enfin.
-Où est… Ace ?
xXx
Mon père me serre dans ses bras depuis plusieurs minutes maintenant. Je le laisse faire, n'osant pas lui dire qu'il me fait mal. Je suis tellement heureux de le revoir. Ça me fait un bien fou, je me sens soulagé et enfin en sécurité. C'est maintenant que je prends conscience que c'est enfin fini, que je suis bien rentré.
Je suis tellement fatigué. Assis sur un lit d'auscultation, je me contente de garder mes bras dans son dos sans avoir la force de les serrer en retour. Si je ne reste pas concentré, ils pourraient tout aussi bien retomber le long de mon corps. Eden nous regarde, ému, retenant à grande peine ses larmes. Lui aussi m'a manqué, terriblement.
Je tends un de mes bras vers lui et il finit par nous rejoindre, nous enlaçant Rys et moi. Nous voilà enfin au complet. Je ne sens plus tellement la douleur et profite plus pleinement de tout cet amour dont m'inonde mes parents.
-Tu as l'air d'être revenu en un seul morceau...
Rys me regarde, observe les quelques cicatrices présentes sur mon visage, les seules qu'il peut voir pour l'instant. Il touche mes cheveux avec beaucoup de délicatesse. Il faisait souvent ce geste quand j'étais petit alors même que j'étais encore sous la responsabilité de mon connard de père. Il était maladroit avec moi à l'époque. Rys voyait que je souffrais et voulait m'aider mais il n'avait ni les mots, ni les solutions miracles. Alors il m'aidait autrement. Ce simple geste signifie beaucoup. Plus fort que des mots, c'est un geste de réconfort et d'amour. Rys a eu peur et c'est encore le cas à cet instant alors que je suis devant lui mais il reste fort et ne me montre que sa joie de me retrouver.
-X-Drake… Est-ce que ça va ? me demande Eden.
J'aimerais dire oui mais ce n'est pas vrai. Ce n'est pas non plus ce qu'attend Eden, ni Rys. Ils ne veulent pas d'une réponse qui les rassure mais la vérité, tout simplement. C'est important pour eux. Et pour moi aussi. Je ne dois pas me mentir à moi-même.
-Je ne sais pas, je leur dis. Pour l'instant, j'ai juste envie de dormir dans un vrai lit aussi longtemps que je le pourrais...
-Très bien. La police voudrait t'interroger mais si tu es trop fatigué pour répondre à leurs questions, hésite Eden.
-Je veux juste rentrer.
-D'accord, faisons ça.
Rys me sourit et m'aide à me relever.
-Rui sera tellement heureux de te voir!
-Moi aussi, dis-je à Rys.
-Je vais m'occuper des papiers pour qu'on puisse partir, annonce Eden.
-OK, merci.
Eden lui sourit et sort de la pièce. J'espère que ça ne va pas être trop long, la paperasse à l'hôpital, ce n'est jamais simple. Je regarde mon père, fatigué, et fais un pas pour sortir mais il me retient. Je n'ai pas besoin de le regarder pour savoir qu'il n'est pas à l'aise, qu'il va me demander quelque chose mais qu'il aimerait ne pas avoir à le faire.
Je le connais par cœur depuis le temps. Rys est plutôt facile à lire après tout. Il hésite et puis finalement, décide de garder le silence. Je suis soulagé. Ca veut dire que pour l'instant, il renonce à ses interrogations et respecte mon envie de ne pas parler de ce qu'il m'est arrivé. Je marche alors lentement vers la sortie et mon père me soutient.
Environ une heure plus tard, quand j'arrive enfin chez moi, je suis accueilli comme prévu par un Rui très émotif. Il se jette tout de suite dans mes bras sans même me laisser le temps de dire un mot. Je ressens dans cette étreinte le profond soulagement qu'éprouve Rui. J'aimerais pouvoir rester comme ça plus longtemps mais je n'en peux plus. J'ai besoin de souffler, d'être seul et de me reposer. Je n'ai malheureusement pas la force de m'attarder. Je m'éloigne en lui souriant malgré tout et me dirige tout de suite vers mon lit. Je m'y écroule en prenant tout juste le temps d'enlever mes chaussures. Rui me suit en trottinant et s'assoit au pied de mon lit. Il me fait l'effet d'un petit chien trop mignon qui ne veut pas laisser son maitre tranquille. Je sais cependant bien que c'est juste la manifestation de son inquiétude pour moi. J'esquisse un sourire avant de sombrer pour de bon.
Mon corps me fait mal et mon sommeil en plus d'être agité est loin d'être reposant. J'ai pris des médicaments avant de quitter l'hôpital mais c'est horrible, j'ai l'impression qu'à chaque mouvement, la douleur se réveille. Je revois en boucle derrière mes paupières closes les images qui ont malheureusement rythmées mes trois semaines de captivité.
Je me réveille plusieurs fois, mes yeux s'ouvrent et recherchent la lumière. Ma respiration se calme aussitôt quand je constate que je ne suis pas dans le noir. Je me rendors alors immédiatement. Rui n'est plus là, je suis seul dans la chambre et c'est un véritable soulagement. Je ne veux pas qu'il me voit comme ça.
Je veux que personne ne sache qu'à présent, j'ai peur des ténèbres.
Mercredi 03 Mai 2018
Rys s'arrête devant le poste de police. J'observe la façade sans rien dire. Mes yeux s'attardent même quelques secondes à l'endroit où j'ai été « déposé » hier. C'est encore trop récent pour moi, je me rappelle toutes les émotions violentes qui m'ont traversé. Je n'ai aucune envie de me retrouver là mais si la veille j'ai pu échapper à l'interrogatoire de Smoker, aujourd'hui, je vais devoir y faire face. Je ne sais pas si je vais en avoir la force. Est-ce que je vais réussir, être utile pour l'enquête ? Tout cela est récent pour moi mais je ne suis pas certain de pouvoir mettre en ordre mes idées, me rappeler, raconter...
-Est-ce que ça va aller ? me demande mon père.
Je dis oui sans trop y croire. Je soupire et sors de la voiture. J'entends mon père se dépêcher de faire de même. Il me rattrape en quelques enjambées. Je me retiens de lui dire que je n'ai pas besoin de lui pour faire ça. La vérité, c'est que s'il pouvait le faire à ma place, ça m'arrangerait bien. Et il le sait, mon père sait que je peux m'effondrer à tout moment. Je ne suis pas assez fort pour ça, j'ai constamment peur tout en m'interdisant de le lui montrer. Je suis vraiment pathétique.
J'entre dans le commissariat et repère tout de suite Ace qui est assis sur une des chaises à l'accueil. Il est seul et attend visiblement quelqu'un. Je suis si surpris de le voir que je ne sais pas quoi faire. Les policiers passent à côté de moi sans se préoccuper de mon immobilisme. J'ai l'impression d'être dans une bulle hermétique. Je vois ce qu'il se passe autour sans pour autant arriver à interpréter ces scènes. Je n'entends rien d'autre que mon cœur qui bat sinistrement. Le son est presque assourdissant tant je suis mal.
Je vois le capitaine Smoker arriver et je me souviens alors pourquoi je suis là. Il m'appelle et ça me permet de reprendre pied avec la réalité. Je sens alors de nouveau le regard de mon père sur moi. En alerte.
Ace relève les yeux en entendant mon nom et me regarde. Ses yeux s'écarquillent sous la surprise et je comprends qu'il devait ignorer qu'on se rencontrerait aujourd'hui. Que je suis rentré. A bien y réfléchir, personne n'est au courant pour moi. Enfin, je ne crois pas. Si Ace l'ignorait, c'est sans doute aussi le cas pour les autres. Koala doit encore s'inquiéter inutilement pour moi. Mais j'ai beau savoir ça, je n'ai pas envie de me précipiter pour aller la voir, elle ou qui que ce soit d'autre.
J'aimerais rester encore quelques temps tranquille, je ne veux pas tout de suite voir la pitié chez mes amis. L'inquiétude et les questionnements, je veux les fuir encore un peu.
-X-Drake… ?!
Ace se lève et continue de me fixer comme s'il n'y croyait pas. Il n'a pas l'air d'aller trop mal et j'en suis plutôt surpris. Il a fait une de ces chutes, il faut dire. Quand sa tête a cogné contre la paroi de la falaise, j'ai cru que s'en était fini. Je me suis accroché à lui de toutes mes forces pour ne pas le voir disparaitre mais je l'ai lâché. Pourtant aujourd'hui, il est bien là, devant moi. Une assez longue cicatrice lui barre le front. Elle est fine et est partiellement cachée par ses cheveux bruns. A part ça, il n'a pas l'air d'avoir la moindre autre blessure. Il en a de la chance.
Ace sourit et s'avance vers moi.
-Nous allons pouvoir commencer X-Drake, me dit le policier.
Je me retrouve soudain tétanisé devant Ace. Comme hier, je me sens incapable de dire un seul mot. Ma gorge se noue et je le contourne pour aller m'engouffrer dans le bureau de Smoker. Je fuis. J'entends Ace me suivre et m'appeler. Mon corps se met à trembler en même temps que je me rappelle ce jour. Mais qu'est-ce qui m'arrive ? Je ne veux pas être terrorisé pour ça.
-Chacun son tour, Portgas.
Le capitaine Smoker ferme la porte et vient s'asseoir devant moi. Il ne me regarde pas et range des trucs sur son bureau. Je me mords les lèvres et essaye de respirer le plus calmement possible et avec discrétion. Il va falloir que je réponde à ses questions aujourd'hui, pas question de me défiler. Je me débarrasse de ça et après, je suis enfin tranquille. Ce n'est qu'un mauvais moment à passer. Je n'ai pas le choix de toute façon.
-On dirait que tu ne t'es toujours pas remis, commente l'homme.
Je sors brutalement de mes pensées et le fixe sans savoir quoi dire.
Ma gorge se serre et les mots se retrouvent bloqués au fond de ma gorge.
-Espérons quand même que tu sois plus bavard, soupire-t-il.
Il commence à me poser des questions et moi, je m'en veux. Mais bon sang, qu'est-ce que je fous !? Pourquoi j'arrive à parler à Rui et à mes parents, à être à peu près détendu chez moi alors que je si anxieux ici ? Je suis si tendu que mon corps me fait mal !
Le capitaine Smoker me hèle et je sursaute. Quoi ? Il m'a posé quoi comme question déjà ? Il faut que je me concentre !
Est-ce que je peux lui parler ?
-Je voudrais que tu me racontes ce qui s'est passé ce jour-là.
-Un homme…
L'image de Teach me vient aussitôt en tête. Je suis alors comme bloqué et revis ces instants qui ont précédé ma propre chute.
-Je n'ai pas toute la journée.
Le capitaine Smoker serre les dents et j'essaie vraiment de me concentrer.
-Je ne me souviens pas de son nom, je mens.
Je m'en étonne moi-même.
-Tu ne m'apprends rien. Que voulait-il ? Comment ça s'est passé exactement ?
-Je ne sais pas. Il parlait avec Ace… Je suis désolé, mais je ne me souviens pas de grand-chose en fait. Il a fini par tirer sur Ace et je l'ai lâché. J'ai cru qu'il était mort et puis j'ai sauté et…
Il soupire et je m'arrête de parler. J'ai l'impression d'être inutile. Teach m'interdisait de l'appeler, de prononcer son nom. La seule information utile que je pourrais donner, je la garde. Le reste est décousu et ne sert à rien.
-Où étais-tu pendant trois semaines? La réserve naturelle a été fouillée de fond en comble sans jamais aboutir à quoi que ce soit. La caméra sur la façade du commissariat a filmé ton arrivée hier. Qui était dans la voiture ?
-Je ne sais pas.
Il n'a pas l'air satisfait de ma réponse et je commence à me sentir mal.
-J'avais les yeux bandés, dis-je comme une excuse.
-Ils parlaient ? Tu as pu distinguer au moins combien ils étaient ?
-Je dirais quatre. Ou trois. Il y avait deux personnes à l'arrière avec moi. Plus un qui conduisait. Après, je ne sais pas.
-Je suppose que tu ne peux pas non plus me dire où tu étais pendant tout ce temps ?
-Non. J'étais dans une pièce fermée sans lumière et je n'entendais pas ce qu'il se passait dehors. Personne ne venait jamais me voir.
-Mouais. Malheureusement, ça ne nous aide pas beaucoup...
Il se lève et je me dépêche de faire de même. Je le fixe, surveillant ses mouvements. Smoker me regarde bizarrement mais ne dit rien.
-Bon, ce sera tout. Rentre chez toi et essaie d'oublier ça, mon garçon.
Je ne dis rien et sors du bureau sans attendre. Dès qu'Ace me voit, il me rejoint. Je ne sais pas quoi faire, quoi dire. Mon père n'est pas loin et je l'implore presque du regard de venir me sortir de là. Il hésite. Il ne doit pas comprendre pourquoi je fuis autant mon ami alors qu'il s'inquiète simplement pour moi.
-Merde, je suis trop heureux de te revoir! J'ai bien fait de venir finalement! Quand est-ce que tu as été retrouvé ?!
-Hier.
Je peux voir dans ses yeux qu'Ace est réellement content que je sois là, que cette histoire soit en quelque sorte derrière nous. Mais je ne sais pas, je me rappelle en partie des mots de Teach et je sais qu'à la base, je n'étais pas visé. Une partie de moi en veut à Ace, à sa famille, parce que c'est à cause d'eux que j'ai vécu tout ça.
Mais Ace est mon ami et je sais qu'il s'est inquiété pour moi. Je suis content de voir qu'il va bien. Ces deux sentiments se partagent mon cœur et c'est ça qui m'empêche d'être à l'aise avec Ace. Je m'en veux de lui en vouloir alors qu'il a souffert autant que moi.
-T'es pas bavard... Je te comprends, tu dois être fatigué et en plus, Smoker est un tel bourrin!
-Oui.
-Portgas, c'est à toi ! crie le capitaine derrière lui.
Ace grimace et me fait un signe avant d'entrer à son tour dans le bureau. Je rejoins mon père qui me demande si ça va. Je ne lui réponds pas et insiste pour vite rentrer à la maison.
xXx
Je relis une dernière fois le message de Koala, hésite, puis lui envoie une réponse positive. En rentrant du commissariat tout à l'heure, seul dans mon lit, j'ai ressenti le besoin de l'avoir de nouveau près de moi. Alors malgré mon envie de rester encore un peu seul, je lui ai envoyé un message. Elle m'a tout de suite appelé mais je n'ai pas répondu. Je lui ai ensuite envoyé un autre message pour lui dire que je préférais qu'on communique comme ça pour l'instant.
Elle n'a plus essayé de m'appeler après et a respecté ma décision. Koala est vraiment une fille géniale qui fait toujours attention aux autres et sait se mettre à leur place. C'est pour ça qu'il est si facile de s'entendre avec elle, de l'aimer et de l'apprécier. On ne se sent pas jugé. Elle nous regarde toujours avec bienveillance et amour. Même dans ses messages, j'arrive à le ressentir. Elle ne m'a pas trop posé de question sur ce qu'il s'était passé mais plus sur comment j'allais et c'est quelque chose que j'apprécie. Je veux la voir et je le lui ai dit mais pas tout de suite. Il me faut encore quelques jours. En attendant, avoir de ses nouvelles, lui parler, me suffit.
On est déjà au mois de mai, les examens commencent dans un peu plus d'un mois. Le temps est passé vite, je n'arrive pas à croire que ça fait déjà presque un an depuis ma remise de diplôme et mon échec au conservatoire. Il ne me reste plus tellement de temps pour m'entrainer au vu de cette deuxième chance. Avec tout ce qu'il s'est passé, je n'ai même pas pu y penser. Je ne fais pas le bilan de cette année écoulée ou sinon, je sens que je vais me mettre à déprimer. Tout ce qui compte pour moi en cet instant, c'est de préparer mon avenir. Le concours d'entrée au conservatoire de Bateria.
C'est la meilleure manière de m'occuper l'esprit et de passer à autre chose.
Comme si je n'avais pas vu assez d'horreur comme ça. Je veux juste oublier, qu'on me laisse en dehors de ça. J'en ai marre d'avoir peur.
J'attrape mon portable, enfile mes écouteurs et lance une musique au hasard. Je chantonne, m'échauffe la voix, me laisse prendre par le rythme sans pousser. Je fais ça sur une ou deux chansons avant d'en sélectionner une en particulier et d'y aller à fond.
When Mama said that it was quite alright
Quand maman disait que ça allait plutôt bien
Our kind of people had a bed for the night
Que les gens comme nous avaient un lit pour la nuit
And itwas ok
Et que c'était bien
Mama told us we are good kids
Maman disait que nous étions de bons gamins
And daddytold us neverlisten to the ones
Et papa disait de ne jamais écouter ceux
Pointingnastyfingers and making fun
Pointant du doigt méchamment et se moquant
'Cause wewere good kids
Parce que nous étions de bons gamins
Je ferme les yeux. Ecoute le rythme, les vibrations, la générosité du titre. C'est le genre de chansons que j'aime beaucoup, avec du sens, du rythme et des paroles avec de l'impact.
Remember as king both my mom and dad
Je me souviens leur avoir à tous deux demander
Why we never travelled to exotic lands
Pourquoi nous n'allions jamais dans des endroits exotiques
We only ever really visit friends
Nous ne visitions toujours que des amis
Nothing to tell when the summer ends
Rien à dire quand l'été se finissait
We never really went buying clothes
Nous n'allions jamais vraiment acheter de vêtements
Folks were passing on this stuff plenty loads
Les gens passaient avec ces trucs chargés en abondance
New shoes once a year and then
De nouvelles chaussures une fois par an et ensuite
Out to play ball so we could ruin them
Nous allions jouer dehors ainsi nous pouvions les ruiner
Je balance légèrement la tête, mes cheveux glissant sur le mur. Assis sur mon lit, seul dans ma chambre, je me lâche.
When mama said that it was okay
Quand maman disait que ça allait
Mama said that it was quite alright
Maman disait que c'était déjà bien
Our kind of people had a bed for the night
Que les gens comme nous avaient un lit pour la nuit
And itwas ok
Et que c'était bien
Mama told us we were good kids
Maman disait que nous étions de bons gamins
And daddy told us never listen to the ones
Et papa disait de ne jamais écouter ceux
Pointing nasty fingers and making fun
Pointant du doigt méchamment et se moquant
'Cause we were good kids
Parce que nous étions de bons gamins
Don't get me wrong I didn't have itbad
Ne vous méprenez pas je ne le prenais pas mal
I got enough loving from my mom and dad
J'avais assez d'amour de ma maman et mon papa
But I don'tthink they really understood
Mais je ne pense pas qu'ils ont vraiment compris
When I said that I wanted the deal in Hollywood
Quand j'ai dit que je voulais faire affaire à Hollywood
I told them I'll be singing on TV
Je leur ai dit que j'allais chanter à la TV
The other kids were calling me a wannabe
Les autres enfants m'appelaient l'ambitieux
The older kids they started bugging me
Les enfants plus âgés ont commencé à m'embêter
But nowthey all standing right in front of me
Mais à présent ils se tiennent tous en face de moi
Je mets toujours plus d'énergie, de sentiments. Je n'ai jamais eu de mère, mais j'ai des parents qui sont toujours là pour moi et qui ont fait de moi un bon garçon et c'est grâce à eux que je suis un homme accompli. Je me bats toujours contre mes démons, ma vie chaotique, mais c'est parce qu'ils ont toujours été là pour moi et qu'ils m'ont transmis les bonnes choses que je suis toujours debout.
When mama said that it was okay
Quand maman disait que ça allait
Mama said that it was quite alright
Maman disait que ça allait plutôt bien
Our kind of people had a bed for the night
Que les gens comme nous avaient un lit pour la nuit
And itwas ok
Et que c'était bien
Mama told us we are good kids
Maman disait que nous étions de bons gamins
And daddy told us never listen to the ones
Et papa disait de ne jamais écouter ceux
Pointing nasty fingers and making fun
Pointant du doigt méchamment et se moquant
'Cause we were good kids
Parce que nous étions de bons gamins
I know which place I'm from
Je sais d'où je viens
I know my home
Je connais ma maison
When I'm in doubt and struggling
Quand je suis dans le doute et en difficulté
That's where I go
C'est là que je vais
An old friend can give advice
Un vieil ami peut donner des conseils
When new friendsonly know a half story
Quand les nouveaux ne connaissent que la moitié de l'histoire
That's why I'm always keep the mtight
Voilà pourquoi je les garde toujours précieusement
And whyI'm okay
Et pourquoi je vais bien
I said I'm OK
J'ai dit que ça va
You know what my mama said
Vous savez ce que maman disait
You know what she told me
Vous savez ce qu'elle me disait
My mama said that it was ok
Maman disait que ça allait
Mama said that it was quite alright
Maman disait que ça allait plutôt bien
Our kind of people had a bed for the night
Que les gens comme nous avaient un lit pour la nuit
And itwas ok
Et que c'était bien
Mama told us we are good kids
Maman disait que nous étions de bons gamins
And daddy told us never listen to the ones
Et papa disait de ne jamais écouter ceux
Pointing nasty fingers and making fun
Pointant du doigt méchamment et se moquant
'Cause wewere good kids
Parce que nous étions de bons gamins
(Mama said that it was okay
(Maman disait que ça allait
Dabdadadabdadadbdaaaaaaaaaaaaaaaaa
Dabdadabdadadbdadabdaaaaaaaaaaaaaaaaaa
Mama said that it was okay
Maman disait que ça allait
Dabdadadabdadadbdaaaaaaaaaaaaaaaaa
Dabdadabdadadbdadabdaaaaaaaaaaaaaaaaaa
When mama said that it was okay)
Quand maman disait que ça allait)
Je suis content d'être rentré.
-C'était très beau.
J'ouvre les yeux et fixe mes parents ainsi que Rui qui sont entrés dans ma chambre sans que je m'en aperçoive. Rui est enfin en vacances. Son bénévolat fini, il va pouvoir profiter de moments de détente avant de retourner prochainement à North Blue continuer sa formation militaire mais pour être cette fois-ci infirmier soldat.
-Merci, dis-je.
-Qu'est-ce que tu fais ? me demande Rys qui vient s'asseoir à mes côtés.
-Je m'entraine pour le concours.
-Déjà ? s'étonne-t-il.
-C'est bientôt. C'est normal de s'entrainer au maximum, ajoute Eden.
-Qu'est-ce que c'est ? C'est comme le concours des Glee Club ? demande Rui à qui j'ai rarement parlé du conservatoire.
-Non. Cette fois-ci, X-Drake sera seul face à un jury. C'est assez stressant surtout qu'ils n'ont pas l'air très aimable et sont intransigeants. C'est en acapella et ça rend l'exercice plutôt compliqué. Sans public pour encourager ou pour porter le candidat, ça incite le jury à se montrer plus dur et à ne pas se laisser influencer, lui explique Eden.
Rui fait une tête épouvantée et ça me fait sourire.
-Ça a l'air horrible, dit-il.
-Ça l'est, je concède. Mais c'est ce que j'aime et je sais que cette fois, ce sera la bonne.
Je ferme les yeux.
-Je ne peux pas perdre avec cette chanson. Elle me parle beaucoup et c'est plus mon style. J'étais trop nerveux la dernière fois et pour être honnête, je n'arrivais pas totalement à y croire.
-X-Drake...
Rys passe son bras autour de mes épaules.
-Mais celle-là, je la maitrise bien. Elle résonne bien et c'est un style qu'ils ont peu l'habitude d'entendre et que j'aime beaucoup. Je vais y arriver.
-C'est plaisant de t'entendre parler comme ça, sourit Rys.
Ils ont tous l'air si heureux que ça me réchauffe le cœur. Je ne veux pas gâcher ça. Je vais dans la bonne direction. J'occulte de mon esprit le fait que j'ai maintenant peur du noir, que cette histoire avec Teach ne fait sûrement que commencer et je me concentre sur moi. Sur ma vie.
Je veux être heureux et je vais me donner les moyens d'y arriver.
«Les larmes les plus amères que l'on verse sur les tombes sont inspirées par les mots que l'on n'a pas prononcés et les gestes que l'on n'a pas faits.»
Harriet Beecher Stowe
Shanks
Jeudi 03 Mai 2018
Je lève la tête et observe l'immense bâtisse. C'est beau, l'extérieur est charmant, le jardin fleuri est bien entretenu. Situé à une demi-heure de Dawn, cet endroit est une propriété de Gol. D. corp. C'est beau, mais à l'extérieur seulement. Personne n'aime venir ici.
C'est si sombre et austère. Malheureusement, les conditions ont fait que j'apprécie peu de venir ici. Avant, j'étais loin de rechigner à l'idée de me rendre là pourtant.
Je remonte la longue allée à pied et un des hommes qui gardent l'entrée m'ouvre sans même me demander mon identité. On échange à peine un regard à vrai dire. Dans l'entrée, je suis accueilli par un autre homme, plus joyeux et moins protocolaire.
-Bienvenue à l'Oro Jackson, la demeure impénétrable de l'Empereur!
Je hoche la tête pour le saluer.
-Vous êtes le dernier à arriver, veuillez me suivre, Shanks le Roux.
Il est celui qui s'occupe de tout ici, le maitre de maison. On monte au deuxième étage et si habituellement il y a toujours du bruit, de la musique, de la vie, aujourd'hui il y règne un silence de mort. Ce n'est jamais bon signe quand on vient ici mais c'est une demeure à laquelle le boss tient et nous aussi, même si la signification de ce lieu a changé petit à petit.
L'homme frappe à une porte, m'annonce, et j'entre.
Ils sont tous là. Les chefs assis autour d'une table avec à son bout le boss, Roger. Ils boivent et mangent sans rien dire. Je m'installe en m'inclinant légèrement pour tous les saluer. A peine assis, Baggy m'envoie des regards noirs. Sans doute veut-il se plaindre parce que je suis en retard. Je me contente d'afficher un grand sourire pour le narguer et bien entendu, ça l'énerve.
-Je pense que vous êtes tous au courant maintenant mais X-Drake a été relâché. Sain et sauf, commence Roger.
Nous échangeons des regards entre nous et Roger ferme les yeux comme pour mettre en ordre son esprit, se calmer.
-Bien entendu, c'est une nouvelle réjouissante mais la question est pourquoi ? lance-t-il.
-J'ai vu mon contact de la police hier et il m'a dit que la plupart des blessures d'X-Drake étaient dues à sa chute et qu'il n'avait pas été torturé. Il a juste subi quelques privations, ça plus le traumatisme que représente l'expérience, nous apprend Rayleigh.
-X-Drake n'a pas subi de torture parce que Teach est parfaitement au courant que le gamin n'a aucun lien avec nos histoires, soupire Oden.
-Peut-être. Mais il n'est pas impossible qu'il sache des trucs concernant Newgate, dis-je.
-Qu'est-ce que tu veux dire ? m'interroge de nouveau Oden.
-Un de ses pères – Eden - bossait pour lui à une époque. C'est une hypothèse à ne pas écarter.
-Tu as raison, Shanks.
Roger se touche la moustache. Il fait toujours ça lorsqu'il réfléchit. Et puis, qui sait combien de temps il va la garder avant qu'Hancock lui demande de nouveau de la raser...
Cette situation est assez grave pour qu'on ne la traite pas à la légère. Je me recule dans mon siège, prends mes aises et observe la salle. Pas de fenêtre, trop risqué : il manquerait plus qu'un sniper bute notre boss. Cette demeure est connue de beaucoup de monde et même de nos ennemis mais c'est une forteresse impénétrable. Personne n'a encore jamais osé s'y attaquer et je doute que Teach s'y risque.
-Je doute quand même que le gamin soit plus au courant de ce qui se passe du côté de Newgate que du notre, explique Rayleigh. La véritable question est en fait : pourquoi maintenant ?
-Tu as raison, concède le boss. Pourquoi garder aussi longtemps quelqu'un d'à priori inutile ?
Des hypothèses sont lancées ici et là, même Baggy s'y met et je me retiens de rire. Je ne suis pas sûr que mon collègue apprécie que je me moque de lui.
-Sans doute que ça l'arrangeait ou que c'était trop compliqué de le faire avant. Pendant trois semaines, la police et toutes les forces en présence étaient en alerte pour retrouver X-Drake, nous également. Même si on savait que Teach était derrière tout ça, la priorité était X-Drake, dis-je et il ne faut pas deux minutes pour que tout le monde comprenne ce que j'insinue.
-Parfaite diversion pour ses magouilles et pour préparer quelque chose de très gros.
Roger se lève et fait quelques pas puis donne ses ordres.
-Tenez-vous prêts et assurez-vous de capter la moindre information concernant Teach. A mon avis, il ne devrait pas tarder à bouger de nouveau et c'est pour ça qu'il a relâché X-Drake.
xXx
La réunion s'est terminée il y a une demi-heure mais personne n'est encore parti. La plupart d'entre eux doivent être en bas en train de manger ou de se relaxer. L'alcool coule toujours à flot après ce genre de retrouvailles. J'aurais aimé les rejoindre mais Mihawk m'a dit qu'il me tuerait si je rentrais bourré ce soir. J'avais bien envie de lui dire d'aller se faire voir et que je boirais autant que je veux car je renterais chez moi, au loft. Malheureusement, je ne suis pas sûr que l'accueil soit meilleur. Cavendish est toujours si tatillon...
Il est en vacances en ce moment. Comme il l'avait prévu, le scandale le concernant est pratiquement passé aux oubliettes. Plus personne n'en parle. Il faut dire que le démenti a aussi grandement aidé. Le journal people qui a révélé l'affaire a connu de durs moments après ça. Sa crédibilité en a pris un coup et il a failli faire faillite. Il a survécu je ne sais comment. Leurs difficultés ne m'ont pas du tout ému, je n'aurais eu aucun regret s'il n'avait pas réussi à se relever.
Cavendish a encore plus de fans qu'avant et je suis heureux de le voir sourire. Sabo aussi a l'air d'être en forme. Maintenant qu'Ace est réveillé, il remonte la pente et je sais bien qu'il se donne encore plus pour l'AR. Ce dernier point m'inquiète assez mais on a déjà eu une discussion à ce sujet. C'est son choix, sa vie.
Avant qu'Ace ne se réveille, il m'avait informé vouloir parler avec lui, de l'Armée Révolutionnaire justement. Je ne sais pas bien ce qu'Ace connait sur ce groupe, sans doute pas grand-chose. Il n'y a pas beaucoup d'information concernant les ennemis de l'Etat. Si j'en sais autant, c'est bien parce que je ne fais pas parti du système. C'est étonnant que Sabo ne se soit pas posé plus de question que ça. Il a dû se dire que c'est en ma qualité d'avocat que je suis au courant de toutes ces choses-là. Ce n'est pas faux cela dit.
Dans tous les cas, j'espère que ça se passera bien pour lui.
La porte s'ouvre et Rayleigh en sort. Il me regarde, se demandant probablement pourquoi je n'ai pas bougé depuis tout à l'heure. Tout le monde sait ce qui se passe derrière cette porte et à quel point Roger ne veut pas qu'on assiste à ça. Mais c'est plus fort que moi.
-Roger était sûr que tu serais encore là...
Il soupire.
-Entre au lieu de rester à la porte comme un pauvre petit chiot.
-Ce n'est pas très gentil ce que vous venez de dire.
Je rigole et Rayleigh esquisse un sourire.
J'entre et la porte se referme derrière moi, cachant le secret gardé par l'un des hommes les plus puissants du monde.
La maladie du boss. Dans le groupe, on est plus ou moins au courant. Ce qu'on ignore, c'est si c'est grave ou non.
Je reste dans un coin de la pièce, observant Roger assis sur une chaise et le médecin l'ausculter. Celui-ci soupire et range ses outils dans sa trousse de soin. Roger renfile sa chemise et esquisse un sourire. Comme s'il avait l'habitude de ce scénario et qu'à présent, il préférait en rire.
-Merci d'être venu, dit-il.
-Je me demande encore pourquoi je me déplace...
-On en a déjà parlé. Je préfère que ça se passe comme ça.
-Peut-être mais vous allez finir par le regretter.
Le médecin lance un regard lourd de sous-entendus au boss.
J'observe l'échange, de plus en plus intrigué. C'est horrible d'assister à ça, qu'on fasse comme si vous n'étiez pas là et qu'en plus, vous ne compreniez rien à ce qui se passe. Je vois bien qu'il s'agit de l'état de santé de Roger, quoi d'autre sinon ? Mais pourquoi les deux hommes semblent être en désaccord ? Connaissant plus ou moins mon patron, je sais qu'il peut parfois se montrer déraisonnable. Donc qu'il ne veuille pas suivre l'avis de médecin ne me tranquillise pas. Rayleigh se montre également discret. Assis aux côtés du boss, il observe les deux hommes avec un mélange de fatigue et de soulagement. J'imagine que lui aussi doit parfois essayer de discuter avec le boss.
Sans succès. Et qu'à chaque fois, il espère que le médecin aura plus de chances que lui.
Tout ça m'inquiète beaucoup et je dois dire que ne pas savoir me fait imaginer tout et n'importe quoi. Mais en même temps, je n'arrive pas à me dire que ça peut être si grave que ça. Il s'agit de Roger, un des Quatre Empereurs. L'homme que j'admire le plus au monde et qui m'a aidé à grandir, à évoluer. Qu'est-ce qu'il pourrait bien lui arriver ?
C'est un pilier et pas seulement pour l'équilibre de ce monde et des forces en présence, mais aussi pour beaucoup de personnes.
-Ça vous fait sourire ?
Le médecin pince les lèvres et referme d'un geste sec son sac. Cette situation ne l'amuse pas du tout.
J'hésite à rester à ma place. La consultation est terminée, il devrait partir à présent.
-Je suis désolé, je ne me moque pas de vous. Mais simplement de ce que vous dites.
Ces excuses ne suffisent pas à détendre le médecin qui croise les bras en attendant la suite. Roger se lève et fait quelques pas pour aller se servir de l'alcool. Une bouteille de whisky traine sur un des meubles de la pièce. Il s'en saisit et revient au niveau de la table où il prend un verre. Il se sert trois doigts du liquide ambré et le goute. Je ne sais pas comment il fait. Personnellement, je n'apprécie pas beaucoup cette boisson que je trouve bien trop forte et pas assez savoureuse.
-Vous vous trompez, c'est simplement ça qui me fait rire. Je vis sans regret alors je mourrais également sans regret. Mais j'aurais peut-être des remords, qui sait.
J'ouvre grand les yeux d'effroi quand je comprends de quoi il s'agit. Le médecin soupire et annonce qu'il va prendre congé. Il part sans attendre, connaissant parfaitement la sortie et n'étant pas inquiet une seconde d'être seul dans le repère d'un des dirigeants les plus craints au monde. Après tout, il savait dans quoi il s'engageait en acceptant de le soigner.
Il passe à côté de moi mais je le sens à peine. La porte se referme mais ça ne suffit pas à mon cerveau pour revenir au présent. Je reste bloqué sur les derniers mots de Roger.
Mourir ?
Qu'est-ce que ça veut dire ?
-Si tu continues comme ça, il ne va plus revenir, lance Rayleigh.
-Ce n'est pas bien grave. Ça ne sert plus à grand-chose maintenant.
Le second me regarde et esquisse un sourire désolé à mon attention.
-Tu ne devrais pas agir comme ça. Regarde dans quel état tu as mis mon poulain.
Roger se tourne vers moi et je me sens incapable d'affronter son regard. Je baisse la tête et avale difficilement ma salive. J'ai la tête qui bourdonne. Mourir ? Comme dans extinction de son existence et retour au néant ? Fin des souffrances et disparition de sa présence sur terre ? Qu'est-ce qui se passe… ?
Je me sens nauséeux. Je relève la tête et vois que Roger s'est approché de moi. Seul un mètre nous sépare. Je recule d'un pas et bute aussitôt contre le mur derrière moi.
C'est donc ça qu'il nous cachait.
-Tu es tout pâle, Shanks.
Il sourit comme si me voir prêt à tourner de l'œil était drôle. Il sourit comme s'il n'était pas malade et condamné. Comment peut-il sourire ? J'ai l'impression que toutes mes certitudes viennent de s'envoler, que mon existence entière vient d'être bouleversée. Comment la disparition future d'un homme peut-elle provoquer tout ça ?
Pourquoi doit-il mourir ?
-Ça ira.
Je secoue la tête, absolument pas d'accord avec lui.
-Bien sûr que si. Allez, rentre chez toi. Tu n'as pas l'air bien, tu devrais te reposer un peu.
J'acquiesce, n'ayant pas confiance en ma voix pour parler. Je me retourne et marche lentement jusqu'à la porte.
-Shanks, m'appelle-t-il une dernière fois. Je ne plaisantais pas tout à l'heure, continue-t-il. J'ai pu passer d'agréables moments avec mon fils qui a su dépasser la haine qu'il éprouve à mon égard pour essayer de me comprendre. Rouge est de nouveau heureuse et épanouie dans sa vie. J'ai eu une magnifique partenaire de vie, Hancock m'a beaucoup apporté et a toujours été à mes côtés. Luffy a égayé mes journées et il m'a donné envie d'être courageux, d'être un homme bon qui pourrait le faire rêver. Je ne vous oublie pas non plus, vous, mes hommes, mes frères qui livrez chaque jour bataille à mes côtés et qui m'avez à votre façon beaucoup appris. Je partirai sans regret, quoi qu'il arrive.
Il me sourit. Et je ne trouve rien à répondre à ça. Aujourd'hui , ce n'est pas quelque chose que je peux accepter. Il me faut au moins quelques jours.
Je quitte la demeure sans même aller saluer les autres. Je marche longtemps, ayant refusé la proposition d'un des employés de l'entreprise de me raccompagner. J'ai le regard flou et avance sur le bas-côté pour éviter de me faire renverser par une voiture trop pressée et pas assez prudente. Je mets un pied devant l'autre mais j'ignore où je vais. Quelqu'un ralenti et je tourne la tête pour voir ce que cette personne me veut. Une femme qui a l'air d'avoir pitié de moi et qui veut voir si je vais bien.
Je l'ignore. Elle insiste quelques minutes avant d'abandonner et d'accélérer. Je suis de nouveau seul et la douleur que je ressens d'avoir marché de longues heures ne suffit pas à atténuer le trou béant que j'ai dans le cœur.
Exténué, je finis par m'arrêter et par appeler Mihawk pour qu'il vienne me chercher. Je raccroche sans lui laisser le temps de parler, sans même avoir sa confirmation. Mais il sera là, je le sais. J'ai moins d'une heure à attendre avant de le voir arriver. Je monte dans la voiture sans même le saluer. Je m'enferme dans ma bulle et passe tout le trajet à regarder le paysage.
Perdu dans le brouillard de mes pensées angoissantes, je ne tilte pas quand la voiture s'arrête. On est arrivé. Mihawk soupire et ouvre sa portière. Mon corps réagit tout seul et je le suis jusqu'à chez lui.
-Tu comptes rester muet encore longtemps ?
-Je vais prendre une douche.
Il lève les yeux au ciel. Il aurait aimé entendre autre chose, c'est sûr. Je commence à enlever mes vêtements alors que je ne suis pas encore dans la salle de bain. Je suis pratiquement nu quand j'actionne le pommeau de douche. Je termine d'enlever mon boxer et entre dans la douche. L'eau chaude activée au maximum s'abat sur mon corps et me fait mal.
Mon calvaire ne dure que quelques secondes à peine. Mihawk entre en trombe et éteint l'eau.
-Non mais ça va pas ?! Qu'est-ce qui te prend ?!
Il me regarde, ses yeux lancent des éclairs. Je cligne des yeux comme si je revenais tout juste à la réalité.
-Je… je ne sais pas.
-Qu'est-ce qu'il s'est passé là-bas pour que tu reviennes comme ça ?!
Et parce que je perçois de l'inquiétude dans sa voix, je lui dis tout.
-Il va mourir. Mihawk, Roger va mourir.
Il me regarde, troublé. Il assimile l'information. Le dire à voix haute me force à l'accepter. Et je craque. Mon corps encore mouillé, je tends le bras vers Mihawk. Il s'en saisit et me prend contre lui. Je verse quelques larmes.
Ce sera mon seul moment de faiblesse.
Pas de regret.
Samedi 05 Mars 2018
Je toque à la porte, extrêmement nerveux. C'est une mission qui m'a été confiée par mon boss et je compte bien la mener à bien. J'essaie de me dire que je connais X-Drake et qu'il faut juste que je sois sincère et convaincant. Je sais bien qu'il vaut mieux que je tombe sur Eden mais sincèrement, pour mon intégrité physique, je préfèrerais tomber sur Rys, quitte à me faire coffrer ensuite.
Pas de chance pour moi, la porte s'ouvre et l'urgentiste me fait face. Il me scrute et je ne saurais dire s'il est mécontent ou non de me voir.
-Oui ?
-Je peux entrer ? je tente.
-Non.
Sa réponse est sèche et me coupe complètement dans mon élan.
-Autre chose ?
Je ne sais pas quoi dire, surtout que ce que j'ai à dire peut difficilement se faire dehors.
-Rien ? Très bien !
Il s'apprête à refermer la porte mais je m'interpose en mettant mon pied. Il me foudroie du regard et je me remotive.
-Je suis là pour prendre des nouvelles d'X-Drake et pour te faire part d'une requête.
-Une requête ?
Il affiche un sourire froid.
-Laisse-moi rire, comme si j'allais laisser un des hommes de Roger approcher mon fils!
Sa voix est basse et sifflante. Au moins, lui aussi est conscient que cette conversation doit être la plus discrète possible. J'essaie de garder mon calme. Eden n'est pas quelqu'un de facilement impressionnable et le but n'est pas non plus de le contraindre. Mais de le persuader, de lui faire comprendre que cette démarche est sincère.
Roger et son entreprise sont depuis presque deux ans les garants de la survie du Glee Club. Son sponsoring lui a permis de participer aux deux concours majeurs l'année dernière. Glee Club où était X-Drake. A ce moment-là, Eden n'a rien dit pourtant. J'imagine que ce qui s'est passé dernièrement a complètement changé la donne. Je ne peux pas lui en vouloir.
-X-Drake est mon ami, je tente. Je m'inquiète vraiment pour lui. Laisse-moi entrer pour qu'on puisse discuter.
-Je n'ai pas grand-chose à te dire. X-Drake n'est pas là de toute façon.
On s'affronte du regard pendant quelques secondes sans rien dire quand une des voisines de palier de la famille sort de chez elle. Ça m'embête assez : je n'ai pas forcément envie qu'on me voit insister plus que de raison pour rentrer chez quelqu'un.
-Si tu ne me laisses pas entrer, Eden, je ferais en sorte que cette femme croit que je suis ton amant, je murmure, le regard décidé.
-Espèce de sale petit…
Sa voix est grondante et de plus en plus basse. La voisine le salue et appuie sur le bouton de l'ascenseur.
-C'est toi qui vois. Tu n'es pas obligé de céder, c'est tout. Va juste expliquer la situation à ton mari si tu oses enfin être honnête.
Le regard qu'il m'envoie fait de moi le plus grand des minables mais s'il savait comme je m'en fous. Il soupire et se décale. J'entre, satisfait.
-Si X-Drake est ton ami, tu n'as qu'à aller le voir directement.
-Oh, vraiment ? dis-je, surpris. Je pensais qu'il fallait d'abord vous demander la permission.
Eden me regarde comme si j'étais un abruti. Je décide de ne pas en tenir compte.
-Quelle est donc ta requête ? enchaine-t-il.
J'hésite et puis me souviens pourquoi je suis là. Je ne dois pas flancher.
-Roger aussi voudrait venir vous voir et s'excuser.
-C'est une blague ?
-Non.
-C'est à cause de lui que notre fils a failli mou-
-Justement. C'est pour ça qu'il tient tant à venir s'excuser en personne.
-Sors de chez moi.
Parler de ça a semble-t-il réveillé les souvenirs de ces trois semaines d'incertitudes et d'inquiétudes. Ne pas savoir si X-Drake allait bien, s'il était toujours vivant. Jusqu'à il y a quelques jours encore, il n'était pas sûr de le retrouver un jour. Je comprends leurs souffrances et leur colère alors je n'insiste pas.
-Très bien. Merci d'avoir pris le temps de m'écouter.
Je sors de l'appartement sans rien ajouter d'autre. Je souffle, comme débarrassé d'un poids alors qu'en fait, je n'ai encore rien fait.
Je suis resté deux jours chez Mihawk. C'est le temps qu'il m'a fallu pour me remettre du gros coup de massue de jeudi. Je suis resté cloué au lit, malade. Ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé. J'étais sans énergie et n'arrivais à rien avaler. A chaque fois que Mihawk s'occupait de moi, il me disait qu'il saurait se souvenir de ça. Ce mec croit que je lui suis redevable ! Non mais où il a vu ça ? C'est normal de s'occuper de quelqu'un de malade ! Surtout quand cette personne est son adorable et sexy petit copain...
Mais plus facile à dire qu'à faire comprendre à Mihawk. Des fois, il vous lance un regard si tranchant que vous avez peur de respirer. Cet homme devient de plus en plus fort, je comprends mieux pourquoi Zoro a perdu. D'après Sabo, le kendoka se remet doucement de sa défaite. Physiquement ça va, c'est mentalement que c'est plus dur. Il continue de s'entrainer avec encore plus d'intensité qu'avant sans savoir s'il pourra de nouveau affronter Mihawk. Il reste quelqu'un de difficilement accessible après tout.
S'entrainer avec un objectif en tête est toujours plus constructif que faire des efforts sans vraiment savoir où l'on va, je le comprends.
-C'est moi ! je lance en entrant en trombe.
-Bonjour, Shanks ! me salue gaiement Sabo.
Je cherche l'autre blond des yeux sans le trouver.
-Cavendish est dans sa chambre, il se repose.
-Oh, c'est vrai que j'avais oublié qu'en vacances, il en fout pas une. Voilà quelqu'un qui comprend le vrai sens du mot vacances. Ça change juste tellement de d'habitude !
-C'est vrai, sourit Sabo.
J'enlève ma veste et mes chaussures que je balance dans un coin de l'entrée. Normalement, mon colocataire super exigeant sur tout ne devrait pas trop m'embêter avec ça aujourd'hui. Sabo retourne au salon et je le suis. Je vois qu'il étudie, la télé allumée mais le volume au minimum. Il a l'air sérieux. C'est vrai qu'il passe son bac cette année. Et puis, il ne faut pas oublier qu'il passe également son permis en même temps.
-Au fait, tu ne m'as pas dit ce qu'avait donné ton code ?
-Je l'ai eu !
-Oh ! C'est génial!
-J'ai eu ma première leçon de conduite aujourd'hui et je crois que je m'en suis bien tiré!
-C'est bien ça. Mais pourquoi je ne suis jamais au courant de rien, moi ? dis-je pour plaisanter.
-Tu n'es pas beaucoup là ces derniers temps, lance Sabo, l'air de rien.
Je sais bien que c'est juste une constatation et non une pique.
-C'est vrai. Je découche beaucoup chez Mihawk. Faut dire qu'on ne dort jamais aussi bien que dans les bras de la personne qu'on aime!
Je souris et Sabo me regarde, troublé par ma révélation. Il rougit et je me sens soudain gêné.
-Arrête de rougir, tu me mets mal à l'aise !
-Désolé, c'est juste que je n'ai pas l'habitude de t'entendre parler comme ça, explique-t-il.
-Ouais. Ne t'avise pas de répéter ça à l'autre grincheux.
-Pas de problème. De toute façon, j'ose à peine lui parler, il est vraiment impressionnant...
Je rigole, bien d'accord avec lui. Sabo reprend ses révisions et je m'allonge sur le canapé et fixe la télé. Les images défilent sans que je ne m'y intéresse vraiment, ne pas avoir de son n'est donc pas si dérangeant que ça. J'observe mon jeune colocataire, je vois ses réflexions, ses hésitations et à quel point il travaille dur.
Pas de doute, il a remonté la pente. Ace est de nouveau là et pratiquement en pleine forme. X-Drake est revenu et reprend doucement le cours de sa vie. L'enquête sur Teach et sur ce qu'il s'est passé continue. En juin, les terminales vont passer leur bac et se plonger dans le dernier été de leur vie d'insouciance. Les choses vont changer après ça, peut-être même dès cet été en fait.
Teach a bougé et on ignore encore tout de ses intentions. Mais il est à présent clair pour tout le monde qu'il cible Roger. Que va-t-il donc encore nous arriver ?
J'entends le bruit du stylo de Sabo qui gratte le papier et l'observe encore.
-Tu veux toujours parler à Ace ?
Sabo s'arrête d'écrire. Immobile, il garde les yeux baissé sur ses papiers.
-Oui. Plus que jamais.
Sa voix est pleine de détermination.
-Tu n'as jamais pensé qu'il pourrait ne pas l'accepter ?
-Si. J'y pense constamment en fait. Depuis que je l'ai retrouvé, je cherche comment le lui annoncer.
Je fixe la télé, un documentaire animalier. Un tigre s'élance et après une course effrénée où il a pu montrer sa supériorité, il attrape sa proie. Le tic-tac de l'horloge accompagne les images de la diffusion de ce repas sanglant. Le fort mange le faible.
Dans la vraie vie aussi, c'est comme ça. Sabo est devenu plus fort qu'avant, il s'affirme plus et croit en lui. Mais toute cette force ne tient pas à grand-chose.
Il peut facilement se faire souffler et tomber.
-Je ne te parle pas de ça, Sabo. Je te demande si tu as déjà pensé au fait qu'Ace pourrait te demander de choisir entre lui et l'AR ?
Il se retourne subitement vers moi et je comprends à son regard qu'il n'y a jamais songé une seconde.
Je me lève et commence à monter dans ma chambre. J'ai du boulot qui m'attend.
-Réfléchis-y alors parce que quelque chose me dit que ça risque bien d'arriver. Et si tu n'es pas prêt pour ça, tu risques de t'écrouler et de tout perdre.
-Qu'est-ce que je dois faire ?! m'implore-t-il, paniqué.
-Je ne sais pas, Sabo. Toi seul peut décider pour toi. Fais juste attention à ne pas avoir de regret, toute vérité n'est pas bonne à dire et encore moins à entendre.
Loin d'aider mon jeune ami, mon conseil le laisse encore plus dans le brouillard qu'avant.
Je suis désolé de te troubler autant, Sabo, mais je pense malheureusement que malgré tes convictions, ton adhésion à l'AR est une erreur. Surtout parce qu'une grande bataille nous attend. Une bataille contre un ennemi qui possède des armes dont on ignore encore tout...
Et oui, je ne donne pas beaucoup de signe de vie mais je suis encore bien là. Il ne me reste plus que deux chapitre à écrire et cette histoire sera fini. J'ai hâte de poster le dernier chapitre, j'y pense depuis tellement longtemps.
A bientôt !
