Bonjour,

Titre : Once Upon A Time...

Auteur : Typone Lady

Disclaimer : L'univers de One Piece ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas : ils sont à Eiichiro Oda. Je les emprunte le temps d'une histoire.

Rated: M

Genre : Romance, Hurt/Comfort, Song-fic

Résumé : « Qu'est-ce que le bonheur ? » Je suis resté immobile devant ma copie sans savoir quoi répondre. Avant j'aurais répondu sans hésitation « t'avoir à mes côtés ». Maintenant je ne sais plus.

« Raconte-moi une histoire…une merveilleuse histoire comme on en voit si souvent dans les contes de fées. Laisse-moi imaginer encore un peu que nous aussi, nous avons le droit d'être heureux. »

Bêta correctrice : pommedapi

Note : Merci à ma bêta pommedapi pour ses précieux conseils et aussi pour avoir corrigé ce chapitre ;). Un grand merci aussi à ma p'tite sœur qui ma aider à écrire le résumé. ^^

Bonne lecture ;)


Once Upon a Time n'est pas une fiction à l'eau de rose.

C'est juste une histoire.

Leur histoire.

Parce que la vie n'est pas un conte de fées...

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Chapitre 32

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« Les mots possèdent un grand pouvoir; ils peuvent tout aussi bien créer un moment que le détruire.. »

Susan Gale

Ace


Mercredi 16 Mai 2018

Je prends mon temps, respire calmement, ferme les yeux et détends mes doigts. Ça fait longtemps que je n'ai pas vu César. Comme j'allais mieux, on a diminué mes séances : j'y allais seulement deux fois par mois avant les régionales et non plus une séance toutes les semaines. Cette séance comprise, ce n'est que la deuxième fois que je revois mon psy. Je n'aurais pas dû attendre aussi longtemps. Aujourd'hui, j'ai tellement de choses à dire que je ne sais même pas par où commencer.

Je pensais au fond de moi que ça allait s'arranger, que le temps allait faire son œuvre et que ça finirait par aller mieux. J'avoue aussi m'être surestimé en pensant que j'étais assez fort pour tout supporter mais ce n'est pas le cas. J'ai l'impression d'avoir ma destination en tête mais d'être arrêté à un carrefour sans aucune indication. Et le problème, c'est que je suis arrêté depuis tellement longtemps que j'en viens même à douter de ma destination.

Qu'est-ce que je fais maintenant ? Et dans quel but ? Je me torture l'esprit sans même savoir pourquoi.

Ce n'est pas seulement cette histoire avec Sabo, même si j'avoue qu'elle m'a mis un gros coup au moral. Ca a même été le coup de trop. Tout ce qui s'était passé avant avait déjà entaché mon moral.

D'abord, malgré les semaines, j'ai toujours mal à la tête et il m'arrive d'être tellement fatigué que je suis obligé de prendre un médicament et d'aller me reposer. La semaine dernière, j'ai manqué deux heures de cours à cause de ça : l'infirmière s'est bien occupée de moi et m'a permis de me reposer autant que je le voulais.

Ensuite, j'en veux toujours à Roger et si ce n'est pas bien difficile de ne plus lui parler – il n'est pas souvent là en ce moment – j'avoue quand même ressentir un manque. J'ai cru pendant quelque temps que j'avais retrouvé mon père, que j'allais pouvoir reconstruire une relation saine et aimante avec lui. Mais je ne peux pas lui pardonner. Je ne suis même pas sûr de le vouloir. Cet homme qui est mêlé à de sombres histoires, je ne le connais pas et je ne pense pas pouvoir cautionner ses agissements.

Et aussi, je n'ai pas abordé le sujet X-Drake. Je n'arrive pas à le regarder en face et plus le temps passe, plus j'ai du mal à me regarder également dans le miroir. Je ressemble à mon père et ça ne m'a jamais autant dégouté qu'en cet instant. Je suis sûr qu'X-Drake se souvient de tout, je l'ai vu dans son regard. Mais il n'a rien dit. J'ai peur de comprendre pourquoi : il veut certainement me protéger et ne pas m'infliger le moment horrible où je découvrirais que mon père est une ordure. S'il savait !

Il ne m'a pas envoyé de message et n'a pas essayé de m'appeler depuis son retour. Je n'ai pas non plus tenté de le joindre depuis cette soirée au bar parce que je pense qu'il veut instaurer une distance entre nous. Peut-être même qu'il ne veut plus être mon ami. J'imagine qu'il préfère oublier cette malheureusement histoire, moi et ma famille avec si possible...

Alors, par quoi commencer ? Surtout que je n'ai pas abordé le stress des examens, la fin des cours qui approche et le fait qu'il va falloir que je décide ou non de retourner à Bateria : c'était le deal après tout. Les répétitions du Glee Club sont également de plus en plus intenses et j'ai du mal à suivre le rythme. Mais il faut que je m'accroche, c'est important pour tout le monde. C'est notre dernière fois. Et puis, les clubs qui n'ont pas beaucoup de membres ou qui ne produisent pas de grands résultats sont vite dissous. On ne s'est pas battu pendant presque deux pour voir le Glee Club disparaitre l'année suivante.

Je soupire et me tasse un peu plus dans le fauteuil.

-10 minutes que tu es là. Il va falloir parler à un moment, tu sais, lance César qui doit en avoir marre d'entendre les mouches voler.

-J'ai l'impression que ma tête va exploser, dis-je.

Je me sens embêté parce que je ne pense pas que je puisse vraiment me confier à mon psy. C'est vrai quoi, je ne vais pas lui parler des histoires de mafia de mon père ni de l'engagement complètement fou de Sabo !

-Comment fait-on pour passer à autre chose ? je lui demande.

-Autre chose ?

-J'ai perdu un ami et même si ça me fait beaucoup de mal, je pense que c'est mieux comme ça.

-Et pourquoi donc ? insiste-t-il.

-Je l'ai déçu, je crois. Et je me déçois aussi...

-De qui s'agit-il ?

-D'X-Drake.

-Le jeune homme qui avait disparu avec toi ?

-Oui.

César fronce les sourcils, réfléchit en balançant une de ses jambes.

-C'est quelqu'un dont tu es très proche, non ? Tu m'en as déjà parlé quelques fois.

-Oui. C'est le premier ami que je me suis fait ici et je pense qu'il a également facilité mon intégration. Je ne me serais sans doute pas aussi bien senti ici s'il n'avait pas été là...

-Pourquoi ne pas essayer d'améliorer votre relation si tu tiens tant à lui ?

-Parce que je l'ai déçu, je répète.

-Et ce n'est pas quelque chose qui peut s'arranger ? Une amitié comme celle-là vaut sans doute la peine de faire des efforts, non ?

J'en reste coi tellement le commentaire de mon psy est sensé.

-Si, bien sûr que si mais... Je ne pense pas que ce soit une bonne idée. Pas maintenant.

-Je vois. C'est vrai qu'il est parfois préférable de laisser un peu d'eau couler sous les ponts, laisser le temps aux gens de digérer.

Il tord sa bouche dans une grimace puis note quelque chose sur son calepin, certainement ce que je viens de lui dire.

-La dernière fois qu'on s'est vu, tu m'as dit que tes tocs ne se manifestaient pratiquement plus. Ta liste est-elle bientôt terminée ?

Je me remémore ma liste : je n'y pensais plus du tout ces derniers temps. En fait, tant que je ne me lave pas les mains pendant 110 ans ni 100 fois dans la journée, ça me va. Ne plus être crispé juste parce que je me retiens de vérifier les portes, les fenêtres et le gaz est également un vrai soulagement. Mais les tocs ne se résument pas qu'à ça. Il m'arrive encore parfois de me torturer l'esprit pour rien et de me sentir mal à l'aise parce que je vais penser en boucle à quelque chose mais j'ai vraiment fait un grand pas et aujourd'hui, je peux dire que je vais mieux.

Malgré tout, il y a certaines choses que je n'ai toujours pas réussi à faire. Deux précisément.

Il y a celle, évidente et facile, qui me semble cependant tout simplement insurmontable. Surtout avec ce qui se passe en ce moment : j'ai bien l'impression que plus le temps va passer, moins l'envie d'appeler Roger « papa » me prendra.

Et puis, il y a l'autre. Je ferme les yeux et repense à l'arme que mon père possédait dans son bureau. Ma tristesse, mon désarroi. Mon envie de tout envoyer bouler et mon doigt qui appuie sur la détente sous les cris de protestation de Shanks.

Je n'ai toujours pas dit à Sabo que j'ai essayé de me tuer. Mais en l'état, je ne pense pas que je puisse le faire.

-Oui. Il ne me reste que deux points, dis-je, faussement enthousiaste. Je ne pensais pas en arriver là aussi vite.

-Moi non plus, se réjouit mon psy. Au moins une bonne nouvelle !

Jeudi 17 Mai 2018

J'ai la sensation que la semaine va se terminer aussi mal qu'elle a commencé : me voilà encore à l'infirmerie à cause de mes maux de tête. Il y a plusieurs mois, j'aurais sauté de joie à l'idée de rater des cours mais maintenant, c'est plus embêtant. Je m'allonge sur un des lits disponibles, tire les rideaux et m'allonge après avoir au préalable enlevé mes chaussures. J'ai encore dû avaler un comprimé dans le but d'atténuer la douleur et c'est vraiment horrible parce que je n'aime pas du tout les médicaments mais au moins, ça me soulage. Je vais me reposer et puis ça ira mieux dans une heure ou deux...

Je mets du temps à m'endormir. La douleur étant assez forte, j'essaie de penser à des choses agréables et finis quand même par sombrer dans les bras de Morphée. Un moment plus tard, une heure ou peut-être moins, je suis réveillé par des voix. L'infirmière discute avec un autre élève. Je cligne des yeux, essaie d'émerger un peu et reconnait au bout d'un moment la voix de Sabo.

Il ne sait pas que je suis là mais moi si et même si ce n'est pas une vraie rencontre, je suis content de pouvoir de nouveau entendre sa voix. De ce que je comprends, il s'est coupé avec un verre brisé en science. L'infirmière lui pose des questions avant de s'occuper de sa main blessée. Elle dit aussi lui trouver mauvaise mine et comme il reste seulement vingt minutes avant la pause de 10h, elle lui propose de rester se reposer un peu avant de retourner à son prochain cours. Il hésite mais elle insiste et il finit par accepter.

Toujours aussi sérieux celui-là...

Je l'entends se glisser dans un lit proche du mien. C'est étrange de le savoir si près mais de le sentir quand même trop loin pour pouvoir l'atteindre. Ça fait combien de temps maintenant ? Une semaine, plus ? Je pensais sérieusement que Sabo serait très vite revenu vers moi pour essayer de me rassurer, de discuter de nouveau. Au moins ça. Mais rien. Au début, son mutisme m'a énervé. Maintenant, il me laisse juste vide. J'ai l'impression que notre histoire vient de se finir brutalement sans qu'aucun de nous ne se batte pour que ça change. Le problème, c'est que j'attends un signe de Sabo qui ne vient pas. Quant à lui, je ne sais pas ce qu'il attend de moi. Ce n'est pas comme s'il m'avait dit quoi que ce soit ces derniers temps.

Cette situation, ce n'est pas la première fois qu'on la vit, on devrait même être habitué à force. A croire qu'on ne sait faire que ça, s'aimer passionnément ou s'engueuler avec fracas. Pourtant, depuis le temps, on devrait savoir comment faire. Mais non, on répète les mêmes erreurs sans réussir à apprendre une seule fois. J'ai l'impression que dans les difficultés, on a du mal à s'unir et qu'on ne sait pas se parler. Ça doit beaucoup venir du fait qu'on a de fortes personnalités et que c'est difficile pour nous de s'incliner et d'admettre qu'on peut se tromper.

L'infirmière s'absente un instant, je l'entends fermer la porte derrière elle. Il lui arrive parfois de se rendre en salle des profs. Peut-être que c'est justement le cas ou qu'elle va juste se chercher un café. Pensant que les deux seuls occupants de l'infirmerie se reposent, elle n'a pas pris la peine de nous informer.

Je vois en cet instant l'occasion de renouer le dialogue avec Sabo. De marcher sur cette fierté qui finalement ne nous sert à rien. Il ne pourra pas me reprocher de ne pas avoir essayé au moins.

Je ne sais pas si on peut réussir à tout arranger mais on ne peut pas continuer à s'ignorer. J'ai bien compris le message de Shanks la dernière fois : je n'ai pas envie que ça arrive mais je ne pense pas que ça doive se faire à n'importe quel prix. Je ne peux pas laisser Sabo continuer ce qu'il fait sans au moins avoir tout tenté pour le convaincre d'arrêter.

J'hésite parce que je ne sais pas comment je vais entamer la conversation et puis finalement, je me dis qu'il faut d'abord que je vois dans quel état d'esprit est Sabo. Lentement, je tire les rideaux de mon lit et fais de même avec les siens. Il ne dort pas et est surpris de me voir. Il cligne des yeux et se redresse lentement jusqu'à s'asseoir. On se regarde timidement, attendant niaisement que l'autre prenne la parole en premier.

-Comment ça va ? je lui demande en avisant sa main gauche couverte d'un léger bandage.

-Oh, je… C'est une simple égratignure, finit-il par répondre. Et toi ? me demande-t-il, ne comprenant pas pourquoi je suis là.

-J'avais besoin de me reposer, dis-je sans préciser que c'est parce que j'avais mal à la tête ce matin.

On se regarde sans rien dire comme si on venait d'épuiser tous nos sujets de conversation. Eh bien, on ne va pas aller loin si on s'arrête à chaque fois...

Je décide de m'asseoir à côté de lui : il faut commencer par arrêter d'être distant l'un envers l'autre.

-Comment ça va avec le Glee Club ? tente-t-il.

-Hum… ça va. On est très occupé avec la formation de nos deux nouvelles recrues mais on pense être prêt à temps pour les nationales. On veut à tout prix gagner pour être sûr que le club ne soit pas dissous l'année prochaine.

-C'est vrai que les nouveaux clubs doivent en permanence faire leur preuve...

Il hoche la tête et je me dis que je devrais peut-être lui parler de son club. Mais à éviter les sujets fâcheux, on ne contourne pas juste les problèmes ? A moins que ce soit une bonne idée de déjà se retrouver, de ne pas faire une fixette sur ce qui ne va pas ? Après tout, on se reparle enfin, autant y aller en douceur tout en lui faisant comprendre qu'il va quand même bien falloir parler de l'Armée Révolutionnaire à un moment ou à un autre.

Mais là, dans l'infirmerie, ce n'est peut-être pas le moment ni le lieu idéal pour se plonger dans une longue conversation. On peut être interrompu à tout instant et si cette conversation se finit mal, on va de nouveau se séparer– pour retourner en cours – et ce sera encore plus dur de renouer le dialogue après.

-Ce n'est pas grave, tu sais, dis-je maladroitement. On a déjà traversé quelques crises. Réglons ça, comme on le fait toujours.

Sabo a l'air rassuré par ce que je dis, il semble même mieux respirer. J'ai alors une idée, quelque chose qui nous permettrait de nous retrouver. De nous isoler et de parler franchement, d'essayer de nous comprendre.

-Tu as toujours à disposition le week-end de voyage que je t'ai offert pour la saint-valentin ?

-Oui.

Il ne réfléchit pas et je suis content qu'il s'en rappelle encore très clairement.

-Peut-être que si ça te dit, on pourrait enfin le faire ? On avait dit qu'on irait après les régionales et il s'est passé ce qui s'est passé mais ce n'est pas forcément trop tard.

-Tu voudrais y aller avec moi malgré ce qu'il s'est passé entre nous ? s'étonne-t-il.

-C'est justement pour ça que je te le propose. Il faut qu'on parle, Sabo.

-Je ne pense pas que ça puisse s'arranger juste en parlant, Ace, dit-il avec hésitation.

Sa remarque m'énerve et je me lève.

-Mais je suis vraiment content que tu me parles de nouveau ! s'empresse-t-il d'ajouter. Et j'ai envie de partir en week-end avec toi !

Il se tait et se mord les lèvres. Je ne dis rien, attendant la suite.

-Je ne veux plus me disputer avec toi... Est-ce qu'on pourrait tout simplement ne plus parler de ça ? me demande-t-il finalement avec espoir. Je ne veux pas risquer de te perdre et j'ai l'impression que c'est ce qui arrivera si on continue comme ça...

-Alors tu veux juste fuir le problème ?! je lui fais remarquer, incrédule.

-Vois-le comme tu veux... Je veux juste pouvoir passer à autre chose parce que tu me manques.

Sabo me fait comprendre gentiment mais fermement qu'il vaut mieux qu'on arrête de parler de ça parce qu'il ne changera pas d'avis et ne veut pas que je m'épuise inutilement. Je le dévisage, sidéré.

Je ne peux cependant même pas répliquer parce que l'infirmière revient et elle est surprise de nous voir debout et discuter. Supposant qu'on va beaucoup mieux, elle nous renvoie en cours : la pause de 10h est annoncée et on sort de la pièce, conscients qu'on va se séparer. Mais avant de partir de son côté, Sabo me dit que si je veux toujours partir avec lui ce week-end, il va se renseigner sur des destinations auprès de l'agence de voyage dans laquelle j'ai contracté ce cadeau. Il a l'air hésitant et pas vraiment content de ce qu'a donné notre discussion et je ne prends pas la peine de le rassurer.

xXx

-Je ne sais pas, Ace, tu me préviens un peu tard...

-De toute façon, je ne te demande pas ton avis, je te préviens juste.

Je garde le visage fermé alors que j'affronte mon père dans son bureau. J'ai l'impression d'être sur son territoire et de ce fait, de ne pas avoir l'avantage. De plus, je n'arrive pas à croire que je suis obligé de me justifier ainsi, comme si j'avais encore des comptes à lui rendre ! Mais malheureusement, même si tout ça m'agace prodigieusement, je sais que je n'ai pas le choix que de coopérer et de ne pas faire n'importe quoi. Mon père m'a bien fait comprendre que ce qu'il s'était passé avec Teach pouvait se reproduire. Je dois donc malgré moi écouter ce qu'il me dit parce que tout cela est trop important pour que je fasse ma tête de mule et prenne des risques inutilement. Mais surtout, je ne veux pas que quelqu'un d'autre se retrouve mêlé aux histoires sordides de mon père.

Il refuse de tout m'expliquer, pensant encore que ça ne me concerne pas vraiment ou alors seulement malgré moi. On va dire qu'il a tout de même eu la décence de m'expliquer une partie du problème et croyez-moi, il n'a pas de quoi être fier ! Ça m'énerve qu'il continue à garder le silence sur la majorité de ce qu'il fait. Il dit que c'est pour ne pas m'impliquer plus dans ses histoires mais son argument ne me convainc pas du tout. Qu'il le veuille ou non, je suis déjà dans ses histoires pourries. Me préserver… quelle ineptie !

-Ace, tu sais bien que je ne peux pas te laisser faire ce que tu veux, soupire-t-il.

-C'est à cause de toi tout ça !

Il ne dit rien et je claque la langue sur mon palé, agacé.

-Qu'est-ce que je suis supposé faire maintenant ?! Je ne vais pas m'interdire de vivre juste parce qu'il se trouve que je suis ton fils !

-Ne crois pas que c'est ce que je voulais pour toi, dit-il en se levant.

Je reste bloqué sur la vision de mon père debout, le visage fermé. J'ai l'impression que mon père est énervé, d'une colère froide. C'est à peine palpable alors je suis incapable de dire si c'est dirigé contre moi ou si c'est autre chose qui n'est pas du tout de mon ressort.

J'ai très peu l'occasion de voir mon père en colère. Face à ce sentiment, j'ai la sensation de redevenir un petit garçon et je ne sais plus forcément comment agir.

-Pourtant, cette situation, c'est toi qui l'as causée, je l'accuse encore.

Roger ferme les yeux et pince l'arrête de son nez entre son index et son pouce. Je l'observe et me résous à croire que cette conversation ne mènera à rien. Il est déjà 18h et j'ai des cours à bosser, pas du temps à perdre à discuter avec mon père.

Je ne lui laisse pas le temps d'ajouter quoi que ce soit et je sors de son bureau. Ça me fatigue. Je regagne ma chambre et m'allonge sur mon lit. Je mets mes écouteurs et actionne la playlist des nationales, ça m'aidera à retenir les paroles et le tempo pour le prochain concours des Glee Club. Et surtout, ça m'aérera l'esprit afin que je puisse me calmer en pensant à autre chose.

Finalement, Sabo n'aura pas perdu de temps. Il m'a envoyé un message il y a tout juste une heure : il s'est déjà renseigné sur une destination et m'a envoyé toutes les informations. A la lecture de son message, je l'ai trouvé assez froid : c'est comme s'il m'avait simplement envoyé des données et j'avoue avoir été déçu de ce traitement. Heureusement, j'ai reçu un deuxième message dans lequel il me disait qu'il était très heureux du pas en avant que j'avais fait à l'infirmerie plus tôt dans la journée. Il veut qu'on profite d'un week-end pour se retrouver, passer du temps ensemble. J'ai vite compris qu'il n'était pas revenu sur sa décision d'ignorer ce qu'il s'est passé. En gros, que j'oublie qu'il fait partie de l'Armée Révolutionnaire.

Cette attitude ne me donne pas forcément envie de répondre positivement à son invitation mais en même temps, je ne peux pas non plus laisser la situation stagner. J'ai besoin d'avoir Sabo auprès de moi : avec tout ce qu'il se passe, le manque se fait encore plus ressentir. J'essaie aussi de me dire que c'est également ce que je veux car on va pouvoir parler longuement et se retrouver à deux.

Je baisse le son de ma musique et me redresse pour regarder la porte. J'entends frapper et autorise la personne à entrer : c'est mon père.

Il n'a pas l'air à l'aise et je devine qu'il veut de nouveau parler de cette histoire de week-end. J'espère surtout qu'il a changé d'avis. J'ai beau joué les malins, je vais avoir du mal à aller contre sa volonté sur ce coup-là, surtout que je me considère trop vieux pour les fugues.

-Je suis désolé de t'obliger à traverser tout ça. Ce n'est pas ce que je voulais pour toi, Ace.

-Alors laisse-moi vivre ma vie.

-C'est ce que je veux aussi.

Il soupire et je me demande si ça va s'arrêter là.

-Où est-ce que tu dois aller ?

-Loguetown, je réponds et mon père semble surpris par ce choix.

-Oh, je pensais que vous iriez plus loin.

-On entre bientôt en période d'examen et rester dans la région est aussi moins cher.

Il acquiesce, comprenant tout à fait ce choix.

-Je pense dans ce cas que je ne devrais pas avoir trop de difficultés à assurer votre sécurité là-bas. Baggy y est actuellement pour le boulot, il fera attention à vous.

Je m'apprête à répliquer mais mon père lève la main, me demandant de le laisser finir.

-Il se fera discret et ne sera pas constamment sur votre dos. Il surveillera simplement tout élément peu ordinaire. Je dois aussi m'y rendre pour voir un client alors je vais avancer le rendez-vous pour dimanche comme ça, je pourrais vous ramener en même temps.

Je grogne, pas satisfait de ce flicage.

-C'est malheureusement tout ce que j'ai à t'offrir, Ace.

Je me contente d'émettre un petit bruit qui ressemble à un grognement et après quelques secondes, mon père quitte ma chambre. Je ne vais pas supporter ça très longtemps.

Vendredi 18 Mai 2018

Brook nous fait signe de nous tenir prêts pour la dernière chanson avant la pause habituelle. On lui répond tous en signe décalé qu'on est fin prêt et il s'empresse alors de lancer la musique. Cette année, pour les nationales, on a choisi comme thème les musiques de film ou de série.

La musique est douce au début et les premières paroles du générique de la fameuse série de Netflix sortent.

My life is going on
Ma vie continue

If I stay with you, if I'm choosing wrong
Si je reste avec toi, si je fais le mauvais choix,
I don't care at all
Je m'en fous vraiment
If I'm losing now, but I'm winning late
Si je perds maintenant, mais que je gagne plus tard
That's all I want
C'est tout ce que je veux

Now we need some space, 'cause I feel for you
Maintenant nous avons besoin d'espace, parce que je ressens quelque chose pour toi
And I wanna change
Et je veux changer
Growing up alone, it seems so short
Grandir seule, ça semble si insuffisant
I can't explain
Je ne peux pas expliquer

What ever happens in the future, trust in destiny
Quoi qu'il arrive dans le futur, aie confiance en ton destin
Don't try to make any thing else even when you feel
N'essaie pas de faire autre chose même quand tu le sens

I don't care at all
Je me fous de tout
I am lost
Je suis perdue
I don't care at all
Je me fous de tout
Lost my time, my life is going on
J'ai perdu mon temps, ma vie continue

I will be so strong, looking for a new version of myself
Je serai si forte, à la recherche d'une nouvelle version de moi-même
Cause now all I want is to be a part of my new world
Parce que maintenant, tout ce que je veux c'est faire partie de mon nouveau monde

What ever happens in the future, trust in destiny
Quoi qu'il arrive dans le futur, aie confiance en ton destin
Don't try to make any thing else even when you feel
N'essaie pas de faire autre chose même quand tu le sens

I don't care at all
Je me fous de tout
I am lost
Je suis perdue
I don't care at all
Je me fous de tout
Why not have it all
Pourquoi ne pas tout avoir ?
I am lost
Je suis perdue
I don't care at all
Je me fous de tout
Lost my time, my life is going on
J'ai perdu mon temps, ma vie continue

La musique s'arrête et je baisse lentement mon micro. Je n'ai pas réussi à me concentrer mais j'ai dû fournir une prestation pas si minable que ça parce qu'on ne me dit rien. On dirait que je me suis amélioré depuis un an et tout ça sans même que je le vois. En fait, tout le monde est plutôt concentré sur sa propre performance et aussi sur celles de nos deux nouveaux membres. Brook et les autres membres du Glee Club veulent qu'Aby et Stussy soient aux meilleures de leurs capacités en juin pour le concours national.

Je les regarde parler, s'enthousiasmer de ce qu'on fait. Il n'y a pas si longtemps, moi aussi j'aurais fait comme eux, moi aussi j'aurais pu être content. Mais les choses ont changé et me voici condamné à m'inquiéter perpétuellement, à me poser des questions et à devoir être conciliant parce que je sais. Connaitre la vérité n'est vraiment pas un cadeau.

-C'est bientôt la fin, commente Brook.

Notre prof et responsable de club est étrangement sérieux. C'est si étonnant qu'on en est tous inquiet. Brook nous fixe, nous, ses élèves encore debout sur scène, avec un petit sourire.

-L'année dernière, vous vous êtes présentés à ce concours sans peur et avec beaucoup de courage. Vous m'avez fait rêver et j'ai pleuré en même temps que vous cette deuxième place. Mais cette année je le sens, on ne connaitra pas la même fin pour ce concours ! Quel que soit le résultat de toute façon, je ne veux pas que vous soyez déçus. J'ai eu beaucoup de plaisir à vous connaitre et à vous enseignez ce que j'aime tant : la musique.

Il est ému et bien entendu, on finit également par l'être alors on descend tous pour le prendre dans nos bras. Shirahoshi est la première à arriver sur lui et Brook a l'air heureux du traitement qu'il reçoit. L'année prochaine, on ne sera plus là. Brook va nous manquer...

Après cette parenthèse de tendresse, on s'accorde une pause et je me propose pour aller chercher à boire pour tout le monde : ils acquiescent, ravis. Pourtant, je ne fais pas dix mètres que je suis rattrapé par Stussy qui m'informe avec un petit sourire qu'elle m'accompagne. On marche ensuite en silence alors que je cherche en vain un truc à dire. J'étais plus bavard que ça avant mais j'ai l'impression que je n'ai simplement pas envie de parler puisque j'ai la sensation qu'on ne m'écoute pas. C'est comme si j'avais décidé de me taire, tout simplement.

Et puis demain matin, je pars avec Sabo à Loguetown. J'appréhende assez, surtout qu'on ne s'est pas beaucoup vu de la semaine : on a tout planifié par téléphone. On était trop occupé pour se voir donc ce n'est pas comme si on s'évitait mais le fait qu'on ne se voit plus aussi souvent qu'avant et qu'on ait eu une grosse dispute récemment me fait appréhender ce week-end. Forcément. On arrive bientôt à la cafétéria qui est plutôt vide à cette heure car tout le monde est à son club. C'est pour ainsi dire généralement l'heure où l'endroit se prépare à fermer.

On passe commande, la même chose pour tout le monde. Ca va assez vite. On avait tous envie d'un bon jus de pomme, allez savoir pourquoi !

-Est-ce que ça va ?

Je suis surpris par la question de Stussy. Je la regarde un peu bizarrement alors que je prends la dernière brique de jus de pomme.

-Ouais, ça va.

Ça pourrait être pire. En essayant d'être positif, je peux même dire que les choses sont en train de s'arranger. Il me semble en tout cas. La situation n'est pas idéale, tout simplement. Mais ce n'est pas quelque chose dont je peux parler avec Stussy, je ne la connais que depuis peu.

-Je suis vraiment contente d'avoir rejoint le Glee Club, vous êtes tous hyper sympa, reprend-elle alors. Je ne m'attendais pas à autant prendre tout ça à cœur. Je dois t'avouer que je stresse de ne pas être à la hauteur aux nationales... Tu ne penses pas que c'était trop tôt pour nous mettre sur la liste des participants ? me demande-t-elle.

-Je ne sais pas. Vous vous en êtes plutôt bien sorti tout à l'heure, lui dis-je en essayant de me concentrer sur cette conversation.

-Vraiment ? Je pensais que les autres avaient dit ça juste pour nous encourager, rit-elle.

-Rassurée ?

-Je ne sais pas. C'est tout nouveau pour moi... Je n'ai pas envie que mon inexpérience vous porte préjudice, c'est votre dernière année, non ? Je sais aussi que si le Glee Club en tant que nouveau club ne fournit pas de bons résultats…

On monte les escaliers menant au couloir pour retourner dans la salle. Stussy n'a pas tort. Peu importe mes problèmes, je ne dois pas les laisser dicter ma vie. Je ne veux pas avoir de regret, il faut que je reste concentré pour pouvoir donner mon maximum pour les nationales.

-T'inquiète pas, fais juste de ton mieux et ça ira. On est tous là parce que le Glee Club nous tient à cœur et qu'on a envie de faire ce qu'on aime en s'amusant. Le reste, on verra plus tard. Si on part avec trop de pression, on n'arrivera à rien. Et puis franchement, tu te débrouilles super bien ! Si j'avais pu être aussi doué à mes débuts, dis-je, plus détendu.

Stussy semble avoir du mal à croire qu'à un moment, j'ai pu avoir un niveau tout juste passable.

-Ace.

Je m'arrête et me retourne. Sabo est là et il semble qu'il revienne de l'infirmerie : il est parti chercher une compresse et quelques autres trucs. On dirait que quelqu'un s'est blessé pendant le basket.

Il affiche un sourire plutôt timide et s'approche de moi. Stussy, qui s'est arrêtée en même temps que moi pour m'attendre, est encore là. J'aimerais pourtant bien qu'elle continue son chemin. Notre salle n'est plus bien loin en plus.

-Salut, dis-je. Tu t'es encore blessé ?

Il sourit, comprenant que je fais allusion à cette fois à l'infirmerie en début de semaine.

-Non, ce n'est pas pour moi cette fois.

Il jette un coup d'œil à Stussy et lui sourit. Elle lui répond par un signe de la main. Comprenant qu'on a sans doute des trucs à nous dire, elle me dit qu'elle part rejoindre les autres.

-Vous étiez en pause ?

-On peut dire ça.

-Vous avez de la chance, nous si Ryuma nous voit trainer un petit peu, il augmente la cadence !

-Les coachs sont tous des sadiques adeptes de l'effort intensif, je plaisante.

-C'est vrai que parfois, on peut en douter. D'ailleurs, je vais devoir y retourner si je ne veux pas me faire engueuler...

-Oh, ouais.

Il hésite à ajouter quelque chose, se mord les lèvres, puis se lance enfin.

-A demain. Profitons de ce week-end...

Je lui souris et il s'en va. Je retourne alors rejoindre mon club.

Samedi 19 Mai 2018

Sabo et moi descendons à la gare de Loguetown : c'est vraiment un endroit exceptionnel. Sabo qui avait fait pas mal de recherches sur l'endroit – pas comme moi qui n'aie même pas fait l'effort de m'y intéresser – m'a parlé un peu de cette ville durant le trajet en train. Personnellement, tout ce que je sais, c'est que c'est dans cette ville que mon père est né. Il y a vécu une bonne partie de sa jeunesse avant de partir et de rencontrer ma mère à Bateria.

Je n'ai jamais fait l'effort de m'intéresser à cette ville mais j'aurais sans doute dû, c'est très beau. Sabo, en fan de voyages et de découvertes, regarde tout ce qui l'entoure avec beaucoup d'admiration. C'est plaisant de le voir comme ça. J'ai l'impression de le retrouver un peu, d'oublier qu'il a changé et que sa vie a pris un autre tournant ces derniers temps. Il reste quand même celui que j'ai toujours connu finalement. J'espère que durant ce week-end, loin de tout avec juste la présence de l'autre, on va pouvoir enfin mettre nos problèmes de côté et se retrouver. Mais surtout, se pardonner pour aller de l'avant. J'espère simplement que ce sera aussi simple que je l'imagine. Même si j'ai quand même très peu de doutes concernant Sabo, j'ai vraiment du mal à être objectif en ce moment.

Mais j'y mets tout de même de la bonne humeur et suis Sabo qui me sert de guide. On est là deux jours seulement alors on voyage léger : un sac à dos est amplement suffisant, d'autant que les serviettes de bains sont fournies par l'hôtel. Hôtel qui dispose d'un spa et d'une piscine...

On est en milieu de matinée et on sent déjà qu'il y a beaucoup d'animation. On passe devant l'arche en bois où le nom de la ville figure, comme pour nous signifier qu'en continuant, on s'engagera pour de bon dans cette ville. Loguetown est une ville majeure dans East Blue, il y a vraiment beaucoup d'activités et de magasins. Se situant au centre, c'est un endroit où tout bon voyageur doit au moins passer une fois dans vie.

Je sens qu'on va bien s'amuser, surtout qu'il fait super beau.

-On ne peut aller à l'hôtel qu'à partir de 16h. On fait un tour pour patienter et puis on va manger ? me propose Sabo.

-Pourquoi pas.

Sabo me regarde, se mord les lèvres, puis baisse les yeux. On dirait qu'il me reproche mon manque d'entrain sans pour autant oser me l'avouer. Moi au contraire, c'est lui que je trouve bien trop joyeux. J'ai limite l'impression qu'il se force en fait.

On marche lentement le long de la rue : des restaurants, il y en a pas mal, le tout est d'en choisir un. Sabo est emballé par le premier devant lequel on s'arrête pour lire la carte mais je suis plus difficile : le menu du jour ne me met pas forcément l'eau à la bouche. On continue et après encore deux essais non concluants, on s'arrête devant un grand restaurant qui propose une large palette de choix. Il y a plusieurs menus et les desserts ont l'air appétissant. C'est décidé, on va casser la croute ici.

On est accueilli par une serveuse qui nous guide à une table. On prend une boisson et on passe commande dans la foulée. C'est un restaurant à deux étages qui, malgré qu'il soit un peu tôt, se remplit déjà plutôt bien. L'ambiance est chaleureuse, la décoration des murs a quelque chose de tropical en plus de ses meubles en bois. Ça dénote assez avec les tables et les chaises très neutres et actuelles. C'est étrange mais ça marche. On se sent bien dans ce restaurant et on y est également très à l'aise.

Je devrais être content d'être dans un tel endroit avec Sabo. Je crois que je le suis d'ailleurs, mais c'est comme s'il y avait une donnée qui m'empêchait de l'être complètement.

-Pourquoi tu voulais venir à Loguetown ? Tu ne m'as pas dit pourquoi tu avais choisi cette ville, j'engage enfin la conversation.

-J'ai toujours beaucoup entendu parler de Loguetown, la ville où tout est possible, répond-il avec empressement. Les rêves des gens naissent et commencent ici. Ça me faisait rêver, surtout qu'avant, mon père venait souvent ici pour le boulot et ramenait toujours quelque chose, je trouvais ça beau. J'ai pensé que ce serait chouette de découvrir ça à deux. En plus, c'est à East Blue et pour moi, c'est ce qu'il nous faut. Mais c'est vrai que je ne t'ai pas trop demandé ton avis avant de réserver, grimace-t-il.

-T'inquiète, j'adore déjà. Ce n'est pas aussi lumineux et flamboyant que Dressrosa mais je sens que c'est tout aussi animé et qu'on ne va certainement pas s'ennuyer.

Il me sourit et je me permets de me détendre un peu plus. Nos plats arrivent et je mange avec appétit ma pizza alors que Sabo déguste la suggestion du chef. Les assiettes sont vraiment bien présentées et arrivés à la moitié de nos plats, on échange et je me régale tout autant avec son riz parfumé et son poulet au curry qu'avec ma pizza au chorizo. On discute et j'ai l'impression que ça fait longtemps que je n'ai pas été à l'aise comme ça avec Sabo. Je ne sais pas si ça va durer mais je fais le pari que oui. Jusqu'à présent, je le trouvais buté mais je ne sais pas, aujourd'hui, il m'a l'air plus ouvert, plus compréhensif.

Le dessert terminé, on paye puis on s'en va. Il est déjà presque 15h et on décide de s'arrêter dans une librairie non loin. Je me dirige vers le coin manga où je cherche les nouveautés. Sabo, plus connaisseur que moi, m'en conseille quelques uns. Plus tard, alors que je suis encore à fond sur un thriller palpitant et que Sabo s'est éloigné depuis longtemps pour voir les romans, un type s'approche de moi.

Je n'ai pas besoin de le regarder, de lui poser la question : je sais que c'est un homme de mon père. Je le sens. Je frissonne et me concentre plus que nécessaire pour terminer de lire le résumé du dernier tome.

Mais c'est plus fort que moi, je ne peux pas l'ignorer plus longtemps et tourne finalement la tête vers lui.

C'est un homme assez jeune, il doit avoir le même âge que Shanks ou alors juste un peu plus vieux. Il a une allure et un physique qui se démarquent assez. De longs cheveux bleus et des yeux mis en valeur par un maquillage léger. J'ai presque du mal à croire qu'un mec comme lui est censé me surveiller en toute discrétion. Il est tout le contraire de discret !

Nos yeux se croisent et aussi silencieusement qu'il est venu, il repart, quittant carrément la librairie. Je repose mon manga, n'ayant plus vraiment le goût de rien. Cette situation me met vraiment mal. Je ne sais pas si Roger est conscient de l'impact sur mon mental que ça a... Ne plus se sentir en sécurité est horrible, surtout si je me dis que c'est un peu de son fait. Et dire qu'on avait enfin réussi à se retrouver… J'ai l'impression qu'il m'a menti, de ne plus savoir qui il est vraiment. Je n'arrive pas à avoir confiance en lui, je lui en veux.

-On y va ?

Je sursaute, n'ayant pas entendu Sabo revenir. Il fronce les sourcils, surpris par ma réaction. J'acquiesce cependant et l'entraine rapidement vers la sortie. Dehors, je cherche immédiatement Baggy du regard. Maintenant que je sais à quoi il ressemble, c'est plus simple. C'est aussi peut-être pour ça qu'il m'a approché, pour que je puisse le reconnaitre en cas de pépin. J'espère franchement ne pas avoir besoin de lui adresser la parole.

xXx

Je regarde avec émerveillement le spa : c'est vraiment magnifique, on se croirait dans un endroit un peu précieux où tout le monde à a cœur votre bien-être. On a déposé nos affaires dans notre chambre plus tôt, chambre magnifique avec une douche italienne et un lit double super confortable.

Sabo et moi, on a passé plusieurs minutes à s'extasier sur la pièce où on allait dormir ce soir. Je dois dire que jusqu'ici, j'ai très peu dormi à l'hôtel, privilégiant plutôt les campings ou les hébergements chez l'habitant. Avec cet hôtel, j'ai l'impression de toucher au grand luxe. C'est agréable de ne rien avoir à faire, ni le ménage ni les courses. En plus, les petits-déjeuners dans les hôtels sont toujours super gourmands.

Mais le petit plus, c'est bien ce spa. Et on a justement décidé d'y rester jusqu'à la fin de l'après-midi avant d'aller s'acheter un petit truc à manger pour ce soir. Il y a déjà quelques personnes présentes avec nous mais ce n'est pas très gênant : on les salue puis on fait un tour dans la cabine de douche pour se laver, chacun son tour.

On commence par le jacuzzi et je soupire de bien-être quand mon corps se détend sous l'action des remous.

-Je pourrais y rester des heures, dis-je.

-Et moi donc ! approuve Sabo. Mais j'ai aussi envie de tester le hammam !

-Pourquoi pas. Mais je ne me sens pas d'y rester des heures.

-T'inquiètes pas, moi non plus.

Des personnes nous rejoignent, un couple très souriant. Ils engagent tout de suite la conversation avec nous et on leur répond avec plaisir. Ils sont assez sympathiques. La preuve, ils ne bronchent pas du tout quand on leur dit qu'on est en couple et qu'on est là seulement pour un week-end.

Plus tard, reposés et les doigts tout fripés à cause de l'eau, on quitte finalement le spa. On se change pour pouvoir sortir : je remets les mêmes vêtements que plus tôt et Sabo fait de même. Pour ne pas dépenser trop de sous dans la nourriture, on décide de s'acheter des sandwichs dans une supérette. Demain midi, on va encore se faire un restaurant alors on mange léger et peu couteux maintenant.

Des artistes de rue se produisent non loin de la grande place. On les regarde, subjugués par leurs talents et le spectacle qu'ils nous offrent. On passe une agréable soirée et puis sur les coups de 22h, on rentre. Je suis le premier étonné mais je suis bien obligé de l'avouer, j'ai passé une super journée. Avec Sabo, c'était super, tellement que j'ai du mal à croire qu'on ne se parlait plus il y a quelques jours encore.

Comme si tout ce qu'il s'était passé n'était qu'un mauvais souvenir.

Mais cet équilibre qu'on est en train de construire ne pourra pas perdurer si les bases ne sont pas solides.

-Tu es fatigué ? me demande Sabo.

-Un peu, je lui réponds.

-Ça te gêne si je regarde un film ?

Je suis étonné de sa question : je suis à deux doigts de m'endormir et lui n'est pas fatigué ? Je lui fais signe que non et me prépare à m'endormir. Un passage rapide dans la salle de bain, aussi rapide que c'est possible pour moi, et je suis au lit. Sabo regarde une série policière. J'essaie de suivre les premières minutes mais je m'endors assez vite.

Je ne suis pas tout à fait satisfait de la manière dont cette journée se termine mais qu'est-ce que je peux y faire ? Sabo m'a demandé qu'on laisse nos problèmes de côté et je suis venu justement dans l'espoir de pouvoir en parler avec lui. Alors qu'est-ce qu'on fait ?

Je n'aurais pas non plus de réponse aujourd'hui on dirait.

Dimanche 20 Mai 2018

Je sens du mouvement derrière moi, tellement même que ça finit par me réveiller. J'ouvre doucement les yeux et mets quelques secondes à m'habituer à l'obscurité. Je me tourne alors vers Sabo qui retire sa main, ou en tout cas c'est ce qu'il me semble. Je le regarde sans rien dire, les sourcils froncés.

Il est du côté de la fenêtre et vu qu'on n'a pas complètement tiré les rideaux, la lune éclaire partiellement son visage.

-Pourquoi tu ne dors pas ?

-Si… Enfin…

Il ne termine pas sa phrase et je suis trop fatigué pour chercher plus loin. Je lutte pour garder les yeux ouverts encore un peu.

-Arrête de bouger alors.

-Désolé.

Je ferme les yeux et reste de profil. Je sens ainsi le corps de Sabo qui n'est pas bien loin du mien.

-Ace...

Je grogne et me force à ouvrir de nouveau les yeux. Je tombe alors sur ceux de Sabo qui me fixe avec appréhension. D'ailleurs, à bien y regarder, il n'a pas l'air à l'aise. Il est presque tendu en fait.

-Qu'est-ce qu'il y a ? Tu n'arrives pas à dormir ? je m'inquiète.

Il se mord les lèvres et tend sa main droite vers moi.

-Est-ce que je peux te... toucher ?

C'est dit timidement et ça me fait bizarre. Je n'ai plus l'habitude de ça avec Sabo. Pour moi, c'est naturel de dormir avec lui mais apparemment, c'est quelque chose qui le tracasse.

J'observe encore cette main avant de me rapprocher davantage et de passer ma propre main dans son dos. Je le sens relâcher son souffle dans mon cou, signe de son apaisement, avant de sentir que tout comme moi, il passe sa main dans mon dos.

-Je ne pensais pas de nouveau pouvoir être proche de toi...

Il le dit avec soulagement, comme s'il réalisait un rêve qu'il pensait perdu. Sa main serre mon t-shirt et il ferme les yeux alors que son front se colle au mien.

Pour l'encourager, je passe ma main sous son haut et caresse sa peau lentement de mon pouce. Je ferme également les yeux pendant quelques secondes et me laisse bercer par son souffle.

-J'ai passé ces derniers jours à réfléchir, à ressasser ce qu'il s'est passé, murmure-t-il soudain. Et plus j'y pensais, plus j'avais peur... J'étais terrifié de ne pas trouver de solution. Je ne voulais pas que les choses restent ainsi et j'ai failli me rendre malade à force d'y réfléchir. J'ai essayé de me convaincre que j'avais fait le bon choix, que je ne pouvais rien faire d'autre...

Il caresse ma joue et j'ouvre les yeux pour tomber sur son regard humide.

-Mais la vérité, c'est que tu me manques et que c'est moi qui nous ai mis dans cette situation. Je ne regrette pas mon engagement m-

-Sabo, je le coupe.

-Non, laisse-moi finir, s'il te plait.

Il prend une inspiration comme pour se calmer.

-Tu as raison quand tu dis que je suis égoïste. Je n'écoute que mon cœur, j'y mets toutes mes forces et je me sens tellement impliqué là-bas... Je m'y sens à ma place. Ça fait longtemps que je ne me suis pas senti si à l'aise, si fort. Tu m'as donné le gout de la liberté, du changement, et eux me permettent de le concrétiser. Ne vois pas ça comme une mauvaise chose. Je t'en prie, Ace...

-Tu as beau être sincère, moi je ne vois que l'aspect négatif, je soupire. C'est tellement dangereux, je ne peux pas croire que tu ne t'en rendes pas compte...

Son corps se crispe, certainement parce qu'il perçoit l'énervement dans ma voix que j'ai malheureusement du mal à contrôler.

-J'en suis parfaitement conscient, reprend-il finalement. Au départ, je ne voulais pas y penser et je refusais de voir la réalité en face, je ne voyais que le côté noble de la chose... Certains évènements m'ont obligé à ouvrir les yeux dernièrement et je peux t'assurer que désormais, je suis le plus prudent des hommes. Je sais que je n'ai pas le droit à l'erreur et la dernière chose que je souhaite, c'est te faire du mal.

J'ai du mal à y croire tant il semblait sûr de lui il y a encore quelques semaines lorsqu'il m'a annoncé appartenir à une organisation décrite comme criminelle selon l'Etat. Je le crois quand il me dit qu'il a réfléchi et que ça n'a pas été facile pour lui. A l'infirmerie, ça devait déjà être le cas et il ne voulait pas qu'on aborde le sujet pour ne pas s'embrouiller davantage l'esprit. Et même si j'aurais préféré une autre réponse – qu'il me rassure en me disant qu'il abandonne – rien que le fait qu'il se soit mis à ma place me fait plaisir.

J'ai l'impression de revoir le Sabo combatif, celui qui était déterminé à changer au tout début. Ses yeux brillent de nouveau de cette flamme et je vois bien combien cet engagement a de l'importance pour lui. Pourtant, je ne peux passer outre le fait que Sabo risque sa vie sciemment en participant à cette organisation. Comment peut-il penser qu'il contrôle quoi que ce soit ?

-J'apprécie ce que tu as fait mais c'est comme une fausse joie parce qu'au final, rien ne va changer, n'est-ce pas ?

Il acquiesce et je sens mon estomac se tordre. Que cette conversation se termine de cette manière me peine.

-Je suis désolé de te demander ça, Ace, mais j'ai besoin que tu comprennes, s'il te plait…

Il ferme les yeux et se mord fortement les lèvres. Il se redresse alors légèrement pour pouvoir me prendre complètement dans ses bras, cachant son visage dans mon cou, son corps recouvrant une partie du mien. Il me serre fort, cherchant la force de continuer.

-Laisse-moi être égoïste au moins cette fois, je t'en prie...

-Sabo…

-Je te le demande parce que... Faire partie de l'AR est très important pour moi mais tu l'es plus encore. Je ne peux pas me passer de toi, Ace, et c'est tout ce que tu dois savoir parce que c'est exactement pour cette raison que je ne prendrais aucun risque inconsidéré. Rien qui signifierait te perdre en tout cas.

Je sens ses larmes couler, celles qu'il a trop longtemps retenues. Alors, pour le soulager, l'aider à évacuer sa peine, je le serre à mon tour contre moi.

Mais je ne dis rien. Je ne peux pas donner mon accord à cette prise de risque. Silencieusement, je lui fais tout de même comprendre que je le soutiens. A mon échelle, c'est tout ce que je peux faire.

On reste enlacé tellement longtemps qu'on finit par s'endormir au beau milieu de la nuit, encore l'un contre l'autre.

xXx

J'ouvre doucement la porte et Sabo se tourne vers moi, surpris. Les vitres transparentes me permettent de voir son corps nu sous l'eau. Il me tourne le dos, gêné, et arrête le jet d'eau. J'entre alors dans la salle de bain, encore en pyjama, et fais mine de frapper aux portes de la douche.

-Ace ? Qu'est-ce qu'il y a ?

-Rien, c'est juste que je me disais qu'on pouvait prendre notre douche ensemble pour gagner du temps... Ce serait aussi plus écologique, dis-je en souriant.

Sabo ne croit pas une seule seconde à mes arguments mais me fait tout de même de la place.

-D'accord, ça fait longtemps en plus.

J'enlève rapidement mes vêtements et le rejoins. J'actionne le pommeau de douche et Sabo et moi fermons les yeux sous la pression de l'eau. Sabo rigole et son rire me fait du bien : il est pur et franc. Depuis qu'on s'est parlé, tout semble s'être détendu entre nous. Mais on a beau avoir mis les choses au clair cette nuit, je ne pense pas qu'on soit prêt à de nouveau l'évoquer tranquillement même plus tard. C'est comme ça et il va falloir l'accepter.

Je veux le croire quand il me dit qu'il fera attention, que la dernière chose qu'il veut est me perdre et que si cela implique de ne pas avoir d'emmerdes, il fera en sorte de faire certains choix. Seulement, ce n'est pas parce que c'est ce qu'il veut que ce sera forcément le cas. Pour autant, je dois apprendre à lui faire confiance et le laisser être égoïste. J'ai assez connu Sabo à bout, comme quand il se mutilait, pour ne plus jamais vouloir que ça se reproduise.

Alors même si ça signifie marcher sur des œufs, on fera tout pour avancer quand même.

-Qu'est-ce que tu veux faire aujourd'hui ? me demande-t-il.

-Je ne sais pas... On pourrait faire un tour dans les magasins ? Il parait que la ville en regorge et qu'on trouve tout un tas de trucs exotiques et rares à Loguetown.

-Bonne idée.

Il arrête l'eau et met une noisette de gel douche dans ses mains qu'ils frottent l'une contre l'autre pour faire mousser le savon. Il les passe alors sur mon corps, mon ventre et mes bras. Et puisqu'il a décidé de s'occuper de moi, il n'y a aucune raison pour que je ne fasse pas de même.

On ne se parle pas, concentrés sur notre tâche. Nos regards ne quittent pas le corps de l'autre. Sabo a raison, ça fait longtemps. C'est un moment de détente qui nous fait du bien et on traine plus que nécessaire sous la douche.

Une demi-heure plus tard, on finit tout de même par descendre prendre notre petit déjeuner. C'est déjà notre dernier jour ici. Finalement, un week-end reste court mais il a déjà été suffisamment bénéfique pour nous permettre de nous parler.

Alors comme hier, nos sacs sur le dos, on déambule dans la ville. On repasse devant la grande place là où les musiciens de rue se produisaient la veille. En ce dimanche matin, il n'y a pas de musicien mais du monde, il y en a quand même. On fait les boutiques et j'essaie de prendre un petit quelque chose à tout le monde. Ma mère a toujours été très fan des cadeaux souvenirs vendus en magasin, c'est presque comme si elle les collectionnait en fait. Choisir le sien n'est donc pas trop difficile, pas plus que celui de Luffy qui de toute façon est impressionné par tout. Je galère par contre pour trouver le cadeau de mes deux meilleurs amis : il faut dire qu'ils sont d'un compliqué...

A midi, on se fait de nouveau plaisir avec un bon petit restaurant et pendant le repas, je reçois un message de mon père qui me dit qu'il est à Loguetown. Il fixe le rendez-vous de ce soir à la place de la fontaine à 18h. Déjà, notre parenthèse touche à sa fin. Voyant mon trouble, Sabo s'empresse de me demander ce qu'il y a et je lui dis juste que j'ai reçu un message de mon père et je l'informe de quoi il retourne. Il n'ajoute rien de plus.

L'après-midi passe vite. On essaye de voir le plus de trucs possibles tout en prenant le temps d'apprécier l'instant. Avant qu'on ne s'en rende compte, il est déjà l'heure de partir. On marche alors vers le lieu de rendez-vous mais pour ma part, c'est pratiquement à reculons.

-Tu n'arrives pas à lui pardonner ? me demande soudain Sabo.

-Quoi ?

-A ton père. Tu ne peux pas lui pardonner, constate-t-il.

Je regarde Sabo qui lui, observe avec tristesse ce qui nous entoure. Je soupire et observe l'environnement devant moi. On s'arrête au passage piéton pour attendre de pouvoir traverser.

-Je ne suis sans doute pas bien placé pour te donner des conseils mais tu ne penses pas que si tu as pu passer au-delà de mes mensonges, tu pourrais faire pareil pour lui ?

Le feu passe au vert et alors que les autres piétons s'empressent de traverser, on reste immobile pendant quelques secondes avant d'enfin bouger.

-Tu as raison, je finis par dire. Tu n'es vraiment pas bien placé du tout pour me faire des recommandations...

On continue d'avancer et je décide de passer par les petites rues pour ne pas être entouré de trop de monde : il ne manquerait plus que quelqu'un comprenne de quoi on parle.

-Mais contrairement à lui, toi, tu ne m'as pas menti toute ma vie, je reprends ensuite, les dents serrées. Je ne lui en veux pas de ne pas être le héros que j'aurais aimé qu'il soit, je le déteste parce qu'il s'est fait passer pour quelqu'un qu'il n'est pas. Son amour est une supercherie ! dis-je, amer.

Sabo m'attrape alors brusquement la main et tire dessus pour m'obliger à m'arrêter.

Ses yeux reflètent la pitié et la compassion, celles qu'il a pour moi. Même si je ne comprends pas bien pourquoi.

-Tu ne peux pas sincèrement penser ça, Ace...

Il soupire et se rapproche de moi jusqu'à ce que nos fronts se touchent, son regard plongé dans le mien. Il attrape ma deuxième main et la serre. Ses mains sont froides, comme d'habitude, alors que les miennes sont toujours brulantes. Ça me fait du bien : ça me calme, comme une brise qui viendrait atténuer le brasier en moi.

-J'ai vécu avec un père qui ne m'a jamais considéré comme autre chose que comme un faire-valoir, quelque chose d'utile pour réussir. Le regard qu'a ton père quand il se pose sur toi, Outlook ne l'a jamais eu pour personne alors s'il te plait, ne dis pas qu'il ne t'aime pas parce que je n'ai jamais vu quelqu'un de plus sincère ni de plus vulnérable face à la personne la plus importante de sa vie que ton père. Tu te fais du mal pour rien, Ace. Je suis certain que tu ne veux qu'une chose, c'est pouvoir l'aimer, mais tu te le refuses pour une histoire de principe.

-Je ne peux pas juste igno-

-Ce n'est pas ce que je te demande.

Il dépose un baiser sur mes lèvres, quelque chose de chaste et d'extrêmement doux.

-Ne lui pardonne pas si tu ne t'en sens pas encore la force mais ne le condamne pas injustement.

J'acquiesce, un peu sonné par ses paroles, et parce que j'en ai besoin, j'attire Sabo dans mes bras. Dirait-il la même chose s'il savait que mon père nous fait surveiller en ce moment même ?

Je ne sais pas.

On se remet en route silencieusement et quelques minutes plus tard, on retrouve mon père, bien visible sur la place du jet d'eau. Il se démarque indéniablement. D'ailleurs, il est observé par beaucoup de passants.

-Bonjour ! le salue joyeusement Sabo.

Il essaye de détendre l'atmosphère et je le comprends. On a deux heures et demie de route, autant que ce soit dans la bonne humeur.

-Alors ce week-end, est-ce que ça vous a fait du bien ?

-Oui, Loguetown est une superbe ville !

-Parfaitement d'accord avec toi, Sabo. J'y ai passé toute ma jeunesse et j'ai l'impression que rien n'a changé. Pourtant, ça a l'air mieux qu'avant, rigole-t-il.

-Ta famille vit encore ici ?

Je suis moi-même surpris par ma question. Je l'ai posée sans réfléchir et si j'en crois le regard incrédule de mon père, lui aussi était loin de s'y attendre. Je crois que c'est bien la première fois que je lui pose une question si personnelle mais essentielle sur sa vie.

-Sabo, ça ne te dérangerait pas de faire un petit tour le temps que je discute rapidement avec mon fils ? lui demande Roger.

-Non, bien sûr.

Il pose sa main sur mon épaule droite et la serre légèrement pour m'encourager.

-Je vais faire un tour dans la galerie marchande.

Il s'éloigne alors, nous laissant seuls. Mon père va ensuite s'asseoir sur un banc et m'invite à le rejoindre.

-C'est bien la première fois que tu me parles de tes grands-parents, constate-t-il.

-Ouais, dis-je. Ça doit être parce qu'on est ici, ça me rend bizarrement sentimental...

-Sans doute.

Il esquisse un sourire.

-Non, mes parents ne vivent plus ici. Mais ils y sont enterrés.

La révélation me choque tellement que je reste bloqué plusieurs secondes sur ses derniers mots. C'est la première fois que j'entends ça : personne ne m'avait dit que… Enfin, je ne savais pas !

-Quand ? je sors difficilement.

-Il y a déjà quelques années en fait. Peu avant que je ne reprenne le flambeau.

-C'est parce qu'ils sont morts que tu…

Je ne termine pas ma phrase mais il sait très bien où je veux en venir.

-Oui. Mes parents et moi, on était pratiquement d'accord sur rien mais ils m'ont toujours encouragé à aller au bout de tout ce que je faisais.

Il pose un regard songeur sur moi et je ne peux m'empêcher de frissonner.

-Ils aimaient bien Rouge mais ils ne voulaient pas d'elle pour moi parce qu'ils pensaient que vivre avec elle ne serait pas compatible avec la vie que je serais amené à mener plus tard, reprend-il finalement d'une voix douce. Ils essayaient de me faire changer d'avis tout en sachant que comme d'habitude, je ne les écouterais pas...

J'avale ma salive, les yeux et les oreilles grands ouverts.

-Mais finalement, tu as quand même fini par te ranger à leur avis.

-Oui, c'est vrai. J'ai vite compris pourquoi mes parents m'avaient mis en garde pour Rouge. Ta mère a eu beaucoup d'ennuis à cause de moi, soupire-t-il. Au début, je pensais que c'était à cause de mes parents mais en vérité, ce n'était pas totalement le cas. Bien entendu, ils n'étaient pas entièrement innocents mais ils n'étaient pas les seuls à connaitre notre relation et à vouloir me voir céder sur certains points... J'ai vite compris qu'effectivement, je la mettais en danger. J'ai commencé à douter et puis mes parents sont morts... Sans que j'y sois préparé, j'ai dû prendre leur place. J'ai également dû devenir ce qui fait mon pouvoir aujourd'hui. J'aurais pu refuser, avoue-t-il avec émotion. Mais à leur mort, j'ai ressenti un grand vide, un sentiment d'impuissance et d'incompréhension. Qu'est-ce que j'avais fait pour eux ? Qu'est-ce que je devais faire maintenant? Je me suis plongé dans le boulot comme une sorte de repentance...

-Est-ce que tu regrettes aujourd'hui ? je demande, curieux.

Il me regarde et esquisse un sourire timide.

-Oui. Ça m'arrive assez souvent d'ailleurs.

Il rigole ensuite du ridicule de la situation.

-Pourtant, si j'avais l'occasion de revenir en arrière, je ne pense pas que je changerais quoi que ce soit.

Il le dit avec sincérité et nostalgie, et je repense à ce que Sabo m'a dit tout à l'heure : mon père est loin d'être parfait mais il assume ses choix. Je soupire et me cale bien au fond du banc.

La parenthèse est refermée, il est temps de rentrer. Sabo ne devrait pas tarder à revenir de son tour improvisé maintenant.

Mon père se lève et s'étire. Une longue route nous attend. En plus, à cette heure-ci, la circulation est assez dense. Quoi que ça a l'air de plutôt bien rouler à Loguetown, sortir de la ville ne sera pas trop compliqué, ce sera après.

J'observe les voitures défiler avec fluidité : les habitants doivent être habitués, la ville gronde de monde et ce en toute période. Je remarque alors une voiture noire aux vitres teintées qui passe à proximité à vitesse réduite et je pense qu'elle va s'arrêter mais elle continue son chemin.

-J'envoie un message à Sabo pour lui dire que c'est bon.

-Très bien.

Je tape rapidement mon message et relève ensuite les yeux quand je sens le regard de Roger encore sur moi.

-Qu'est-ce qu'il y a ?

-On dirait que ça va mieux entre vous.

-On dirait.

-C'est encourageant. J'espère qu'entre nous aussi, ça ira mieux, lance-t-il en souriant.

-Pour ça, il faudrait déjà que tu commence à tout m'expliquer, dis-je.

Il en reste bouche bée. Il a dû lancer ça comme ça, sans penser que je répondrais sérieusement, et encore moins de manière si positive.

Il éclate alors de rire et son rire, loin d'être discret, attire encore plus les regards sur nous. La honte…

-Oui, tu as raison ! On continuera à parler une fois rentrés, tu veux bien ?

Je hausse les épaules parce que je ne veux pas dire oui. Je ne veux pas rendre ça trop facile.

Sabo sort du magasin et s'empresse de nous rejoindre. Je le suis du regard.

Au même moment cependant, un grand bruit attire mon attention : une voiture arrive à toute vitesse sur la route longeant le côté droit de la place de la fontaine, dos à moi.

Je me retourne et reconnais la voiture noire de tout à l'heure. Je me lève précipitamment, inquiet. Cette fois-ci, elle s'arrête vivement et la vitre côté passager se baisse. Les passants se sont pratiquement tous arrêtés, alertés par le bruit eux aussi. Les autres voitures klaxonnent.

Le temps semble brutalement s'arrêter et les bruits se multiplier.

C'est un brouhaha assourdissant mais il prend fin en une fraction de seconde.

C'est comme si mon monde s'arrêtait.

Je vis la scène au ralenti. Je n'ai que l'image. Cette voiture, cette vitre qui se baisse et cette arme qui en sort pour se pointer sur la foule. Je ne sais pas ce que font les autres, je ne sais pas ce que je dois faire. Où est Sabo déjà ?

Je me sens incapable de bouger, de comprendre.

Je ne peux que subir et je sais que j'y repenserai toute ma vie.

J'entends mon père crier mon nom alors je le regarde. Il court vers moi et me pousse avec une rare violence derrière le banc sur lequel j'étais assis auparavant. Je ne sens même pas le choc de la chute.

Je comprends. C'est lui qui est visé.

La première balle l'atteint à l'estomac.

Je n'entends rien, je vois juste le sang imbiber ses vêtements et c'est comme si l'horreur de la vision me réveillait enfin car j'entends alors les cris d'horreur et de peur tout autour de nous.

Une deuxième balle se loge dans sa poitrine et je sens les larmes couler sur mon visage. Mon cœur me fait mal et j'ai l'impression qu'à force de battre aussi vite et fort, il va lâcher.

Mon père s'écroule par terre.

Ses genoux se fracassent au sol et la voiture redémarre, ses pneus crissent sur le bitume. L'odeur nauséabonde de l'essence se répand dans l'air. Mon père est allongé par terre, le sang coulant encore et encore.

J'entends les gens s'horrifier et pleurer. Ils appellent une ambulance et la police.

Ce n'est pas possible. Je suis comme pétrifié.

Un homme se précipite sur mon père. C'est Baggy, l'homme qui devait me surveiller.

-Ace ! Est-ce que ça va !?

Sabo traverse la foule en courant et il n'attend pas ma réponse pour me serrer contre lui. Mon regard est toujours accroché au corps inerte de mon père.

Après un temps incertain, je le repousse et retrouve enfin mes esprits, ma vitalité, mon bon sens… Mes yeux s'écarquillent, mon souffle se coupe.

Je me rue alors vers mon père, tombe à terre à ses côtés et hésite à le saisir. Il y a tellement de sang que je ne sais pas où le toucher.

-Papa…

Mon murmure se meurt dans un sanglot.

Je regarde son visage et je vois qu'il esquisse un léger sourire malgré la douleur.

Je reprends tout de suite espoir. Il peut être sauvé ! Je l'agrippe alors, m'accroche à lui de toutes mes forces, pleure encore et encore. Et puis je l'appelle car son regard devient vide. Reste avec moi, je t'en prie ! J'ai la sensation que l'instant dure des heures, des minutes interminables où j'attends avec angoisse l'arrivée des secours.

Pourquoi c'est aussi long ?! Il ne va pas tenir si ça continue, il perd tellement de sang ! Au-dessus de mon père, je suis simplement capable de pleurer et de le serrer contre moi. Baggy essaie de me repousser mais je tiens bon. J'ai l'impression que si je le lâche, je vais le perdre. Petit à petit, son corps se fait plus lourd et ses yeux se font ternes.

-Papa, je t'en prie, accroche-toi !

Pourquoi ? A chaque fois… A chaque fois, il faut que quelque chose arrive ! J'ai l'impression de porter malheur, de faire du mal à ceux que j'aime. Oui, c'est ça, je dois être maudis, avoir du sang de démon en moi pour apporter le malheur sur les autres comme ça ! D'abord ma mère qui a mis du temps à me pardonner, X-Drake encore récemment et là, mon père...

-A-Ace, reste calme.

La voix de Sabo tremble et je remarque que ses yeux n'osent pas croiser les miens. Agenouillé à mes côtés, sans doute a-t-il peur de craquer, tout comme moi.

Baggy réussit enfin à me repousser et il presse immédiatement sur les blessures de mon père pour l'empêcher de se vider de son sang. Des gens s'agglutinent autour de nous et Sabo essaye de les tenir éloignés afin de laisser de l'oxygène à Baggy qui se démène pour sauver mon père et à Roger qui lutte pour rester en vie.

Mais très vite, Baggy s'arrête.

Sabo se précipite aussitôt, croyant qu'il est fatigué, et prend le relais. Baggy lui fait cependant signe que c'est inutile et Sabo se fige.

Mais moi, je ne peux pas accepter ça. Je les bouscule et prends leur place. Je ne veux pas abandonner aussi vite.

-Arrête ! me crie Baggy.

Je le foudroie du regard. Qu'il me laisse tranquille celui-là. Où était-il quand mon père s'est fait tirer dessus ? Comment un truc pareil a-t-il pu arriver ?!

Pourquoi…

Baggy me regarde et j'y lis toute la haine qu'il ressent à mon égard. Ce que je pense de lui, il doit certainement en penser tout autant à mon sujet. Rejeter la faute sur l'autre nous permet sans doute de ne pas nous écrouler tout de suite.

-C'est trop tard, il est déjà mort, lâche-t-il.

Je tourne automatique la tête vers mon père et observe son visage, son sourire serein.

Ce n'est pas possible.

J'entends au loin la sirène hurlante de l'ambulance, la police débarque.

Sabo se rapproche de moi et me prend la main, sans doute pour me soutenir. Mais je ne ressens rien. Le regard vide, j'observe la tache de sang sur le sol.

Mon père est mort.

J'ai raté ma chance.

En un rien de temps, la scène de crime est bouclée, un marquage est mis en place, des photos sont prises. Les blessés sont pris en charge et le corps de mon père est chargé sur un brancard.

Un ambulancier s'approche ensuite de nous et nous demande si on va bien. Je le regarde à peine. C'est Sabo qui se charge difficilement de répondre. L'ambulancier nous propose alors de monter dans le véhicule qui se charge de mon père.

-Pour quoi faire ?

C'est trop tard de toute façon. J'oblige Sabo à me lâcher et marche avec détermination vers un des policiers qui recueille les témoignages. Je le coupe alors qu'il donne ses recommandations à un des témoins qui, comme les autres, n'a pas vu grand-chose.

-C'était une voiture noire, étrangère et puissante. Il y avait au moins deux hommes, les vitres étaient teintées donc je ne suis pas sûr de moi. L'homme qui a tué mon père avait l'air d'avoir la quarantaine, les cheveux longs.

Je vois le policier troublé par ce que je lui raconte. Il a d'ailleurs plus l'air de s'intéresser aux taches de sang qui maculent mes vêtements.

-Vous notez ce que je vous dis ?!

-Oui… C'est... Vous avez pu voir tout ça ? s'étonne-t-il.

Évidemment ! Je revis la scène en boucle. Encore et encore, en mode ralenti. J'ai encore les sensations en plus des images. Je doute de pouvoir oublier ça un jour.

Je ressens alors un feu brûlant qui s'éveille en moi, une haine qui grandit de seconde en seconde. En un instant, il est en train de me consumer.


Je me rends compte que j'ai posté le précédent chapitre à la sauvage, j'en suis désolée, je devais être un peu trop pressé ! ^^

J'écris actuellement le dernier chapitre et me suis rendue compte avec effarement que ça faisait trois ans et demi - presque 4 - que j'avais commencée cette histoire. C'est étrange de se rendre compte le temps que j'ai passé dessus ! ^^

Les prochains chapitre devrait également arriver plus ou moins vite. A bientôt et surtout bonne année ! J'espère que vous la commencer tous très bien. :)