Bonjour,

Titre : Once Upon A Time...

Auteur : Typone Lady

Disclaimer : L'univers de One Piece ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas : ils sont à Eiichiro Oda. Je les emprunte le temps d'une histoire.

Rated: M

Genre : Romance, Hurt/Comfort, Song-fic

Résumé : « Qu'est-ce que le bonheur ? » Je suis resté immobile devant ma copie sans savoir quoi répondre. Avant j'aurais répondu sans hésitation « t'avoir à mes côtés ». Maintenant je ne sais plus.

« Raconte-moi une histoire…une merveilleuse histoire comme on en voit si souvent dans les contes de fées. Laisse-moi imaginer encore un peu que nous aussi, nous avons le droit d'être heureux. »

Bêta correctrice : pommedapi

Note : Merci à ma bêta pommedapi pour ses précieux conseils et aussi pour avoir corrigé ce chapitre ;). Un grand merci aussi à ma p'tite sœur qui ma aider à écrire le résumé. ^^

Merci à brinou pour son commentaire. ^^

Bonne lecture ;)


Once Upon a Time n'est pas une fiction à l'eau de rose.

C'est juste une histoire.

Leur histoire.

Parce que la vie n'est pas un conte de fées...

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Chapitre 33

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« Les larmes les plus amères que l'on verse sur les tombes sont inspirées par les mots que l'on n'a pas prononcés et les gestes que l'on n'a pas faits. »

Harriet Beecher Stowe

Ace


Mardi 22 Mai 2018

Assis en tailleur sur mon lit, je fixe le mur en face de moi, les mâchoires crispées et les yeux injectés de sang. Je n'ai pratiquement pas dormi depuis ce week-end et j'ai mal aux yeux. Je les sens secs et ils me piquent. A moins que ce ne soit tout simplement les prémices des premières larmes ? Quoi que, ça m'étonnerait. Depuis dimanche, je me retrouve incapable de pleurer. La seule émotion que je ressens à vrai dire, c'est la colère.

Pure et intense. Je foudroie ce mur blanc sans être capable de faire quoi que ce soit d'autre. Sabo est resté avec moi hier pour me soutenir. Me soutenir de quoi ? Je me demande bien. Qu'espèrent-ils tous ? Mon père est mort, j'ai bien le droit d'être déprimé autant de temps que je le veux. Essayer de faire mon deuil. Il ne va pas revenir comme par magie, je l'ai bien compris. C'est fini pour lui. Ça m'a frappé comme une vérité criante dimanche quand j'ai vu son corps être recouvert d'une bâche avant d'être emmené par les ambulanciers.

Geste ultime pour préserver les pauvres passants témoins de cette horrible scène. Inutile lorsqu'on a déjà assisté à la mise à mort de l'homme qu'ils emmenaient. Et puis, pour ne rien enlever à l'horreur, il y avait ces traces de sangs par terre qui révélaient à elles seules la violence de l'action.

Les rares fois où j'ai pu fermer les yeux, je le revois dans mes cauchemars. Il m'arrive aussi de revoir toute la scène et de me maudire de n'avoir rien fait. J'étais là et pourtant, je n'ai servi à rien, absolument à rien. Je ne peux même pas faire un portrait-robot fiable et utilisable de la personne qui a lâchement abattu Roger. Je me suis senti impuissant et aujourd'hui encore, je ressens avec force combien j'ai été faible.

Chacun vit la tragédie différemment. Luffy a pleuré des heures durant hier au moment où Hancock le lui a appris. Elle a retardé le moment autant qu'elle a pu mais la triste nouvelle devait bien finir par sortir de sa bouche. Ce matin, il a recommencé à pleurer et, agacé, je lui ai crié de se taire. Il n'a pas arrêté pour autant.

J'ai eu très peu de contacts avec la femme de mon père. Dimanche soir, quand Baggy nous a ramenés, je suis monté de manière tout à fait automatique dans ma chambre. Sabo m'a accompagné et, avec beaucoup de tendresse, il s'est occupé de moi. Il m'a déshabillé et m'a emmené sous la douche pour me laver. Je suis resté immobile, obéissant tel une poupée inanimée.

Il m'a ensuite mis au lit et quand j'y pense, j'ai dû représenter un tel poids pour lui... Mais il ne s'est pas plaint de mon mutisme, pas une seule fois. Il s'est occupé de moi, a mis à laver mes vêtements tachés de sang et puis est venu se coucher à mes côtés. Je n'ai pas pu trouver le sommeil, pas vraiment. J'ai passé le plus clair de mon temps à regarder mon petit ami dormir cette nuit-là. Ça m'a aidé à ne pas craquer.

Je me demande sincèrement comment Sabo a fait pour tenir. Au-delà du fait que la victime est un proche, je ne pense pas qu'on puisse sortir de ça indemne. Pourtant, je l'ai trouvé fort, assez solide pour que je puisse me reposer complètement sur lui.

J'ai juste une hâte, c'est qu'il soit là à nouveau.

Des gens sont passés hier mais je n'ai pas eu le courage ni la curiosité et encore moins l'énergie d'aller voir. C'est la femme de ménage qui les a accueillis et elle les a tout de suite emmenés voir la maitresse de maison.

Je ne comprends toujours pas comment ça a pu arriver. Mon père était un Empereur et même si je n'ai pas tout à fait saisi les implications, je suis sûr d'une chose : on n'était pas supposé l'atteindre aussi facilement. A moins que je me trompe ? De toute façon, maintenant qu'il n'est plus là, à quoi bon se torturer l'esprit ? Ça ne le fera pas revenir.

On toque à la porte et mes yeux se portent lentement sur elle. La poignée s'abaisse et Sabo, un sourire timide aux lèvres, entre dans ma chambre. Il me rejoint sur mon lit et me prend dans ses bras. Je ferme les yeux. Je me sens bien, apaisé.

-J'ai envie de dormir.

-Dors, je reste avec toi.

On se couche et je me pelotonne dans ses bras pour essayer de m'endormir. Malheureusement, malgré la fatigue, je peine à trouver le sommeil. Alors je me contente de regarder le visage de Sabo et lui m'observe aussi, silencieux.

-J'aimerais te dire que ça va aller mais la vérité c'est que je n'en sais rien, m'avoue-t-il.

Moi non plus, je n'en sais rien.

Je me réveille plus tard, surpris d'avoir pu dormir un peu. Pas beaucoup en réalité : une heure tout au plus. Sabo dort encore et je fais attention à ne pas bouger pour ne pas le réveiller. Mais son sommeil doit être vraiment léger parce que quand mon ventre grogne à cause de la faim, je vois ses paupières closes bouger. Quelques secondes plus tard, ses yeux me fixent déjà, parfaitement éveillés.

-Allons manger un peu, propose-t-il.

-Je n'ai pas envie de descendre...

-Pourquoi ? Il faut bien que tu manges, tu sais.

Je ne réponds pas et Sabo sourit, toujours aussi patient avec moi.

-Tu ne vas pas pouvoir rester enfermé dans ta chambre toute ta vie, Ace. Quand est-ce que tu pars chez ta mère ?

-Demain.

-Je suis sûr que Luffy aimerait te voir avant ton départ.

J'esquisse un sourire amer.

Luffy… Quel mauvais grand-frère je fais. J'ai beaucoup critiqué Luffy avant par rapport à la relation qu'il avait avec Roger. Mon père. J'avais beau savoir que mon énervement n'avait pas lieu d'être et que j'avais juste l'air stupide à refuser à Luffy le droit de voir en Roger un père. Parce que c'est bien ce qu'ils étaient, père et fils.

Mais je lui en voulais. Ça semblait facile pour Luffy d'aimer Roger, de lui parler. Si simple alors que moi je n'arrivais qu'à tantôt être à l'aise, tantôt être énervé suivant ce que j'apprenais. Mais maintenant, il n'est plus là et c'est trop tard pour regretter.

Jusqu'au bout, je n'aurais pas réussi à comprendre mon père et à avoir une relation saine avec lui. J'aimerais vraiment pouvoir aider Luffy mais je suis dans un tel état que le voir, être confronté à sa peine, me ferait plus de mal qu'autre chose.

Je m'en veux tellement. Je veux voir ma mère et oublier, mais je ne suis pas sûr de pouvoir y arriver. J'ai l'impression d'enchainer les emmerdes en ce moment. Et d'être seul. J'ai Sabo mais à trop me reposer sur lui, je crains justement de lui faire peur, de lui mettre trop de poids sur les épaules et qu'il s'effondre sous la difficulté des responsabilités. J'adore Zoro mais il n'a jamais vraiment été doué pour réconforter les gens. Pourtant, il est vrai que sa présence seule m'a souvent été d'un grand secours. Je compte encore moins sur Law car il analyse trop et malgré moi, j'ai tendance à surveiller mes mots en sa pré ne veux pas avoir l'impression d'avoir un énième rendez-vous avec César. Je sais qu'ils connaissent ma situation, qu'ils savent que Roger n'est plus. Ils ont peut-être essayés de me contacter mais je n'ai pas vérifié, checker mes mails et mes appels ne fait pas partie de mes priorités.

Les membres du Glee Club ne connaissent pas vraiment les difficultés que j'avais avec mon père et notre relation en dents de scie. Ils ne pourraient pas, d'après moi, comprendre ce que je ressens.

En fait, j'aimerais pouvoir discuter avec X-Drake mais on ne se parle plus depuis son retour et aller le voir pour m'épancher sur son épaule, je ne m'en sens pas capable. Quant à Shanks, il était trop proche de mon père. J'ai besoin de quelqu'un d'extérieur, avec qui je ne ressentirais pas cette immense tristesse que je vois déjà chaque jour dans le miroir.

-Je ne pense pas que je sois de bonne compagnie en ce moment...

-Tu sais bien qu'on n'a pas forcément besoin de quelqu'un de souriant à nos côtés dans ces moments-là.

Je ferme les yeux, respire son odeur.

-C'est vrai…

-Descendons.

Je hoche la tête et Sabo se lève, me tends la main. Je la saisis et pour la première fois depuis dimanche, je me risque à sourire un peu.

Mercredi 23 Mai 2018

Il est 9h. Ma mère devrait arriver dans une demi-heure environ et après, je quitterai Dawn jusqu'à la fin de la semaine. Ma mère ne m'a pas vraiment laissé le choix quand elle m'a appelé lundi matin : j'étais incapable de lui parler alors elle a pris les décisions toute seule. Ce n'est plus mal. Je ne sais pas si c'est parce que je viens de perdre mon père, mais ma mère me manque.

Dimanche, on enterre Roger. Je serai là et ma mère aussi. Il y aura sans doute pas mal de monde, c'est ce que j'imagine en tout cas. Je me souviens que lorsque j'avais dû bosser pour mon père en gage de punition, j'avais remarqué que tout le monde dans son entreprise l'appréciait beaucoup. Il avait l'air d'être un bon patron. J'imagine donc que oui, il y aura du monde pour lui dire au revoir. On voudra peut-être même que je dise quelque chose. C'est ce qu'on fait aux enterrements généralement, non ?

Mais je me sens bien incapable de faire un discours, de parler de ce que je ressens, et je ne suis pas sûr que ça change d'ici dimanche.

Je termine de préparer mon sac et ramasse mon portable que je mets dans ma poche pour ne pas l'oublier plus tard. Je reste ensuite planté devant la porte de ma chambre à hésiter. Hier soir, quand je suis parti manger avec Sabo, je n'ai croisé personne dans la maison. C'était étrange. Je sais que je ne me sentirais pas à l'aise si je devais voir Hancock ou même Luffy mais en même temps, je ne veux pas partir sans même les voir et leur dire au revoir.

J'ai l'impression qu'à agir comme je le fais, je minimise la douleur des autres et ne me centre que sur la mienne. Et je ne veux pas. Je n'ai pas le monopole de la douleur, surtout pas pour un homme que j'ai passé la moitié de mon temps à détester. Ce n'est pas parce que je suis son fils que ma douleur est forcément plus forte que celle des autres. Sabo est très gentil avec moi, j'ai conscience qu'il me ménage, qu'il ne dit jamais un mot de trop pour ne pas me froisser. Ma décision de partir il ne la cautionne pas mais comprends que j'ai besoin d'être avec ma mère. Il a essayé quelques fois de me parler des autres, de nos amis mais je suis resté bêtement muet, presque incapable d'entendre ce qu'il me disait.

Je me suis enfermé dans une bulle pour panser mes plaies et essayer de me préserver et je ne pense pas être capable d'en sortir pour l'instant.

J'inspire un grand coup et sors de ma chambre. Je descends au salon pour attendre ma mère. Habituellement, je prends le train ou alors c'est mon père qui s'occupait de m'emmener à Bateria mais cette possibilité n'est plus envisageable. Et je ne prends pas le train parce que ma mère s'est enfin achetée une voiture.

Arrivé au salon, j'ai la surprise d'y voir Hancock et Luffy ensemble devant la télé, un bol d'assortiments de bonbons dans les mains d'Hancock dans lequel Luffy pioche abondamment, l'ancienne top-model un peu moins.

Je marche vers eux et ils me voient assez tard. Je m'assois à côté de Luffy sans rien dire. Les deux me regardent, surpris, et puis leurs yeux se posent sur mon sac. Ce n'est plus de l'étonnement, c'est une véritable incompréhension que je vois alors se peindre sur leurs visages. J'avoue avoir un peu oublié de les prévenir que j'allais vivre chez ma mère pendant quelques jours.

-Tu pars ? s'inquiète Luffy.

Je ne réponds pas, mon regard se bloque dans celui larmoyant de Luffy et j'ai l'impression que si je lui dis que j'ai effectivement prévu de m'en aller, je finirais par complètement le briser. Pourtant, il va bien falloir que je lui réponde.

-Je vais chez ma mère, j'admets, pas très fier.

-Pourquoi ?!

Luffy se tourne complètement vers moi et attrape mon tee-shirt pour me tirer vers lui, les traits déformés par la colère.

-J'ai besoin de changer d'air, je me justifie.

-Et moi, j'ai besoin de toi !

Comment ne pas me sentir minable après ça... Je le vois bien en cet instant : Luffy compte sur moi. Mais la vérité, c'est que je me sens incapable de l'aider. Hier, Sabo m'a dit que Luffy avait simplement besoin de m'avoir à ses côtés, sans artifice ni faux semblant. Il veut du soutien, il veut que pour une fois, je joue mon rôle de grand frère.

-Luffy, intervient Hancock.

Je la regarde alors enfin pour la première fois depuis des jours. J'ai toujours fait attention à ne jamais trop avoir de contact avec elle. Elle avait beau être la femme de mon père, on avait du mal à s'entendre mais aujourd'hui, c'est comme si on faisait la paix.

Malgré la douleur, la tristesse qu'elle ressent et qui est visible sur son visage figé, elle reste très digne. Elle le doit, pour Luffy. Et en cet instant, j'admire sa force de caractère pour arriver à traverser ce décès tout en gardant bonne figure devant tout le monde.

-Ne sois pas triste, sourit-elle. Ça ira, tu verras.

-Vraiment ?

Hancock est surprise par ma question, et moi aussi. Ça m'a échappé.

Elle baisse les yeux, pensive. J'imagine qu'elle réfléchit à un bobard pour Luffy ou moi. Que peut-elle répondre à ça?

-Oui. Pas tout de suite, mais ça ira. Plus tard. Roger était un homme optimiste qui souriait tout le temps. Je suis sûre qu'il repose en paix.

Je repense immédiatement au visage de mon père : le jour où il est mort, il souriait. J'avais trouvé ça étrange et j'avais pensé que c'était dû à un délire lié à la douleur. Mais il était déjà mort. Pourtant, il souriait.

J'ose espérer qu'il était heureux et qu'il est effectivement parti en paix. Hancock a l'air sincère en tout cas.

On sonne à la porte et j'imagine que c'est ma mère qui vient me chercher. Je me lève pour aller lui ouvrir, l'angoisse bien présente. Je ne sais toujours pas quoi faire vis-à-vis de Luffy.

-Ace...

Ma mère esquisse un sourire triste et ses yeux se mettent à briller mais je ne vois pas ses larmes. Elle me prend dans ses bras et j'entoure son corps frêle, je la serre contre moi. Elle me repousse alors gentiment pour mieux me regarder, m'observer.

-Laisse-le rester ici, s'il te plait ! intervient Luffy.

Il est arrivé tellement vite que je ne l'ai même pas entendu. Il se met entre nous deux, me gardant bien derrière son dos, ce qui fait qu'à présent, ma mère et moi avons nos regards braqués sur lui. Je doute que cette fois-ci, le but de Luffy est seulement d'attirer l'attention. Il ne veut pas que je parte et ça, ma mère aussi semble le comprendre.

Elle me regarde et hausse les sourcils dans une interrogation muette.

Que faire à présent ?

Il ne s'agit pas tellement de partir que de m'aérer l'esprit. J'ai simplement besoin de ma mère. Comme Luffy a besoin de moi.

C'est étrange, personne n'a jamais eu besoin de moi avant. Quand ça a été le cas la première fois, j'ai eu du mal à gérer. J'ai d'ailleurs beaucoup blessé Sabo à cette époque. Et là, j'ai l'impression que ça recommence : est-ce que je vais réussir à m'améliorer un jour ? Je répète les mêmes erreurs simplement parce que c'est trop compliqué pour moi alors que je sais que ce n'est pas une raison pour renoncer.

Pourtant, c'est ce que je fais.

Je regarde à nouveau Luffy et j'ai l'impression de choper une grosse enclume dans l'estomac qui alourdit tous mes gestes. Je ne peux pas fuir, c'est un truc auquel je me refuse.

-Je ne suis pas sûr de pouvoir partir, maman…

Elle me regarde, comprend, et sourit.

Elle n'ajoute rien de plus et je m'écarte pour la laisser complètement entrer. Je m'en veux de lui avoir fait faire tout ce chemin pour rien. Surtout qu'au final, je prends cette décision seul. Peut-être que ma mère aurait voulu que je vienne avec elle, que je la soutienne également ? C'était il y a des années mais mes parents se sont aimés avec beaucoup de force et de tendresse. Longtemps, elle a cru que c'était son grand amour. C'était peut-être le cas d'ailleurs. Qu'elle soit triste elle aussi n'aurait rien d'étonnant.

-Vous n'avez qu'à rester avec nous jusqu'à demain, luipropose Hancock qui s'est levée pour nous rejoindre.

Ma mère hésite, certainement mal à l'aise.

-Vous devez être fatiguée.

Les deux femmes se sourient alors, comme si par ce simple geste, elles se comprenaient enfin.

xXx

-Eh bien, dis donc ! J'ai l'impression qu'en ce moment, tu enchaines les galères, Ace ! Je parie qu'aujourd'hui, tu vas en avoir des choses à me dire ! Profite, déjà que j'ai eu du mal à te caser un rendez-vous...

-Ça doit bien faire vos affaires, je lâche.

Mon psychologue me regarde longuement, sans sourire, sans exagéré aucune de ses émotions. Je me demande s'il est vexé par ce que je viens de dire. Cette accusation qui le place en profiteur. Mais qu'il le veuille ou non, il s'enrichit grâce au malheur des autres. Les gens viennent rarement voir un psy quand tout va bien dans leur vie.

Je ne voulais pas venir voir César. Ma mère ayant décidé de rester ici jusqu'à l'enterrement – sous l'insistance de Hancock – j'aurais aimé passer du temps avec elle. Surtout qu'elle vient juste d'arriver et comme elle est surtout là pour moi, je m'en veux déjà assez comme ça de ne pas repartir avec elle. Je ne veux pas qu'en plus, elle se sente seule. J'ai essayé de partager mes inquiétudes à ce sujet avec beaucoup de maladresse mais elle a quand même su me rassurer. Elle a ensuite évoqué l'idée d'aller voir mon psy et comme finalement je ne pars pas, autant en profiter.

Quand je suis parti, elle discutait encore avec Hancock et Luffy. J'ai trouvé ça tellement étonnant. Pas qu'elle soit proche de Luffy, le Chapeau de paille adore ma mère, mais plus que les deux femmes aient des choses à se dire. Sans forcément se détester, je ne me souviens pas qu'elles se soient un jour appréciées. Pour tout dire, je pensais qu'avant, elles se supportaient simplement par politesse, pour Roger et pour nous. Mais peut-être qu'à présent, les choses ont changé. Des choses qui m'échappent et que pour l'instant, je ne suis pas encore en mesure de comprendre.

-C'est peut-être difficile pour toi de le concevoir mais j'appréciais beaucoup Roger. Sa disparition me peine énormément, répond finalement César. Et toi ? Est-ce que je ne m'avancerais pas un peu trop en disant que la mort de Roger te bouleverse ?

Je serre les dents et braque sur lui un regard noir. La colère, encore et toujours. Voilà ce que je ressens quand je l'entends supposer ça.

-Ça ne te plait pas ? Pourtant, tu détestais Roger.

-Je ne le détestais pas, je le contredis.

-Tu serais pourtant en droit de le faire. Il t'a abandonné, a refait sa vie et était heureux alors que tu as dû apprendre à vivre sans père dans la douleur.

Je secoue la tête et essaye de ne pas écouter ses âneries.

-Il a passé son temps à mentir. Vous n'aviez rien en commun et tu vas me dire que parce qu'il est mort, subitement, tu vas te mettre à l'aimer ? Lui pardonner ?

César et moi nous regardons. On s'affronte presque du regard. Je ne l'ai jamais trouvé aussi agaçant et détestable qu'en cet instant. Il se croit supérieur simplement parce qu'il a fait de longues études, il pense peut-être être capable de comprendre parfaitement ce que je ressens ?!

-Vous vous trompez complètement !

-Je me trompe ?

Il hausse un sourcil surpris.

-Vraiment ? Je ne fais pourtant que redire tout ce que tu m'as dit pendant nos nombreuses séances.

Il agite son fameux calepin pratiquement sous mon nez. Je le regarde et je me sens mal. Comment ai-je pu penser tout ça ? J'ai passé trop de temps à le détester pour cacher le fait que j'aimais mon père. Parce que je pensais que c'est ce que je devais faire. Mais je me suis complètement fourvoyé.

-Et ça vous amuse de retourner le couteau dans la plaie comme ça ?! Mon père est mort et je me sens tellement coupable !

-Pourquoi ça ? On lui a tiré dessus, non ? Toi aussi tu aurais pu être blessé ou même tué.

Je me tais et me mords les lèvres, indécis. Encore une fois, il m'est impossible d'être complètement sincère avec César. Je décide donc d'inventer un truc qui se rapprocherait de la vérité, et vite, pour qu'il ne s'interroge pas sur mon hésitation.

-Apparemment, mon père avait quelques ennuis en ce moment. Des soucis concernant son entreprise. Je ne sais pas si c'est à cause de ça qu'il est mort mais sentant la tension, il m'avait demandé de faire attention. J'ai insisté quand même pour faire ce voyage. Il s'est alors senti obligé de prendre des précautions et est même venu me chercher...

-Tu penses réellement que c'est ta faute ?

-Je ne sais pas... Peut-être. J'ai du mal à réfléchir correctement en ce moment.

-C'est certainement parce que tu te prends trop la tête. Tu viens de perdre ton père, qu'est-ce que tu ressens ? Qu'est-ce que sa perte évoque en toi ?

-Beaucoup de colère.

César n'est qu'à moitié étonné. Quand il s'agit de mon père, il y a toujours de la colère en moi, à son égard ou contre moi-même. Je baisse la tête, honteux. J'ai l'impression d'agir comme un gamin, de ne pas me conduire normalement. Luffy a une conduite bien plus acceptable que moi sur ce point-là. J'aimerais être capable de pleurer mais c'est étrange, je n'y arrive pas. Je ne sais pas si ça vient justement de cette colère qui fait que je suis tellement focalisé dessus que ça m'empêche d'exprimer ma peine. Ou est-ce simplement la peur de m'écrouler ?

-L'enterrement a lieu dimanche. Est-ce que ça ira ?

-Je pense que oui.

Je ferme les yeux, respire. Il va falloir que je lui dise au revoir pour de bon cette fois.

xXx

Je sors de ma salle de bain et ai la surprise de voir ma mère dans ma chambre. Il est déjà tard et je pensais qu'elle dormait.

Même si finalement, on n'a pas tant parlé que ça avec César cette après-midi, cette séance m'a assez secoué. Il faut dire que cette espèce de fou m'a mis face à mes contradictions. Je sais bien que quand on meurt, les gens ont tendance à ne trouver que des qualités aux disparus ou alors à taire leurs défauts, leurs faiblesses, par décence ou alors parce qu'ils veulent se rappeler seulement des bons moments.

Ce n'est pas ce que je fais. C'est simplement que mes sentiments ont toujours été très complexes et que sans doute, je n'ai jamais trop réussi à les déchiffrer. Maintenant que je suis seul, je ne peux que les affronter, les regarder bien en face. Mon père me manque et malheureusement, ça ne date pas d'aujourd'hui…

J'ai eu besoin de m'isoler en rentrant et personne ne m'a dérangé. Au diner, je n'ai pas non plus été très bavard, j'ai simplement écouté les conversations sans intervenir.

Je regarde ma mère et sens toute la tendresse qu'elle dégage. D'un geste de la main, elle m'invite à m'asseoir à ses côtés. Partager ce petit moment avec elle.

-Laisse moi finir de te sécher les cheveux, me propose-t-elle.

J'hésite, me trouvant bien assez grand pour faire ça tout seul, mais face à son sourire, j'ai du mal à résister. Je grogne un peu mais finis tout de même par m'asseoir sur mon lit, dos à elle. Je lui tends par-dessus mon épaule la serviette qu'elle attrape avant de commencer à me sécher les cheveux avec beaucoup de soin. Ses gestes sont doux et lents.

Il y a assez longtemps, ma mère m'a confié que ne sachant pas si je serais une fille ou un garçon – Roger et elle voulaient garder le secret jusqu'à la naissance – elle s'était imaginée à plusieurs reprises ce qu'aurait été sa vie - notre vie - si finalement j'avais été une fille. Pour ma part, je suis bien content de ne pas être une fille mais il est sûr que j'aurais pensé le contraire si j'en avais été une. C'est juste qu'à tous les coups, mes parents auraient été plus protecteurs et que j'aurais difficilement pu échapper aux séances de coiffage et d'habillage.

-Ton père était fier de toi.

Je sens mon cœur se serrer. L'entendre me dire ça me trouble énormément. Ça me fait mal à vrai dire.

-Je ne vois pas pourquoi, je laisse entendre.

Ma mère rit, comme si cette réaction était normale.

-On a déjà dû te le dire une centaine de fois, mais tu ressembles beaucoup à ton père. Et plus le temps passe, plus c'est vrai.

J'entends le sourire dans sa voix alors je ne dis rien.

-C'est quelque chose que Roger n'a jamais compris. Parfois, quand il te regardait, il disait me voir à travers ton regard, tes sourires et tes taches de rousseur.

Elle arrête de bouger la serviette, la laisse tomber sur le lit et me prend doucement dans ses bras, ses mains m'enserrant avec force.

-Il ne se faisait pas autant de souci pour toi que moi, il savait à quel point tu es fort. Pourtant, ça ne l'empêchait pas de prendre ses précautions...

Elle souffle comme pour se retenir de pleurer.

-Roger était à côté de la plaque finalement. Tu ne ressembles pas à ta mère, mon grand, tu es bien plus fort que moi...

Elle enfouit son visage dans mon cou et je perçois immédiatement ses larmes qui glissent sur ma peau. Je sens alors mes propres yeux me piquer, s'embuer, mais aucune larme ne m'échappe.

-Maman… tu crois qu'il a été heureux ?

Elle renifle et me serre plus fortement contre elle avant de relever lentement le visage.

-J'ai peur d'avoir gâché sa vie parce que j'ai refusé de lui pardonner encore et encore comme un gamin buté et complètement con...

-Ace.

-Je ne sais pas si j'arriverais à me le pardonner...

-Ne dis pas ça, s'il te plait. Bien sûr qu'il était heureux. Il n'y avait pas plus bon vivant que ton père. Ne te torture pas l'esprit, je t'en prie.

Malgré toute la bonne volonté de ma mère, je doute de pouvoir passer au-dessus de ça si facilement.


« Presque tous les hommes peuvent supporter l'adversité, mais si vous voulez tester le caractère d'un homme, donnez-lui le pouvoir. »

Abraham Lincoln

Shanks


Jeudi 24 Mai 2018

-Baggy va partir, me dit Rayleigh.

Debout en plein milieu de mon bureau, il me regarde et attend une réaction de ma part. N'importe laquelle. J'esquisse un sourire amer à l'entente de ces mots. Ici, tout le monde croit à tort que Baggy et moi sommes proches alors qu'en vérité, le clown ne peut pas me blairer et que je me fous bien de lui. Je veux dire que je le considère comme un de nos nombreux camarades, ni plus ni moins. Un camarade que j'aime bien faire marcher, c'est tout.

Et dire que parce qu'il croit que ce départ va me bouleverser, Rayleigh est venu me l'annoncer en avant-première…

Le départ de Baggy ne me surprend pas du tout. Je m'y attendais et me demandais même combien de temps ça lui prendrait. Même si nous ne sommes pas spécialement proches lui et moi, je le connais quand même un minimum.

Il a assisté à la mort du boss et je n'imagine pas la culpabilité qu'il doit ressentir en ce moment. Et puis, ce groupe qu'on forme, Roger en était le noyau, la lumière. Il est compliqué maintenant qu'il n'est plus là de survivre malgré tout.

-Qu'il parte alors, je souffle. J'espère que tu ne comptes pas sur moi pour lui demander de rester.

Il sourit, conscient que l'idée est complètement absurde.

-Bien sûr que non. Je vais l'annoncer aux autres le plus vite possible et essayer de voir si d'autres vont suivre le même chemin.

-Le groupe est en train de s'effondrer, dis-je tristement.

Je joue avec mon stylo bleu que je fais tournoyer quelques secondes entre mes doigts. Mes yeux s'attardent sur les dossiers que j'étudiais avant que mon supérieur n'entre : le jour du procès concernant l'affaire de l'agression sexuelle sur laquelle je bosse approche à grands pas. Mon client a finalement décidé d'être honnête et m'a avoué qu'il entretenait une relation avec la plaignante mineure depuis presque un an. Sa femme commençait à avoir des soupçons alors il a décidé d'y mettre fin mais l'adolescente l'a mal pris. Après ses belles paroles, sa femme a eu du mal à y croire : il s'est foutu d'elle et c'est bien pour ça qu'on en est là aujourd'hui. Elle a porté plainte pour lui apprendre à se foutre de sa gueule et me voilà coincé dans cette histoire de cul sordide dont je me serais bien passé. Surtout en ce moment. En début de semaine, j'ai vu mon client et j'ai été pris d'une folle envie de lui casser les dents avec la touillette de mon café.

Travailler ne m'aide pas du tout à surmonter la mort du boss, ni même à penser à autre chose. Le travail ne me rappelle que trop bien le fait qu'il n'est plus là justement. Cette entreprise, le groupe, Gol. D. corp, c'est lui qui l'a fait grandir. Il a donné sa chance à tellement de monde. C'est dur de devoir se débrouiller seul à présent.

Je fixe Rayleigh, observe son visage, sa posture, sa fatigue. Il était le plus proche de Roger. Son homme de confiance, son second et même son ami. J'ai honte de montrer à quel point tout ça m'atteint devant lui et encore plus devant sa famille. Je ne suis pas encore parti voir Hancock, ni même Luffy et Ace. Je ne m'en sens pas encore capable.

-Qui a prit sa place ?

Je n'ai pas besoin de préciser le fond de ma pensée, il voit tout de suite où je veux en venir.

-Teach.

Je rigole, trouvant ça complètement fou. Je serre le poing et essaie de ne pas m'énerver.

-C'est lui qui l'a tué ! je crache finalement.

-Et alors ? souffle-t-il, désabusé. Tu sais comment ça marche.

-Il ne mérite pas de vivre.

Rayleigh pose sur moi un regard désolé et j'ai alors l'impression que tout ça lui fait énormément de peine. Qu'il comprend des choses qui m'échappent et qu'il fait au mieux pour que tout se passe bien, parce que c'est sa responsabilité.

-Et qu'est-ce que tu voudrais faire ? Te venger ?

-Ce serait normal, je laisse échapper, partagé entre la tristesse et la colère.

-Beaucoup pensent comme toi et ne comprennent pas pourquoi je ne bouge pas. Mais si je ne fais rien, c'est parce que je sais pertinemment que ce n'est pas ce qu'aurait voulu Roger. La vengeance ne lui aurait rien apporté de plus, il est déjà mort. Elle n'aurait comme but que de vous soulager, vous. Mais la violence appelle simplement à plus de violence.

-Est-ce une raison pour abandonner si vite ?!

Je comprends bien ce que me dit Rayleigh, je sais même qu'il a raison, mais ce n'est pas facile de renoncer. La vengeance, la plupart du temps, on a l'impression qu'il ne nous reste que ça.

Rayleigh s'avance soudain vers moi et je baisse la tête, me sentant comme un gamin honteux.

Il se penche sur le bureau, ses mains bien à plat sur le bois. Son visage est sérieux. Il veut être sûr que j'imprime ses dernières paroles.

-Oui. Roger n'aurait pas vécu jusqu'à l'année prochaine, Shanks. Il n'est plus là, laisse-le tranquille une bonne fois pour toutes. Ce qu'il voudrait plus que tout au monde en cet instant, c'est qu'on prenne soin de sa famille et je n'ai pas l'impression que tu répondes présent pour accomplir cette tâche.

Me voilà sèchement renvoyer à mon rang. Je déteste qu'on me rappelle à l'ordre comme ça mais c'est nécessaire. Il ne faut pas que je me focalise seulement sur ma colère. Faire le deuil de Roger sera dur, mais comme Rayleigh vient si justement de le rappeler, il était mourant.

J'aimerais que cette simple évocation me soulage mais malgré l'information, j'ai toujours autant l'impression d'avoir le cœur en miettes.

xXx

Dès que je claque la porte entrée, je n'entends plus un bruit. Pourtant, je suis sûr qu'à mon arrivée, Cavendish et Sabo parlaient. J'espère que ce n'est pas moi qui les ai fait taire. J'approche lentement du séjour pour les voir assis autour du comptoir, bel et bien silencieux.

-Vous faites de ces têtes, je lance en venant prendre quelque chose à boire dans le frigo.

Mes deux colocataires restent silencieux et ne semblent pas vraiment vouloir croiser mon regard. J'en déduis donc qu'ils devaient bien parler de moi et que c'est pour ça qu'ils sont si mal à l'aise à présent. Je ne m'en formalise pas. J'avoue avoir eu un comportement assez sombre ces derniers jours, de quoi leur donner à discuter. Je décide donc de passer à autre chose.

-Ça a été aujourd'hui ?

Cavendish sourit, sentant peut-être que je vais enfin mieux.

-Super bien même. Sabo et moi, on est parti voir mon film au cinéma. Enfin, c'est la deuxième fois que je le vois mais pas grave, je me trouve toujours aussi bien à l'écran !

-Tu es vraiment narcissique.

Cavendish pousse une exclamation choquée. C'est vrai que c'est la première fois que j'ose lui dire ça.

Sabo sourit mais se garde bien de venir en soutien.

-Sinon, je peux avoir un vrai avis ? dis-je à l'attention du lycéen.

-C'était vraiment un bon film, répond-il honnêtement.

-Peut-être que j'irais le voir, je laisse entendre.

-Tu sais très bien que c'est faux, boude le mannequin.

C'est vrai que je ne suis pas vraiment cinéma, je trouve toujours le moyen de critiquer.

-En même temps, pourquoi m'embêter à te voir derrière un écran alors que je t'ai en vrai à la maison ?

-Ne rêve pas trop.

Il plisse les yeux et je hausse les sourcils face à son comportement si prudent. Sabo observe notre échange qui, comme d'habitude, ressemble plus à un sketch qu'à une vraie discussion.

-Tu as vu Ace aujourd'hui ? je demande finalement à Sabo.

Il acquiesce. Depuis dimanche, il ne se passe pas un jour où Sabo n'est pas avec Ace. C'est une bonne chose qu'ils se soient rabibochés : Ace a bien besoin de son mec pour surmonter cette douloureuse épreuve.

J'espère également que Luffy ne vit pas ça seul et qu'il est assez entouré pour pouvoir s'en sortir.

-Sa mère est à Dawn, elle reste jusqu'à l'enterrement. Luffy est super content qu'Ace soit encore là.

-Ils vont mieux ?

-On dirait, mais je ne suis sûr de rien. Ace s'en veut vraiment beaucoup.

-En même temps, il en a fait voir de toutes les couleurs à son père alors forcément, il a des regrets.

Sabo me fixe, surpris. Et je prends alors conscience de ce que je viens de dire.

-Non, enfin… Laisse tomber. C'est moi qui me mets aux fourneaux ce soir !

Ma distraction ne semble que moyennement fonctionner mais personne n'en fait la remarque. Et même si je regrette mes paroles, c'est la vérité. S'il y a bien une personne qui doit se sentir mal en ce moment, c'est Ace. Il a toujours eu une relation compliquée avec son père et lui a malheureusement mené la vie dure ces dernières semaines. Pourtant, Roger ne lui en a jamais tenu rigueur et s'est même estimé chanceux et très heureux d'avoir pu renouer une dernière fois avec son fils.

Sa plus grande crainte était de ne pas pouvoir le faire avant de mourir. Sans le savoir, Ace lui aura certainement fait le plus beau des cadeaux. Toutefois, Roger était bien le seul à voir ça comme un cadeau : je me suis souvent indigné de la colère injustifiée d'Ace. Je voulais lui dire qu'au lieu de perdre son temps à détester Roger, il ferait mieux de profiter de lui tant qu'il le pouvait encore. Mais je ne pouvais pas, ce n'était pas ma place. Je suis pourtant sûr qu'Ace aurait agi autrement s'il avait su son père condamné.

Je me demande si ça allègerait son fardeau si je lui affirmais que son père ne lui en a jamais voulu, qu'il était même heureux d'avoir pu passer une année de nouveau avec lui. Et puis finalement, je me dis que c'est quelque chose qu'Ace doit être capable de comprendre seul.

Fatigué de ma journée, je m'attelle à la préparation du repas. Habituellement, je n'aime pas cuisiner mais aujourd'hui, j'ai envie de me surpasser.

-Ce soir, je vais vous faire une omelette dont vous me direz des nouvelles !

Je sors les ingrédients avec un peu trop de zèle et écoute Cavendish et Sabo me raconter leur journée. Moins d'une demi-heure plus tard, on passe à table. Je sens le mannequin très curieux à mon sujet et l'interroge du regard.

-C'est sans doute trop tôt pour y penser mais je me demandais quand même… Qu'est-ce que tu vas faire ?

-Comment ça, qu'est-ce que je vais faire ?

Je souris, ne voyant pas bien où il veut en venir.

-Eh bien, comme job. Tu comptes rester dans le groupe ? me demande-t-il, sincèrement étonné.

Mais je crois que je le suis encore plus par sa question.

-Bien sûr que oui ! Pourquoi je partirais ?

Il hausse les épaules, incertain. Je crois surtout qu'il ne continue pas pour ne pas me vexer.

-De toute façon, pour l'instant, les affaires de succession, d'actionnaires et de dirigeant sont laissées de côté au moins le temps de l'enterrement. Lundi ou mardi, ces questions seront évidemment mises sur la table et on verra qui dirigera l'entreprise et la direction que le groupe va adopter. Mais je ne m'inquiète pas de ça, il ne fait aucun doute que Roger s'en était déjà occupé.

-Parce qu'il se sentait en danger, laisse tomber Cavendish.

On se regarde et je le vois très vite détourner les yeux. Mon colocataire n'a jamais réussi à apprécier Roger. Il n'aimait pas l'influence qu'il avait sur moi. Pourtant, c'est quelqu'un à qui je dois tellement. Mais je suppose qu'il a simplement la même réaction que j'ai moi-même avec Sabo. Vouloir préserver l'autre est normal. Cavendish n'a jamais vraiment su ce que faisait Roger mais il n'était pas sans ignorer son statut. Cavendish est un noble, bien sûr qu'il est au courant de ces choses-là.

-Après ce qui est arrivé à Ace, rien d'étonnant. Vous serez là dimanche ?

-Oui. Les membres du Glee Club également, je n'ai juste pas réussi à contacter X-Drake. Je suis sûr que ça ferait plaisir à Ace qu'il soit là. J'en ai discuté avec Zoro et il pense que même si Ace ne le montre pas, il aura besoin de soutien. Alors c'est bien s'il est entouré des gens qui l'aiment, ça ne diminuera certainement pas sa peine mais au moins, il n'aura pas l'impression d'être seul.

-N'est-il pas mignon ?! dis-je en parlant de Sabo.

Celui-ci fronce les sourcils, légèrement gêné par mon compliment.

-Même si Mihawk se débrouille de mieux en mieux, j'ai vraiment l'impression qu'Ace a touché le gros lot avec toi...

-Tu dis ça mais je ne suis pas vraiment sûr d'être un cadeau pour lui.

Une ombre passe dans ses yeux et je sais qu'il fait référence aux derniers évènements, au conflit qu'a entrainé son intégration dans l'Armée Révolutionnaire. Je décide de ne pas m'attarder sur ça et de passer à un autre sujet hautement plus diversifiant.

C'est bien la première fois depuis ce week-end que j'arrive à être autre chose que morose. Certainement que la conversation avec mon chef m'a fait du bien. J'ai l'impression de discuter normalement avec mes deux colocataires, de reprendre le cours de ma vie. Même si tout ça n'est qu'un jeu de dupes. En fin de compte, ça n'a pas grande importance : le principal, c'est d'y croire.

-Il ne manque plus que toi, mon cher ami ! D'ailleurs, tu ne t'aies jamais dis que si c'était si désastreux avec les femmes, il était peut-être temps de passer aux hommes ?

-Je n'ai jamais dit ça ! s'agace-t-il. Je suis célibataire par choix et parce qu'être en couple freinerait également ma carrière.

Je souris, juste pour l'agacer. Et bien évidemment, ça marche.

Vendredi 25 Mai 2018

-Tu ne bosses pas aujourd'hui ?

Mihawk, tout propre et parfaitement réveillé, termine de boutonner sa chemise. Je l'observe, cherchant le courage de sortir du lit sans y arriver. J'ai passé la nuit chez lui. Parler du petit couple que forment les deux ados m'a étrangement donné envie d'aller me blottir dans les bras de l'homme qui me sert de mec. Mais si Mihawk m'a accepté chez lui, il a dit niet pour les câlins ! Et dire que je trouvais qu'il s'améliorait... Décidément, les papouilles, ce n'est pas son truc. Au moins est-il un bon soutien pour moi dans cette dure épreuve que je traverse, on va dire ça comme ça.

-Non, dis-je alors que je me pelotonne plus encore contre les oreillers douillets.

Je souris en observant Mihawk terminer de s'habiller car je remarque que ses yeux glissent sur mon corps partiellement dénudé. Ça me fait plaisir alors je bouge, m'allongeant sur le ventre et cambrant le dos. Le drap glisse dans la manœuvre, s'arrêtant juste au-dessus de mes fesses. Réussir cet exploit révèle presque du génie. Il n'y a pas à dire, au jeu de la séduction, je suis certainement le meilleur !

Je fais mine de rien et continue de parler.

-C'est jour de deuil aujourd'hui. Il y a aussi les préparations pour l'enterrement. Rayleigh en tant que second a fait le choix de nous donner un jour pour nous préparer à ce qui va suivre, se faire à l'idée et préparer quelque chose au besoin.

Mihawk acquiesce. Je regarde l'heure et me demande alors pourquoi il est habillé comme ça.

-Tu sors ?

-Je vais voir Hancock.

-Pour quoi faire ? je m'étonne.

-Lui présenter mes condoléances. Je ne l'ai pas encore fait jusqu'à présent. Je voulais lui laisser le temps de se retrouver en famille, de faire le deuil de son mari. Après tout, Hancock ne m'apprécie pas vraiment, lui épargner ma présence tout de suite après le drame était une bonne idée d'après moi.

-Sans doute.

-Tu veux venir ? Je suis sûr qu'Ace et Luffy seraient très heureux de te voir.

Je soupire, étudiant sérieusement la question. C'est marrant, j'avais déjà dans l'idée de passer chez Roger pour voir Ace et Luffy hier. Mais peut-être pas si vite.

-Je ne sais pas, motive-moi.

Il se détourne et je lève les yeux au ciel avant d'abdiquer. Je n'aurais pas mis longtemps. Je l'informe de ma présence et lui demande de m'attendre.

-Dépêche-toi.

-Tu sais comment me parler, mon chéri !

Il m'assassine du regard et je me retiens de rire. Conscient néanmoins qu'il n'a pas de temps à perdre, je me lève enfin du lit et attrape les vêtements que j'ai emmenés hier. Je passe rapidement dans la salle de bain et rejoins très vite Mihawk qui est déjà dans la voiture. Quand je m'installe côté passager, il me jette à peine un regard et démarre en trombe alors que je n'ai pas encore bouclé ma ceinture.

Sachant très bien que Mihawk n'est jamais bavard au volant, j'allume toute de suite la radio. J'écoute les blagues d'un humoriste en rigolant tout seul parce qu'en plus de ne pas être bien bavard, Mihawk n'est pas vraiment drôle non plus. Que des qualités !

Il se gare devant l'immense bâtisse et soupire avant d'éteindre le contact.

-Ça va bien se passer.

-Je ne suis pas stressé, me répond-il.

-Même pas un peu ?

La portière claque et j'observe pendant quelques secondes le kendoka s'avancer vers la porte d'entrée. Je me décide alors à le rejoindre et arrive juste avant que la porte ne s'ouvre.

Luffy nous fait face et il met un instant avant de nous reconnaitre ou de réaliser qu'on est vraiment là. Il sourit alors largement et c'est agréable de voir cette expression sur son visage. Il saute dans les bras de Mihawk qui, bien entendu, ne bouge pas et j'étouffe un rire quand Luffy rebondit contre le torse musclé de son oncle. Mais il ne se démonte pas et passe les bras autour de sa taille pour caler sa tête au niveau de l'épaule du brun. Luffy a encore grandit on dirait.

J'essaie de ne pas me vexer du fait qu'apparemment, Luffy préfère son oncle, cet homme pas drôle pour un sou, discret et sombre, à moi. Je veux dire, je suis son héros et je suis drôle ! Vraiment très drôle et même hyper sympa. Je suis conscient que malgré mon âge, mon métier et la vie que je mène, j'ai l'air d'un adulte enfantin parce que je m'entends justement très bien avec les gens plus jeunes que moi. J'aime faire des blagues et embêter mon monde. Ca et le fait que je suis un grand joueur de jeux vidéos.

Mais même ! C'est toujours mieux que le sale caractère de Mihawk ! On a l'impression d'avoir commis un crime à chaque fois qu'il nous regarde… Cela dit, dans notre intimité, quand il me regarde comme ça, il n'en faut pas beaucoup pour me faire gémir. Mais ça, c'est une autre histoire...

-Salut, Luffy ! Tu as l'air en forme, ma parole !

Le chapeau de paille se détache enfin de son oncle et vient également me faire une accolade. Son chapeau bouge et je le remets en place. Ma main reste alors plus longtemps que nécessaire sur le chapeau. Ce bien qui m'appartenait avant et que j'ai cédé bien volontiers à Luffy pour l'encourager à devenir quelqu'un de bien, digne de ce chapeau.

Il était à Roger et le jour où il me l'a cédé, j'ai été le plus heureux des hommes parce qu'il y tenait vraiment beaucoup. Me l'offrir, c'était le signe qu'il avait confiance en moi, qu'il croyait en moi.

-Content de te voir. La maman d'Ace est là !

Il prend ma main et se saisit aussi de celle de Mihawk pour nous entrainer au salon. Et effectivement, Rouge est là. Mais pas de surprise à avoir, Sabo m'avait déjà informé. Hancock, sa tasse de thé encore dans les mains, nous observe Mihawk et moi d'un œil curieux.

Le frère et la sœur échangent alors un signe de tête, certainement un langage codé pour se dire qu'ils doivent discuter parce qu'aussitôt après, elle se lève et passe à côté de moi en me snobant. Quelle famille !

Je passe outre et vais saluer correctement Rouge. La femme qu'a éperdument aimé le boss plus jeune.

-Je suis désolé de ne pas être venu plus tôt.

-Ce n'est pas grave, voyons, sourit-elle.

Luffy vient la coller comme pour avoir également son approbation.

-Comment allez-vous ? J'ai appris que vous n'étiez pas censée rester mais Dawn est vraiment une superbe ville, vous trouverez de quoi faire.

-Je n'en doute pas. Roger disait souvent que Dawn était un joyau qu'il fallait polir. Il avait même la prétention de vouloir la faire grandir quand il était dans ses bons jours !

Je souris, heureux de l'entendre parler du boss.

-Tonton et toi, vous restez diner avec nous ce soir ? nous interrompt Luffy.

-Pourquoi pas ? Qu'est-ce qu'on mange ?

Je plisse les yeux, le mettant au défi de me donner envie de rester.

C'est vraiment un régal de voir Luffy comme ça : j'ai entendu qu'en début de semaine, il était pourtant incapable de faire quoi que ce soit d'autre que pleurer. Il a vite remonté la pente, c'est bien. Pas étonnant d'un gamin comme lui : sourire lui va si bien, il semble plein de vie ainsi.

-J'en sais rien !

Il a l'air catastrophé et je me retiens de rire. Il se tourne vers Rouge en espérant que celle-ci puisse lui répondre.

-Des gyozas.

Luffy fronce les sourcils. Je ne pense pas qu'il connaisse mais moi, j'adore.

-Hum, alors là c'est sûr, je reste !

Luffy, par pur mimétisme, lève les bras en signe de triomphe.

-Je n'ai pas encore vu Ace, je fais alors remarquer.

Rouge m'indique l'étage et je comprends qu'il est dans sa chambre. Peut-être travaille-t-il ses cours ? Lundi, il devra retourner au lycée pour quelques jours encore avant le passage du bac.

Je remercie Rouge et me dirige vers l'étage. J'entends ensuite pendant quelques secondes les voix de Hancock et Mihawk quand je passe à proximité de la cuisine mais je ne m'attarde pas et ça devient très vite des chuchotements que je suis incapable d'identifier. Je monte les escaliers en sautillant et tape à la porte de la chambre du brun. Mais comme d'habitude, je n'attends pas qu'on me donne l'autorisation et ce dans l'espoir fou de surprendre quelque chose de complètement fou justement. Je n'ai jamais vu quelque chose d'exceptionnel à part le dos de Sabo un jour où il se changeait mais il m'arrive régulièrement de tomber sur Cavendish qui se brosse les cheveux, ennuyeux au possible. Je ne désespère pas.

-Salut. Tu t'isoles ? je demande d'emblée.

Ace, assis sur son lit, ses cours éparpillés devant lui - comme je l'avais justement prédit - est surpris de me voir.

-Salut. Il vaut mieux si je veux pouvoir réviser. C'est aussi une manière de penser à autre chose qu'à l'enterrement qui approche.

-Juste.

Je rentre dans la chambre et referme la porte derrière moi. Je m'avance jusqu'au lit et après une hésitation, m'assois à ses côtés en faisant attention de ne pas écraser une feuille ou encore un compas.

-Toi non plus, ça ne t'emballe pas ?

-Pas vraiment. Ça me terrifie même, me confie-t-il.

Je ne dis rien, même si je suis assez étonné qu'Ace me parle. D'habitude, il faut toujours un peu le pousser pour qu'il crache le morceau.

-Je t'accorde que les enterrements, c'est assez lourd et pesant. En fait, c'est comme se recevoir une grosse claque et ressentir la douleur en continu qui augmente encore et encore.

-Oui… Enfin, je n'avais pas pensé à ça. C'est juste que j'ai l'impression que tout le monde va me juger, me dire que je suis un hypocrite... Toute le monde sait que mes rapports avec mon père étaient compliqués alors venir à son enterrement et m'apitoyer juste pour être sur son testament...

Il triture ses doigts et je comprends qu'il a surtout besoin d'être rassuré. C'est pour ça qu'il me parle.

-Personne ne pense ça, voyons. Il est normal que tu veuilles lui rendre hommage, lui dire au revoir. Et même si vos rapports étaient compliqués, tout le monde sait aussi à quel point ton père t'aimait.

-C'est ce qu'on n'arrête pas de me dire...

Il esquisse ensuite un sourire amer.

-Mais... je me demande si je mérite tout ça.

Il soupire et me regarde. Ses yeux noirs reflètent la douleur qu'il ressent.

-Je peux te poser une question ? souffle-t-il soudain.

-Bien sûr.

-Est-ce que tu as pleuré ?

-Pour Roger ? Depuis sa mort, tu veux dire ? je demande pour être sûr.

Il me confirme d'un hochement de tête.

-Bien sûr. Roger était bien plus qu'un patron pour moi et j'ai toujours été sensible sur ce genre de choses, dis-je dans un murmure, comme une confidence.

-Je n'arrive pas à pleurer, m'avoue-t-il alors.

-Qu'est-ce que tu racontes ? On m'a pourtant dit que tu étais dévasté le j-

-Oui mais depuis, rien. J'ai les larmes aux yeux, j'ai une grosse boule dans la gorge et je me sens ému, anéanti, mais c'est tout. Je n'arrive pas à pleurer.

Il me regarde, désespéré, et je me dis que ça dépasse mes fonctions.

-Pourquoi je ne pleure pas ?

C'est étrange, j'ai pourtant l'impression de l'entendre sangloter, de le voir crier sa douleur et sa tristesse à cet instant. Mais il a raison, aucune larme ne coule sur son visage. C'est fascinant et terrible en même temps.

Ace me fait de la peine. Alors que Luffy a l'air d'aller mieux, on dirait que pour lui, c'est tout l'inverse.

-Je ne sais pas, Ace. Peut-être que tu refuses tout simplement d'entendre, de comprendre qu'il ne reviendra pas ? Tu étais là, tu l'as vu mourir et je me doute combien ça a dû être une expérience traumatisante. Sans doute trop. Inconsciemment, tu essaies probablement d'occulter ça de ton esprit.

Je ne sais pas si ce que je dis l'aide. Je pense que tout ce qu'il veut, c'est se prouver qu'il est normal et pleurer la mort de son parent. Comme quelqu'un d'ordinaire, dévasté par la perte d'un être cher. J'ai l'impression que j'ai bien fait de venir...


Ce n'est pas un chapitre très joyeux mais en général cette histoire n'a rien de drôle et apaisante. Dur moment pour chaque personne de cette histoire.

A bientôt et merci de lire encore cette histoire.