Bonjour,

Titre : Once Upon A Time...

Auteur : Typone Lady

Disclaimer : L'univers de One Piece ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas : ils sont à Eiichiro Oda. Je les emprunte le temps d'une histoire.

Rated: M

Genre : Romance, Hurt/Comfort, Song-fic

Résumé : « Qu'est-ce que le bonheur ? » Je suis resté immobile devant ma copie sans savoir quoi répondre. Avant j'aurais répondu sans hésitation « t'avoir à mes côtés ». Maintenant je ne sais plus.

« Raconte-moi une histoire…une merveilleuse histoire comme on en voit si souvent dans les contes de fées. Laisse-moi imaginer encore un peu que nous aussi, nous avons le droit d'être heureux. »

Bêta correctrice : pommedapi

Note : Merci à ma bêta pommedapi pour ses précieux conseils et aussi pour avoir corrigé ce chapitre ;). Un grand merci aussi à ma p'tite sœur qui ma aider à écrire le résumé. ^^

Bonne lecture ;)


Once Upon a Time n'est pas une fiction à l'eau de rose.

C'est juste une histoire.

Leur histoire.

Parce que la vie n'est pas un conte de fées...

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Chapitre 35

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« Mon Dieu, donnez-moi la sérénité d'accepter les choses que je ne peux changer, le courage de changer les choses que je peux et la sagesse d'en connaître la différence.»

Reinhold Niebuhr (La prière de la sérénité)

Ace


Lundi 05 Juin 2018

Assis au fond de la classe et bien calé au fond de mon siège, je ne peux détacher mon regard de Rob Lucci. Depuis que j'ai eu cette conversation avec X-Drake au sujet de cette enflure, j'avoue que je n'arrête pas d'y penser. Moi qui justement pensais que notre très cher délégué de classe n'était pas seulement un petit tyran manipulateur, je n'aurais quand même pas imaginé que ça irait aussi loin.

Rob Lucci n'est donc pas un étudiant. C'est n'importe quoi quand j'y pense ! Et en même temps, qui pourrait le soupçonner ? C'est sans doute pour ça que X-Drake est venu me trouver : difficile de lâcher une bombe pareille aux premiers venus. Moi, ça fait longtemps que je ne suis plus dupe du jeu de Rob Lucci alors forcément, ça a aidé. Mais un membre du gouvernement ou quelqu'un qui s'en rapproche, c'est tellement énorme !

Qu'est ce qu'un mec comme ça s'amuse à faire au lycée ? C'est pour le moins étrange. Et quand je pense au gouvernement - assujetti aux Dragons Célestes - ça ne m'aide pas à penser du bien de Rob Lucci. De toute façon, son image est déjà tellement ternie pour moi. X-Drake pense que ça a un rapport avec Robin sans pour autant en être sûr. Il n'est pas vraiment rentré dans les détails mais il m'a informé de la conversation qu'il a entendu il y a quelques temps déjà et qui a tout déclenché. A la lumière de ce que Lucci lui a dit récemment, ça nous conforte dans cette idée. Sans pour autant savoir exactement ce que le groupe d'infiltrés lui veut, maintenant que leur supposée mission est accomplie, ils ne tarderont pas à partir. C'est vrai que l'année dernière, tout le monde a été surpris d'apprendre qu'une partie des terminales du club de foot restait une année de plus. J'ai l'impression qu'on sait enfin pourquoi.

Tout ça ne reste que des suppositions, évidemment. Mais peu importe si on a raison ou non au fond, mon ancienne professeure de français et d'histoire serait dans de sales draps et malheureusement, le temps presse. X-Drake ne doute pas une seule seconde de cette information et même si je me méfie de ce qui sort de la bouche de Rob Lucci, la "disparition" de ma prof et tous les éléments troubles qui entourent cet événement, comme son départ précipité, sont autant d'information qui m'empêchent de vraiment douter.

X-Drake m'a fait confiance en me parlant. Je suppose que tout comme cette histoire de drogue au Grey Terminal, il espère un miracle de ma part. Sauf que malheureusement, sur ce coup, je ne suis pas sûr de pouvoir de nouveau compter sur Marco, mon professeur de philosophie. Professeur qui me lance d'ailleurs un regard assez soupçonneux et qui me demande silencieusement de mieux suivre son cours. Je baisse la tête et essaye de me concentrer sur les notes que j'ai prises. Sans succès.

Cette histoire avec Rob Lucci est trop présente dans ma tête. Dans tous les cas, la solution Marco est impensable. Je n'oublie pas qu'il reste un simple professeur et je n'ai pas vraiment envie de le mêler à cette histoire. Il s'agit tout de même du gouvernement en face. Et puis, l'ancien président du club et moi ignorons encore ce qu'on compte faire à ce sujet.

Ça me prend définitivement trop la tête.

Cette histoire me rappelle ce qu'X-Drake et moi avons véçu avec Bluejam. On en avait pas mal bavé et j'espère que ce qui se passe ne laissera pas autant de séquelles. Même si à l'heure actuelle, je pense que prier pour qu'on s'en sorte est amplement suffisant. Et une fois encore, je retrouve en l'ancien président un partenaire attachant avec qui je forge jour après jour une grande complicité. Mais je ne cache pas que je me serais bien passé de cette galère !

Je me dis que forcément – peu importe la manière – ça finira par aller. J'ai cette stupide idée en tête que je suis avec X-Drake et que du coup, tout ira bien. Il m'a fait confiance et je sais que je peux compter sur lui. Rien de grave n'arrivera.

Je suis heureux de pouvoir de nouveau lui parler, qu'il me considère encore comme son ami. Je ne suis pas bête, je devine très bien pourquoi il a pris ses distances avec moi à son retour. Je l'ai très vite compris et c'est pour ça que je n'ai pas cherché à le voir. Si après avoir fait une chute vertigineuse et avoir été plongé dans un coma de plusieurs jours je me souviens encore des mots de Teach, il était sûr que ça allait également être son cas. Mon père était la cause de tout ça et si aujourd'hui je ne lui en veux pas autant qu'avant, je comprends très bien la colère probable d'X-Drake quand il est enfin rentré. Au moins, j'ai réalisé que ça avait été quelque chose sur laquelle mon père n'avait pas eu d'emprise. Mais X-Drake n'était pas obligé d'être aussi conciliant. Aujourd'hui encore, il aurait le droit de m'en vouloir.

Il s'est retrouvé mêlé à ça inutilement alors même qu'il est innocent.

Pourtant, il est revenu vers moi et ça me soulage tellement. Cette histoire d'Empereur et du lien qu'il y a entre Teach et mon père, on le laisse derrière nous. Comme avec Sabo, quoi. Je sais qu'il sait beaucoup de choses, notamment concernant mon père, mais c'est quelque chose dont je ne veux pas parler avec lui. Je veux laisser ça derrière moi. Il s'agit des histoires de mon père, pas des miennes.

J'observe encore pendant quelques secondes l'horrible tête de mon "camarade de classe" assis non loin de moi. Mais à force de le scruter, bien évidemment, il finit par sentir mon regard sur lui et se retourne. Habituellement, il aime me narguer, se moquer ouvertement de moi. Mais là, rien. Il a l'air assez sérieux et m'affronte clairement du regard. Peut-être qu'il a enfin décidé d'arrêter de jouer.

Plus tard, le cours se termine enfin. Marco ne manque pas mon soupir de soulagement d'ailleurs. Je lui souris pour m'excuser quand je passe à côté de lui pour sortir de la salle. Il faut dire qu'en ce moment, je n'ai pas non plus la tête à suivre des cours. Il ne s'agit pas que de cette histoire d'agent du gouvernement ou je ne sais quoi encore...

Aujourd'hui, c'est la lecture du testament de mon père. On va enfin connaître ses dernières volontés.

xXx

J'arrive le dernier dans le grand complexe qui regroupe les différents bureaux d'avocats d'une des branches de l'entreprise Gol. D corp. C'est un homme que je ne connais pas qui va lire le testament mais pas de surprise, je ne m'attendais pas forcément à ce que ce soit Shanks. Ça aurait été bizarre en fait.

J'embrasse ma mère venue spécialement pour l'occasion. Toutes les personnes citées dans le testament se doivent d'être là. Et ça se voit que mon père avait les moyens parce qu'on est nombreux - ou pas – pour ce testament. Ça doit dépendre de la perception de chacun.

La dernière femme de mon père est là : Hancock et Luffy sont habillés sobrement pour l'occasion. Je souris en imaginant le calvaire qu'a dû subir Hancock ou Luffy - ça dépend du point de vue - pour habiller le plus jeune. Son second et meilleur ami est également présent. J'ai rarement eu le temps de discuter avec Rayleigh mais je sais qu'il est grandement estimé par Shanks. Shanks qui discute justement avec son supérieur. Lui aussi a l'air moins terne qu'à l'enterrement.

On se salut tous et on se sourit histoire d'alléger l'atmosphère. Le pire est passé et il est temps d'aller de l'avant. Ce testament, c'est comme un premier pas d'une nouvelle vie.

Maître Charivy nous invite à entrer et il y a heureusement assez de chaises pour tout le monde. Je me sens assez gauche lorsque je prends place. Je me détends enfin un peu quand Luffy chuchote peu discrètement que la scène lui fait penser à un film ennuyeux qui se déroulerait dans un bureau avec un vieux monsieur faisant un long discours. L'avocat esquisse un sourire mais fait comme si de rien n'était. Il commence à lire le testament.

Quand Maître Charivy liste les biens de Roger avant de designer à qui il voulait que tout ça revienne, je me dis que mon père n'était finalement pas du genre à acquérir tout un tas de trucs. De choses personnelles, j'entends. Je suppose qu'il avait peu de temps pour lui, pour développer des loisirs. C'est vrai qu'il travaillait beaucoup mais je n'y ai jamais fait attention. Je repense avec nostalgie à ces moments de pêche à deux. Ces instants père et fils dont je pense, avec le recul, ne pas avoir assez profité.

J'essaie de ne pas me perdre dans mes pensées, de rester concentré. Je ne veux pas trop ressasser le passé. J'écoute alors avec sérieux le discours de l'avocat.

Il est question d'argent, bien entendu. De biens immobiliers ou de parts dans des entreprises. Luffy tient fermement son chapeau de paille comme s'il avait peur qu'on le lui reprenne. Je trouve l'image plutôt mignonne. Il a quelque chose de Roger à chérir.

Maitre Charivy parle alors de Hancock et l'instant a quelque chose d'assez solennel.

-A Hancock, sa tendre épouse, il lègue les parts de la maison que vous possédez ici à Dawn et également sa maison d'enfance à Loguetown. Il dit que vous saurez quoi en faire.

Pendant quelques secondes, la veuve de mon père semble troublée puis elle se reprend et acquiesce. Cette maison à Loguetown, on en avait parlé plutôt brièvement et indirectement. C'était quelques minutes seulement avant qu'il ne meure. Et dire que s'il ne m'avait pas parlé ce jour là, j'en aurais juste eu la révélation aujourd'hui à la lecture de son testament... C'est dans ces moments là que je regrette de ne pas avoir plus discuté avec lui, essayé de comprendre.

Ce qu'il voulait en faire, je n'en sais rien du tout. Mais Hancock elle, doit le savoir.

Maitre Charivy poursuit en expliquant que l'intégralité de la somme qu'ils ont sur le compte commun qu'ils ont ouvert à leur mariage lui est désormais pleinement dédiée.

-Que comptez- vous faire concernant Luffy ?

La question de l'avocat me rappelle que c'était Roger qui était le tuteur du chapeau de paille. Maintenant qu'il n'est plus, ça rend forcement la situation plus compliquée. Luffy a encore son père et son grand-père. Je n'ai jamais entendu parler d'une mère alors je suppose que normalement, la garde leur revient tout naturellement. Mais le père de Luffy l'avait confié à Roger pour une bonne raison, il ne pouvait apparament pas s'en occuper. Et je ne pense pas que la mort de mon père change quoi que ce soit à ses impératifs.

Le grand-père de Luffy était étrange et bien trop extrême à mon goût. Pas sûr que Luffy supporte plus que des vacances avec lui et je n'ai pas envie de le retrouver encore plus dérangé en plus.

Je me sens mal pour lui quand je comprends que les gens ne vont pas forcément se bousculer pour s'occuper de lui... Son avenir est incertain.

Je suis d'ailleurs pour ainsi dire un peu dans le même cas. Je vis toujours avec Hancock et Luffy mais à la base, je suis surtout venu pour mon père même si les choses ont beaucoup changé depuis. J'imagine mal Hancock me virer – elle pourrait comme la maison est entièrement à elle à partir d'aujourd'hui – même si je compte rester jusqu'aux résultats du bac avant de vadrouiller. Passer des vacances avec Sabo, retourner à Bateria et puis réfléchir sur ce que je veux faire ensuite.

Il faut tout de même que j'en parle avec elle au lieu de me faire mes plans tout seul. C'est aussi une discussion que je vais devoir avoir avec Luffy. Il faut qu'il sache que bientôt, je serai amené à partir. Mais pas avant de m'assurer que tout va bien pour mon petit frère.

Je l'observe et passe mon bras autour de son épaule pour lui signifier silencieusement que je suis là. Et comme les autres, j'attends la réponse d'Hancock.

Mais contre toute attente, c'est Luffy qui répond.

-Je reste avec Hancock ! déclare t-il.

Hancock sourit et échange un long regard bienveillant avec Luffy.

-Je compte faire une demande d'adoption pour pouvoir garder Luffy auprès de moi, approuve-t-elle.

-Très bien. Roger était sûr que c'est ce que vous feriez, murmure-t-il.

Hancock fronce les sourcils sous la révélation et moi aussi.

-Peut-être pourriez-vous rester un peu plus longtemps après ? Nous discuterons des procédures à engager.

-Moi aussi, je veux rester ! demande Luffy.

-Bien entendu, répond Hancock.

Luffy a l'air heureux à la perspective de rester avec la veuve de mon père et même si je ne comprends pas pourquoi, l'essentiel, c'est que ça lui va.

Maitre Charivy passe ensuite à ma mère et j'écoute avec attention, me demandant bien ce que Roger peut lui léguer. Même si je sais qu'ils se sont éperduement aimés et que je suis né de cette union – j'évite d'y penser – et que quoi qu'il arrive, ma mère a toujours eu une place importante dans sa vie, je ne peux m'empêcher de me dire qu'au fond, ils ne sont pas restés très longtemps ensemble, pas vraiment comme je l'entends du moins. Ça fait quoi ? Au moins 12 voire 13 ans qu'ils ne sont plus ensemble sachant qu'en plus, ils ne se sont jamais mariés.

J'ai souvent critiqué mon père pour la manière dont il nous a traités, ma mère et moi. J'avais l'impression qu'il vivait sa vie en nous oubliant complètement. Maintenant, je sais que ce n'était pas vrai. Il pensait à nous, tout le temps. Moi, j'aurais simplement voulu qu'il l'exprime différemment, qu'il fasse taire mes peurs d'enfant.

-A Rouge, qui m'a pendant longtemps fait vibrer et voyager avec sa musique, je lui souhaite de continuer pendant longtemps dans la voie qu'elle a choisi. Je lui lègue les maigres parts que je possède dans le conservatoire affilié à Bateria. Les parts de Gol. D Roger dans cette école s'élève à 8%, précise l'avocat.

Ma mère a l'air gênée par ce cadeau et n'a pas l'air de savoir quoi dire. Maitre Charivy poursuit en lui confirmant qu'elle continuera à perçevoir la somme que mon père lui versait jusqu'à présent pour notre confort et nos besoins divers.

-Je suis désolé mais je vais devoir refuser, intervient-elle.

-Comment ? s'étonne l'avocat.

-J'en avais déjà parlé quelques fois avec Roger mais il avait toujours la mauvaise habitude de me sourire et de reporter à plus tard cette conversation. Je ne souhaite plus toucher cet argent. Il en a assez fait comme ça pour moi, il n'est pas nécessaire d'en faire plus.

-Très bien.

Maitre Charivy le note sur son carnet et je suis étonné qu'il accède aussi facilement à la requête de ma mère. Si Shanks n'était pas aussi loin de moi, je lui poserais bien une question à ce sujet.

C'est ensuite au tour de Rayleigh et ça concerne principalement la direction de l'empire que Roger s'est créé. En somme, il lui fait confiance pour continuer le travail et donner à l'entreprise la direction qu'ils ont choisie ensemble. Il lui donne les pleins pouvoirs et je comprends seulement à cet instant à quel point ces deux là étaient proches et que mon père lui fait vraiment confiance.

Il a pensé à tout et je trouve cette réalisation tellement triste. Il s'attendait tant que ça à mourir ? Quand est-ce qu'il a pris le temps de faire tout ça d'ailleurs ? Il craignait donc que Teach arrive à ses fins… S'il savait à quel point c'était dangereux pour lui, il aurait dû demander de l'aide, trouver une protection adéquate.

Il aurait pu être là aujourd'hui. Et nous, on pourrait être ailleurs.

-Shanks.

L'avocat marque une pause et les deux collègues échangent un long regard.

La pièce est silencieuse. C'est marrant mais je n'ai jamais vu Shanks aussi sérieux. Maître Charivy aborde le sujet de l'entreprise et de sa direction. Malgré moi, je me mets à angoisser. Et puis enfin, il livre le souhait de mon père à ce sujet.

-Ace, m'interpelle Shanks plusieurs minutes plus tard alors que je termine de dire au revoir à ma mère.

La lecture du testament terminée, elle se doit de retourner du côté de Baterilla auprès de Satch, prête à reprendre le boulot dès demain matin.

-Qu'est-ce qu'il y a ? Tu fais une de ces têtes, je me moque.

Pourtant, le visage figé de Shanks m'indique que lui n'a pas forcément envie de rire.

-Je suis désolé... Je ne savais pas que Roger avait décidé ça...

-Toi à la direction du groupe ? Moi, ça ne m'étonne pas. J'espérais même qu'il suivrait ce schéma. Rayleigh qui assumerait l'intérim jusqu'à ce que tu sois prêt. Je me rends compte avec cette décision que mon père me connaissait plus que ce que je pensais.

-Alors ça ne te dérange vraiment pas ? Je ne veux pas que tu aies l'impression que je te vole ton héritage...

Je suis surpris par son commentaire. C'est vrai que je n'avais pas vu les choses comme ça mais peut-être que de l'exterieur, c'est de ça que ça a l'air. D'héritage, je ne pensais même pas en avoir il y a deux ans à peine. Avoir quelque chose de mon père, ça n'a pas d'importance pour moi. Pour être honnête, Luffy le mérite bien plus, même s'ils n'ont pas de liens de sang. Luffy est celui qui, tout du long, s'est conduit comme un fils. Quand je repense à la manière dont je me suis montré virulent avec mon père les semaines qui ont précédées sa mort, je m'en veux toujours autant. Je n'aurais pas pu exiger de lui quelque chose que je lui ai toujours refusé.

Mon père m'aimait, et c'est déjà tellement. Alors je suis soulagé de ce dénouement. Je n'aurais pas pu accepter de lui prendre son entreprise, ce pourquoi il a tant travaillé…. Je ne m'en sens pas la légitimité. Sans compter que la nature de son véritable travail ne m'attire pas du tout.

-T'inquiète, ça ne me dérange pas. Je veux de la tranquilité, sortir de tout ça.

Je souris en repensant à la fin de la lecture du testament.

-Et puis, j'ai eu le seul truc à lui que je désirais vraiment. Ces cannes à pêche, ça représente beaucoup pour moi.

Shanks sourit et je vois qu'il comprend.

Il n'y a pas de malaise, j'ai l'impression que tout le monde est satisfait de ce qu'il s'est passé aujourd'hui. Même si j'avoue ne pas trop savoir si Shanks est réellement content de ses nouvelles responsabilités. A moins que lui, contrairement à moi, ne saisisse pas encore le choix de mon père...

-Je suis heureux de voir que tu as l'air d'aller mieux, me dit-il.

Je vois tout de suite où il veut en venir et grimace.

-Tu tiens vraiment à me rappeler ma prestation pitoyable lors de la cérémonie d'adieu de mon père ?

Malgré moi, je rougis d'embarras.

-Il n'y a pas de quoi avoir honte. Au contraire même. Roger aurait aimé que tu exprimes plus souvent tes émotions, même de cette manière.

Il me sourit et ça a quelque chose d'encourageant. J'observe ma mère qui discute avec Rayleigh avant de reporter mon attention sur mon ami.

-Sans doute. C'est juste que j'étais complètement terrifé et j'arrivais à peine à comprendre ce qui se passait... La peur, le sentiment de ne rien pouvoir faire, je ne suis pas tout à fait à l'aise avec ça, dis-je, penaud.

-Tu n'étais peut-être pas encore prêt à lui dire au revoir ? tente t-il.

J'acquiesce, ne cherchant même pas à nier.

-En même temps, c'est assez comique parce qu'au final, depuis, j'arrive enfin à aller de l'avant... Tout s'est passé tellement vite et je n'arrivais pas à suivre. Là, ça va mieux. Et toi ? je lui demande et il semble surpris que je lui pose la question.

-Oui.

Mais je ne le sens pas vraiment sincère.

Mardi 06 Juin 2018

J'ignore les membres du Glee Club qui sont en train de parlementer pour un porté et vide presque d'une traite le fond de ma bouteille d'eau. On vient d'enchainer pratiquement une heure et demie d'entrainement et ils ont encore – étrangement – la force de se disputer. Même si eux appelle plutôt ça un débat animé. Au final, ça ne mènera quand même à rien.

C'est quelque chose qui ne se produira pas alors qu'on me laisse en dehors de ça. D'ailleurs, nos deux chorégraphes se contentent d'écouter la conversation sans participer, au contraire de Brook qui se porte même volontaire pour faire Patrick Swayze. Il rêve éveillé si à son âge, il pense pouvoir soulever l'une des filles dans cette merveilleuse posture de danse ! J'ai mal au dos pour lui. Mais j'avoue que ce serait drôle.

Je m'étouffe à moitié avec ma dernière gorgée quand un fou rire me prend. Mes amis ne se précipitent pas pour m'aider : Stussy me lance tout de même un regard inquiet mais heureusement deux secondes plus tard, tout va bien.

-Bon, on s'y met ? je râle.

-On ne s'est pas encore déci-

-On ne va pas faire ça, je la coupe. C'est mort.

Perona fronce les sourcils et j'ai l'impression qu'avec ce regard, elle me promet mille et une souffrances.

-Je sais déjà que vous avez décidé de me coller cette corvée mais je n'ai pas envie de le faire.

-T'es chiant...

Je vois au regard de tout le monde, même de Shirahoshi et de Dellinger, qu'ils sont tous très déçus. Mais je m'en fiche. Depuis le temps, je suis imunisé contre ces regards qu'ils me lancent en rafale.

-Ace a raison. Le temps dont nous disposons est trop court pour intégrer ce porté là dans la chorégraphie, se désole Ivankov.

Je souris intérieurement.

Brook tape dans ses mains et je comprends qu'il nous demande de nous replacer pour continuer la répète. On se met en place et j'étire ma nuque pour me préparer à la performance. La danse n'a rien de facile.

Les notes s'élèvent et Dellinger, avec sa voix magnifique toute en émotions, chante le premier couplet. Le reste du groupe se met alors à chanter en décalé, une tonalité plus basse, et plus doucement aussi pour ne pas donner un aspect cacophonique à cette prestation.

(I've Had) The Time Of My Life
(J'ai) Toute une vie

Now I've had the time of my life
Maintenant, j'ai eu toute une vie
No I never felt like this before
Non je ne me suis jamais senti comme ça avant
Yes I swear it's the truth
Oui je le jure c'est la vérité
And I owe it all to you
Et je te dois tout cela
'Cause I've had the time of my life
Parce que j'ai eu toute une vie
And I owe it all to you
Et je te dois tout ça

Aby et Stussy chantent ensemble et enfin, elles n'ont plus peur de faire entendre leurs voix. On se déplace autour d'elles en faisant des petit pas répétés tant de fois.

I've been waiting for so long
J'ai attendu si longtemps
Now I've finally found someone
Maintenant j'ai enfin trouvé quelqu'un
To stand by me
Pour être à mes côtés
We saw the writing on the wall
Nous avons vu ce qui était prédit
As we felt this magical
Alors que nous ressentions la magie
Fantasy
De ce rêve

On chante alors tous ensemble alors que Dellinger appuie nos fins de phrases. Je souris, reconnaissant que je m'amuse toujours avec le Glee Club.

Dellinger chante bien, c'est indéniable. Et contrairement à Shirahoshi, il a une vraie prestance. On dirait qu'il peut tout faire. Ce n'est pas étonnant qu'il ait souvent été meneur ou soliste. Ne pas utiliser pleinement son talent ni le mettre en avant aurait été du gâchis.

Now with passion in our eyes
Maintenant avec la passion dans nos yeux
There's no way we could disguise it
Il n'y a pas moyen de le cacher
Secretly
Secrètement
So we take each other's hand
Alors on se prend chacun la main
'Cause we seem to understand
Parce que nous semblons comprendre
The urgency just remember
L'urgence de se souvenir

You're the one thing
Tu es la seule chose
I can't get enough of
Dont je ne suis jamais rassasié
So I'll tell you something
Alors je vais te dire quelque chose
This could be love because
Ce pourrait être l'amour parce que

(Chorus)
(Refrain)

Nous formons deux groupes et chantons une phrase après l'autre. La chorégraphie s'intensifie et je me concentre tout en faisant attention à la justesse de ma voix. Nous reproduisons pendant quelques secondes les pas de danse du clip. C'est un peu le moment fort de la chanson. Pas question de perdre cette année.

I've had the time of my life
J'ai eu toute une vie
No I never felt like this before
Non je ne me suis jamais senti comme ça avant
Yes I swear it's the truth
Oui je le jure c'est la vérité
And I owe it all to you
Et je te dois tout cela
'Cause I've had the time of my life
Parce que j'ai eu toute une vie
And I owe it all to you
Et je te dois tout ça

And i searched through every open door
Et j'ai cherché à travers toutes les portes ouvertes
Till i found the truth
Jusqu'à ce que j'ai trouvé la vérité
And i owe it all to you.
Et je te dois tout ça

With my body and soul
Avec mon corps et mon âme
I want you more than you'll ever know
Je te veux plus que tu ne le sauras jamais
So we'll just let it go
Alors nous laisserons aller
Don't be afraid to lose control
N'aurons pas peur de perdre le contrôle
Yes I know what's on your mind
Oui je sais ce que tu as en tête
When you say : Stay with me tonight
Quand tu me dis : Reste avec moi ce soir
Just remember
Rappelle-toi juste

You're the one thing
Tu es la seule chose
I can't get enough of
Dont je ne suis jamais rassasié
So I'll tell you something
Alors je vais te dire quelque chose
This could be love because
Ce pourrait être l'amour parce que

(Chorus)
(Refrain)

La musique s'arrête enfin et je reprends difficilement ma respiration. Heureusement que c'est notre final, je me vois mal enchainer quoi que ce soit après avoir sacrifié tant d'air de mes poumons !

J'ai à peine le temps de me redresser que je sens Shirahoshi me sauter dessus et refermer ses bras autour de moi. Bientôt, tout le monde me colle et j'entends Aby et Margaret rigoler. Je souris alors, content. Surtout quand je vois le visage de Dellinger coincé contre la poitrine de Shirahoshi : il est plus petit que tout le monde alors forcément, il n'est pas toujours à la bonne hauteur.

Il a l'air de s'en foutre : les yeux fermés, il profite de l'euphorie qui nous gagne tous.

Le concours aura lieu à la fin du mois. Il reverra alors pour la première fois – j'espère – Doflamingo et son ancienne école. J'espère que ça ira pour lui...

Jeudi 08 Juin 2018

Je me dépêche de monter dans le métro et suis soulagé de voir des places de libre. J'espère ne pas faire d'erreur mais je me suis finalement décidé à parler à Shanks de cette histoire très perturbante concernant Nico Robin. Pour moi, c'est certainement la meilleure personne à qui confier ça.

Shanks travaillait pour mon père, un Empereur, et je ne peux pas imaginer qu'il ne soit pas mêlé à cette histoire d'une manière ou d'une autre. Et puis, il fait partie des rares adultes de mon entourage à qui je me vois raconter ce genre de truc.

Même si X-Drake ne l'a pas clairement dit, je pense que l'identité de mon père est aussi une des raisons qui l'a poussé à venir me voir. Il connaît le système des Trois Grandes Puissances et après la débâcle qu'a été notre camping et ce qu'il s'est passé avec Teach, il n'a pas été compliqué pour lui d'additionner deux et deux.

D'ailleurs, quand je lui ai envoyé un message pour le tenir au courant de ce que j'allais faire, il m'a simplement répondu qu'il comprenait mon choix.

Quand j'y pense, je n'arrive pas à croire qu'X-Drake et moi prenons autant de risques pour un professeur. C'est sûr que personnellement, je me vois mal faire comme si de rien n'était alors que je sais que quelqu'un souffre. Mais il faut aussi dire que la perspective de faire du mal à Rob Lucci, peu importe la manière, est une opportunité à ne pas manquer.

Encore faut-il que ce soit possible. J'attends tranquillement mon arrêt et observe d'un œil distrait le paysage et les différents passagers du métro. Je manque alors de m'étouffer avec ma salive quand je vois Persona et Owen - le mec du club d'athlétisme - monter. J'ai le réflexe stupide de me tasser derrière la femme assise à coté de moi pour me cacher et essaye de les observer le plus discrètement possible. J'ai la nette impression que si Persona me voit, elle se comportera autrement et j'ai juste trop envie de la voir agir avec timidité et maladresse. Elle peut dire ce qu'elle veut, ça ne fait de doute pour personne qu'elle craque pour Owen et que quelque chose va se passer.

Comme il n'y a plus de place de libre, le couple - ou ce que je vois comme tel - reste debout près des portes. Persona a bien l'air embêté avec sa robe, ou plutôt les autres passagers ne sont pas forcément très à l'aise avec sa robe volumineuse. Certains la regardent même étrangement, d'autre se moquent plus ouvertement.

Ça me rappelle cette fois où avec les membres du Glee club, on avait été dans un café et un groupe de lycéens s'était foutu peu discrètement du look de notre amie. Ça m'avait quand même fait un petit choc à l'époque : j'avais pensé un peu bêtement que personne ne critiquait la manière particulière qu'elle avait de s'habiller. Persona avait fait la fière mais c'était quand même bien la première fois que je la voyais bouleversée.

Pourtant, là aussi les gens se moquent d'elle mais elle n'a pas l'air de le remarquer ou alors, elle s'en tape, tout simplement. Avec Owen qui la regarde, les yeux pétillants, je comprends qu'elle doit bien se ficher de l'avis d'inconnus trop coincés.

Plus je les observe, et plus je les trouve mignons. Ils me rappellent Sabo et moi à nos débuts. C'est clair qu'on avait moins de problèmes que maintenant. On se disputait aussi beaucoup moins... Mais une chose est sûre, c'est que je l'aime encore plus. Je ne savais pas trop où j'allais en lui confessant mes sentiments, j'étais mort de peur et c'est juste un miracle si j'ai réussi à parfaitement jouer de la guitare malgré mes mains tremblantes. On en a accompli du chemin et je n'ai pas envie que ça s'arrête. Jamais. Je leur souhaite le même bonheur.

Perona et Owen descendent deux arrêts avant moi sans jamais me voir. Pourtant, il est sûr que dès demain, j'embêterai la chanteuse avec ça. Et qu'elle ne se plaigne pas : au moins, je n'ai pas interrompu son rendez-vous.

xXx

Plusieurs minutes plus tard, je suis enfin au loft et c'est Cavendish qui m'ouvre. Il est habillé d'un joli kimono assez fin ouvert sur une partie de son torse. J'admire les motifs du tissu. Pour apprécier la culture japonaise, je sais reconnaître tout ce qui s'y rattache et qui en plus est beau. J'avoue regarder aussi un peu Cavendish qui, en tant que mannequin, est vraiment très beau. Étrangement, je ne me sens pas forcément mal alors que la première fois que j'avais reluqué quelqu'un d'autre que Sabo, je m'étais senti hyper coupable. Comme un traître.

Mais là, ça va !

-Salut, j'adore ton kimono, dis-je.

Cavendish n'a ni l'air surpris ni enchanté par le compliment. Pour lui, ça va certainement de soi !

-Je pose pour un créateur qui veut lancer sa marque de vêtements s'inspirant principalement de la mode japonaise à East Blue. Je peux t'en avoir un si tu veux ?

Pendant quelques secondes, je m'imagine vêtu comme le mannequin et grimace, n'étant pas sûr que ça m'aille vraiment...

-Je verrais, je réponds. Shanks est là ?

Il sourit et s'écarte pour me laisser entrer. Je prends donc ça pour un oui.

Cavendish ne dit rien de plus et je me fais la réflexion que je l'ai déjà connu plus bavard. Sans un mot, il s'éloigne et monte pour aller prévenir Shanks de ma présence. Je prie pour que Sabo ne soit pas dans les parages. Je connais bien mon petit-ami et nul doute que s'il entend ce que j'ai à dire, il fera tout pour aider Nico Robin. Le laisser en dehors de cette histoire est donc très important pour moi. Encore faut-il que j'y arrive...

Quelques secondes plus tard, Cavendish réapparait devant les escaliers et me fait signe de monter. J'y cours presque et manque de lui rentrer dedans à mi-chemin alors que lui descend. Il me lance un regard peu amène et je rougis d'embarras avant de m'excuser en rigolant. Une fois en haut, je vois que Shanks m'attend déjà. Il me sourit, heureux de me voir. Je le suis également. Il posa sa main valide sur mon épaule et m'invite à entrer dans sa chambre. Ça me fait tout drôle parce qu'il me semble que je ne suis jamais venu jusqu'ici.

J'ai l'impression étrange d'entrer dans un endroit interdit. L'univers de Shanks.

-Il parait que tu veux me voir, commence-t-il.

-Oui, il faut que je te parle d'un sujet assez important, dis-je.

Il s'assoit sur son lit, hausse un sourcil plutôt curieux, et m'invite à prendre place à ses côtés. Je refuse, me sentant plus à l'aise debout. Surtout que je ne sais pas encore comment va réagir le roux.

-Je ne sais pas comment te dire ça, c'est quelque chose d'assez perturbant et j'avoue ne pas savoir si je fais le bon choix ou non en te tenant au courant...

-Est-ce que c'est grave ? s'inquiète-t-il.

-Assez oui...

C'est vrai que ce n'est pas quelque chose d'anodin et j'ai l'impression d'en prendre pleinement conscience seulement maintenant. C'est dangereux, on parle tout de même du gouvernement ou de je ne sais quoi encore ! Est-ce que je suis vraiment prêt à mettre la vie de Shanks en jeu ? Dans quoi je l'embarque ? X-Drake n'arrive pas forcément à réfléchir avec calme lorsque Rob Lucci entre en ligne de compte et c'est bien pour ça qu'il est venu me demander conseil, parce qu'il était perdu. Mais moi, qu'est-ce que je fais !?

Je ne sais pas... Je viens de perdre mon père et je ne suis pas sûr d'être prêt à mettre en danger quelqu'un à qui je tiens tout de suite.

Shanks finit par remarquer mon malaise et je me trouve bête à garder le silence.

-Je vois bien que ça te perturbe beaucoup mais tu n'as pas à t'inquièter. Tu sais bien que tu peux me parler, Ace, ça ne t'engage à rien. Et puis, je sais me taire même si ça n'a pas l'air évident quand on me regarde, plaisante-t-il.

Et ça marche. Shanks a toujours eu le don de me détendre, de trouver les mots avec moi.

-Je t'en parle parce que je sais ce que sont les Empereurs et parce que tu bossais avec mon père.

Il fronce les sourcils et je ne suis pas sûr que c'était la meilleure manière d'engager la conversation. Enfin bref.

-Vraiment ? s'étonne-t-il.

-Oui, c'est un monde que tu connais mieux que moi alors tes conseils seront forcément bons.

Je prends une grande inspiration : je me sens tellement nerveux !

-Ma prof de français et d'histoire, Nico Robin, a des emmerdes avec les Grandes Puissances. Enfin, plutôt avec le Gouvernement.

Shanks ouvre de grand yeux surpris et je m'empresse d'ajouter qu'elle est sûrement captive pour une raison que j'ignore.

-En fait, c'est à cause de Rob Lucci – cette enflure – qui est un gros menteur ! Il-

-Ace, me coupe Shanks un peu brutalement. Qu'est-ce que tu racontes ? Est-ce que tu es sûr de toi au moins ?

J'acquiece, prêt à lui donner tous les arguments possibles pour le convaincre mais il me stoppe une nouvelle fois.

-Je vais chercher Sabo, je pense qu'il vaut mieut qu'il entende ça.

-Quoi ? Mais pourquoi ?

-S'il s'agit de Nicco Robin, il est important qu'il soit là.

Je n'ai pas le temps d'ajouter quoi que ce soit qu'il passe à côté de moi pour sortir. La chambre de Sabo est juste à côté et j'entends Shanks frapper à la porte puis ouvrir. Je me sens alors très nerveux et regrette amèrement d'être venu. Pourquoi Shanks me fait ça ? Surtout que je ne comprends pas bien pourquoi mon copain doit à tout prix être là...

Je pense un peu stupidement à partir parce que je ne contrôle plus du tout la situation. Malheureusement, c'est à ce moment là que les deux colocataires reviennent. Sabo est alors tout content de me voir : il me sourit mais j'arrive à peine à le regarder.

-Je ne savais pas que tu étais là, tu aurais pu passer me voir quand même, boude-t-il.

Il est d'humeur joyeuse et a envie de plaisanter mais il voit très vite ma mine déconfite et sens que quelque chose ne va pas. Il s'adresse directement à Shanks, jugeant qu'il a plus de chance d'obtenir des réponses auprès du roux.

-Qu'est-ce qui se passe ?

Bien entendu, Shanks répond immédiatement.

-Il semblerait qu'il sache des choses sur Nico Robin et son " mystérieux départ ".

-Quoi !? Tu as des informations, comment c'est possible ?!

Il attend que je parle, Shanks aussi, mais j'ai décidé d'être muet. Mettre en danger Sabo, je ne peux même pas y penser ! Shanks soupire et je lui jette un regard noir. Je pensais pouvoir lui faire confiance, il venait de me l'assurer il y a quelques minutes à peine en plus !

-Pourquoi ça t'intéresse autant ? je lance alors à Sabo. Je comprends pas pourquoi il faut à tout prix que tu entendes ce que j'ai à dire.

Shanks grimace et coule un long regard en direction du blond. Sabo lui est pris au dépourvu. Encore des secrets ? Il voit pourtant quelque chose dans mon regard qui semble le décider car il est alors moins sur la défensive.

-Robin fait partie du même groupe que moi. L'Armée Révolutionaire. Son départ, ou sa disparition, date d'une réunion qui s'est mal terminée.

J'ouvre grand les yeux sous la surprise. La révélation que Sabo me fait plusieurs semaines plus tard a du mal à passer. Je le sens fébrile sous mes yeux inquisiteurs.

-Ne m'en veux pas, s'il te plait, glisse-t-il. J'ai eu tort mais j'avoue ne pas avoir trouvé le bon timing pour te raconter ça. Entre ta convalescence et la mort de ton père, je n'ai pas su comment te le dire... Et puis après, ce n'était plus une priorité.

Je pince les lèvres. Même si je comprends ce qu'il me dit, je ne peux pas non plus l'accepter aussi facilement. Shanks sort alors de son silence et se racle la gorge pour nous rappeler pourquoi on est là.

Je fixe pourtant encore Sabo, plein de détermination.

-N'oublie pas que tu m'as fait une promesse.

Il ne proteste pas. Tout ce qu'il veut, c'est aider cette prof. Il sait mes inquiètudes et j'espère ne pas me tromper en affirmant qu'il restera en dehors de toute cette histoire.

D'une certaine façon, j'en suis convaincu. Je me tourne alors vers Shanks – car c'est lui que je suis venu voir - et lui raconte enfin toute l'histoire.


« Il est difficile de dormir lorsque ton cœur est en guerre avec ton esprit.»

R.H. Sin

Shanks


Vendredi 09 Juin 2018

Runy-o arrête la voiture et je descends. Un endroit désert, un entrepot qui pue et qui, j'espère sincèrement, a connu de meilleur jour. Runy-o n'a pas l'air serein. Pas étonnant, il fait partie des hommes qui ont décidé de rester de l'autre côté et de venger Roger. Je ne sais pas pourquoi il est venu me chercher et encore moins pouquoi j'ai obtemperé. La curiosité sans doute.

La nouvelle de ma prochaine nomination a vite traversé toute la ville et tous les membres de notre unité le savent forcément. Même si je n'ai pas vu de gros changements, l'atmosphère autour de moi a changé. Je ne pense pas qu'il y ait de jaloux ni même de personnes opposées à ça. C'est juste que certains essayent de se faire remarquer. Avoir de bonnes relations avec celui qui prend la place de Roger – plus ou moins – est forcément une bonne chose.

-Pourquoi est-ce qu'on est là ?

-J'ai quelque chose à te montrer.

-OK.

Je le suis jusque dans l'entrepot en me bouchant le nez. L'odeur est infecte et je ne suis pourtant pas quelqu'un qui se plaint facilement et à tout va. C'est pour dire à quel point c'est insupportable ! Runy-o ne m'en tient pas rigueur et m'emmène dans une salle plutôt étonnnante. La première chose que je vois avant cette décoration horrible et l'humidité ambiante, c'est cet homme amaigri et diminué, à genoux et le corps entravé. Il a les cheveux longs et sales et je me demande bien pourquoi il est dans un tel état. Pourquoi les trois hommes présents l'ont mis dans cet état pour être plus exact.

-Qui est-ce ?

-Je suis médecin !

Je le fixe, intrigué, et il se met alors à tousser, fort. Très fort même. Je fronce les sourcils et pendant quelques secondes, je le vois limite agoniser. Il est maigre et a l'air de tenir droit par pur miracle.

-Doc Q, lance un des hommes présents.

-Il était dans la voiture qui a descendu Roger. Il dit que c'est un certain Laffitte qui a appuyé mais ça ne fait aucune différence pour nous. C'est un des hommes de Teach après tout.

Je regarde cet homme à mes pieds, sale et diminué, et le trouve pitoyable. Alors c'est ça qui a mis fin à la vie de Roger ?

-Les aveux obtenus sous la torture n'ont aucune valeur, dis-je.

- C'est toi qui le dis.

Mes trois camarades sont sûrs d'eux et je pense que parlementer avec eux est inutile.

-Et ensuite ? je demande.

L'homme derrière moi sort une arme. Une excécution. Je capte le regard de ce Doc Q. Sa lèvre enflée laisse s'écouler un mince filet de sang qui s'étire lentement en un sourire. Je croise son regard et je serre les poings.

-Vous voulez venger Roger... Pourquoi donc ? Il a eu ce qu'il méritait, crache-t-il avec difficulté.

Runy-o s'avance vers lui mais je le retiens. C'est de la pure provocation, inutile d'y céder bêtement. Je me saisis alors de l'arme qu'on me tend toujours et hésite. Moi aussi j'étais comme eux avant, je voulais plus que tout éliminer Teach et tous ses hommes. Mais Rayleigh m'a très vite fait comprendre que ce n'était pas la chose à faire. Que ce n'était pas rendre service à Roger, ni à sa mémoire. Et je sais qu'il a raison. Pourtant, ça ne m'empêche pas d'enlever le cran de sécurité et de viser. Je pourrais appuyer. J'ai d'ailleurs du mal à ne pas le faire. Ce serait si facile. Aucun témoin. Se débarrasser d'un minable ne me poserait pas de problème de conscience.

Dans mon métier, il est toujours très rageant de voir les pourris s'en sortir. Ne pas franchir la ligne est plus dur qu'on ne le pense.

Mais j'ai choisi une nouvelle vie, une nouvelle direction, alors je vide le chargeur à côté, touchant presque ce déchet et ayant pour seule victoire de voir la terreur sur son visage.

-Vous venger ne servira à rien. Roger est mort. Si vous l'estimez tant, agissez plutôt comme s'il pouvait encore juger chacune de vos actions et demandez vous si vous les assumeriez toujours autant.

Runy-o s'apprête à me couper mais d'un geste de la main, je lui intime le silence.

-Je sais que c'est dur. Mais nous n'avons pas le choix. Si on n'avance pas, on sera malheureusement laissé de côté, dis-je avec amertume. Je suis triste et je ne pense pas m'en remettre un jour mais j'ai décidé de m'en tenir à cette conduite et personne ne peut me juger.

Je leur souris parce que je ne veux pas me montrer trop dur avec eux. Dans un soupir, je quitte la pièce et pars attendre mon chauffeur dehors. Je les laisse décider seuls de ce qu'ils vont finalement faire.

Plusieurs minutes plus tard, je suis enfin rejoint par Runy-o. Il se laisse tomber à terre à côté de moi.

-Tu m'énerves.

-Merci.

Je ne demande pas ce qu'ils ont finalement décidé, le reste ne m'appartient plus à présent.

-Il ne nous a pas parlés que de Roger, tu sais.

-Tu devrais faire part de tes informations à Rayleigh, dis-je.

-Je le ferai mais j'ai pensé que ça t'intéresserait aussi.

Je le regarde, à présent curieux.

-Tu habites bien avec le fils d'Outlook ?

-Oui, il s'agit de Sabo. Quel est le rapport ?

-Eh bien, il semblerait que Teach, Doflamingo et Outlook aient formé une alliance.

Mes yeux s'ouvrent en grand sous le choc. Ce n'est pas une bonne nouvelle du tout.

-Bien entendu, Doc Q ne sait rien de plus et on le croit sur ce sujet là.

-Merde.

Samedi 10 Juin 2018

-Tu as pu parler avec les membres de l'Armée Révolutionnaire ? je demande à Sabo.

Il lève les yeux de ses cours pour me regarder. Depuis qu'Ace est venu pour nous – me – parler de cette enseignante, Mlle Nico Robin, Sabo et moi n'avons pas de nouveau abordé le sujet. Je dois dire que la présence constante de Cavendish, notre mannequin national, n'a pas aidé. Le but est d'être discret et je vois dans les yeux de Cavendish, dans ses regards, qu'il n'est pas dupe. Sans forcément savoir de quoi il retourne, mon narcissique colocataire est très bon pour interprêter les signaux.

Cavendish n'a jamais été d'accord avec les activités de Roger et le fait que j'en fasse partie. Roger n'étant plus, il a espéré sans pour autant me le dire que je me contente à present de mon métier d'avocat. Et seulement ça. S'il savait que je suis passé directement au sommet de l'organisation...

Notre amitié est comme ça. Prendre soin l'un de l'autre tout en restant en retrait. Je ne sais pas si je pourrais lui cacher encore longtemps ce qui se passe exactement mais ce que je peux lui dire par contre, c'est que ce n'est pas quelque chose qui nous concerne directement. Que je ne risque rien et que comme d'habitude, je veille sur sa royale personne.

Il ne faut pas qu'il s'inquiète de tout.

Il y a aussi de bons côtés à être hors la loi. D'avoir bossé avec un Empereur m'a beaucoup appris et m'a apporté tellement de joie et de satisfaction.

Je sais que c'est quelque chose que ressent également Sabo. Se tenir éloigné de l'AR, un endroit qui lui tient autant à coeur, ne doit pas être facile. Mais Ace ne se montrera pas clément et je doute que ce soit une bonne idée de discuter avec lui sur ce sujet. Il a en parti raison et Sabo le sait. Il ne peut pas lui en vouloir de s'inquièter, ce serait égoiste de sa part.

Rester en retrait pendant que l'Armée Révolutionnaire traite l'affaire est le mieux.

-Oui, me répond-il.

Il se mordille les lèvres et je devine la suite.

-Ils ne m'ont pas tout de suite cru ou plutôt, ils étaient obligés de s'informer de leur côté d'abord.

-C'est vrai que même si c'était très important, au final Ace n'a pas pu nous dire grand chose.

-Mouais. Déjà qu'il ne voulait pas parler...

Je souris en repensant à cette journée alors que Sabo grimace.

-N'y pensons plus, dis-je.

-Ça va être compliqué. Je n'arrête pas de me dire que je pourrais faire quelque chose mais non, je reste simplement là, à étudier des formules mathématiques sans savoir pourquoi ! se plaint-il.

Mon sourire s'agrandit. Bien entendu qu'il est frustré ! Sabo est facile à lire après tout.

-Je comprends et je dois t'avouer que je m'arracherais également les cheveux si j'étais à ta place. Mais il ne faut pas que tu oublies que s'il y a des choses que tu peux faire, pour d'autres tu seras complètement inutile et il vaut mieux laisser des personnes plus compétentes le faire.

Il esquisse un petit sourire et, loin d'être vexé, replonge le nez dans ses cours. Je le regarde soupirer, froncer les sourcils et faire de son mieux pour être prêt le jour J. Je pense à ce que j'ai appris hier. Bien entendu que j'en ai parlé à Rayleigh mais après ? Une part de moi se dit que Sabo aussi mérite de connaitre la vérité. Il s'agit, que je le veuille ou non, de son père.

-Sabo, est-ce que tu parles encore à ta famille ? je demande prudemment.

Sabo me regarde de nouveau et je vois à ses sourcils froncés qu'il ne s'attendait pas à cette question. Il secoue la tête sans hésiter.

-J'ai compris depuis longtemps que tout était perdu pour ma mère et mon père. Pour Stelly, c'était plus compliqué. Le croiser chaque jour à Marie-Joa n'est pas facile mais j'ai dû me résoudre à accepter la dure réalité. Il est le pantin d'Outlook. Alors que je croyais qu'il pourrait changer, qu'il avait compris que contrairement à notre père, j'étais là pour lui… Je ressens beaucoup de colère envers lui, envers moi même aussi. Je n'aime pas ce qu'il est devenu mais en même temps, si je veux être honnête, il a sans doute toujours été comme ça... A present, on s'ignore.

Il hausse les épaules comme pour dire "dommage" ou "tant pis".

Du coup, j'hésite encore plus à lui parler des sombres histoires de son père. Il a tourné la page et n'a pas l'air d'avoir envie de se replonger dedans. Pourtant, je sais qu'il aimerait savoir. Après tout, il déteste être tenu à l'écart. Et sachant déjà à quoi il est mêlé, savoir pourrait l'aider à être plus prudent à l'avenir.

-Il y a quelque chose que tu veux me demander ?

-Non. En fait, j'ai quelque chose à te dire.

-Au sujet de mon père, devine-t-il.

Il repousse ses affaires et je m'en veux presque de le déconcentrer autant.

-Est-ce que tu l'as vu ? il me demande.

-Non. Pourquoi ?

-Parce que c'est mon cas. C'était il y a plusieurs mois déjà. Je courrais et je suis tombé sur lui. Il m'a une fois de plus fait comprendre que je devais arrêter de lui faire honte. Quelques jours plus tard, il s'en est prit à Ace et depuis, je n'ai plus de nouvelle. Je ne me suis jamais trop attardé dessus mais ce n'est sans doute pas une bonne nouvelle...

Il me fixe de ses yeux perdus et je le sens lassé, fatigué de ne pas pouvoir être complètement tranquille.

-Je suis désolé de te dire ça, Sabo mais si ton père te laisse relativement de l'espace en ce moment, c'est bien parce qu'il est trop occupé à consolider son alliance avec Doflamingo et Teach. Ton père est malheureusement perdu et il va devenir dangereux pour toi d'avoir une quelconque interaction avec lui.

Pendant plusieurs secondes, il ne dit rien, son regard se perdant sur un des coussins du canapé.

-Il faut que tu fasses attention à ne plus rien à voir du tout avec lui et même avec ton frère.

-Je…

Il esquisse un sourire amer avant de secouer la tête.

-Ça ne m'étonne même pas... J'avais déjà compris avec l'AR que mon père magouillait quelque chose. Je n'arrive pas à m'inquiéter pour lui et encore moins à avoir pitié. Il semble simplement qu'il fasse partie de ces personnes qui doivent lourdement chuter pour comprendre que se tenir au bord d'un précipice est dangereux…

Je ne sais pas quoi lui dire d'autre mais de toute façon, Sabo n'a pas l'air d'avoir besoin d'être réconforté. Dans un soupir, il ramasse ses affaires et remonte dans sa chambre. Je doute qu'il continue vraiment à bosser.

Lundi 12 Juin 2018

-J'ai été voir Eden aujourd'hui.

Mihawk ne décroche pas ses yeux de son ordinateur. A croire que ce qu'il tape est plus intéressant que ce que je raconte. Il m'énerve vraiment quand il agit comme ça. J'ai déjà raconté n'importe quoi une fois, juste pour l'agacer, mais Mihawk me connait trop bien pour savoir quand je plaisante ou non.

J'ai l'impression qu'il reprend ses mauvaises habitudes. Son numéro d'amoureux transi n'aura pas duré longtemps !

Je fixe son dos, la seule chose qu'il m'offre. Je serre le coussin que j'ai entre les mains et étouffe avec regret le sentiment de déception que je ressens. Je détourne le regard et soupire. J'observe les draps froissés du lit. Je suis arrivé à l'improviste il y a environ une heure et sans rien dire, je me suis écroulé sur son lit, le défaisant complètement. Mihawk m'a demandé pourquoi j'étais là et n'a même pas pu se satisfaire de mon '' j'ai juste envie d'être avec toi". Quel ingrat.

Et me voilà à essayer d'attirer son attention. Et à parler tout seul…

-Il m'a parlé des prothèses. Ça m'a fait tellement bizarre que je l'ai laissé déverser son laius de médecin sans l'interrompre.

Mihawk arrête ses mouvements et se tourne lentement vers moi. On dirait que j'ai enfin attiré l'attention de mon cher brun taciturne.

-Une prothèse?

-Attends, c'est ça qui te fait régair ? Alors que la dernière fois que je t'ai dit qu'un vieux pervers m'avait tripoté le cul dans le metro, ta respiration n'a même pas acceléré ! je boude.

Mihawk hausse un sourcil à mon intention.

-Comme si j'allais croire un truc pareil.

Je serre les dents, tout de même un peu énervé. Surtout que ce n'était pas un mensonge.

-Qu'est-ce que le médecin t'a dit exactement au sujet de cette prothèse ?

Je lève les yeux au ciel mais le sérieux de Mihawk est un truc à ne pas négliger. Je repense à cette matinée compliquée que j'ai véçue et c'est pour ça que pendant quelques secondes, je me suis retrouvé démuni face au discours d'Eden. Un peu raté. Je vis depuis tellement longtemps avec un bras défaillant que j'en ai pris l'habitude. Pourtant, il est clair que je ne retrouverai jamais ma mobilité d'avant. Mon cas est assez particulier il faut dire. Quand les médecins sont optimistes, ils me disent que plus tard, avec beaucoup de suivi, il est possible que je retrouve des sensations dans mon membre. Je ne sais pas si je dois prendre la peine de les écouter étant donné que j'ai déjà fait le deuil de mon bras. Est-ce utile d'espérer inutilement ?

Mon bras pend inutilement au bout de mon épaule. Il ne m'est peut-être pas très utile mais c'est une partie de moi et ça me rassure qu'il soit là. Je sais bien qu'il n'est pas question de le couper, ce n'est pas de ça dont on a parlé. Pourtant, c'est encore quelque chose que j'ai du mal à envisager.

Le changement, de nouveau devoir m'adapter, faire face à ce que je suis à présent.

-Il m'a surtout parlé de puces et de je ne sais quoi. Je n'ai même plus le terme exact.

-Et qu'est-ce que tu as répondu ?

-Pas grand chose.

Il pince les lèvres et je me demande encore ce qu'il a.

-Tu ne pourrais pas t'investir un peu plus ? me fait-il sèchement remarquer.

-J'ai pris ses documents, c'est déjà bien.

Mihawk n'a pas l'air d'accord avec moi et je dois avouer que sa mine fermée m'exaspère. Je ne pense pas qu'il puisse se mettre à ma place, comprendre ce que je vis. J'aimerais qu'il garde ses critiques et commentaires pour lui, que ça parte ou non d'une bonne intention. Mihawk n'a jamais été doué pour encourager de toute façon.

Il me rejoint soudain sur le lit et quelques centimètres seulement nous séparent.

-On dirait que tu aurais aimé une autre réponse, j'ironise.

-Et ça t'étonne ?

On se regarde quelques secondes sans rien dire, comme si on se contenait. Mihawk et moi, on n'a jamais trop su comment se parler. Mais on tient l'un à l'autre et si on est si précautionneux dans nos choix de mots, c'est bien parce qu'on a peur de se blesser. Mais aujourd'hui, on dirait que mon copain a décidé de ne pas faire dans la langue de bois. Et cet échange qui s'engage se présente comme d'habitude : comme une énième confrontation, un face à face troublant.

-Hé bien, oui. J'ai encore le droit de faire ce que je veux à propos de ça. Arrête de regarder dans le rétroviseur, Mihawk, je réponds.

Il fronce les sourcils et sans que je m'y attende, sa main droite glisse sur la mienne. Je fixe ses doigts qui s'entrelaçent aux miens et comme à chaque fois, je ressens un pincement au coeur. Je ne sens pas grand chose. Ni sa peau contre la mienne ni sa chaleur. Tout ce que je peux faire, c'est regarder pour en avoir conscience.

-Peut-être, consent-il. Mais toi, tu ne regardes pas assez loin devant. Arrête de te bloquer et de te contenter de sourire même quand ça ne va pas. Tu ne trompes personne, Shanks.

-N'importe quoi…

Je lève les yeux au ciel et ce geste semble encore plus l'énerver.

-Tu ne te plains jamais, Shanks mais ça ne veux pas dire pour autant que tout va bien pour toi. J'aimerais que parfois, tu te confies à moi. Comme après la mort de Roger, lâche-t-il.

Je détourne le regard, soudain très las.

-Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? je souffle.

-Que tu prends tout ça au sérieux.

Je souris, malgré moi touché par le côté sentimental de Mihawk. Il s'approche de moi et monte complètement sur le lit avant de poser une jambe de chaque côté de mon corps. Il attrape mon visage et esquisse un discret sourire.

-Qu'est-ce qui te faire rire encore ? je bougonne.

-Toi, tout simplement.

-Ça ne me rassure pas vraiment.

-Pas de crainte à avoir.

Je passe ma main sur sa nuque et caresse doucement ses cheveux. Il se penche un peu plus vers moi et je sens son souffle. J'entrouvre les lèvres, avide de le gouter. Ma main descend sur son dos et je ne peux m'empêcher de continuer sur ses fesses. Il se rapproche de moi et j'accompagne son geste. Il finit enfin par m'embrasser et je souris contre ses lèvres. Je gémis quand je sens l'une de ses mains se poser directement sur mon sexe.

C'est rare que Mihawk soit si pressé.

-On dirait que mon corps t'a manqué.

-Tu l'as deviné tout seul ?

-Ne soit pas trop condescendant. Tout à l'heure quand je suis arrivé, tu me regardais à peine.

-Te donner trop d'importance serait une grossière erreur que je paierai immédiatement.

Je secoue la tête et bascule le kendoka sous moi.

Je le sens joueur et ça me donne envie. On enlève nos vêtements avec empressement et je dois avouer que je galère un peu. Mihawk me touche partout. Je n'y ai jamais fait attention mais il a toujours été très ouvert au sujet de mon handicap, il n'a jamais évité le sujet ou refuser de toucher mon bras gauche en se disant que ce n'était pas la peine. En fait, c'est moi qui lui répète à chaque fois que c'est inutile. Pourtant, ce n'est pas quelque chose que je n'aime pas.

Mihawk est rempli de contradictions. Je suis sûr que si à cet instant je lui parlais de s'affronter de nouveau, il m'enverrait à coup sûr balader. Mais je dois avouer que j'aime sa complexité.

-Touche-moi…

Je lui souffle à l'oreille avant de mordiller son lobe. Il sourit et alors qu'on s'embrasse encore, ses mains descendent sur mes fesses et me plaquent contre lui. Nus l'un contre l'autre, je ressens avec ardeur son corps, sa chaleur. Je bouge contre lui, trop excité pour pouvoir me contrôler et glisse mon pouce sur ses lèvres. Je m'éloigne quelques secondes pour le regarder et mon pouce s'enfonce dans sa bouche. Je sens sa langue. Mihawk joue des dents pendant quelques secondes avant de consentir à enfin le sucer. Ses lèvres roses et gourmandes m'offrent un délicieux spectacle. Je le regarde faire, hypnotisé par le mouvement. Je croise enfin son regard, ses magnifiques yeux m'hypnotisent.

Ce spectacle dure un petit moment avant que mon doigt ne ressorte dans un petit " ploc" mouillé. Ma main trace un chemin invisible sur son torse. J'écoute attentivement la respiration de Mihawk et les variations quand j'arrive enfin au niveau de son sexe. Je me redresse et me décale de sorte à avoir le visage juste devant la zone qui m'intéresse. Sans réfléchir, j'embrasse son aine et m'ennivre de son odeur avant de l'engloutir entièrement. Lentement, mes doigst se mettent alors à jouer avec son intimité avant que mon pouce ne le pénètre.

Avec Mihawk, le sexe a toujours été plus que l'union de deux corps, plus que simplement du plaisir. Il embrase aussi mon coeur. Si je pouvais, je l'honorerais tous les jours à raison de trois fois par jour mais Mihawk est loin d'être de cet avis. Je lui ai pourtant affirmé qu'il pouvait me laisser tout faire mais bien sûr, ça l'a encore plus énervé. Il ne comprend pas que je l'aime, que j'aime son corps et que je ne suis jamais rassasié.

J'aime ces moments avec lui. Mihawk me fait confiance, me laisse mener la danse et alors, je le possède enfin. Je soulève une de ses jambes et la pose sur mon épaule pour me pencher vers lui. Mihawk fronce les sourcils. Apparement, ce n'est pas des plus agréables pour lui. J'y vais doucement pour ne pas le brusquer et soulève légèrement ses hanches pour pouvoir m'enfoncer encore plus profondement. Je souris devant ses joues rouges et continue même quand il aggripe plutôt violement mes cheveux.

-Je te croyais plus souple que ça...

-La ferme.

Je l'embrasse et il me mord violement les lèvres. Je gémis de douleur et passe ma langue dessus. Au moins, je ne saigne pas.

-T'as intérêt à te retirer à temps.

-Promis.

Malgré mon énorme sourire et mon air plus que sérieux, mon kendoka n'a pas l'air du tout convaincu.

Tant pis. Jugeant qu'il a eu le temps de s'habituer, j'augmente la cadence de mes coups de rein et fronce les sourcils quand je le vois essayer de récupérer quelque chose dans le tiroir de sa table de chevet.

-Tu veux quoi ? je lui demande, un peu essouflé.

-Du lubrifiant.

Je m'arrête et prends le tube que Mihawk n'arrive pas à saisir. J'observe le brun allongé sous moi, transpirant d'excitation et les cheveux en bataille. Sa main droite couvre son visage et je la dégage doucement.

-Je t'ai fait mal ? Excuce-moi, je pensais avoir assez pris mon temps tout à l'heure...

Je m'en veux un peu. Mais c'est vrai que dans nos ébats, Mihawk ne tient pas souvent ce rôle là. J'aurais dû être plus précautionneux.

Je commence à me retirer mais il descend sa jambe dans mon dos et m'arrête.

-Passe-moi la bouteille.

Je la lui passe sans comprendre ce qu'il veut en faire. Mais dans tous les cas, qu'il se dépêche, c'est un enfer d'être à l'interieur de lui et de ne pas pouvoir bouger. Sa jambe me bloque encore en plus.

Il déverse alors une quantité importante sur ses doigts. Quelques gouttes tombent sur son torse et il frissone. Il croise mon regard et me fait signe d'approcher.

-Embrasse-moi.

Je ne me fais pas prier et l'embrasse avec beaucoup de passion. Je me penche encore plus pour être à l'aise et on gémit de concert alors que ma langue joue avec la sienne. Je sursaute ensuite quand je le sens introduire deux doigts en moi.

-Qu'est-ce que tu fais ? Qu'est-ce que c'est ?

C'est bizarre… Sans que je puisse trop me contrôler, je pousse mes fesses vers l'arrière, à la recherche d'un contact plus poussé. J'ai l'impression que le produit est brûlant, ou plutôt qu'il me donne étrangement chaud. Je ferme les yeux sous la vague de plaisir qui m'assaille et ne remarque pas tout de suite que j'ai commencé à bouger. Je ne peux rien faire d'autre que gémir à l'oreille de ce fourbe de Mihawk. Et dire que je voulais inverser les rôles, à croire que je n'arriverai jamais à le surprendre et qu'il me fera toujours perdre tous mes moyens !

Je redresse difficilement la tête et observe le tube que Mihawk a abandonné plus loin.

-Un aphrodisiaque ? je bredouille. Tu crois vraiment que j'ai besoin de ça ?

-Non. Mais pourquoi pas de temps en temps.

Je rigole et je sens Mihawk m'embrasser tendrement le front.

-Ne fais pas des trucs aussi mielleux sinon je vais être tenté de te dire que je t'aime.

-Fais-le.

Sa voix est forte et ferme. Il a quelque chose d'autoritaire, ça sonne comme un ordre et ça ne me gêne pas le moins du monde d'obéir.

-Je t'aime. Et j'ai besoin de jouir maintenant… !

J'éclate de rire et dépose un baiser sonore sur ses lèvres.

-Tu ne te confesses pas en retour ? je demande.

-Peut-être une autre fois.

Du Mihawk tout craché, j'adore !

Je me sens bien. Parfois, les choses sont si simples avec Mihawk et l'instant d'après, tout dérape. Mais je suis heureux. Je n'ai besoin de rien de plus quand je suis avec lui et j'aimerais qu'il le comprenne. Il ne le saisit pas encore mais je ne suis pas tourné vers le passé.

Il est hors de question pour moi de revivre ces instants où il était loin de moi.

xXx

-A quoi tu penses ?

Je gémis et me tourne vers Mihawk. Allongés dans le lit, presque blottis l'un contre et encore nus, je profite de ces instants où Mihawk est toujours tendre avec moi. Une de ses mains est posée sagement dans mon dos alors que l'autre caresse en un geste lent mes cheveux. J'ouvre les yeux et me sens fondre devant le visage attendri de mon homme.

-A toi, bien évidement. On vient de faire l'amour, encore heureux que je pense à toi et pas à un autre !

J'éclate de rire et passe mon bras autour de sa taille. J'ai un agréable frisson d'envie en le sentant si près de moi. J'arrive presque à sentir ses muscles, ses abdos bien dessinés et ses cuisses fermes collées aux miennes.

-Mince, je crois que ta fichue lotion fait encore affet, je grimace. Ça va s'arrêter quand exactement ?

-Tu n'en as plus pour très longtemps normalement.

Il sourit et je me demande s'il n'est pas juste en train de me raconter un gros bobard. Il faut toujours être extrêment vigilant quand Mihawk est de bonne humeur. D'ailleurs, sa main descend sur mes fesses et s'immisce avec délice entre elles tout en restant étrangement sage. Bien entendu, comme les effets sont encore là, je ne tarde pas à gémir pour quémander plus.

-Ne me fais pas languir...

Mais il enlève justement ses doigts. Je grogne et lui balance que je le déteste.

-Ça ne ferait que prolonger l'effet de la lotion, il se justifie.

-Ouais. La prochaine fois, demande moi mon avis. Peu importe que j'ai adoré, je veux être consentant à chaque instant. Surtout pour les nouveaux trucs comme ça. Je n'aime pas être surpris...

Mihawk s'arrête de bouger et se crispe. Je comprends alors qu'il n'a peut-être pas compris ce que je voulais dire et je tiens à le rassurer. C'est souvent moi qui initie tout contact et rapprochement avec lui. C'est tellement rare que ce soit lui que je me sens plutôt chanceux. Je ne veux certainement pas le vexer ou le braquer, il n'osera plus rien faire plus tard sinon.

-Ce que je veux dire, c'est qu'on peut le faire dans toutes les positions possibles et dans des endroits incongrus, aucun problème. J'ai même le fantasme assez torride de le faire alors que je sortirai à peine du sommeil. Sentir qu'on me touche et me réveiller petit à petit… Enfin, bref, j'écourte mon monologue devant le regard fatigué du brun. Quand je dis nouveau, ça veut dire un peu particulier alors prenons juste le temps d'en parler avant, de voir que l'autre n'est pas mal à l'aise avec ça. Cela dit, pour cette merveilleuse lotion, je suis d'accord pour m'en servir de nouveau. Il en reste tant, autant ne pas gâcher ! Mais je veux l'utiliser sur toi. Rien que d'y pe-

-Oui, j'ai compris l'idée. Et t'es tellement enthousiaste que ça me fait peur. J'hésite à m'en débarrasser.

-Je t'interdis même d'y penser !

Je fais la moue et Mihawk lève les yeux au ciel. Je décide donc de redevenir sérieux.

-Je t'ai parlé de ma journée mais au fait, toi, qu'est-ce que tu as fait ?

Je suis assez curieux pour m'intéresser à la manière dont Mihawk occupe ses journées. Comme il ne parle pas beaucoup de lui, c'est à moi de poser des questions. Je n'ai pas tellement d'autres choix pour en apprendre plus sur lui.

-J'ai été voir mes sœurs.

-Oh. Alors ça va vraiment mieux entre vous ?

Mihawk hausse les épaules. Il fait comme si ce n'était pas important mais je suis sûr qu'il est quand même content de ne plus être dans une pseudo guerre contre sa famille.

-Hancock m'a parlé de la lecture du testament.

-C'est vrai que je n'ai pas pris le temps d'en reparler avec elle. J'ai juste discuté un peu avec Ace et plus tard Luffy. Ça ne l'a pas trop perturbé ?

-Elle se pose beaucoup de questions.

-Pourquoi ? C'était la femme de Roger, elle est parfaitement légitime dans ses dr-

-Il ne s'agit pas de ça, Shanks.

Je fronce les sourcils, ne comprenant pas où il veut en venir.

Il soupire et me relache. Pendant quelques secondes, il reste silencieux et fixe étrangement le plafond de la chambre. Il finit ensuite par se redresser et s'asseoir. Il s'appuie contre la tête de lit et remonte le drap pour couvrir un tant soit peu son corps. Je fais de même, inquiet du soudain mutisme du brun.

-Elle se demande quand est-ce qu'il a pris le temps de prévoir tout ça. Il ne lui en avait jamais parlé en plus. J'ai compris en discutant avec elle qu'elle ne savait pas qu'il était malade.

-Tu ne lui as rien dit ? je demande avec empressement.

Il secoue la tête et soupire avec agacement.

-Mais elle a le droit de savoir, répond-il.

-Roger ne tenait pas à ce que ça se sache.

-Mais à quoi bon garder le secret main-

-Non, je ne dirai rien. Je respecterai sa volonté jusqu'au bout.

-C'est stupide. Hancock ne doit pas être la seule à s'être interrogée à ce sujet. Tu continueras donc à nier si on vient te poser des questions ? il me demande, complètement incrédule.

Je hausse les épaules. Ce n'est pas comme si j'y avais déjà réfléchi. De toute façon, je ne sais pas grand-chose à ce sujet non plus.

-Le fardeau que tu portes est déjà assez lourd comme ça. Je sais que tu n'en parles pas mais si tu crois que je ne vois pas combien tu es nerveux de devoir prendre un jour la place de Roger, tu te trompes.

-C'est normal. La tâche qui m'attend n'est pas simple et je veux bien faire. Je le respecte tellement, dis-je, soudain ému.

Je sens que je commence à perdre le contrôle de cette conversation. J'aimerais passer à autre chose mais connaissant Mihawk, il ne va pas lâcher. Surtout qu'il a été assez généreux ces derniers jours, il ne m'a pas questionné au sujet du testament alors que je sais qu'il en avait envie. D'ailleurs, que sa sœur lui en parle et pas moi n'a pas l'air de lui plaire. C'est juste que quand il s'agit de Roger, je suis toujours un peu pudique sur mes sentiments.

-Sans doute, soupire-t-il. Je sais que tu as peur de mal faire mais tu ne penses pas que maintenant, tu n'as plus rien à prouver ? Roger t'a choisi parce qu'il connaissait tes capacités, il avait confiance en toi. N'essaie pas d'en faire plus que nécessaire.

-Je ferai simplement de mon mieux.

Je soupire et pose ma tête sur son épaule.

Heureusement que Mihawk sait comment me parler, me cadrer, sinon je partirais certainement dans tous les sens.

-Tu devrais dire la vérité à Hancock et à ses fils, répète-t-il.

-Je ne dirais rien, dis-je, inflexible. Mais s'ils découvrent la vérité et me demande confirmation, je ne mentirais pas.

-Je suppose que c'est le mieux que je puisse obtenir...

-Evidemment. Je suis désolé, je ne peux pas trahir Roger.

Je souris et Mihawk me répond. Au fond, il n'est même pas surpris, il connait trop bien mon admiration pour l'homme qu'était Roger.

-Reconnais au moins que ce sera dur pour toi.

Il ne lache pas en plus !

-Oui, j'avoue. Mais tu seras là pour me soutenir et dans ce cas, il n'y a rien que je ne puisse faire.

Je le regarde et l'embrasse tendrement dans le cou.


Plus que 3. A Bientôt. ^^