Bonjour,

Titre : Once Upon A Time...

Auteur : Typone Lady

Disclaimer : L'univers de One Piece ainsi que ses personnages ne m'appartiennent pas : ils sont à Eiichiro Oda. Je les emprunte le temps d'une histoire.

Rated: M

Genre : Romance, Hurt/Comfort, Song-fic

Résumé : « Qu'est-ce que le bonheur ? » Je suis resté immobile devant ma copie sans savoir quoi répondre. Avant j'aurais répondu sans hésitation « t'avoir à mes côtés ». Maintenant je ne sais plus.

« Raconte-moi une histoire…une merveilleuse histoire comme on en voit si souvent dans les contes de fées. Laisse-moi imaginer encore un peu que nous aussi, nous avons le droit d'être heureux. »

Bêta correctrice : pommedapi

Note : Merci à ma bêta pommedapi pour ses précieux conseils et aussi pour avoir corrigé ce chapitre ;). Un grand merci aussi à ma p'tite sœur qui ma aider à écrire le résumé. ^^

Bonne lecture ;)


Once Upon a Time n'est pas une fiction à l'eau de rose.

C'est juste une histoire.

Leur histoire.

Parce que la vie n'est pas un conte de fées...

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Chapitre 36

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« Les deux choses les plus difficiles à dire sont bonjour pour la première fois et au revoir pour la dernière. »

Moira Rogers

Sabo


Mardi 13 Juin 2018

Si on m'avait demandé mon avis, j'aurais répondu qu'on est complètement fou de faire la fête une semaine à peine avant le bac. Mais personne ne l'a fait et je dois dire que c'est certainement pour le mieux. Je suis heureux d'être là et malgré que ce ne soit pas très sérieux, j'admets que c'est tout de même une bonne chose. Je ne peux penser autrement quand je vois à quel point Koala a l'air heureuse. Elle sourit tellement, et toute cette joie est communicative.

X-Drake a récemment passé son audition pour le concours d'entrée au Conservatoire de Bateria et il a été pris ! C'est réellement fantastique et on attend tous qu'il arrive pour nous donner les détails. J'étais tellement stressé pour lui et encore, à côté de Koala et du Glee Club, ce n'était rien du tout !

Ce soir, c'est lui la star !

Nous sommes dans un bar plutôt chic dont Koala a privatisé le deuxième étage. Ça me fait bizarre de me retrouver dans ce genre d'endroit, il faut dire que je n'ai plus vraiment l'habitude. Je fuyais les soirées mondaines quand mon père m'obligeait à y aller pour me montrer. J'étais obligé de le suivre et je ne me sentais pas à ma place, je ressentais avec encore plus de force ma solitude. Je faisais semblant d'être quelqu'un d'autre mais même ainsi, je n'arrivais pas à me faire accepter.

Même si ce bar a un côté chic, parfois bourgeois, je ne ressens pas de malaise comme à ces soirées, entouré de puissants. Le blanc prédomine dans la décoration mais ça n'en fait pas un endroit aseptisé. La musique moderne et entrainante nous met à l'aise.

Koala a vraiment tout donné. Elle veut bien faire, c'est certain. La fin d'année approche et j'ai entendu dire que la rentrée du conservatoire se faisait à la mi-août. Elle doit vouloir profiter de chaque instant qui leur reste.

Je pose le cocktail que je sirote sur la table dans le but de rejoindre ma meilleure amie et Ace s'en saisit aussitôt pour le boire avant de reprendre sa discussion avec Zoro et Dellinger. Je ne pense pas à protester. Depuis dix minutes, Ace se plaignait de son verre vide sans oser aller s'en rechercher un. Je vais essayer de le surveiller d'ailleurs, je ne veux pas qu'il boive plus que de raison. Il pourra toujours essayer de le cacher aux autres mais il est évident qu'il est triste et je ne veux pas qu'il noie sa peine dans la boisson.

Ça doit quand même lui faire un petit quelque chose de dire au revoir à son ami une nouvelle fois. Parce que c'est également un peu le cas. Maintenant qu'X-Drake a été accepté, il va bientôt devoir partir.

Comme nous ne sommes pas si nombreux que ça pour occuper tout cet étage, je repère très vite mon amie. Koala est accoudée à la rambarde et tout en scrutant l'entrée du bar, discute à voix basse avec Nami et Perona. Les autres sont déjà en bas pour danser, entrainés par une Margaret particulièrement en forme.

-Impatiente ?

Koala sursaute : la pauvre, je lui ai fait peur. Elle se tourne vers moi et je remarque aussitôt ses joues rouges. Je ne pense pas que ce soit à cause de la chaleur ou de son cœur qui s'est emballé à cause de la surprise. J'en viens à la conclusion qu'elle discutait d'un sujet particulier et en voyant Nami et Perona rire, je suis conforté par l'idée.

-Je n'ai rien entendu, je précise.

Koala est tellement gênée que son sentiment de malaise m'atteint lentement.

-Pressée de le voir ? je répète parce que je suis sûr qu'elle n'a pas entendu la première fois.

-On peut dire ça... Mais il ne devrait pas tarder, il vient de m'envoyer un message pour me le confirmer.

-C'est vraiment cool ce qui arrive à X-Drake. L'année dernière ça l'a détruit d'avoir raté sa chance. J'avais peur que ce soit encore le cas et qu'il se barre je ne sais où, souffle Perona.

-Eh bien pas moi ! affirme Nami. Il a déjà vécu l'expérience une fois, pour cette deuxième audition il savait quoi faire, il était plus expérimenté. Clairement, ce n'est pas son talent le problème alors une fois qu'il a rectifié tout ce qui ne va pas, plus de souci!

Nami sourit et réussit à détendre Koala.

-Et toi ? je finis par lui demander.

-Les deux cas de figure me faisaient peur...

-Pourquoi ?

Je fronce les sourcils, surpris par son aveu.

-A cause de la distance, comprend Nami.

-Je ne vois pas bien pourquoi. Même ici il est distant, s'interroge la chanteuse.

-Non.

Koala esquisse un sourire et je vois ses yeux briller de bonheur.

-Depuis ce qui lui est arrivé, il se montre plus affectueux envers moi, il me fait enfin sentir qu'il tient à nous. Alors même si je suis heureuse, j'avoue que j'ai peur qu'une nouvelle distance s'installe entre nous...

-Je suis sûr que ça ira.

Koala me regarde, se demandant bien ce qui me permet d'avoir tant d'assurance.

-X-Drake a réussi à s'ouvrir à toi et sachant ce qui l'attend là-bas, il est assez intelligent pour savoir qu'il sera crucial pour lui d'avoir ses proches pour le soutenir. De s'accorder des moments de plaisir en dehors du travail acharné qu'on lui demandera.

-Et puis, te connaissant, Koala, je ne pense pas que tu laisses passer le moindre oubli d'appel, d'anniversaire ou de saint valentin ! continue Nami.

On rigole et Koala ne dément pas.

Elle est exactement comme ça après tout !

Les filles continuent à discuter, reprenant la conversation là où elles l'avaient certainement abandonnée à mon arrivée et je les écoute silencieusement.

Elles parlent de leurs copains et je me sens vite de trop. Surtout que je les connais tous les trois. J'apprends d'ailleurs à cette occasion, entre une musique de Beyoncé et la dernière chanson à la mode, que Perona a enfin décidé de donner une chance à Owen.

-Et toi ? me demande-t-elle soudain.

-Quoi ?

Je n'ai pas entendu la question et heureusement, l'arrivée d'X-Drake m'exempt d'y répondre.

Shirahoshi, Sanji et Margaret sont avec lui et la présidente du Glee Club, dans ses bras, le félicite déjà.

Trop pressés de faire de même, on s'accorde pour un câlin groupé. Quelques minutes plus tard, on est tous assis et X-Drake nous raconte comment s'est déroulé le concours. On boit ses paroles et c'est très agréable d'être à l'écart sans être isolé, ça nous permet de profiter de l'instant.

Je repense aux mots de Koala un peu plus tôt. C'est vrai que le roux a l'air libéré, il sourit bien plus qu'avant.

La soirée se prolonge pendant un bon moment puis, fatigués, on finit par se séparer. Zoro, Ace et moi partons au même moment que les deux autres couples. Un des grands frères de Shirahoshi est venu chercher les membres du Glee Club pour les ramener.

-Je pense que j'ai trop bu, soupire soudain Ace.

-Je pense aussi.

-Mais bon, l'avantage, c'est que pour une fois mon père ne va pas me prendre la tête avec ça...

Un silence s'installe et Zoro et moi échangeons un regard gêné. Je ne sais pas quoi dire et il n'a pas l'air plus avancé que moi.

Ce soir, nous allons dormir tous les trois au loft. On est à peine à dix minutes de marche et à cette heure avancée de la nuit, il est agréable de se dire que bientôt, on sera enfin chez soi. J'ai proposé ça à Ace et à Zoro ce matin, et ils ont tout de suite accepté. Par contre, quand j'ai émis l'idée d'enchainer ensuite avec des révisions le lendemain, ils ont aussitôt voulu se rétracter, sans savoir comment faire. J'ai savouré l'instant, fier de moi. Ça n'avait rien d'un piège en plus !

Et même si Ace n'arrête pas de dire que c'est peine perdue pour lui, j'aimerais tout de même l'aider au maximum. Et Zoro devrait être fou de joie : de ce que j'ai vu, il y a des matières où il s'en tire à peine, il ne pourra pas compter seulement sur ses points forts. Je pense bosser avec eux la matinée jusqu'au repas et jeter ensuite encore un coup d'œil à mon code. Ma monitrice se montre plutôt optimiste sur mon niveau de conduite et espère me le faire passer à la fin du mois si une place se libère et que je continue mes progrès. J'aimerais tellement ! Même si je n'ai pas encore de voiture, je ferais tout pour m'en trouver une d'occasion potable et enfin voyager.

J'esquisse un sourire rêveur alors qu'on arrive enfin au loft. Je tape le code et la porte s'ouvre.

Ace baille et j'observe son visage frappé par la fatigue.

-T'as de la chance de vivre ici, soupire Zoro. Ça me donne envie, plaisante-t-il.

Je repense à son propre logement et souris. J'aurais sûrement été dans le même cas que lui si je n'avais pas eu la chance de connaitre Shanks, ou plutôt qu'il me propose si gentiment de m'aider. J'ai bien conscience que je paye un loyer vraiment très abordable et même si je suis obligé de travailler pour m'assurer une sécurité financière, je sais qu'autre part, avec un autre logement, ce serait encore plus compliqué.

-Je ne me plains pas. Mais Shanks déteste faire le ménage et cuisine souvent la même chose. Je ne sais pas si tu aimerais nettoyer tous ces mètres carrés, dis-je pour plaisanter.

Zoro fait semblant d'être repoussé par la perspective.

-Nous voilà enfin arrivés.

Je sors ma clé et ouvre le plus doucement possible la porte. Nous enlevons nos chaussures et alors qu'Ace va boire un verre d'eau dans la cuisine, j'aide Zoro à déplier le canapé, Shanks ou Cavendish ayant déjà sorti la literie. Je les en remercie : je me voyais mal fouiller partout pour récupérer le nécessaire. Ace revient et nous souhaitons une bonne nuit à Zoro avant de monter dans ma chambre. Ace passe alors dans la salle de bain et j'en profite pour fermer mes volets et prendre mon pyjama. Je range aussi tous les trucs inutiles qui trainent sur mon lit avant de prendre la place d'Ace dans la salle d'eau.

En revenant dans la chambre, je trouve Ace immobile devant le lit, les yeux ailleurs.

-Ace ?

Il sursaute et se tourne vivement vers moi. J'ai l'impression qu'il a les yeux qui brillent et alors que je m'apprête à l'interroger sur le sujet, il me passe à côté pour aller dans la salle de bain, encore. Je me mords les lèvres, perdu sur la conduite à tenir. Je remarque alors son sac ouvert, le ferme et le met dans un coin de la chambre. Je tire ensuite les rideaux et me mets au lit.

Ace n'a pratiquement rien dit depuis qu'on a quitté le bar. Il était pourtant bavard jusque-là. Bien sûr, tout le monde arrivait à voir à quel point il était triste du prochain départ de X-Drake, mais ça allait. Les deux amis ont discuté une bonne partie de la soirée et Ace a été souriant tout le long.

Mais peut-être que ça a à voir avec son père. Après tout, il l'a évoqué tout à l'heure.

Je ne suis sûr de rien alors j'attends simplement son retour pour espérer lui parler. Je me sens assez fatigué alors que j'avais l'impression d'être en pleine forme il y a une heure à peine. Quand Ace me rejoint dans le lit quelques minutes plus tard, j'ai bien du mal à garder les yeux ouverts. Il se blottit contre moi et je le sens prendre une grande inspiration. Ma main se promène jusqu'au milieu de son dos et j'essaie de par ce geste de l'apaiser un peu.

-Ace… Parle-moi. Est-ce que ça va ?

Il secoue la tête et soudain, il s'accroche à moi comme si ça vie en dépendait et éclate en sanglots. J'en reste stupéfait. Je sais qu'il souffre terriblement et l'entendre me fait affreusement mal au cœur. J'essaie de l'apaiser, de faire redescendre toute cette émotion en le câlinant et en lui montrant que je suis là. Mais rien n'y fait. Ses larmes coulent en continu sans que je ne puisse y changer quoi que ce soit.

Il est triste, tout simplement. Et malheureusement, je ne peux rien y changer. Ça me frustre autant que ça m'attriste.

Mercredi 13 Juin 2018

Ace vient tout juste de partir, il doit aller à son rendez-vous avec le docteur César. Quand il me l'a dit, ça m'a fait bizarre mais je me suis contenté de lui sourire. Après ce qu'il s'est passé cette nuit, parler avec son psy ne pourra que l'aider. Je manque malheureusement d'expérience et de force pour le soutenir. Se remettre de la mort de son père va lui prendre du temps et il ne faut pas que je commette l'erreur de penser que parce qu'il me sourit de nouveau, il va mieux.

Zoro est parti plus tôt encore. Le repas fini, lessivé par les trois heures de révision non stop, il a déclaré qu'il était temps pour lui de rentrer. J'ai trouvé ça dommage, surtout que je suis certain qu'il n'a rien de mieux à faire que de bosser avec moi. Bien entendu, je ne le lui ai pas dit : il se serait vexé à coup sûr.

Il est 15h et j'ai donc décidé – enfin – de bosser un minimum en vue de mon prochain examen de conduite. Je relis mon livre de code et essaie même de m'imaginer les différentes situations. Je finis par allumer mon ordinateur et regarde des vidéos explicatives. J'arrive à rester concentré jusqu'à presque 17h avant d'enfin arrêter et de m'accorder une pause bienvenue.

C'est fou ce que c'est calme au loft la journée. Cavendish travaille, tout comme Shanks, et je crois que je peux dire que je me sens un peu seul. J'aimerais prendre des nouvelles de l'AR, être avec eux même, mais il faut que je m'abstienne. Je ne sais pas comment ça se passe pour eux. Depuis l'assaut de la police, je n'ai revu personne après tout. Parfois, je me demande si elle a recommencé, si elle chasse sans répit les membres de l'Armée Révolutionnaire sans même que je ne le sache. Personne ne m'a rien dit et j'ai beau être inquiet, je ne me précipite pas pour autant. Si ça avait été le cas, on me l'aurait forcément dit. J'imagine mal qui que ce soit là-bas me mentir, même pour mon bien. A part Ivankov qui se montre souvent bien trop bavard, les autres sont plus discrets et me font clairement comprendre quand il vaut mieux pour moi rester en dehors. Pour mon bien ou parce qu'il est trop tôt. Quoi qu'il en soit, le mensonge n'a pas sa place dans l'organisation.

Il y a aussi le cas de Robin. L'AR veut agir bientôt parce que le temps presse mais ils ne sont pas encore sûrs de la manière dont opérer. Ivankov m'a informé que Robin était gardée au sein du QG de la Marine, rendant l'opération bien plus délicate.

J'ai peur pour eux et n'arrête pas d'imaginer le calvaire que vit sans doute ma prof. Je me demande bien pourquoi ils lui font subir tout ça... Quelque chose me dit que ça a à voir avec l'histoire d'Ohara et du siècle oublié. Elle m'en avait parlé de manière plutôt mystérieuse tout en me disant que le savoir était dangereux. Une sorte de mise en garde maintenant que j'y pense. Le gouvernement souhaite que cette histoire soit passée sous silence et certainement que Robin est un obstacle pour eux.

Mon esprit se perd aussi en souvenirs, à propos de Rob Lucci surtout. Je n'aurais jamais soupçonné son double jeu et je suis franchement content que l'année soit enfin finie. Je ne sais pas si j'aurais pu feindre l'ignorance en sa présence. Va-t-il venir passer ses examens maintenant que sa « mission » est terminée ? Il n'en a pas vraiment besoin, il est évident à présent qu'il n'a pas 18 ans. Mais s'absenter si soudainement éveillerait forcément la curiosité des autres. Surtout qu'il avait déjà raté son examen l'année précédente.

S'il vient, ce sera sans doute la dernière fois que je le verrais.

Je ne sais pas si cette constatation me rassure ou non.

Je me prends la tête dans les mains et décide de regarder un film, histoire de m'aérer l'esprit et d'arrêter de penser.

Vendredi 15 Juin 2018

Je sors de ma leçon de conduite plutôt satisfait. Je marche lentement jusqu'à l'arrêt du métro et n'ai qu'à patienter quelques minutes avant que celui-ci n'arrive. Il n'est pas encore 11h mais pourtant, il est si plein que j'ai du mal à rester debout sans entrer en contact avec n'importe qui.

J'ai envie d'aller voir Sanji même si je ne sais pas si on me laissera entrer dans la demeure des Vinsmoke. Mais je sais que je l'y trouverai, le chef Zeff lui a interdit de mettre les pieds au Baratie. Il veut que Sanji soit concentré au maximum pour son prochain examen et qu'il passe le temps qui lui reste à bosser, encore et encore.

Ça fait longtemps que je ne suis pas passé chez mon ami, notamment à cause de ses frères. D'ailleurs, nous n'avons pas non plus reparlé de sa situation et ne pas avoir de nouvelle ne me rassure pas vraiment. J'ai appris avec Sanji depuis longtemps que l'expression « pas de nouvelle, bonne nouvelle » était loin d'être exacte dans son cas. Surtout qu'à chaque fois que j'ai pris le temps de l'observer, je l'ai trouvé préoccupé. Ça n'a pas forcément à voir avec sa famille, mais je tiens à m'en assurer.

En sortant du centre-ville, la rame se vide et je peux enfin aller m'asseoir. Je profite des dernières minutes de trajet avant de descendre et fais le reste du trajet à pied. Je me sens assez nostalgique de revenir ici. Le parc où je venais régulièrement courir est aujourd'hui occupé par une bande d'amis qui joue au foot. Je les observe un instant avant de reprendre mon chemin. Bien trop vite, j'arrive devant la grande maison des Vinsmoke et la vision du groupe d'hommes habillés en costume noir me serre le ventre. Ça a quelque chose de terrifiant de se tenir là.

Je reste à distance, prends le temps de réfléchir à ce que je vais bien pouvoir dire sans pour autant trouver. Je finis alors par attirer le regard du groupe d'hommes et dans un soupir, avance. Il faut bien que j'y aille.

Pendant un instant, j'ai l'espoir futile de pouvoir leur passer à côté et de simplement sonner. J'imagine même qu'on m'ouvrira sans me poser de question mais mes espoirs sont tout de suite stoppés par le mur qu'on m'oppose.

Les cinq hommes me font face et ont l'air plus que sérieux derrière leurs lunettes noires.

-C'est pour quoi ?

-Je viens voir un ami.

Ils ne répondent pas et un silence s'installe. Je me sens mal à l'aise et pour une raison que j'ignore, je baragouine un « bonjour ». Bien entendu, personne ne me répond.

Mais après avoir échangé entre eux de longs regards que je n'ai pas réussis à comprendre, ils s'écartent et l'un d'eux m'ouvre le portail. Je me dépêche de m'engouffrer à l'intérieur avant qu'ils ne changent d'avis.

Je sonne à la porte d'entrer avec empressement. Sentir encore leurs regards dans mon dos me donne presque envie de me barrer en courant. Une femme m'ouvre et me salue poliment. Son plumeau m'indique qu'elle travaille en tant que femme de ménage. Je me présente et me fais la réflexion que ce n'était finalement pas si compliqué que ça.

-Je suis venu voir Sanji. Il est là ? j'ajoute en me faisant la réflexion que j'aurais l'air bête si finalement, il s'avère que j'ai fait tout ça pour rien.

-Bien sûr, il est dans sa chambre.

J'acquiesce et me retiens de dire que si Sanji est là, il ne peut être que dans sa chambre. Je ne m'attarde pas et monte les escaliers. Je ne réfléchis pas au fait de savoir si d'autres personnes sont là et à quel point c'est impoli de ne pas les saluer. Je me souviens encore de mon expérience pas très agréable avec les autres membres de la famille Vinsmoke dans le salon de cette maison...

Je toque à la porte de la chambre de mon ami et le silence qui me répond m'inquiète assez. Je réitère mon geste avant d'ouvrir en me disant que Sanji doit penser que c'est un de ses frères ou encore sa sœur. Et je sais que jamais il ne les autoriserait à rentrer dans sa chambre.

-Salut, dis-je timidement.

-Sabo ? s'étonne-t-il en m'apercevant.

-Ça te dirait de te balader un peu ?

Il acquiesce vivement et laisse tomber ses cours pour me suivre dehors. Nous respirons tous les deux bien mieux une fois à l'extérieur.

-Tu aurais dû m'envoyer un message, je ne savais pas du tout que tu venais.

-Désolé.

-Tu avais un truc à me dire ? s'inquiète-t-il.

-Oui et non, je voulais surtout te voir à vrai dire. Ça fait longtemps qu'on n'a pas passé un moment tout les deux, je constate. Comment ça se passe pour toi ?

-Eh bien, je dirais bien, mais je suppose que pour n'importe qui d'autre, ce serait loin d'être le cas.

Il hausse les épaules, l'air de dire qu'on n'y peut pas grand-chose.

On s'arrête près du parc et du terrain de foot. D'un commun accord, on prend place sur un des bancs. On ne suit pas avec ferveur le match mais on jette quelques coups d'œil curieux de temps en temps.

-C'est mieux qu'avant tu dirais ? je m'enquière.

-Oui, mais de toute façon, ça pouvait difficilement être pire.

Il soupire et je remarque qu'il n'a pas répondu à ma question, alors j'insiste.

-Depuis que Niji est parti, mes frères ont l'air de s'être émancipés, de s'être détachés de l'image de chef de clan dont s'était affabulé mon père. Ils ont mis du temps et je crois que c'est surtout ma sœur qui les a aidés à y voir plus clair en discutant avec eux.

-Et ton père ? Lui aussi ça lui a fait un choc pour Niji, non ? Pas forcément de la bonne manière étant donné qu'il l'a foutu dehors mais…il doit regretter son choix.

Je me tords les doigts, m'en voulant aussitôt de penser ça. Sanji m'a déjà rabâché des dizaines de fois quel horrible homme est son père. Je devrais arrêter de donner trop de crédit au père Vinsmoke. Sanji ne me le dit pas, mais peut-être que ça le blesse.

-Oui, et amèrement.

Il sourit mais son sourire est forcé. Il aimerait pouvoir se réjouir de ce qui arrive à son père mais il n'y arrive pas. A quoi bon de toute façon ? C'est certainement ce qu'il se dit. Je le comprends. Combien de fois ai-je souhaité que mon propre père se rende enfin compte de tout le mal qu'il me faisait ? Je voulais qu'il ait mal comme moi je souffrais, qu'il perde enfin ce à quoi il tenait et régentait sa vie à tel point que ses enfants n'étaient pour lui que des faire-valoir, des vitrines de son succès. Je l'ai souhaité pour finalement ne même pas en être capable le moment venu.

On se rend alors compte à ce moment là qu'à part de la pitié ou une froide indifférence, on n'est pas capable de ressentir quoi que ce soit d'autre.

-Pratiquement tous ses enfants se sont détournés de lui, il lui aura fallu au moins ça pour se rendre compte de tous les mauvais choix qu'il a faits... Il vit juste pitoyablement à présent et c'est Ichiji et Reiju qui s'occupent des affaires de la famille. Quant à moi, je me contente simplement de vivre ma vie comme je l'entends tout en me faisant le plus discret possible.

-C'est… Enfin, c'est plutôt encourageant dans ton cas. Même si... ça reste assez nul...

Je me sens vraiment perdu par rapport à la situation familiale de mon meilleur ami. Maintenant, je comprends mieux son commentaire du début. Difficile de savoir comment on doit se sentir après avoir entendu ça.

-Tu n'as pas pensé à essayer de renouer le dialogue avec tes frères ? C'est ce que tu as fait pour Niji et j'ai l'impression que ça t'a aidé, non ?

Il hausse les épaules et je comprends qu'il est encore indécis sur ce point. J'observe une des équipes fêter joyeusement leur premier but et décide alors de changer de sujet. Parler de quelque chose de beaucoup moins déprimant.

-J'ai parlé avec Koala hier, dis-je alors. Elle m'a dit qu'elle voulait suivre X-Drake à Bateria.

-Ah bon ? s'étonne-t-il.

-Oui même si rien n'est encore fait. Elle n'en a pas parlé à ses parents et encore moins à X-Drake.

-Je vois, souffle-t-il. Qu'est-ce que tu en penses ? me demande-t-il ensuite.

-Je ne sais pas trop. Je me sens étrange quand je me dis que je vais peut-être perdre ma meilleure amie, on se verra beaucoup moins et j'ai peur qu'une distance s'installe entre nous. Et puis…

Je m'arrête, me sentant honteux de penser ainsi.

-Tout abandonner derrière elle et suivre le garçon qu'elle aime, j'ai l'impression que ça ne lui ressemble pas...

-C'est vrai que Koala n'est pas du genre à sacrifier sa vie et encore moins ses rêves pour une histoire d'amour. Mais je présume qu'elle ne change pas de ville pour se contenter d'être plus proche d'X-Drake. Elle va poursuivre ses études là-bas, non ? Et une fois fini, ils vont revenir, termine-t-il.

A l'entendre, ça coule de source pour lui. J'aimerais en être aussi sûr.

-C'est vrai que j'ai aussi pensé à ça et puis je me suis dit que Koala ne devait pas voir ça comme un sacrifice. Elle me l'a expliqué d'ailleurs. Ici, elle a toujours vécu protégée et choyée par ses parents, elle n'a jamais pris de risque ni vécu d'aventure. Et cette histoire, sa relation avec X-Drake, sa vie à Bateria, c'est un truc nouveau qu'elle ne pourra pas contrôler et elle a envie d'essayer. De se prouver que même loin de nous, du cocon que représente sa famille, elle peut avoir la vie qu'elle veut.

-Du Koala tout craché, sourit Sanji.

Il me regarde alors et ne rate pas mon sourire triste.

-Mais tu n'arrives quand même pas à te réjouir !

Il me tape dans le dos, attendri par mon air abattu.

-Elle va me manquer, c'est tout. Mais j'espère malgré tout qu'elle y arrivera...

Je me penche vers mon ami et laisse ma tête se poser sur son épaule. On regarde la fin du match en silence. Sans pouvoir le contrôler, je sens petit à petit mes yeux se fermer. Je me réveille pourtant en sursaut quand Sanji bouge et je manque de tomber par terre. Sanji éclate de rire et je grogne de mécontentement. Après avoir trainé encore un peu dans le quartier, Sanji décide de rentrer. Maintenant que son père n'est plus aussi envahissant et autoritaire, il a de nouveau le droit de faire la cuisine. Et même si personne ne l'y oblige et qu'ils ont des employés pour ça, ça lui tient à cœur. Il ne peut plus pratiquer sa passion maintenant que les portes du Baratie lui sont momentanément fermées alors la cuisine de sa maison est le seul endroit où il peut exprimer son amour pour l'art culinaire.

Personne ne le sait chez lui hormis les employés et il s'arrange pour ne pas être vu mais chaque midi et chaque soir, sa famille mange avec appétit ses plats sans se douter une seule seconde que c'est Sanji qui est derrière tout ça. Lui ne dit rien, il sait ce que pense sa famille de sa volonté de devenir cuisinier et il préfère les laisser savourer sans rien dire, pour ne pas envenimer la situation.

-Comme il est déjà presque midi, je ne pense pas faire un truc trop long ni compliqué. Les autres seront là dans une heure tout au plus, soupire-t-il. Tu manges avec nous ?

Je sens l'espoir dans sa voix et déglutis avec difficulté. Comment lui expliquer que je ne suis pas sûr de pouvoir avaler quoi que ce soit en leur présence ?

-Je vais passer mon tour, désolé...

Il rigole mais n'a pas l'air d'être vexé.

-Je comprends.

On approche enfin de la demeure des Vinsmoke et les hommes que j'ai vus en arrivant sont toujours là. L'envie de demander à Sanji ce qu'ils font et qui ils sont exactement se fait sentir, pourtant je ne prononce pas un mot alors qu'on passe à côté d'eux.

-J'ai parlé à Nami, me dit brusquement mon ami.

Je le regarde, surpris, ne m'attendant pas du tout à cette conversation. On s'arrête en plein milieu de l'allée et je remarque qu'il a le regard fuyant.

-Comment ça s'est passé ?

-Bien. C'était compliqué mais j'ai tenu à ne rien lui taire... Elle m'a simplement serré très fort dans ses bras et m'a engueulé de lui avoir menti pendant si longtemps. Je n'ai même pas cherché à protester...

-J'imagine. Nami est toujours impressionnante quand elle se met en colère... Mais je présume que si elle a réagi comme ça, c'est surtout parce qu'elle était triste de se dire que tu as encaissé seul.

Il acquiesce.

-Je crois que j'ai trop longtemps sous-estimé son amour, avoue-t-il. Et je pense que maintenant, il serait préférable pour moi de ne plus rien lui cacher.

-C'est une bonne chose.

-Je compte la demander en mariage.

J'ouvre grand les yeux sous la surprise et me mets à bégayer sans parvenir à sortir une phrase correcte.

-C'est... inattendu, je finis par lâcher. Et en plus, tu me dis ça là, comme ça ! je grogne.

-Eh bien maintenant que mon père n'essaie plus de me marier de force, je suis enfin libre et tout ce que je veux, c'est l'épouser. Je réfléchis encore à tout un tas de choses comme le fait qu'elle puisse aussi dire non...

-Ce serait drôle, je laisse échapper.

Sanji grimace et me fait la morale sur un prétendu soutien que je suis sensé avoir en tant que meilleur ami.

Je le laisse ensuite rentrer chez lui avant de faire demi-tour, un énorme sourire aux lèvres. Je suis tellement heureux pour lui ! Même si rien n'est encore fait et que cette demande en mariage n'est qu'au stade de projet pour l'instant...

xXx

Je pense encore à la surprenante révélation alors que je fais la queue pour acheter un burger dans un des nombreux fast food du centre-ville. Je regarde avec attention le menu placardé en grand au-dessus du comptoir et commence à faire mon choix. Sanji me gronderait certainement s'il me voyait ici, il ne comprend pas le plaisir qu'on peut éprouver en mangeant « mal ». Et comme j'ai peur qu'il l'apprenne d'une manière ou d'une autre, je vais simplement prendre quelque chose à emporter et repartir au loft.

Dix minutes plus tard, je ressors avec mon sac en carton et me délecte de la chaleur que produit l'emballage. Après, il y a de fortes chances que ce soit froid une fois que je serais rentré mais ce n'est pas bien grave. Je me dépêche d'aller regarder les horaires du bus et grimace quand je vois que je viens juste d'en rater un et qu'il va me falloir patienter 12 minutes avant le prochain. A cette heure-ci, le métro est toujours bondé et j'avoue ne pas vouloir revivre l'expérience de tout à l'heure : j'ai peur que mon repas soit tout écrasé.

Prenant mon courage à deux mains, je décide de rentrer à pied. Malheureusement, je n'ai pas fait deux pas que j'entends Stelly m'appeler. Je me fige, clairement surpris. Je me retourne alors et on se fixe pendant quelques secondes avant que je ne me détourne et accélère le pas. Il faut que je parte. Je l'entends m'appeler une seconde fois et je sens mon cœur se serrer. J'ai l'impression de l'abandonner, de manquer à la promesse que je lui ai faite de ne jamais me détourner de lui. Que contrairement à Outlook, moi je serais là. Mais je me rappelle aussi des mises en garde de Shanks et du fait que peu importe mes efforts, Stelly n'a jamais voulu changer et que pour lui, Outlook est le modèle à suivre.

Moi, je suis le traitre qui a détruit notre famille.

J'entends des bruits de pas et je me demande si c'est lui qui me court après. Quelques secondes plus tard, je sens qu'on me saisit le bras et je m'arrête, l'affrontant du regard. Il ne dit rien, il est juste figé devant moi. Je pense que lui-même ne sait plus pourquoi il continue de faire semblant de rechercher mon contact.

Il m'observe et je fais de même sans trouver aucun changement chez lui. Stelly est juste de plus en plus arrogant mais ça, c'était prévisible et c'est quelque chose que j'ai pu voir très vite au lycée. Il est parfois seul mais je le vois de plus en plus entouré. Il a réussi malgré son sale caractère à se faire des amis et c'est presque un exploit. Je ne devrais peut-être pas mais je suis content pour lui. C'est quelque chose qui le chagrinait après tout.

Tout ce que je peux savoir sur lui à présent, j'ai pu l'apprendre en l'observant lorsqu'on se croise par hasard, dans la rue ou autre part. Mais je vais quitter le lycée et il est probable que je ne le revois plus jamais. Je ferais tout pour.

Je ne sais pas ce qu'il voit, ce qu'il espérait voir en fait, mais plus il me regarde et plus son visage se tord dans une grimace.

-Tu as l'air d'aller bien…

-Euh…oui.

Je me racle la gorge et me demande si je ne devrais tout simplement pas partir.

Stelly relève les yeux sur moi et j'y lis alors de la haine. C'est si violent que je recule d'un pas.

-Tu vis tranquillement ta vie alors qu'à cause de toi, tout va mal !

Il hausse le ton et on reçoit quelques regards curieux.

Je serre les dents et décide de ne pas répondre à cette énième provocation. Je fais un pas mais il me barre la route. Je serre finalement les poings, excédé par son attitude.

-Tu peux continuer de m'accuser de tout mais tu verras qu'un jour, cette stupide excuse ne marchera plus.

-Tais-toi ! A cause de toi, papa a des problèmes !

Je me fige, surpris que Stelly en sache autant. Pourtant, Outlook nous a toujours tenus éloignés de ses histoires. Ça va donc si mal que ça ? Je secoue la tête et essaie de me ressaisir. Shanks m'avait prévenu. Il s'est mis dans de beaux draps tout seul et va certainement en payer le prix tôt ou tard.

-Il les a créé tout seul ses problèmes.

-Ça ne te fait rien ?! s'étrangle-t-il.

J'hésite et puis finis par secouer la tête. Je suis horrifié de voir que je suis honnête. Il est temps que tout ça s'arrête et Outlook ne pourra comprendre ses erreurs que lorsqu'il sera ruiné.

Pourtant, ma réponse évidente ne satisfait pas mon petit frère qui, fou de rage, me pousse avant de me saisir par le col. Il éructe près de mon visage alors que les larmes manquent de déborder de ses yeux. Mais c'est bien la haine à mon égard que je ressens dans son regard. Il est complètement conditionné, sa souffrance l'a transformé. Je reste immobile, me prenant toutes ses émotions en plein visage et reste pétrifié devant ses accusations.

Puis je lâche soudainement mon sac quand je sens ses mains se resserrer sur mon cou. Je n'arrive pas à y croire… Il essaie de m'étrangler ?! Dans un réflexe, je saisis ses mains sans pour autant les écarter. Stelly ne peut pas faire ça. Il ne va pas le… faire ?

Une partie de moi doute. Une partie de moi veut savoir s'il serait prêt à me tuer pour satisfaire Outlook. Cet homme vaniteux qui a fait éclater notre famille en mille morceaux et dont il m'attribue injustement les torts.

Je ne peux pas y croire et parce que j'ai l'espoir qu'il ne le fera pas, je reste les mains suspendues, immobile, alors que j'ai du mal à respirer.

Et puis, enfin il me lâche. Je respire bruyamment et masse mon cou douloureux. Mes yeux me picotent et j'ai le cœur qui tambourine dans ma poitrine. J'observe, hagard, le corps de mon petit frère étendu par terre. Les gens s'approchent et, terrifié, Stelly s'enfuie en courant.

L'aurait-il vraiment fait ?

Une larme coule sur ma joue. Peu importe s'il serait allé au bout ou non. Il y a pensé, il a même essayé.

-Bordel, c'était quoi ça ?!

Je regarde Lark et me sens tout petit devant son regard énervé. Stelly ne s'est pas arrêté de lui-même, c'est mon jeune coéquipier de basket qui l'y a forcé. Je n'ai vraiment pas de chance de le croiser ici et qu'entre tous, ce soit lui qui intervienne. J'ai l'impression de me sentir minable devant ce gamin bien trop présomptueux…

-Merci.

Il m'a quand même aidé, sorti de mon état de léthargie, alors il faut au moins que je le remercie correctement.

Je ramasse mon sac en me demandant si je ne devrais pas le jeter tout simplement. Je le serre pourtant contre moi et fais demi-tour.

-Où est-ce que tu vas ?

-Je rentre chez moi, je réponds sans m'arrêter.

-Et qu'est-ce que tu compte faire pour ce qu'il vient de se passer ?

-Rien.

Il me court après, m'obligeant à m'arrêter à nouveau. Il me foudroie alors du regard et je détourne les yeux.

-C'est grave ce qu'il a fait ! Tu ne devrais pas lui chercher des excuses ni atténuer la gravité de ses actes juste parce que vous êtes frères !

-Ce n'est pas ce que je fais ! je m'énerve. Il n'était pas dans son état normal, c'est tout !

Et je ne risque pas d'à nouveau le croiser je pense sans pour autant le dire.

-Comme tu veux. Mais plus tard, tu le regretteras. Tu ne lui rends pas service en l'épargnant. Si tu ne l'aides pas à respecter les lignes rouges, qui le fera ?

Je ne réponds pas et me contente de lui lancer un regard noir. Il grogne et finit par me bousculer pour s'en aller, énervé.

-Très bien. Mais tu ne devrais pas sous-estimer la haine des gens.

Je me demande s'il parle de lui ou de Stelly. Bientôt, il disparaît de mon champ de vision et je ne pense qu'à vite rentrer chez moi. J'ai encore les mains qui tremblent.


« Lorsqu'il n'y a plus de mots, ne cherche ni à parler, ni à penser à autre chose. Le silence a sa propre éloquence. Parfois, plus précieuse que les paroles. »

Elisabeth Kübler-Ross

Ace


Dimanche 17 Juin 2018

Sabo me caresse les cheveux et j'aimerais tellement que cet instant dure toujours. Je me tourne vers lui et enlace sa taille. Son lit est si moelleux que je pourrais juste m'endormir comme ça. Mais je sens les spirales du cahier de mon petit-ami me tapoter la tête : je préférais quand il me caressait.

-Hum.

Je pousse un autre petit grognement et le serre encore plus fort, tout ça pour lui faire comprendre que j'aimerais bien dormir encore un peu. Et surtout que je ne suis pas du tout contre le fait qu'il me rejoigne pour une longue sieste...

-On doit continuer à bosser, Ace, soupire-t-il.

-Je pense pas que mon cerveau puisse ingérer la moindre autre information.

-Tu dis n'importe quoi. Bien sûr que tu peux, il faut juste que tu te concentres.

Je ne bouge pas et Sabo soupire encore. Quelques secondes plus tard, il s'écarte pour pouvoir s'allonger avec moi. J'ouvre les yeux et le vois me faire face. Aussitôt, je le prends dans mes bras et claque un baiser sonore sur sa joue. Sabo rigole et fait mine de s'agacer. Je fais semblant de l'écouter alors que mon regard se perd dans ses yeux marrons. D'un geste affectueux, je caresse son flanc et je suis heureux de le sentir frissonner.

-On devrait vraiment bosser, tu sais ? insiste-t-il.

Je secoue la tête.

-Le bac c'est demain, c'est pas la veille qu'il faut se mettre à bosser sérieusement. Je préfère me détendre pour être en forme.

-Tu te détends beaucoup trop à mon avis.

-Peut-être, j'avoue.

Je souris tristement et me penche un peu plus vers Sabo. Je veux sentir son odeur, ça m'apaise. Sabo ne m'a pas reparlé de ma crise de larmes de la dernière fois et je l'en remercie. Je pense que je me suis assez humilié comme ça, même s'il est certain que Sabo ne voit pas les choses de cette manière. J'estime que je suis assez grand pour ne pas avoir à sangloter lamentablement dans ses bras tout en réclament mon papa.

La soirée de félicitations – qui avait des goûts d'au revoir – pour X-Drake m'a rendu larmoyant et un tantinet sensible. Ajoutée à l'alcool, mon sentiment de tristesse n'a pas aidé. Mais la vérité est là, je n'arrive pas à me remettre de la mort de mon père. J'en ai parlé avec mon psy et il m'a dit que c'était normal, que ça irait mieux plus tard. Il faut simplement que j'en parle quand ça va mal, que je n'opprime pas mes sentiments. Plus facile à dire qu'à faire !

C'est juste que je me sens déprimé sans pour autant être malheureux. J'ai dit au revoir à Roger, je sais qu'il faut que je passe à autre chose.

-Je n'arrive pas à croire que c'est déjà la fin, dis-je.

-C'est vrai que ça passe toujours plus vite qu'on ne le pense.

-J'ai pas envie qu'on soit séparé.

Sabo se crispe et fait de son mieux pour me sourire, me rassurer. On n'en a pas parlé, ou plutôt on a habilement évité le sujet, mais c'est pourtant quelque chose d'important. L'après. Je sais que Sabo veut devenir reporter et rêve aussi de voyager, de découvrir le monde. Quant à moi, je suis toujours aussi indécis, je n'ai pas d'objectif aussi grand. En vérité, tout ce que je désire, c'est vivre simplement, libre d'aimer qui je veux et faire ce que je veux. Je n'arrive pas vraiment à me projeter. Avant, toutes mes pensées étaient tournées vers mon père et vers la haine que j'éprouvais pour lui. Mais tout ça, c'est du passé et c'est comme si j'avais perdu tous mes repères et que je devais m'en trouver d'autres.

Comme quoi, j'étais vraiment un gamin obstiné et buté.

Mais il y a une chose dont je suis sûr et pour laquelle je n'ai pas vraiment d'hésitation. Je veux rester avec Sabo. Voyager avec lui, expérimenter le maximum de choses parce qu'au final, mes connaissance sont si limitées. Je trouverais bien ce que je veux faire un jour, quitte à me tromper quelques fois.

-Ton retour à Bateria est toujours d'actualité ? s'inquiète-t-il.

-Je ne sais pas. Ça dépend de toi, ça dépend aussi de moi mais surtout de ma mère. Je pense qu'elle doit déjà s'en douter mais il n'est pas forcément dit que je revienne à la maison. Et en même temps, maintenant que Roger n'est plus ici, ça me fait bizarre quand je me dis que je vais rester habiter avec Hancock et Luffy...

-Oui, je comprends. Qu'est-ce que tu veux faire alors ?

-Je ne sais pas. Je veux bouger. Je veux que tu me parles encore de tout ce que je ne connais pas et après, je verrais où je me sens assez bien pour appeler ça ma maison.

Sabo se retient de crier de joie. Il m'embrasse et je comprends qu'il est heureux que je partage son envie d'aventure.

Lundi 18 Juin 2018

Je m'installe à ma table en ayant l'horrible impression de ne pas être prêt. Cela dit, je ne pense pas qu'on puisse un jour être réellement prêt pour passer une épreuve de philo…

Hier soir, j'ai dû vérifier pendant une bonne heure qu'il ne me manquait rien. Je suis resté si longtemps à fixer ma carte d'identité qu'à la fin, je n'arrivais même plus à lire correctement mon nom. C'était chiant et stressant mais ce sont mes tocs et c'est comme ça. A l'approche d'un jour aussi important et stressant, mes travers n'allaient pas se barrer si simplement. Pire que tout, j'étais rassuré de m'affoler comme ça et même si j'ai mal dormi à cause de l'appréhension, j'ai étrangement apprécié aussi.

Et me voilà enfin devant mon destin. Ça sonne assez funeste mais même si le bac ne veut plus rien dire pour pas mal de monde, ça me fait bizarre de me retrouver là, à passer cet examen si symbolique.

Je ne suis pas sûr du résultat ou plutôt, je me prépare au cas où à être déçu et commence à lire mon sujet.

« La culture nous rend-elle plus humain ? »

Je soupire et me demande pourquoi la philo doit toujours être si compliquée. Je regarde autour de moi comme si j'allais miraculeusement trouver de l'inspiration dans les yeux de n'importe qui.

Au moins, Rob Lucci a l'air motivé et sûr de lui. Ce n'est pas plus mal : qu'il réussisse ses examens pour qu'on soit enfin débarrassé de lui. Il ne va pas passer sa vie au lycée tout de même ! Je continue de le fixer, surpris de ne pas me faire reprendre et persévère stupidement malgré que je sache que je ne devrais pas. J'ai la pensée absurde que c'est de la triche.

Ce mec est un adulte qui a tendance à martyriser les autres et sa double personnalité inquiétante peut faire douter. Pourtant, il passe son examen comme un élève normal. Il se fait passer pour quelqu'un qu'il n'est pas.

Je soupire et me demande ce que je suis en train de faire. Jusqu'au bout, je vais être obsédé par ce type. Manquerait plus que je sois traumatisé comme X-Drake. Je me suis déjà débarrassé de ce problème, ce n'est plus de mon ressort de toute façon. Il arrivera ce qui arrivera, je vais continuer ma vie sans m'empoisonner avec ça.

Je me gratte nerveusement le poignet et cherche un brouillon. Il va falloir que je m'y mette si je veux pouvoir pondre quelque chose de cohérent...

A midi, je sors de la salle, lessivé. Je regarde mon portable et ne suis pas étonné de voir que j'ai un message de Sabo. Je m'empresse de le rejoindre dans la cour du lycée, là où je fumais en cachette avant.

Je le retrouve et fais semblant de pleurnicher dans ses bras. Il se moque alors de moi en me demandant si ça a été si catastrophique que ça.

-J'espère bien que non ! La philo fait partie des rares matières où je m'en sors bien.

-Peut-être. Mais tu sais combien c'est compliqué et un hors sujet est si facile...

-Arrête de me taquiner !

Je l'embrasse et il continue de rire.

Ce midi, on mange dehors, un petit restaurant japonais avec buffet à volonté. Ce qui est une bonne chose vu comme j'ai faim. Je pense que je pourrais manger pendant des heures si on m'en laissait la possibilité !

Comme l'endroit n'est pas encore très connu, nous n'avons même pas besoin de faire la queue ou de patienter pendant d'interminables minutes avant qu'on nous apporte nos cartes. Sabo prend une boisson alors que je me contente de la carafe d'eau. Malgré la chaleur de ce mois de juin, j'ai davantage faim que soif. La chaleur n'a jamais été un problème pour moi. Je bronze assez facilement et ne suis pas dérangé par la chaleur. Là où je suis né, il fait bien plus chaud qu'ici.

Au moment de manger mes sushis, je galère un peu avec mes baguettes, ce qui fait rire Sabo. Il pousse même le vice jusqu'à se moquer de moi celui-là ! Il finit tout de même par m'aider en m'expliquant de manière simple comment faire.

On parle de la première épreuve sans rentrer dans les détails. Je pense que Sabo a compris que je n'ai pas vraiment envie de me prendre la tête. J'y ferai face seulement quand j'aurais les résultats, qu'ils soient désastreux ou non.

Ce moment avec lui me permet de me détendre et c'est plus confiant que j'appréhende les épreuves de l'après-midi.

-Ace ! me salue Luffy plus tard quand je rentre.

-Salut, je réponds, un peu fatigué.

-Comment ça s'est passé ?!

Ça me fait rire de voir à quel point tout ça l'intrigue. Je lui réponds sans rentrer dans les détails : je ne pense pas qu'il serait autant captivé sinon.

Dans trois ans, il sera à ma place, à la fois nerveux et excité par cet examen et l'achèvement de ses années lycée. C'est fou comme ça passe toujours trop vite...

Luffy me suit jusque dans ma chambre et me pose tout un tas de questions, la moitié n'ayant plus rien à voir avec les épreuves du bac que j'ai passées aujourd'hui. A vrai dire, il est aussi bavard qu'avant et c'est plaisant à voir et presque à entendre ! Il s'était fait assez silencieux, presque effacé depuis la mort de Roger. Je l'ai honteusement mis de côté, occupé que j'étais avec ma propre peine, et je le regrette. Sur ce coup là – et même si ça m'arrache la bouche de le dire – Hancock a vraiment été parfaite. Elle a été là pour Luffy et s'il a pu s'en remettre aussi vite, c'est sans aucun doute grâce à elle.

Roger avait une place très importante dans sa vie. Ils avaient un lien particulier tous les deux. Et ce lien, j'en ai souvent été jaloux, je n'ai jamais trop réussi à comprendre ce qu'il y avait entre eux. Qu'est-ce qui justifiait que Luffy estime autant Roger, qu'il le place sur un tel piédestal ? Je ne sais pas et la situation était sans doute plus complexe que je ne l'imaginais. Du côté de mon père, j'ai bêtement cru qu'il essayait de me remplacer par Luffy. De créer avec Hancock et le Chapeau de paille la famille qu'il n'a pas pu avoir avec ma mère et moi.

Aujourd'hui, j'ai honte d'avoir pensé ça. Mon père n'a jamais vu Luffy en moi, il l'a aimé pour le gamin enjoué et dynamique qu'on connait tous.

C'était comme son deuxième fils.

Une relation qu'on n'a pas eue le temps d'avoir lui et moi.

-Tu parles trop !

Je secoue les cheveux de Luffy qui grogne parce que j'ai fait tomber son chapeau. Il faut que je me ressaisisse, je n'ai pas envie d'encore éclater en sanglot et de m'humilier tout seul.

-Hancock n'est pas là ?

Il secoue la tête.

-Elle avait rendez-vous avec ses sœurs pour faire je ne sais quoi. Tonton et Shanks viennent manger à la maison ce soir, ils arrivent bientôt.

-OK. Je vais prendre une douche, j'appelle ma mère et je te rejoins au salon.

Luffy acquiesce et s'empresse de me laisser seul.

Ma douche est rapide, ou peut-être qu'au final elle a été trop longue, quand je vois que ma mère a déjà essayé de m'appeler deux fois. Elle doit être impatiente de s'assurer que tout va bien pour moi. Je crois que contrairement à moi, elle est excitée par les épreuves du bac. Ma mère me le confirme d'ailleurs pendant l'appel. Elle a décroché dès la première sonnerie et entendre sa voix enjouée m'a de suite apaisé. On a parlé longuement de ma journée – aussi un peu de la sienne – et ce parce que ma mère ne me met plus autant la pression concernant mes études. C'est sûr qu'avant, c'était pratiquement un sujet de discorde entre nous. Il faut dire que je n'en avais pas grand-chose à faire et le fait que ma mère ramène toujours ça sur le tapis ne m'enchantait pas vraiment. Pire même, ça me donnait encore moins envie d'être sérieux dans mes études.

Avant de raccrocher, je lui parle de mes projets. J'ai envie de voyager avec Sabo, de ne pas me perdre dans des études juste pour lui faire plaisir ou parce que c'est ce qu'on attend de moi. Je ne veux pas me presser inutilement et préfère prendre le temps de trouver ma voie. Même si ma mère n'est pas rassurée, elle ne me décourage pas et me fait promettre d'aller la voir avant d'explorer le monde. Je raccroche sur ces bonnes paroles.

Je souris en regardant mon portable. Dire qu'avant, on n'arrivait même plus à se parler.

Vendredi 22 Juin 2018

Je ne sais pas ce qui a pris à Sabo d'accepter une date de permis aussi rapidement, on ne l'a prévenu que mardi et comme un imbécile, il a dit oui. Son auto-école a réussi à lui caler deux heures de conduite hier à partir de 18h. J'espère que ce sera suffisant et qu'il n'aura pas de regret d'avoir accepter de le passer aussi vite sans être sûr d'être prêt. Mais en même temps, je ne m'attendais pas à une autre réponse de la part de Sabo. Je sais que les road trip le font rêver et que s'il pouvait, il s'achèterait immédiatement une voiture et on se baladerait partout avec, à la découverte de l'inconnu.

Mais franchement, je dois aussi avouer que je suis admiratif. Il n'y a que lui pour pouvoir se battre sur deux fronts comme ça. Son baccalauréat et son permis en même temps. S'il avait eu des parents responsables et présents, ils lui auraient certainement dit de se concentrer d'abord sur son diplôme. C'est d'ailleurs ce que je voulais faire au début et puis, je me suis dit que Sabo sait ce qu'il fait.

De toute façon, cette semaine d'enfer est enfin finie et on a juste à attendre avec angoisse les résultats. Je croise les doigts !

Là, c'est l'instant fatidique pour Sabo. Il est monté il y a plus d'un quart d'heure dans la voiture d'auto-école. Je l'ai encouragé comme j'ai pu avant que ce ne soit son tour. L'examinateur n'avait pas l'air très aimable. Du genre à ne laisser passer aucune faute. Après, les apparences peuvent souvent être trompeuses. Faites qu'il ne soit pas trop dur !

Je suis sur le lieu du rendez-vous pour le passage du permis de l'après-midi, entouré de quatre autres personnes qui attendent avec angoisse leur tour. Sabo est le premier à passer et c'est une bonne chose : plus vite ce sera fait, plus vite il sera débarrassé. Je dois avouer que je suis assez nerveux pour lui. Je passe le temps sur mon portable à lire des histoires inintéressantes mais néanmoins assez drôles. Dix minutes s'écoulent encore avant que Sabo ne revienne. Il met son clignotant et arrête la voiture doucement avant de couper le moteur. Il échange quelques mots avec son examinateur puis sort en le saluant sans oublier sa monitrice. Il se précipite aussitôt vers moi et son sourire me fait croire que ça s'est très bien passé. On s'éloigne du point de départ de l'examen et on se dirige vers l'arrêt de bus le plus proche.

-Tu as l'air content, je lance. Alors, confiant ?

A mon plus grand étonnement, il hausse juste les épaules.

-Franchement, je ne sais pas du tout. Je n'ai pas l'impression d'avoir fait de faute éliminatoire mais en même temps, je ne pense pas m'en être sorti avec facilité. Je verrais bien. En tout cas, j'ai fait de mon mieux.

Le bus arrive et on monte dedans. Il n'y a qu'une seule place de libre alors je la laisse à Sabo. Je ne me sens pas de poser mes fesses là-dessus, ni de sentir mon espace personnel envahi par une quelconque proximité que je n'aurais pas choisie. Je me tiens à une rambarde juste devant lui et on discute. Sabo me propose d'aller au loft et j'accepte sans réfléchir. Ce n'est pas comme si j'étais très occupé non plus. A partir de lundi par contre, on va bosser deux fois plus pour les Nationales.

On arrive très vite au loft et alors que je raconte à Sabo comment les prochains jours pour moi vont être compliqués – sous sa fausse compassion – nous sommes surpris de tomber sur Shanks et Cavendish. Il est encore assez tôt, c'est pour ça qu'il est étrange de les voir déjà rentrés.

-Ne faites pas cette tête. Un peu plus et on pourrait croire que vous n'êtes pas contents.

-Non, ce n'est pas ça, se justifie Sabo.

Shanks sourit. Je n'arrive pas à croire qu'après autant de temps, Sabo tombe toujours dans le panneau alors qu'il est clair que le roux aime simplement taquiner tout le monde.

-De toute façon, la maison est très bien isolée, peu importe ce que vous comptiez faire, ne vous inquiétez pas, on entendra rien.

Bien entendu, mon petit-ami rougit mais décide de faire la sourde oreille et se concentre plus sur Cavendish qui lui demande comment ça s'est passé.

Habitué à être ici, je fais comme chez moi et vais me chercher un truc à boire dans la cuisine.

-Si tu as ton permis, la prochaine étape, c'est la voiture ! s'exclame Shanks lorsque je reviens.

-Pour ça, je vais sûrement attendre un peu... Même en choisissant une voiture d'occasion, ça reste trop élevé pour moi. Surtout que pour l'instant, les transports en commun me suffisent.

-C'est pourtant dommage. Voyager, tu voulais le faire en voiture, non ? Parcourir les routes et galérer à lire la carte, je me moque.

-Je sais lire une carte, se vexe t-il.

Mais il ne me contredit pas.

J'ai bien envie de proposer à Sabo de lui payer sa voiture mais je ne suis pas sûr qu'il apprécierait. Si j'étais lui, je me sentirais même offensé, voire pire, insulté. Le truc, c'est que mon père a toujours fait attention à bien garnir mon compte en banque et ce malgré le fait que j'ai répété mille fois que je ne le voulais pas. Je n'ai jamais utilisé son argent jusqu'à maintenant parce que c'était une manière pour moi de lui montrer combien je lui en voulais. Mais maintenant que je lui ai pardonné, que je n'ai plus de haine, il n'y a plus de raison que je continue. Surtout que je ne veux pas avoir à dépendre de Hancock ici ni d'embêter ma mère avec des besoins absurdes alors que j'ai les moyens d'y subvenir seul.

C'est marrant que je n'y pense que maintenant d'ailleurs. J'ai toujours vécu de façon modeste en plus, je ne suis pas sûr de savoir quoi en faire de tout ce pactole.

-Si ce n'est que ça, ma voiture moisit sur le parking si tu veux, lance Shanks.

-Je…quoi ? Je ne peux pas l'utiliser ! répond aussitôt Sabo, gêné.

-Et pourquoi pas ? s'interroge Cavendish qui se fait un thé à côté de moi. Je le fais bien, moi.

Un silence embarrassé suit sa réponse. Cavendish ne se refuse rien, il n'est pas spécifiquement ce qu'on peut appeler un bon exemple...

-Mais il a raison, reprend Shanks. Avec ce qui m'est arrivé, je ne peux plus la conduire et si Cavendish ne la conduisait pas de temps en temps, ce serait juste un beau gâchis. Je compte me racheter une voiture adaptée à ma situation mais dans tous les cas, je devrais me séparer de celle-ci. Si vraiment tu es intéressé, je peux te la vendre et tu pourras payer en plusieurs fois pour ne pas trop perturber tes finances.

-Je ne sais pas… Je ne veux pas avoir l'impression d'abuser... Et puis, je ne sais pas encore si j'ai réussi mon examen ou non...

-Ouais, c'est vrai. On en parlera plus tard.

Cavendish vient s'asseoir à côté du roux et comme si c'était un signal, l'avocat commence à le taquiner. Les disputes habituelles entre les deux colocataires reprennent et je regarde ça d'un œil amusé. Je dépose mon verre à côté de l'évier après l'avoir rincé et vais vers Sabo.

-Tu devrais accepter, je lui chuchote à l'oreille.

-On verra.

Mais il sourit et je vois dans ses yeux qu'il rêve simplement de dire oui. Shanks est son ami et connait sa situation, il a sans doute juste peur qu'il ne lui brade sa voiture, ce que je peux comprendre. Il me prend la main et m'emmène dans sa chambre. Je m'imagine tout un tas de choses et suis d'emblée tout excité. Pourtant, je déchante dès la porte fermée. Il me propose en effet de faire un point sur les épreuves du jour. J'ai l'impression d'halluciner quand je l'entends parler des maths...

Sabo est si sérieux, mais ça ne serait pas lui sinon !

Dimanche 24 Juin 2018

-Wow, c'est trop beau !

Luffy ne nous attend pas et se précipite au bord de la rivière. Sabo et moi portons tout le matériel de pêche bien entendu. Ce matin, je me suis levé et j'ai pris ma douche comme d'habitude ainsi que mon petit déjeuner avant de me demander ce que j'allais faire. En remontant dans ma chambre, mes yeux se sont attardés sur les cannes à pêche que mon père m'a léguées et j'ai eu envie d'y retourner. Ca m'a prit d'un coup. Mais comme je pense beaucoup à mon père en ce moment, ce n'est pas bien étonnant non plus.

J'ai proposé à Luffy qui a immédiatement dit oui. Nous n'avons pêché qu'une fois tous les trois – avec Roger – et je me souviens qu'une fois de plus, j'avais été assez jaloux de Luffy. Il était là et prenait toute l'attention de mon père alors que je pensais que c'était un truc qu'on vivait seulement tous les deux. J'ai envie de partager ça avec lui aujourd'hui. Sans ressentiment ni jalousie étouffée.

Et même si Sabo n'est pas aussi nature que moi – il pourra dire tout ce qu'il veut, je connais ses capacités – il est tellement curieux de tout que je suis sûr que la pêche peut lui plaire. Pas dit qu'il attrape le moindre poisson cela dit. Pas dit non plus qu'il nous laisse en ramener un seul non plus. Mais ce n'est pas grave, Luffy et moi, on est plus amateur de viande que de poisson !

On pose le matériel et j'étends un tissu par terre avant de m'asseoir. Luffy sautille sur place et me tend la main. Je crois qu'il essaie de me demander quelque chose.

-Je crois qu'il veut une canne à pêche, me souffle Sabo.

Je grogne en pensant à la brutalité avec laquelle il va manipuler mon matériel. Mais bon, c'est moi qui l'aie invité et il faut que je fasse confiance à mon petit frère.

-Je vais te mettre l'appât, dis-je.

Ses yeux s'illuminent et je l'imagine pêcher à la sauvage, se jeter dans l'eau pour imiter un ours quelconque. Je ris tout seul à cette pensée et me reçois un regard sceptique de Sabo.

-Tiens.

-Merci !

Luffy s'éloigne un peu de nous, jette sa ligne avec une vigueur inutile dans le lac et attend avec impatience que quelque chose morde. Je prépare alors mon propre matériel en riant un peu de la galère qu'éprouve Sabo qui ne sait pas du tout comment faire. Je l'aide et il m'embrasse pour me remercier. On échange alors un regard timide, ne nous préoccupant pas du fait de savoir si Luffy nous a vus ou non. Parfois, on a juste l'air d'ados amoureux mais je suppose que pour les autres, c'est ce qu'on est.

-J'ai quelque chose à te dire, me dit-il dès qu'il est sûr que Luffy est assez loin pour ne pas nous entendre.

-Vu le ton que tu prends, j'ai l'impression que ça ne va pas me plaire, je grimace.

Il hausse les épaules et je me dis que tout ça n'amène sûrement rien de bon.

A l'aller, Sabo ne m'a pas inquiété pourtant. Il n'avait pas l'air préoccupé mais là, il a l'air si sérieux que je m'interroge.

-Ne panique pas, s'il te plait, ce n'est rien de grave. C'est même une bonne nouvelle.

-Pourquoi tu fais cette tête alors ?

-Parce que tu réagis toujours mal dans ce genre de situation.

Il ne me faut pas dix secondes pour comprendre qu'il va me parler de l'Armée Révolutionnaire. Bien entendu, mon visage se fige et ma mâchoire se contracte. Évidemment, Sabo ne le manque pas.

-Calme-toi, s'il te plait, me supplie-t-il.

-Je pensais qu'on en avait fini avec ça, je lance sèchement.

-C'est le cas pour toi, Ace mais pour moi c'est très important et on s'est seulement mis d'accord pour rester en dehors des situations dangereuses. Il y a plein de choses à faire pour l'AR, soupire-t-il. Mais ce n'est pas de mon engagement dont il s'agit.

J'essaie de ne pas m'énerver. Je sais que Sabo fait des efforts et que je lui impose souvent ma volonté, alors il faut que je sois aussi conciliant.

Mais je ne peux pas encore faire semblant de lui sourire, c'est pour ça que je lui prends la main, pour lui dire que je l'écoute.

-L'AR est passée à l'action. Ils m'ont appelé hier pour me dire qu'ils ont libéré Robin.

-Quoi ? Et ça s'est bien passé ? je m'inquiète.

Il hoche la tête.

-Il n'y a eu aucune perte mais ça a été très compliqué, ils vont se faire discrets le temps de se remettre de tout ce qu'il s'est passé.

-Ce n'est pas une mauvaise chose. Même si la cause est noble, il faut avant tout penser à votre sécurité. Ce qui est arrivé à notre prof aurait pu très mal se finir.

-Hum.

Je suis sûr qu'il est d'accord mais juste par principe, il ne va pas le dire. Je soupire et décide de changer de sujet. Sabo comprendra bien assez vite que toutes ces magouilles avec les Trois Grandes Puissances ou encore les Empereurs ne nous concernent pas. Ce n'est pas notre monde, même ma famille – ou plutôt les proches de mon père – se sont éloignés de ce milieu.

Je ne veux pas que cette sortie soit une catastrophe à cause d'un sujet épineux qu'on est supposé avoir réglé il y a longtemps alors je parle de quelque chose de plus léger.

-X-Drake va partir lundi, il ne sera pas là pour les Nationales.

Il est étonné et je suis heureux de voir qu'il est moins crispé.

-Tu es déçu ? me demande-t-il.

-Pour être honnête, oui. Et même assez, j'avoue, pas forcément très fier.

Mais c'est Sabo et je peux tout lui dire.

-Mais il part en vacances avec ses parents et je sais combien il est proche d'eux alors je me dis que je n'ai pas grand-chose à redire. On gagnera quand même, il ne sera juste pas là pour le voir.

-Il sera quand même de tout cœur avec vous.

-Je n'en doute pas une seule seconde. On fera juste une deuxième fois la fête quand il rentrera !

Je ne peux pas cacher mon excitation à l'idée d'une grande fête avec tout le monde. Je regarde le lac : c'est calme, si calme que je ne sais pas si je vais être chanceux aujourd'hui. A côté, malgré le manque d'action, Luffy est toujours plein d'entrain, ce qui est assez étonnant de sa part. Mais il était déjà comme ça lorsqu'on est venu avec Roger.

-J'ai eu Zoro au téléphone vendredi soir, il m'a dit être plutôt confiant pour le bac. J'étais dégouté, dis-je alors.

-Quoi ? Pourquoi ?

-Je ne veux pas être le seul à ne pas l'avoir réussi !

Sabo éclate de rire et me supplie de lui dire que je plaisante. Ce que je fais, même si c'est à moitié vrai. En réalité, je me fous un peu de l'avoir réussi ou non même si je préfèrerais l'avoir du premier coup. Comme je l'ai souvent dit, les études, ce n'est pas franchement mon truc même si je suis plutôt bon élève. Mais je me sentirais étrangement exclu de ce cercle de diplômés si j'étais le seul à ne pas l'avoir.

-Il a vraiment galéré pour les révisions alors c'est bien si ça a été pour lui.

Sabo acquiesce et me parle des impressions de chacun. Arrivé à Sanji, je repense à cette histoire qu'il avait eue avec Niji et décide de lui demander ce qu'il en est maintenant. Apparemment, c'est pas la belle vie pour lui mais la situation s'est quand même nettement arrangée et sa famille a enfin pris conscience de tout ce qu'ils lui avaient fait vivre.

-Et puis, continue Sabo, il veut demander Nami en mariage !

J'ouvre de grands yeux, surpris, et Sabo sourit. Je vois bien que tout ça le laisse rêveur. C'est un grand romantique !

-Eh bien !

C'est la seule chose que je trouve à dire. C'est tellement inattendu et Sabo ne se gêne pas pour se moquer de moi.

-Je suis sûr qu'elle va dire oui. Elle va peut-être le faire mariner un peu mais elle dira oui !

Devant mon regard ahuri, il se sent obliger d'insister.

-Aie confiance. C'est deux-là sont si amoureux, je ne les imagine pas finir autrement qu'ensemble !

-Tu les connais mieux que moi après tout...

Sabo acquiesce, convaincu de ce qu'il dit. Je l'observe ensuite, n'arrivant pas à détacher mon regard de lui.

-Quoi ? me demande-t-il.

-Tu dirais oui si je te demandais de m'épouser ?

Il écarquille les yeux à son tour mais quand il voit mon sourire taquin, il me cogne l'épaule en me disant d'arrêter de faire l'imbécile. Je rigole en relançant ma canne à pêche qui n'a pas encore fait une seule prise.

C'est vrai que je le taquine mais de nous deux, c'est bien Sabo le romantique. C'est lui qui me demandera, un genou à terre, de l'épouser !


Et voilà ! Actuellement le dernier chapitre est entre les mains de ma bêta. J'ai hâte d'avoir sa réaction et la votre quand vous aurez sous les yeux la conclusion de cette histoire. ^^

Je vous dis à bientôt pour la suite.