Cette fic est écrite pour la 108ème nuit du Fof, il fallait le rédiger sur le thème "Prier" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un MP.


Prier

Il est cinq heures du matin, et pour la première fois de ma vie, le silence pesant qui règne dans la cathédrale me fait peur. Cet endroit a toujours été un sanctuaire pour moi, un lieu d'apaisement loin des fureurs et de la rumeur de la ville.

Cette odeur d'encens qui flotte dans l'air me rappelle ma mère. Elle était si pieuse que cette odeur avait fini par rester définitivement accrochée à ses vêtements. L'encens et la légère note de renfermé qui est si caractéristique me replonge en enfance et me rappelle les longues heures passées à prier à ses côtés. Elle rêvait de me voir devenir curé, et lorsqu'elle a succombé à cette terrible maladie en même temps que mon père, j'ai tout fait pour accomplir cette destinée.

J'ai travaillé plus dur que les autres, prié plus fort. J'ai suivi tous les préceptes de la religion, je n'ai jamais fauté. Le travail, la science mais surtout cette inimitable odeur d'encens ont été mes piliers pour tenir et me remettre de cette tragédie. Assumer l'éducation de mon frère et de Quasimodo aurait été impossible sans le guide que représente la foi pour moi.

Lorsque j'hésitais, lorsque je devais prendre une décision, il me suffisait de prier et de me reporter aux Saintes Ecritures pour trouver la lumière et éclairer mon chemin.

Mais aujourd'hui, alors que le sol froid me fait mal aux genoux et que les plaies dans mon dos se referment à peine et frotte contre le tissu rêche de ma soutane, je suis perdu.

Je suis déchiré entre le fondement même de ma foi et les pulsions animales de mon être. Entre ma raison et mon corps. Il m'est impossible de concilier les deux, mais je ne peux pas non plus les abandonner. Ma foi est la seule chose que je possède, elle représente toute ma vie, mon passé et je l'espérais mon futur. Mais cette vague qui me submerge lorsque je vois cette bohémienne est incontrôlable. Je sens que je perds tous mes repères lorsqu'elle est là et que je serai prêt à tout pour un seul regard d'elle.

Jamais je n'avais pensé aux femmes, instruments du pêché et de la tentation. Je pensais être au-delà des ruses du Malin qui se sert d'elles pour détourner les hommes du droit chemin. Et il n'a suffi que d'un seul regard pour m'ébranler.

Elle obsède toutes mes pensées, jour et nuit. Lorsque j'essaie d'y échapper, elle revient avec plus de force encore. Quelle est cette malédiction dont je suis la victime ? Dois-je en parler à mes pairs pour qu'ils m'aident ou dois-je affronter cette épreuve seul et la vaincre par mes propres moyens ?

Je suis seul, je suis perdu et… Des bruits de pas dans mon dos me font sursauter. Ils sont irréguliers et trainants. C'est Quasimodo qui se rend dans la tour pour aller sonner les cloches de Mâtines. Dans quelques minutes, la cathédrale sera pleine et je devrais faire mon office. Comment puis-je faire cela alors que ma tête est pleine de pensées aussi impures ? Les clercs qui m'entourent ne semblent pas avoir remarqué mon trouble. Combien de temps cette mascarade va-t-elle continuer avant que quelqu'un ne réalise quel impie je suis devenu ?

Je serai détruit, mais quelle importance puisque je le suis déjà ? Elle m'a anéanti d'un simple regard. Regard de tentatrice. Regard de sorcière.

Regard de Diable.