Cette fic est écrite pour la 118ème nuit du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "Grelot" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un MP
Un minuscule éclat doré
Depuis maintenant trois jours, son cœur lui faisait mal. Depuis trois jours, son esprit ne lui obéissait plus. Depuis trois jours, elle l'obsédait. Il avait pourtant fait tout ce qu'il fallait pour se défaire de ces pensées impies, rien n'y faisait, elles revenaient toujours, toujours plus fortes et violentes.
Lorsqu'elle s'était installée sur ces tréteaux, il ne l'avait d'abord regardée qu'avec le dédain qu'elle méritait, mais quelque chose avait finalement attiré son attention. Ses pas étaient d'une telle légèreté, sa voix était si douce qu'elle l'avait ensorcelé et sa beauté… Rien de ce qu'il avait vu jusqu'à présent ne l'avait préparé à cela.
Ses pensées impures envahissaient son esprit, mais fort heureusement, personne ne pouvait s'en rendre compte. Autour de l'archidiacre, les gens continuaient de s'incliner respectueusement, une lueur de crainte tapie au fond des yeux. Mais lui, en son for intérieur, ne se sentait plus le même. Il avait perdu cette légitimité, cette pureté qui faisait sa fierté. S'il avait pu, il aurait lui-même baissé les yeux devant toutes ces personnes, si pures en regard de ses propres péchés.
Soudain, un éclair attira son attention. Quelque chose, là, au sol, venait de briller. S'agissait-il d'un signe ? Ou d'une simple illusion ? Une étape de plus vers la folie qui le guettait ?
Il plissa les yeux vers la direction approximative de cet éclat et finit par apercevoir, coincé entre deux pavés disjoints, un petit objet brillant. Il se pencha pour le saisir et comprit qu'il s'agissait simplement d'un grelot. Un minuscule grelot doré que quelqu'un avait dû perdre là. Le visage de Frollo blanchit alors brutalement.
Il avait déjà vu cet objet, trois jours auparavant, accroché au cou gracieux d'une jeune chèvre. La chèvre qui accompagnait la bohémienne partout et qui participait à ses tours. Il ne devait pas conserver cet objet, c'était impossible ! Il était trop maudit, trop impur, trop hérétique pour entrer dans une cathédrale. Mais il ne pouvait se résoudre à le laisser retomber au sol, dans cette boue malodorante qui jonchait les pavés parisiens. Il lui brûlait les doigts, mais il ne pouvait relâcher son étreinte.
Cet objet lui appartenait, elle l'avait choisi, touché, attaché au cou de sa chèvre. C'était un petit peu d'elle qu'il tenait entre ses doigts, plus qu'il ne pourrait jamais espérer posséder de cette étrangère qui l'avait envouté.
D'un geste vif, l'archidiacre laissa retomber le pli de sa manche sur sa main pour que personne ne voit ce qui s'y trouvait. Il reprit sa marche, tentant de garder un visage impassible malgré la tempête qui se déchainait derrière ses yeux.
Un clerc fut chargé quelques jours après la mort accidentelle de l'archidiacre au cours de l'attaque de Notre-Dame de faire le tri parmi ses maigres possessions. Celui-ci trouva, au fond d'un tiroir, un grelot dont le son cristallin résonna dans le silence de la chambre vide. Il se demanda brièvement ce que faisait une telle chose dans la cellule spartiate de cet homme si austère, mais il sentit instinctivement que cet objet devait avoir une signification particulière pour lui. Le métal terni témoignait du passage répété de ses doigts.
Pris d'une soudaine inspiration, le clerc redescendit les quelques étages pour rejoindre l'église et se glissa furtivement dans la chapelle où le corps reposait en attendant les derniers sacrements. Il glissa alors, entre les mains jointes du prieur, le minuscule objet. Il observa un instant les traits durs et le visage fermé de l'homme qui avait été son supérieur, et murmura une prière. Quel que soit la signification de cet objet, il l'accompagnerait pour l'éternité.
