« Je vous en prie général, vous pouvez entrez. »
Georges Hammond tira sur sa veste de costume pour la rajuster et passa devant la secrétaire du Président en prenant une lente inspiration. Henry Hayes lui fit signe de s'asseoir dans le canapé pendant qu'il regroupait sur son bureau divers dossiers. La dernière fois que le vieux général était venu dans cette pièce, il s'était vu complimenter pour sa carrière et avait reçu une promotion. Quelques mois plus tard l'accueil était beaucoup plus strict. Georges avait du insister lourdement pour être reçu à la Maison Blanche. Le Président s'était fait désirer une semaine, laissant le militaire user de formules de politesse et d'arguments avant de lui accorder la moindre entrevue.
Henry Hayes n'était pas à blâmer dans cette affaire. En tant que chef d'Etat il était dans son rôle en désapprouvant violemment un acte de trahison. Hammond supposait que les avertissements incessants de Kinsey alors qu'il était encore vice-président n'aidaient pas non plus en la matière. Ses accusations provocantes concernant la main mise de SG-1 sur Cheyenne Mountain trouvaient un écho dérangeant aujourd'hui alors que les troupes du SG-C continuaient de soutenir et admirer le général O'Neill malgré ses infractions à la loi martiale. Georges avait eu son comptant de calomnies lui aussi, et nul ne pouvait décemment en vouloir au Président Hayes de faire preuve de prudence vis-à-vis de personnes bénéficiant d'une aura embarrassante au sein de l'Air Force.
Le général savait que l'accueil chaleureux réservé à O'Neill et ses coéquipiers avait été une erreur. S'il avait était à la tête de la base comme le prévoyait initialement le protocole, il aurait briefé ses hommes pour qu'ils fassent profil bas malheureusement il avait été évincé par cet Emmerich.
Le Président laissa tomber sa pile de dossiers sur la table basse et s'assit dans le fauteuil face à Hammond en soupirant. Au sommet de cette paperasse le général pouvait voir le dossier militaire de Jack O'Neill. Il décida de l'ignorer dans un premier temps il s'était préparé à présenter son plaidoyer dans un certain ordre afin de ne pas brusquer les choses.
HAMMOND : « Monsieur le Président merci de me recevoir. »
HAYES : « Vous avez été particulièrement insistant... »
HAMMOND : « Effectivement. Je tenais à vous voir en personne pour vous parler de Jacob Carter qui est actuellement retenu dans une cellule du SG-C. »
Le Président se saisit du dossier de Jack.
HAYES : « Le Tok'ra n'est pas vraiment un problème. Moi ce qui me préoccupe c'est cet homme. »
Il pointait du doigt le patronyme de O'Neill sur le dossier secret-défense qu'il tenait à la main. Hayes tenait à mener l'entrevue à son rythme à lui, et Hammond ne pouvait pas lutter contre le fil de la conversation.
HAYES : « Savez-vous ce que l'on m'a rapporté ? »
Le général fit signe que non, bien qu'il se doutait de ce dont il allait lui parler.
HAYES : « On m'a fait part du séjour du général O'Neill à Leavenworth. Saviez-vous que les gardiens là-bàs le saluent sans cesse ? Ils lui font passer des livres pour qu'il ne s'ennuie pas dans sa cellule. Un militaire aurait même félicité le prisonnier pour son dernier succès... Succès qui a consisté à commettre un acte de trahison... »
HAMMOND : « Je ne nie pas que le général O'Neill a violé la loi et ces militaires non plus certainement. Mais les états de service de Jack O'Neill sont exceptionnels, et même uniques dans l'histoire de l'Air Force. Toutes armées confondues je doute que l'on puisse trouver qui que ce soit qui possède un tel parcours, et ces hommes le savent. Ils ne veulent pas manquer de respect à la hiérarchie, ils veulent simplement montrer leur reconnaissance à un homme qui a beaucoup sacrifié pour la survie de la planète. Ce n'est pas rien... »
Henry Hayes reposa le dossier de Jack avec agacement.
HAMMOND : « Si ce militaire s'est permis de féliciter le général – il n'aurait pas dû le faire – ce n'est pas pour sa violation de la loi, qu'il doit aussi désapprouver, mais plutôt pour le courage unique dont O'Neill à fait preuve pour accomplir cette mission clandestine. »
HAYES : « Il a agressé ses propres hommes et ces mêmes hommes continuent de l'admirer ! Devrais-je dire vénérer ? »
HAMMOND : « Ce n'est pas un fétichisme aveugle. Ils connaissent ses exploits passés et ils reconnaissent les talents de leader du général. En plus de cela c'est justement en partie pour sauver un de ses hommes que O'Neill a fait ce qu'il a fait, c'est pourquoi ses troupes... »
HAYES : « Justement parlons-en ! »
Il attrapa le dossier du colonel Carter qui avait été caché sous celui de son supérieur dans la pile et le parcourut en diagonale, ses yeux sautant rapidement d'une ligne à l'autre.
HAYES : « Ce n'est pas un homme, c'est une femme... »
Le général Hammond se redressa dans le canapé et croisa les jambes, mal-à-l'aise.
HAYES : « Vous voulez que je vous dise de quoi ça a l'air ? »
HAMMOND : « Oui monsieur le Président. »
Henry Hayes continua quelques secondes de feuilleter le curriculum vitae de la militaire puis reprit la parole sans lever les yeux du dossier.
HAYES : « Parce ce que vous ne savez pas vous-même de quoi ça a l'air ? »
L'atmosphère était extrêmement tendue.
HAMMOND : « Le général O'Neill aurait agit de même pour le docteur Jackson ou Teal'c. »
HAYES : « Je n'aime pas qu'on me prenne pour un con. »
Le président avait enfin reporté son regard sur Hammond qui estima préférable de ne rien répondre à ce stade. Lui et Henry Hayes étaient de vieilles connaissances qui s'entendaient à merveille en temps normal, et le ton cassant du président signifiait sans détour à quel point il était furieux.
HAYES : « Est-ce que je devrai ajouter un autre chef d'accusation contre le général O'Neill à sa liste déjà bien longue ? »
HAMMOND : « Non monsieur. »
Hayes le fixa sans ciller, la mâchoire crispée, le dossier de Samantha Carter toujours à la main. Comme le président semblait ne pas vouloir capituler, le général cru bon d'ajouter que le colonel était officiellement fiancée depuis peu.
HAYES : « Oui. Comme c'est commode... »
Il laissa retomber le dossier sur celui de Jack O'Neill et alla se servir un verre de whisky dans le bar, sans en proposer à Georges Hammond.
HAMMOND : « Monsieur le Président, le général Jack O'Neill a violé la loi et une sanction doit être appliquée. Mais je pense qu'il faut prendre en compte les antécédents du général et les retombées de cette affaire. Encore une fois personne d'autre, toutes armées confondues, a son parcours exceptionnel. Nous savons que les médailles ne suffisent même plus depuis un moment à valoriser les actes de bravoure de Jack O'Neill et la Maison Blanche se demande depuis quelques années comment remercier cet homme pour sa carrière hors du commun... Si je puis me permettre c'est peut-être aujourd'hui que l'on peut honorer l'homme. »
Le président lui avait tourné le dos et buvait son verre en contemplant par la fenêtre le Washington monument au bout du National Mall.
HAMMOND : « Le général O'Neill et ses amis ont réussi l'impensable en tuant Ba'al et en nous rapportant un sarcophage. La rébellion jaffa et les tok'ras nous font part tous les jours des bénéfices considérables de cette mission. Certes elle n'était pas officielle, et même désapprouvée par la hiérarchie, mais nous en récoltons tout de même les fruits aujourd'hui. Je suis d'accord qu'on ne peut pas violer ainsi la loi sans conséquence, mais quand on a les états de service que Jack O'Neill a, quand on réalise un exploit avec peu de ressources, on mérite un traitement de faveur... »
Le président fit le tour de son bureau pour s'y installer, contraignant Hammond à se relever du canapé pour le rejoindre. Il fit face à Hayes sans s'asseoir, n'ayant pas été invité à prendre un siège.
HAYES : « En dépit du fait que je ne partage pas votre conception de l'armée selon laquelle des états de service exceptionnels vous prémunissent de suivre les mêmes règles que les autres, je suis contraint d'accorder un traitement de faveur au général O'Neill et à ses amis. »
Georges Hammond s'employa à ne pas montrer son soulagement en gardant un visage respectueux et impassible.
HAYES : « L'État-major et mes conseillers pensent qu'une peine de prison aurait des conséquences désastreuses. SG-1 a trop d'influence... »
Le général demeura muet, pressentant encore une fois qu'il valait mieux s'abstenir de tout commentaire.
HAYES : « C'était un sacré trou du cul et un emmerdeur de première, mais je regrette de ne pas avoir davantage écouté Robert Kinsey... »
