Une puissante lumière violait la barrière de ses paupières lourdes, lui arrachant une grimace contrariée. Elle leva lentement son bras pour le porter à son visage et masquer l'intruse. Elle se sentait bien pourtant, comme après une longue nuit de sommeil réparatrice dont on peine à émerger. Physiquement elle se portait donc à merveille mais elle se sentait confuse.
Où s'était-elle endormie déjà ? Sous son dos la surface était dure et elle sentait de légers frissons parcourir son corps. Difficile de l'imaginer dormir si bien sur une paillasse rigide et dans le froid. Brusquement elle réalisa qu'elle n'aurait pas du pouvoir mouvoir ainsi son bras droit sans en éprouver une douleur atroce. Pourquoi ?
Les images affluèrent dans son esprit en un flot brutal et elle se redressa vivement ou ouvrant les yeux. Elle se sentit alors encore plus perdue. Non seulement elle aurait du souffrir de ses blessures mais elle devrait aussi se réveiller à l'infirmerie, or ces deux déductions évidentes ne se vérifiaient absolument pas. Les pensées naissaient pêle-mêle et lui donnèrent le tournis : ses blessures avaient disparu, elle était nue, elle reposait dans un sarcophage mais elle était à bord d'un vaisseau asgard. Bien sûr elle fit sans peine le lien entre sa guérison spectaculaire et l'appareil goaul'd, mais pour le reste elle était encore déconcertée.
Elle sentait confusément que le raisonnement logique de cette situation était à portée de main mais un mouvement à sa gauche la fit bondir, stoppant net le fil de ses hypothèses. Elle se mit debout, prête à se défendre contre un adversaire : goaul'd ? Elle était dans un sarcophage après tout. Réplicateur ? Elle était dans un vaisseau asgard annexé par les machines peut-être.
THOR : « Salutations colonel Carter. Vous êtes à bord du Samantha Carter. »
Elle était paumée ! Son esprit intégra vite que le vaisseau asgard était visiblement sûr et que l'alien en face d'elle était l'ami de longue date de la Terre, Thor. Quant au reste... Colonel Carter à bord de... Quoi ?!
Face à son regard surpris et son air confus l'asgard fit un geste ample de la main pour lui désigner le vaisseau.
THOR : « J'ai rebaptisé mon vaisseau le « Yggdrasil ». Je le nomme désormais le « Samantha Carter » en votre honneur. »
L'intelligibilité de cette phrase parvint à sa conscience en même temps que la lucidité qu'elle se tenait nue devant Thor, debout dans le sarcophage. Elle s'accroupit pudiquement en cachant maladroitement son corps de ses mains. Mal interprétant son geste, Thor s'enquit de savoir si elle avait froid.
SAM : « Euh... Oui. Mais pas que. »
Après un regard perplexe Thor se dirigea vers sa console au pied de laquelle des piles de vêtements attendaient.
THOR : « J'ai pris la liberté de téléporter depuis votre base plusieurs vêtements afin que vous trouviez ceux qui vous conviennent. »
L'asgard restait la fixer, attendant patiemment qu'elle daigne quitter son sarcophage. Elle hésita quelques secondes puis elle se dit qu'après tout il était lui même nu comme tous les siens, faisant fi volontairement du fait qu'elle possédait un organe génital au contraire des asgards.
Elle fouilla parmi l'amoncellement de tissus et fut soulagée d'y trouver également des sous-vêtements à sa taille. Elle sourit intérieurement en dégageant des caleçons masculins et se saisit d'un tee-shirt. Elle était enfin en treillis, il ne lui manquait plus que des chaussettes et des boots, que Thor avait oublié. Mais l'essentiel était là !
Elle se tourna vers l'extra-terrestre qui continuait de l'observer sans arrière-pensée.
SAM : « Merci Thor. »
THOR : « Je vous en prie. »
SAM : « Qu'est-ce qui se passe ici ? Pourquoi je me réveille à bord du... "Samantha Carter", dans un sarcophage ? Où sont Daniel et Teal'c ? »
THOR : « Le général O'Neill m'a demandé de venir vous chercher pour vous plonger en état de stase pendant que lui, SG-1 et votre père allaient voler un sarcophage à Ba'al. »
Le colonel Carter étouffa une exclamation de surprise et se mit à genoux, son visage à hauteur de celui de Thor.
SAM : « Mais ils vont bien ? Pourquoi ils ne sont pas là ?! »
THOR : « Rassurez-vous colonel Carter. Votre père et vos amis sont en parfaite santé. Ils sont rentrés sur Terre il y a plus d'un mois avec le sarcophage, mais nous étions retenu dans la galaxie d'Ida. »
Elle fit un sourire éclatant au asgard et sentit perler des larmes de soulagement au coin de ses yeux. Des vagues d'émotions successives la submergeait. En l'espace de cinq secondes elle avait craint pour la vie de son père et de ses coéquipiers pour immédiatement vivre la délivrance de les savoir en vie. Elle ne croyait pas sa chance d'être elle-même vivante et en bonne santé après l'angoisse terrible qui l'avait étreinte, et Sam réalisait l'ampleur de ce que le général O'Neill avait bravé pour la sauver. Elle était emportée par la constellation de pensées émues et de sentiments qui enflammaient son esprit. Le colonel Carter commença à rire nerveusement tout en versant des larmes de soulagement.
Thor ouvrit grand les yeux d'incompréhension. Cette fois-ci Sam éclata de rire. Plus l'asgard la fixait de son regard perplexe moins elle parvenait à reprendre le contrôle d'elle-même. C'était si bon ! Être ici, dans un vaisseau rebaptisé en son honneur, son cerveau intact et son intégrité physique préservée, l'horreur de P9X-834 derrière elle.
Elle reprit sa respiration et essuya ses larmes de joie d'un revers de main.
THOR : « Je dois immédiatement téléporter le sarcophage et vous renvoyer au SG-C. Je me suis absenté trop longtemps. »
Le colonel Carter se leva et se composa instantanément un visage sérieux.
SAM : « Vous êtes en pleine guerre contre les réplicateurs et vous êtes quand même venu me sauver. Comment pourrais-je vous remercier un jour de ce que vous avez fait pour moi ? »
THOR : « En vérité c'est moi qui vient de vous remercier pour tout ce que vous avez fait pour mon peuple. »
Un flash brouilla sa vue et le rayon téléporteur la matérialisa dans le bureau du général, mais l'homme en face d'elle n'était pas Jack O'Neill. Le commandant sursauta en la découvrant; il posa des yeux ronds sur ses pieds nus et la dévisagea à nouveau. Le colonel Carter le scrutait avec le même étonnement. Des explications s'imposaient.
