Daniel posa une tasse fumante devant son amie et s'installa confortablement dans le canapé avec elle, après avoir poussé un carton.
SAM : « Vous allez vendre votre appartement ? »
DANIEL : « Non, non. On a le droit d'emporter deux ou trois cartons d'effets personnels sur Atlantis alors je me prépare tranquillement. Je ne me vois pas me séparer de mon logement alors que tout change déjà autour de moi. Savoir que j'aurai ce repère quand je rentrerai sur Terre c'est important. »
Sam avait été brièvement briefé par le général Landry des événements depuis son coma. Après un passage forcé par l'infirmerie elle s'était empressée de retrouver Daniel chez lui pour qu'il lui explique en détails tous ces bouleversements. Après des retrouvailles émues, surtout pour l'archéologue, la conversation tournait essentiellement autour du chamboulement de leurs vies plutôt que les drames antérieurs. Sam se sentait incapable de tout gérer à la fois.
SAM : « Je vous comprends. Moi-même j'ai l'impression que tous mes repères s'effritent... »
DANIEL : « Pourtant vous êtes toujours à la tête de SG-1. »
SAM : « Apparemment... Mais sans vous ce n'est plus vraiment SG-1, ce n'est plus qu'un mot qui a été vidé de son sens. »
DANIEL : « Ce n'est pas vrai. Tant que vous en ferez partie il y aura encore un peu de nous dans cette équipe. Vous avez commencé au SG-C vous aviez 30 ans et c'est un peu nous qui avons contribué à faire de vous ce que vous êtes aujourd'hui. Tant que vous commandez SG-1 notre histoire continue de s'écrire... »
SAM : « J'avais encore 29 ans. »
DANIEL : « Mille excuses madame de vous avoir vieilli de quelques mois. »
Elles sourit malicieusement à Daniel.
SAM : « C'est très poétique ce que vous dites Daniel mais ça ne me console pas vraiment de savoir que mon équipe est dissoute. Je n'étais même pas là ! En plus le général O'Neill est emprisonné, on ne sait même pas quand il va sortir. »
DANIEL : « Hammond nous a dit que sa libération devrait intervenir bientôt. »
SAM : « Ce qui ne veut rien dire. Bientôt c'est la semaine prochaine comme dans 3 mois... »
Sa voix avait légèrement déraillé sur la fin de sa phrase, mettant en lumière son angoisse. Daniel posa une main réconfortante sur son bras.
DANIEL : « Ce n'est pas aussi horrible que vous vous le figurez Sam. Mis à part l'ennui, l'emprisonnement tel que nous l'avons vécu se passe plutôt bien. Je veux dire les conditions étaient bonnes en ce qui nous concerne. »
SAM : « Oh mon dieu Daniel je suis désolée. Je ne parle que de moi et de ce qui m'inquiète, alors que vous avez risqué le pire, ait été emprisonné puis viré. »
DANIEL : « C'est faux, vous m'avez posé plein de questions sur moi en arrivant. Et puis je ne suis pas viré je suis muté. »
Sam lui lança un regard lourd de sens.
DANIEL : « Oui bon je suis viré. Mais ce n'est pas grave. Je vous assure... Pas pour moi en tous cas. »
La discussion se focalisait à nouveau sur sa personne mais elle ressentait avec culpabilité le besoin de s'épancher.
SAM : « Avec le temps je suppose que je m'y ferai... Du moment que je sais que Teal'c et vous êtes heureux et que je peux vous voir de temps en temps... Vous vous rendez compte qu'on a passé les 7 dernières années ensemble, à se voir presque tous les jours ? »
DANIEL : « Alléluia ça vous fera des vacances ! »
Ils rirent doucement et prient une nouvelle gorgée de café.
SAM : « Qui se plaindra avec moi des macaronis au fromage ? »
DANIEL : « Effectivement c'est un point essentiel. »
Voilà ce dont elle avait besoin : dédramatiser la situation avec l'un des principaux intéressés. Certes, dans le fond elle ne pouvait pas vraiment se plaindre puisqu'il y a quelques temps encore elle pensait mourir. Elle allait bien, ses amis aussi, et incroyablement ils n'étaient pas condamnés à des peines de prison pour acte de trahison.
Cependant l'avenir incertain de O'Neill et la dissolution de SG-1 jetaient une chape de plomb sur sa poitrine. Elle ne pouvait plus faire semblant et se faire croire qu'elle était cette femme forte et affranchie qu'elle se figurait être il y a sept ans de cela. Elle était devenue dépendante de ses coéquipiers et de cet équilibre unique qu'ils avaient su créer.
Finalement elle n'avait jamais été meilleure que les autres, pas davantage autonome ou forte. Après sa rupture avec Jonas elle s'était promise de ne plus tomber amoureuse d'un militaire mais avait succombé au charme d'un autre quelques années plus tard. Encore pire puisqu'il s'agissait de son supérieur direct ! Elle s'était persuadée qu'elle était plus forte que ses sentiments, continuant de travailler étroitement avec lui sans jamais entamer de relation amoureuse. Mais c'était un leurre puisqu'elle le voyait pratiquement tous les jours, dormait près de lui, riait ou pleurait à ses côtés... Se faire croire que l'on peut se passer d'une personne alors qu'elle fait partie intégrante de votre vie, quelle blague... Faux sur toute la ligne. Vraiment elle n'était pas cette femme solide qu'elle pensait être...
Perdre les repères dont elle dépendait profondément l'angoissait donc plus qu'elle ne l'aurait prétendu.
Si en plus elle laissait monter à la surface de son esprit la mort du lieutenant Hailey, du colonel Mullie, et de Bra'tac, elle était mûre pour une bonne dépression...
Elle sentit confusément les larmes lui monter aux yeux et elle s'empressa de les essuyer avec irritation.
DANIEL : « Ça devait être fantastique de retrouver Pete après toutes ces épreuves. »
L'archéologue avait changé de sujet avec entrain afin de laisser la possibilité à Sam de masquer son désarroi et la faire parler sur un sujet plus joyeux. Mais cette tactique n'eut pas du tout l'effet escompté. Sam se racla la gorge et prit tout son temps pour reposer sa tasse sur la table basse avant de répondre à son ami sans oser le regarder en face.
SAM : « En fait je n'ai pas encore vu Pete. »
Daniel ne cacha pas sa surprise.
DANIEL : « Vous êtes d'abord venu me voir ? »
SAM : « Oui. »
La jeune femme lui avait répondu avec un air assuré et sur un ton d'évidence, signifiant de façon muette : Oui, et alors ?! Son ami ne semblait pas estimer que cette réponse était si logique et naturelle. Il fronça les sourcils et fixa Sam avec perplexité.
SAM : « Je rentre tout de suite chez moi après pour le retrouver. Mais si j'étais allée le voir directement en quittant la base il ne m'aurait plus laisser sortir et j'avais trop envie de vous voir. »
DANIEL : « Sam est-ce que vous auriez un amour secret à me révéler ?! »
Dans un bref instant de panique le visage du général O'Neill s'imposa à son esprit avant qu'elle ne comprenne que Daniel plaisantait et parlait de lui-même. Elle se força à rire.
SAM : « Non non Daniel je vous rassure rien de cet ordre là. Mais j'avais vraiment besoin de vous voir aujourd'hui. Vous comprenez je ne peux pas parler avec Pete de P9X-834, de Bra'tac, de la fin de SG-1. Enfin pas dans le détail. Et puis je ne crois pas qu'il comprendrait... »
DANIEL : « C'est votre fiancé. Sans révéler des informations je pense qu'il peut saisir ce qui vous tourmente dans les grandes lignes et vous réconforter... On m'a dit qu'il avait appelé tous les jours à la base pour avoir de vos nouvelles. »
SAM : « Je sais ! »
Elle lui avait répondu plus sèchement qu'elle ne le souhaitait.
DANIEL : « Il y a un problème avec Pete dont vous souhaiteriez qu'on parle ? »
SAM : « Mais non ! »
Elle ne parvenait plus à dissimuler son agacement et le regard scrutateur de Daniel l'exacerbait de plus en plus. Bon sang elle avait juste besoin de partager des inquiétudes profondes avec son ami et pouvoir se confier sans avoir à dissimuler des informations secret-défense ! Où était le problème ?!
Sentant qu'elle avait perdu le contrôle de la situation et voulant prouver qu'il n'y avait aucun accroc dans sa relation avec Pete, elle se leva et annonça de façon impromptue qu'elle rentrait chez elle retrouver son fiancé.
DANIEL : « On se revoit demain ? »
SAM : « Je ne pense pas. Pete voudra sûrement qu'on passe toute la journée ensemble. »
Elle avait parlé avec amertume et l'archéologue lui fit un doux sourire.
DANIEL : « Je comprends c'est normal. En tous cas n'hésitez pas à passer me voir avant de reprendre le travail, ça me fera plaisir. »
Cela rappelait cruellement à Sam qu'elle ne retrouverai pas son ami à la base à l'issue de sa permission. Elle lui dit au revoir sans enthousiasme et Daniel referma la porte derrière elle avec un pli d'inquiétude sur le front.
