Elle adopta un trajet détourné pour rentrer chez elle. Elle avait décidé d'emprunter la vieille route qui sinuait à travers la forêt de pins plutôt que la grande nationale, rallongeant son trajet de dix bonnes minutes. Sam s'était dit qu'elle souhaitait profiter un peu de la nature et du calme de cette route peu fréquentée, mais elle se mentait à elle-même.

Elle n'était en fait pas du tout pressée de rentrer chez elle. En vérité Sam appréhendait les retrouvailles avec Pete. Elle avait envie de le voir bien sûr, mais elle s'était sentie obligée d'écourter son entrevue avec Daniel pour lui et elle avait horreur de se sentir contrainte par un homme. Était-ce du féminisme exacerbé ?

Ce qui la contrariait surtout c'était de savoir qu'elle allait devoir réconforter son fiancé après la peur de la perte et l'angoisse de l'inconnu. C'était très égoïste. Il avait du souffrir le martyre de la savoir en danger de mort. Mais elle ne se voyait pas le rassurer alors qu'elle était elle-même en plein deuil. Pour Sam le décès de sa jeune protégée, Jessica Hailey, ne remontait pas à trois mois et demi, délai réel depuis la mission sur P9X-834. Aux yeux du colonel ayant été plongée dans le coma puis en stase, la perte de la jeune lieutenant datait d'un jour ou deux. Sans parler de Bra'tac.

Sam ne se sentait pas rassasiée de confidences après le café pris chez son ami. Elle avait encore besoin de façon viscérale de s'épancher sur la dissolution de SG-1 et son inquiétude pour le général O'Neill. Malgré tous les efforts que son fiancé ferai pour comprendre, car c'était un homme plein d'empathie, Sam était persuadée qu'elle ne trouverait pas le réconfort qu'elle désirait auprès de Pete.

Finalement elle arriva dans sa rue et se gara derrière la voiture de son fiancé devant la maison qu'ils partageaient désormais. En apercevant le véhicule de l'homme qu'elle allait épouser elle sentit son estomac se nouer et l'envie irrationnelle de repartir. Mais merde à la fin ! Elle éprouvait le même sentiment dérangeant que lorsque Pete l'avait demandé en mariage : une discordance, entre ce qu'elle était censée sur le papier faire et ressentir, et la réalité.

Même si elle était inquiète de savoir comment son fiancé se portait après ces lourds événements, en balance elle était davantage préoccupée par sa situation professionnelle et l'avenir de Jack O'Neill. Quel était son état d'esprit ainsi emprisonné dans une cellule depuis plus de deux mois ? Que ressentait-il après la mort de leurs coéquipiers et amis ? Serait-il définitivement exclu de l'Air Force ?

Voilà ce qui importait en priorité pour Sam, et non pas les tourments de son fiancé. Sa vie émotionnelle était décidément atypique...

PETE : « Sam ! »

Elle leva ses yeux du volant qu'elle fixait depuis plusieurs longues secondes et vit Pete sortir de l'allée pour accourir vers elle. Sam lui avait envoyé un texto pour le prévenir qu'elle allait bien et rentrait à la maison (elle ne voulait pas qu'il fasse une crise cardiaque en la découvrant sur le seuil tout de même) et il avait certainement guetté son arrivée depuis la fenêtre du salon.

Elle détacha sa ceinture au moment où son fiancé ouvrait la portière puis l'extirpait de sa voiture, l'enlaçant dans une étreinte désespérée.

PETE : « Oh mon dieu Sam ! »

Il couvrait sa joue de baisers et raffermit sa prise sur elle en la tenant dans ses bras comme s'il craignait qu'elle ne s'évapore. Sam s'employa à le serrer contre elle avec la même passion, même si en vérité elle se sentait envahie par ce contact appuyé. Pete se détacha légèrement d'elle et l'embrassa avec ferveur. Ce baiser réussit finalement à éveiller chez Sam un véritable sentiment de tendresse et de joie de pouvoir retrouver son amant, après avoir failli mourir prématurément.

Elle lui répondit sans peine et fut même soulagée d'éprouver enfin depuis son retour une émotion « normale » vis-à-vis de lui. Le baiser s'éternisa un peu mais Pete finit par la libérer en la regardant avec amour, les yeux brillants.

PETE : « Je suis si heureux que tu sois là. Oh Sam tu vas bien ! Tu es en vie et tu vas bien ! C'est extraordinaire ma chérie. »

Elle lui sourit et il l'enlaça à nouveau.

PETE : « Allez viens, rentre ! »

Une fois à l'intérieur Pete se tourna vers elle en gardant sa main étroitement dans la sienne.

PETE : « Sam qu'est-ce que tu veux ? Te poser dans le canapé et je te fais un café ? Ou alors tu voudrais peut-être profiter d'être rentrée pour reprendre tes marques, prendre un bain peut-être ? Ou on peut passer tout de suite à table ! Tu as faim ? Sinon on peut aller se balader ? »

Il était surexcité et impatient de s'occuper d'elle. A nouveau Sam se sentait pressée et contrainte. Pete l'étouffait par toutes ses attentions. Elle ignorait si c'était une réaction normale.

SAM : « Pete ne t'inquiète pas si j'ai besoin de quelque chose je saurai me débrouiller. »

Il lui fit un sourire éclatant et déposa un petit baiser sur ses lèvres.

PETE : « Je suis tellement heureux de te retrouver ! Autant de bonheur c'est juste dingue ! »

Elle l'embrassa brièvement à son tour et se dirigea vers le salon pour s'asseoir dans le canapé. Pete s'assit, collé à elle, en passant un bras derrière ses épaules puis la serra contre son torse.

PETE : « Tu n'imagines pas comment j'étais mort d'inquiétude. J'ai cru que j'allais devenir fou. »

Il se lança alors dans une description détaillée de ses journées après la mission de Sam sur P9X-834. Sa visite à la base alors qu'elle était inconsciente, sa conversation avec ses collègues et le général O'Neill (elle se crispa légèrement), l'appel du SG-C pour l'informer qu'il ne pourrait plus rendre visite à Sam mais sans pouvoir lui dire précisément pourquoi. Tout ce qu'on avait bien voulu lui révéler était que sa fiancée n'était plus sur Terre et qu'une technologie alien pouvait peut-être la sauver. Alors Pete avait appelé tous les jours. Il avait également beaucoup parlé avec Marc mais c'était finalement très frustrant car le frère de Sam était encore moins dans la confidence que Pete ne l'était.

Au fil du temps qui passait il perdait de plus en plus espoir de la retrouver et avait commencé à sombrer dans une dépression et un stress intenses.

Sa litanie dura ainsi plusieurs minutes sans que Sam parvienne à lui accorder tant que çà d'importance. C'était injuste et elle s'en voulait de se montrer si distante vis-à-vis des sentiments de Pete.

PETE : « Enfin tu es là et c'est tout ce qui importe maintenant. »

Il lui fit un tendre baiser sur la tempe et entrelaça ses doigts avec les siens. La dernière personne qui avait eu ce geste d'affection envers elle était Jack O'Neill et elle se rembrunit à nouveau en songeant que son supérieur était enfermé à Leavenworth.

PETE : « Et toi comment tu te sens ? Je n'ai pas eu les détails bien sûr mais j'ai appris que certains de tes collègues étaient morts sur cette planète. Je suis vraiment désolée Sam. Tu arrives à surmonter çà ? »

Après avoir longuement écouté Pete s'épancher sur ses inquiétudes elle n'avait plus le cœur à lui faire part de ses sentiments. C'était absurde après s'être plaint de ne pouvoir suffisamment exposer en détails de ce qui la préoccupait.

SAM : « Je n'ai pas envie d'en parler. »

PETE : « Je comprends. Pour toi c'est tout récent encore. »

Son fiancé intégrait très bien le temps subjectif dans lequel elle vivait depuis son réveil sans qu'elle ait eu besoin de l'expliquer. Sam serra la main de Pete et se colla un peu plus contre lui en signe d'affection.

SAM : « Merci Pete. C'est important pour moi de savoir que je peux compter sur toi si j'en ai envie, au moment où je le souhaite. C'est bon de rentrer chez soi et se couper de tout çà. »

Pendant qu'elle parlait la main de son fiancé avait migré vers son ventre qu'il caressait gentiment. Il l'embrassa tendrement dans le cou où elle pu sentir sa respiration s'accélérer légèrement. Alors qu'elle restait passive et incertaine quant à ce qu'elle désirait vraiment, Pete se mit à lui caresser doucement un sein à travers le tissu de son haut. Sam demeurai bizarrement inactive mais cela ne préoccupait pas son fiancé qui se colla un peu plus à elle, frottant son érection contre sa cuisse.

Ne ressentant aucune excitation ce fut le signal pour Sam, qui repoussa doucement Pete.

SAM : « Pardon Pete. Je me sens très fatiguée je suis même épuisée. C'est beaucoup d'émotions. »

PETE : « Excuse-moi Sam. »

SAM : « Non non tu n'as pas à t'excuser c'est moi... Je suis un peu chamboulée par tout çà. »

PETE : « Oui évidemment. Tu n'as pas la tête à çà c'est évident. C'est juste que... Je suis très heureux de te retrouver. »

SAM : « Bien sûr ! Moi aussi. »

La gêne était perceptible mais Pete fit bonne figure et lui proposa de leur préparer un bon repas pour fêter son retour et manger sans attendre afin qu'elle puisse se coucher tôt.

SAM : « Oui s'il te plaît. Tu es adorable. »

Il baisa ses lèvres avec entrain et partit aussitôt dans la cuisine. Sam annonça qu'elle allait prendre une douche avant de passer à table. Elle était particulièrement troublée mais reconnaissante à Pete de jouer le jeu. Elle avait purement et simplement mentit à son amant en affirmant qu'elle se sentait trop fatiguée. Elle n'avait même pas du tout sommeil, et aurait été prête à passer la soirée puis la nuit à parler avec Daniel de la fin de SG-1 ou de leurs aventures sur Kroch'nel. Sam n'avait en fin de compte juste pas du tout envie de faire l'amour avec Pete ce soir.

Ce n'était pas la première fois que cela se produisait. Depuis qu'ils étaient en couple il était arrivé quelques fois qu'elle refuse ses avances. Pete se montrait toujours très compréhensif et lui avait confié que ce n'était pas grave si elle avait une libido moins forte que la sienne. Sam en doutait pourtant. Elle songea avec culpabilité à toutes ces fois où elle s'était masturbée en pensant à un autre, alors qu'elle avait refusé peu de temps avant un rapport sexuel avec Pete. Un jour elle avait même craint qu'il ne la surprenne dans son plaisir solitaire.

Sam chassa rapidement cette pensée avec un léger sentiment de honte. En passant dans sa chambre... Non leur chambre... Elle remarqua que sa chemise de nuit reposait sur son oreiller alors qu'elle aurait du être rangée dans un tiroir. Elle comprit sans mal que Pete devait dormir près du vêtement depuis tout ce temps pour combler son absence, s'abreuvant de son odeur. Sam grimaça et la culpabilité lui plomba à nouveau l'estomac.

Dans la salle de bain elle se déshabilla et ouvrit un placard pour attraper une serviette de bain propre. Sam se figea en avisant deux boîtes de comprimés qu'elle ne reconnaissait pas. Elle attrapa les flacons et constata avec tristesse qu'il s'agissait de médicaments contre le stress et d'anti-dépresseurs. Pete n'en prenait pas avant.

La jeune femme avait la gorge nouée et ne pouvait plus se départir de la culpabilité qui lui écrasait la poitrine. L'idée d'inviter Pete à la rejoindre sous la douche et annuler son refus de tout à l'heure lui traversa l'esprit, mais elle reposa les flacons à leur place et rentra seule dans la cabine de douche sans appeler son fiancé.