Six semaines après son réveil dans le sarcophage et son retour au SG-C le colonel Carter n'avait toujours pas reconstitué une équipe. Dans un premier temps elle s'était vue accorder quelques jours de repos pour digérer la situation puis avait été provisoirement intégrée à SG-3 pour quelques missions de routine. Sam passait surtout beaucoup de temps dans son laboratoire où elle était censée entre autres choses éplucher les dossiers de nombreux candidats. Mais elle procrastinait et repoussait toujours cette décision, prétextant des expériences importantes. Le colonel avait bien jeté un coup d'œil aux curriculum vitae mais elle trouvait toutes ces candidatures plutôt pauvres, ce qui était totalement malhonnête de sa part. Elle remettait donc toujours au lendemain ce qui aurait dû être fait il y a des jours de cela.

En écho à cette mauvaise volonté Sam passait également un temps considérable à éviter Pete et à trouver de fausses excuses pour ne pas faire l'amour avec lui ou même rentrer à la maison. Plus d'une fois elle s'était vue lui annoncer par téléphone qu'elle était contrainte de demeurer à la base alors que le général Landry l'avait encouragé à rentrer chez elle.

Pourtant son fiancé se montrait prévenant et compréhensif avec elle. C'était une épreuve pour lui de la savoir en mission pendant plusieurs jours alors qu'elle avait failli mourir sur le terrain. L'attente était âpre pour Pete qui prenait garde à ne pas le faire payer à Sam. Il était égal dans ses humeurs et patient. S'il avait été irascible et pressant cela aurait fourni une excuse en or à Sam pour le maintenir à distance mais Pete était adorable et d'une gentillesse constante.

C'est pourquoi il y a deux semaines, quand elle était finalement rentrée un soir pour dormir à la maison, elle n'avait pas repoussé ses avances. Sam se disait qu'elle ne pouvait pas décemment l'éconduire alors qu'elle était revenue depuis un mois sans qu'ils aient jamais fait l'amour. D'autant qu'elle avait été un mois en stase avant cela et ils avaient eu un rapport sexuel au moins deux ou trois semaines avant la mission sur P9X-834. Soit plusieurs mois sans intimité avec son fiancé !

Le pire c'est que lorsqu'il avait commencé à la caresser tendrement sous la couette elle s'était rendue compte qu'il ne lui avait pas du tout manqué physiquement. Elle avait accepté sa ferveur docilement, presque passivement, mais Pete était assez entreprenant pour deux, emballé par la possibilité de pouvoir enfin se soulager de la tension sexuelle qui le tenait au corps depuis longtemps. Il s'était bien inquiété après du plaisir de Sam mais elle avait éludé en mentant sur son orgasme et il s'était endormi en la serrant dans ses bras.

Son téléphone sonna.

SAM : « Carter. »

WALTER : « Mon colonel, le général Landry souhaite vous voir dans son bureau. »

SAM : « Très bien Walter j'arrive. »

Et bien on dirait qu'après le rapport sexuel avec Pete c'était maintenant ses devoirs concernant SG-1 qu'elle ne pouvait plus éviter. Soupirant face à ce parallèle maladroit et absurde elle mit en veille son ordinateur et se dirigea le pas lourd vers le bureau de son supérieur.

Dans les couloirs elle laissa ses pensées dériver vers son père. Il était venu la voir quelques jours après son réveil et cette visite l'avait temporairement arrachée à sa mélancolie. Sam aimerait tant qu'il puisse se libérer de ses obligations et viennent la consoler, comme lorsqu'elle était une petite fille et qu'elle était tombée ou avait fait un cauchemar. Mais elle était une adulte et ses préoccupations étaient bien plus obscures.

Elle toqua à la porte du commandant de la base et le général Landry l'accueillit avec une expression chaleureuse. Le colonel Carter était bien forcée de reconnaître la bienveillance et la compétence de son supérieur malgré ses regrets concernant le général O'Neill. Elle aurait aimé pouvoir le haïr mais c'était peine perdue.

LANDRY : « Bonjour colonel. Repos. Asseyez-vous je vous en prie. »

Depuis le premier jour le commandant de la base s'était montré admiratif envers son parcours militaire et désireux qu'elle vive au mieux la transition. Landry n'avait pas hésité à lui faire part de sa fierté d'avoir sous ses ordres une personne aussi brillante qu'elle, malgré les accusations voilées de la Maison Blanche concernant la main mise de SG-1 sur Cheyenne Mountain. Peut-être était-ce parce que sans Teal'c, Daniel et O'Neill elle ne représentait plus qu'une « menace » minime pour l'autorité du général, ou tout simplement parce qu'il avait décidé de se forger sa propre opinion. En tous cas le colonel Carter ne pouvait pas nier qu'elle bénéficiait d'un traitement très positif depuis son retour.

LANDRY : « Alors colonel comment se passent les missions avec SG-3 ? »

SAM : « Bien mon général. Ils m'accueillent à chaque fois sans problème. »

LANDRY : « Oui le colonel Reynolds m'a dit que lui et ses hommes étaient à chaque fois fiers de vous faire une place dans leur équipe. »

Sam rougit légèrement.

LANDRY : « Mais vous êtes colonel et à la tête de SG-1. Je ne peux pas continuer à vous envoyer en mission sous les ordres de Reynolds. C'est un gâchis de ressources. »

Le colonel Carter hocha la tête avec raideur mais ne répondit rien.

LANDRY : « Le fait est que vous avez eu beaucoup de temps pour réfléchir aux candidatures que Walter vous a transmis, même jusqu'à parfois rester la nuit à la base... Souvent... »

Carter se sentait très mal-à-l'aise à présent. Elle se demandait si le général, riche de toute son expérience, avait perçu les tourments dans sa vie privée.

LANDRY : « Êtes-vous préoccupée par quelque chose en particulier ? Est-ce pour cela que vous ne m'avez toujours pas transmis les noms de vos nouvelles recrues ? »

Et bingo ! Quelle poisse.

SAM : « Non mon général tout va bien. »

Landry haussa les sourcils et fit une petite moue septique.

LANDRY : « Très bien colonel. Loin de moi l'idée d'être indiscret. Si vous pensez pouvoir faire votre travail en toute sérénité dans ce cas tâchez de reformer une équipe SG-1 comme je vous l'ai demandé. Je vous laisse encore deux semaines après quoi je veux que vous déposiez sur mon bureau les trois ou quatre dossiers qui vous conviennent le plus. »

SAM : « A vos ordres. »

Elle avait hésité à parler de la perturbation d'avoir perdu ses coéquipiers, mais à quoi bon. Elle devrait quand même choisir ces foutues recrues et elle allait passer pour quoi ? Un colonel qui pleurniche et se plaint de ne plus pouvoir travailler avec ses amis ?

LANDRY : « Parfait. A votre retour de P9X-996 je vous accorderai deux jours de congé puis vous vous occuperez de ce recrutement. »

SAM : « Une permission ? En quelle honneur ? »

Landry eut un petit sourire en coin et s'adossa pleinement dans son fauteuil.

LANDRY : « Le retour de Jack O'Neill à Colorado Springs. »

Sam retint sa respiration et écarquilla les yeux, comme si elle venait de recevoir un puissant uppercut. Elle dévisagea avec stupeur le général qui jubilait, fier de son effet.

LANDRY : « Le général Hammond m'a téléphoné pour m'informer qu'il était libéré de prison aujourd'hui. »

Le colonel Carter était bien en peine de rependre ses esprits. Après tous ces doutes, toute cette attente, il était libéré... Comme çà ? C'était si soudain. Il sortait le jour-même... Mais elle partait en mission demain à la première heure ! Le temps qu'il rentre du Kansas elle serait à des années lumière de lui ! Plus loin, alors qu'ils auraient pu être si proches.

SAM : « Mais... C'est sûr ? »

LANDRY : « Absolument certain. En fait, jour pour jour, il sort deux mois après le docteur Jackson, Teal'c et le professeur Felger. Le général Hammond pense que symboliquement la Maison Blanche voulait qu'en tant que leader il écope du double des autres. »

Sam était si stupéfaite et émue qu'elle ne trouvait rien à répondre.

LANDRY : « Donc dans trois jours quand vous reviendrez avec SG-3 je vous laisserai le temps nécessaire pour profiter de vos anciens collègues. J'ai fait prévenir votre ami Teal'c qui pourra peut-être se soustraire à ses obligations et venir souhaiter lui aussi un bon retour à O'Neill. Je me doute que certains hommes de la base souhaiteront célébrer la libération de leur ancien général et j'ai pensé qu'il fallait que vous puissiez en profiter. Il n'y aura pas de cérémonie ici, la Maison Blanche n'aurait pas approuvé un événement officiel. Mais j'estime qu'il est important que Jack puisse dire au revoir à ses troupes en bonne et due forme et que vous soyez tous présents. Au delà de ce que je peux penser de lui, et que je garderai pour moi, je pense que les hommes et les femmes du SG-C ont besoin de cette conclusion pour définitivement tourner la page et aller de l'avant sereinement... Je crois que le colonel Reynolds a déjà prévu d'organiser une fête chez lui.»

Au risque de bafouiller le colonel Carter lui posa la seule question qui venait à son esprit embrouillé.

SAM : « Mais... Et alors... Le général O'Neill est muté ailleurs ? »

LANDRY : « Non colonel. Jack O'Neill ne fait plus partie de l'Air Force. »