Il n'avait pas crié. Il n'avait même pas pleuré. Seul son visage déformé par la douleur témoignait du mal qu'elle lui avait fait. Il avait accusé le coup la mâchoire crispée, les poings serrés, en prenant une longue inspiration saccadée.

Puis Pete avait annoncé froidement qu'il partait.

Sans chercher de justifications, sans quémander d'explications ni même d'excuses. Il était juste partit. Sans mener cette bataille. Il avait rendu les armes avec le peu de dignité qu'elle lui avait laissé et il était partit. Simplement partit. Rien à sauver. Rien à préserver.

C'était certainement plus raisonnable comme cela, mais Sam ne parvenait pas à s'extraire de la pensée égoïste et hypocrite qu'elle était blessée qu'il ne cherche pas à sauver leur couple. Pourquoi, alors qu'elle avait tout fait, absolument tout, pour l'anéantir ? Elle se dégoûtait.

Et elle se dégoûtait encore davantage quand à la honte venait se mêler le désir suscité par le sexe de cette nuit.

Des années à supposer, imaginer, fantasmer, espérer une éternité à désirer Jack O'Neill et la vie décidait de lui offrir l'objet de son attente alors qu'elle y avait renoncé. Elle avait lancé de nouveaux projets, s'était créé des repères et entamé une histoire plus stable, plus épanouissante, et une instance supérieure était venue mettre un bon coup de pied dans la fourmilière !

Putain de dieu.

Elle ne savait même pas ce que ce rapport avait signifié pour son ancien supérieur.

Pete c'était l'amour limpide, la sécurité, la foi en l'avenir, le désir de famille.

Jack... Et bien Jack c'était... des points d'interrogation, des ambivalences, des blessures, un passé pesant et aucune vision d'avenir c'était du désir, du refoulement, des silences aliénants, le réconfort mêlé de danger.

Sam était une femme réfléchie, aimant baliser sa vie, et qui se sentait perdre pied face à un homme avare en communication. La vérité c'est qu'elle n'arrivait pas du tout à se projeter. Impossible pour la scientifique de s'imaginer une vie à deux avec un retraité déjà marqué par les vicissitudes de la condition humaine.

Le visage de Jack s'imposa à son esprit, ses yeux pouvant passer du noir le plus froid au chocolat le plus doux... A l'image de son propre cœur tiraillé entre la peur et l'affection. Sam se sentait épuisée comme rarement, incapable de réfléchir plus avant sur le tourbillon de sa vie affective. Elle se leva enfin du canapé sur lequel elle s'était assise quand Pete avait claqué la porte. La militaire se laissa tomber tel un corps mort sur son lit. Elle se fichait pas mal d'enfiler sa chemise de nuit ou se démaquiller, ni même se glisser sous la couette. C'est un confort qu'elle ne voulait pas s'accorder.