Jack O'Neill avait la gorge serrée et le cœur cognant fort contre ses côtes quand il fit retentir la sonnerie d'entrée de la maison de son ancien second. Il jeta un coup d'œil nerveux vers la voisine de Sam en train de tailler ses hortensias en faisant mine de ne pas espionner le séduisant quinquagénaire sur le perron. Le bruit de pas de la jeune femme derrière la porte lui noua douloureusement les intestins et il déglutit en luttant contre la boule dans sa gorge.
Il savait qu'elle était maintenant en train de vérifier l'identité de son visiteur par le judas en face de lui et il aurait voulu savoir quelle expression afficher : de la décontraction ? De la détermination ? De la bienveillance ? Il ne savait pas quoi faire de ses bras qu'il croisa sur sa poitrine pour finalement les laisser balancer mollement le long de son corps, puis il décida de poser ses mains sur ses hanches pour se donner davantage de contenance.
Il savait Sam de l'autre côté mais la porte restait close pour le moment.
Jack se sentait comme un parfait idiot sous le regard comploteur de la voisine et l'attente augmentait à une vitesse vertigineuse son angoisse qui atteignait maintenant le niveau d'un Jay Felger s'apprêtant à faire un exposé devant une salle pleine.
Il devinait la jeune femme partageant la même anxiété en l'espionnant par le judas.
JACK : « Sam... S'il vous plaît... »
Peu lui importait son ton de supplique. Il était prêt à malmener sa dignité et davantage pour elle. Quelques secondes s'égrenèrent encore, prolongeant le stress de l'ancien général, quand la porte s'ouvrit enfin sur le visage inquiet de Sam. Jack ne saurai dire combien il était soulagé qu'elle les place sur un pied d'égalité en lui permettant de l'observer à son tour, mais il ne se sentait pas pour autant serein.
Ils se jaugèrent un moment. Après leur « échange » torride de la nuit dernière Jack était bien en peine de savoir ce qu'elle pensait de tout cela. Elle s'était enfuie comme une voleuse de la soirée en évitant soigneusement son regard.
JACK : « Coucou. »
Pour l'amour du ciel... « Coucou » ? Sérieusement... Après qu'ils aient fait l'amour sans retenue, il la saluait avec un « coucou » ?!
Superbe entrée en matière mon vieux pensa Jack en se mordant l'intérieur de la joue. Cependant Sam ne semblait pas se formaliser et se préoccuper plus que çà de sa façon de l'aborder. Elle laissait glisser son regard sur son visage avec des yeux inquiets.
JACK : « Je... Euh... Je peux entrer ? »
Elle n'hésita pas cette fois-ci et s'effaça immédiatement pour le laisser pénétrer dans la maison où flottait une odeur de produit désinfectant. La jeune femme était visiblement en plein ménage quand la sonnerie de la porte d'entrée l'avait interrompu. L'ancien militaire savait que c'était sa façon bien à elle de gérer les émotions envahissantes. Se lancer dans un nettoyage minutieux de tout son espace de vie, comme si désinfecter chaque parcelle de sa maison pouvait effacer les sentiments indésirables de chaque recoin de son esprit. Pas de surprise pour Jack qui s'attendait bien à trouver une Sam perturbée aujourd'hui.
SAM : « … Une bière ? »
Il acquiesça, bien qu'il n'ait envie d'aucune boisson. Cela lui semblait une bonne idée de laisser à la jeune femme quelques secondes pour rassembler ses idées. Après tout il avait eu toute une partie de la journée pour se préparer à cette confrontation.
Il s'assit dans le canapé pendant qu'elle prenait un temps exagérément long à lui ramener la bouteille qu'elle posa sur la table basse devant lui, plutôt que de la lui tendre directement. Elle s'installa à l'autre bout du canapé comme si elle craignait qu'il ne soit porteur d'une maladie infectieuse extra-terrestre.
Jack la remercia pour la bière sans mentionner cette multitude de détails. Ils ne trinquèrent pas et Sam prit soin de prendre la plus petite gorgée possible du breuvage. Tout juste elle trempa ses lèvres. Mais Jack ne le remarqua pas. Il détailla avec les sourcils soudain froncés la main de son amie. Sam suivit son regard.
SAM : « Et oui... Plus de bague. »
Elle avait asséné cette phrase avec le plus de détachement possible mais il nota le serrement dans sa voix. Son rythme cardiaque à lui fit une embardée.
JACK : « Il serait sans doute de bon ton que je vous dise que je suis désolé... mais je peux pas. »
Sam consentit enfin à le regarder droit dans les yeux.
SAM : « Comme si ça vous était déjà arrivé de dire quelque chose simplement parce que c'est "de bon ton". »
Son ancien supérieur lui fit un petit sourire et elle y répondit vaguement.
JACK : « Comprenez moi bien Sam. Je suis désolé d'imaginer combien cela a dû être douloureux pour vous que ça se termine de cette façon entre le flic et vous. »
C'était puérile mais il ne voulait pas mentionner le prénom de son ancien fiancé.
JACK : « Je veux que vous soyez heureuse. Si vous n'êtes pas heureuse je ne suis pas heureux... Alors je suis désolé pour la peine que cette rupture vous a sûrement causé. Mais je sais aussi que vous n'étiez de toute façon pas comblée par cette relation... Alors je ne suis pas désolé que le mariage soit annulé. »
SAM : « Qu'est-ce que vous en savez ? »
Cette fois-ci son ton était cassant et elle fixa son regard devant elle, perdu dans le lointain. Mais l'ancien militaire ne se laissa pas déstabiliser.
JACK : « Je vous en prie... Vous avez attendu trois semaines pour lui dire oui ! Après m'avoir demandé mon avis ! »
Il attendit quelques secondes pour lui laisser l'opportunité de répondre à cela mais sa bouche resta hermétiquement close.
JACK : « Ce n'est pas un secret que vous n'avez jamais fait preuve d'enthousiasme en ce qui concerne ce mariage. »
SAM : « Je ne suis pas du genre à montrer mon "enthousiasme" aussi facilement devant mes collègues et... »
JACK : « C'est faux. »
Sa voix à elle montait nettement vers les aigus, manifestant son énervement alors que l'intonation de Jack restait ferme mais douce. Il comprenait parfaitement qu'elle reporte sa colère sur lui. Il n'était pas doué pour manier les mots mais il avait généralement une bonne analyse des gens.
SAM : « Qu'est-ce qui vous permet de juger ma relation avec Pete ?! Qu'est-ce que vous savez des sentiments que j'avais pour lui ?! »
JACK : « Vous transférez une partie de votre colère que vous avez contre vous-même mais çà je peux le comprendre. Si ça vous fait du bien... »
SAM : « Ne soyez pas condescendant ! »
JACK : « C'est entendu. Cela dit il y a une part de cette colère contre moi qui m'est réellement adressée et elle est justifiée. Alors je vous présente mes excuses... Je suis désolé. Malgré nos responsabilités respectives à l'époque je crois que j'aurai du réagir... Vous retenir... Et ça vous aurait épargné bien du chagrin... Pardon Sam. »
Sam aurait manifestement bien voulu rester sur le registre de la rage mais Jack savait que son aveu, ses excuses, son attitude nouvellement ouverte la désarçonnait et l'empêchait de continuer à être en colère contre lui. Elle baissa la tête comme pour capituler et ferma les yeux, sans doute pour s'empêcher de pleurer.
JACK : « Sans être condescendant... Il y a une bonne partie de cette colère qui ne me concerne même pas. Vous vous en voulez d'avoir fait souffrir Shannahan, c'est tout. »
Ses lèvres tremblèrent. Estimant qu'il y avait maintenant peu de risques qu'elle se braque, il se rapprocha d'elle sur le canapé, son genou frôlant à peine le sien.
JACK : « Ce n'est pas moi en fait qui dit que vous manquiez d'enthousiasme pour cette relation... C'est vous Sam ! Vous parlez déjà de vos sentiments au passé. Si vous l'aimiez tant que çà, votre cœur aurait changé si vite ? »
Une larme coula doucement le long de la joue de la jeune femme et Jack caressa la main de son ancien second.
JACK : « Hier soir je n'ai pas rêvé ? C'est vous qui m'avez regardé comme si vous aviez envie de m'embrasser ?... Mmh ? Quand on était dehors? »
Docilement elle le laissa glisser sa main dans la sienne et se coller un peu plus contre elle.
JACK : « Sam. »
Son autre main vint prendre en coupe son visage, essuyant au passage quelques larmes. Il l'incita à tourner la tête vers lui et elle rouvrit les yeux. Jack caressa tendrement sa joue et il fit courir son pouce sur la lèvre inférieure de la jeune femme dont les pupilles se dilatèrent immédiatement.
Elle était perturbée mais le désir était bel et bien là.
JACK : « Je sais que vous avez peur. Vous avez perdu presque tous vos repères, au travail et au niveau personnel. Tout se bouscule et tout change autour de vous et ça vous angoisse. Moi aussi j'ai du mal à encaisser tous ces changements mais... Mais on s'est toujours désiré, çà ça n'a jamais changé. »
Sa main migra vers l'arrière de sa nuque de cette même façon si hypnotisante que la nuit dernière, ses doigts massant discrètement la naissance de ses cheveux. Les lèvres de Sam s'entrouvrirent presque imperceptiblement et Jack identifia cela comme un signal, sentant une chaleur intense monter par vagues rapides entre ses jambes. Sa peau était si douce... Et les souvenirs des gémissements de la jolie blonde venaient se répercuter en écho dans son esprit.
Il avait préparé son discours avant de venir la rejoindre chez elle, il avait des choses importantes à dire et il devait garder le cap. Mais les yeux remplis d'envie de Sam le troublaient.
JACK : « Cette chose qu'il y a entre nous... Elle est là depuis des années et elle est toujours là... C'est çà notre repère... Non ?... On a failli se perdre tellement de fois Sam... Trop. Je ne veux plus vous perdre, je peux plus le supporter. En ce moment je me sens perdu pour tellement de choses... Mais pas avec vous.»
Est-ce que c'est ce qu'il avait préparé ? C'est ce qu'il voulait lui dire en arrivant ici ? Il ne savait plus. Est-ce que c'était clair ? Est-ce que c'était ce qu'elle avait besoin d'entendre pour être rassurée ? Il avait minutieusement organisé et répété son discours avant de venir et il laissait les mots s'échapper. Plus la pression dans son pantalon augmentait moins il savait ce qu'il devrai dire pour préserver ce moment crucial.
Sam posa une de ses mains contre son torse comme pour l'inciter à garder ses distances. Il est vrai qu'il s'était nettement rapproché d'elle réalisa-t-il.
SAM : « Attendez... il faut qu'on parle... »
JACK : « Non. »
Il plongea sur ses lèvres avec avidité, glissant immédiatement sa langue dans la bouche de sa partenaire. Leurs souffles dévinrent tout de suite saccadés, et des gémissements de contentement emplirent la pièce. Les discours larmoyants ce n'était pas son registre... Çà... Çà... C'était définitivement son registre...
Jack interrompit brutalement leur baiser. Le regard noir de désir, il saisit Sam par les hanches pour la positionner vers le milieu du canapé et la fit basculer en arrière. Dans la seconde suivante il pressait son érection entre ses jambes. Jack inspira l'odeur de la jeune femme, le nez plongé dans son cou alors qu'il la sentait céder à son envie. Peut-être ne s'en rendait-elle même pas compte mais elle avait relevé un peu plus ses jambes, accentuant le contact brûlant entre eux. Il grogna de plaisir et mordit gentiment le lobe de son oreille après l'avoir léché.
Sam se cambra sous lui, le souffle anarchique.
SAM : « Jack... »
Une dernière tentative de le ramener à la raison pour qu'ils continuent cette conversation si importante et indispensable ? Une supplique pour qu'il la libère de la barrière de leurs vêtements et réunir enfin leurs deux corps brûlants ?
Peut-être les deux...
Jack emprisonna un de ses seins à travers le tissu de son tee-shirt et l'embrassa avec passion, arrachant un nouveau gémissement d'envie chez Sam. Puis ses lèvres et sa main descendirent lascivement. Suçotant le cou de sa partenaire, ses doigts glissant avec empressement le long de son ventre pour se glisser dessous la ceinture de son pantalon, il frotta son sexe douloureux contre le corps de Sam.
JACK : « Samantha... »
Après cela elle ne fit plus aucune allusion à cette discussion qu'ils devaient impérativement avoir.
