Le bruit d'une tondeuse dans le lointain ne parvenait pas à couvrir le son du sécateur de la voisine taillant ses arbustes. Il y avait également des éclats de rire parfois, des enfants jouant probablement dans le parc au bout de la rue. La mélodie des beaux jours. Les sons de l'été et des longues journées de repos. C'était relaxant. Moins que la main de Jack caressant sa colonne vertébrale, mais relaxant tout de même.
Une brise tiède se frayait aussi un passage par la fenêtre entrebâillée. Sam se demanda vaguement si sa voisine avait entendu leurs cris de jouissance mais balaya cette idée avec indifférence.
Elle avait le cœur encore saisit par la déclaration de Jack juste avant qu'il ne s'abandonne à son orgasme. Il la serrait désespérément contre elle, ses hanches rencontrant puissamment les siennes, et il lui avait dit qu'il l'aimait.
Ses mots, combinés à la sensation de son sperme envahissant son entre-jambe l'avait faite basculer immédiatement dans la jouissance.
Tout comme la veille leur étreinte n'avait pas duré longtemps, tout au plus dix minutes, préliminaires compris, mais elle avait été à nouveau pleinement satisfaite.
Elle était désormais allongée sur le torse large de son amant, leurs jambes entrelacées.
SAM : « Jack ? »
JACK : « Mmh. »
SAM : « Est-ce que... On est en couple ? »
Elle devina son sourire pendant que la main sur son dos descendait sans gêne, caressant le galbe d'une fesse.
JACK : « Vous je ne sais pas, mais moi je suis très en couple là. »
Elle ne pût s'empêcher de sourire à son tour, les doigts de son amant envoyant immédiatement des frissons de plaisir dans son corps nu. Il était délicieux de découvrir un Jack aussi ouvert sur ses sentiments, aussi loquace et démonstratif. Mais une pointe d'inquiétude maintenait une tension entre ses épaules. Il y avait tant d'inconnues. Et ce vouvoiement persistant... Tellement en décalage désormais avec leur situation.
SAM : « Non je veux dire... Est-ce qu'on peut espérer construire quelque chose tous les deux ? »
JACK : « Comment çà ? »
Sa main était remontée dans le creux de son dos.
SAM : « Déjà est-ce qu'on va continuer à se vouvoyer alors qu'on couche ensemble ? »
JACK : « Ah... Et bien, une question d'habitude... Ça viendra naturellement je suppose. Je ne vais pas me poser trop de questions... Je veux juste laisser les choses se faire... comme çà... »
SAM : « Ok... »
La crispation entre ses omoplates était toujours là et il y avait quelque chose dans la réponse de Jack qui ne semblait pas coller avec ce qu'elle attendait.
JACK : « Un problème ? »
SAM : « Non, non. »
En continuant de masser tendrement son dos, il posa son autre main sur la sienne, qui traçait de petits cercles sur son torse.
JACK : « Il y a un malaise ? »
SAM : « Non. Non, tout va bien. »
Ils restèrent silencieux un moment.
SAM : « C'est que... Il y a des choses... Des choses qui comptent pour moi, qui sont importantes. Je ne veux pas laisser notre relation en roue libre, juste comme çà, sans avoir un minimum de certitudes sur l'avenir. »
JACK : « Et quoi ? »
Sam releva sa tête et planta son regard dans le sien. Il avait des yeux inquiets mais elle se jeta tout de même à l'eau.
SAM : « Qu'est-ce qu'on veut pour nous deux ? Moi je crois savoir, mais vous ?... Vous voulez vivre avec moi plus tard ou est-ce que vous êtes trop habitué à avoir votre propre espace ? Et vous m'attendrez sagement à la maison en vous occupant du ménage, des courses, de la cuisine, et tous ces trucs pendant que moi j'irai travailler, voyager sur d'autres planètes et me battre ? »
Une barre entre ses sourcils froncés, et ses doigts crispés sur sa peau nue trahissaient son appréhension.
SAM : « Je ne dis pas qu'il faut qu'on se positionne tout de suite, qu'on trace des plans sur la comète mais... Déjà savoir ce qu'on envisage. Je ne sais pas si nous deux ça va marcher et si je voudrai vivre avec vous, mais je sais que j'envisage cette possibilité ! Et c'est déjà beaucoup... C'est important. »
JACK : « Je... Sam je ne sais pas, je... »
SAM : « Est-ce que vous envisagez la possibilité qu'on ait un enfant ensemble un jour ? »
La voilà la vraie question, la véritable question qui lui encerclait le cœur. Elle n'aurait pas pu toucher une corde plus sensible. Elle vit sa pomme d'Adam remonter alors qu'il déglutissait avec difficulté. Ce n'était pas très juste de sa part de le presser ainsi, et pas très prudent.
Dans n'importe quelle relation il était judicieux d'attendre avant de poser ce genre de questions cruciales. Mais un sentiment puissant en elle la poussait à exiger au moins un début de réponse. Ce n'est pas comme s'ils entamaient tout juste leur histoire : ils se connaissaient depuis des années et elle était déjà tellement amoureuse de cet homme... Attendre des mois, à goûter sa peau, partager son lit, l'embrasser, le caresser, et apprendre seulement ensuite qu'une vie de famille avec lui était impossible ? Elle ne pourrait pas le supporter... Elle savait qu'elle ne pourrait pas. Mais renoncer à lui aujourd'hui s'il lui refusait tout cela, le pourrait-elle davantage?
JACK : « Je sais pas. »
Cet aveu lui était manifestement douloureux. Sam soupira et se mordit la lèvre inférieure avec appréhension. Jack l'enlaça de ses bras et rapprocha son visage du sien, quémandant un baiser.
JACK : « Je sais pas si je pourrai... Je crois... Peut-être. Mais je sais que j'ai besoin de toi... S'il te plaît... J'ai besoin de toi... »
Son nez frottait gentiment contre le sien et elle accepta le contact de ses lèvres. C'était un baiser chaste, très tendre, mais à travers lequel elle pouvait sentir poindre son désespoir qu'elle puisse renoncer à lui.
Sam caressa son visage et pour la première fois prit l'initiative d'approfondir leur baiser.
Elle l'avait poussé dans ses retranchements et il ne s'était pas braqué avec colère comme il le faisait habituellement dans ces cas là. Bien au contraire : il l'avait tutoyé et avait supplié un rapprochement.
Il s'était tellement dévoilé aujourd'hui.
Ce n'était pas la promesse d'avenir dont elle avait envie, mais au moins celle dont elle avait besoin. C'était tout ce qu'elle obtiendrait de lui pour le moment, et à cet instant c'était suffisant.
