Normalement, j'avais terminé ce recueil, mais j'y ai rajouté des drabbles issus d'autres recueils que j'ai commencé sans les terminé et comme il n'y en a que peu, je les place ici pour pouvoir les placer. Le but était d'introduire les mots donnés dans le drabble.
19. AmeriWay (Amérique x Norvège)
T
Mots à introduire :
- Public
-Vent
- Chaîne
Les notes de musique, mélodieuses car bien accordées, s'échappaient de l'instrument au son cristallin, emplissaient la pièce de leur douceur avant de s'évaporer dans l'air comme une fumée éparse. Et cela recommençait encore et encore, jusqu'à ce que finalement, plus aucun son ne parvienne, cessant de faire grésiller l'ouïe attentive des auditeurs. Quelques secondes de pur silence, qui assourdissait de par l'arrêt soudain de la musique, puis un tonnerre d'applaudissement éclata dans la salle, faisant écho sur les quatre murs qui répercutèrent le bruit. Sur la scène de parquet en bois, un jeune homme tout habillé de noir, surprenant contraste avec sa peau diaphane et ses cheveux d'un blond limpide, se leva de son tabouret haut sur lequel il se tenait depuis voilà quelques heures maintenant. Son violon miracle dans la main, il se redressa, fier, face au public qui clamait. Son regard froid passa sur la foule en extase et s'arrêta, l'espace d'un instant, sur un visage bien familier. Lui n'applaudissait pas, il le regardait droit dans les yeux, un sourire timide – chose plutôt rare chez lui, étant donné qu'il avait davantage pour habitude de larges sourires. C'était la seule personne dont les félicitations implicites rendaient l'artiste heureux, c'étaient les seules dont ils se souciaient. Tous les autres applaudissements ne signifiaient rien d'autre qu'une infime partie de sa fierté.
Les clameurs durèrent encore quelques instants, encore quelques temps après qu'il soit sorti de scène, non sans un dernier regard en direction du garçon dans la salle. Il se retira dans sa loge attribuée, rangea son si précieux instrument dans son étui et enfila son lourd manteau noir d'hiver. Lorsque finalement il sortit de sa loge dans laquelle il s'était préparé à repartir chez lui, bien des minutes après que les spectateurs s'en soient allés, il retrouva à l'extérieur de la salle de concert celui qu'il avait observé après sa performance musicale dans le froid glacial de ce mois de novembre bien entamé. Un baiser les réunit, réchauffant quelques brefs instants leurs lèvres froides surtout dans le cas du blond spectateur, preuve incontestable que cela faisait déjà de longues minutes qu'il l'attendait. Lorsqu'ils reculèrent leurs visages, un mot s'échappa de la bouche rougie de baiser du plus grand des deux, un simple « bravo » qui signifiait beaucoup pour le violoniste. Car ce mot, à lui-seul, avait tellement de sens différent que seul son destinataire pouvait déceler.
Finalement, plusieurs minutes se poursuivirent, qu'ils passèrent dans les bras l'un de l'autre, avant de se diriger d'un commun accord en direction de leur petit appartement, main dans la main. Ils ne se soucièrent pas plus que ça du vent frigorifiant qui soufflait dans leurs cheveux, qui gelait leurs joues et leurs nez et humidifiait leurs yeux fragiles. Ils étaient bien trop occupés à se lancer des regards lourd de sens, à se sourire mutuellement et à rougir lorsque leurs regards devenait trop intense. C'était quelque chose qu'ils n'avaient pas pour habitude de faire : se prouver leur amour. Il était une époque où, même s'ils étaient effectivement en couple, rien, aucun indice, ne le laissait prétendre. La raison ? Lukas, tel était le nom du violoniste mondialement reconnu, n'était pas de nature quelqu'un de particulièrement démonstratif, voire même froid. Pourtant, cela n'avait pas empêché le chaleureux Américain de tomber amoureux de lui et d'avoir eu le courage incroyable de demander à son artiste, son modèle de sortir avec lui. C'était avec un regard froid comme la glace et un visage mortellement neutre que le Norvégien aux cheveux de satin blanc lui avait répondu : « Pourquoi pas ? ».
Le plus grand blond avait été fou de bonheur. Deux ans avait passé, mais loin de ce qu'Alfred avait pu imaginer, cela n'avait pas été une idylle parfaite, loin de là. Lukas était aussi froid qu'un mois de décembre enneigé et sarcastique à en blesser. L'amour que l'Américain lui portait ne semblait pas être réciproque et Lukas n'avait pas hésité à le lui rappelé chaque jour. Ses paroles étaient douloureusement aiguisées et aller droit au cœur tandis que sa distance était cruellement renforcée par ses regards polaires qui disaient clairement : « Va-t'en ! » avec autant d'austérité que si les mots étaient sortis tout droit de ses lèvres.
Ainsi, Alfred avait été malheureux que son amour ne lui soit pas rendu ne serait-ce qu'un peu, bien qu'il n'en montra rien jour après jour. Finalement, comprenant bien qu'il n'avait aucune chance que son aimé lui rende ses sentiments, il était parti sans un regard en arrière, sans voir qu'il laissait derrière lui un homme à priori de glace dont le cœur de pierre s'était fendu en deux. Des mois avaient passé avant que Lukas, qui n'était plus qu'une coquille vide, ne vienne réclamer à sa porte son retour. Lorsque l'Américain avait vu l'état avancé de dépression dans lequel le Norvégien s'était plongé après son départ, il n'avait pu résister et était revenu à ses côtés.
A présent, trois autres années s'étaient écoulées et c'était le parfait bonheur qu'ils filaient. Tout cela parce que Lukas c'était libéré deschaînes qui le maintenait accroché à cette attitude froide, méprisante, distante qu'il s'était forgé dans son enfance déjà. Et maintenant, tous deux en étaient heureux car l'amour, réciproque depuis le début mais profondément enfui dans l'un des cas, étaient finalement ressorti et cela s'exprimaient pas tant de gestes, de mots, d'actes de tendresse…
Finalement, les deux amants que le destin avait attachés vivaient ensemble et n'en étaient que plus fortement heureux. Ils arrivèrent enfin dans leur appartement partagé, leur nid d'amour, des sourires devenu désireux aux lèvres tandis que l'idée subtile de se réchauffer d'une manière bien précise leur vint à l'esprit.
Car lorsque l'on aime, il faut le montrer de peur de perdre la personne chère à notre cœur, autrement, ce dernier peut s'en retrouver meurtri.
