Dans cette version, Rogue est toujours professeur de potion et Harry n'a pas été chez les Weasleys mais a passé tout l'été chez les Dursleys.
Chapitre 2
Des paupières lourdes s'ouvrirent péniblement sur des yeux d'un vert intense. Un coup d'œil au plafond blanc suffit à Harry pour savoir où il était, l'infirmerie. Il fit un bref inventaire de son état physique. Mais à part son état habituel des deux dernières semaines, il ne trouva rien. Lentement, il se redressa et mit ses lunettes qui attendaient sagement sur la table de nuit. Un grognement attira son attention à sa gauche. Dans le lit voisin au sien, le terrible professeur de potion faisait péniblement surface. Bon sang… il s'était encore mis dans un sacré pétrin.
Rogue se redressa également dans son lit et avisa rapidement sa situation et la présence d'Harry. Si un regard pouvait tué, le jeune homme serait tombé raide sur le sol. Il allait commencer à parler, ou plutôt à hurler, lorsque Madame Pomfresh fit son entrée avec un grand sourire.
- Haaa ! Vous êtes réveillés ! Parfait, parfait. Le professeur Dumbledore vous attend dans son bureau.
- Que s'est-il passé ? demanda doucement Harry.
Il sentait l'ire de l'homme à côté de lui comme si elle irradiait de l'intérieur de son propre corps et n'osait pas trop se faire remarquer. Il ne doutait pas que Rogue allait le faire payer ce détour à l'infirmerie mais le plus tard serait le mieux.
- Et bien, répondit l'infirmière, il semblerait que vous ayez tous les deux été touché par une potion des plus particulières. Je laisse le soin au professeur Dumbledore de vous en expliquer les effets. Mais n'ayez crainte, vous ne souffrez d'aucune brûlure.
Et sans plus d'information qu'un grand sourire, la femme les quitta pour retourner à son office. Rogue se mit alors en mouvement. A la vitesse de l'éclaire, il s'était levé de son lit, rejoint celui d'Harry et attrapé avec violence l'épaule du jeune homme. Figé par la surprise et la douleur provoquée par la poigne de fer qui enserrait son bras, Harry ne bougea pas d'un poil quand le visage de Rogue se mit à quelques centimètres du sien. Le masque dénué d'expression était trahit par la furie qu'Harry pouvait lire dans les onyx noirs.
- Comment peut-on être aussi stupide et incompétent Potter ?! claqua la voix du professeur. Vous êtes bien comme votre père, toujours vouloir être le centre de l'attention !
- Professeur je…
- SILENCE ! Vous et moi, nous allons régler cette histoire dans le bureau du directeur. 50 points en mois pour Griffondor, pour avoir mis en danger la vie d'un professeur. Et je vous conseil de laisser tomber le quidditch pour cette année, vous serez en retenue avec moi pour toute sa durée.
Harry avait chaud. Il avait l'impression d'étouffer dans une fournaise de colère qui le brûlait tout entier. Il sentit vaguement Rogue le tirer hors de l'infirmerie. Son corps était lourd, il se sentait mal. Mais le professeur de potion ne ralentit pas le rythme que soutenaient ses longues jambes, forçant Harry à trotter derrière lui. Ce n'est que devant la gargouille qu'il finit par le lâcher.
- Fraise tagada !
Harry n'aurait jamais pensé entendre quelqu'un prononcer le nom d'un bonbon de manière si agressive. La main revint à son épaule douloureuse et les deux hommes avalèrent les escaliers avant d'arriver devant la porte du bureau du directeur. Avant même que Rogue puisse frapper à la porte, un : « entrez » retentit depuis l'autre côté.
- Entrez, entrez ! dit joyeusement Albus Dumbledore. Du thé ?
Dumbledore leur indiqua chacun une chaise devant son bureau où reposait deux tasses de thé fumant. Mais Rogue n'était pas d'humeur.
- Je ne suis pas là pour prendre le thé Albus ! gronda le professeur. Dîtes moi juste quelle potion Mr. Potter a eu la stupidité de créer pour que j'aille chercher l'antidote, je me ferais par la suite un plaisir de rédiger l'emploi du temps des retenus de Mr. Potter pour le reste de l'année.
Le regard du directeur se mit à pétiller de mille feux au plus grand agacement de son collègue.
- Je crains que ça ne va pas être aussi facile Severus, dit Dumbledore qui jeta un coup d'œil à Harry qui s'était écroulé sur sa chaise. Prenons le thé et discutons calmement.
- Albus, je ne vais pas…
- Severus, coupa le vieil homme, assieds toi et bois le thé.
Rogue connaissait ce ton, Albus n'acceptera aucun refus de sa part. Serrant les dents, la chauve souris des cachots s'assit à côté de son élève honni et prit la tasse fumante devant lui. Satisfait, Dumbledore s'assit à son bureau et lança un sourire encourageant à Harry qui prit également son thé. Le directeur attendit que les deux hommes aient pris quelques gorgées du breuvage. Immédiatement, leurs épaules se détendirent. Il ne faisait aucun doute qu'Albus avait pris soin de doter le thé d'un petit plus (philtre calmant).
Harry put respirer plus librement, la rage viscérale qui lui avait coupé le souffle s'étant calmée un peu. Mais il se sentait à présent fiévreux. Harry secoua lentement sa tête pour se concentrer sur ce qu'expliquait Dumbledore.
- Premièrement, je pense qu'il est important que vous sachiez que vous êtes resté inconscient pendant 24h, commença le vieil homme.
Une paire d'yeux s'écarquilla alors que la deuxième se plissa très légèrement.
- Durant ce lapse de temps, j'ai moi-même effectué une série de test pour découvrir la nature de la potion qui vous a frappée…
Cela faisait un certain temps qu'Albus essayait de mettre au point un moyen pour améliorer la relation de ces deux garçons. De son point de vue, ils avaient beaucoup de choses à s'apporter l'un l'autre. Et voilà que le destin venait, de la manière la plus causasse, lui apporter sur un plateau d'argent la solution.
- Il s'agit de la potion Ligamen amplificator. Je suis navré mais il n'y a pas d'antidote.
La quoi ..? Harry n'avait pas la moindre idée de la nature ou de l'effet de cette potion. Le bruit d'une tasse s'écrasant sur le sol attira son attention.
- QUOI ?! rugit le professeur de potion.
L'homme se leva d'un bond et se tourna vers Harry, fumant.
- COMMENT AVEZ VOUS OSEZ, POTTER !?
La sensation de colère était revenue, elle explosait dans tout son être et Harry ne put s'empêcher d'être affecté.
- JE N'AI RIEN FAIT ! cria-t-il à son tour.
- MONSONGES !
- SEVERUS !
La voix du directeur frappa comme le tonnerre.
- Severus, reprit plus doucement le vieil homme, je ne pense pas que Mr. Potter ait les connaissances suffisantes pour effectuer une telle potion. Je te demande de ne pas hurler sur lui.
Rogue suivit le regard inquiet d'Albus vers Potter. Celui-ci s'était levé lorsqu'il lui avait crié dessus. Il se tenait désormais la tête basse, tremblant, la respiration difficile. C'est là que Rogue oublia sa colère et fut envahit par les émotions du jeune homme. Le gamin était mal, extrêmement mal. Mais par dessus tout, il ressentit de la peur… non… de la terreur. Rogue était surprit, était-il la source de cette terreur ? Cette idée lui était étrangement dérangeante. Il avait toujours voulu inculquer le respect dans ce gamin arrogant. Mais à ce moment précis, il avait l'impression de se retrouver dans les chaussures de son père, tyran alcoolique et violent, et Potter était dans celles qu'il portait enfant, prêt à encaisser les coups.
Cette réalisation lui fit l'effet d'une douche froide. Il passa une main dans ses cheveux et prit une grande respiration. Une fois totalement calme, il s'approcha du jeune homme.
- Mr. Potter, dit-il doucement.
Un regard voilé se leva vers lui. Rogue fronça les sourcils. Avec lenteur, ses longs doigts attrapèrent le menton d'Harry et une main se plaça sur son front. Le professeur pouvait clairement dire que l'élève était fiévreux. Il avait entendu dire que la Ligamen amplificator pouvait avoir des effets sur le corps. Etait-ce cela qui rendait Potter malade ?
- Combien de temps va durer les effets ? demanda Rogue sans lâcher sa prise.
- Hmm je ne peux faire qu'une estimation, mais je pense un bon mois, répondit Albus avec les yeux brillants devant le spectacle.
- Quels sont vos plans ?
- Et bien, vu son état je pense qu'il est plus sage qu'il reste dans tes appartements pour le moment. Ce genre de potion à la désagréable tendance à réagir différemment suivant les hôtes.
Dumbledore s'attendait à une pluie de protestations mais il ne reçut qu'un hochement de tête.
- Il faudra expliquer au jeune Mr. Potter les effets d'une telle potion. Le renforcement du lien entre deux individus n'est pas banal. Vous allez devoir partager vos émotions pendant un certain temps, ajouta-t-il.
- Je sais, je lui expliquerai, répondit distraitement Rogue.
Durant leur conversation, Harry, dont la tête s'alourdissait de seconde en seconde, avait commencé à s'appuyer sur les longs doigts fins qui tenaient son menton. Sa tête finit par reposer dans la main de son professeur. S'il avait été dans son état normal, jamais il ne se serait permis une chose pareille. Mais la fraicheur et la douceur de cette main étaient trop délectables pour y résister. La sensation de calme qui régnait à présent en lui le poussait à fermer les yeux.
- Mr. Potter.
La merveilleuse voix de baryton de l'homme en noir s'éleva dans le brouillard ambiant de son esprit.
- Hmmm ? souffla Harry distraitement, il était juste trop bien dans cette main.
- Mr. Potter, je dois vous emmener dans mes appartements où vous devrez rester un certain temps, est-ce que vous êtes d'accord ?
- Hmmm.
- J'ai besoin d'une réponse verbale Mr. Potter.
- Oui
La réponse avait été soufflée dans un soupir de bien être. Une partie de l'esprit de Rogue fut très intéressée par ce son. Le rire discret du directeur rappela le professeur à la réalité et il tourna sa tête vers son supérieur.
- Pardon Severus. Je pense que tu ferais bien d'emmener le jeune Mr. Potter. Il aura sûrement besoin d'une potion pour réduire sa fièvre. Nous reparlerons de tout cela plus tard.
- Très bien, répondit l'homme en noir.
Rogue retourna son attention vers le jeune homme. Celui-ci n'était clairement pas en état de marcher jusqu'au cachot. Harry entendit un soupir puis se sentit soudainement soulevé du sol et tout ce que son cerveau enregistra fut qu'il était au chaud et que le torse contre lequel il se trouvait sentait merveilleusement bon. Rogue le porta à travers la cheminée du directeur jusqu'à son appartement. Le voyage prit cinq minutes, mais ce fut suffisant pour qu'Harry sombre dans un profond sommeil.
