Chapitre 7

Harry qui n'avait définitivement pas pardonné à Rogue son comportement s'enferma dans un total silence durant les jours qui précédèrent le jeudi fatidique. Le sombre professeur avait tout tenté pour le faire parler mais rien n'y avait fait. Jeudi arrivait à son terme et Rogue quitta son appartement, laissant seul Harry qui n'avait toujours pas décroché un mot. Ce comportement était infernal pour l'homme. Il avait trouvé la situation reposante au début, un Potter muet… que demandé de plus ? Mais voilà quatre jours que le garçon refusait d'émettre un son et l'inquiétude commençait à l'envahir.

Dans un soupir Rogue se dirigea vers le bureau de Dumbledore. Le directeur lui avait donné rendez-vous pour boire le thé. Une manière cordiale de dire qu'il voulait un rapport complet sur le développement de la situation avec Potter… Qu'allait-il bien pouvoir lui dire ? Que le petit merdeux refusait de lui parler parce qu'il avait blessé son pauvre petit cœur d'adolescent sensible ? Il n'était pas sûr que l'incident du tapis irait en sa faveur… Mais en maître occlument, il n'hésiterait pas à jouer ses cartes intelligemment, quitte à cacher certaines choses.

Après 15 minutes de marche, Rogue se trouvait devant la gargouille du bureau de Dumbledore.

- Choco grenouille, dit-il d'un ton sec.

Le chemin se libéra pour découvrir l'escalier habituel. Une fois devant la porte du bureau, il frappa trois fois, attendant l'indication d'entrée qui vint peu après. Rogue pénétra dans la pièce.

- Ha ! Séverus ! Comment allez-vous mon cher ami ?

Dumbledore se leva de derrière son bureau pour accueillir le professeur. Il semblait d'excellente humeur et avait ce pétillement légendaire dans le regard.

- Plutôt bien, je vous remercie, répondit sobrement Rogue.

Le directeur le dirigea vers une petite table où attendaient thé et petits gâteaux. Ils s'installèrent l'un en face de l'autre et la théière se souleva dans l'air pour remplir les deux tasses.

- Parfait, parfait ! continuait Dumbledore. J'ai moi-même eu la très grande joie de m'entretenir avec une vieille amie à moi, vous connaissez sûrement Mme Tourdesac.

Rogue hocha la tête. Qui ne connaissait pas l'écrivaine ?

- Et bien figurez-vous qu'elle a retrouvé de vieilles photos…

Et Dumbledore se lança dans l'explication tortueuse de la généalogie de la famille Tourdesac. Rogue écoutait religieusement. Il connaissait bien le vieux directeur, il savait qu'il ne commençait jamais par le sujet qui le préoccupait véritablement. Cette habitude avait plus d'une fois horripilé Rogue qui ne supportait pas de perdre son temps dans des divagations sans intérêt. Mais avec le temps il avait compris qu'il ne pouvait rien faire pour s'y soustraire.

Après 15 minutes de souffrance, le directeur posa doucement sa tasse et fixa l'homme de ses yeux bleus perçants. Rogue se tendit légèrement sous la pression du regard, ils allaient finalement entrer dans le vif du sujet.

- Enfin, j'imagine que tout cela ne vous passionne pas vraiment, n'est-ce pas Séverus ? Parlons plutôt d'autre chose. Tient ! Comment va Harry ? La dernière fois que je l'ai vu il semblait bien mal…

- La santé de Monsieur Potter s'est améliorée, il est totalement remis, répondit Rogue.

- Il arrive parfois que la Ligamen Amplificator ait ce genre d'effet. Je suis heureux d'entendre qu'il se porte mieux, ajouta Dumbledore avec un sourire.

- La potion n'était pas la source de son état… Il semble que le garçon se soit blessé et ait négligé de se soigner, ce qui a résulté d'une sérieuse infection du sang.

Dumbledore fronça les sourcils alors que Rogue se passait une main dans la nuque.

- A-t-il confié comment c'est arrivé ?

- Non. Le garçon est aussi buté que l'était son père, il refuse obstinément d'en parler.

Le directeur observa son collègue pendant un instant. Il avait espéré que Harry et Séverus se rapprochent grâce à la potion et la cohabitation mais il semblait que les choses ne se passaient pas très bien.

- Avez-vous essayé de l'approcher avec douceur, Séverus ? demanda le vieil homme lentement.

La scène du tapis lui revint en tête. Il avait tenté d'obtenir des aveux de force et la situation avait totalement dérapé… La question le mit mal à l'aise, il commençait à avoir chaud.

- Peut-être serait-il temps de parler avec lui ? poursuivit Dumbledore devant le silence de son collègue. Avoir une discussion posée.

- Croyez-vous que je n'ai pas déjà essayé ? s'insurgea l'homme en noir. Potter n'écoute rien ! Il se croit au-dessus de tout et ne réfléchit jamais aux conséquences de ses actes ! Il ! Il…

Rogue se tue. Il avait chaud, il était irrité, il avait de la peine à rester calme. Quelque chose n'allait pas.

- Allons allons mon garçon, je ne vous jette pas la pierre. Je comprends qu'avec votre passé commun il soit difficile de briser la glace.

Dumbledore tentait de calmer son jeune collègue. Il était très rare de le voir perdre son contrôle légendaire.

- Bien qu'au vu de votre réaction, je ne peux m'empêcher de me demander, s'est-il passé quelque chose entre vous deux ? demanda le vieil homme.

A la surprise du directeur, Rogue se redressa dans un sursaut, tendu comme un fil de fer, le regard s'écarquillant.

Du côté de Harry

Rogue venait de quitter l'appartement. La revanche était en cours, Harry avait une vingtaine de minutes avant que Rogue n'atteigne le bureau de Dumbledore. Il était temps de donner une bonne leçon à cet enfoiré obsédé du contrôle. Ce qu'il allait faire était risqué. Non… soyons honnête… c'était du pur suicide ! Rogue allait le tuer pour ça. Mais… en même temps… le jeune homme était terriblement excité et n'arrivait plus à renoncer à son idée. Une partie de lui-même mourrait d'envie d'observer la réaction de son sombre professeur. Une autre partie était totalement horrifiée par son comportement, il devait sérieusement avoir un problème.

Lentement, Harry se leva du siège qu'il occupait dans le salon et se dirigea vers sa chambre. Baguette en main, il lança tous les sortilèges auxquels il pouvait penser pour empêcher qui que ce soit d'entrer dans la pièce. Si Rogue débarquait dans l'appartement il ne voulait pas qu'il puisse l'atteindre avant que la chauve-souris des cachots se soit calmée suffisamment pour ne pas le tuer. Bon sang… mais qu'est-ce qu'il foutait ? Il n'y avait absolument aucune chance que les choses se passent bien. Il allait amèrement regretter ce qu'il allait faire… mais pour une raison inconnue il ne pouvait plus s'arrêter. Comme si il était sur le point de réaliser un fantasme interdit dont il ignorait l'existence.

D'un coup de baguette il enclencha la petite radio qu'il avait installée sur la table de nuit. Une musique lente et envoutante emplie la pièce. Le jeune homme se débarrassa de ses vêtements les uns après les autres. Il prenait son temps. Il ne voulait pas commencer avant que Rogue n'ait atteint sa destination. Il s'installa à genoux sur son lit. Suivant le rythme lent de la musique il commença à passer ses mains sur son corps. Ses doigts cherchaient les endroits sensibles, les côtes, le torse, la nuque, le bas de son dos, l'intérieur de ses cuisses. Il n'avait jamais vraiment pris le temps d'explorer son propre corps, dans les dortoirs de l'école les choses devaient être réglées rapidement et furtivement.

La température grimpa dans la chambre. Le corps empli d'hormone de l'adolescent répondit rapidement aux caresses. Harry laissa glisser son regard sur son érection. L'excitation le poussait à s'en charger immédiatement mais il avait d'autres plans. La respiration rapide, il se pencha vers le tiroir de sa table de nuit et en retira un flacon de gel. Il avait eu le temps de s'en procurer pour sa vengeance (merci aux jumeaux Weasley).

Harry n'avait pas de problème avec sa sexualité, il était gay et le savait depuis un moment. Il avait cependant préféré garder ce détail pour lui. Il était grisant pour lui de penser que malgré l'étalage de sa vie dans les magazines, personne n'était au courant de son homosexualité. Il n'avait encore jamais eu de partenaire mais il avait déjà testé certaines choses.

De retour dans sa position de base, à genoux sur le lit, jambes écartées, Harry étala du gel sur ses doigts. Il tremblait légèrement d'anticipation. Le jeune homme respira plusieurs fois profondément et finalement son premier doigt s'enfonça avec lenteur.

Du côté de Rogue

Rogue mettait tant de force dans sa tentative de se contrôler qu'il ne se rendit pas compte que son corps avait commencé à trembler. La rage le consumait tout entier. Il ne fallait pas être un génie pour comprendre. Après quatre jours de silence, la vengeance du gamin s'abattait sur lui. Son côté Serpentard admirait le choix de Potter, il avait attendu de le surprendre dans un moment de vulnérabilité où il ne pourrait pas s'échapper. Mais en ce moment son côté Serpentard pouvait aller se faire foutre ! Il pouvait clairement ressentir la sensation des doigts se faufilant dans un lieu inviolé. La potion lui envoyait en force l'excitation terrible de la petite peste qui se trouvait bien à l'abri.

- Séverus ? Tout va bien ? demanda gentiment Dumbledore.

Le directeur était clairement inquiet pour son maître de potion. La respiration de celui-ci s'était accélérée et ses pupilles étaient totalement dilatées. Son corps tremblait comme s'il essayait désespérément de s'empêcher de faire quelque chose. Son visage d'ordinaire si pâle arborait à présent un rose soutenu virant doucement au rouge.

Rogue fut incapable de répondre à la question, une vague de plaisir venait de s'écraser sur lui le forçant à serrer les dents pour n'émettre aucun son. Ses yeux se fermèrent par réflexe et l'espace d'un instant, il vit Potter sur son lit. Le jeune homme nu avait le dos cambré dans une expression de pur plaisir alors qu'il venait de toucher du bout des doigts un point profondément en lui. Un brasier terrible s'alluma au cœur du sombre professeur face à cette vision de luxure. Son corps trembla plus violemment.

Rogue fut tiré de la délicieuse vision par une main qui se posa sur son épaule. Il leva la tête et son regard tomba dans les yeux bleus de Dumbledore, emplis d'inquiétude.

- Séverus vous avez l'air très mal, je vais prévenir Madame Pomfresh pour qu'elle vous examine.

- NON ! s'écria l'homme désespéré.

- Enfin mon ami, il est clair que vous souffrez, fit remarquer le directeur. Laissez-la vous aidez à… à…

La voix de Dumbledore s'éteignit alors que son regard glissait sur son jeune collègue. Rogue suivit la direction que prenaient les yeux bleus et tomba sur l'érection qui déformait son pantalon. Le maître des potions ne pensait pas pouvoir trouver pire situation, même la torture sous Doloris lui paraissait préférable à cela.

De son côté Dumbledore sentait un rire naître dans sa poitrine et faisait tout son possible pour ne pas se laisser aller. L'homme était orgueilleux et il ne voulait pas rendre la situation plus difficile pour lui. De plus, le directeur était intelligent, il ne lui fallut pas plus d'une seconde pour comprendre qu'Harry était derrière tout ça. Il faudrait qu'il lui touche deux mots quant aux méthodes d'utilisation des effets de la potion. Mais pour l'instant il ne pouvait décemment pas retenir Séverus plus longtemps dans son bureau.

- He bien Séverus, je pense qu'il est temps de mettre fin à notre rendez-vous, commença le directeur.

- Ce… ce n'est pas ce que vous pensez ! s'exclama Rogue désespéré. Je… !

Mais Dumbledore leva une main pour l'arrêter.

- Je pense qu'il est temps que vous ayez une discussion avec le jeune Monsieur Potter mon ami. Vous pouvez utiliser ma cheminée pour le chemin du retour. Nous nous reverrons la semaine prochaine, dit le vieil homme d'un ton amical.

Rogue ne se le fit pas dire deux fois. En deux enjambés il franchit la distance entre la table et la cheminée. Il avait déjà pris une poignée de poudre de cheminette lorsque la voix du directeur s'éleva derrière lui.

- Une dernière chose Séverus. Assurez vous de ne rien faire que le jeune Potter ne désire pas, voulez-vous ?

Seul un hochement de tête lui donna une réponse affirmative à sa demande. Les flammes vertes montèrent haut dans l'âtre et Rogue s'y engouffra. La respiration courte, le corps embrasé de désir, une seule pensée traversa l'esprit du sombre professeur lorsqu'il se rendit à son appartement,

«J'espère que tu es prêt Potter, j'arrive… »